{"id":64,"date":"2013-04-28T17:00:45","date_gmt":"2013-04-28T15:00:45","guid":{"rendered":"http:\/\/baupin.fr\/michel\/?p=64"},"modified":"2014-08-03T08:50:57","modified_gmt":"2014-08-03T06:50:57","slug":"epistemologie-des-normes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/michel.baupin.fr\/?p=64","title":{"rendered":"\u00c9pist\u00e9mologie des normes"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00c9SUM\u00c9<\/span>.<\/p>\n<p>Alors que l\u2019on croyait \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle des normes comptables obtenues selon des principes et des m\u00e9thodes jug\u00e9s les plus pertinents pour leurs utilisateurs dans le cadre d\u2019une approche essentiellement normative de la comptabilit\u00e9, les tests de cette utilit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s au cours de nombreuses \u00e9tudes initi\u00e9es par Beaver (1968) ainsi que par Ball et Brown (1968) montr\u00e8rent que la publication du r\u00e9sultat comptable traditionnel avait un effet tr\u00e8s limit\u00e9 sur le comportement du march\u00e9 financier, celui-ci ayant d\u00e9j\u00e0 anticip\u00e9 les \u00e9volutions par d\u2019autres canaux informationnels. Le probl\u00e8me de la nature de l\u2019utilit\u00e9 des normes comptables comme \u00e9l\u00e9ments de base du syst\u00e8me de production d\u2019information financi\u00e8re \u00e9tait pos\u00e9. Ce d\u00e9bat allait faire prendre conscience au public des probl\u00e8mes beaucoup plus larges que constituent l\u2019\u00e9laboration et la mise en application des normes, quels que soient leurs domaines respectifs que l\u2019on peut ramener \u00e0 quatre principaux formant une t\u00e9tra-normalisation (Savall et Zardet, 2010)\u00a0: social, environnemental, financier et commercial. Cette prolif\u00e9ration normative est source de rigidit\u00e9s multiples pour les entreprises et d\u2019incompr\u00e9hension pour les citoyens qui les subissent ou qui se rebellent contre. Certains pensent m\u00eame que, dans les domaines comptable et financier, les normes sont \u00e0 l\u2019origine des crises et que les sorties de celles-ci n\u00e9cessitent d\u2019en \u00e9laborer de nouvelles. Face aux contradictions qu\u2019elles provoquent, nous d\u00e9veloppons l\u2019id\u00e9e dans cette communication qu\u2019une \u00e9tude \u00e9pist\u00e9mologique de la norme n\u00e9cessite de montrer d\u2019abord qu\u2019elle est un construit social destin\u00e9 \u00e0 lutter contre la violence inh\u00e9rente aux relations entre les personnes et, ensuite, qu\u2019elle renvoie \u00e0 la construction d\u2019un syst\u00e8me normatif th\u00e9orique par des lois d\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 qui sont ext\u00e9rieures \u00e0 nous et vers lequel tous ceux qui sont appliqu\u00e9s dans la r\u00e9alit\u00e9 devraient tendre.<\/p>\n<\/div>\n<p><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">MOTS-CLES<\/span><\/b>\u00a0: normes, syst\u00e8me normatifs, violence, crise, d\u00e9sir mim\u00e9tique, bouc \u00e9missaire, Kula, potlatch \u00e9change, valeur. \u00e9pist\u00e9mologie<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Introduction<\/span><\/b><\/p>\n<\/div>\n<p>L\u2019information financi\u00e8re, en devenant un objet de d\u00e9bat public depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, est fortement remise en question. Les crises que nous traversons depuis 2008 n\u2019ont fait qu\u2019accentuer la m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019encontre du monde de la finance dont la transformation des pratiques depuis le milieu des ann\u00e9es 1970 dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s marque une mutation radicale du statut de l\u2019entreprise dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. L\u2019entreprise, qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9manation de ses propri\u00e9taires, devient une entit\u00e9 autonome ind\u00e9pendante de ceux-ci dont le r\u00f4le est ramen\u00e9 \u00e0 celui de simples cr\u00e9anciers. C\u2019est sur cette base que les normes comptables ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9es sous l\u2019influence aux Etats-Unis du Financial Accounting Standards Board (FASB) et au plan international de l\u2019International Accounting Standards Committee (IASC), consacrant la primaut\u00e9 d\u2019une approche purement financi\u00e8re du fonctionnement de l\u2019entreprise au d\u00e9triment de l\u2019approche \u00e9conomique traditionnelle. En cherchant \u00e0 imposer comme \u00e9valuation comptable le prix instantan\u00e9 du march\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, ces normes visent \u00e0 privil\u00e9gier une conception \u00e9conomique des actifs et des passifs de l\u2019entreprise<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> \u00e0 l\u2019usage de l\u2019investisseur boursier consid\u00e9r\u00e9 comme le destinataire privil\u00e9gi\u00e9 des informations comptables. L\u2019objectif est de substituer l\u2019\u00e9valuation en \u00ab juste valeur \u00bb \u00e0 celle de \u00ab co\u00fbt historique \u00bb critiqu\u00e9, notamment lors de la crise boursi\u00e8re du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, comme jouant un r\u00f4le pro-cyclique par la diffusion et l\u2019amplification de la volatilit\u00e9 du march\u00e9 dans toute l\u2019\u00e9conomie. Mais cette critique peut aussi s\u2019appliquer au r\u00f4le de la juste valeur dans la temp\u00eate financi\u00e8re qui agitait les march\u00e9s en 2008 (Haas<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> 2011), ce que conteste d\u2019ailleurs Hoogervorst<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> (2011) qui estime que celle-ci n\u2019est en rien responsable de la crise car \u00ab La volatilit\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 voir avec la normalisation comptable \u00bb. Il appara\u00eet \u00e0 travers cet exemple que la normalisation comptable internationale entretient des relations \u00e9troites avec celle des march\u00e9s financiers, r\u00e9agissant l\u2019une sur l\u2019autre. Alors que les normes comptables n\u2019int\u00e9ressaient pas le grand public, les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux tels que les licenciements, les fermetures d\u2019usines, etc. les ont fait appara\u00eetre comme un enjeu \u00e9conomique majeur en tant que moyen de pr\u00e9sentation de la cr\u00e9ation de richesses par les entreprises (Pig\u00e9 et Paper, 2005). Il en est de m\u00eame pour d\u2019autres syst\u00e8mes normatifs comme celui de la gouvernance et de la responsabilit\u00e9 sociale du secteur de la sant\u00e9 avec ceux d\u2019implantation des m\u00e9decin, d\u2019\u00e9quilibre financier de la S\u00e9curit\u00e9 Sociale, de qualit\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9 du fonctionnement des structures de sant\u00e9, etc. En suivant Savall et Zardet (2010), nous dirons que les syst\u00e8mes normatifs, formalis\u00e9s ou non, se contaminent les uns et les autres. Ils peuvent \u00eatre regroup\u00e9s en quatre p\u00f4les relativement stables dot\u00e9s de forces d\u2019attraction et de r\u00e9pulsion formant ce qu\u2019ils appellent une t\u00e9tra-normalisation<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi, si le mot \u00ab\u00a0norme\u00a0\u00bb vient du latin \u00ab\u00a0norma\u00a0\u00bb qui signifie \u00ab\u00a0\u00e9querre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e8gle\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un moyen consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e8gle \u00e0 suivre permettant de diff\u00e9rencier ce qui est \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb de ce qui est \u00ab\u00a0anormal\u00a0\u00bb, nous constatons que ce sens a fortement \u00e9volu\u00e9 au cours du temps<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. C\u2019est ce qu\u2019exprime la d\u00e9finition propos\u00e9e par l\u2019Encyclop\u00e9die am\u00e9ricaine (P\u00e9ron, 2010) : \u00ab\u00a0Une norme est un crit\u00e8re de r\u00e9f\u00e9rence qui permet d\u2019approuver ou de d\u00e9sapprouver une entit\u00e9 ou un \u00e9tat de choses\u2026 Nos crit\u00e8res du bien et du mal, de la v\u00e9rit\u00e9 et du mensonge,\u2026 sont autant de normes\u00a0\u00bb. Comme l\u2019indique le th\u00e8me de ce congr\u00e8s, \u00ab\u00a0parce qu\u2019ils ont su s\u00e9duire les instances \u00e0 m\u00eame de se saisir des rapports de pouvoir, de rationalisation et d&rsquo;administration des hommes et des choses\u00a0\u00bb, la construction de syst\u00e8mes normatifs sous-tend n\u00e9cessairement des jugements de valeur et peut permettre d\u2019expliquer l&rsquo;histoire de la constitution des soci\u00e9t\u00e9s et des organisations par la mani\u00e8re \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb dont ils sont \u00e9tablis, comme r\u00e9sultat d&rsquo;une n\u00e9gociation coll\u00e9giale faisant suite \u00e0 des proc\u00e9dures d&rsquo;enqu\u00eate pour avis. Autrement dit, une norme est un construit social qui ne peut se comprendre que dans le cadre des pratiques culturelles de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle a \u00e9t\u00e9 produite. Un syst\u00e8me de normes doit donc \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb quelle est la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 retenir et comment celle-ci sera repr\u00e9sent\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Comme l\u2019homme se caract\u00e9rise par sa conscience de lui-m\u00eame, il cherche toujours \u00e0 construire une soci\u00e9t\u00e9 qui, \u00e0 ses yeux, soit la meilleure possible. De ce fait, devant toutes les fa\u00e7ons dont il est possible d\u2019\u00e9difier la soci\u00e9t\u00e9 humaine, nous nous posons la question de l\u2019existence d\u2019un syst\u00e8me normatif capable d\u2019organiser celle-ci afin qu\u2019elle soit plus facile \u00e0 diriger et plus rebelle aux formes arbitraires ou despotiques du pouvoir. Dans la mesure o\u00f9 une norme est un instrument con\u00e7u pour induire un comportement, cela revient \u00e0 nous demander quel est son statut \u00e9pist\u00e9mologique dans la construction des sciences humaines et sociales. Celles-ci doivent-elles \u00eatre normatives en disant ce qu\u2019il faut faire et \/ ou explicatives en disant pourquoi nous agissons comme nous le faisons\u00a0?