{"id":48,"date":"2011-12-16T13:00:37","date_gmt":"2011-12-16T12:00:37","guid":{"rendered":"http:\/\/baupin.fr\/michel\/?p=48"},"modified":"2014-08-03T08:51:13","modified_gmt":"2014-08-03T06:51:13","slug":"cout-historique-juste-valeur-et-gouvernance-de-l%e2%80%99entreprise-une-interpretation-par-la-theorie-de-la-valeur-competence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/michel.baupin.fr\/?p=48","title":{"rendered":"Co\u00fbt historique, juste valeur et gouvernance de l\u2019entreprise : une interpr\u00e9tation par la th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0Introduction g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019information financi\u00e8re, en devenant un objet de d\u00e9bat public depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, est fortement remise en question. La crise que nous traversons depuis 2008 n\u2019a fait qu\u2019accentuer la m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019encontre du monde de la finance. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clenchant est le m\u00eame que celui de la crise de 1929\u00a0: la chute consid\u00e9rable du cours des actions ne trouvant plus d\u2019acheteurs rendant le march\u00e9 illiquide et r\u00e9v\u00e9lant des manipulations des r\u00e9sultats comptables par les dirigeants des entreprises concern\u00e9es, suivie d\u2019une profonde d\u00e9pression \u00e9conomique qui toucha en premier, aux Etats-Unis, l\u2019immobilier et l\u2019automobile. Mais, si l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clenchant est le m\u00eame, les causes sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>En 1929, la crise a permis de mettre un terme \u00e0 la lutte de pouvoir entre les banques am\u00e9ricaines<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> et le Federal Reserve Board de Washington qui cherchait \u00e0 leur interdire de pr\u00eater des dollars aux seules fins de sp\u00e9culation boursi\u00e8re. A cette \u00e9poque, l\u2019entreprise \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e, dans la pratique, comme \u00e9tant exclusivement au service de ses propri\u00e9taires ainsi que Ford l\u2019a parfaitement illustr\u00e9 dans ses actions de relations publiques.<\/p>\n<p>Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es et encore actuellement, de mani\u00e8re cyclique, l\u2019abondance de liquidit\u00e9s disponibles dans les \u00e9conomies (Sitographie n\u00b0\u00a01) g\u00e9n\u00e8re une inflation qui se trouve canalis\u00e9e dans les actifs financiers dont l\u2019augmentation du prix agit sur le comportement des acteurs \u00e9conomiques par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019effet de richesse qu\u2019elle provoque. A titre d\u2019exemple, William Donaldson, Pr\u00e9sident en 2003 de la Securities and Exchange Commission (SEC), a pr\u00e9sent\u00e9 lors d\u2019un d\u00e9bat le 29 avril de cette m\u00eame ann\u00e9e, une statistique indiquant qu\u2019en 1991, aux Etats-Unis, les clients recevaient de leurs banques six recommandations d\u2019achat de valeurs mobili\u00e8res pour une de vente alors qu\u2019en 2000, ce rapport \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 cent pour une (Sitographie n\u00b0\u00a02), comme si la croyance s\u2019\u00e9tait enracin\u00e9e que le march\u00e9 ne pouvait \u00eatre qu\u2019acheteur. Il se forme ainsi des bulles dont l\u2019\u00e9closion am\u00e8ne l\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement de ces crises dont les plus r\u00e9centes concernent successivement l\u2019immobilier, la finance et les dettes souveraines.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution qui est issue de la transformation des pratiques financi\u00e8res depuis le milieu des ann\u00e9es 1970 marquent une mutation radicale du statut de l\u2019entreprise dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 qui est maintenant mise en \u0153uvre dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s. L\u2019entreprise, qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9manation de ses propri\u00e9taires, devient une entit\u00e9 autonome ind\u00e9pendante de ceux-ci dont le r\u00f4le est ramen\u00e9 \u00e0 celui de simples cr\u00e9anciers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est sur cette base que la comptabilit\u00e9 de l\u2019entreprise a \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9e consacrant la primaut\u00e9 d\u2019une approche purement financi\u00e8re de son fonctionnement au d\u00e9triment de l\u2019approche \u00e9conomique traditionnelle et imposant comme \u00e9valuation de la valeur comptable le prix instantan\u00e9 du march\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> suppos\u00e9 int\u00e9grer la totalit\u00e9 des informations le concernant sur un march\u00e9 parfaitement efficient. Alors que la comptabilit\u00e9 traditionnelle devait r\u00e9pondre \u00e0 un besoin de reddition des comptes pour pouvoir exercer son r\u00f4le disciplinaire et de contr\u00f4le des d\u00e9cisions prises par les dirigeants de la soci\u00e9t\u00e9 dans la conservation de son capital, les nouvelles normes font de celui-ci une grandeur pouvant varier au gr\u00e9 des fluctuations des march\u00e9s. La comptabilit\u00e9 remplissait aussi un r\u00f4le important d\u2019information fond\u00e9e sur l\u2019enregistrement des transactions pass\u00e9es connues ou cens\u00e9es l\u2019\u00eatre afin de fournir une \u00e9valuation \u00e9conomique de l\u2019entreprise \u00e0 un instant donn\u00e9 pouvant servir de base de r\u00e9flexion \u00e0 ses utilisateurs dans leurs prises de d\u00e9cisions. L\u2019approche des nouvelles normes sous un angle financier modifie cet \u00e9tat de fait car elles cherchent \u00e0 am\u00e9liorer le compte-rendu des transactions r\u00e9alis\u00e9es par rapport \u00e0 l\u2019impact qu\u2019elles sont susceptibles d\u2019avoir, non seulement au moment actuel mais aussi dans le futur, obligeant la comptabilit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer dans ses m\u00e9thodes la notion de dur\u00e9e et donc de risque, ce qui constitue une rupture forte par rapport \u00e0 l\u2019existant.<\/p>\n<p>On assiste ainsi depuis plusieurs d\u00e9cennies, sous l\u2019impulsion des normalisateurs anglo-saxons, \u00e0 une modification progressive des fondements du mod\u00e8le comptable traditionnel<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire des conventions qui conditionnent la mesure de la richesse et du revenu de l\u2019entreprise<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> par la comptabilit\u00e9 financi\u00e8re. Ce mouvement de grande ampleur, initi\u00e9 aux Etats-Unis par le Financial Accounting Standards Board (FASB) puis, au plan international par l\u2019International Accounting Standards Committee (IASC), vise traditionnellement \u00e0 privil\u00e9gier une conception \u00e9conomique des actifs et des passifs de l\u2019entreprise \u00e0 celle juridique en vigueur dans les pays continentaux<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> afin que l\u2019investisseur boursier soit consid\u00e9r\u00e9 comme le destinataire privil\u00e9gi\u00e9 des informations comptables et financi\u00e8res.<\/p>\n<p>L\u2019objectif est, notamment, de substituer leur \u00e9valuation en \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb \u00e0 celle de \u00ab\u00a0co\u00fbt historique\u00a0\u00bb qui \u00e9tait le fondement de la mesure comptable du r\u00e9sultat et de leur \u00e9valuation. Ces questions qui sont encore actuellement l\u2019objet d\u2019un d\u00e9bat acharn\u00e9 mobilisent les principes sous-jacents aux normes d\u00e9finies dans chaque r\u00e9f\u00e9rentiel comptable. Plus de cinq ans apr\u00e8s leur adoption en Europe, les normes internationales d&rsquo;information financi\u00e8re IFRS (International Financial Reporting Standards) sont loin de faire l\u2019unanimit\u00e9. Et la crise les rend encore plus pol\u00e9miques comme en t\u00e9moignent les propos de J\u00e9r\u00f4me Haas, Pr\u00e9sident de l\u2019Autorit\u00e9 des Normes Comptables (ANC) en France, et de Hans Hoogervorst, Pr\u00e9sident actuel de l\u2019International Accounting Standards Board (IASB)<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour Haas (2011), \u00ab\u00a0[on en revient toujours] au d\u00e9bat sur la valeur \u00e9conomique pertinente, avec une acuit\u00e9 accrue en p\u00e9riode de march\u00e9s volatils. Le march\u00e9 est-il la seule repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 ? Ce n\u2019est pas notre position. Les comptes doivent servir de rep\u00e8res et s\u2019ancrer sur ce qu\u2019il y a de plus robuste : les faits. Fonder les comptes uniquement sur le march\u00e9, c\u2019est enclencher la pro-cyclicit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire diffuser et amplifier la volatilit\u00e9 du march\u00e9 dans toute l\u2019\u00e9conomie. C\u2019est justement ce que l\u2019on veut \u00e9viter depuis trois ans pour mieux pr\u00e9server la stabilit\u00e9 financi\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lors d\u2019un d\u00e9bat organis\u00e9 sur ce sujet par le Medef le 12\/10\/2011 et en r\u00e9ponse \u00e0 Haas, Hoogervorst (2011) d\u00e9fend la juste valeur face \u00e0 la volatilit\u00e9 des march\u00e9s tout en reconnaissant que certaines normes pourraient \u00eatre simplifi\u00e9es. Pour lui, les normes IFRS et la juste valeur ne sont en rien responsables de la crise car \u00ab\u00a0<em>La volatilit\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 voir avec la normalisation comptable\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Or, d\u2019apr\u00e8s de nombreux chercheurs et experts, les choix de l\u2019IASB rejoignent la vague de critiques envers le co\u00fbt historique qui ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es depuis longtemps.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt historique qui est la base de la comptabilit\u00e9 traditionnelle; peut se d\u00e9finir comme celui qui a \u00e9t\u00e9 effectivement support\u00e9 au moment de l&rsquo;entr\u00e9e des biens dans le patrimoine par acquisition ou par production et cela m\u00eame si leurs valeurs de march\u00e9 ont entretemps \u00e9volu\u00e9. Pour le Code de Commerce (art. L. 123-18) comme pour le Plan comptable fran\u00e7ais 1999 (art. 321-1; 331-8; 333-1)\u00a0: \u00ab\u00a0A leur date d&rsquo;entr\u00e9e dans le patrimoine de l&rsquo;entit\u00e9, la valeur des biens est d\u00e9termin\u00e9e dans les conditions suivantes\u00a0: les biens acquis \u00e0 titre on\u00e9reux sont comptabilis\u00e9s \u00e0 leur co\u00fbt d&rsquo;acquisition\u00a0; les biens produits par l&rsquo;entit\u00e9 sont comptabilis\u00e9s \u00e0 leur co\u00fbt de production\u00a0; les biens acquis \u00e0 titre gratuit sont comptabilis\u00e9s en les estimant \u00e0 leur valeur v\u00e9nale\u00a0\u00bb. Ainsi, la logique du co\u00fbt historique consiste \u00e0 comptabiliser \u00e0 l\u2019actif du bilan les co\u00fbts investis dans la production, c\u2019est-\u00e0-dire les co\u00fbts des investissements li\u00e9s aux facteurs de production tels qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s au moment de l\u2019achat, corrig\u00e9s des amortissements. Entre les actifs du bilan et les r\u00e9sultats attendus se situe donc la fonction de production de l\u2019entreprise que la m\u00e9thode du co\u00fbt historique n\u2019\u00e9value pas, pr\u00e9f\u00e9rant laisser au compte de r\u00e9sultat le soin de repr\u00e9senter, p\u00e9riode apr\u00e8s p\u00e9riode, les performances r\u00e9alis\u00e9es. Le mod\u00e8le comptable correspondant s\u2019appuie sur l\u2019enregistrement de la dynamique des flux traversant le processus de production sp\u00e9cifique de l\u2019entreprise. Il est d\u00e9fendu par Ananias Charles Littleton (1935), Eugen\u00a0Schmalenbach (1961) et Gino Zappa (1937) qui veulent ainsi appr\u00e9hender l\u2019activit\u00e9 que l\u2019entreprise met en \u0153uvre dans le processus g\u00e9n\u00e9ral de cr\u00e9ation et d\u2019allocation des ressources tout en lui imposant la repr\u00e9sentation et le contr\u00f4le de cette activit\u00e9. L\u2019\u00e9valuation au co\u00fbt historique et l\u2019imputation des charges et des produits au r\u00e9sultat permettent alors de d\u00e9gager le processus de production sp\u00e9cifique de l\u2019entreprise de toute r\u00e9f\u00e9rence aux march\u00e9s externes, aussi bien de facteurs que de produits (Jacques Richard, 1976). La notion d\u2019actifs se trouve alors justifi\u00e9e par leur combinaison avec les autres ressources utilis\u00e9es dans la coordination productive durable que repr\u00e9sente l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Les nouvelles conceptions comptables de l\u2019\u00e9valuation des biens se sont \u00e9loign\u00e9es de celle au co\u00fbt historique pour se centrer d\u00e9sormais soit sur le co\u00fbt de remplacement<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>, la valeur r\u00e9alisable nette<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> ou encore la juste valeur (Yuji Ijiri, 1975).<\/p>\n<p>La juste valeur est d\u00e9finie par l\u2019IASB comme : \u00ab\u00a0le montant pour lequel un actif peut \u00eatre \u00e9chang\u00e9 ou un passif \u00e9mis entre deux parties volontaires et bien inform\u00e9es dans le cadre d\u2019une transaction \u00e0 int\u00e9r\u00eats contradictoire\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. Le concept de juste valeur est plus large et d\u2019un usage plus g\u00e9n\u00e9ral que celui de valeur de march\u00e9 qui correspond au \u00ab\u00a0prix que pourrait obtenir le vendeur ou qu\u2019accepterait de verser l\u2019acqu\u00e9reur\u2026 sur un march\u00e9 actif\u00a0\u00bb. A d\u00e9faut de prix de march\u00e9 observ\u00e9 sur un march\u00e9 actif, l\u2019\u00e9valuation sera d\u00e9termin\u00e9e par la valeur d\u2019\u00e9change sur laquelle s\u2019accordent deux parties ind\u00e9pendantes par le prix de march\u00e9 d\u2019un \u00e9l\u00e9ment aux caract\u00e9ristiques proches ou par le calcul de la valeur actualis\u00e9e des flux nets futurs de tr\u00e9sorerie. Les promoteurs de la juste valeur pensent qu\u2019elle devrait permettre d\u2019am\u00e9liorer l\u2019information comptable en donnant aux propri\u00e9taires de la firme une image plus fid\u00e8le de celle-ci gr\u00e2ce \u00e0 une meilleure \u00e9valuation du patrimoine fond\u00e9e \u00e0 chaque instant sur les valeurs de march\u00e9 lorsqu\u2019elles existent. L\u2019exemple type est celui des titres financiers qui correspondent \u00e0 des flux de tr\u00e9sorerie qui n\u2019ont aucune raison d\u2019\u00eatre identiques en valeur de p\u00e9riode en p\u00e9riode. Mais, de par son mode de calcul, l\u2019\u00e9valuation \u00e0 la juste valeur concerne potentiellement un grand nombre d\u2019actifs et de passifs non financiers. Elle peut \u00eatre le fondement d\u2019un nouveau mod\u00e8le de repr\u00e9sentation comptable de l\u2019entreprise dont l\u2019objectif serait de mieux traduire dans les \u00e9tats financiers l&rsquo;incertitude affectant les pr\u00e9visions de cash-flows et les opportunit\u00e9s d&rsquo;investissement. Le mod\u00e8le comptable correspondant est appel\u00e9 \u00ab\u00a0statique\u00a0\u00bb en ce sens qu\u2019il est fond\u00e9 sur la logique de la liquidation fictive de l\u2019entreprise. Lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de prix de march\u00e9 utilisables, le recours \u00e0 la valeur actualis\u00e9e des flux nets futurs de tr\u00e9sorerie fonde le mod\u00e8le comptable appel\u00e9 actuariel. De plus, la juste valeur devrait aussi donner une image plus sinc\u00e8re de l\u2019entreprise en r\u00e9duisant la marge de man\u0153uvre des dirigeants dans l\u2019\u00e9tablissement du r\u00e9sultat dans la mesure o\u00f9 il leur serait tr\u00e8s difficile de manipuler les valeurs de march\u00e9. De ce fait, la comptabilit\u00e9 aiderait le contr\u00f4le externe des performances de l\u2019entreprise de la part de ses propri\u00e9taires et des march\u00e9s financiers qui deviendraient ainsi les acteurs majeurs de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Pour Littleton (1935), la valeur de march\u00e9 et le co\u00fbt historique s\u2019opposent pour mesurer et \u00e9valuer les actifs, la premi\u00e8re s\u2019inscrivant dans l\u2019utilisation d\u2019un r\u00e9f\u00e9rentiel fond\u00e9 sur les valeurs marchandes instantan\u00e9es (market-based) qualifi\u00e9 de statique, le deuxi\u00e8me dans un r\u00e9f\u00e9rentiel qualifi\u00e9 de dynamique et li\u00e9 au processus de production de l\u2019entreprise devant d\u00e9gager un revenu (process-based).<\/p>\n<p>Si les arguments des promoteurs de la juste valeur semblent \u00e9vidents, ils ne sont pas pour autant automatiquement pertinents par rapport au mode de fonctionnement de l\u2019entreprise, ce qui renvoie \u00e0 la mani\u00e8re dont s\u2019exerce en son sein la gouvernance notamment au regard des scandales financiers de cette derni\u00e8re d\u00e9cennie<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> qui ont ouvert de nombreux d\u00e9bats. Avec Charreaux et Wirtz (2006), nous d\u00e9finirons la gouvernance comme \u00ab\u00a0l\u2019ensemble des m\u00e9canismes qui ont pour effet de d\u00e9limiter les pouvoirs et d\u2019influencer les d\u00e9cisions des dirigeants, autrement dit, qui \u201cgouvernent\u201d leur conduite et d\u00e9finissent leur espace discr\u00e9tionnaire\u00a0\u00bb. Envisag\u00e9e de cette mani\u00e8re, elle n\u2019est pas sans rapport avec le mod\u00e8le comptable de la valeur de march\u00e9 et celui du co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le comptable de la valeur, caract\u00e9ristique de la culture anglo-saxonne, en s\u2019appuyant sur les march\u00e9s financiers cens\u00e9s contr\u00f4ler l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise tout en synth\u00e9tisant son r\u00e9sultat, accorde au propri\u00e9taire le r\u00f4le principal et souverain qui permet de le mettre en relation avec la \u00ab\u00a0th\u00e9orie du propri\u00e9taire\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> associ\u00e9e \u00e0 une gouvernance propri\u00e9tariale<a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Selon celle-ci, la firme agit comme le repr\u00e9sentant du propri\u00e9taire. Par cons\u00e9quent, elle doit, de mani\u00e8re statique \u00e0 un moment donn\u00e9, d\u00e9terminer la valeur de l\u2019avoir du propri\u00e9taire qui poss\u00e8de tout l&rsquo;actif et est responsable des contraintes impos\u00e9es par le passif tout en \u00e9valuant le b\u00e9n\u00e9fice net qui lui revient (Belkaoui, 1985). Les revenus et les co\u00fbts sont alors d\u00e9finis comme r\u00e9sultant d&rsquo;une augmentation et d&rsquo;une diminution de l&rsquo;avoir des propri\u00e9taires, les pertes, les int\u00e9r\u00eats et les imp\u00f4ts repr\u00e9sentant les d\u00e9penses \u00e0 retrancher pour obtenir le b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n<p>A l&rsquo;oppos\u00e9, le mod\u00e8le comptable du co\u00fbt historique, utilis\u00e9 en Europe continentale, repr\u00e9sente de mani\u00e8re syst\u00e9mique l\u2019entreprise comme un processus dynamique de production sp\u00e9cifique. Il met l\u2019accent sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 des actifs entre eux et avec les autres ressources dans la coordination productive afin de fournir une d\u00e9termination structur\u00e9e de son r\u00e9sultat p\u00e9riodique obtenu en comptabilisant les transactions et les activit\u00e9s de production au lieu de la variation de la richesse de ses propri\u00e9taires. L&rsquo;actif de l&rsquo;entreprise ne recense plus les avoirs des propri\u00e9taires mais l&rsquo;ensemble des biens et autres droits dont l&rsquo;entreprise a la disposition et qui doivent lui permettre de garantir la continuit\u00e9 de son exploitation. Cette conception revient \u00e0 s\u00e9parer l\u2019entreprise de ses propri\u00e9taires afin de ne plus la consid\u00e9rer comme un objet de propri\u00e9t\u00e9 et permettre de l\u2019inscrire dans un champ de repr\u00e9sentations qui met en \u00e9vidence l\u2019autonomie de sa personnalit\u00e9 comptable par rapport aux personnes et \u00e0 ses entit\u00e9s distinctes, sociale, fiscale et financi\u00e8re qui la composent, et cela, m\u00eame en l\u2019absence d\u2019une personnalit\u00e9 juridique comme dans le cas des entreprises individuelles. Il ne reste plus ensuite qu\u2019\u00e0 associer l\u2019entreprise \u00e0 la comptabilit\u00e9 qui la repr\u00e9sente pour la consid\u00e9rer comme une entit\u00e9 autonome caract\u00e9ristique de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie de l\u2019entit\u00e9\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a> dans le cadre d\u2019une gouvernance partenariale de ses parties prenantes constitutives. L\u2019attention de la comptabilit\u00e9 est alors port\u00e9e sur cette entit\u00e9 \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb ayant comme finalit\u00e9 sp\u00e9cifique le maintien du capital investi comme garantie de sa p\u00e9rennit\u00e9 et non la prise en compte de l\u2019une ou l\u2019autre de ses parties prenantes, fut-ce les propri\u00e9taires. A ce titre, les parties prenantes ne sont pas seulement des moyens contribuant \u00e0 la cr\u00e9ation de richesse pour les propri\u00e9taires, elles sont \u00e9galement des fins en elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces \u00e9volutions aboutissent \u00e0 la formation et \u00e0 l\u2019existence de deux couples de notions antagonistes\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la distinction m\u00e9thodologique entre le r\u00e9f\u00e9rentiel comptable statique centr\u00e9 sur la juste valeur associ\u00e9e \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et celui dynamique centr\u00e9 sur le co\u00fbt historique associ\u00e9 au processus de production de l\u2019entit\u00e9 entreprise,<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la distinction institutionnelle entre la th\u00e9orie centr\u00e9e sur la propri\u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la gouvernance propri\u00e9tariale et celle centr\u00e9e sur l\u2019entit\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la gouvernance partenariale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le croisement de ces deux couples d\u00e9termine quatre possibilit\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 juste valeur \/ gouvernance partenariale\u00a0: \u00e9tudi\u00e9e entre autres par Littleton et W. A. Paton (1940),<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 juste valeur \/ gouvernance propri\u00e9tariale\u00a0: \u00e9tudi\u00e9e entre autres par C. E. Sprague (1880) et H. R. Hatfield (1909) \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 la notion d\u2019entit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas encore apparue alors que celle de juste valeur se confondait avec le co\u00fbt historique,<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 co\u00fbt historique \/ gouvernance partenariale\u00a0: \u00e9tudi\u00e9e entre autres par Littleton (1935), Schmalenbach (1961) et Zappa (1937),<\/p>\n<p>4)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 co\u00fbt historique\u00a0\/\u00a0gouvernance actionnariale qui n\u2019a pas fait l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes particuli\u00e8res en raison de l\u2019opposition qui s\u2019est faite d\u00e8s le d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle entre la comptabilit\u00e9 statique en valeur de march\u00e9 et celle dynamique en co\u00fbts historiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A l\u2019heure actuelle, les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me couples de possibilit\u00e9s se confrontent dans le d\u00e9bat instaur\u00e9 par la normalisation internationale de l\u2019IASB entre le co\u00fbt historique et la juste valeur, laquelle a la pr\u00e9f\u00e9rence des normalisateurs qui l\u2019ont d\u00e9finie dans la norme IAS\u00a039<a title=\"\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fenseurs de la juste valeur lui reconnaissent son objectivit\u00e9 puisqu\u2019elle est donn\u00e9e, normalement, par le march\u00e9 s\u2019il est efficient<a title=\"\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, et sa neutralit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 elle est ind\u00e9pendante des intentions d\u2019utilisation de la valeur des actifs par les dirigeants \u00e0 leurs fins personnelles. Ces deux caract\u00e9ristiques sont utilis\u00e9es pour critiquer le co\u00fbt historique qui, par sa nature, serait \u00e9loign\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 de la valeur des biens \u00e0 chaque instant permettant ainsi aux dirigeants de pouvoir manipuler les r\u00e9sultats aux d\u00e9triments des investisseurs qui ont alors une appr\u00e9ciation fauss\u00e9e de la performance r\u00e9elle de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Pourtant, la juste valeur ayant \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e d\u2019avoir jou\u00e9 un r\u00f4le procyclique dans la temp\u00eate financi\u00e8re qui agitait les march\u00e9s en 2008, le repr\u00e9sentant de l\u2019IASB, David Tweedie, sous la pression internationale, avait d\u00fb s&rsquo;engager devant la Commission europ\u00e9enne \u00e0 une r\u00e9forme compl\u00e8te de la norme IAS 39. Apr\u00e8s trois ans de travaux, il appara\u00eet maintenant clairement que l\u2019IASB n\u2019a pas remis en cause le principe de juste valeur, tout juste accepte-t-il que soient lev\u00e9es quelques contraintes pour permettre d\u2019\u00e9valuer certains actifs au co\u00fbt historique. Il aurait d\u2019ailleurs pu faire difficilement autrement dans la mesure o\u00f9 l\u2019IASB est fortement conditionn\u00e9e par le FASB en relation avec la SEC qui est le r\u00e9gulateur boursier am\u00e9ricain, lequel a d\u00e9fendu en d\u00e9cembre 2008 le choix des normes comptables qui obligent les entreprises \u00e0 d\u00e9finir leurs actifs \u00e0 leur valeur de march\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, de par le rapprochement qu\u2019elles provoquent entre les propri\u00e9taires de l\u2019entreprise et les dirigeants, les modifications comptables et financi\u00e8res introduites par l\u2019IASB favorisent en profondeur le d\u00e9veloppement d\u2019une gouvernance de l\u2019entreprise en leur faveur mais au d\u00e9triment des salari\u00e9s et de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Ces diff\u00e9rents probl\u00e8mes ouvrent des interrogations et des perspectives sur des questions qui ont \u00e9t\u00e9 davantage envisag\u00e9es sous un angle pratique que sous leur fondement th\u00e9orique. Les cons\u00e9quences des propositions actuelles de l\u2019IASB, par nature n\u00e9cessairement concr\u00e8tes, montrent bien les inconv\u00e9nients de l\u2019information financi\u00e8re con\u00e7ue comme une finalit\u00e9 de la normalisation comptable en IAS\/IFRS. La mani\u00e8re de valoriser la juste valeur comme le co\u00fbt historique en unit\u00e9s mon\u00e9taires jette pourtant un doute sur les justifications de ces deux modes d\u2019\u00e9valuation en raison des ph\u00e9nom\u00e8nes inflationnistes et sp\u00e9culatifs qui ont pu se d\u00e9velopper en trompant, l\u00e0 aussi, l\u2019investisseur sur la performance r\u00e9elle de ses apports.