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, nous formulons l\u2019id\u00e9e que l\u2019organisation des soci\u00e9t\u00e9s humaines doit \u00eatre le reflet de lois s\u2019exprimant \u00e0 travers la culture<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> mais relevant de la nature. Elles forment un ordre naturel de relations n\u00e9cessaires et intelligibles r\u00e9gissant tous les ph\u00e9nom\u00e8nes que nous observons. Cette hypoth\u00e8se d&rsquo;un ordre pr\u00e9existant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de toute soci\u00e9t\u00e9 revient \u00e0 consid\u00e9rer, selon la tradition platonicienne et celle instaur\u00e9e par Montesquieu (1748), que les id\u00e9es qui organisent une soci\u00e9t\u00e9 humaine existent ind\u00e9pendamment de nous et d\u00e9rivent de la nature des choses, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles sont transcendantes \u00e0 l\u2019homme individuel et existent avant lui. La connaissance que produisons alors se veut \u00eatre l\u2019image objective d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui nous est ext\u00e9rieure et non celle subjective d\u2019une interpr\u00e9tation ou d\u2019une construction que nous pourrions en faire. C\u2019est cette ind\u00e9pendance de l\u2019objet observ\u00e9 par rapport \u00e0 notre attitude observante qui nous permet de nous pr\u00e9valoir de ce principe d\u2019objectivit\u00e9 selon lequel notre observation du ph\u00e9nom\u00e8ne ne modifie pas sa nature. Ainsi, nous proposons d\u2019identifier les r\u00e8gles universelles et <i>a-historiques<\/i> relevant de l\u2019ordre naturel et existant en dehors de nous mais faisant partie, en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ments dans la nature, de notre inconscient collectif. Pour cela, notre raisonnement s\u2019inscrit dans la logique et s\u2019applique sur un champ homog\u00e8ne de concepts que nous ne confondons pas avec leur expression r\u00e9elle dans l\u2019histoire. C\u2019est \u00e0 cette condition que nous concevons les sciences humaines comme \u00ab\u00a0normatives conditionnelles\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019aspect normatif prend tout son sens \u00e0 la condition que la pratique soit sensiblement conforme \u00e0 la th\u00e9orie. Bien s\u00fbr, elles ne pr\u00e9tendent pas \u00eatre une explication du fonctionnement r\u00e9el des soci\u00e9t\u00e9s. Elles ne servent qu\u2019\u00e0 indiquer si celui-ci reste dans une voie acceptable au regard de l\u2019ordre naturel qui pr\u00e9vaut \u00e0 leur construction. S\u2019inscrivant dans la logique et non dans l\u2019histoire, nous n\u2019avons pas \u00e0 nous pr\u00e9occuper du \u00ab\u00a0r\u00e9alisme\u00a0\u00bb des hypoth\u00e8ses que nous formulons sur le comportement des acteurs sociaux, la subjectivit\u00e9 des parties prenantes ne s\u2019exprimant pas dans la th\u00e9orie.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9velopper notre propos, nous proposons dans une premi\u00e8re partie d\u2019indiquer les conditions d\u2019existence des normes en mobilisant la grille de lecture propos\u00e9e par R. Girard sur la relation entre la violence et le sacr\u00e9. Dans une deuxi\u00e8me partie, nous construirons un syst\u00e8me normatif th\u00e9orique devant servir de cadre aux normes r\u00e9elles en \u00e9liminant de notre r\u00e9flexion les variables qui d\u00e9pendent de la volont\u00e9 des hommes afin de garantir son objectivit\u00e9 et sa rationalit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">1 &#8211; Les normes sont des construits sociaux qui prolif\u00e8rent<\/span><\/b><\/p>\n<p>Le comportement humain, au m\u00eame titre que celui des animaux, pr\u00e9sente une dimension imitative, c&rsquo;est-\u00e0-dire un besoin d&rsquo;imiter son semblable. De nos jours, les neurophysiologues abondent dans ce sens lorsqu\u2019ils prouvent de mani\u00e8re exp\u00e9rimentale que le cerveau humain est une vaste machine \u00e0 imiter. Cette \u00ab\u00a0mim\u00e8sis<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a><b>\u00a0<\/b>\u00bb est inscrite biologiquement dans le ph\u00e9nom\u00e8ne de la n\u00e9ot\u00e9nie<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> permettant la croissance post-natale du cerveau qui est consid\u00e9r\u00e9 comme le moteur de l\u2019\u00e9volution. Plus le syst\u00e8me nerveux et c\u00e9r\u00e9bral se complexifie, plus il y a de possibilit\u00e9s d\u2019imitation et d\u2019apprentissage. Konrad\u00a0Lorenz (1954)<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> relie la n\u00e9ot\u00e9nie humaine \u00e0 la curiosit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ouverture au monde qui font de l\u2019homme un \u00eatre non sp\u00e9cialis\u00e9. La mim\u00e9sis lui est indispensable pour qu\u2019il puisse vivre en soci\u00e9t\u00e9 car elle lui permet d\u2019apprendre \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer dans une culture<a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour Girard (1972), le d\u00e9sir mim\u00e9tique d\u2019appropriation qui caract\u00e9rise le comportement humain, aussi loin que l\u2019on remonte dans le temps, peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en violence collective capable de d\u00e9truire la soci\u00e9t\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>. On arrive ici au fameux cauchemar de Hobbes (1651)\u00a0: \u00ab\u00a0la guerre de tous contre tous\u00a0\u00bb provenant du fait que plus le d\u00e9sir simultan\u00e9 de deux personnes pour un m\u00eame objet est fort, qu\u2019il s\u2019agisse de territoires, d\u2019aliments ou de n\u2019importe quoi dans tous les autres domaines de la vie sociale comme dans celui de la vie intellectuelle, plus l\u2019antagonisme entre elles se d\u00e9veloppe au point d\u2019oublier l\u2019objet de la querelle. A partir de ce moment l\u00e0, ils deviennent par la sym\u00e9trie de leur comportement des doubles l\u2019un de l\u2019autre et comme c\u2019est l\u2019antagonisme entre eux qui perdure, celui-ci peut prendre \u00e0 partie d\u2019autres personnes, r\u00e9pandant ainsi la violence entre elles de fa\u00e7on end\u00e9mique<a title=\"\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette rivalit\u00e9 mim\u00e9tique d\u2019appropriation s&rsquo;observe aussi chez les animaux, notamment chez les primates non humains, mais il y a un moment o\u00f9, dans leurs esp\u00e8ces, jouent des \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a> qui constituent un frein inn\u00e9 \u00e0 la violence<a title=\"\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>, certains rivaux abandonnant la partie en acceptant d\u2019\u00eatre domin\u00e9s par un autre. Par contre, au fur et \u00e0 mesure qu\u2019ils prenaient conscience d\u2019eux-m\u00eames et d\u00e9veloppaient leur \u00e9go, les hommes ont perdu les freins r\u00e9gulateurs inn\u00e9s des \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb pour contenir leur violence et se sont trouv\u00e9s devant le souci majeur<a title=\"\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a> de devoir r\u00e9primer les modalit\u00e9s de la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique. Selon Girard, pour r\u00e9gler ce probl\u00e8me, il a fallu qu\u2019intervienne un autre principe d\u2019auto-r\u00e9gulation qui, ne pouvant se fonder sur des comportements naturels li\u00e9s aux \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb, n\u2019a pu l\u2019\u00eatre que sur des pratiques sociales. La solution a \u00e9t\u00e9 de remplacer les freins naturels instinctuels par des freins sociaux culturels charg\u00e9s de mettre en \u00e9chec la violence en la r\u00e9glementant au moyen de normes. Toute existence sociale serait impossible si la violence inh\u00e9rente au comportement humain ne se r\u00e9solvait pas \u00e0 travers un ordre culturel. D&rsquo;o\u00f9 la substitution n\u00e9cessaire de la Culture \u00e0 la Nature propre \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce humaine et la place tr\u00e8s particuli\u00e8re de celle-ci dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9volution, l&rsquo;homme se r\u00e9appropriant le monde par la parole, la croyance symbolique, la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation proth\u00e9tique\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a> et la normalisation des comportements, c&rsquo;est-\u00e0-dire par la technique. La culture n\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 utiliser l\u2019appropriation mim\u00e9tique pour r\u00e9guler la violence que lorsque les repr\u00e9sentants de la fonction charg\u00e9s d\u2019organiser le Sacr\u00e9 ont choisi une victime pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00ab\u00a0l&rsquo;Autre, l&rsquo;\u00e9tranger, l&rsquo;ennemi, le diff\u00e9rent\u00a0\u00bb, le bouc \u00e9missaire repr\u00e9sentant le symbole de tout ce qui cause la violence. Sur lui se trouve projet\u00e9e celle de la communaut\u00e9 qui s\u2019apaisera lorsqu\u2019ils le sacrifieront, soit en le chassant, soit en le tuant. Son sacrifice constitue le dernier moment de la violence qui joue une fonction utilitaire cathartique en ramenant le calme et la paix indispensable \u00e0 la vie sociale. Quelle que soit la soci\u00e9t\u00e9, le sacrifice permet le passage du d\u00e9sordre \u00e0 l&rsquo;ordre. Il est d\u00e9crit m\u00e9taphoriquement dans le \u00ab\u00a0mythe\u00a0\u00bb qui est un r\u00e9cit d&rsquo;origine, d&rsquo;abord oral, puis \u00e9crit qui raconte l&rsquo;affrontement primordial entre la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb soumise aux d\u00e9sirs instinctuels de chaque individu dont l&rsquo;animalit\u00e9 se trouve amplifi\u00e9e par son mim\u00e9tisme d&rsquo;appropriation et la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb soumise \u00e0 la rationalit\u00e9 et \u00e0 la collectivit\u00e9. C\u2019est la violence dissimul\u00e9e par des mythes qui est la base de toute culture, de toute soci\u00e9t\u00e9. Les r\u00e9sultats actuels des recherches arch\u00e9ologiques vont dans le sens de ces propositions de Girard sur la substitution du fait naturel fond\u00e9 sur des relations de domination entre les individus par le fait culturel charg\u00e9 de mettre en \u0153uvre les lois naturelles pour organiser et r\u00e9guler le fonctionnement des groupes humains.