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0th\u00e9orie\u00a0\u00bb que nous proposons s\u2019appuie sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019il existe un ordre naturel qui pr\u00e9vaut dans tous les ph\u00e9nom\u00e8nes que nous observons, la comptabilit\u00e9 \u00e9tant l\u2019un d\u2019eux. Nous concevons les r\u00e8gles que nous cherchons \u00e0 identifier comme des rapports n\u00e9cessaires qui d\u00e9rivent de la nature des choses, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles sont transcendantes \u00e0 l\u2019homme individuel et existant avant lui. Cette hypoth\u00e8se d&rsquo;un ordre pr\u00e9existant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de toute soci\u00e9t\u00e9 revient \u00e0 consid\u00e9rer, selon la tradition platonicienne (Platon, 1993), que les id\u00e9es existent ind\u00e9pendamment de nous et que notre r\u00f4le est de les identifier. La connaissance que nous cherchons \u00e0 produire se veut alors \u00eatre l\u2019image objective d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui nous est ext\u00e9rieure et non d\u2019une interpr\u00e9tation ou d\u2019une construction que nous pourrions en faire. C\u2019est cette ind\u00e9pendance de l\u2019objet observ\u00e9 par rapport \u00e0 notre attitude observante qui nous permet de nous pr\u00e9valoir de ce principe d\u2019objectivit\u00e9 selon lequel notre observation du ph\u00e9nom\u00e8ne ne modifie pas sa nature. Pour aboutir \u00e0 ce r\u00e9sultat, nous avons pratiqu\u00e9 une herm\u00e9neutique fond\u00e9e sur les \u00e9crits des anthropologues et ceux des historiens de la comptabilit\u00e9. Ces \u00e9crits d\u00e9finissent en m\u00eame temps notre champ exploratoire sur lequel nous avons appliqu\u00e9 une m\u00e9thodologie interpr\u00e9tative des travaux de ces auteurs qui montrent qu\u2019il existe des structures mentales universelles qui d\u00e9terminent les comportements individuels sans que ceux qui y sont soumis en aient conscience. Nous nous inscrivons ainsi dans la tradition instaur\u00e9e par Montesquieu (1995) sur la transcendance des lois sociales qui suppose, comme le disait Platon, que celles-ci existent avant l&rsquo;homme et ind\u00e9pendamment de lui. Notre r\u00f4le de chercheur est de d\u00e9couvrir les r\u00e8gles universelles et <em>a-historiques<\/em> qui devraient r\u00e9gir l\u2019activit\u00e9 comptable sans pour autant qu\u2019elles soient fig\u00e9es dans leur contenu<a title=\"\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>.<\/p>\n<p>Notre th\u00e9orie consistant \u00e0 identifier des id\u00e9es qui existent en dehors de nous ne peut s\u2019inscrire que dans un raisonnement logique portant sur des concepts universels et <em>a-historiques<\/em> formant un champ homog\u00e8ne garantissant que nous ne faisons pas de confusions entre celui-ci et son expression r\u00e9elle dans l\u2019histoire. Par exemple, lorsque Littleton (1935) \u00e9voque l\u2019opposition entre la valeur de march\u00e9 et le co\u00fbt historique, il confond la valeur avec le prix sur le march\u00e9, le co\u00fbt historique \u00e9tant lui-m\u00eame \u00e9valu\u00e9 mon\u00e9tairement. Nous pensons que le glissement s\u00e9mantique de la valeur au prix nuit \u00e0 la compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes que nous voulons expliquer. C\u2019est pourquoi nous avons introduit, dans notre champ th\u00e9orique, et non dans le domaine de la r\u00e9alit\u00e9, le concept de \u00ab\u00a0valeur comp\u00e9tence\u00a0\u00bb qui ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un prix.<\/p>\n<p>Le prix est une r\u00e9alit\u00e9 qui r\u00e9sulte d\u2019un \u00e9quilibre entre le montant minimum inf\u00e9rieur qu\u2019accepterait l\u2019offreur pour vendre et celui maximum sup\u00e9rieur d\u2019acquisition pour l\u2019acheteur. Le prix de vente sera un montant interm\u00e9diaire entre les deux dont l\u2019accord par les co\u00e9changistes est une condition juridique n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation de la vente.<\/p>\n<p>La valeur est un concept appartenant au domaine de la th\u00e9orie et servant \u00e0 expliquer la formation et la structure des prix sur le march\u00e9. Reprenant \u00e0 notre compte la d\u00e9finition en fonction du temps de travail qui en a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par les fondateurs de l\u2019\u00e9conomie, nous l\u2019avons l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9e en rempla\u00e7ant le travail par la \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb, celle-ci entretenant des relations tr\u00e8s \u00e9troites avec le temps de travail n\u00e9cessaire pour l\u2019acqu\u00e9rir. Si nous privil\u00e9gions la comp\u00e9tence sur le temps de travail, c\u2019est parce qu\u2019elle nous permettra de g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019explication de la formation de la rente dont le calcul constitue un des principaux objectifs de la comptabilit\u00e9. C\u2019est aussi parce que le d\u00e9veloppement de l\u2019automatisation des processus de production et celui de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re sur les nouvelles technologies informatiques r\u00e9clament de la part des salari\u00e9s et des citoyens une capacit\u00e9 suffisante \u00e0 l\u2019abstraction des outils utilis\u00e9s qui ne rel\u00e8ve pas du travail fourni en tant que d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie comme c\u2019\u00e9tait le cas il y a deux si\u00e8cles. Nous dirons ainsi que, dans le champ th\u00e9orique, un bien ou un service A est le \u00ab\u00a0produit d\u2019une comp\u00e9tence A\u00a0\u00bb dont la valeur VA est \u00e0 comparer avec celle VB du \u00ab\u00a0produit d\u2019une comp\u00e9tence B\u00a0\u00bb d\u2019un bien ou d\u2019un service B. Ces valeurs VA et VB prennent existence dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers les prix PA et PB qui les expriment sur le march\u00e9. Si celui-ci fonctionne dans de bonne conditions de concurrence<a title=\"\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>, l\u2019\u00e9chelle des prix, PB relativement \u00e0 PA, devrait \u00eatre le reflet de l\u2019\u00e9chelle des valeurs, VB par rapport \u00e0 VA. Dans ces conditions, le co\u00fbt historique qui est mesur\u00e9 par la somme des prix des \u00e9l\u00e9ments qui le composent pr\u00e9sente une nature sociale\u00a0: c\u2019est le niveau de comp\u00e9tence qu\u2019\u00e0 chaque \u00e9tat donn\u00e9 de la technique la soci\u00e9t\u00e9 doit en moyenne d\u00e9penser pour produire, stocker et distribuer tel bien ou tel service. Sous cette forme de construit social, le co\u00fbt historique ne peut pas faire l\u2019objet d\u2019une mesure directe tant que l\u2019on n\u2019a pas d\u00e9fini l\u2019unit\u00e9 de mesure de la comp\u00e9tence. C\u2019est pourquoi de nombreux chercheurs en comptabilit\u00e9 raisonnent sur la base du co\u00fbt historique mon\u00e9taire et non sur celle de son interpr\u00e9tation sociale, ce qui les am\u00e8ne \u00e0 le confondre avec la valeur, la cons\u00e9quence \u00e9tant qu\u2019il nous semble impossible d\u2019utiliser la valeur d\u00e9finie dans la th\u00e9orie pour ordonner les ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els exprim\u00e9s \u00e0 travers les prix. Nous pensons que ce n\u2019est pas la mesure de la comp\u00e9tence qui importe prioritairement pour pouvoir utiliser ce concept car notre raisonnement se fonde sur la valeur relative des biens et des services les uns par rapport aux autres et non sur leur valeur absolue. Sous cet aspect, l\u2019\u00e9chelle des prix donn\u00e9e par un march\u00e9 fonctionnant dans de bonnes conditions de concurrence constitue une approximation acceptable et suffisante de l\u2019\u00e9chelle des valeurs. Cette relation est d\u2019autant plus exig\u00e9e qu\u2019il ne saurait y avoir communaut\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eats sans \u00e9change (Aristote, 2008), celui-ci \u00e9tant le mode choisi par l\u2019esp\u00e8ce humaine pour d\u00e9velopper les liens sociaux tout en r\u00e9gulant la violence qui na\u00eet du d\u00e9sir mim\u00e9tique de vouloir s\u2019approprier ce que poss\u00e8de l\u2019autre. La comptabilit\u00e9 doit donc pouvoir jouer tout son r\u00f4le disciplinaire de contr\u00f4le des pratiques pour esp\u00e9rer que les relations entre les gens soient apais\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les d\u00e9veloppements pr\u00e9c\u00e9dents nous am\u00e8nent \u00e0 pr\u00e9ciser notre probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Chaque fois que le co\u00fbt historique r\u00e9el d\u2019acquisition ou de production de l\u2019entreprise est r\u00e9guli\u00e8rement sup\u00e9rieur au co\u00fbt historique social, la th\u00e9orie comptable de la valeur comp\u00e9tence montre que l\u2019utilisation des forces productives n\u2019est pas optimale. Il en est ainsi de la comp\u00e9tence des hommes mais aussi des ressources naturelles utilis\u00e9es gratuitement et souvent souill\u00e9es par des entreprises pour leur permettre de r\u00e9aliser d\u2019importants profits alors qu\u2019elles appartiennent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se trouve amplifi\u00e9 par la substitution de la juste valeur, telle qu\u2019elle est d\u00e9finie par l\u2019IASB, au co\u00fbt historique r\u00e9el puisque celle-ci qui est fournie par le march\u00e9 n\u2019entretient aucune relation avec le m\u00e9canisme de production de l\u2019entreprise et donc avec le co\u00fbt historique social. Le maintien du co\u00fbt historique face \u00e0 la juste valeur est donc n\u00e9cessaire pour redonner \u00e0 l\u2019entreprise tout son sens social et humain de cr\u00e9atrice de richesses permettant de cr\u00e9er des emplois dans une \u00e9conomie de march\u00e9 capable de fixer des prix cr\u00e9dibles pour r\u00e9tablir la confiance et dans laquelle la comptabilit\u00e9 sert \u00e0 \u00e9clairer les propri\u00e9taires dans les choix qu\u2019ils doivent faire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre aux questions que pose notre probl\u00e9matique, nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 adopter une posture positiviste \u00e0 celle plus conforme \u00e0 la tradition aristot\u00e9licienne (Aristote, 1990) qui veut que les r\u00e8gles que nous d\u00e9couvrons aient leur origine dans la seule nature humaine entendue comme essence de l\u2019homme capable de les construire par les exp\u00e9riences qu\u2019il m\u00e8ne. Nous n\u2019avons pas adopt\u00e9 une d\u00e9marche exp\u00e9rimentale et constructiviste des ph\u00e9nom\u00e8nes comptables voulant que les id\u00e9es que nous utilisons soient des r\u00e9alit\u00e9s tangibles auxquelles nous participons pour en tirer des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. Trois raisons ont motiv\u00e9 notre attitude.<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En sciences sociales, la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019une exp\u00e9rience, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce qui se fait dans les sciences de la nature, est impossible. Au fur et \u00e0 mesure que les donn\u00e9es propres au temps de l\u2019exp\u00e9rimentation s\u2019\u00e9vanouissent, le chercheur risque de perdre le contact avec le r\u00e9el en ne raisonnant plus dans un champ homog\u00e8ne. Par exemple, la construction de la science comptable, d\u2019abord empirique sur des objets mat\u00e9riels, a \u00e9t\u00e9 englob\u00e9e dans une explication fond\u00e9e sur des valeurs d\u2019\u00e9change mon\u00e9taires qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 de multiples formes de pratiques comptables. Si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 celles-ci, il n\u2019est pas possible de trouver la th\u00e9orie sous-jacente et la r\u00e9flexion d\u00e9bouche alors sur des explications contingentes portant sur la technique comptable.<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si le fait comptable se caract\u00e9rise par la pr\u00e9dominance du commun sur le particulier en \u00e9tant ce qui, dans une collectivit\u00e9, demeure constant \u00e0 travers les diff\u00e9rences individuelles, la statistique semble \u00eatre la m\u00e9thode la plus appropri\u00e9e pour le r\u00e9v\u00e9ler. C&rsquo;est un filtre qui laisse passer l&rsquo;individuel et ne retient que les aspects collectifs du comportement. Cependant, la statistique est un instrument d&rsquo;un maniement d\u00e9licat. La multiplicit\u00e9 des facteurs peut entra\u00eener la confusion d&rsquo;une co\u00efncidence avec un d\u00e9terminisme. Il en r\u00e9sulte une d\u00e9perdition de sens ainsi qu&rsquo;un appauvrissement de la port\u00e9e des conclusions relatives aux comportements comptables.<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La comptabilit\u00e9 ayant comme point de d\u00e9part de rendre compte des \u00e9changes que nous engageons, pour pouvoir constituer un raisonnement scientifique, il nous faut analyser le contenu de l\u2019\u00e9change. Comme nous l\u2019avons mentionn\u00e9 ci-dessus, cette analyse ne peut \u00eatre men\u00e9e que si nous nous positionnons en dehors de l\u2019\u00e9change sans y prendre part afin de l\u2019examiner une fois qu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9. Nous pourrons ainsi le d\u00e9crire en totalit\u00e9 en traitant les faits comptables qui lui sont associ\u00e9s comme des choses \u00e0 l\u2019instar de Durkheim (1947) qui traitaient les faits sociaux de la m\u00eame mani\u00e8re. Vouloir traiter les faits comptables comme des choses n\u2019est pas une affirmation doctrinale mais une r\u00e8gle m\u00e9thodologique afin de ne pas les classer a priori dans telle ou telle cat\u00e9gorie du r\u00e9el et pouvoir conserver vis-\u00e0-vis d\u2019eux une attitude mentale objective. En adoptant d\u2019une attitude empirique avant cet acte d\u2019\u00e9change reviendrait \u00e0 nous mettre \u00e0 la place du chef d\u2019entreprise pr\u00e9parant l\u2019\u00e9change sans savoir quel en sera le r\u00e9sultat. Nous serions alors oblig\u00e9s de construire celui-ci en l\u2019organisant et le modelant selon notre propre grille d\u2019interpr\u00e9tation, en p\u00e9n\u00e9trant les processus par lesquels une composition de l\u2019esprit peut s\u2019imposer progressivement \u00e0 l\u2019individu comme une r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9existante, ce qui serait pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 de notre travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est au regard de ces trois limites que nous avons privil\u00e9gi\u00e9 une \u00e9pist\u00e9mologie positive mettant en \u0153uvre une m\u00e9thodologie interpr\u00e9tative qui inscrit notre th\u00e8se dans le courant de la recherche fondamentale en comptabilit\u00e9 dont le repr\u00e9sentant est\u00a0 R.\u00a0V.\u00a0Mattessich.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notre d\u00e9marche conditionne le plan que nous proposons en deux parties, la premi\u00e8re allant du chapitre 1 au chapitre 5 et la deuxi\u00e8me du chapitre 6 au chapitre 8.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notre premi\u00e8re partie pr\u00e9sentera la construction th\u00e9orique du co\u00fbt historique en ayant recours \u00e0 la valeur comp\u00e9tence par l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u00e9volution sociale jusqu\u2019au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Nous montrerons que c\u2019est l\u2019\u00e9mergence de tribus primitives in\u00e9galitaires qui a permis par la s\u00e9dentarisation des populations de construire des valeurs culturelles relatives \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 personnelle\u00a0\u00bb. Celle-ci, en s\u2019appliquant aux stocks de nourriture et d\u2019objets servant \u00e0 satisfaire des besoins individuels mais aussi quelques activit\u00e9s d\u2019\u00e9change, a fait \u00e9merger l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0richesses\u00a0\u00bb permettant de donner \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0nombre\u00a0\u00bb un statut \u00e9conomique exclusif \u00e0 tous les autres. Nous mettrons en \u00e9vidence les caract\u00e8res universels et a-historiques de cette notion de nombre nous autorisant \u00e0 concevoir une th\u00e9orie qui ne soit pas contingente \u00e0 une p\u00e9riode quelconque de l\u2019Histoire. L\u2019interpr\u00e9tation des pratiques tribales d\u2019\u00e9changes codifi\u00e9s avec obligation de rendre ou non un surplus nous permettra de fonder notre th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence ainsi que l\u2019explication de la diff\u00e9rence entre le profit et la rente. Nous montrerons \u00e0 cette occasion que la valeur comp\u00e9tence doit s\u2019analyser comme un co\u00fbt social, ce qui nous permettra d\u2019introduire la notion de co\u00fbt historique dans notre d\u00e9monstration. Nous appliquerons ensuite nos concepts th\u00e9oriques \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la comptabilit\u00e9 jusqu\u2019au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, caract\u00e9ris\u00e9e par la gouvernance propri\u00e9tariale des activit\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans notre deuxi\u00e8me partie, nous pr\u00e9senterons les \u00e9v\u00e9nements et les id\u00e9es qui ont abouti \u00e0 une remise en cause du co\u00fbt historique au profit de la juste valeur. Nous montrerons quels sont les d\u00e9terminants de la substitution de la juste valeur au co\u00fbt historique. La mise en cause de l\u2019information comptable donn\u00e9e aux propri\u00e9taires des soci\u00e9t\u00e9s commerciales posera alors un probl\u00e8me de gouvernance qui se trouvera amplifi\u00e9 par la s\u00e9paration progressive de la fonction de dirigeant et du droit de propri\u00e9taire avec l\u2019introduction du contrat de travail \u00e0 la fin de 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. La gouvernance appara\u00eetra comme un objet de recherche qui renouvellera les conceptions qui \u00e9taient en vigueur sur l\u2019entreprise en essayant de dire pourquoi celle-ci existait dans une \u00e9conomie de march\u00e9s et en mettant l\u2019accent sur les relations entre les actionnaires et les dirigeants, transformant la gouvernance propri\u00e9tariale en actionnariale fond\u00e9e sur la juste valeur et non sur le co\u00fbt historique. Celui-ci a \u00e9t\u00e9 conceptuellement justifi\u00e9 par les travaux de Smallenbach cherchant \u00e0 fonder une \u00e9conomie d\u2019entreprise sur l\u2019id\u00e9e de l\u2019existence de parties prenantes \u00e0 l\u2019activit\u00e9 dont la mesure comptable n\u00e9cessite d\u2019adopter le principe de la continuit\u00e9 de l\u2019exploitation, lequel n\u2019est applicable que si on utilise le co\u00fbt historique. Pour articuler les concepts que nous mettons en avant dans la th\u00e9orie comptable, nous \u00e9tudierons les relations qui existent entre la technique et la th\u00e9orie pour ensuite aborder l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e comptable, d\u2019abord normative puis se voulant positive \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1970. La comptabilit\u00e9 \u00e9tant une science humaine, nous l\u2019int\u00e9grerons ensuite dans la structure des interdits d\u00e9finis par Ren\u00e9 Girard (1972) au cours de ses travaux sur la violence et le sacr\u00e9.<\/p>\n<p>Nous conclurons notre travail en rappelant ses principales \u00e9tapes qui ont d\u00e9velopp\u00e9 l\u2019id\u00e9e que la th\u00e9orie du co\u00fbt historique d\u00e9fini par la valeur comp\u00e9tence ne peut s\u2019inscrire que dans la logique et non dans l\u2019histoire, c\u2019est-\u00e0-dire dans un univers parfait dans lequel la concurrence est pacifique. Nous n\u2019en oublions pas pour autant que, dans la r\u00e9alit\u00e9, il semble in\u00e9luctable que chaque entreprise cherche \u00e0 tourner les r\u00e8gles du jeu \u00e0 son avantage donnant ainsi \u00e0 la th\u00e9orie la possibilit\u00e9 d\u2019exprimer son aspect normatif en indiquant ce qu\u2019il conviendrait de faire en pareil cas. Nous montrerons \u00e0 cette occasion, en nous appuyant sur les travaux de Girard que c\u2019est le passage d\u2019une pratique fond\u00e9e sur un m\u00e9canisme victimaire collectif \u00e0 celle justifi\u00e9e par un individualisme m\u00e9thodologique qui peut expliquer cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Premi\u00e8re partie\u00a0\u2013\u00a0La construction th\u00e9orique du co\u00fbt historique au moyen de la valeur comp\u00e9tence interpr\u00e9t\u00e9e au travers de l\u2019\u00e9volution sociale jusqu\u2019au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La comptabilit\u00e9 n\u2019est pas apparue avec le d\u00e9veloppement de la partie double \u00e0 partir du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re. Elle plonge ses racines dans une histoire beaucoup plus ancienne qui remonte \u00e0 10\u00a0000 ans avant J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>L\u2019objet de cette premi\u00e8re partie est d\u2019interpr\u00e9ter cette \u00e9volution historique pour construire une th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence qui permette de justifier l\u2019utilisation du co\u00fbt historique qui \u00e9tait utilis\u00e9 par la comptabilit\u00e9 continentale europ\u00e9enne traditionnelle. Nous montrerons que dans la r\u00e9alit\u00e9 des affaires la notion de co\u00fbt historique n\u2019\u00e9tait pas encore identifi\u00e9e car, l\u2019\u00e9chelle des prix \u00e9tant sensiblement le reflet de celle des co\u00fbts jusqu\u2019au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, elle correspondait au prix du march\u00e9. La comptabilit\u00e9 pouvait alors, sans distorsion d\u2019information \u00eatre tenue en prix de march\u00e9 encore appel\u00e9 \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb <a title=\"\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>. Cela \u00e9tait d\u2019autant plus n\u00e9cessaire qu\u2019il fallait pouvoir rassurer les cr\u00e9anciers sur la capacit\u00e9 des activit\u00e9s \u00e0 les rembourser, entra\u00eenant comme cons\u00e9quence de devoir \u00e9valuer celles-ci aux prix des march\u00e9s dans une optique de liquidation qui permettait de voir si les fonds alors d\u00e9gag\u00e9s \u00e9taient suffisants pour honorer les dettes.<\/p>\n<p>Pour cela, nous commencerons au chapitre 1 par mettre en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont le nombre comptable et, \u00e0 sa suite, le fait comptable ont favoris\u00e9 la structuration des soci\u00e9t\u00e9s, notamment la transformation des tribus \u00e9galitaires en tribus in\u00e9galitaires avant le N\u00e9olithique. Elle permit la domination de ces derni\u00e8res gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019accumulation des richesses rendue possible par l\u2019\u00e9mergence de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et le d\u00e9veloppement du contr\u00f4le au moyen de ce nombre comptable.<\/p>\n<p>Nous verrons ensuite au chapitre 2 comment expliquer la structuration sociale des \u00e9changes par la th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les pratiques des tribus primitives, nous les interpr\u00e9terons pour construire cette th\u00e9orie en introduisant la notion de co\u00fbt historique et en expliquant qu\u2019il doit \u00eatre maintenu dans la valorisation des grandeurs comptables. Celle-ci fut d\u2019ailleurs r\u00e9alis\u00e9e r\u00e9ellement et logiquement en prix de march\u00e9 qui en \u00e9tait le reflet. Nous commencerons par mettre en \u00e9vidence, en interpr\u00e9tant le ph\u00e9nom\u00e8ne de la \u00ab\u00a0Kula\u00a0\u00bb, les notions d\u2019\u00e9quilibre des prix sur les march\u00e9s r\u00e9els, \u00e9quilibre qui doit correspondre \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 de valeurs comp\u00e9tences dans la th\u00e9orie. Cela nous permettra d\u2019expliquer ensuite, en interpr\u00e9tant le \u00ab\u00a0potlatch\u00a0\u00bb, quelle est la nature du profit et celle de la rente. Avec la notion de \u00ab\u00a0don\u00a0\u00bb nous montrerons que les pratiques des tribus primitives mobilis\u00e9es dans ce chapitre rejoignent les n\u00f4tres d\u00e8s que fut invent\u00e9e la notion de personne juridique individuelle.<\/p>\n<p>Les chapitres 3, 4 et 5 nous permettront d\u2019illustrer les d\u00e9veloppements du chapitre 2 \u00e0 travers l\u2019\u00e9volution de la comptabilit\u00e9 jusqu\u2019au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 partir des travaux des anthropologues et des chercheurs en comptabilit\u00e9. Nous montrerons que l\u2019organisation sociale en cit\u00e9s puis en Etats n\u00e9cessite la d\u00e9termination de conventions collectives qui cherchent \u00e0 garantir que les pratiques comptables sont sensiblement les m\u00eames d\u2019un individu \u00e0 un autre. Pour cela, nous nous appuierons sur la mani\u00e8re dont les premi\u00e8res normes comptables ont \u00e9t\u00e9 construites par Hammurabi 1750 ans avant J\u00e9sus-Christ. Nous montrerons ensuite comment la pratique comptable a \u00e9volu\u00e9 dans les diff\u00e9rents empires successifs de l\u2019Antiquit\u00e9 jusqu\u2019au Moyen Age en insistant sur le fait que ses soubassements th\u00e9oriques sont toujours rest\u00e9s les m\u00eames, notamment son objet qui est toujours et encore d\u2019expliquer comment la valeur peut se reproduire dans le temps dans le cadre d\u2019une gouvernance propri\u00e9tariale des activit\u00e9s entreprises comme ce fut le cas jusqu\u2019\u00e0 la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Ce sera pour nous l\u2019occasion de d\u00e9velopper le r\u00f4le que la comptabilit\u00e9 a jou\u00e9 dans la reconnaissance et l\u2019essor de la notion de personne morale, laquelle a marqu\u00e9 de son importance les pratiques du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle que nous aborderons en deuxi\u00e8me partie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Chapitre 1\u00a0\u2013\u00a0Emergence du fait comptable et structuration sociale<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En posant le principe d\u2019une r\u00e9volution des pratiques sociales initi\u00e9e par l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture qui permit le d\u00e9veloppement d\u2019un pouvoir centralis\u00e9 \u00e0 la fin du N\u00e9olithique<a title=\"\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>, Samuel\u00a0Noah\u00a0Kramer (1957) pouvait affirmer que \u00ab\u00a0L&rsquo;Histoire commence \u00e0 Sumer<a title=\"\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>\u00a0\u00bb. Il voulait dire par l\u00e0 que, gr\u00e2ce \u00e0 ce moment cr\u00e9ateur, l\u2019humanit\u00e9 se d\u00e9gageait de l\u2019animalit\u00e9 des pr\u00e9dateurs primitifs pal\u00e9olithiques pour entrer, au moment du N\u00e9olithique, dans la civilisation. En remontant le temps pour voir pourquoi Kramer a pu se commettre d\u2019une telle constatation qui distinguait deux types tr\u00e8s diff\u00e9rents de soci\u00e9t\u00e9s, nous allons montrer dans ce chapitre que la comptabilit\u00e9 est fortement concern\u00e9e par cette mutation culturelle humaine.<\/p>\n<p>Avec la domination des tribus in\u00e9galitaires 10\u00a0000 ans environ avant J\u00e9sus Christ (J.\u00a0C. dans ce qui suit) et leur implantation sur tout le territoire, des pratiques sociales \u00e9merg\u00e8rent fond\u00e9es sur la notion nouvelle de propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un bien qui est d\u2019abord relative au travail fourni dans sa production, son entretien et son utilisation pour devenir progressivement autonome et personnelle avec la cr\u00e9ation par les Romains de la personne juridique individuelle. Pour lutter contre le risque de violence destructrice qui apparut d\u00e8s qu\u2019ils ont commenc\u00e9 \u00e0 se s\u00e9dentariser dans des villages puis dans des villes, les hommes ont \u00e9tabli des r\u00e8gles et des structures d\u2019\u00e9change portant sur le contr\u00f4le de ce qui \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 et sur la satisfaction des d\u00e9sirs de poss\u00e9der le m\u00eame objet que les autres. Tel est l\u2019objet de la mise en place du nombre comptable, de la Kula et du potlatch qui font partie des plus importantes inventions de l&rsquo;humanit\u00e9 comme outil de pacification des rapports sociaux. De ces institutions sociales est n\u00e9 progressivement un commerce de proximit\u00e9 fond\u00e9 sur le troc concernant d\u2019abord une valeur de prestige puis, ensuite, une \u00ab\u00a0valeur d\u2019usage\u00a0\u00bb. Une vieille acception du mot commerce, que nous retrouvons par exemple dans l&rsquo;expression \u00ab\u00a0une personne de commerce agr\u00e9able\u00a0\u00bb, renvoie aux notions de lien social au travers de la communication et de la relation avec autrui.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br clear=\"all\" \/> <\/span><\/strong><\/p>\n<h2>1.1\u00a0&#8211;\u00a0Soci\u00e9t\u00e9s primitives et soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es<\/h2>\n<p>Afin de pouvoir identifier et distinguer les soci\u00e9t\u00e9s les unes par rapport aux autres, il est n\u00e9cessaire de choisir un certain nombre de caract\u00e9ristiques dont la combinaison en d\u00e9terminera le type. Ainsi, les soci\u00e9t\u00e9s primitives apparaissent comme le r\u00e9sultat d\u2019une certaine combinaison de caract\u00e9ristiques et celles, \u00e9volu\u00e9es, qui marquent le d\u00e9but de l\u2019histoire \u00e0 Sumer, le r\u00e9sultat d\u2019une autre combinaison qui a mis des centaines de mill\u00e9naires pour se r\u00e9aliser. L\u00e9vi-Strauss (1968), confirmant les propos de Kramer, a montr\u00e9 que ce qui distingue les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es de celles qui sont primitives est la mise en \u0153uvre d\u2019une dynamique de progr\u00e8s, non pas con\u00e7u de mani\u00e8re lin\u00e9aire mais relativement \u00e0 une suite de sauts discontinus qui s\u2019y produisent.<\/p>\n<p>Il serait cependant erron\u00e9 de croire que les peuples primitifs seraient les survivants d\u2019une enfance de l\u2019humanit\u00e9, ayant d\u00e9pass\u00e9 le stade de l\u2019\u00ab\u00a0animal\u00a0\u00bb mais n\u2019\u00e9tant pas encore parvenu \u00e0 celui de l\u2019\u00ab\u00a0homme\u00a0\u00bb. C\u2018est une illusion dont a \u00e9t\u00e9 victime Montaigne lorsqu\u2019il pr\u00eata aux indig\u00e8nes d\u2019Am\u00e9rique l\u2019ignorance et l\u2019innocence des enfants en leur promettant une \u00e9volution comparable \u00e0 celle de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vivait.<\/p>\n<p>Franz Boas (1888), cit\u00e9 par Nicolas Journet (2002), pense qu\u2019aucune culture n&rsquo;est plus d\u00e9velopp\u00e9e qu&rsquo;une autre, chacune d\u2019entre elles \u00e9tant une synth\u00e8se originale constituant un tout, dot\u00e9e d&rsquo;un style, qui s&rsquo;exprime \u00e0 travers le langage, les croyances, les coutumes, l&rsquo;art, etc. L\u00e9vi-Strauss (1952) exprime le m\u00eame point de vue contre l\u2019\u00e9volutionnisme que Boas lorsqu\u2019il dit que tous les peuples sont adultes et qu\u2019il est vain de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution biologique nous permettant seulement d\u2019affirmer que l\u2019Homo Sapiens descend de l\u2019Homo Erectus, pour les positionner culturellement aux diff\u00e9rents stades d\u2019un m\u00eame processus \u00e9volutif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.1.1\u00a0&#8211;\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s primitives<\/h3>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s primitives forment des groupes clos dans lesquels tout \u00e9v\u00e9nement pass\u00e9 ou pr\u00e9sent s\u2019explique toujours par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un mythe d\u2019origine et non par rapport \u00e0 une \u00e9volution historique. Ne pratiquant pas une \u00e9criture permettant la narration des \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent dans le temps, chacun de ceux-ci est aussit\u00f4t int\u00e9gr\u00e9 au mythe fondateur de l\u2019harmonie sociale et son originalit\u00e9 est ni\u00e9e. Pour lutter contre le d\u00e9sordre, elles s\u2019efforcent, de fa\u00e7on consciente ou inconsciente, d\u2019\u00e9viter que n\u2019apparaissent entre leurs membres des clivages susceptibles d\u2019exprimer des formes de hi\u00e9rarchies sociales verticales et pouvant se traduire par une volont\u00e9 de changement de certains d\u2019entre eux selon leur appartenance \u00e0 un groupe particulier. Pour L\u00e9vi-Strauss (1969), \u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 essaie de se perp\u00e9tuer comme une horloge o\u00f9 tous les rouages participent harmonieusement \u00e0 la m\u00eame activit\u00e9\u00a0\u00bb. Ne produisant que tr\u00e8s peu d\u2019entropie, elles se maintiennent dans leur \u00e9tat initial et rien ne peut survenir de radicalement nouveau qui soit susceptible de les transformer. C\u2019est la raison pour laquelle L\u00e9vi-Strauss (1961) les a appel\u00e9es des \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s sans histoire\u00a0\u00bb car elles n\u2019ont pas d\u2019histoire au sens propre de ce terme mais aussi, n\u2019ayant pas non plus d\u2019\u00e9criture, elles n\u2019ont pas d\u2019historiens pour d\u00e9crire les rares bouleversements qu\u2019elles pourraient conna\u00eetre.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s primitives se r\u00e9partissent en deux cat\u00e9gories\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>celles qui sont \u00e9galitaires, caract\u00e9ris\u00e9es par le fait qu\u2019elles sont nomades et qu\u2019elles r\u00e9partissent \u00e9galitairement entre tous leurs membres les moyens de survivre pr\u00e9lev\u00e9s sur la nature. Elles sont toujours pr\u00e9datrices de leur environnement. Sans perturbation venant de l\u2019ext\u00e9rieur et sans possibilit\u00e9 d\u2019accumuler du fait de leur nomadisme, elles peuvent subsister des dizaines de milliers d\u2019ann\u00e9es comme les chercheurs pr\u00e9historiens l\u2019ont confirm\u00e9 depuis longtemps,<\/li>\n<li>celles qui sont in\u00e9galitaires, caract\u00e9ris\u00e9es par le fait qu\u2019elles vivent partiellement ou totalement s\u00e9dentairement sur la production individuelle de leurs membres permettant ainsi la mise en \u0153uvre d\u2019un m\u00e9canisme d\u2019accumulation, aussi rudimentaire et frustre soit-il, qui est \u00e0 l\u2019origine d\u2019in\u00e9galit\u00e9s sociales et, donc, d\u2019instabilit\u00e9s. Sans \u00eatre v\u00e9ritablement \u00e9volu\u00e9es, ces soci\u00e9t\u00e9s in\u00e9galitaires ne sont plus tout-\u00e0-fait des soci\u00e9t\u00e9s primitives. Par rapport aux soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es, il leur manque la transformation compl\u00e8te de leur syst\u00e8me de valeurs qui \u00e9mergera au N\u00e9olithique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.1.2\u00a0&#8211;\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es<\/h3>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es sont fond\u00e9es sur d\u2019autres caract\u00e9ristiques que celles que nous venons d\u2019\u00e9voquer. Utilisant pour leur fonctionnement le potentiel de progr\u00e8s relatif aux diff\u00e9rentes formes de hi\u00e9rarchie sociale verticale que l\u2019av\u00e8nement de l\u2019\u00e9criture a permis de constituer, les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es sont toutes issues de la transformation, au cours de la p\u00e9riode s\u2019\u00e9talant de 20\u00a0000 ans avant J. C. jusqu\u2019au milieu du N\u00e9olithique, de tribus nomades primitives \u00e9galitaires en tribus in\u00e9galitaires.<\/p>\n<p>Pour limiter les famines qui apparaissaient de mani\u00e8re end\u00e9mique, il fallut \u00e0 ces derni\u00e8res constituer des stocks qui n\u00e9cessit\u00e8rent l\u2019\u00e9laboration de techniques de mesure et de contr\u00f4le \u00e0 tel point que l\u2019activit\u00e9 de \u00ab\u00a0compter\u00a0\u00bb, qui est universelle et aussi vieille que l\u2019humanit\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>, donna naissance, environ 9\u00a0000 ans avant J. C., \u00e0 la comptabilit\u00e9 qui, dans son aspect technique, n\u2019en est qu\u2019une forme particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Richard\u00a0V.\u00a0Mattessich\u00a0(1988)<a title=\"\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>, en interpr\u00e9tant les r\u00e9sultats des travaux arch\u00e9ologiques de Schmandt-Besserat (1983), a d\u00e9montr\u00e9 que, d\u00e9j\u00e0 9\u00a0000 ans avant J. C., il existait un syst\u00e8me comptable qui \u00e9tait une mani\u00e8re symbolique de repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 physique et sociale (Sitographie n\u00b0 3).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, plusieurs historiens de la comptabilit\u00e9 (Baxter, 1962\u00a0; Littleton, 1933, 1961\u00a0; Littleton et Yamey, 1956), ont montr\u00e9 tr\u00e8s clairement que l\u2019origine des enregistrements de mouvements de biens dans des documents comptables sp\u00e9cifiques se confondait avec les premi\u00e8res formes de la vie \u00e9conomique et sociale. Ceci est d\u2019autant plus vrai \u00e0 partir du troisi\u00e8me mill\u00e9naire avant J\u00e9sus Christ o\u00f9 de nombreux documents grav\u00e9s et \u00e9crits attestent de la vie comptable et \u00e9conomique des Sum\u00e9riens, des Babyloniens, des Egyptiens, des Grecs, des Romains, etc. Il appara\u00eet ainsi un consensus remarquable entre les chercheurs sur la pratique de la comptabilit\u00e9 plusieurs mill\u00e9naires avant J. C.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces affirmations d\u2019auteurs comptant, \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes, parmi les plus influents en comptabilit\u00e9 dans le monde nous ont incit\u00e9s \u00e0 mobiliser les d\u00e9couvertes successives des arch\u00e9ologues depuis deux si\u00e8cles pour montrer, en comparant les caract\u00e9ristiques des tribus \u00e9galitaires avec celles des tribus in\u00e9galitaires, que le syst\u00e8me comptable \u00e9labor\u00e9 au cours du N\u00e9olithique par ces derni\u00e8res, devenues ensuite des cit\u00e9s puis des Etats, pr\u00e9sente toutes les caract\u00e9ristiques conceptuelles de ce qui a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 ult\u00e9rieurement jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui sans pour autant bloquer l\u2019\u00e9volution des pratiques comptables. Il s\u2019agit bien d\u2019une \u00e9volution des pratiques et non d\u2019une modification des concepts qui les sous-tendent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>1.2\u00a0&#8211;\u00a0Soci\u00e9t\u00e9s primitives \u00e9galitaires et soci\u00e9t\u00e9s primitives in\u00e9galitaires<\/h2>\n<p>Les caract\u00e9ristiques essentielles de ces deux types de soci\u00e9t\u00e9s primitives concernent le mode de vie qui s\u2019appuie sur les triptyques \u00ab\u00a0pr\u00e9dation de la nature \/ nomadisme \/ non accumulation de richesses\u00a0\u00bb lorsqu\u2019elles sont \u00e9galitaires et \u00ab\u00a0production individuelle \/ s\u00e9dentarisme \/ accumulation de richesses\u00a0\u00bb lorsqu\u2019elles sont in\u00e9galitaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.2.1\u00a0&#8211;\u00a0La pr\u00e9dation dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives \u00e9galitaires<\/h3>\n<p>Toutes les d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques concordent pour \u00e9tayer l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du Pal\u00e9olithique<a title=\"\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a> les hommes ont surv\u00e9cu en pratiquant la chasse ou le charognage<a title=\"\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a>, mais aussi la cueillette de plantes ou de fruits sauvages et, parfois, la p\u00eache qui sont autant de modes de pr\u00e9l\u00e8vements directs sur la nature, c\u2019est-\u00e0-dire en ayant un comportement de pr\u00e9dateurs sur celle-ci. Ils vivaient comme des nomades parce que les troupeaux chass\u00e9s qui fournissaient la subsistance principale se d\u00e9pla\u00e7aient tandis que les ressources du terroir d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e9taient rapidement \u00e9puis\u00e9es. Afin de se prot\u00e9ger des intemp\u00e9ries et des pr\u00e9dateurs, ils se constituaient en tribus \u00e0 tr\u00e8s faible densit\u00e9 de population, \u00e9tablissant des campements temporaires non p\u00e9rennes<a title=\"\" href=\"#_ftn25\">[25]<\/a> en fonction des saisons et de leurs zones de chasse. Ils s\u2019organisaient le plus souvent dans des grottes autour de foyers o\u00f9 \u00e9tait entretenu le feu<a title=\"\" href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 il y a 20\u00a0000 ans environ avant J. C., ces tribus furent toutes \u00e9galitaires en ce sens qu\u2019elles proc\u00e9daient \u00e0 une redistribution imm\u00e9diate des aliments disponibles r\u00e9unis collectivement apr\u00e8s chaque pr\u00e9dation et consomm\u00e9s en un jour ou deux<a title=\"\" href=\"#_ftn27\">[27]<\/a> sans constitution de r\u00e9serves suffisantes pour pouvoir \u00eatre stock\u00e9es. Il s\u2019agissait donc d\u2019une \u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>En reprenant le sens que les \u00e9conomistes classiques ont donn\u00e9 au mot \u00ab\u00a0richesses\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer les produits du travail tels que les produits de l\u2019agriculture, mais aussi ceux de la p\u00eache et de l\u2019\u00e9levage alors que la constitution d\u2019une richesse \u00e9conomique<a title=\"\" href=\"#_ftn28\">[28]<\/a> ne peut appara\u00eetre qu\u2019avec la pratique du stockage alimentaire, ces soci\u00e9t\u00e9s primitives ne pouvaient pas conna\u00eetre cette richesse qui, de toute fa\u00e7on, aurait \u00e9t\u00e9 ind\u00e9sirable puisque le stockage de biens aurait entrav\u00e9 leur principale force sociale qui \u00e9tait la mobilit\u00e9. Pour cela, elles limitaient volontairement leur production, ce qui a fait croire pendant longtemps que les tribus primitives \u00e9galitaires \u00e9taient des soci\u00e9t\u00e9s de disette, les hommes parvenant tout juste \u00e0 assurer leur subsistance. Mais Marshall Sahlins (1972) a montr\u00e9 que cette hypoth\u00e8se \u00e9tait inexacte dans la mesure o\u00f9 ces tribus ne cherchaient pas \u00e0 pr\u00e9lever sur la nature plus que ce dont elles avaient besoin pour survivre et que, de surcroit, elles g\u00e9n\u00e9raient un peu de surplus qui \u00e9tait utilis\u00e9 sous forme d&rsquo;offrandes aux divinit\u00e9s ou pour des transactions avec d\u2019autres tribus <em>Leur syst\u00e8me \u00e9conomique reposait sur le partage de la proie, ce qui renfor\u00e7ait la coh\u00e9sion du groupe, les strat\u00e9gies de chasse permettant par ailleurs de d\u00e9velopper la coop\u00e9ration et la division du travail.<\/em><\/p>\n<p><em>Bien que les toutes premi\u00e8res relations qui se soient nou\u00e9es entre les hommes de fa\u00e7on quasi exclusive aient \u00e9t\u00e9 des liens de d\u00e9pendance personnelle parentale, cette <\/em>n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une coop\u00e9ration solidaire \u00e0 l\u2019effort productif associ\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique ne garantissait pas l\u2019absence de conflits interpersonnels<em>.<\/em> <em>La tribu n&rsquo;avait pas de chef ayant une autorit\u00e9 r\u00e9elle sur elle<\/em><a title=\"\" href=\"#_ftn29\">[29]<\/a><em>. Tout s&rsquo;y traitait par palabre et les anciens n&rsquo;avaient qu&rsquo;une autorit\u00e9 rituelle<\/em><em>. <\/em><em>Ces caract\u00e9ristiques ont structur\u00e9 une forme de tribu de nature communiste<\/em> au sens que donne Bronis\u0142aw Malinowski (1968) \u00e0 cette expression, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans hi\u00e9rarchie sociale ne connaissant pas la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Si un groupe dans la tribu n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord avec les autres, il partait cr\u00e9er une nouvelle tribu dans un autre endroit.<\/p>\n<p>Ne d\u00e9gageant pas de surplus de leur pr\u00e9dation, elles \u00e9taient dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019entretenir des dirigeants, des administratifs, des artisans ou des guerriers pour les d\u00e9fendre. Ainsi, l&rsquo;absence d&rsquo;imp\u00f4ts et de taxes n&rsquo;\u00e9tait pas due \u00e0 des contraintes \u00e9conomiques mais \u00e0 leur mode d&rsquo;organisation sociale. Par ailleurs, pour des raisons de survie, les m\u00e8res nomades maintenaient un contact quasi permanent avec leurs b\u00e9b\u00e9s rendant la p\u00e9riode d&rsquo;allaitement qui \u00e9tait ainsi plus longue, ce qui limitait leur capacit\u00e9 \u00e0 enfanter de nouveau.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.2.2\u00a0&#8211;\u00a0La production dans les tribus primitives in\u00e9galitaires<\/h3>\n<p>Au cours des 10\u00a0000 ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant le N\u00e9olithique, entre \u2013 20\u00a0000 et \u2013 10\u00a0000 avant J.\u00a0C., les tribus sont pass\u00e9es progressivement du mode \u00e9galitaire nomade de redistribution des produits au mode in\u00e9galitaire caract\u00e9ris\u00e9 par la s\u00e9dentarisation progressive des populations. Celles-ci mirent en \u0153uvre une strat\u00e9gie d&rsquo;exploitation directe de l&rsquo;environnement de plus en plus individualis\u00e9e, fond\u00e9e sur le d\u00e9veloppement de l&rsquo;agriculture puis sur celui, deux mille ans plus tard, de l&rsquo;\u00e9levage.<\/p>\n<p>Selon la \u00ab\u00a0th\u00e9orie des oasis\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn30\">[30]<\/a> de l\u2019arch\u00e9ologue australien Vere Gordon Childe (1928), des transformations environnementales induites par le radoucissement climatique cons\u00e9cutif \u00e0 la fin de la Derni\u00e8re Glaciation, entre 15\u00a0000 et 12\u00a0000 ans avant J. C., ont favoris\u00e9 la croissance des plantes. Des groupes de chasseurs-cueilleurs purent alors assurer leur subsistance sans avoir besoin de se d\u00e9placer gr\u00e2ce aux abondantes c\u00e9r\u00e9ales sauvages disponibles sur place. Comme le montrent les premi\u00e8res traces d\u00e9couvertes par l&rsquo;arch\u00e9ologue britannique Dorothy Garrod en 1928 et par le botaniste Jack Rodney Harlan en 1967, il se d\u00e9veloppa alors une s\u00e9dentarisation au moins temporaire associ\u00e9e \u00e0 une agriculture vivri\u00e8re de subsistance, notamment au Natoufien<a title=\"\" href=\"#_ftn31\">[31]<\/a>\u00a0mais aussi dans la r\u00e9gion contig\u00fce du \u00ab\u00a0Croissant fertile\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn32\">[32]<\/a>\u00a0(Kent V. Flannery, 1965).<\/p>\n<p>De plus,<strong> <\/strong>selon les th\u00e9ories d\u2019Ester Boserup (1965) et de Flannery (1969), cette s\u00e9dentarisation a s\u00e9par\u00e9 les b\u00e9b\u00e9s de leur m\u00e8re ce qui a favoris\u00e9 un sevrage plus pr\u00e9coce et donc un renouveau rapide de la fertilit\u00e9 maternelle pour de nouvelles grossesses pouvant aller jusqu\u2019au nombre de huit. La natalit\u00e9 en augmentant a entra\u00een\u00e9 une surmortalit\u00e9 infantile<a title=\"\" href=\"#_ftn33\">[33]<\/a> car il n&rsquo;y avait pas encore assez de nourriture pour tous comme le montrent des traces de cueillette intensive de c\u00e9r\u00e9ales datant de 23\u00a0000 ans avant J.\u00a0C. qui ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9es dans l\u2019actuel Isra\u00ebl (Julio Mercader, 2009).<\/p>\n<p>Cette pression d\u00e9mographique a conduit les groupes humains \u00e0 chercher \u00e0 mettre en place les moyens d\u2019une plus grande s\u00e9curit\u00e9 alimentaire en produisant une partie des ressources naturelles n\u00e9cessaires \u00e0 leur alimentation. Ce nouveau mode de vie a entra\u00een\u00e9 deux effets principaux sur leur comportement.<\/p>\n<ul>\n<li>Sans v\u00e9ritablement encore domestiquer des esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 en prendre soin pour en tirer pleinement parti et d\u00e9velopper une agriculture<a title=\"\" href=\"#_ftn34\">[34]<\/a> vivri\u00e8re de subsistance. Par exemple, ils r\u00e9colt\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat sauvage des formes de bl\u00e9 rustiques et peu nutritives comme l&rsquo;\u00e9peautre<a title=\"\" href=\"#_ftn35\">[35]<\/a> qu\u2019ils crois\u00e8rent r\u00e9guli\u00e8rement pour les am\u00e9liorer et permettre l\u2019\u00e9mergence plus tard de la production agricole dans le Croissant fertile. Bien que tr\u00e8s rudimentaire, cette premi\u00e8re forme d\u2019agriculture impliquait, selon Marshall Sahlins (1972), un surcro\u00eet de travail alors que la quantit\u00e9 r\u00e9colt\u00e9e restait d\u00e9pendante des conditions climatiques, d&rsquo;o\u00f9 la continuation des pratiques de chasse, p\u00eache et cueillette pour palier d&rsquo;\u00e9ventuels manques de nourriture li\u00e9s \u00e0 de mauvaises r\u00e9coltes mais aussi pour varier les go\u00fbts d&rsquo;un r\u00e9gime alimentaire peut-\u00eatre trop homog\u00e8ne. Le principe de ce mode de vie, tel que l\u2019a d\u00e9crit L\u00e9vi-Strauss (1955) en \u00e9tudiant le comportement au milieu du 20<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle des Indiens Nambikwara situ\u00e9s dans le centre ouest du Br\u00e9sil, se r\u00e9glait sur l&rsquo;alternance de la saison pluvieuse et de la saison s\u00e8che. Au cours de la premi\u00e8re, quelques bandes se r\u00e9unissaient au sein de villages provisoires o\u00f9 les hommes pratiquaient une activit\u00e9 de jardinier ou de chasseur\/p\u00eacheur alors que durant la deuxi\u00e8me ils se divisaient en bandes nomades de quelques familles vivant exclusivement de la chasse et de la cueillette. Les hommes et les femmes formaient des couples qui constituaient avec leurs enfants une famille dont ils assuraient la subsistance quotidienne et qui \u00e9tait l\u2019unit\u00e9 \u00e9conomique et psychologique fondamentale dont d\u00e9pendait leur survie.