<\/p>\n<p>A partir du sacrifice d&rsquo;une victime personnifiant la violence indiff\u00e9renciatrice, la culture \u00e9tablit des \u00ab\u00a0diff\u00e9rences\u00a0\u00bb linguistiques, morales et sociales tout en d\u00e9finissant par les lois et les interdits qui constituent autant de normes disant ce qu&rsquo;il faut faire ou non pour permettre aux hommes de survivre tout en r\u00e9gulant leur violence. Celles-ci prolif\u00e8rent car l\u2019exclusion du bouc \u00e9missaire apporte un apaisement qui n\u2019est pas d\u00e9finitif et qui ne produit pas une r\u00e9conciliation durable. Les m\u00e9canismes qui ont pr\u00e9sid\u00e9 au surgissement de la violence sont toujours pr\u00e9sents et, plus le temps passe, plus la violence mim\u00e9tique qui menace la coh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9clame de nouvelles victimes. Pour limiter au maximum leur d\u00e9clanchement, la violence sera canalis\u00e9e vers l&rsquo;ext\u00e9rieur de la communaut\u00e9 par le ph\u00e9nom\u00e8ne des rites par lesquels le groupe cherche le soulagement en essayant de d\u00e9clencher le m\u00e9canisme qui l\u2019a jadis r\u00e9concili\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>. De la reproduction de l\u2019exclusion de la victime naissent les interdits concernant tous les objets qui peuvent servir de pr\u00e9texte \u00e0 la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique<a title=\"\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a> et qui, avec les rites, constituent autant de syst\u00e8mes de normes donnant naissance \u00e0 une communaut\u00e9 hi\u00e9rarchique formant les bases de toute culture humaine. Le premier grand interdit sans lequel aucun ordre social ne peut exister fut certainement \u00ab\u00a0tu ne tueras pas ton semblable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ces normes furent l\u2019objet d\u2019un certain nombre d\u2019\u00e9crits par les rois-pr\u00eatres ou les souverains, d\u2019autant plus n\u00e9cessaires qu\u2019avec le d\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des \u00e9changes et des villes \u00e0 partir de la p\u00e9riode d\u2019Uruk, des Etats sont n\u00e9s. Il a fallu alors mettre en place des r\u00e8gles organisant la vie de la cit\u00e9 et d\u00e9courageant, si possible, les individus de s\u2019approprier par la violence des biens ne leur appartenant pas pour cause de m\u00e9sentente sur les conditions des contrats. Les Sum\u00e9riens et les Babyloniens ont \u00e9t\u00e9 les pr\u00e9curseurs en mati\u00e8re d\u2019\u00e9criture et de normalisation. L\u2019\u00e9crit le plus c\u00e9l\u00e8bre est certainement le Code de Hammurabi (vers 1\u00a0750 avant J.\u00a0C.) que l\u2019on peut consid\u00e9rer, par son mode de cr\u00e9ation partant du \u00ab\u00a0terrain\u00a0\u00bb, comme \u00e9tant le premier processus de construction sociale d\u2019une norme sollicit\u00e9e par la base et non pas impos\u00e9e par le roi au sommet. Il renferme des textes pr\u00e9cieux sur la tenue l\u00e9gale des op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es et sur les rapports qui unissaient les groupes sociaux, la famille, l\u2019arm\u00e9e, la vie religieuse et la vie \u00e9conomique en ayant toujours trait \u00e0 des situations tr\u00e8s pr\u00e9cises concernant les vols, les pr\u00eats, les honoraires, les contrats, les fermages, les d\u00e9biteurs insolvables, les esclaves fugitifs, le statut de la femme&#8230; Il constitua le premier syst\u00e8me normatif connu qui ne r\u00e9pondait pas \u00e0 l&rsquo;acception l\u00e9galiste du droit comme dans le cas du Code civil fran\u00e7ais, mais correspondait plut\u00f4t au droit jurisprudentiel car il recensait, sous une forme impersonnelle, les d\u00e9cisions de justice du roi fixant diff\u00e9rentes r\u00e8gles de la vie courante. Par cette m\u00e9thode, beaucoup plus efficace que la proc\u00e9dure lourde et contraignante de la codification, Hammurabi rendait ses d\u00e9cisions \u00ab\u00a0selon le d\u00e9cret du roi\u00a0\u00bb qui apparaissait comme une disposition normative que les juges d\u00e9cidaient d\u2019appliquer aux parties et qui s\u2019imposait \u00e0 eux. Cette r\u00e8gle devint une norme \u00e0 partir du moment o\u00f9 elle fut invoqu\u00e9e et rendue opposable par les juges. Elle constitua en m\u00eame temps une forme de motivation des sentences dont le contenu \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9. La mention du \u00ab\u00a0d\u00e9cret du roi\u00a0\u00bb repr\u00e9sentait ainsi la norme \u00e0 laquelle les parties choisissaient de se soumettre.<\/p>\n<p>De nos jours, si la norme est \u00e9tablie \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiquement\u00a0\u00bb comme r\u00e9sultat d&rsquo;une n\u00e9gociation coll\u00e9giale faisant suite \u00e0 des proc\u00e9dures d&rsquo;enqu\u00eate pour avis, son processus d\u2019\u00e9laboration est toujours sensiblement le m\u00eame qu\u2019il y a quatre mille ans. La convergence vers la notion de norme se fait encore par consensus successifs qui rel\u00e8vent de savoir-faire particuliers comme de comp\u00e9tences pr\u00e9cises. Autrement dit, comme au temps de Hammurabi ou, plus tard, de Darius\u00a01<sup>er<\/sup>, une norme appara\u00eet bien comme un construit social jouant un r\u00f4le disciplinaire de contr\u00f4le des comportements qui se comprend dans le cadre des pratiques culturelles de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle a \u00e9t\u00e9 produite.<\/p>\n<p>En structurant ainsi les pratiques sociales, la norme permit \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 de fonctionner en tant qu\u2019unit\u00e9 autonome parce qu\u2019elle rendit visible son unit\u00e9 sociale. A ce titres, les travaux des anthropologues comme Testart (1982) montrent que le mode de vie in\u00e9galitaire qui se met progressivement en place un peu avant le N\u00e9olithique va inciter les hommes des tribus concern\u00e9es \u00e0 quitter leurs abris temporaires pour b\u00e2tir les premiers villages au bord des lacs et des rivi\u00e8res en tentant de transformer la nature pour mieux en contr\u00f4ler les ressources et am\u00e9liorer leur s\u00e9curit\u00e9 par le stockage. En permettant de nourrir une population beaucoup plus importante que ne le faisaient les tribus \u00e9galitaires nomades de chasseurs cueilleurs, leur production agricole va acc\u00e9l\u00e9rer leur d\u00e9veloppement, les villages devenant progressivement des petites villes. Leur s\u00e9dentarisation plus ou moins longue au cours de l\u2019ann\u00e9e va favoriser en interne des comportements fond\u00e9s sur une volont\u00e9 d\u2019appropriation par certains de ce que poss\u00e9daient les autres. Ce qui est vrai en interne l\u2019est aussi lors des rencontres inter-tribus qui d\u00e9bouchent en g\u00e9n\u00e9ral sur une multiplication de nouveaux conflits principalement g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, l\u00e0 aussi, par cette volont\u00e9 d\u2019appropriation. Pour ces raisons, d\u00e8s que les notions associ\u00e9es de richesse, d\u2019accumulation et de propri\u00e9t\u00e9 ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper dans ces tribus, les hommes ont \u00e9crit des normes mettant en place des m\u00e9canismes fond\u00e9s sur la codification des liens sociaux entre leurs membres, notamment par le contr\u00f4le de ce qui \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 et \u00e9chang\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019homme croit d\u00e9sirer librement, en termes d\u2019intention et de valeurs, alors qu\u2019il n\u2019est que le jeu d\u2019un m\u00e9canisme qu\u2019il m\u00e9conna\u00eet\u00a0: d\u00e9sir mim\u00e9tique, d\u00e9signation d\u2019un bouc \u00e9missaire, m\u00e9canisme victimaire de r\u00e9solution de conflit, construction et d\u00e9veloppement de syst\u00e8me normatifs de comportement. L\u2019ordre social ainsi normalis\u00e9 se trouve fond\u00e9 sur la diff\u00e9rence qui devrait permettre de respecter l\u2019\u00e9go de chacun \u00e0 tenir sa place et \u00e0 jouer son r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est quand ces r\u00f4les sont boulevers\u00e9s qu\u2019appara\u00eet la crise. De ce fait, l&rsquo;unit\u00e9 formelle des normes, qu\u2019il s\u2019agisse des interdits ou des rites, repose sur l&rsquo;absence de diff\u00e9rence, toujours per\u00e7ue comme terrifiante. La teneur anti-mim\u00e9tique de toutes les normes constitue un principe fondamental de lutte contre la violence acquisitive.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir propos\u00e9 une explication de l\u2019\u00e9mergence, dans la r\u00e9alit\u00e9 du v\u00e9cu quotidien des populations, des normes comme construits sociaux et de leur prolif\u00e9ration \u00e0 tous les domaines de la vie sociale, nous allons proposer dans le paragraphe suivant un cadre th\u00e9orique \u00ab\u00a0normatif conditionnel\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire explicatif de cette prolif\u00e9ration et indiquant, de mani\u00e8re normative, vers quoi toutes les normes devraient tendre. Pour cela, nous allons partir de ce qui est \u00e0 l\u2019origine de cette extension normative, \u00e0 savoir la prise de conscience des notions de richesse, d\u2019accumulation et de propri\u00e9t\u00e9, toutes issues du d\u00e9veloppement des \u00e9changes comme norme des liens sociaux pouvant r\u00e9guler la violence qui na\u00eet du d\u00e9sir mim\u00e9tique de vouloir s\u2019approprier ce que poss\u00e8de l\u2019autre. Pour \u00eatre efficace, l\u2019\u00e9change fut d\u2019abord structur\u00e9 en r\u00e9seaux sous forme d\u2019obligations r\u00e9ciproques imp\u00e9ratives pour les participants \u00e0 la Kula et au potlatch, \u00e9tudi\u00e9s respectivement par Malinowski (1922) et par Boas (1921).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><span style=\"text-decoration: underline;\">2 &#8211; Proposition d\u2019un syst\u00e8me normatif th\u00e9orique<\/span><\/h2>\n<p>Pour limiter le champ d\u2019action de l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel, la vie sociale a con\u00e7u l\u2019acte d\u2019\u00e9change comme une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9. <strong>En effet, d\u00e8s qu\u2019un contractant peut recevoir durablement plus par les pratiques qu\u2019il met en \u0153uvre que ce que l\u2019\u00e9change doit lui accorder, c\u2019est que celui-ci est mal organis\u00e9 car il autorise \u00e0 une situation de monopole de perdurer. Cette relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 a <\/strong>n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019utilisation de nombres et de normes d\u00e9finissant ceux-ci pour en mesurer les termes.\u00a0 Le concept de valeur permet alors de comprendre que toute transaction, souvent in\u00e9galitaire dans la r\u00e9alit\u00e9, doit tendre dans le domaine th\u00e9orique vers un \u00e9change devant se faire \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb, ce qui constitue une des normes fondamentales de r\u00e9gulation sociale de la violence. Cette relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 de valeurs est d\u2019autant plus exig\u00e9e qu\u2019\u00ab\u00a0il ne saurait y avoir de vie sociale sans \u00e9change social\u00a0; il n&rsquo;y aurait pas davantage d&rsquo;\u00e9changes sans \u00e9galit\u00e9, ni d&rsquo;\u00e9galit\u00e9<strong> sans commune mesure.\u00a0\u00bb<\/strong> (Aristote, 2008). En effet, la violence ayant pour origine le d\u00e9sir mim\u00e9tique d\u2019appropriation de ce que poss\u00e8de l\u2019autre, si les deux personnes s\u2019\u00e9changent des valeurs \u00e9gales, chacune d\u2019elles satisfait son d\u00e9sir d\u2019avoir ce que poss\u00e8de l\u2019autre et comme aucune des deus n\u2019est l\u00e9s\u00e9e, la violence n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre. De plus, en postulant cette \u00e9galit\u00e9 des valeurs \u00e9chang\u00e9es, nous dotons notre th\u00e9orie d\u2019un principe explicatif permanent quel que soit le moment que l\u2019on consid\u00e8re dans l\u2019histoire. Nous allons distinguer l\u2019\u00e9change instantan\u00e9 de celui diff\u00e9r\u00e9 dans le temps.<\/p>\n<p>a)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si l\u2019on consid\u00e8re un \u00e9change instantan\u00e9 dans le temps, la Kula illustre bien ce m\u00e9canisme. La Kula<i> <\/i>est une institution situ\u00e9e aux \u00eeles Trobriand \u00e0 l\u2019est de la Nouvelle-Guin\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9e par un double cercle de transactions rituelles dont l\u2019\u00e9tude a fait la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de Malinowski (1922). Elle s\u2019effectue entre une vingtaine d\u2019archipels dispos\u00e9s en larges cercles constituant un circuit ferm\u00e9. Sur chaque \u00eele, un nombre plus ou moins restreint d\u2019individus y participe p\u00e9riodiquement, mais non r\u00e9guli\u00e8rement, l\u2019enjeu principal \u00e9tant d\u2019acqu\u00e9rir prestige social et renomm\u00e9e en se liant de fa\u00e7on statutaire et durable \u00e0 des partenaires reconnus comme prestigieux. Ce lien social est un \u00e9change, aux r\u00e8gles complexes fix\u00e9es et r\u00e9gl\u00e9es par un ensemble de conventions et de principes traditionnels, entre deux sortes d\u2019articles et deux seulement, confectionn\u00e9s \u00e0 partir de coquillages servant de monnaie en forme de colliers appel\u00e9s \u00ab\u00a0soulava\u00a0\u00bb circulant dans le sens des aiguilles d\u2019une montre et de bracelets appel\u00e9s \u00ab\u00a0mwali\u00a0\u00bb circulant dans l\u2019autre sens<a title=\"\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. Les habitants de toute la r\u00e9gion sont incit\u00e9s \u00e0 entreprendre des voyages p\u00e9rilleux pour les obtenir, l\u2019\u00e9change ayant lieu lorsqu\u2019ils se rencontrent au cours de leur circuit. L\u2019\u00e9tude de cet \u00e9change montre qu\u2019il ne concerne pas des biens \u00e9conomiques de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 tels que la nourriture puisque chaque Trobriandais poss\u00e8de et cultive ses champs, pas plus que la terre puisque celle-ci n\u2019est pas \u00e0 vendre. Les soulavas et les mwalis ne sont recherch\u00e9s et \u00e9chang\u00e9s que pour la gloire que leur obtention procure \u00e0 celui qui respecte les normes tr\u00e8s pr\u00e9cises c\u00e9r\u00e9monielles et symboliques d\u00e9finissant les d\u00e9tails des transactions par lesquels chaque co\u00e9changistes re\u00e7oit autant qu\u2019il donne. Cette caract\u00e9ristique permet d\u2019interpr\u00e9ter la Kula comme un syst\u00e8me d\u2019\u00e9change de biens, valeur pour valeur, se r\u00e9alisant sous une forme pacifique qui interdit la rivalit\u00e9, le combat et la destruction<a title=\"\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>. L\u2019\u00e9change, une fois r\u00e9alis\u00e9, ne cl\u00f4ture pas les \u00ab\u00a0rapports Kula\u00a0\u00bb car la r\u00e8gle est\u00a0: \u00ab\u00a0une fois dans la Kula, toujours dans la Kula\u00a0\u00bb, ce qui laisserait supposer que ces biens n\u2019en sortent jamais<a title=\"\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>. En r\u00e9alit\u00e9, des normes d\u2019utilisation tr\u00e8s strictes offrent la possibilit\u00e9 de pouvoir les \u00e9changer, parfois de mani\u00e8re spectaculaire en masse et qualit\u00e9, contre d\u2019autres biens en dehors de la Kula. La condition de cette utilisation est que soient r\u00e9gl\u00e9es toutes les dettes de celui qui veut les sortir, notamment celles concernant les dommages et les torts qu\u2019il a pu causer dans la tribu. Ainsi, les soulavas et les mwalis permettent d\u2019acheter des objets charg\u00e9s de symboles et recouverts de prestige parce qu\u2019ils figurent sur des listes traditionnelles comprenant, outre de la nourriture et des objets courants, des cano\u00ebs ou des herminettes en pierre polie, etc., dont le type et la quantit\u00e9 sont stipul\u00e9s par les coutumes et la culture des Trobriandais, encore qu\u2019ils puissent faire l\u2019objet de n\u00e9gociations. Et ces biens ne peuvent servir exclusivement que comme moyens de paiement de redevances sociales imp\u00e9ratives rev\u00eatant la forme de prestations matrimoniales<a title=\"\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a> \u00e0 la famille d\u2019une fianc\u00e9e convoit\u00e9e et m\u00eame, parfois, apr\u00e8s le mariage en imposant par exemple au futur mari de subvenir aux besoins alimentaires de sa belle-famille (Testart, 2005). En effet, selon les codes sociaux des Trobriandais, un homme ne peut avoir une place dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019en \u00e9tant mari\u00e9 et, pour lui, se marier co\u00fbte tr\u00e8s cher, les biens qu\u2019il apporte constituant la contre-partie prestigieuse de l\u2019\u00e9pouse qu\u2019il re\u00e7oit en \u00e9change. Ce ne sont pas des dons<a title=\"\" href=\"#_ftn25\">[25]<\/a> mais le \u00ab\u00a0prix de la fianc\u00e9e\u00a0\u00bb tel que celui-ci est d\u00e9crit depuis toujours par l\u2019anthropologie sociale. A l\u2019\u00e9change s&rsquo;ajoute donc l&rsquo;importance de l&rsquo;alliance politico-familiale et du lien social qui est ainsi cr\u00e9\u00e9. Les liens de ce type qui s\u2019attachent \u00e0 partir de la richesse mat\u00e9rielle ne sont pas, eux, d\u2019essence parentale m\u00eame s\u2019ils peuvent impliquer p\u00e8res, m\u00e8res, fils, fr\u00e8res ou oncles et cousins. La capacit\u00e9 \u00e0 acquitter ces fameuses redevances d\u00e9termine le creusement d\u2019un clivage entre les riches qui peuvent le faire et les pauvres qui ne le peuvent pas. En m\u00eame temps, cette situation offre l\u2019occasion aux riches d\u2019avancer aux pauvres le montant de ces obligations sociales. Ce n\u2019est donc pas l\u2019accumulation de biens utiles \u00e0 la satisfaction des besoins vitaux fondamentaux des personnes qui constitue la richesse \u00e0 l\u2019origine de clivages sociaux entre les Trobriandais. Les biens de quoi est faite la richesse dont il s\u2019agit<i> \u00ab\u00a0ne sont pas indispensables pour assurer la nourriture quotidienne\u00a0\u00bb,<\/i> \u00e9crit Testart (2005) et m\u00eame s\u2019ils peuvent parfois servir \u00e0 cet effet, ils ne figurent pas dans la richesse en question avec cette valeur d\u2019usage. En ce sens, ces biens repr\u00e9sentent une \u00ab\u00a0innovation\u00a0\u00bb historique par les tribus in\u00e9galitaires dont les Trobriandais font partie. Les \u00e9changes entre les individus \u00e0 travers la Kula constituent une institution extr\u00eamement vaste et compliqu\u00e9e mais tr\u00e8s bien r\u00e9gl\u00e9e qui englobe toutes sortes