<\/li>\n<li>Ils associ\u00e8rent ensuite au besoin de s&rsquo;alimenter au jour le jour, la possibilit\u00e9 de constituer des r\u00e9serves de c\u00e9r\u00e9ales sur une p\u00e9riode plus longue telle que l\u2019ann\u00e9e \u00e0 travers des stocks qui leur permettaient de pratiquer une redistribution diff\u00e9r\u00e9e des aliments disponibles. Devant la r\u00e9ussite de cette strat\u00e9gie de subsistance, ils se tourn\u00e8rent, au d\u00e9but du N\u00e9olithique, vers une intensification de l\u2019agriculture et, environ 2\u00a0000 ans plus tard, vers la domestication\/\u00e9levage de certains animaux. La croissance d\u00e9mographique, qui a conduit \u00e0 l&rsquo;adoption de cette nouvelle mani\u00e8re de se nourrir sur une production agricole locale et non plus par pr\u00e9dation itin\u00e9rante, a alors intensifi\u00e9 la s\u00e9dentarisation, laquelle a augment\u00e9 encore la f\u00e9condit\u00e9 selon un processus qui s&rsquo;est auto-entretenu.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, en quelques 10\u00a0000 ans, jusqu\u2019au d\u00e9but du N\u00e9olithique, les tribus in\u00e9galitaires vont faire passer l\u2019homme du statut de pr\u00e9dateur nomade non accumulateur \u00e0 celui de producteur s\u00e9dentaire accumulateur commen\u00e7ant \u00e0 faire des r\u00e9serves de produits agricoles servant \u00e0 limiter le risque de p\u00e9nurie alimentaire et intervenant dans les cycles naturels de la biomasse par la reproduction et la s\u00e9lection des esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Pour cela, ils \u00e9tal\u00e8rent sur une m\u00eame p\u00e9riode la consommation de la nourriture et la conservation des graines comme fond de production de la p\u00e9riode suivante, ce qui leur permit de modifier \u00e0 leur avantage les m\u00e9canismes de reproduction de celles-ci. Childe (1961) r\u00e9sume cette pratique en disant que \u00ab\u00a0les hommes devaient s\u2019associer \u00e0 la nature et non plus en \u00eatre les parasites\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Alain Testart (1982), ethnologue fran\u00e7ais, ce ne sont pas les contraintes environnementales et d\u00e9mographiques qui ont permis cette transition mais une opposition radicale entre tribus pratiquant ou non le stockage \u00e0 grande \u00e9chelle des aliments.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s in\u00e9galitaires \u00e9taient des agr\u00e9gats sociaux en cours de formation, non pas encore des soci\u00e9t\u00e9s proprement dites, mais seulement des groupes en voie de devenir, destin\u00e9s \u00e0 aller jusqu&rsquo;au bout de leur d\u00e9veloppement par la r\u00e9alisation de leur nature sociale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.2.3\u00a0&#8211;\u00a0Cons\u00e9quences culturelles du mode de vie s\u00e9dentaire<\/h3>\n<p>La volont\u00e9 de ne pas d\u00e9truire instantan\u00e9ment par l\u2019usage la nourriture dont d\u00e9pendait la survie des membres des diff\u00e9rents clans pour en stocker une partie d\u00e9veloppa de nouvelles pratiques sociales favorisant un comportement relativement individualiste et propri\u00e9tarial, notamment de la terre dont la culture \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 la survie de la famille. Ce nouveau comportement se traduisit par la possibilit\u00e9 d\u2019une accumulation diff\u00e9rentielle de richesses \u00e0 partir des stocks de biens constitu\u00e9s par des syst\u00e8mes familiaux produisant pour eux-m\u00eames et non plus dans le but d\u2019une r\u00e9partition collective comme le faisaient les tribus \u00e9galitaires.<\/p>\n<p>Des in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques apparurent et se d\u00e9velopp\u00e8rent d\u00e8s que certaines familles commenc\u00e8rent \u00e0 accumuler des richesses en \u00e9pargnant et dont elles \u00e9taient les propri\u00e9taires par rapport aux autres familles qui avaient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la consommation improductive \u00e0 l\u2019\u00e9pargne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude faite par Malinowski (1968)<a title=\"\" href=\"#_ftn36\">[36]<\/a> sur la p\u00eache en cano\u00eb<a title=\"\" href=\"#_ftn37\">[37]<\/a> dans la communaut\u00e9 primitive m\u00e9lan\u00e9sienne de l\u2019archipel des \u00eeles Trobriand situ\u00e9 au nord-est de la Nouvelle-Guin\u00e9e montre bien ce changement de comportement entre les membres des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9galitaires et les autres.<\/p>\n<p>Le propri\u00e9taire du cano\u00eb a pour premier devoir de construire \u00e0 ses frais<a title=\"\" href=\"#_ftn38\">[38]<\/a> une embarcation neuve lorsque la vieille \u00e9tait devenue hors d&rsquo;usage. Son droit de propri\u00e9t\u00e9 est ainsi d\u00e9fini par la mani\u00e8re dont le groupe d&rsquo;hommes qui a fabriqu\u00e9 le cano\u00eb et qui jouit de sa possession l\u2019emploie et le consid\u00e8re. Ensemble, il forme l\u2019\u00e9quipage tout en \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement membres d\u2019un m\u00eame groupe social reposant sur la parent\u00e9 et li\u00e9s par des obligations r\u00e9ciproques<a title=\"\" href=\"#_ftn39\">[39]<\/a> entre eux et envers la communaut\u00e9. Chacun se voit assigner sa situation et sa t\u00e2che dans l&rsquo;usage du cano\u00eb dont la place est impos\u00e9e dans la flottille lors des p\u00eaches en commun. La p\u00eache en cano\u00eb est donc un syst\u00e8me pr\u00e9cis de division du travail et un syst\u00e8me rigide d&rsquo;obligations r\u00e9ciproques qui implique la recherche de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel, de privil\u00e8ges et de b\u00e9n\u00e9fices en m\u00eame temps que le sentiment du devoir et la reconnaissance de la n\u00e9cessit\u00e9 de la coop\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dans ce syst\u00e8me culturel, la propri\u00e9t\u00e9 n\u2019est cependant pas encore enti\u00e8rement reli\u00e9e \u00e0 un individu puisqu\u2019elle appara\u00eet comme l&rsquo;ensemble des devoirs, des privil\u00e8ges et des r\u00e9ciprocit\u00e9s qui lient les membres de l\u2019\u00e9quipage les uns aux autres et au cano\u00eb, le principal int\u00e9ress\u00e9 \u00e9tant cependant celui reconnu comme \u00e9tant le propri\u00e9taire.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet ainsi chez les Trobriandais des riches et des pauvres, certains poss\u00e9dant des objets tels que les cano\u00ebs tandis que d\u2019autres n\u2019en ont aucun. Cependant, tous les Trobriandais ont, comme dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s primitives in\u00e9galitaires, leurs champs pour cultiver les moyens de leur subsistance sans pour autant que la forme de cette propri\u00e9t\u00e9 soit comparable \u00e0 la n\u00f4tre, comme le montre bien \u00e0 quoi correspond la possession du cano\u00eb. Ce qui n\u2019existe pas, c\u2019est la figure du grand propri\u00e9taire foncier, pas plus que n\u2019existe celle du cultivateur sans terre et cela vaut autant pour la M\u00e9lan\u00e9sie que pour l\u2019Afrique ou l\u2019Am\u00e9rique latine. Comme pour le cano\u00eb, il n\u2019y a pas de propri\u00e9t\u00e9 de la terre en tant que telle, pas de propri\u00e9t\u00e9 du sol ou, pourrait-on dire, de fonds de terre tel que nous le concevons en Occident depuis le droit romain. La propri\u00e9t\u00e9 sur la terre n\u2019appara\u00eet que si une certaine quantit\u00e9 de travail y a \u00e9t\u00e9 investie pour la d\u00e9fricher, l\u2019am\u00e9nager, l\u2019exploiter, l\u2019amender. Elle n\u2019est en fait propri\u00e9t\u00e9 que par un r\u00e9sultat de travail mais, ce r\u00e9sultat \u00e9tant attach\u00e9 \u00e0 une parcelle de terre, c\u2019est aussi une propri\u00e9t\u00e9 de la terre. Ce n\u2019est pas seulement un simple droit d\u2019usufruit mais c\u2019est une vraie propri\u00e9t\u00e9 ali\u00e9nable qui, en aucune fa\u00e7on, n\u2019est jamais consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant exclusivement collective.<\/p>\n<p>La caract\u00e9ristique distinctive de cette forme de propri\u00e9t\u00e9 par rapport \u00e0 celles qui se d\u00e9velopperont ensuite est que les terres vacantes en friches ou abandonn\u00e9es par leurs anciens exploitants ne sont pas susceptibles d\u2019appropriation. Le lignage, le village ou le roi, quand il y en a un, g\u00e8re ces terres hors propri\u00e9t\u00e9 et ne peut en \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme propri\u00e9taire. Il ne peut pas les exploiter, ni les louer, ni les vendre. Cette gestion ou ce contr\u00f4le est de nature politique ou administrative. Lorsqu\u2019un nouveau venu ou une famille qui s\u2019accro\u00eet a besoin de terre, ces autorit\u00e9s leur attribuent certaines parcelles en fonction de leurs besoins. Elles proc\u00e8dent \u00e0 ces distributions et ne font ces concessions qu\u2019\u00e0 titre toujours temporaire et sous r\u00e9serve que les parcelles soient effectivement cultiv\u00e9es. Le principe est que tout membre de la communaut\u00e9 a droit \u00e0 une parcelle de terre et peut faire valoir ce droit aupr\u00e8s de la communaut\u00e9. Comme la propri\u00e9t\u00e9 est acquise par le travail investi dans une parcelle et perdue par la non-exploitation de celle-ci, il ne peut y avoir de location possible de longue dur\u00e9e de la terre<a title=\"\" href=\"#_ftn40\">[40]<\/a> car le propri\u00e9taire se retrouvera au bout de quelques ann\u00e9es d\u00e9pouill\u00e9 de son titre de propri\u00e9t\u00e9 au profit de celui qui l\u2019exploite (Testart, 2005).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.2.4\u00a0&#8211;\u00a0G\u00e9n\u00e9ralisation du mode de vie in\u00e9galitaire<\/h3>\n<p>Le mode de vie in\u00e9galitaire qui se met progressivement en place va inciter les hommes des tribus concern\u00e9es \u00e0 quitter leurs abris temporaires pour b\u00e2tir les premiers villages au bord des lacs et des rivi\u00e8res en tentant de transformer la nature pour mieux en contr\u00f4ler les ressources et am\u00e9liorer leur s\u00e9curit\u00e9 par le stockage. Leur production agricole permettant de nourrir une population beaucoup plus importante que ne le faisaient les tribus \u00e9galitaires de chasseurs cueilleurs, va acc\u00e9l\u00e9rer leur d\u00e9veloppement et il en r\u00e9sultera de violents conflits entre les deux modes de vie.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9galitaires, en continuant \u00e0 \u00eatre des nomades sans constituer des r\u00e9serves de nourriture pour pallier les insuffisances lors des p\u00e9riodes de disette qui revenaient de mani\u00e8re cyclique \u00e0 des moments diff\u00e9rents selon les r\u00e9gions, se heurteront aux autres qui les consid\u00e8reront comme des parasites et qui les chasseront de leurs territoires en refusant de les aider quand elles venaient \u00e0 manquer de nourriture. Elles dispara\u00eetront alors rapidement ou bien seront refoul\u00e9es sur des terres ingrates qui rendront difficile leur survie par insuffisance de nourriture disponible<a title=\"\" href=\"#_ftn41\">[41]<\/a>.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces conflits provenant de modes de vie diff\u00e9rents, la s\u00e9dentarisation plus ou moins longue au cours de l\u2019ann\u00e9e des tribus in\u00e9galitaires va favoriser en interne des comportements fond\u00e9s sur une volont\u00e9 d\u2019appropriation par certains de ce que poss\u00e9daient les autres. Ce qui est vrai en interne l\u2019est aussi lors des rencontres inter-tribus qui d\u00e9bouchent en g\u00e9n\u00e9ral sur une multiplication de nouveaux conflits principalement g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, l\u00e0 aussi, par cette volont\u00e9 d\u2019appropriation.<\/p>\n<p>Pour limiter et, si possible, \u00e9viter de se d\u00e9clarer la guerre au risque d\u2019aboutir \u00e0 leur destruction, les tribus ont mis en place des m\u00e9canismes fond\u00e9s sur la codification des liens sociaux entre leurs membres.<\/p>\n<p>Parmi ces m\u00e9canismes de r\u00e9gulation de la vie sociale, deux jou\u00e8rent un r\u00f4le particuli\u00e8rement important en organisant les relations intra et intertribales. Les premiers sont fond\u00e9s sur des pratiques disciplinaires de contr\u00f4le r\u00e9alis\u00e9es au moyen du comptage des objets. Les seconds t\u00e9moignent d\u2019une volont\u00e9 de structuration d\u2019un r\u00e9seau d\u2019\u00e9changes sous forme d\u2019obligations r\u00e9ciproques imp\u00e9ratives pour ceux qui y participaient \u00e0 travers la Kula et le potlatch qui furent \u00e9tudi\u00e9s respectivement par Malinowski et par Franz Boas, leurs \u00e9tudes \u00e9tant reprises et synth\u00e9tis\u00e9es par Marcel Mauss dans sa th\u00e9orie du don \/ contre don.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>1.3 &#8211; Le comptage de la richesse cr\u00e9\u00e9e<\/h2>\n<p>D\u00e8s que les notions de richesse, d\u2019accumulation et de propri\u00e9t\u00e9 ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper dans les tribus in\u00e9galitaires, un peu avant le N\u00e9olithique, les hommes ont mis au point avec le comptage un m\u00e9canisme de contr\u00f4le de ce qui \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 et \u00e9chang\u00e9. L\u2019activit\u00e9 de comptage, qui \u00e9tait utilis\u00e9e pour identifier des grandeurs depuis les temps les plus recul\u00e9s de mani\u00e8re universelle et transcendantale, fut soumise \u00e0 un pouvoir disciplinaire devant permettre de normaliser les pratiques concernant la cr\u00e9ation de richesses et leur appropriation, mais aussi \u00e0 un pouvoir de contr\u00f4le permettant de v\u00e9rifier que ces pratiques n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9viantes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.3.1 &#8211; Structuration de la soci\u00e9t\u00e9 par le \u00ab\u00a0nombre\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>1.3.1.1 &#8211; Universalit\u00e9 du comptage<\/h4>\n<p>Afin de prot\u00e9ger au mieux la tribu des autres pr\u00e9dateurs humains et animaux, la n\u00e9cessit\u00e9 de compter le nombre de personnes la composant et, de proche en proche, le nombre d\u2019ennemis ou d\u2019animaux qu\u2019ils tuaient, etc., s\u2019est fait sentir tr\u00e8s t\u00f4t dans le temps. D\u00e8s les \u00e2ges pr\u00e9historiques et bien avant la cr\u00e9ation du premier syst\u00e8me num\u00e9rique sexag\u00e9simal<a title=\"\" href=\"#_ftn42\">[42]<\/a> par les Sum\u00e9riens 3\u00a0500 ans avant J. C., les hommes ont imagin\u00e9 le d\u00e9nombrement par unit\u00e9, sans pour autant invent\u00e9 la notion de \u00ab\u00a0nombre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour cela, ils mettaient en correspondance bijective des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019ensemble \u00e0 compter avec des signes plus faciles \u00e0 manipuler qu\u2019ils portaient sur des objets<a title=\"\" href=\"#_ftn43\">[43]<\/a>. La m\u00e9thode consistait \u00e0 d\u00e9terminer combien d\u2019objets il y avait dans l\u2019ensemble des \u00e9l\u00e9ments r\u00e9els \u00e0 compter en associant chacun des objets \u00e0 compter \u00e0 un signe r\u00e9alis\u00e9 sur un support quelconque. Ils savaient qu\u2019il manquait des objets r\u00e9els ou qu\u2019il y en avait en trop dans l\u2019ensemble r\u00e9el de d\u00e9part si, dans la correspondance qu\u2019ils faisaient avec les signes, ceux-ci \u00e9taient respectivement moins ou plus nombreux. C\u2019est cette perception empirique n\u00e9e des n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;exp\u00e9rience quotidienne portant sur des collections d\u2019objets et non sur des id\u00e9es qui est \u00e0 l\u2019origine de cette forme de d\u00e9nombrement concret pratiqu\u00e9 par nos anc\u00eatres<a title=\"\" href=\"#_ftn44\">[44]<\/a>.<\/p>\n<p>Parfois, comme le montr\u00e8rent plus tard les chiffres romains, ce furent des parties du corps prises dans un ordre d\u00e9termin\u00e9\u00a0: petit doigt, annulaire, m\u00e9dius, index, pouce, poignet, avant-bras, coude, \u00e9paule<a title=\"\" href=\"#_ftn45\">[45]<\/a>, qui servirent d\u2019ensemble de signes. Il semblerait d\u2019ailleurs que ce soit l\u2019utilisation des doigts de la main qui donna l\u2019id\u00e9e de la notion de nombre en constatant que deux fruits, deux personnes, deux animaux, etc., ont quelque chose de commun qui est le chiffre \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb. Ainsi, les premiers chiffres \u00ab\u00a0invent\u00e9s\u00a0\u00bb ont probablement \u00e9t\u00e9 un et deux<a title=\"\" href=\"#_ftn46\">[46]<\/a>.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, les noms par lesquels les chiffres \u00e9taient exprim\u00e9s diff\u00e9raient suivant la nature des objets d\u00e9nombr\u00e9s. Par exemple, si \u00ab\u00a0cinq\u00a0\u00bb ne se traduisait pas par le m\u00eame mot selon qu\u2019il s\u2019agissait de d\u00e9nombrer de mani\u00e8re concr\u00e8te des hommes, des arbres ou des poissons, il conduisait pourtant toujours au m\u00eame endroit du corps qui est la main.<\/p>\n<p>Mais progressivement au cours des si\u00e8cles, la perception empirique permit d\u2019extraire de l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te des caract\u00e9ristiques diff\u00e9rentes de celles des objets d\u00e9nombr\u00e9s. Elles aboutiront \u00e0 l\u2019identification de la notion de nombre en tant qu\u2019id\u00e9e abstraite<a title=\"\" href=\"#_ftn47\">[47]<\/a>. Autrement dit, le \u00ab\u00a0cinq\u00a0\u00bb par exemple, repr\u00e9sent\u00e9 par les doigts de la main, existait d\u00e9j\u00e0 en tant qu\u2019id\u00e9e abstraite inconsciente repr\u00e9sentative de collections sp\u00e9cifiques de cinq objets. Elle permit plus tard l\u2019adoption du \u00ab\u00a0nombre abstrait cinq\u00a0\u00bb repr\u00e9sentatif d\u2019une m\u00eame quantit\u00e9 d\u2019objets quelle que soit la nature de ceux-ci.<\/p>\n<p>Tous les peuples ont ainsi pratiqu\u00e9 une forme de comptage, ind\u00e9pendamment de leur position culturelle dans le processus \u00e9volutif et comme nous avons suppos\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient tous adultes, nous pouvons d\u00e9duire que les principes du comptage sont universels, a-historiques et transcendants par rapport aux individus qui comptent, ce qui n\u2019exclut pas pour autant la libert\u00e9 de faire \u00e9voluer les pratiques sous-tendues par ceux-ci.<\/p>\n<p>Les objets \u00e0 compter n\u2019\u00e9tant pas de m\u00eame nature physique, leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 a impos\u00e9 tr\u00e8s vite que l\u2019on utilise une unit\u00e9 de mesure interm\u00e9diaire telle que les cailloux en M\u00e9sopotamie<a title=\"\" href=\"#_ftn48\">[48]<\/a>. Ces objets \u00e9taient plus pratiques pour le comptage et pour tenir l\u2019inventaire des r\u00e9coltes que les encoches ou les n\u0153uds. Au moyen d\u2019un r\u00e9cipient, il \u00e9tait relativement ais\u00e9 de compter les mouvements d\u2019entr\u00e9es et de sorties des exploitations et il en \u00e9tait de m\u00eame pour les animaux dont l\u2019\u00e9levage venait de commencer.<\/p>\n<p>Par exemple, un caillou d\u00e9termin\u00e9 repr\u00e9sentait un animal pr\u00e9cis. Tous les animaux dans un m\u00eame p\u00e2turage \u00e9taient associ\u00e9s \u00e0 des cailloux que l\u2019on mettait dans un r\u00e9cipient. A l\u2019\u00e9poque des naissances, au printemps, on ajoutait dans ce r\u00e9cipient un nombre de cailloux correspondant \u00e0 celui des nouveaux animaux. Par contre, chaque fois que l\u2019on abattait un animal, on retirait un caillou. De plus, d\u00e8s qu\u2019un animal changeait de troupeau ou de p\u00e2turage, on d\u00e9pla\u00e7ait un caillou d\u2019un r\u00e9cipient pour le mettre dans un autre, avec ceux correspondant \u00e0 son nouveau statut.<\/p>\n<p>Sans conna\u00eetre la notion de nombre, les cailloux correspondaient \u00e0 un comptage concret qui permettait de contr\u00f4ler la quantit\u00e9 des objets concern\u00e9s. Ils \u00e9taient aussi plus faciles \u00e0 transporter pour r\u00e9aliser les tractations de troc qui commen\u00e7aient \u00e0 se multiplier.<\/p>\n<p>Comme on ne trouvait pas toujours le caillou qu\u2019il fallait pour repr\u00e9senter l\u2019objet souhait\u00e9, l\u2019id\u00e9e vint progressivement de fabriquer des jetons d\u2019argile<a title=\"\" href=\"#_ftn49\">[49]<\/a> ou \u00ab\u00a0calculi<a title=\"\" href=\"#_ftn50\">[50]<\/a>\u00a0\u00bb dont le fa\u00e7onnage selon les besoins de tailles et de formes de leurs utilisateurs permettait d\u2019\u00e9tablir une correspondance plus fid\u00e8le avec les objets \u00e0 repr\u00e9senter.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages d\u2019arch\u00e9ologues dont nous disposons montrent que ces jetons ne repr\u00e9sentaient pas des nombres mais bien des images d\u2019animaux ou d\u2019objets sur lesquels des pictogrammes<a title=\"\" href=\"#_ftn51\">[51]<\/a> \u00e9taient dessin\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que Schmandt-Besserat (1983), dans les travaux qu\u2019elle entreprit \u00e0 partir de 1969 en analysant dans les mus\u00e9es du monde entier les collections d\u2019objets ouvr\u00e9s en argile, d\u00e9couvrit que des jetons \u00e9taient utilis\u00e9s depuis environ 10\u00a0000 ans avant J.\u00a0C.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec ce syst\u00e8me de comptage, une limite \u00e9tait vite atteinte. Si la collection d\u2019objets \u00e0 d\u00e9nombrer \u00e9tait trop importante, le nombre d\u2019\u00e9quivalents de jetons ou de cailloux devenait \u00e0 son tour ing\u00e9rable. Outre les risques d\u2019erreurs de \u00ab\u00a0comptage\u00a0\u00bb, l\u2019encombrement qui s&rsquo;ensuivait devenait vite un gros handicap. Certains eurent alors l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er de nouvelles \u00ab unit\u00e9s \u00bb de comptage. Par exemple, chaque fois que 10 petits cailloux \u00e9taient utilis\u00e9s, on les rempla\u00e7ait par un caillou plus gros ou d\u2019une couleur ou d\u2019une forme diff\u00e9rente et ainsi de suite avec les groupes de cailloux ainsi constitu\u00e9s\u2026 Ainsi pour \u00ab\u00a0noter \u00bb 982, il n\u2019\u00e9tait plus n\u00e9cessaire d\u2019utiliser 982 petits cailloux, 9 gros, 8 moyens et 2 petits suffisaient. Le progr\u00e8s ainsi r\u00e9alis\u00e9 fut consid\u00e9rable puisque dans ces conditions, il suffisait d\u2019utiliser seulement 19 objets pour en d\u00e9nombrer 982. Selon Schmandt-Besserat, l\u2019utilisation de ces nouvelles unit\u00e9s de comptage commen\u00e7a environ 9000 ans avant J. C.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De ces pratiques, nous pouvons conclure que l\u2019action de compter est pr\u00e9sente chez tous les peuples comme expression d\u2019une structure mentale inconsciente et universelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>1.3.1.2 \u2013 Nombre comptable et structuration des tribus primitives<\/h4>\n<p>La bijection associant chacun des objets \u00e0 compter \u00e0 un signe r\u00e9alis\u00e9 sur un support d\u00e9terminait en m\u00eame temps un syst\u00e8me de mesure entre ces objets et le r\u00e9sultat du comptage. A ce titre, il pouvait servir \u00e0 lutter contre la possibilit\u00e9 de manipulation de ce qui \u00e9tait compt\u00e9 et constituait en m\u00eame temps une r\u00e8gle pouvant comporter une sentence d\u2019exclusion de ceux qui ne la respectait pas.<\/p>\n<p>Ainsi, lentement au cours du temps, il est apparu d\u2019autres utilit\u00e9s au comptage que l\u2019identification d\u2019une grandeur. En rendant obligatoire l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 cette r\u00e8gle, le comptage participa efficacement \u00e0 la structuration d\u2019usages sociaux disciplinaires devant permettre de normaliser les pratiques humaines concernant la vie tribale et de pouvoir contr\u00f4ler que ces pratiques n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9viantes.<\/p>\n<p>Sous peine de r\u00e9duire le r\u00f4le de la tribu et m\u00eame, parfois, de la d\u00e9truire, la plupart de ses membres respect\u00e8rent ces usages en ob\u00e9issant aux r\u00e8gles \u00e9mises et \u00e0 propos desquelles, du fait qu\u2019elles impliquaient une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, ils se sentaient soumis. En cons\u00e9quence, si nous excluons l&rsquo;intervention d&rsquo;\u00eatres surnaturels, nous ne saurions trouver en dehors et au-dessus de l&rsquo;individu que la tribu dont il est membre comme seule source d&rsquo;obligation. L&rsquo;\u00e9ducation fut l&rsquo;op\u00e9ration par laquelle l&rsquo;\u00eatre social \u00e9tait surajout\u00e9 en chacune des personnes \u00e0 l&rsquo;\u00eatre individuel et l&rsquo;\u00eatre moral \u00e0 l&rsquo;\u00eatre animal. Ainsi, sont sociales toutes les mani\u00e8res d&rsquo;agir et de penser que l\u2019individu trouve pr\u00e9\u00e9tablies et dont la transmission se fait le plus g\u00e9n\u00e9ralement par la voie de l&rsquo;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>A partir de ce moment et muni de ces deux caract\u00e9ristiques de discipline et de contr\u00f4le, le nombre qui \u00e9tait utilis\u00e9 de mani\u00e8re indiff\u00e9renci\u00e9e dans le comptage devint, en portant sur ces biens sp\u00e9cifiques qui forment les richesses \u00e9conomiques, un \u00ab\u00a0nombre comptable\u00a0\u00bb mesurant des stocks de biens et les flux d\u2019entr\u00e9e et de sortie qui leur sont associ\u00e9s.<\/p>\n<p>Si, \u00e0 partir de 10\u00a0000 ans avant J. C., nous pouvons identifier l\u2019existence de nombres comptables associ\u00e9s aux jetons d\u2019argile servant au d\u00e9nombrement de collections d\u2019objets, nous ne pouvons pas encore parler de comptabilit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 le troc est embryonnaire et ne n\u00e9cessite pas de rattacher les unes aux autres les op\u00e9rations de production et celles de \u00ab\u00a0circulation\u00a0\u00bb de la richesse cr\u00e9\u00e9e pour former un v\u00e9ritable syst\u00e8me comme ce sera le cas vers la fin du N\u00e9olithique. Il n\u2019est pas encore question d\u2019\u00e9valuation d\u2019un patrimoine ni, <em>a fortiori<\/em>, du suivi de ses variations. L\u2019addition et la soustraction des jetons diff\u00e9rents selon les objets qu\u2019ils repr\u00e9sentaient \u00e9taient des op\u00e9rations suffisantes aux activit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque<a title=\"\" href=\"#_ftn52\">[52]<\/a>. Cette activit\u00e9 s\u2019appellerait de nos jours \u00ab\u00a0statistique descriptive\u00a0\u00bb sans production pour autant des param\u00e8tres de position et de dispersion.