d\u2019activit\u00e9s r\u00e9agissant les unes sur les autres et unissant de fa\u00e7on \u00e9troite un nombre consid\u00e9rable de tribus au point de constituer un seul tout organique alors que, souvent, elles ne parlent pas la m\u00eame langue et n&rsquo;ont pas la m\u00eame culture. Et cet ensemble compliqu\u00e9 \u00e9chappe totalement \u00e0 l\u2019entendement de ceux qui le font vivre car ils n\u2019ont aucune conscience des lignes directrices de l\u2019une quelconque de leurs structures sociales. Ils savent pourquoi ils font ce qu\u2019ils font, mais la mani\u00e8re dont la Kula, en tant que vaste institution sociale organis\u00e9e, existe et fonctionne collectivement d\u00e9passe leur compr\u00e9hension. La trame m\u00eame de leur entreprise \u00e9chappe \u00e0 leur esprit. La Kula ne prend sens pour eux que dans la mesure o\u00f9 ils se rendent compte qu\u2019ils concourent \u00e0 sa r\u00e9alisation, c\u2019est-\u00e0-dire au maintien du r\u00e9seau d\u2019obligations r\u00e9ciproques qui les unit tous. Pour cela, la Kula remplit diff\u00e9rentes fonctions essentielles dans les soci\u00e9t\u00e9s trobriandaises en socialisant les individus, en maintenant la paix intertribale, en incitant \u00e0 aller vers les autres tribus, en animant la vie quotidienne et en r\u00e9pondant au besoin organique d\u2019institution qui \u00e9mane de chaque individu. Ces donn\u00e9es ne valent pas seulement pour les Trobriandais\u00a0: sous des formes diff\u00e9rentes et parfois avec d\u2019autres biens, elles valent \u00e9galement pour maints peuples de M\u00e9lan\u00e9sie, d\u2019Asie du Sud-Est, d\u2019Afrique ou d\u2019Am\u00e9rique. Il appara\u00eet ainsi que l\u2019\u00e9change est une institution pr\u00e9sente chez tous les peuples comme expression d\u2019une structure mentale universelle et souvent inconsciente dont les pratiques reposent sur la norme \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb vers laquelle doit tendre sa r\u00e9alisation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>b)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019\u00e9change diff\u00e9r\u00e9 dans le temps est illustr\u00e9 par le potlatch mis en \u00e9vidence par Boas (1898, 1921)qui constate que chez les Indiens Kwakiutl de l\u2019\u00eele de Vancouver<a title=\"\" href=\"#_ftn26\">[26]<\/a> de grandes f\u00eates rituelles entre clans rivaux \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement organis\u00e9es sous la forme d\u2019un somptueux festin pendant lequel avaient lieu d&rsquo;importantes distributions de cadeaux. Chaque f\u00eate constituait un \u00ab\u00a0potlatch\u00a0\u00bb, la personne qui invitait \u00e9tant en m\u00eame temps le donateur de cadeaux, les invit\u00e9s en \u00e9tant les donataires. Le potlatch \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 au moins un an \u00e0 l&rsquo;avance par le chef donateur qui incitait ses subalternes et sa famille mais aussi, parfois, la tribu tout enti\u00e8re, \u00e0 stocker des quantit\u00e9s \u00e9normes de nourriture et \u00e0 rassembler diverses sortes d&rsquo;objets utiles et pr\u00e9cieux, les plus prestigieux \u00e9tant de grands ouvrages de cuivre blasonn\u00e9 dont la valeur \u00e9galait celle de dizaines de couvertures<a title=\"\" href=\"#_ftn27\">[27]<\/a>. A l&rsquo;apog\u00e9e de la c\u00e9r\u00e9monie, il arrivait que le donateur saisisse un ou plusieurs de ses boucliers en cuivre et les pr\u00e9cipite \u00e0 la mer pour manifester \u00e0 la foule des Indiens son profond d\u00e9dain des richesses mat\u00e9rielles. Cette fastueuse manifestation recelait en fait un dangereux pi\u00e8ge\u00a0: le chef invit\u00e9 et son clan savaient qu\u2019au bout d\u2019une p\u00e9riode ils devraient rendre l\u2019\u00e9quivalent de tout ce qu&rsquo;ils avaient re\u00e7u ce jour l\u00e0, la coutume voulant que les cadeaux donn\u00e9s en retour soient plus prestigieux et de plus haute valeur que ceux initialement re\u00e7us. Si tel n&rsquo;est pas le cas, le nouvel invitant donateur et son clan perdaient honneur et prestige<a title=\"\" href=\"#_ftn28\">[28]<\/a>. Ainsi, les chefs de clan, tour \u00e0 tour, rivalisaient entre eux dans l\u2019\u00e9talage de leur richesse et de leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 en cherchant en r\u00e9alit\u00e9, par l\u2019affichage de celles-ci, \u00e0 ruiner et \u00e9craser leur rival ou, s&rsquo;il avait su r\u00e9pondre au d\u00e9fi lanc\u00e9, \u00e0 entrer avec lui dans une relation d&rsquo;alliance et d&rsquo;amiti\u00e9. Le potlatch \u00e9tait un moyen de promotion sociale pour celui qui donnait les cadeaux mais aussi, quand la valeur de ceux-ci \u00e9tait suffisante, d\u2019enrichissement pour celui qui les recevait. Un chef ne pouvait donc acc\u00e9der au pouvoir politique que s\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux. Ce qui comptait, ce n&rsquo;\u00e9tait pas ce qu\u2019il avait, c&rsquo;est ce qu\u2019il donnait qui devait \u00eatre sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu\u2019il avait re\u00e7u. Si n\u00e9cessaire, il devait \u00eatre pr\u00eat \u00e0 tout donner, \u00e0 ne plus rien garder pour lui. Ainsi, la r\u00e8gle de l&rsquo;exc\u00e8s du cadeau en retour sur celui de d\u00e9part, c\u2019est-\u00e0-dire du profit, \u00e9tait une pi\u00e8ce cruciale d&rsquo;un syst\u00e8me de r\u00e9gulation des rapports entre richesse \u00e9conomique et pouvoir politique. Puisque chacun donne plus que celui de qui il a re\u00e7u, le syst\u00e8me tend structurellement \u00e0 s&#8217;emballer dans la surench\u00e8re. Celui qui acc\u00e8dera au pouvoir doit avoir \u00e9cras\u00e9 tous les autres sous les assauts de ses cadeaux tout en risquant, en m\u00eame temps, de devenir le plus pauvre. Il y a donc chez les Kwakiutl une limitation de la logique \u00e9conomique par le politique dont rend compte aussi Clastres (1974) pour les soci\u00e9t\u00e9s amazoniennes\u00a0: <cite>\u00ab\u00a0Avarice et pouvoir sont incompatibles\u00a0; pour \u00eatre chef il faut \u00eatre g\u00e9n\u00e9reux.\u00a0\u00bb<\/cite><cite>. <\/cite>Le chef de clan qui se contenterait d&rsquo;accumuler ind\u00e9finiment la richesse sans la distribuer sortirait compl\u00e8tement du jeu des rapports politiques, ce qui est peu concevable, la valeur d&rsquo;un individu ne se mesurant pas par sa capacit\u00e9 \u00e0 cumuler mais par celle \u00e0 se s\u00e9parer de ses richesses<a title=\"\" href=\"#_ftn29\">[29]<\/a>. A intervalles r\u00e9guliers, l&rsquo;institution du potlatch permet ainsi la redistribution des richesses, la re-cr\u00e9ation du lien social par la perp\u00e9tuation d\u00b4une m\u00e9moire commune et en m\u00eame temps la permutation des places\u00a0: le plus riche devient pauvre mais gagne le prestige alors que les pauvres s&rsquo;enrichissent des dons mais leur honneur et leur prestige sont remis en question par l&rsquo;assaut de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui les met au d\u00e9fi. Pour justifier cette pratique du suppl\u00e9ment de valeur \u00e0 apporter qui semble avoir la force quasi-contraignante d\u2019une r\u00e8gle d\u2019un potlatch \u00e0 l\u2019autre, <a title=\"FRANZ BOAS\" href=\"http:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/franz-boas\/\">Boas<\/a> (1897) fournit les premi\u00e8res observations ethnographiques et d&rsquo;abondants mat\u00e9riaux r\u00e9unis surtout par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Hunt<a title=\"\" href=\"#_ftn30\">[30]<\/a> qui lui permirent de dire que\u00a0: \u00ab\u00a0Le principe sous-jacent est celui du placement \u00e0 int\u00e9r\u00eat de biens\u00a0\u00bb. Cette hypoth\u00e8se provoqua chez ses confr\u00e8res des discussions tr\u00e8s critiques qui ont bien \u00e9t\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9es par Maunier (1924-1925). Celui-ci reproche principalement \u00e0 Boas dans son analogie entre le potlatch et notre syst\u00e8me de cr\u00e9dit le fait que, dans ce dernier, les int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s sont fonction du temps. Ils sont proportionnels \u00e0 la dur\u00e9e \u00e9coul\u00e9e entre le moment de l\u2019emprunt et celui de son remboursement. Cette critique est tr\u00e8s int\u00e9ressante car elle renvoie, non pas \u00e0 la pratique du potlatch, mais \u00e0 notre mode de pens\u00e9e actuel qui con\u00e7oit le temps comme \u00e9tant de \u00ab\u00a0l\u2019argent\u00a0\u00bb afin de justifier que l\u2019int\u00e9r\u00eat pay\u00e9 soit fonction de la dur\u00e9e de remboursement. Or, Boas a montr\u00e9 que les objets \u00e9chang\u00e9s passaient souvent par plusieurs potlatchs, entre les mains de diff\u00e9rents chefs et guerriers, ce qui favorisait, \u00e0 chaque changement de propri\u00e9taire, le d\u00e9veloppement d\u2019une m\u00e9moire commune dans tout le corps du groupe concern\u00e9. En ce sens, ils pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme la mat\u00e9rialisation du lien social unissant les membres de la soci\u00e9t\u00e9 autour de ses mythes, de ses anc\u00eatres, de ses valeurs et de ses croyances. Plus longue \u00e9tait leur histoire, plus prestigieux \u00e9taient leurs possesseurs et plus ils avaient de valeur dans le potlatch. Ainsi, les valeurs d\u2019usage et d\u2019\u00e9change de chaque objet \u00e9taient fonction de la totalit\u00e9 des rapports sociaux qui s\u2019\u00e9taient nou\u00e9s par lui et autour de lui, les objets en cuivre \u00e9tant les plus valoris\u00e9s. C\u2019est ce qu\u2019expriment Godbout et Caill\u00e9 (1992) lorsqu\u2019ils disent que le cadeau est \u00ab\u00a0toute prestation effectu\u00e9e sans garantie de retour en vue de nourrir le bien social\u00a0\u00bb dans laquelle les biens qui sont donn\u00e9s ne prennent une valeur que parce qu&rsquo;ils cr\u00e9ent ou alimentent la relation interpersonnelle pouvant permettre \u00e0 des rivaux de devenir des amis et des alli\u00e9s. Nous d\u00e9duisons de cette pratique que l\u2019activit\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e pendant un certain temps permet de rassembler les biens qui ne sont pas consomm\u00e9s improductivement et qui seront \u00ab\u00a0investis\u00a0\u00bb au cours d\u2019un potlatch mais que le surplus attendu de cet apport ne se mat\u00e9rialisera qu\u2019au cours d\u2019un potlatch ult\u00e9rieur. Autrement dit, ce n\u2019est pas la dur\u00e9e entre deux potlatchs qui d\u00e9termine le surplus \u00e0 rendre mais la dur\u00e9e de constitution de ce qui est offert au cours d\u2019un potlatch qui justifiera le surplus devant \u00eatre rendu au potlatch suivant. Au-del\u00e0 de son aspect c\u00e9r\u00e9moniel, nous interpr\u00e9tons le potlatch comme un \u00e9change dont le d\u00e9nouement est diff\u00e9r\u00e9 dans le temps. A ce titre, il doit \u00eatre producteur d\u2019un profit avec, au minimum, la conservation de la valeur de ce qui est \u00e9chang\u00e9 et qui s\u2019est form\u00e9e progressivement pendant le temps de constitution de l\u2019\u00e9pargne investie. Ce profit minimum est l\u2019\u00e9l\u00e9ment central de l\u2019\u00e9change lui-m\u00eame et non une condition qui serait en dehors de celui-ci. Il r\u00e9sulte de l\u2019\u00e9galit\u00e9 th\u00e9orique des valeurs \u00e9chang\u00e9es. En effet, pour pouvoir \u00e9changer un bien, il faut au pr\u00e9alable constituer l\u2019\u00e9pargne qui sera investie pour produire les biens constituant le profit. Celui-ci est donc n\u00e9cessaire pour que soit respect\u00e9e l\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs \u00e9chang\u00e9es lorsque l\u2019\u00e9change est diff\u00e9r\u00e9 dans le temps. A ce titre, le profit n\u2019est pas autre chose que l\u2019\u00e9pargne consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 un instant ult\u00e9rieur dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A travers la Kula et le potlatch, nous venons de proposer une th\u00e9orie des syst\u00e8mes normatifs qui devraient avoir pour objet de faire tendre les \u00e9changes \u00e9conomiques valeur pour valeur pour pouvoir r\u00e9guler la violence n\u00e9e de la volont\u00e9 d\u2019appropriation mim\u00e9tique des participants. Cependant, dans la r\u00e9alit\u00e9, chaque participant, qu\u2019il soit personne physique ou morale, cherchera plus ou moins \u00e0 tourner \u00e0 son avantage la r\u00e8gle d\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs dans l\u2019\u00e9change. Cela peut avoir un effet b\u00e9n\u00e9fique quand se trouve ainsi favoris\u00e9e la mobilit\u00e9 des capitaux d\u2019un secteur d\u2019activit\u00e9 \u00e0 un autre mais, pour \u00e9viter qu\u2019un des participants puisse bloquer le d\u00e9veloppement du secteur en emp\u00eachant la concurrence de s\u2019exprimer<a title=\"\" href=\"#_ftn31\">[31]<\/a>, des syst\u00e8mes normatifs d\u00e9finis pour faire tendre l\u2019\u00e9change valeur pour valeur doivent permettre de mettre en \u00e9chec cette situation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Conclusion<\/span><\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir montr\u00e9 comment se constituent dans la r\u00e9alit\u00e9 les syst\u00e8mes de normes pour r\u00e9guler la violence n\u00e9e du d\u00e9sir mim\u00e9tique d\u2019appropriation, nous avons suppos\u00e9 qu\u2019il existait des lois ext\u00e9rieures \u00e0 nous, <i>a-historiques<\/i> et universelles, pour nous guider dans l\u2019organisation de la vie sociale. Nous n\u2019avons pas retenu une posture empirique, plus conforme \u00e0 la tradition aristot\u00e9licienne, qui veut que les r\u00e8gles qui nous \u00e9laborons aient leur origine dans la seule nature humaine entendue comme essence de l\u2019homme capable de les construire par les exp\u00e9riences qu\u2019il m\u00e8ne. Trois raisons motivent notre refus d\u2019adopter cette d\u00e9marche exp\u00e9rimentale et constructiviste des ph\u00e9nom\u00e8nes normatifs voulant que les id\u00e9es que nous utilisons soient des r\u00e9alit\u00e9s tangibles auxquelles nous participons pour en tirer des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En sciences sociales, au fur et \u00e0 mesure que les donn\u00e9es propres au temps de l\u2019exp\u00e9rimentation s\u2019\u00e9vanouissent, nous risquons de perdre le contact avec le r\u00e9el et de ne plus raisonner dans un champ homog\u00e8ne.<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si la statistique sur laquelle s\u2019appuie la d\u00e9marche empirique semble \u00eatre une m\u00e9thode utilisable pour r\u00e9v\u00e9ler le fait normatif, la multiplicit\u00e9 des facteurs non retenus peut entra\u00eener la confusion d&rsquo;une co\u00efncidence avec un d\u00e9terminisme. Cette d\u00e9marche appel\u00e9e \u00ab\u00a0positive\u00a0\u00bb \u00e0 tort selon nous, \u00e9labor\u00e9e par J.\u00a0N.\u00a0Keynes (1891) et reprise par M. Friedman (1953) et l\u2019\u00c9cole de Chicago peut peut-\u00eatre expliquer un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 un instant donn\u00e9 contingent, c\u2019est-\u00e0-dire peut produire de l\u2019id\u00e9ologie et non des \u00e9l\u00e9ments qui ne peuvent \u00eatre reconnus comme scientifiques que s\u2019ils sont permanents dans le temps.<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La normalisation ayant comme point de d\u00e9part de rendre compte de la r\u00e9gulation de la violence \u00e0 travers les \u00e9changes que nous engageons, il nous faut analyser, pour pouvoir constituer un raisonnement scientifique, le contenu de l\u2019\u00e9change, analyse qui ne peut \u00eatre men\u00e9e que si nous nous positionnons en dehors de l\u2019\u00e9change sans y prendre part afin de l\u2019examiner une fois qu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9. Adopter l\u2019attitude empirique consistant \u00e0 nous placer avant cet acte d\u2019\u00e9change reviendrait \u00e0 nous mettre \u00e0 la place de celui pr\u00e9parant l\u2019\u00e9change sans savoir quel en sera le r\u00e9sultat. Nous serions alors oblig\u00e9s de construire celui-ci en l\u2019organisant et le modelant selon notre propre grille d\u2019interpr\u00e9tation au risque de perdre l\u2019objectivit\u00e9 dont nous nous r\u00e9clamons.<\/p>\n<p>C\u2019est au regard de ces trois limites que nous avons privil\u00e9gi\u00e9 une \u00e9pist\u00e9mologie positive de la norme mettant en \u0153uvre une m\u00e9thodologie interpr\u00e9tative \u00e0 partir d\u2019une herm\u00e9neutique fond\u00e9e sur les \u00e9crits des anthropologues. Nous avons inscrit notre raisonnement dans la logique s\u2019appliquant sur un champ homog\u00e8ne de concepts qui garantissent que nous ne les confondons pas avec leur expression r\u00e9elle dans l\u2019histoire. De ce fait, nous supposons implicitement qu\u2019il ne puisse exister qu\u2019une seule th\u00e9orie pour expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, th\u00e9orie que nous avons appel\u00e9e \u00ab\u00a0normative conditionnelle\u00a0\u00bb car l\u2019explication que nous avons fournie repose sur l\u2019\u00e9cart existant entre la r\u00e9alit\u00e9 et ce vers quoi celle-ci devrait tendre si la soci\u00e9t\u00e9 fonctionnait dans la recherche de la limitation de la violence. La seule d\u00e9marche scientifique qu\u2019il nous semble possible d\u2019adopter pour int\u00e9grer l\u2019incertitude que pr\u00e9sente l\u2019avenir est de proposer une th\u00e9orie qui permette d\u2019\u00e9liminer les variables qui d\u00e9pendent de notre volont\u00e9. C\u2019est ce que nous avons fait en fondant nos propositions sur l\u2019\u00e9change valeur pour valeur, qu\u2019il soit instantan\u00e9 ou diff\u00e9r\u00e9 dans le temps.<\/p>\n<p>Faute de disposer de plus de place, nous n\u2019avons pas pu d\u00e9velopper des applications concr\u00e8tes issues des diff\u00e9rents syst\u00e8mes de normes formant la t\u00e9tra-normalisation pour montrer comment appliquer nos propositions th\u00e9oriques. Nous prendrons cependant pour terminer un exemple portant sur la s\u00e9curit\u00e9 et toutes les normes qui s\u2019y r\u00e9f\u00e8rent.<\/p>\n<p>Le plus grand d\u00e9bat auquel nous sommes confront\u00e9s aujourd\u2019hui est certainement de d\u00e9finir jusqu\u2019o\u00f9 il convient de garantir la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle des individus. Nous ne pouvons le r\u00e9gler par des solutions uniques car il est form\u00e9 par deux plans interf\u00e9rant entre eux et gouvern\u00e9s par des principes contradictoires. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a le plan de la production et de la vente des biens qui rel\u00e8vent des normes concurrentielles de march\u00e9s permettant de tendre vers des \u00e9changes valeur pour valeur garantissant une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 qui porte sur les produits. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a le plan de l\u2019utilisation d\u2019une partie des richesses cr\u00e9\u00e9es \u00e0 des fins non directement productives comme la justice, l\u2019enseignement, la sant\u00e9, etc. qui devrait \u00eatre fond\u00e9e sur un rapport d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les hommes. Ces deux domaines ne r\u00e9pondent pas aux m\u00eames normes d\u2019organisation sociale.