<\/p>\n<p>Les nombres comptables sont relatifs \u00e0 la vie des groupes en tant que tels et non \u00e0 la nature individuelle de chacun des participants. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, chaque personne s\u2019y conforme pour continuer \u00e0 \u00eatre accept\u00e9e par la tribu. Ce n\u2019est donc pas dans le comportement de l\u2019individu que nous pourrons trouver les causes d\u00e9terminantes qui permettraient de construire une th\u00e9orie de la comptabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, en structurant les pratiques tribales, le nombre comptable permit \u00e0 la tribu de fonctionner en tant qu\u2019unit\u00e9 autonome parce qu\u2019il rendit visible son unit\u00e9 sociale en repr\u00e9sentant dans un m\u00eame cadre synth\u00e9tique l\u2019ensemble des op\u00e9rations li\u00e9es \u00e0 la constitution de stocks et \u00e0 leur utilisation. Lorsqu\u2019il s\u2019appliqua \u00e0 ceux-ci, le nombre ordinaire devint plus sp\u00e9cifiquement un \u00ab\u00a0nombre comptable\u00a0\u00bb qui, par les pouvoirs disciplinaire et de contr\u00f4le qu\u2019il poss\u00e9dait, permit de mesurer l\u2019accumulation des richesses par ceux qui ne consommaient pas improductivement tout ce qu\u2019ils produisaient. De ce fait, \u00e0 partir du N\u00e9olithique, le nombre comptable construisit progressivement une certaine vision de l\u2019homme dans la tribu tout en influen\u00e7ant en retour, par l\u2019interm\u00e9diaire de la mesure de la richesse cr\u00e9\u00e9e, les actions que celui-ci allait mettre en \u0153uvre pour modifier son environnement.<\/p>\n<p>La construction d\u2019une science comptable suppose cependant de pouvoir relier au nombre comptable des \u00ab\u00a0faits proprement comptables\u00a0\u00bb qui soient distincts de ceux qu\u2019\u00e9tudient les autres sciences de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir constituer un champ homog\u00e8ne de r\u00e9flexion qui formera le \u00ab\u00a0domaine de d\u00e9finition de la comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.3.2 \u2013 Des nombres comptables aux faits comptables<\/h3>\n<p>Traditionnellement, le fait comptable est envisag\u00e9 \u00e0 partir de la constatation de l\u2019existence d\u2019un prix mesurant mon\u00e9tairement un \u00e9change sans chercher \u00e0 analyser la nature du nombre comptable qu\u2019il porte. Il n\u2019est alors pas besoin de s&rsquo;interroger sur l\u2019objet du nombre comptable puisqu\u2019il suffit de constater que l\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 se r\u00e9alise \u00e0 un certain prix qui sera enregistr\u00e9 dans un compte. Dans une optique positive comtienne, cette d\u00e9marche para\u00eet la seule qui soit scientifiquement tol\u00e9rable\u00a0: il faut partir des nombres comptables tels que nous les observons. Il s\u2019agit ensuite d\u2019expliquer comment ils se forment mais non de se poser des questions sur leurs origines car celles-ci reviendraient \u00e0 se demander pourquoi les prix existent, question que nous pouvons consid\u00e9rer comme relevant de la scolastique et non de la science.<\/p>\n<p>Cependant, le probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre ne se pose pas exactement dans ces termes. Il consiste \u00e0 d\u00e9terminer le champ d&rsquo;investigation de la science comptable. Pour cela, \u00e0 l\u2019instar des autres sciences, la comptabilit\u00e9 doit d\u00e9finir avec pr\u00e9cision son objet\u00a0: s&rsquo;il suffit de constater qu&rsquo;un nombre peut \u00eatre enregistr\u00e9 dans un tableau que l\u2019on appelera, si l\u2019on veut, \u00ab\u00a0compte\u00a0\u00bb, o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate l&#8217;emprise de la comptabilit\u00e9\u00a0? C\u2019est ainsi que les comptables enregistrent de la m\u00eame mani\u00e8re un contrat ordinaire d\u2019achat et un contrat d\u2019achat assorti d\u2019une clause de r\u00e9serve de propri\u00e9t\u00e9 alors qu\u2019ils r\u00e9servent un autre traitement aux contrats en cr\u00e9dit-bail. Si cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ne semble pas les troubler, c&rsquo;est que la pratique comptable est fond\u00e9e sur des conventions (Marc Amblard, 1999) qui les dispensent de clarifier les concepts dont ils se servent. Il s\u2019ensuit alors que la condition n\u00e9cessaire et suffisante pour qu&rsquo;un prix quelconque soit enregistr\u00e9 en comptabilit\u00e9 est qu\u2019il fasse l\u2019objet d\u2019une pratique commune.<\/p>\n<p>Il semble donc que la comptabilit\u00e9 soit par nature extensible \u00e0 toutes sortes de pratiques, les faits comptables formant alors un ensemble qu&rsquo;il est impossible de limiter.<\/p>\n<p>Or, le probl\u00e8me de la d\u00e9finition du fait comptable est ainsi et avant tout celui de sa d\u00e9limitation\u00a0: o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate la comptabilit\u00e9 et o\u00f9 commence, par exemple, la gestion financi\u00e8re\u00a0? La difficult\u00e9 se trouve accrue parce que la comptabilit\u00e9 semble associ\u00e9e non pas \u00e0 une, mais \u00e0 plusieurs choses \u00e0 la fois\u00a0: contr\u00f4le juridique, contr\u00f4le du personnel, gestion \u00e9conomique, gestion financi\u00e8re. C\u2019est dire toute l&rsquo;importance que rev\u00eat la question du statut du fait comptable que nous allons maintenant aborder.<\/p>\n<p>Nous pouvons faire une premi\u00e8re constatation qui est constante et donc a-historique, c&rsquo;est qu&rsquo;il existe depuis la plus haute Antiquit\u00e9 des enregistrements des transactions commerciales, quelle que soit la forme qu\u2019ils aient pu prendre au cours du temps. La question est alors de savoir si ceux-ci pr\u00e9sentent une nature particuli\u00e8re de groupe en tant que tel qui soit diff\u00e9rente de la nature de chacun de ceux qui le composent et en ayant seulement les attributs g\u00e9n\u00e9raux du comptage. Autrement dit, y en a-t-il qui sont ce qu&rsquo;ils sont parce que le groupe est ce qu&rsquo;il est\u00a0? A cette condition, et \u00e0 cette condition seulement, il y aura une comptabilit\u00e9 proprement dite; car il y aura alors un ensemble d\u2019enregistrements dont les caract\u00e9ristiques sont distinctes de celles qu\u2019ils auraient s\u2019ils \u00e9taient isol\u00e9s. Or, tout ce qui se passe dans un groupe de faits faisant l\u2019objet d\u2019un comptage n&rsquo;est pas obligatoirement une manifestation de la nature du groupe comme tel et, par cons\u00e9quent, n&rsquo;est pas comptable, pas plus que tout ce qui se passe dans un organisme n&rsquo;est proprement biologique. Par exemple, nous pouvons supposer que tous les salari\u00e9s prennent leur repas le midi et que, de ce fait, ils sont tous soumis aux m\u00eames lois que la di\u00e9t\u00e9tique recherche. Mais il ne serait pas possible de les ranger dans la cat\u00e9gorie des faits comptables malgr\u00e9 leur g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. C&rsquo;est qu&rsquo;ils ne tiennent aucunement \u00e0 la nature du groupement, mais d\u00e9rivent des besoins organiques et psychiques de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Si le fait comptable isol\u00e9 \u00e9tait concevable, nous pourrions dire que tous les faits comptables seraient ce qu&rsquo;ils sont m\u00eame en dehors de toute comptabilit\u00e9. Si donc les faits comptables ne se distinguaient les uns des autres que par leur degr\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, il n&rsquo;y en aurait pas qu&rsquo;on p\u00fbt consid\u00e9rer comme des expressions propres des transactions et dont on p\u00fbt, par suite, faire l&rsquo;objet de la comptabilit\u00e9. Et pourtant l&rsquo;existence de tels faits a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e par des observateurs qui ne songeaient pas \u00e0 la constitution d&rsquo;une comptabilit\u00e9. Soient, par exemple, les manifestations de la vie \u00e9conomique des soci\u00e9t\u00e9s modernes d&rsquo;Occident\u00a0: production industrielle des marchandises, division du travail, \u00e9change international, association de capitaux, monnaie, cr\u00e9dit, rente, int\u00e9r\u00eat, salaire, etc. Qu&rsquo;on songe au nombre consid\u00e9rable de notions, d&rsquo;institutions, d&rsquo;habitudes que supposent les plus simples actes d&rsquo;un commer\u00e7ant ou d&rsquo;un ouvrier qui cherche \u00e0 gagner sa vie. Il est manifeste que ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne cr\u00e9ent les formes que prend n\u00e9cessairement leur activit\u00e9\u00a0: ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;inventent le cr\u00e9dit, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat, le salaire, l&rsquo;\u00e9change ou la monnaie. Tout ce qu&rsquo;on peut attribuer \u00e0 chacun d&rsquo;eux, c&rsquo;est une tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 se procurer les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires \u00e0 pouvoir faire leur travail. Or, \u00e0 elle seule, cette tendance d\u00e9termine un petit nombre d&rsquo;actes tr\u00e8s simples qui contrastent de la mani\u00e8re la plus accus\u00e9e avec les formes tr\u00e8s complexes dans lesquelles l&rsquo;homme \u00e9conomique coule aujourd&rsquo;hui sa conduite. Et ce n&rsquo;est pas seulement la complexit\u00e9 de ces formes qui t\u00e9moigne de leur origine extra individuelle, mais encore et surtout la mani\u00e8re dont elles s&rsquo;imposent \u00e0 l&rsquo;individu. Celui-ci est plus ou moins oblig\u00e9 de s\u2019y conformer. Tant\u00f4t c&rsquo;est la loi m\u00eame qui l&rsquo;y contraint, ou bien une coutume tout aussi imp\u00e9rative que la loi. C&rsquo;est ainsi que nagu\u00e8re l&rsquo;industriel \u00e9tait oblig\u00e9 de fabriquer des produits de mesure et de qualit\u00e9 d\u00e9termin\u00e9es et que maintenant encore il est soumis \u00e0 toutes sortes de r\u00e8glements alors que nul ne peut refuser de recevoir en paiement la monnaie l\u00e9gale pour sa valeur l\u00e9gale. Tant\u00f4t c&rsquo;est la force des choses contre laquelle l&rsquo;individu vient se briser s&rsquo;il essaye de s&rsquo;insurger contre elles\u00a0: c&rsquo;est ainsi que le commer\u00e7ant qui voudrait renoncer au cr\u00e9dit, le producteur qui voudrait consommer ses propres produits, en un mot le travailleur qui voudrait recr\u00e9er \u00e0 lui seul les r\u00e8gles de son activit\u00e9 \u00e9conomique se verrait condamn\u00e9 \u00e0 une ruine in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Le langage comptable est un autre fait qui exige que celui qui apprend soit tenu de le recevoir et de l\u2019employer tel quel, sans variations consid\u00e9rables. En vain essaierait-il de se cr\u00e9er une langue comptable originale\u00a0: non seulement il ne pourrait aboutir qu&rsquo;\u00e0 imiter maladroitement quelque autre idiome existant mais encore une telle langue ne pourrait pas lui servir \u00e0 exprimer sa pens\u00e9e. Au contraire, elle le condamnerait \u00e0 l&rsquo;isolement. Le seul fait de d\u00e9roger aux r\u00e8gles et aux usages traditionnels se heurte le plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 de tr\u00e8s vives r\u00e9sistances de l&rsquo;opinion. Car une langue n&rsquo;est pas seulement un syst\u00e8me de mots. Elle t\u00e9moigne d\u2019un g\u00e9nie particulier car elle implique une certaine mani\u00e8re de percevoir, d&rsquo;analyser et de coordonner. Par cons\u00e9quent, par la langue, ce sont les formes principales de notre pens\u00e9e que la collectivit\u00e9 nous impose.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a donc des ph\u00e9nom\u00e8nes proprement comptables, distincts de ceux qu&rsquo;\u00e9tudient les autres sciences qui traitent de l&rsquo;homme, comme l\u2019\u00e9conomie, la psychologie ou la sociologie. Ce sont eux qui constituent la mati\u00e8re de la comptabilit\u00e9. Mais il ne suffit pas d&rsquo;avoir \u00e9tabli leur existence par des consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales. On voudrait encore conna\u00eetre le signe auquel on peut les distinguer, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas risquer ni de les laisser \u00e9chapper, ni de les confondre avec les ph\u00e9nom\u00e8nes qui ressortissent \u00e0 d&rsquo;autres sciences.<\/p>\n<p>Les caract\u00e9ristiques de fonctionnement des tribus in\u00e9galitaires, qui virent \u00e9merger le nombre comptable, par rapport \u00e0 celle qui sont \u00e9galitaires nous fournissent les cl\u00e9s d\u2019identification des faits comptables et, corr\u00e9lativement, l\u2019objet de la comptabilit\u00e9. Il s\u2019agit de compter la richesse propri\u00e9tariale accumul\u00e9e dans les stocks pour voir si l\u2019utilisation de ceux-ci dans les activit\u00e9s de production et d\u2019\u00e9change a permis de la maintenir, voire de la d\u00e9velopper. L\u2019objet de la comptabilit\u00e9 est donc de mettre en \u00e9vidence comment cette richesse a \u00e9volu\u00e9 dans le temps, ce qui revient \u00e0 dire que la th\u00e9orie comptable doit expliquer la reproduction de cette richesse \u00e0 travers le m\u00e9canisme de l\u2019\u00e9change. Cette optique th\u00e9orique nous permet de constater que ce n&rsquo;est pas expliquer une transformation comptable quelconque, par exemple le passage de la comptabilit\u00e9 en parties simples \u00e0 celle en partie double, que de faire voir qu&rsquo;elle constitue un progr\u00e8s ou qu&rsquo;elle est plus vraie, car la question est pr\u00e9cis\u00e9ment de savoir ce qui a d\u00e9termin\u00e9 la comptabilit\u00e9 \u00e0 devenir ainsi plus vraie, c&rsquo;est-\u00e0-dire en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 devenir ce qu&rsquo;elle est devenue. Les ph\u00e9nom\u00e8nes comptables ne sont pas plus automoteurs que les autres ph\u00e9nom\u00e8nes de la nature. La cause d&rsquo;un fait comptable doit toujours \u00eatre cherch\u00e9e dans le champ des concepts th\u00e9oriques et non dans celui de l\u2019histoire bien que celle-ci soit tr\u00e8s utile pour construire ceux-l\u00e0. Nous pensons que vouloir expliquer, en th\u00e9orie comptable, comme en tout autre domaine, c&rsquo;est chercher \u00e0 d\u00e9couvrir des lois plus ou moins fragmentaires qui permettent de relier des faits d\u00e9finis suivant des rapports d\u00e9finis. En cela, notre approche est bien typiquement positive au sens que Auguste Comte (1969) donne \u00e0 ce mot dans sa loi des trois \u00e9tats<a title=\"\" href=\"#_ftn53\">[53]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1.3.3 &#8211; La construction de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et la recherche en comptabilit\u00e9<\/h3>\n<p>Sombart (1902) est le premier chercheur \u00e0 avoir d\u00e9couvert que la comptabilit\u00e9 en partie double \u00e9tait une pr\u00e9-condition essentielle du capitalisme, la pratique comptable ne se contentant pas de repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Lorsqu\u2019il \u00e9crit \u00e0 propos de la comptabilit\u00e9 en partie double et du capitalisme\u00a0: \u00ab\u00a0Concevoir le capitalisme sans comptabilit\u00e9 en partie double, c&rsquo;est totalement impossible\u00a0: l&rsquo;un est \u00e0 l&rsquo;autre comme la forme au contenu\u00a0\u00bb, il postule explicitement que la comptabilit\u00e9 participe \u00e0 la construction du capitalisme.<\/p>\n<p>Reprenant cette id\u00e9e de Sombart, de nombreux auteurs ont fortement soulign\u00e9 le fait que les choix comptables ont toujours une cons\u00e9quence sociale [Bernard Colasse (1993), mais aussi Hopwood, P. Gense, E. Chiapello, M. Capron, G. Zappa, etc.]. Le choix des normes a des cons\u00e9quences sociales parce qu\u2019elles favorisent tel ou tel groupe. On ne peut pas dire que la comptabilit\u00e9 soit socialement neutre. A la suite de Lass\u00e8gue (2007), nous dirons que le mot \u00ab\u00a0neutralit\u00e9\u00a0\u00bb en comptabilit\u00e9 peut avoir plusieurs significations validant ou invalidant cette neutralit\u00e9 selon les cas\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>le principe de la partie double, qui enregistre un mouvement dans deux comptes diff\u00e9rents, est transposable \u00e0 n&rsquo;importe quel organisme, ce qui le rend neutre et polyvalent \u00e0 l\u2019image de la comptabilit\u00e9 qui, sous cet aspect, appara\u00eet aussi comme neutre et polyvalente \u00e0 l\u2019instar des techniques de l\u2019ing\u00e9nieur,<\/li>\n<li>si la comptabilit\u00e9 n\u2019introduit pas de biais syst\u00e9matique dans la mesure du patrimoine, de la situation financi\u00e8re et du r\u00e9sultat de l\u2019entreprise, la neutralit\u00e9 est alors synonyme de l\u2019objectivit\u00e9 n\u00e9cessaire qui autorise \u00e0 penser l\u2019existence d\u2019une image fid\u00e8le de celle-ci,<\/li>\n<li>la comptabilit\u00e9 ne joue aucun r\u00f4le sur l\u2019information transmise \u00e0 ses diff\u00e9rents utilisateurs en n\u2019en favorisant pas une cat\u00e9gorie au d\u00e9triment des autres de m\u00eame qu\u2019elle n\u2019influence pas la r\u00e9partition du r\u00e9sultat ni celle du pouvoir.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Concernant les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me significations, contrairement aux socialistes utopistes du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle qui croyaient que la comptabilit\u00e9 pouvait mettre en \u00e9vidence la r\u00e9partition exacte des co\u00fbts et des revenus entre les acteurs de la vie \u00e9conomique, force est de constater que le comptable dispose d&rsquo;une marge de libert\u00e9 \u00e9tendue pour mesurer le r\u00e9sultat et la situation, ce qui lui permet \u00e9ventuellement de favoriser un partenaire au d\u00e9triment des autres, qu\u2019il s\u2019agisse des dirigeants, des actionnaires, des salari\u00e9s, des clients, des fournisseurs, des banques ou encore de l&rsquo;\u00c9tat. Comme nous aurons l\u2019occasion de le rappeler par la suite, le danger qui guette toute normalisation est qu&rsquo;elle soit inspir\u00e9e non par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral mais par un groupe de pression particulier.<\/p>\n<p>Hopwood est consid\u00e9r\u00e9, en ce d\u00e9but de 21<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, comme l\u2019un des chercheurs en comptabilit\u00e9 parmi les plus influents mondialement et le chef de file d\u2019un courant de pens\u00e9e appel\u00e9 par Mattessich (2006) \u00ab\u00a0Th\u00e9orie critique interpr\u00e9tative\u00a0\u00bb. Selon ce courant, les pratiques comptables doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es dans leur contexte organisationnel et social afin de mettre en lumi\u00e8re les notions de pouvoir, d\u2019influence et de contr\u00f4le, la pratique comptable ne se contentant pas de repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique mais participant \u00e0 la construction de celle-ci (Hopwood et Miller, 1994) puisque les utilisateurs de tout syst\u00e8me comptable cherchent \u00e0 adapter celui-ci pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins. Pour Hopwood (1978), il faut d\u00e9passer l\u2019approche micro-\u00e9conomique du ph\u00e9nom\u00e8ne comptable qui a longtemps domin\u00e9 les recherches en comptabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Par cette d\u00e9marche, la comptabilit\u00e9 change de statut, passant d\u2019une simple technique de calcul \u00e0 celui d\u2019un objet social qui constitue une alternative sociale aux pr\u00e9ceptes positivistes de l\u2019Ecole de Chicago. En effet, il propose une appr\u00e9ciation de la mani\u00e8re dont les comptables donnent du sens \u00e0 leur action et des diff\u00e9rents r\u00f4les que joue la pratique de la comptabilit\u00e9 lorsqu\u2019elle se trouve confront\u00e9e aux imp\u00e9ratifs conventionnels de tout syst\u00e8me comptable. Cette conception de Hopwood seul (1983) ou avec Burchell et d\u2019autres auteurs (1980) a ouvert la voie aux recherches fond\u00e9es sur une perspective sociologique et organisationnelle de la comptabilit\u00e9 selon quatre points de vue principaux (Miller, 2000) qui ne privil\u00e9gient pas une m\u00e9thode d\u2019\u00e9valuation particuli\u00e8re mais semblent pencher vers une approche multidimensionnelle de la valeur\u00a0: n\u00e9o-institutionnel, politique, ethnographique ou encore comme r\u00e9seaux.<\/p>\n<ul>\n<li>Le courant n\u00e9o-institutionnel se fonde sur les travaux d\u00e9velopp\u00e9s par Meyer &amp; Rowan (1977) et DiMaggio &amp; Powell (1983) qui soulignent le caract\u00e8re symbolique et rationalisant de tout syst\u00e8me comptable qui se trouve ainsi analys\u00e9 comme une institution symboliquement codifi\u00e9e, permettant de l\u00e9gitimer l&rsquo;action organisationnelle.<\/li>\n<li>Le courant politique constitue une approche politique qui examine l&rsquo;influence que peuvent avoir les pratiques comptables sur la construction de relations de pouvoir historiquement sp\u00e9cifiques (Miller, 2000, p. 21). Ce courant anim\u00e9 par Tinker (1985), Puxty et al. (1987), Cooper &amp; Hopper (1990) ou encore Bryer (2000), cherche \u00e0 expliquer comment la comptabilit\u00e9 peut alimenter et renforcer la lutte des classes tout en permettant de contr\u00f4ler les relations industrielles.<\/li>\n<li>Le courant ethnographique, auquel on r\u00e9duit parfois l\u2019approche interpr\u00e9tative, cherche \u00e0 analyser les pratiques comptables et d\u2019audit financier en les inscrivant dans leur contexte pour expliquer quel sens elles peuvent alors prendre (Richard &amp; Reix, 2002). Il suppose que toute pratique professionnelle s\u2019ins\u00e8re dans un syst\u00e8me de relations personnelles (Granovetter, 1985) qui \u00e9claire la mani\u00e8re dont les repr\u00e9sentations \u00e9conomiques sont produites (Pentland, 1993).<\/li>\n<li>Le courant reposant sur une analyse de r\u00e9seaux concentre son attention sur le r\u00e9seau de relations sociales et de pratiques techniques qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0constellation comptable\u00a0\u00bb par Burchell et al. (1985) et Robson (1992). Miller &amp; O&rsquo;Leary (1994, 1996) ont ainsi d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un programme de modernisation d&rsquo;une entreprise donn\u00e9e \u00e9tait toujours pr\u00e9sent\u00e9 sous la forme d\u2019un r\u00e9seau complexe de relations entre tous les acteurs concern\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019autres chercheurs reprendront ce th\u00e8me dont, en France, Pierre Gense (1995 et 2009), Carruthers et Espeland (1991), Michel Capron (2006), Eve Chiapello (2005, 2008), etc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Gense, la compr\u00e9hension de la comptabilit\u00e9 ne peut s\u2019inscrire que dans une approche technique et sociologique, l\u2019objectif \u00e9tant de cr\u00e9er une \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb qui puisse satisfaire les lecteurs des comptes tout en favorisant le consensus social afin de consolider l\u2019adh\u00e9sion de tous au sch\u00e9ma implicite de l\u2019entreprise qu\u2019elle v\u00e9hicule et, donc, de p\u00e9renniser le pouvoir\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La comptabilit\u00e9 est une repr\u00e9sentation abstraite de ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els qui ne peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s, re\u00e7us, per\u00e7us, tels quels. [\u2026] \u201cil n&rsquo;y a pas de r\u00e9alit\u00e9 ind\u00e9pendante d&rsquo;un syst\u00e8me de connaissance disait Lass\u00e8gue (1985)\u201d. C&rsquo;est pourquoi la comptabilit\u00e9 ne donne pas une description de la r\u00e9alit\u00e9 mais une interpr\u00e9tation. Le mod\u00e8le comptable, comme tout mod\u00e8le, est une invention de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Carruthers et Espeland (1991), si la comptabilit\u00e9 \u00e9tait originellement un simple outil d\u2019enregistrement de flux r\u00e9els et financiers, son r\u00f4le s\u2019est \u00e9toff\u00e9 avec la complexification des institutions du capitalisme. \u00ab\u00a0La comptabilit\u00e9 <em>structure en profondeur les pratiques \u00e9conomiques<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Michel Capron (2006), la comptabilit\u00e9, \u00e0 travers ses principes et ses conventions, est vecteur et reflet de la soci\u00e9t\u00e9, ce qui n\u2019en fait pas un instrument neutre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Sous les apparences d&rsquo;une technique [\u2026] la comptabilit\u00e9 est en fait un ensemble de constructions sociales, historiquement dat\u00e9es et g\u00e9n\u00e9ratrices d&rsquo;effets \u00e9conomiques.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Eve Chiapello (2005, 2008), la comptabilit\u00e9 est l\u2019un des art\u00e9facts principaux qui place l\u2019entreprise au c\u0153ur de notre syst\u00e8me \u00e9conomique fait d\u2019entit\u00e9s et de relations marchandes entre elles. La comptabilit\u00e9 n\u2019est pas un simple outil de repr\u00e9sentation et de mesure de la r\u00e9alit\u00e9 permettant d\u2019en rendre compte sans biais\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La comptabilit\u00e9 est un puissant instrument de cadrage et de production de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique.<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Selon Yannick Lemarchand et Marc Nikitin (2009), Chiapello (2007) a introduit une nouvelle dimension dans le d\u00e9bat portant sur les liens entre le capitalisme et la partie double en comptabilit\u00e9 en essayant de montrer qu\u2019ils sont plus conceptuels qu\u2019historiques, leur r\u00f4le principal \u00e9tant d\u2019aider les \u00e9conomistes et les sociologues, dont Sombart, \u00e0 \u00e9laborer leurs analyses des m\u00e9canismes du capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/p>\n<h1>Chapitre 2\u00a0\u2013\u00a0Structuration des \u00e9changes et interpr\u00e9tations th\u00e9oriques par la valeur comp\u00e9tence<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le nombre comptable, par ses pouvoirs disciplinaires et de contr\u00f4le, ayant structur\u00e9 les pratiques sociales en permettant \u00e0 la tribu de fonctionner en tant qu\u2019unit\u00e9 autonome, l\u2019\u00e9tape suivante dans le d\u00e9veloppement tribal consistait \u00e0 relier entre eux les faits touchant les liens sociaux portant sur la richesse et les stocks sous-jacents de telle sorte que les hommes puissent entrer en relation entre eux de mani\u00e8re pacifique au lieu de chercher \u00e0 s\u2019approprier par la violence ce que poss\u00e9daient les autres.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que permit le d\u00e9veloppement du troc sur lequel vint se greffer rapidement des obligations r\u00e9ciproques imposant certains types de comportement dans des \u00e9changes enti\u00e8rement codifi\u00e9s comme le montrent encore les pratiques de la Kula, du potlatch et du don \/ contre don dans certaines tribus primitives actuelles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 ces pratiques en les repla\u00e7ant dans leurs contextes, nous les interpr\u00e9terons th\u00e9oriquement \u00e0 travers les notions de prix, de co\u00fbt historique, de profit et de rente que nous expliquerons en mobilisant le concept de valeur comp\u00e9tence, ce qui nous permettra de confirmer le champ de d\u00e9finition de la comptabilit\u00e9 et de montrer qu\u2019elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une science explicative de l\u2019\u00e9change \u00e9conomique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br clear=\"all\" \/> <\/span><\/strong><\/p>\n<h2>2.1 &#8211; L\u2019\u00e9change comme structuration d\u2019un r\u00e9seau d\u2019obligations r\u00e9ciproques<\/h2>\n<h3>2.1.1 &#8211; Le r\u00f4le de la Kula<\/h3>\n<p>La Kula<em> <\/em>est une institution situ\u00e9e aux \u00eeles Trobriand \u00e0 l\u2019est de la Nouvelle-Guin\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9e par un double cercle de transactions rituelles dont l\u2019\u00e9tude a fait la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de Malinowski (1922). Elle s\u2019effectue entre une vingtaine d\u2019archipels dispos\u00e9s en larges cercles constituant un circuit ferm\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn54\">[54]<\/a>. Sur chaque \u00eele, un nombre plus ou moins restreint d\u2019individus y participe p\u00e9riodiquement, mais non r\u00e9guli\u00e8rement, l\u2019enjeu principal \u00e9tant d\u2019acqu\u00e9rir prestige social et renomm\u00e9e en se liant de fa\u00e7on statutaire et durable \u00e0 des partenaires reconnus comme prestigieux. Ce lien social est un \u00e9change, aux r\u00e8gles complexes fix\u00e9es et r\u00e9gl\u00e9es par un ensemble de conventions et de principes traditionnels, entre deux sortes d\u2019articles et deux seulement, confectionn\u00e9s \u00e0 partir de coquillages en forme de colliers appel\u00e9s \u00ab\u00a0soulava\u00a0\u00bb circulant dans le sens des aiguilles d\u2019une montre et de bracelets appel\u00e9s \u00ab\u00a0mwali\u00a0\u00bb circulant dans l\u2019autre sens<a title=\"\" href=\"#_ftn55\">[55]<\/a>. Les habitants de toute la r\u00e9gion sont incit\u00e9s \u00e0 entreprendre des voyages p\u00e9rilleux pour les obtenir, l\u2019\u00e9change ayant lieu lorsqu\u2019ils se rencontrent au cours de leur circuit.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de cet \u00e9change montre qu\u2019il ne concerne pas des biens \u00e9conomiques de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 tels que la nourriture puisque chaque Trobriandais poss\u00e8de et cultive ses champs, pas plus que la terre puisque celle-ci n\u2019est pas \u00e0 vendre. Les soulavas et les mwalis ne sont recherch\u00e9s et \u00e9chang\u00e9s que pour la gloire que leur obtention procure \u00e0 celui qui respecte les codes tr\u00e8s pr\u00e9cis c\u00e9r\u00e9moniels et symboliques d\u00e9finissant les d\u00e9tails des transactions par lesquels chaque co\u00e9changistes re\u00e7oit autant qu\u2019il donne. Cette caract\u00e9ristique permet d\u2019interpr\u00e9ter la Kula comme un syst\u00e8me d\u2019\u00e9change de biens, valeur pour valeur, se r\u00e9alisant sous une forme pacifique qui interdit la rivalit\u00e9, le combat et la destruction<a title=\"\" href=\"#_ftn56\">[56]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9change, une fois r\u00e9alis\u00e9, ne cl\u00f4ture pas les \u00ab\u00a0rapports Kula\u00a0\u00bb car la r\u00e8gle est\u00a0: \u00ab\u00a0une fois dans la Kula, toujours dans la Kula\u00a0\u00bb, ce qui laisserait supposer que ces biens n\u2019en sortent jamais<a title=\"\" href=\"#_ftn57\">[57]<\/a>. En r\u00e9alit\u00e9, des codes d\u2019utilisation tr\u00e8s stricts offrent la possibilit\u00e9 de pouvoir les \u00e9changer, parfois de mani\u00e8re spectaculaire en masse et qualit\u00e9, contre d\u2019autres biens en dehors de la Kula. La condition de cette utilisation est que soient r\u00e9gl\u00e9es toutes les dettes de celui qui veut les sortir, notamment celles concernant les dommages et les torts qu\u2019il a pu causer dans la tribu.<\/p>\n<p>Ainsi, les soulavas et les mwalis permettent d\u2019acheter des objets charg\u00e9s de symboles et recouverts de prestige parce qu\u2019ils figurent sur des listes traditionnelles comprenant, outre de la nourriture et des objets courants, des cano\u00ebs ou des herminettes en pierre polie, etc., dont le type et la quantit\u00e9 sont stipul\u00e9s par les coutumes et la culture des Trobriandais, encore qu\u2019ils puissent faire l\u2019objet de n\u00e9gociations. Et ces biens ne peuvent servir exclusivement que comme moyens de paiement de redevances sociales imp\u00e9ratives rev\u00eatant la forme de prestations matrimoniales<a title=\"\" href=\"#_ftn58\">[58]<\/a> \u00e0 la famille d\u2019une fianc\u00e9e convoit\u00e9e et m\u00eame, parfois, apr\u00e8s le mariage en imposant par exemple au futur mari de subvenir aux besoins alimentaires de sa belle-famille (Testart, 2005).<\/p>\n<p>Selon les codes sociaux des Trobriandais, un homme ne peut avoir une place dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019en \u00e9tant mari\u00e9 et, pour lui, se marier co\u00fbte tr\u00e8s cher, les biens qu\u2019il apporte constituant la contre-partie prestigieuse de l\u2019\u00e9pouse qu\u2019il re\u00e7oit en \u00e9change. Ce ne sont pas des dons<a title=\"\" href=\"#_ftn59\">[59]<\/a> mais le \u00ab\u00a0prix de la fianc\u00e9e\u00a0\u00bb tel que celui-ci est d\u00e9crit depuis toujours par l\u2019anthropologie sociale. A l\u2019\u00e9change s&rsquo;ajoute donc l&rsquo;importance de l&rsquo;alliance politico-familiale et du lien social qui est ainsi cr\u00e9\u00e9. Les liens de ce type qui s\u2019attachent \u00e0 partir de la richesse mat\u00e9rielle ne sont pas, eux, d\u2019essence parentale m\u00eame s\u2019ils peuvent impliquer p\u00e8res, m\u00e8res, fils, fr\u00e8res ou oncles et cousins. La capacit\u00e9 \u00e0 acquitter ces fameuses redevances d\u00e9termine le creusement d\u2019un clivage entre les riches qui peuvent le faire et les pauvres qui ne le peuvent pas. En m\u00eame temps, cette situation offre l\u2019occasion aux riches d\u2019avancer aux pauvres le montant de ces obligations sociales.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas l\u2019accumulation de biens utiles \u00e0 la satisfaction des besoins vitaux fondamentaux des personnes qui constitue la richesse \u00e0 l\u2019origine de clivages sociaux entre les Trobriandais.<\/p>\n<p>Les biens de quoi est faite la richesse dont il s\u2019agit<em> \u00ab\u00a0ne sont pas indispensables pour assurer la nourriture quotidienne\u00a0\u00bb,<\/em> \u00e9crit Testart (2005) et m\u00eame s\u2019ils peuvent parfois servir \u00e0 cet effet, ils ne figurent pas dans la richesse en question avec cette valeur d\u2019usage. En ce sens, ces biens repr\u00e9sentent une \u00ab\u00a0innovation\u00a0\u00bb historique par les tribus in\u00e9galitaires dont les Trobriandais font partie.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes entre les individus \u00e0 travers la Kula constituent une institution extr\u00eamement vaste et compliqu\u00e9e mais tr\u00e8s bien r\u00e9gl\u00e9e qui englobe toutes sortes d\u2019activit\u00e9s r\u00e9agissant les unes sur les autres et unissant de fa\u00e7on \u00e9troite un nombre consid\u00e9rable de tribus au point de constituer un seul tout organique alors que, souvent, elles ne parlent pas la m\u00eame langue et n&rsquo;ont pas la m\u00eame culture. Et cet ensemble compliqu\u00e9 \u00e9chappe totalement \u00e0 l\u2019entendement de ceux qui le font vivre car ils n\u2019ont aucune conscience des lignes directrices de l\u2019une quelconque de leurs structures sociales. Ils savent pourquoi ils font ce qu\u2019ils font, mais la mani\u00e8re dont la Kula, en tant que vaste institution sociale organis\u00e9e, existe et fonctionne collectivement d\u00e9passe leur compr\u00e9hension. La trame m\u00eame de leur entreprise \u00e9chappe \u00e0 leur esprit. La Kula ne prend sens pour eux que dans la mesure o\u00f9 ils se rendent compte qu\u2019ils concourent \u00e0 sa r\u00e9alisation, c\u2019est-\u00e0-dire au maintien du r\u00e9seau d\u2019obligations r\u00e9ciproques qui les unit tous. Pour cela, la Kula remplit diff\u00e9rentes fonctions essentielles dans les soci\u00e9t\u00e9s trobriandaises\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>elle socialise les individus,<\/li>\n<li>elle maintient la paix intertribale,<\/li>\n<li>elle incite aux exp\u00e9ditions vers les autres tribus,<\/li>\n<li>elle anime la vie quotidienne,<\/li>\n<li>elle r\u00e9pond au besoin organique d\u2019institution qui \u00e9mane de chaque individu.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es ne valent pas seulement pour les Trobriandais\u00a0: sous des formes diff\u00e9rentes et parfois avec d\u2019autres biens, elles valent \u00e9galement pour maints peuples de M\u00e9lan\u00e9sie, d\u2019Asie du Sud-Est, d\u2019Afrique ou d\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet ainsi que l\u2019\u00e9change est une institution pr\u00e9sente chez tous les peuples comme expression d\u2019une structure mentale universelle et souvent inconsciente dont les pratiques reposent sur certaines r\u00e8gles et ne peuvent s\u2019analyser que relativement les unes aux autres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2.1.2 \u2013 Emergence du prix et du co\u00fbt historique dans la Kula<\/h3>\n<p>Les soulavas et les mwalis constituent un syst\u00e8me de valeurs supra-tribal que l\u2019on appelle commun\u00e9ment une \u00ab\u00a0monnaie\u00a0\u00bb. Si nous parlons de monnaie d\u00e8s qu\u2019un objet a \u00e9t\u00e9 mis en r\u00e9serve pour un usage d\u2019\u00e9change ult\u00e9rieur ou a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement comme contrepartie des \u00e9changes ou encore qu\u2019un symbole de d\u00e9nombrement a permis de comptabiliser un bien, alors nous pouvons dire que les premi\u00e8res monnaies remontent aux racines de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>La liste des mati\u00e8res ayant pu servir \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre de ces fonctions devient \u00e9galement quasiment infinie.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, on peut \u00e9pargner, troquer, compter en n\u2019importe quelle mati\u00e8re. Pour les petits achats o\u00f9 la perte \u00e0 l\u2019\u00e9change n\u2019a pas grande importance, on a utilis\u00e9 de tout temps comme moyen d\u2019\u00e9change sans que cela soit v\u00e9ritablement des monnaies des objets commodes \u00e0 transporter et sans r\u00e9elle valeur propre tels que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>des mati\u00e8res naturelles\u00a0: les coquillages, la pierre, le <a title=\"Sel\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sel\">sel<\/a>, le poivre, etc.,<\/li>\n<li>des produits agricoles ou de cueillette\u00a0: le b\u00e9tail, le grain de bl\u00e9, etc.,<\/li>\n<li>des produits artisanaux\u00a0: verroterie, haches, fer martel\u00e9, tissus, alcools, etc.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il y ait g\u00e9n\u00e9ralement plusieurs monnaies qui circulent en m\u00eame temps telles que des monnaies locales de diff\u00e9rents m\u00e9taux ou des monnaies \u00e9trang\u00e8res accept\u00e9es, l\u2019une d\u2019entre elles devient naturellement l\u2019unit\u00e9 de compte qui sert \u00e0 exprimer les prix. Les coquillages, le plus souvent des \u00ab\u00a0cauris\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn60\">[60]<\/a>, semblent \u00eatre la monnaie la plus r\u00e9pandue sur l\u2019ensemble de la plan\u00e8te. Ces monnaies servaient dans presque toutes les soci\u00e9t\u00e9s pour fixer l\u2019\u00e9tagement des compensations, par exemple pour payer les amendes, r\u00e9partir les productions, \u00e9valuer les rapports de troc et fixer les r\u00e9mun\u00e9rations en nature.<\/p>\n<p>Les prix repr\u00e9sentent les rapports d\u2019\u00e9change entre les monnaies qui permettent ensuite d\u2019acheter les biens qui constitueront la richesse de leur propri\u00e9taire, laquelle lui servira \u00e0 se marier afin d\u2019obtenir une reconnaissance sociale par la tribu.<\/p>\n<p>Cependant, le peu de libert\u00e9 des producteurs, le peu de division du travail, le faible nombre de produits disponibles et la tradition agirent ensemble pour fixer les rapports d\u2019\u00e9change entre les biens d\u2019une fa\u00e7on presque constante.<\/p>\n<p>Le total \u00e0 payer sous forme de biens et\/ou de services accumul\u00e9s pendant une dur\u00e9e plus ou moins longue selon la comp\u00e9tence de l\u2019individu \u00e0 se procurer des coquillages, repr\u00e9sente un co\u00fbt qui, comme le prix, est un nombre comptable dont la valeur des \u00e9l\u00e9ments constitutifs ne varie pas dans le temps puisque les rapports d\u2019\u00e9change restent pratiquement constants. Il s\u2019agit donc d\u2019un co\u00fbt \u00ab\u00a0historique\u00a0\u00bb qui permet de suivre comment la richesse s\u2019accumule dans le temps pour atteindre le niveau n\u00e9cessaire pour pouvoir faire une demande en \u00ab\u00a0mariage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2.1.3 \u2013 Interpr\u00e9tation th\u00e9orique du prix et du co\u00fbt historique par la valeur comp\u00e9tence<\/h3>\n<p>Pour que le prix et le co\u00fbt historique soient susceptibles de limiter la violence entre les individus dans leur d\u00e9sir d\u2019appropriation des objets des autres, ils doivent repr\u00e9senter une caract\u00e9ristique telle qu\u2019aucun des deux co\u00e9changistes ne se sente l\u00e9s\u00e9 par l\u2019autre dans l\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>Au moment de l\u2019\u00e9change r\u00e9el, il s\u2019agit de trouver un \u00e9quilibre entre le montant minimum inf\u00e9rieur qu\u2019accepterait l\u2019offreur pour vendre et celui maximum sup\u00e9rieur d\u2019acquisition pour l\u2019acheteur. Le prix de vente sera un montant interm\u00e9diaire entre les deux dont l\u2019accord par les co\u00e9changistes constitue de nos jours une condition juridique n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation de la vente.<\/p>\n<p>Si, dans la Kula, ce rapport est fix\u00e9 de mani\u00e8re quasi-d\u00e9finitive de par le mode de fonctionnement des tribus primitives, il n\u2019en va de m\u00eame dans nos soci\u00e9t\u00e9s diversifi\u00e9es fond\u00e9es sur le syst\u00e8me de march\u00e9 dans lequel le prix r\u00e9el est le r\u00e9sultat d\u2019un \u00e9quilibre de motivations \u00e0 participer \u00e0 l\u2019\u00e9change entre l\u2019offreur et le demandeur. Cet accord sur le prix est une reconnaissance l\u00e9gale de la libert\u00e9 de chacun de poursuivre l\u2019\u00e9change jusqu\u2019au bout ou de se retirer avant son d\u00e9nouement. Ce prix n\u2019est pas fix\u00e9 et il \u00e9voluera en fonction des r\u00e9sultats du jeu de n\u00e9gociation qui se d\u00e9roulera entre l\u2019offreur et le demandeur.<\/p>\n<p>Le prix trouve son origine au moment exclusif de l\u2019acte d\u2019\u00e9change car il n\u2019est qu\u2019un nombre enregistr\u00e9 dans un compte apr\u00e8s qu\u2019une vente ou un achat ait eu lieu. L\u2019\u00e9change ayant lieu sur un march\u00e9, la fonction principale de celui-ci est de fixer des prix cr\u00e9dibles qui ne sapent pas les bases de la confiance que les acteurs \u00e9conomiques lui accordent, c\u2019est-\u00e0-dire qui leur permettent d\u2019\u00e9valuer aussi bien une entreprise quelle que soit sa taille mais aussi une quantit\u00e9 de mati\u00e8re premi\u00e8re ou un baril de p\u00e9trole par exemple ou encore un produit fini tel qu\u2019un \u00e9cran plat de t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>Or, les sautes de prix que l\u2019on constate sur les march\u00e9s sont d\u2019une telle ampleur qu\u2019elles brouillent l\u2019id\u00e9e que l\u2019on peut s\u2019en faire ce qui a comme cons\u00e9quence une perte de confiance de la part des acteurs. La r\u00e9ponse standard consistant \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 chaque instant ils int\u00e8grent la totalit\u00e9 des informations disponibles, ce qui les rend efficients, n\u2019est pas satisfaisante au regard des crises r\u00e9guli\u00e8res que nous traversons et constitue m\u00eame, nous semble-t-il, une incitation \u00e0 la manipulation. Par exemple, les professionnels de la bourse s\u2019inqui\u00e8tent parfois du fait que certains gros op\u00e9rateurs puissent faire le prix en ayant la possibilit\u00e9 d\u2019intervenir aux heures creuses depuis que la cotation se fait, partout dans le monde, en continu\u00a0!<\/p>\n<p>A cette conception, nous pr\u00e9f\u00e9rons celle, plus classique, consid\u00e9rant que les prix transmis par le march\u00e9 sont le reflet du co\u00fbt de revient des produits augment\u00e9 d\u2019un taux de profit du capital engag\u00e9 dans la production. La concurrence qui s\u2019exerce alors entre les producteurs a pour objet d\u2019\u00e9liminer l\u2019impact des comportements et des objectifs irrationnels. Par exemple, celui qui a un besoin urgent d\u2019un produit peut accepter de le payer un prix \u00e9lev\u00e9 mais pas forc\u00e9ment plus cher qu\u2019il ne vaut. Le probl\u00e8me est de d\u00e9terminer ce qu\u2019il vaut en introduisant la notion de \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb qui constitue la caract\u00e9ristique que nous \u00e9voquions au d\u00e9but de ce paragraphe afin qu\u2019aucun des deux co\u00e9changistes ne se sente l\u00e9s\u00e9 par l\u2019autre dans l\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9change, donnant \u00e0 cette valeur le nom de \u00ab\u00a0valeur d\u2019\u00e9change\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le nombre comptable est ainsi fond\u00e9 sur un prix qui permette \u00e0 chaque personne de pouvoir comparer les biens entre eux. Nous le constatons sur le march\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9. Le moment suivant, il peut \u00eatre diff\u00e9rent selon l\u2019intensit\u00e9 du jeu qui existe entre les vendeurs et les acheteurs. Si nous partons de lui pour expliquer ses variations, sa forme mon\u00e9taire nous fera tourner en rond\u00a0: par exemple, si une entreprise propose 1\u00a0000 unit\u00e9s physiques d\u2019un objet au prix unitaire de 10\u00a0\u20ac, elle devra s\u2019attendre \u00e0 percevoir 10\u00a0000\u00a0\u20ac de chiffre d\u2019affaires. Si la demande porte, en r\u00e9alit\u00e9, sur 2\u00a0000 unit\u00e9s, le temps que l\u2019entreprise adapte son outil de production pour produire le double si elle le souhaite, le prix de vente pourra augmenter en doublant par exemple, ce qui g\u00e9n\u00e9rera un chiffre d\u2019affaires de 20\u00a0000\u00a0\u20ac. Nous constatons qu\u2019avec une quantit\u00e9 vendue de 1\u00a0000 unit\u00e9s au prix de 10\u00a0\u20ac, le chiffre d\u2019affaires est de 10\u00a0000 \u20ac alors qu\u2019avec la m\u00eame quantit\u00e9 au prix de 20\u00a0\u20ac, il est de 20\u00a0000\u00a0\u20ac, etc. Ce raisonnement est tautologique car dans chaque cas, le chiffre d\u2019affaires exprim\u00e9 en monnaie ne peut pas ne pas \u00eatre autre que celui qu\u2019il est en raison de son mode de calcul consistant \u00e0 multiplier une quantit\u00e9 physique par un prix exprim\u00e9 aussi en monnaie. Nous ne pourrons fournir une explication de ce ph\u00e9nom\u00e8ne que si nous r\u00e9ussissons \u00e0 \u00e9valuer ind\u00e9pendamment chacun des deux membres de l\u2019\u00e9quation\u00a0: chiffre d\u2019affaires = prix x quantit\u00e9s. Cela n\u2019est possible que si nous faisons intervenir dans l\u2019explication une grandeur qui permette de comparer les prix sur une autre base que la quantit\u00e9 de monnaie qu\u2019il exprime. C\u2019est cette grandeur que nous avons appel\u00e9e \u00ab\u00a0valeur comp\u00e9tence\u00a0\u00bb. Ainsi, en reprenant le cas pr\u00e9c\u00e9dent, si les conditions de production de tous les objets propos\u00e9s sur les march\u00e9s restent \u00e9gales, la comp\u00e9tence n\u00e9cessaire \u00e0 la production de 1\u00a0000 unit\u00e9s restant la m\u00eame, il n\u2019y a aucune raison th\u00e9orique pour que le prix qui en est l\u2019expression mon\u00e9taire dans la r\u00e9alit\u00e9 varie, quelle que soit le niveau de la demande. Mais si le prix r\u00e9el s\u2019\u00e9tablit effectivement \u00e0\u00a020 \u20ac, cela sera le signe que l\u2019entreprise est capable de l\u2019augmenter artificiellement et de l\u2019imposer \u00e0 ses clients parce qu\u2019elle sera alors en position de domination du march\u00e9 correspondant \u00e0 un \u00ab\u00a0monopole\u00a0\u00bb normalement temporaire si la concurrence peut jouer effectivement son r\u00f4le. Les dix euros suppl\u00e9mentaires par produit vendus ne proviennent pas de l\u2019\u00e9change mais du fait que l\u2019entreprise a \u00e9t\u00e9 plus efficace que ses concurrentes. Mais si le march\u00e9 fonctionne dans de bonne conditions de concurrence, il n\u2019y a qu\u2019un prix qui sera capable d\u2019exprimer sensiblement ce que vaut le produit car aucune entreprise ne peut vendre durablement au dessous de son co\u00fbt de revient et, au dessus, la concurrence l\u2019en emp\u00eachera. Ainsi, l\u2019objet du jeu du march\u00e9 est de d\u00e9finir un prix objectif qui permette \u00e0 l\u2019\u00e9change de neutraliser les subjectivit\u00e9s des co-\u00e9changistes pour ne pas qu\u2019il y en est un qui r\u00e9ussisse \u00e0 subordonner l\u2019autre et donc \u00e0 lui \u00f4ter sa libert\u00e9 de choix. Il faut donc que l\u2019\u00e9change, dans son essence, soit une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 bien per\u00e7u Aristote (2008) lorsqu\u2019il \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;\u00e9changes, il <\/strong>ne saurait y avoir de vie sociale ; il n&rsquo;y aurait pas davantage d&rsquo;\u00e9changes sans \u00e9galit\u00e9, ni d&rsquo;\u00e9galit\u00e9<strong> sans commune mesure.\u00a0\u00bb. Cette \u00e9galit\u00e9 dans un \u00e9change qui se r\u00e9alise \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb concerne les valeurs comp\u00e9tences de la th\u00e9orie et non les prix r\u00e9els qui les expriment sur les march\u00e9s ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, si les march\u00e9s fonctionnent dans de bonnes conditions de concurrence, les prix sur les march\u00e9s devraient tendre vers leurs valeurs comp\u00e9tences de telle sorte que les \u00e9chelles de ces deux grandeurs co\u00efncident. Cette \u00e9galit\u00e9 th\u00e9orique entre les valeurs \u00e9chang\u00e9es fournit un principe permanent, a-historique et universel, sans lequel les ph\u00e9nom\u00e8nes comptables n\u2019entretiendraient plus entre eux aucune relation n\u00e9cessaire. La comptabilit\u00e9 n\u2019aurait pas d\u2019objet si elle s\u2019en rapportait exclusivement \u00e0 la seule subjectivit\u00e9 des co\u00e9changistes lorsqu\u2019elle enregistre un contrat dont les termes seraient alors ind\u00e9termin\u00e9s. Il y a bien un \u00e9quilibre subjectif sur le march\u00e9 r\u00e9el entre les co\u00e9changistes parce que chacun s\u2019en rapporte \u00e0 la propre id\u00e9e qu\u2019il se fait de la valeur de l\u2019objet qu\u2019il d\u00e9sire, cette valeur \u00e9tant mise en relation avec l\u2019usage qu\u2019il compte en tirer. Ainsi, sur le march\u00e9 r\u00e9el, loin de reposer sur l\u2019\u00e9galit\u00e9, l\u2019\u00e9change suppose l\u2019in\u00e9galit\u00e9 car si, pour chaque contractant, l\u2019objet qu\u2019il acquiert ne valait pas plus que celui qu\u2019il c\u00e8de, il n\u2019aurait aucun motif de participer \u00e0 l\u2019\u00e9change. Or cet \u00e9quilibre entre les participants rel\u00e8ve de la valeur d\u2019usage des objets et non de leur valeur d\u2019\u00e9change, laquelle est fonction de la structure de comp\u00e9tences qui a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour produire, stocker et distribuer les biens, ce qui renvoie au domaine th\u00e9orique dans lequel les valeurs sont \u00e9gales. En disant cela, nous posant l\u2019acte d\u2019\u00e9change comme une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 qui nous saisissons de l\u2019ext\u00e9rieur sans l\u2019examiner successivement sous l\u2019angle de vue particulier d\u2019un des contractants. Cela garantit l\u2019objectivit\u00e9 de notre d\u00e9marche. De plus, voir dans l\u2019acte d\u2019\u00e9change une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 limite le champ d\u2019action de l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel. En effet, d\u00e8s qu\u2019un contractant peut recevoir durablement plus par les pratiques qu\u2019il met en \u0153uvre que ce que le march\u00e9 doit lui accorder, c\u2019est que l\u2019\u00e9conomie est mal organis\u00e9e car elle autorise une situation de monopole de perdurer.