<\/p>\n<p>Le premier portant sur la production devant tendre vers un \u00e9change valeur pour valeur sur le march\u00e9 suppose que celui-ci soit aussi concurrentiel que possible, ce qui entra\u00eene comme cons\u00e9quence que ceux qui y participent ne soient pas \u00ab\u00a0prot\u00e9g\u00e9s\u00a0\u00bb. L\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat dans ce domaine n\u2019est alors pas justifi\u00e9e s\u2019il s\u2019agit de garantir le maintien de salari\u00e9s dans leur emploi ind\u00e9pendamment de la performance de l\u2019outil de production. Elle est justifi\u00e9e, par contre, s\u2019il s\u2019agit de faire respecter la concurrence par l\u2019interdiction de la non-limitation volontaire de l\u2019offre quand celle-ci est rentable par les entreprises intervenant sur ce march\u00e9. L\u2019avenir collectif de la soci\u00e9t\u00e9 sera d\u2019autant plus assur\u00e9 si elle est organis\u00e9e sur un principe de comp\u00e9tition, c\u2019est-\u00e0-dire si chacun de ses membres est laiss\u00e9 dans une plus grande ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me concerne la redistribution du surplus cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s reconstitution de tous les produits consomm\u00e9s dans le processus de production. Il rel\u00e8ve d\u2019une organisation sociale tr\u00e8s diff\u00e9rente puisque son objectif est de corriger l\u2019in\u00e9galit\u00e9 qui r\u00e9sulte de la r\u00e9partition des revenus, tout le monde devant normalement avoir droit \u00e0 la m\u00eame justice, aux m\u00eames soins, \u00e0 la m\u00eame \u00e9ducation, etc. Or, pour un m\u00eame niveau de richesses cr\u00e9\u00e9es, cette redistribution sera d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9e que la part consomm\u00e9e et reproduite aura \u00e9t\u00e9 comprim\u00e9e, ce qui, n\u2019est possible que par une r\u00e9duction de la consommation. Notre proposition th\u00e9orique montre ici que la croissance financ\u00e9e par le surplus cr\u00e9\u00e9 serait d\u2019autant plus forte que la consommation serait r\u00e9duite, c\u2019est-\u00e0-dire que celle-ci ne devrait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le moteur de celle-l\u00e0. Ainsi, il serait possible d\u2019augmenter la s\u00e9curit\u00e9 de tous pour une redistribution accrue de la richesse cr\u00e9\u00e9e, ce qui suppose, toutes choses \u00e9gales par ailleurs, une r\u00e9duction de la consommation\u2026 difficile \u00e0 accepter comme le montre les r\u00e9actions des populations des pays ayant mis actuellement en \u0153uvre des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous pensons que la seule fa\u00e7on de r\u00e9gler ce dilemme entre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u00a0 de chacun et la s\u00e9curit\u00e9 de tous est de renou\u00e9 avec l\u2019application de normes qui permettent, une fois encore, de faire tendre sur le march\u00e9 les \u00e9changes vers une \u00e9galit\u00e9 des valeurs \u00e9chang\u00e9es.<\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">\u00a0<\/span><\/b><\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Bibliographie<\/span><\/b><\/p>\n<p>Aristote (2008), \u00ab\u00a0<i>Ethique \u00e0 Nicomaque\u00a0\u00bb<\/i>, Livre V\u00a0: La vertu de justice, Chapitre 8\u00a0: La justice et la r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0 R\u00f4le \u00e9conomique de la monnaie, traduit par Richard Bod\u00e9\u00fcs, Hachette Livre, Livre de Poche, Classique, Paris.<\/p>\n<p>Ball et Brown (1968), \u201c<i>Journal of Accounting Research\u201d<\/i>, University of Chicago Press, Chicago, Vol 6, n\u00b0 2.<\/p>\n<p>Beaver W. H. (1968), \u201c<i>Information Content of Annual Earnings Announcements<\/i>\u201d, Journal of Accounting Research, University of Chicago Press, Chicago, Vol 6, n\u00b0 3.<\/p>\n<p>Boas F. (1921), \u201c<i>Ethnology of the Kwakiutl\u201d<\/i>, Bureau of American Ethnology.<\/p>\n<p>Clastre P. (1974), \u00ab\u00a0<i>La Soci\u00e9t\u00e9 contre l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb<\/i>, Editions de Minuit, Paris, p. 28.<\/p>\n<p>Friedman M. (1953), \u201c<i>Essays in Positive Economics<\/i>\u201d, University of Chicago Press, Chicago.<\/p>\n<p>Girard R. (1972), \u201c<i>La violence et le sacr\u00e9<\/i>\u201d, Grasset, Paris. L&rsquo;ouvrage a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 par l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise (Fondation Broquette-Gonin) en mai 1973.<\/p>\n<p>Girard R. (1978), \u201c<i>Des choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde<\/i>\u201d, avec Jean-Michel Oughourlian et Guy Lefort, Grasset, Paris.<\/p>\n<p>Godbout J. T. et Caille A. (1992), \u00ab\u00a0<i>L\u2019esprit du don<\/i>\u00a0\u00bb \u00c9ditions La d\u00e9couverte, Paris et : Montr\u00e9al : Bor\u00e9al, Collection : Textes \u00e0 l&rsquo;appui \/ s\u00e9rie anthropologie.<\/p>\n<p>Goscinny R. et Uderzo A. (1966), \u00ab\u00a0<i>Le combat des chefs\u00a0\u00bb<\/i>, Album n\u00b0 7, Hachette Livre, Paris.<\/p>\n<p>Haas J. (2011), \u00ab\u00a0<i>Les comptes doivent s\u2019ancrer dans ce qu\u2019il y a de plus robuste\u00a0\u00bb<\/i>, entretien avec Marion Leblanc-Wohrer et Antoine Landrot \u00e0 l\u2019AGEFI le 15 septembre 2011.<\/p>\n<p>Hobbes T. (1651 \u00e9dition de 2005), \u00ab\u00a0<i>L\u00e9viathan. Trait\u00e9 de la mati\u00e8re, de la forme et du pouvoir eccl\u00e9siastique et civil\u00a0\u00bb, <\/i>version fran\u00e7aise sous le titre \u00ab\u00a0L\u00e9viathan\u00a0\u00bb, Vrin, Paris).<\/p>\n<p>Hoogervorst H. (2011), \u00ab\u00a0<i>La crise ravive le d\u00e9bat sur l&rsquo;application des IFRS\u00a0\u00bb<\/i>, L\u2019AGEFI Quotidien par Solenn Poullennec le 13\/10\/2011.<\/p>\n<p>Keynes J. N. (1891), \u201c<i>The Scope and Method of Political Economy<\/i>\u201d, University of Cambridge, Cambridge.<\/p>\n<p>Lorenz K (1954), <i>Psychologie et phylog\u00e9n\u00e8se<\/i> (publi\u00e9 en France au Points Seuil en 1970 dans \u00ab\u00a0Trois essais sur le comportement humain)\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malinowski B. (1922), \u00ab\u00a0<i>Les argonautes du Pacifique occidental\u00a0\u00bb<\/i>, Gallimard 1963, Paris, p. 139-141.<\/p>\n<p>Maunier R. (1924-1925), \u00ab\u00a0<i>Recherches sur les \u00e9changes rituels en Afrique du Nord\u00a0\u00bb<\/i>, L\u2019Ann\u00e9e sociologique, Nouvelle s\u00e9rie, tome II, pp. 11-97.<\/p>\n<p>Montesquieu (1748), \u00ab\u00a0<i>De L\u2019esprit des Lois<\/i>\u00a0\u00bb, Le Livre de Poche 1997, KERVIGNAC 56700.<\/p>\n<p>P\u00e9ron M. (2010), \u00ab\u00a0<i>Approche lexicographique de la notion de norme et de son \u00e9volution historique<\/i>\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0Normes\u00a0: Origines et Cons\u00e9quences des Crises\u00a0\u00bb, Editions Economica, Paris, p 15.<\/p>\n<p>Pig\u00e9 B. et Paper X. (2005), \u00ab\u00a0<i>Reporting financier et gouvernance des entreprises\u00a0: le sens des normes IFRS<\/i>\u00a0\u00bb, Editions EMS, Colombelles, p. 7.<\/p>\n<p>Platon (1993), \u00ab\u00a0<i>La r\u00e9publique\u00a0\u00bb<\/i>, traduit par P. PACHET, Gallimard, Folio, Essais, Livres III et X, Paris.<\/p>\n<p>Savall H. et Zardet V. (2010), \u00ab\u00a0<i>Normes\u00a0: Origines et Cons\u00e9quences des Crises<\/i>\u00a0\u00bb, Editions Economica, Paris, p 7.<\/p>\n<p>Testart A. (1982), \u00ab\u00a0<i>Les soci\u00e9t\u00e9s de chasseurs-cueilleurs ou l\u2019origine des in\u00e9galit\u00e9s sociales\u00a0\u00bb<\/i>, Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019ethnographie, Universit\u00e9 Paris X-Nanterre, Paris.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0Appel\u00e9 \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0valeur juste\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb obtenue selon la r\u00e8gle\u00a0: \u00ab\u00a0marked to market\u00a0\u00bb, ce qui la d\u00e9tourne de son sens originel selon lequel une \u00ab\u00a0valeur juste\u00a0\u00bb correspondait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se faisait sur celle-ci selon que l\u2019on en avait ou non \u00ab\u00a0pour son argent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0Selon le principe\u00a0: \u00ab\u00a0Substance over form\u00a0\u00bb donnant la primaut\u00e9 \u00e0 la valeur \u00e9conomique des op\u00e9rations sur leur valeur patrimoniale (pr\u00e9\u00e9minence de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique sur l&rsquo;apparence m\u00eame si la forme juridique exigerait un traitement diff\u00e9rent).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0J\u00e9r\u00f4me Haas est le Pr\u00e9sident de l\u2019Autorit\u00e9 des Normes Comptables (ANC) en France.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>\u00a0Hans Hoogervorst, Pr\u00e9sident actuel de l\u2019International Accounting Standards Board (IASB).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Deux p\u00f4les constituent la partition de la dimension sociale de l\u2019univers\u00a0: les normes sociales et celles relatives \u00e0 la qualit\u00e9, la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019environnement\u00a0; les deux autres p\u00f4les sont le d\u00e9clinaison de la dimension \u00e9conomique\u00a0: les normes comptables et financi\u00e8res d\u2019une part et celles sur les \u00e9changes commerciaux d\u2019autre part.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> D\u2019apr\u00e8s le Robert, le verbe \u00ab\u00a0normaliser\u00a0\u00bb est utilis\u00e9 \u00e0 partir de 1923 quand celui de \u00ab standardiser \u00bb date de 1915.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0Par exemple, les normes comptables comportent des conventions, des principes, des r\u00e8gles, des m\u00e9thodes int\u00e9gr\u00e9s dans un r\u00e9f\u00e9rentiel comptable. Pour \u00eatre applicable, ce r\u00e9f\u00e9rentiel doit \u00eatre lui-m\u00eame int\u00e9gr\u00e9 au sein d&rsquo;un droit comptable.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0Comme toutes les esp\u00e8ces, nous vivons dans la nature et, de ce fait, nous sommes soumis \u00e0 ses lois. Les relations de domination naturelles qui r\u00e8glent le fonctionnement des autres esp\u00e8ces disparaissant au fur et \u00e0 mesure que nous avons pris conscience de nous-m\u00eames au cours des si\u00e8cles, nous avons d\u00fb inventer des r\u00e8gles sociales et culturelles adaptant les lois naturelles pour limiter notre capacit\u00e9 \u00e0 nous auto-d\u00e9truire. L\u2019histoire nous montre que nous avons parfois d\u00e9velopp\u00e9 des formes culturelles qui ne s\u2019inscrivent pas dans l\u2019ordre naturel, provoquant des crises. C\u2019est dans le respect de cet ordre naturel que nous inscrivons notre concept de \u00ab\u00a0norme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Mim\u00e9sis est un mot Grec, utilis\u00e9 par Platon et Aristote, signifiant \u00ab\u00a0imitation\u00a0\u00bb et donnant naissance \u00e0 l\u2019adjectif \u00ab\u00a0mim\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0N\u00e9ot\u00e9nie provient de la juxtaposition du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0<i>neo\u00a0\u00bb<\/i>, signifiant nouveau, et du grec \u00ab\u00a0<i>teinein\u00a0\u00bb<\/i>, signifiant \u00e9tendre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Konrad Lorenz prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1973.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> L\u2019analyse du probl\u00e8me que posent les enfants sauvages par leur incapacit\u00e9 \u00e0 se socialiser montre \u00e0 contrario que l\u2019homme ne peut d\u00e9ployer ses qualit\u00e9s que dans un groupe social apr\u00e8s en avoir acquis les traits de fonctionnement par un mim\u00e9tisme d\u2019apprentissage.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> A la diff\u00e9rence des besoins instinctuels des animaux qui n\u00e9cessitent des objets pr\u00e9cis pour \u00eatre satisfaits, les d\u00e9sirs humains n\u2019ont pas d\u2019objet pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9[13], ils sont mim\u00e9tiques. Ils peuvent varier \u00e0 l\u2019infini parce qu\u2019ils s\u2019enracinent, non dans les objets ou en nous-m\u00eames, mais dans un tiers dont on imite le d\u00e9sir. Il suffit qu\u2019un individu servant de mod\u00e8le montre \u00e0 un autre un objet \u00e0 d\u00e9sirer, soit parce qu\u2019il le poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0, soit parce qu\u2019il veut le poss\u00e9der, pour que, par mim\u00e9sis d\u2019appropriation, ce dernier se comportant en imitateur \u00e9prouve le d\u00e9sir de l\u2019obtenir (Girard, 1961).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Le volume des aventures d\u2019Ast\u00e9rix\u00a0: \u00ab\u00a0Le combat des chefs\u00a0\u00bb de Goscinny et Uderzo (1966) est r\u00e9v\u00e9lateur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Dominance patterns\u00a0\u00bb que l\u2019on peut traduire par \u00ab\u00a0rapports de domination\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0Chez les singes bonobos apparaissent des tensions aux moments des repas, \u00ab\u00a0des tensions concernant la nourriture plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la nourriture elle-m\u00eame\u00a0\u00bb \u00e9crit De Waal (1989) qui pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Initialement, c&rsquo;est l&rsquo;individu le plus dominant du groupe qui r\u00e9clame la nourriture, les autres s&rsquo;assemblent autour de lui pour obtenir leur part. Ils rapprochent leur visage de celui du dominant, suivant de pr\u00e8s la consommation de chaque feuille. Ils peuvent tellement s&rsquo;absorber dans ce spectacle qu&rsquo;ils finissent par imiter les mouvements de mastication du dominant&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0C\u2019est aussi le cas dans les soci\u00e9t\u00e9s animales qui ont r\u00e9solu le probl\u00e8me par l\u2019instauration des \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a>\u00a0L\u2019expression \u00ab\u00a0cr\u00e9ation proth\u00e9tique\u00a0\u00bb est utilis\u00e9e pour d\u00e9signer la technique qui permet \u00e0 l\u2019homme de se cr\u00e9er des \u00ab\u00a0proth\u00e8ses\u00a0\u00bb capables de l\u2019aider dans la mise en \u0153uvre de ses activit\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0On retrouve dans le Carnaval tous les \u00e9l\u00e9ments de la crise mim\u00e9tique\u00a0: l&rsquo;indiff\u00e9renciation par les masques, le d\u00e9foulement par la f\u00eate, la transgression des normes conventionnelles. A la fin, on br\u00fble \u00ab\u00a0Carnaval\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb ayant \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9e, tout rentre dans l&rsquo;ordre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0Ce qui permet de comprendre pourquoi certains interdits sont prononc\u00e9s alors qu\u2019ils pourraient sembler insens\u00e9s, comme celui portant sur les jumeaux qui doivent \u00eatre tu\u00e9s ou exclus de la tribu d\u00e8s qu\u2019ils naissent.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a>\u00a0En r\u00e9alit\u00e9, parall\u00e8lement au syst\u00e8me Kula et en m\u00eame temps que lui, existe le \u00ab\u00a0gimwali\u00a0\u00bb qui est une forme de march\u00e9 dans laquelle le marchandage et la recherche du gain ne sont pas exclus. Sous son couvert, les individus s\u2019adonnent au commerce normal, troquant d\u2019une \u00eele \u00e0 l\u2019autre de multiples marchandises.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a>\u00a0Au cours de la Kula, il arrive que certains individus enfreignent les r\u00e8gles en volant par exemple, mais, le, plus souvent, ils s\u2019y confortent, non pas seulement par crainte du ch\u00e2timent ou par \u00ab\u00a0inertie mentale\u00a0\u00bb, mais surtout \u00e0 cause du r\u00e9seau d\u2019obligations et de servitudes r\u00e9ciproques o\u00f9 ils se trouvent enserr\u00e9s et dont une certaine \u00ab\u00a0\u00e9lasticit\u00e9\u00a0\u00bb leur permet pourtant de r\u00e9aliser leurs ambitions personnelles.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a>\u00a0Si c\u2019\u00e9tait le cas, les soulavas et les mwalis ne permettraient pas aux partenaires de tirer une quelconque satisfaction dans l\u2019\u00e9change conform\u00e9ment au mod\u00e8le de l\u2019<em>homo \u0153conomicus.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a>\u00a0Pour Testart (2005), dans la grande majorit\u00e9 des groupements humains ant\u00e9-\u00e9tatiques o\u00f9 existe cette richesse, la principale redevance sociale due rev\u00eat la forme de prestations matrimoniales.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a>\u00a0Il en va diff\u00e9remment pour les altermondialistes et pour Karl Polanyi<i> <\/i>(1944, \u00e9dition de 1983) pour qui la <i>Kula<\/i> est une \u00e9conomie fond\u00e9e sur le don \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une \u00e9conomie marchande qui fait appara\u00eetre le march\u00e9 comme une institution artificielle, un d\u00e9sencastrement de l\u2019\u00e9conomie hors des r\u00e8gles sociales, culturelles et politiques qui r\u00e9gissent traditionnellement la production et l\u2019\u00e9change. Ils d\u00e9noncent l\u2019extension de la marchandisation en regrettant l\u2019extinction de cette r\u00e9ciprocit\u00e9 qu\u2019elle introduit dans les rapports humains [\u2026] la production et la distribution des biens n\u2019\u00e9tant plus sous le contr\u00f4le de la population, ni sous celui du politique et du social comme dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, mais apparaissant aux mains d\u2019int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s en concurrence.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a>\u00a0L\u2019\u00eele de Vancouver se situe au nord-ouest du Canada.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a>\u00a0La conception que se font les indiens de la valeur de leurs objets n\u2019est pas la m\u00eame que celle que nous nous faisons actuellement C&rsquo;est pourquoi les premiers colons europ\u00e9ens ont pu consid\u00e9rablement spolier les indig\u00e8nes qui pratiquaient le potlatch car ils \u00e9changeaient de l&rsquo;or contre de la bimbeloterie qui, pour ces derniers, avaient valeur de potlatch.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a>\u00a0Le surintendant Fouquet voulant surpasser les fastes de Louis XIV en s\u00fbt quelque chose.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref29\">[29]<\/a>\u00a0Dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 potlatch, ce n\u2019est pas la puissance \u00e9conomique qui permet d\u2019acc\u00e9der au pouvoir politique. Le potlatch place ainsi une limite \u00e0 l&rsquo;accumulation ind\u00e9finie des richesses aux mains de quelques-uns et au d\u00e9veloppement des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref30\">[30]<\/a>\u00a0G. Hunt est un Indien\u00a0 Kwakiutl form\u00e9 par Boas aux techniques ethnographiques de l&rsquo;\u00e9poque (Boas et Hunt, 1921).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref31\">[31]<\/a> C\u2019est ce que Microsoft a fait entre les ann\u00e9es 1980 et 2005 pour garder le monopole sur les march\u00e9s des syst\u00e8mes d\u2019exploitation et des logociels.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00c9SUM\u00c9. Alors que l\u2019on croyait \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle des normes comptables obtenues selon des principes et des m\u00e9thodes jug\u00e9s les plus pertinents pour leurs utilisateurs dans le cadre d\u2019une approche essentiellement normative de la comptabilit\u00e9, les tests de cette utilit\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/michel.baupin.fr\/?p=64\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[34,32,33,20,35,30,36,31,37,19],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/64"}],"collection":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=64"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/64\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/64\/revisions\/92"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=64"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=64"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=64"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}