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La vie r\u00e9elle pr\u00e9sente de nombreuses situations o\u00f9 un individu consent \u00e0 perdre une partie de ce qui lui revient pour satisfaire un besoin urgent. Dans tous les cas, nous ne nous trouvons plus en pr\u00e9sence d\u2019une relation d\u2019\u00e9change mais d\u2019une relation o\u00f9 l\u2019un des co\u00e9changistes est en mesure de dicter ses conditions \u00e0 l\u2019autre.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie comptable permet d\u2019expliquer ce m\u00e9canisme en mettant en \u00e9vidence au moyen d\u2019une balance des comptes les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de son d\u00e9roulement. Pour cela, nous supposons que le produit fabriqu\u00e9 a n\u00e9cessit\u00e9 une structure de comp\u00e9tence SC1. Son prix sera de 20 \u20ac sur le march\u00e9 et sa valeur comp\u00e9tence correspondra \u00e0 celle du<\/strong> produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SC1 = 10 \u20ac. Nous pouvons alors construire les balances comptables repr\u00e9sentant l\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 en prix r\u00e9el et l\u2019\u00e9change dans la th\u00e9orie.<strong><\/strong><\/p>\n<p>La balance comptable repr\u00e9sentant l\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 r\u00e9el en prix r\u00e9els est la suivante\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"612\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"276\">\n<p align=\"center\">D\u00e9bit<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"336\">\n<p align=\"center\">Cr\u00e9dit<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"167\">Co\u00fbt de revient<\/td>\n<td width=\"109\">\n<p align=\"center\">10\u00a0000 \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td rowspan=\"2\" width=\"132\">Chiffre d\u2019affaires<\/td>\n<td rowspan=\"2\" width=\"204\">\n<p align=\"right\">20 x 1\u00a0000 = 20\u00a0000 \u20ac.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"167\">R\u00e9sultat<\/td>\n<td width=\"109\">\n<p align=\"center\">10\u00a0000 \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>Le r\u00e9sultat appara\u00eet comme une diff\u00e9rence qui provient des op\u00e9rations arithm\u00e9tiques r\u00e9alis\u00e9es. L\u2019explication ne peut \u00eatre que tautologique puisque l\u2019on aura toujours\u00a0: 20\u00a0000 \u2013 10\u00a0000 = 10\u00a0000.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si, maintenant, nous construisons la balance comptable repr\u00e9sentant l\u2019\u00e9change dans le domaine th\u00e9orique, nous obtenons\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"613\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"336\">\n<p align=\"center\">D\u00e9bit<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"276\">\n<p align=\"center\">Cr\u00e9dit<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"214\">Composants d\u2019une structure de comp\u00e9tence SC1<\/td>\n<td width=\"122\">\n<p align=\"right\">Valeur = 10\u00a0000 \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"156\">Produit d\u2019une structure de comp\u00e9tences SC1<\/td>\n<td width=\"120\">\n<p align=\"right\">Valeur = 10\u00a0000 \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"214\">R\u00e9sultat hors \u00e9change<\/td>\n<td width=\"122\">\n<p align=\"right\">10\u00a0000 \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"156\">Produit hors \u00e9change<\/td>\n<td width=\"120\">\n<p align=\"right\">10\u00a0000 \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"214\">\n<p align=\"center\"><strong>Total<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"122\">\n<p align=\"right\"><strong>20\u00a0000 \u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"156\">\n<p align=\"center\"><strong>Total<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"120\">\n<p align=\"right\"><strong>20\u00a0000 \u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>Ainsi, l\u2019explication th\u00e9orique montre que l\u2019\u00e9change porte sur une valeur de 10\u00a0000 \u20ac, les 10\u00a0000 \u20ac suppl\u00e9mentaires \u00e9tant \u00ab\u00a0hors \u00e9change\u00a0\u00bb c\u2019est-\u00e0-dire relatifs \u00e0 une caract\u00e9ristique particuli\u00e8re de l\u2019entreprise qui, \u00e0 un moment donn\u00e9, l\u2019a mise en situation de monopole temporaire sur le march\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn61\">[61]<\/a>. Il montre aussi que la mise en \u00e9vidence de ce surplus n\u2019est possible que parce que nous avons gard\u00e9 en co\u00fbt historique la valorisation des composants constituant le produit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous pouvons tirer plusieurs cons\u00e9quences de ce qui pr\u00e9c\u00e8de\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la valeur comp\u00e9tence est insensible au jeu instantan\u00e9 entre l\u2019offre et la demande sur le march\u00e9, ce qui suppose qu&rsquo;elle soit con\u00e7ue de telle sorte qu&rsquo;elle puisse expliquer les variations des prix sur une p\u00e9riode, l\u2019\u00e9chelle des prix de march\u00e9 devant \u00eatre l\u2019expression dans la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00e9chelle des valeurs de la th\u00e9orie lorsque le march\u00e9 fonctionne dans de bonnes conditions de concurrence,<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 n&rsquo;ayant pas d&rsquo;existence r\u00e9elle, la valeur comp\u00e9tence ne peut pas \u00eatre un attribut du produit. C&rsquo;est une construction de l\u2019esprit qui doit normalement servir de guide \u00e0 la formation des prix sur le march\u00e9. Or, socialement, nous avons conscience que c&rsquo;est la comp\u00e9tence mise en \u0153uvre pour produire qui permettra de comparer la valeur des biens et des services les uns par rapport aux autres, quels que soient le lieu et l&rsquo;\u00e9poque que l&rsquo;on consid\u00e8re : pour un bien vendu quelconque \u00ab\u00a0i\u00a0\u00bb, sa valeur Vi est une fonction d\u2019une structure de comp\u00e9tences \u00ab\u00a0SC\u00a0\u00bb\u00a0: <strong><\/strong>, V<sub>i<\/sub> = f(SC<sub>i<\/sub>), o\u00f9 SC<sub>i <\/sub>repr\u00e9sente l\u2019ensemble des comp\u00e9tences qu\u2019il a fallu d\u00e9ployer pour produire, stocker et distribuer le bien i dont la valeur au moment de la vente est V<sub>i<\/sub>. Comme c&rsquo;est une cr\u00e9ation de l\u2019esprit, la valeur ne peut pas \u00eatre mesur\u00e9e par la comp\u00e9tence\u00a0: celle-ci ne sert qu&rsquo;\u00e0 comparer les valeurs entre elles,<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la valeur comp\u00e9tence telle que nous l\u2019avons d\u00e9finie permet d\u2019ordonner les caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9change r\u00e9el sur le march\u00e9. Si nous l\u2019avions confondue avec le prix qui l\u2019exprime, elle serait devenue polys\u00e9mique et mal d\u00e9finie puisque l\u2019on aurait pu utiliser\u00a0: la \u00ab\u00a0valeur commerciale\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0valeur d\u2019usage\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0valeur cible\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0valeur marginale\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn62\">[62]<\/a>, etc.,<\/p>\n<p>4)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la comp\u00e9tence mise en \u0153uvre au moment de l&rsquo;exploitation dans l\u2019entreprise, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la production, du stockage et de la distribution d&rsquo;un bien, est double : d&rsquo;une part, il y a celle, ancienne (SCa), qui a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour fabriquer les moyens de structure (usines, machines, \u00e9quipements, etc.) qui sont utilis\u00e9s dans l&rsquo;exploitation et, d&rsquo;autre part, il y a celle, nouvelle (SCn), qui est utilis\u00e9e pour transformer la mati\u00e8re premi\u00e8re en produit fini : <strong><\/strong>, SC<sub>i<\/sub> = (SCa<sub>i<\/sub> U SCn<sub>i<\/sub>),<\/p>\n<p>5)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le recours \u00e0 des \u00ab\u00a0justes valeurs\u00a0\u00bb telles qu\u2019elles sont propos\u00e9es par le normalisateur international IASB aurait pos\u00e9 les m\u00eame probl\u00e8mes puisqu\u2019elles sont assimil\u00e9es aux prix si les march\u00e9s sont efficients ou aux r\u00e9sultats obtenus \u00e0 partir de l\u2019utilisation d\u2019un mod\u00e8le d\u2019actualisation. D\u2019autres solutions sont cependant propos\u00e9es\u00a0: la \u00ab\u00a0valeur de remplacement\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019identique fond\u00e9e sur le prix actuel d\u2019achat du bien sur le march\u00e9, la \u00ab\u00a0valeur v\u00e9nale\u00a0\u00bb fond\u00e9e sur le prix actuel de vente, la \u00ab\u00a0valeur \u00e9conomique\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn63\">[63]<\/a> qui est une valeur de remplacement modifi\u00e9 par la prise en compte du progr\u00e8s technique, etc.<\/p>\n<p>6)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 pour \u00e9valuer les actifs du bilan, la comptabilit\u00e9 actuelle oscille entre plusieurs\u00a0 m\u00e9thodes\u00a0: celle qui consiste \u00e0 se baser sur le co\u00fbt de revient historique dont on d\u00e9duit les amortissements et les provisions pour d\u00e9pr\u00e9ciation, celle qui retient les \u00ab\u00a0justes valeurs\u00a0\u00bb. Mais c\u2019est la valeur actuelle th\u00e9orique qui est choisie lorsqu\u2019il y a inflation et qu\u2019il faut r\u00e9viser la valeur des immobilisations en utilisant des coefficients. Par contre, les provisions ou r\u00e9serves pour renouvellement des immobilisations sont calcul\u00e9es par rapport \u00e0 la valeur de remplacement de celles-ci. Il en est de m\u00eame pour les charges qui sont valoris\u00e9es au plus faible du co\u00fbt de revient moyen pond\u00e9r\u00e9 et du prix de vente actuel mais aussi \u00e0 la valeur de remplacement pour calculer les provisions pour renouvellement des stocks et pour hausse des prix,<\/p>\n<p>7)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 si nous raisonnons dans le cadre de la th\u00e9orie de l\u2019entit\u00e9, les parties prenantes ont besoin d\u2019\u00e9valuations sp\u00e9cifiques selon les objectifs qu\u2019elles poursuivent. Pour les propri\u00e9taires de l\u2019organisation ce sera la valeur propri\u00e9tariale, pour les autres financeurs, ce sera la valeur de liquidation qui garantit la solvabilit\u00e9, pour l\u2019entrepreneur, ce sera une valeur d\u2019origine qui fournit une estimation relative et non absolue des diff\u00e9rents postes, ce qui lui permet de suivre l\u2019\u00e9volution de l\u2019entreprise, pour l\u2019INSEE, ce sera la valeur ajout\u00e9e, etc.<\/p>\n<p>Comme il n\u2019y a pas une m\u00e9thode d\u2019\u00e9valuation qui s\u2019impose sur toutes les autres, la pratique utilise souvent des compromis entre elles en assimilant toujours la notion de valeur \u00e0 un \u00ab\u00a0prix\u00a0\u00bb. Le concept th\u00e9orique de valeur qui devrait servir \u00e0 expliquer le prix qui se forme dans la r\u00e9alit\u00e9 se trouve alors renvoy\u00e9 en permanence \u00e0 celui-ci, ce qui l\u2019emp\u00eache de produire l\u2019explication logique que l\u2019on attend de lui. En renvoyant le concept de valeur \u00e0 son symbole mat\u00e9rialis\u00e9 par le prix, il devient impossible de saisir l\u2019objet de la \u00ab\u00a0science comptable\u00a0\u00bb car celle-ci se trouve alors charg\u00e9e de refl\u00e9ter les ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s alors que son r\u00f4le est, au contraire, de les ordonner. Par exemple, en supposant que c\u2019est par la r\u00e9duction des co\u00fbts que le r\u00e9sultat d\u00e9gag\u00e9 pourra \u00eatre augment\u00e9, le probl\u00e8me se trouve aussit\u00f4t r\u00e9solu. En effet, le r\u00e9sultat \u00e9tant l\u2019exc\u00e9dent des produits sur les co\u00fbts, si on veut l\u2019augmenter, il suffit de r\u00e9duire ceux-l\u00e0. Autrement dit, les deux propositions de r\u00e9duction des co\u00fbts et d\u2019augmentation du r\u00e9sultat sont tautologiques. Pour \u00e9viter cet \u00e9cueil, nous avons con\u00e7u la valeur d\u2019\u00e9change comme un construit social a-historique et sans existence pratique sous la forme d\u2019une valeur comp\u00e9tence objective et se d\u00e9ployant dans un champ homog\u00e8ne de concepts qui, de ce fait, a besoin du \u00ab\u00a0prix du march\u00e9\u00a0\u00bb pour pouvoir s\u2019exprimer dans la r\u00e9alit\u00e9 des march\u00e9s. Et comme le co\u00fbt n\u2019est qu\u2019une somme de prix, c\u2019est aussi le recours \u00e0 la valeur comp\u00e9tence qui permet d\u2019expliquer qu\u2019il faille conserver le co\u00fbt historique sur la juste valeur<a title=\"\" href=\"#_ftn64\">[64]<\/a>.<\/p>\n<p>Si le fonctionnement du march\u00e9 est souvent domin\u00e9 par les comportements subjectifs des co\u00e9changistes, il doit permettre pourtant de faire correspondre l\u2019\u00e9chelle des prix \u00e0 celle des valeurs pour que chaque \u00e9change tende \u00e0 se faire \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb. Le jeu entre l&rsquo;offre et la demande lors de chaque transaction d\u00e9termine un prix de march\u00e9 qui est essentiellement fonction des utilit\u00e9s que retirent l&rsquo;acheteur et le vendeur. Si le march\u00e9 fonctionne dans de bonnes conditions de concurrence, ce prix de march\u00e9 tendra \u00e0 \u00eatre ramen\u00e9 en permanence vers la valeur d&rsquo;\u00e9change qui est fonction de la comp\u00e9tence. Nous constaterons cette \u00e9volution des prix de march\u00e9 si les rapports qu&rsquo;ils entretiennent les uns par rapport aux autres restent sensiblement sur une m\u00eame \u00e9chelle au cours du temps. Cela ne sera possible que si les biens inscrits dans les documents comptables le sont \u00e0 leur co\u00fbt historique qui permet des comparaisons dans le temps permettant aux dirigeants de pouvoir prendre des d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>2.2 &#8211; Le profit comme \u00e9l\u00e9ment central du potlatch<\/h2>\n<h3>2.2.1 &#8211; Le r\u00f4le du potlatch<\/h3>\n<p>Franz Boas est souvent consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab\u00a0p\u00e8re fondateur de l&rsquo;anthropologie am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb et de la m\u00e9thode intensive de terrain pour ses travaux au Canada sur les <a href=\"http:\/\/www.thecanadianencyclopedia.com\/index.cfm?PgNm=TCE&amp;Params=F1ARTF0000451\">Inuits de l&rsquo;\u00eele de Baffin<\/a><a title=\"\" href=\"#_ftn65\">[65]<\/a> et sur les indiens Kwakiutl de l\u2019\u00eele de Vancouver<a title=\"\" href=\"#_ftn66\">[66]<\/a>. S&rsquo;int\u00e9ressant d&rsquo;abord \u00e0 la g\u00e9ographie historique, il effectue de 1883 \u00e0 1884 un travail de pionnier chez les <a href=\"http:\/\/www.thecanadianencyclopedia.com\/index.cfm?PgNm=TCE&amp;Params=F1ARTF0000451\">Inuits<\/a> qui l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 conclure que les coutumes d&rsquo;une population ne tiennent pas \u00e0 la seule g\u00e9ographie et se d\u00e9veloppent souvent \u00e0 l&rsquo;encontre des contraintes environnementales, en fonction de leur histoire et de leur culture. A partir de 1886, il concentre d\u00e9finitivement ses recherches sur indiens Kwakiutl de la c\u00f4te nord-ouest du Canada.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Boas (1898, 1921) constate que chez les Indiens Kwakiutl, de grandes f\u00eates rituelles entre clans rivaux \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement organis\u00e9es sous la forme d\u2019un somptueux festin pendant lequel avaient lieu d&rsquo;importantes distributions de cadeaux. Chaque f\u00eate constituait un \u00ab\u00a0potlatch\u00a0\u00bb, la personne qui invitait \u00e9tant en m\u00eame temps le donateur de cadeaux, les invit\u00e9s en \u00e9tant les donataires. Le potlatch \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 au moins un an \u00e0 l&rsquo;avance par le chef donateur qui incitait ses subalternes et sa famille mais aussi, parfois, la tribu tout enti\u00e8re, \u00e0 stocker des quantit\u00e9s \u00e9normes de nourriture et \u00e0 rassembler des couvertures armori\u00e9es, des bo\u00eetes et diverses sortes d&rsquo;objets utiles et pr\u00e9cieux, les plus prestigieux \u00e9tant de grands ouvrages de cuivre blasonn\u00e9 dont la valeur \u00e9galait celle de dizaines de couvertures<a title=\"\" href=\"#_ftn67\">[67]<\/a>. A l&rsquo;apog\u00e9e de la c\u00e9r\u00e9monie, il arrivait que le donateur saisisse un ou plusieurs de ses boucliers en cuivre et les pr\u00e9cipite \u00e0 la mer pour manifester \u00e0 la foule des Indiens en habit de gala son profond d\u00e9dain des richesses mat\u00e9rielles. Cette fastueuse manifestation qui s&rsquo;accompagnait aussi fr\u00e9quemment et logiquement de la mise \u00e0 mort de quelques esclaves, recelait en fait un dangereux pi\u00e8ge\u00a0: le chef invit\u00e9 et son clan savaient qu\u2019au bout d\u2019une p\u00e9riode ils devraient rendre l\u2019\u00e9quivalent de tout ce qu&rsquo;ils avaient re\u00e7u ce jour l\u00e0, la coutume voulant que les cadeaux donn\u00e9s en retour soient plus prestigieux et de plus haute valeur que ceux initialement re\u00e7us. Si tel n&rsquo;est pas le cas, le nouvel invitant donateur et son clan perdaient honneur et prestige<a title=\"\" href=\"#_ftn68\">[68]<\/a>. Ainsi, les chefs de clan, tour \u00e0 tour, rivalisaient entre eux dans l\u2019\u00e9talage de leur richesse et de leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 en cherchant en r\u00e9alit\u00e9, par l\u2019affichage de celles-ci, \u00e0 ruiner et \u00e9craser leur rival ou, s&rsquo;il avait su r\u00e9pondre au d\u00e9fi lanc\u00e9, \u00e0 entrer avec lui dans une relation d&rsquo;alliance et d&rsquo;amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Bien que le potlatch ne soit pas un acte d&rsquo;\u00e9change de valeurs puisque le receveur n&rsquo;est pas tenu de rendre le don ou sa contrepartie en valeur<a title=\"\" href=\"#_ftn69\">[69]<\/a>, les prestations et contre-prestations qui s\u2019engageaient sous une forme plut\u00f4t volontaire, par des pr\u00e9sents et des cadeaux, \u00e9taient rigoureusement obligatoires sous peine de guerre priv\u00e9e ou publique.<\/p>\n<p>Si la richesse chez les Indiens Kwakiutl provenait essentiellement d&rsquo;h\u00e9ritages, pour se maintenir \u00e0 un rang \u00e9lev\u00e9, le chef de clan devait faire preuve d&rsquo;intelligence et d\u00e9ployer toute sa puissance pour dominer le potlatch dans l\u2019intention d\u2019acqu\u00e9rir du prestige, c\u2019est-\u00e0-dire du poids dans les d\u00e9cisions politiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le potlatch \u00e9tait un moyen de promotion sociale pour celui qui donnait les cadeaux mais aussi, quand la valeur de ceux-ci \u00e9tait suffisante, d\u2019enrichissement pour celui qui les recevait. Un chef ne pouvait donc acc\u00e9der au pouvoir politique que s\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux. Ce qui comptait, ce n&rsquo;\u00e9tait pas ce qu\u2019il avait, c&rsquo;est ce qu\u2019il donnait qui devait \u00eatre sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu\u2019il avait re\u00e7u. Si n\u00e9cessaire, il devait \u00eatre pr\u00eat \u00e0 tout donner, \u00e0 ne plus rien garder pour lui. Ainsi, la r\u00e8gle de l&rsquo;exc\u00e8s du cadeau en retour sur celui de d\u00e9part, c\u2019est-\u00e0-dire du profit, \u00e9tait une pi\u00e8ce cruciale d&rsquo;un syst\u00e8me de r\u00e9gulation des rapports entre richesse \u00e9conomique et pouvoir politique.<\/p>\n<p>Le potlatch \u00e9tait donc une forme de comp\u00e9tition \u00e9conomique astucieuse dans laquelle certains chefs se ruinaient compl\u00e8tement alors que d&rsquo;autres sombraient parfois dans la folie faute de r\u00e9ussir \u00e0 r\u00e9unir les cadeaux souhait\u00e9s, quelques uns cherchant \u00e0 les voler \u00e0 d\u2019autres clans en lan\u00e7ant contre eux des op\u00e9rations de guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Puisque chacun donne plus que celui de qui il a re\u00e7u, le syst\u00e8me tend structurellement \u00e0 s&#8217;emballer dans la surench\u00e8re. Celui qui acc\u00e8dera au pouvoir doit avoir \u00e9cras\u00e9 tous les autres sous les assauts de ses cadeaux tout en risquant, en m\u00eame temps, de devenir le plus pauvre. Il y a donc chez les Kwakiutl une limitation de la logique \u00e9conomique par le politique dont rend compte aussi Pierre Clastres (1974) pour les soci\u00e9t\u00e9s amazoniennes\u00a0: <cite>\u00ab\u00a0Avarice et pouvoir sont incompatibles\u00a0; pour \u00eatre chef il faut \u00eatre g\u00e9n\u00e9reux.\u00a0\u00bb<\/cite><cite>. <\/cite>Le chef de clan qui se contenterait d&rsquo;accumuler ind\u00e9finiment la richesse sans la distribuer sortirait compl\u00e8tement du jeu des rapports politiques, ce qui est peu concevable, la valeur d&rsquo;un individu ne se mesurant pas par sa capacit\u00e9 \u00e0 cumuler mais par celle \u00e0 se s\u00e9parer de ses richesses<a title=\"\" href=\"#_ftn70\">[70]<\/a>.<\/p>\n<p>A intervalles r\u00e9guliers, l&rsquo;institution du potlatch permet la redistribution des richesses, la re-cr\u00e9ation du lien social par la perp\u00e9tuation d\u00b4une m\u00e9moire commune et en m\u00eame temps la permutation des places\u00a0: le plus riche devient pauvre mais gagne le prestige alors que les pauvres s&rsquo;enrichissent des dons mais leur honneur et leur prestige sont remis en question par l&rsquo;assaut de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui les met au d\u00e9fi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2.2.2 \u2013 Emergence du profit dans le potlatch<\/h3>\n<p>Pour justifier cette pratique du suppl\u00e9ment de valeur \u00e0 apporter qui semble avoir la force quasi-contraignante d\u2019une r\u00e8gle d\u2019un potlatch \u00e0 l\u2019autre, <a title=\"FRANZ BOAS\" href=\"http:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/franz-boas\/\">Boas<\/a> (1897) fournit les premi\u00e8res observations ethnographiques et d&rsquo;abondants mat\u00e9riaux r\u00e9unis surtout par l&rsquo;interm\u00e9diaire de G.\u00a0Hunt<a title=\"\" href=\"#_ftn71\">[71]<\/a> qui lui permirent de dire que\u00a0: \u00ab\u00a0Le principe sous-jacent est celui du placement \u00e0 int\u00e9r\u00eat de biens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette hypoth\u00e8se provoqua chez ses confr\u00e8res des discussions tr\u00e8s critiques qui ont bien \u00e9t\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9es par Ren\u00e9 Maunier (1924-1925). Celui-ci reproche principalement \u00e0 Boas dans son analogie entre le potlatch et notre syst\u00e8me de cr\u00e9dit le fait que, dans ce dernier, les int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s sont fonction du temps. Ils sont proportionnels \u00e0 la dur\u00e9e \u00e9coul\u00e9e entre le moment de l\u2019emprunt et celui de son remboursement.<\/p>\n<p>Il se trouve que cette proportion entre le temps et l\u2019int\u00e9r\u00eat est absente du potlatch comme, d\u2019ailleurs, de toutes autres formes d\u2019\u00e9change c\u00e9r\u00e9moniel. S\u2019il y a bien suppl\u00e9ment dans le potlatch, celui-ci ne semble pas \u00eatre fix\u00e9 par une r\u00e8gle ou une convention explicite qui rendrait pertinente sa quantit\u00e9. Cette critique est tr\u00e8s int\u00e9ressante car elle renvoie, non pas \u00e0 la pratique du potlatch, mais \u00e0 notre mode de pens\u00e9e actuel qui con\u00e7oit le temps comme \u00e9tant de \u00ab\u00a0l\u2019argent\u00a0\u00bb afin de justifier que l\u2019int\u00e9r\u00eat pay\u00e9 soit fonction de la dur\u00e9e de remboursement. Or, Boas a montr\u00e9 que les objets \u00e9chang\u00e9s passaient souvent par plusieurs potlatchs, entre les mains de diff\u00e9rents chefs et guerriers, ce qui favorisait, \u00e0 chaque changement de propri\u00e9taire, le d\u00e9veloppement d\u2019une m\u00e9moire commune dans tout le corps du groupe concern\u00e9. En ce sens, ils pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme la mat\u00e9rialisation du lien social unissant les membres de la soci\u00e9t\u00e9 autour de ses mythes, de ses anc\u00eatres, de ses valeurs et de ses croyances. Plus longue \u00e9tait leur histoire, plus prestigieux \u00e9taient leurs possesseurs et plus ils avaient de valeur dans le potlatch.<\/p>\n<p>Ainsi, les valeurs d\u2019usage et d\u2019\u00e9change de chaque objet \u00e9taient fonction de la totalit\u00e9 des rapports sociaux qui s\u2019\u00e9taient nou\u00e9s par lui et autour de lui, les objets en cuivre \u00e9tant les plus valoris\u00e9s. C\u2019est ce qu\u2019expriment Jacques T. Godbout et Alain Caill\u00e9 (1992) lorsqu\u2019ils disent que le cadeau est \u00ab\u00a0toute prestation effectu\u00e9e sans garantie de retour en vue de nourrir le bien social\u00a0\u00bb dans laquelle les biens qui sont donn\u00e9s ne prennent une valeur que parce qu&rsquo;ils cr\u00e9ent ou alimentent la relation interpersonnelle pouvant permettre \u00e0 des rivaux de devenir des amis et des alli\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9duisons de cette pratique que l\u2019activit\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e pendant un certain temps permet de rassembler les biens qui ne sont pas consomm\u00e9s improductivement et qui seront \u00ab\u00a0investis\u00a0\u00bb au cours d\u2019un potlatch mais que le surplus attendu de cet apport ne se mat\u00e9rialisera qu\u2019au cours d\u2019un potlatch ult\u00e9rieur. Autrement dit, ce n\u2019est pas la dur\u00e9e entre deux potlatchs qui d\u00e9termine le surplus \u00e0 rendre mais la dur\u00e9e de constitution de ce qui est offert au cours d\u2019un potlatch qui justifiera le surplus devant \u00eatre rendu au potlatch suivant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2.2.3 &#8211; Le profit comme Interpr\u00e9tation th\u00e9orique du potlatch par la valeur comp\u00e9tence<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019aspect c\u00e9r\u00e9moniel du potlatch que vivent les participants qui n\u2019ont pas la notion du m\u00e9canisme de l\u2019\u00e9change, nous interpr\u00e9tons le potlatch comme un \u00e9change dont le d\u00e9nouement est diff\u00e9r\u00e9 dans le temps. A ce titre, il doit \u00eatre producteur d\u2019un profit avec, au minimum, la conservation de la valeur de ce qui est \u00e9chang\u00e9 et qui s\u2019est form\u00e9e progressivement pendant le temps de constitution de l\u2019\u00e9pargne investie. Ce profit minimum est un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019\u00e9change lui-m\u00eame et non d\u2019une condition qui serait en dehors de celui-ci.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce profit minimum r\u00e9sulte de l\u2019\u00e9galit\u00e9 th\u00e9orique des valeurs \u00e9chang\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En effet, pour pouvoir \u00e9changer un bien, il faut au pr\u00e9alable disposer de l\u2019\u00e9pargne qui sera investie en facteurs de production permettant de le produire. Cette \u00e9pargne, il a fallu la constituer en disposant de la comp\u00e9tence n\u00e9cessaire pour cela. Puisque l\u2019\u00e9change, au moment o\u00f9 il se produit, devrait \u00eatre porteur d\u2019un surplus, il convient alors de s\u2019interroger sur la notion de \u00ab\u00a0structures de comp\u00e9tences disponibles\u00a0\u00bb pour produire l\u2019\u00e9pargne n\u00e9cessaire \u00e0 celui-ci, tel qu\u2019il ressort de l\u2019\u00e9tude que nous venons de faire du potlatch.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Supposons que pour produire une machine destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre vendue sur un march\u00e9, l\u2019entrepreneur A ait besoin en T2 d\u2019une \u00e9pargne repr\u00e9sentant le produit PE dont le prix est N\u00a0\u20ac obtenu en T1 d\u2019une structure de comp\u00e9tences SC1. Pour obtenir cette \u00e9pargne, il a fallu qu\u2019il produise auparavant en T1 un produit P1 plus important que PE devant lui permettre simultan\u00e9ment de satisfaire \u00e0 ses besoins de consommations ordinaires PC1 et \u00e0 la constitution de l\u2019\u00e9pargne n\u00e9cessaire PE \u00e0 la production de la machine\u00a0: P1 = PC1 + PE. Pour simplifier, nous supposerons que PC1 = PE. De ce fait, P1 est le produit de 2 structures de comp\u00e9tences SC1 = 2\u00a0N\u00a0\u20ac.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le prix de la machine A est \u00e9gal \u00e0 N\u00a0\u20ac puisqu\u2019elle a n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019utilisation de la structure de comp\u00e9tence SC1 dont la valeur est N\u00a0\u20ac.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au terme de la p\u00e9riode T2, le bilan instantan\u00e9 des comptes se pr\u00e9sente de la mani\u00e8re suivante.<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan instantan\u00e9 des comptes de l\u2019entreprise A \u00e0 la fin de la p\u00e9riode T2<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"303\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"307\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\">Machine A = prix N\u00a0\u20ac<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"252\">Epargne = valeur d\u2019un produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tence SC1<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\"><\/td>\n<td width=\"60\"><\/td>\n<td width=\"252\"><\/td>\n<td width=\"55\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le mot \u00ab\u00a0\u00e9pargne\u00a0\u00bb est ici employ\u00e9 dans son sens juridique de mesure des droits du propri\u00e9taire de l\u2019entreprise A sur l\u2019actif. Il poss\u00e8de la totalit\u00e9 de la valeur de l\u2019actif puisqu\u2019il n\u2019a rien emprunt\u00e9 pour construire sa machine. Quand l\u2019\u00e9change sera r\u00e9alis\u00e9 avec l\u2019entreprise B, cette \u00e9pargne deviendra un capital au sens comptable du terme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous supposons alors que l\u2019entreprise B produise aussi en T2, dans les m\u00eames conditions que l\u2019entreprise A, une autre machine destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre \u00e9chang\u00e9e contre celle de A.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au terme de la p\u00e9riode T2, le bilan instantan\u00e9 se pr\u00e9sente de la mani\u00e8re suivante.<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan instantan\u00e9 des comptes de l\u2019entreprise B \u00e0 la fin de la p\u00e9riode T2<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"303\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"307\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\">Machine B = prix N\u00a0\u20ac<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"252\">Epargne = valeur d\u2019un produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tence SC1<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\"><\/td>\n<td width=\"60\"><\/td>\n<td width=\"252\"><\/td>\n<td width=\"55\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les prix des deux machines sont \u00e9gaux \u00e0 N\u00a0\u20ac puisqu\u2019elles ont n\u00e9cessit\u00e9 des structures de comp\u00e9tences identiques SC1.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En T3, les deux entreprises s\u2019\u00e9changent leurs machines respectives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bilan instantan\u00e9 des comptes des entreprises A et B, apr\u00e8s l\u2019\u00e9change, se pr\u00e9sente alors de la mani\u00e8re suivante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour l\u2019entreprise A\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan instantan\u00e9 des comptes de l\u2019entreprise A \u00e0 la fin de la p\u00e9riode T2<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"303\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"307\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\">Machine B = prix N\u00a0\u20ac<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"252\">Epargne = Valeur d\u2019un produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tence SC1<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\"><\/td>\n<td width=\"60\"><\/td>\n<td width=\"252\"><\/td>\n<td width=\"55\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour l\u2019entreprise B\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan instantan\u00e9 des comptes de l\u2019entreprise B \u00e0 la fin de la p\u00e9riode T2<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"303\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"307\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\">Machine A = prix N\u00a0\u20ac<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"252\">Epargne = Valeur d\u2019un produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tence SC1<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"243\"><\/td>\n<td width=\"60\"><\/td>\n<td width=\"252\"><\/td>\n<td width=\"55\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces deux balances sont celles que le comptable de chaque entreprise se doit de construire puisque les machines A et B non pas encore \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es pour produire leurs biens respectifs qui seront offerts sur le march\u00e9 \u00e0 partir de la p\u00e9riode T3 au plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Cette position du comptable se justifie par le fait que le chef de chacune de ces deux entreprises a pour r\u00f4le de pr\u00e9parer l\u2019\u00e9change des produits qui seront fabriqu\u00e9es avec chacune des machines. La pr\u00e9occupation principale du dirigeant concerne l\u2019\u00e9change car la mani\u00e8re dont l\u2019entreprise va le r\u00e9aliser sur ses march\u00e9s conditionnera la \u00ab\u00a0valeur qu\u2019elle va cr\u00e9er\u00a0\u00bb. Son r\u00f4le est de le pr\u00e9parer de telle sorte qu\u2019il se d\u00e9roule le plus efficacement possible. C\u2019est ce \u00a0concept d\u2019\u00e9change et non celui de valeur propri\u00e9tariale qui fournit la cl\u00e9 pour comprendre l\u2019entreprise car tout ce qu\u2019elle fait doit \u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 lui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019acte d\u2019\u00e9change constitue aussi un crit\u00e8re op\u00e9rationnel de distinction entre celui qui le pr\u00e9pare, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0l\u2019entrepreneur\u00a0\u00bb, et celui qui est charg\u00e9 de l\u2019expliquer, en l\u2019occurrence le \u00ab\u00a0chercheur\u00a0\u00bb en gestion.<\/p>\n<p>En effet, le chercheur doit fournir \u00e0 l\u2019entrepreneur une explication coh\u00e9rente, non pas de ce qu\u2019ils auraient d\u00fb faire concernant l\u2019\u00e9change, mais des cons\u00e9quences possibles de ce qu\u2019il fait. Pour cela, il ne peut que se situer \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb que l\u2019\u00e9change ait eu lieu et, de ce fait, constater des ph\u00e9nom\u00e8nes tels que l\u2019existence ou non d\u2019un profit, ce qui lui permettra ensuite d\u2019expliquer \u00e0 quelles conditions celui-ci appara\u00eet et se d\u00e9veloppe, ce qui n\u2019est pas possible \u00e0 l\u2019entrepreneur pour qui l\u2019\u00e9change n\u2019a pas encore eu lieu.<\/p>\n<p>Nous pensons que lorsque le chercheur se place du point de vue de l\u2019entrepreneur, donc avant l\u2019acte d\u2019\u00e9change, il ne peut que constater les ph\u00e9nom\u00e8nes psychologiques qui conditionnent le comportement de celui-ci mais il ne peut pas expliquer objectivement ce qui va se passer au moment futur de l\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, en se situant apr\u00e8s, il n\u2019a pas \u00e0 se pr\u00e9occuper en priorit\u00e9 des motivations et des comportements de celui qu\u2019il envisage d\u2019aider.<\/p>\n<p>Or, g\u00e9rer l\u2019entreprise c\u2019est-\u00e0-dire pr\u00e9parer l\u2019acte d\u2019\u00e9change comme le fait l\u2019entrepreneur, c\u2019est d\u00e9finir et maintenir le meilleur \u00e9quilibre possible entre les fonctions sp\u00e9cialis\u00e9es qu\u2019elle met en \u0153uvre et, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celles-ci, entre leurs composantes. Cet \u00e9quilibre est un arbitrage, au profit de l\u2019exploitation g\u00e9n\u00e9rale, entre les besoins souvent contradictoires de ces diff\u00e9rentes fonctions. La gestion se situe donc bien \u00ab\u00a0avant\u00a0\u00bb l\u2019acte d\u2019\u00e9change puisqu\u2019elle consiste \u00e0 trouver les meilleures solutions possibles pour que l\u2019entreprise survive et, si possible, se d\u00e9veloppe. Pour cela, la gestion utilise un syst\u00e8me d\u2019information dans lequel la comptabilit\u00e9 joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant m\u00eame si d\u2019autres informations non comptables telles que les statistiques, les \u00e9tudes de march\u00e9s, les \u00e9tudes de motivation, etc. sont aussi utilis\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"235\">\n<p align=\"center\"><strong>Avant l\u2019acte d\u2019\u00e9change<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"72\"><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td width=\"96\"><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td width=\"72\"><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td width=\"156\">\n<p align=\"center\"><strong>Apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"103\">La gestion pr\u00e9pare l\u2019\u00e9change pour qu\u2019il soit le plus efficace possible<\/td>\n<td width=\"132\">La comptabilit\u00e9, sous toutes ses formes, est la principale source d\u2019informations \u00e0 la disposition du gestionnaire<\/td>\n<td width=\"72\"><\/td>\n<td width=\"96\"><strong>L\u2019acte d\u2019\u00e9change sur les march\u00e9s<\/strong><\/td>\n<td width=\"72\"><strong>\u00a0<\/strong><\/td>\n<td width=\"156\">Construction d\u2019une th\u00e9orie qui soit a-historique pour pouvoir expliquer la gestion des entreprises quels que soient le lieu et l\u2019\u00e9poque<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"103\"><\/td>\n<td width=\"132\"><\/td>\n<td width=\"72\"><\/td>\n<td width=\"96\"><\/td>\n<td width=\"72\"><\/td>\n<td width=\"156\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette distinction entre \u00ab\u00a0l\u2019avant\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9change permet de consid\u00e9rer que tout ce qui est r\u00e9alis\u00e9 \u00ab\u00a0avant\u00a0\u00bb ne peut \u00eatre fond\u00e9 que sur des \u00ab\u00a0construits sociaux\u00a0\u00bb qui varient d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. Il en est ainsi des normalisations comptables nationales mais aussi de l\u2019\u00e9thique entrepreneuriale, du management et de la gestion. Il nous semble donc que ce n\u2019est qu\u2019en observant \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb que l\u2019on peut participer \u00e0 la construction des sciences de gestion.<\/p>\n<p>En nous pla\u00e7ant apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change nous constatons que la valeur trouve son origine, non pas avant mais au moment o\u00f9 il se produit quand la vente se r\u00e9alise. En effet, aucune entreprise n\u2019a jamais, \u00e0 proprement parler, cr\u00e9\u00e9 de la valeur puisque le prix qui l\u2019exprime n\u2019est qu\u2019un nombre enregistr\u00e9 dans un compte apr\u00e8s qu\u2019une vente ait eu lieu.<\/p>\n<p>En nous pla\u00e7ant apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change, les deux balances instantan\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes obtenues apr\u00e8s l\u2019\u00e9change des machines A et B en T2, se compl\u00e8tent pour rendre compte de la totalit\u00e9 de ce qui est \u00e9chang\u00e9.<\/p>\n<p>Pour construire la balance compl\u00e8te de l\u2019\u00e9change pour chacune des entreprises A et B, nous devons commencer par\u00a0 constater que l\u2019\u00e9change instantan\u00e9 entre elles \u00e0 la fin de la p\u00e9riode T2 a d\u00e9termin\u00e9 un \u00e9change diff\u00e9r\u00e9 dans le temps \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chacun de leur patrimoine respectif.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, le bilan complet de l\u2019\u00e9change pour l\u2019entreprise A se construira en ajoutant les deux actifs qui figurent successivement dans son patrimoine \u00e0 deux instants successifs du temps. Il se pr\u00e9sentera de la mani\u00e8re suivante, en tenant compte logiquement de la structure de comp\u00e9tences utilis\u00e9es pour produire l\u2019\u00e9pargne en T1 qui a permis de fabriquer la machine en T2 car cette \u00e9pargne se trouve investie dans cette fabrication\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan complet des comptes de l\u2019entreprise A \u00e0 la fin de la p\u00e9riode T2<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"255\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"355\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"207\">Machine B = prix N\u00a0\u20ac<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\">Capital = droit sur l\u2019actif compos\u00e9 de la machine B<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"207\"><em>Machine A = Produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tences SC1<\/em><\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\"><em>N\u00a0\u20ac<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\"><em>Contre-valeur de l\u2019\u00e9pargne repr\u00e9sentant le produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tences SC1 = profit \u00e0 attendre = amortissement<\/em><\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\"><em>N \u20ac<\/em><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"207\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En \u00e9changeant la machine A contre la machine B, l\u2019entrepreneur A a accumul\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019au lieu de l\u2019utiliser pour sa consommation personnelle, il l\u2019a \u00e9chang\u00e9e contre la machine B qui lui servira \u00e0 produire et \u00e0 vendre sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>Il nous semble que nous commettrions une erreur de logique en disant que la valeur de la structure de comp\u00e9tences SC1 qui a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour fabriquer la machine A s\u2019est transmise dans celle de la machine B au moment de l\u2019\u00e9change. Cela serait vrai si la valeur \u00e9tait une propri\u00e9t\u00e9 appartenant \u00e0 la machine. Or, ce n\u2019est pas le cas puisqu\u2019elle fait partie du domaine th\u00e9orique et que, de ce fait, elle s\u2019exprime dans la r\u00e9alit\u00e9 par le prix figurant dans le compte \u00ab\u00a0Machine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0<em>Produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tences SC1<\/em>\u00a0\u00bb<em> <\/em>repr\u00e9sente alors \u00e0 l\u2019actif la valeur latente de l\u2019\u00e9pargne accumul\u00e9e en T1 pour fabriquer la machine A qui, par l\u2019\u00e9change, permet d\u2019obtenir la machine B en T2.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0<em>Contre-valeur de l\u2019\u00e9pargne repr\u00e9sentant le produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tences SC1 = profit \u00e0 attendre = amortissement<\/em>\u00a0\u00bb qui vient \u00e9quilibrer au passif ce \u00ab\u00a0<em>Produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tences SC1<\/em>\u00a0\u00bb ne sera effective que lorsque les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B auront \u00e9t\u00e9 vendus sur le march\u00e9 \u00e0 un prix qui int\u00e8gre le \u00ab\u00a0<em>profit \u00e0 attendre<\/em>\u00a0\u00bb de cette \u00e9pargne investie. Si, par exemple, la machine B dure une p\u00e9riode T3, en \u00e9tant vendus 2N\u00a0\u20ac les produits qu\u2019elle permet de fabriquer rempliront les N\u00a0\u20ac correspondant \u00e0 \u00ab\u00a0<em>Machine A = Produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tences SC1\u00a0\u00bb <\/em>sous forme de tr\u00e9sorerie en supposant que les clients aient pay\u00e9 comptant. La contre-partie au passif sous forme de \u00ab\u00a0<em>Contre-valeur de l\u2019\u00e9pargne repr\u00e9sentant le produit accumul\u00e9 de la structure de comp\u00e9tences SC1 = profit \u00e0 attendre = amortissement\u00a0\u00bb <\/em>sera alors effective et pourra \u00eatre enregistr\u00e9e sous la forme comptable de l\u2019amortissement. Les N\u00a0\u20ac restant du produit des ventes viendront rembourser au passif le \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb puisque nous avons suppos\u00e9 que la machine durait une p\u00e9riode et donc serait hors d\u2019usage \u00e0 la fin de celle-ci.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, lorsque les produits fabriqu\u00e9s par la machine B auront \u00e9t\u00e9 vendus, le bilan comptable de l\u2019entreprise A se pr\u00e9sentera de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan des comptes de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"255\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"355\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"207\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td rowspan=\"2\" width=\"48\">\n<p align=\"center\">2\u00a0N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\">Capital = droit sur l\u2019actif<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"300\">Profit moyen minimum = amortissement<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"207\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si c\u2019est seulement la moiti\u00e9 des clients qui a r\u00e9gl\u00e9 comptant, on obtiendra comme pr\u00e9sentation comptable\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan des comptes de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"255\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"355\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"207\">Cr\u00e9ances sur les clients<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\">Capital = droit sur l\u2019actif<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"207\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\">Profit moyen minimum = amortissement<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"207\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"300\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"55\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous constatons ainsi que le profit est inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9change. Il est g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par lui comme contre valeur de l\u2019\u00e9pargne investie. Ce qui s\u2019\u00e9change en d\u00e9finitive, c\u2019est cette \u00e9pargne investie contre le profit futur qui ne devient effectif que lorsque les produits r\u00e9alis\u00e9s au moyen de cet investissement auront \u00e9t\u00e9 vendus \u00e0 un prix suffisant sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>Si ce prix est sup\u00e9rieur \u00e0 ce qui permet d\u2019\u00e9changer l\u2019\u00e9pargne investie, par exemple 2,5\u00a0N\u00a0\u20ac au lieu de deux, la diff\u00e9rence de 0,5N\u00a0\u20ac est \u00ab\u00a0hors \u00e9change\u00a0\u00bb, c\u2019est-dire qu\u2019elle ne peut pas s\u2019expliquer par le m\u00e9canisme de l\u2019\u00e9change. Elle provient du fait que l\u2019entreprise peut artificiellement augmenter son prix parce qu\u2019elle jouit d\u2019une situation de monopole temporaire sur le march\u00e9. Ce montant de 0,5\u00a0N\u00a0\u20ac constitue pour elle une \u00ab\u00a0rente\u00a0\u00bb qui correspondra au r\u00e9sultat comptable \u00e9tabli dans le compte de r\u00e9sultat si et seulement si les co\u00fbts ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s en valeur historique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le compte de r\u00e9sultat se pr\u00e9sentera sch\u00e9matiquement de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Compte de r\u00e9sultat de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"426\">\n<p align=\"center\">Charges<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"184\">\n<p align=\"center\">Produits<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"351\">Co\u00fbts historiques des facteurs consomm\u00e9s<\/td>\n<td width=\"76\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"130\">Produit des ventes<\/td>\n<td width=\"54\">\n<p align=\"center\">2,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"351\">Profit moyen minimum = dotation aux amortissements<\/td>\n<td width=\"76\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"130\"><\/td>\n<td width=\"54\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"351\">R\u00e9sultat b\u00e9n\u00e9ficiaire = rente commerciale r\u00e9elle<\/td>\n<td width=\"76\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"130\"><\/td>\n<td width=\"54\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"351\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"76\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"130\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"54\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A ce compte de r\u00e9sultat correspondra le bilan suivant en supposant que les cr\u00e9ances clients s\u2019\u00e9l\u00e8vent maintenant \u00e0 0,5N\u00a0\u20ac\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"610\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"610\">\n<p align=\"center\">Bilan de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"231\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"379\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"171\">Cr\u00e9ances sur les clients<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"312\">Capital = droit sur l\u2019actif = Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<td width=\"67\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"171\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td rowspan=\"2\" width=\"60\">\n<p align=\"center\">2N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"312\">Profit moyen minimum = amortissement<\/td>\n<td width=\"67\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"312\">R\u00e9sultat comptable = Rente commerciale r\u00e9elle<\/td>\n<td width=\"67\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"171\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"312\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"67\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette logique de fonctionnement concernant l\u2019entreprise A se retrouve int\u00e9gralement et sym\u00e9triquement pour l\u2019entreprise B.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la pratique, il serait dangereux pour l\u2019entrepreneur A de raisonner de cette mani\u00e8re car il n\u2019est pas s\u00fbr du tout de vendre les produits fabriqu\u00e9s par la machine B \u00e0 un prix qui lui permette au minimum d\u2019\u00e9changer son \u00e9pargne investie contre le profit futur. Son r\u00f4le est de calculer le prix des produits fabriqu\u00e9s par la machine B pour que son activit\u00e9 soit rentable, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9gage au minimum le profit moyen et, si possible, une rente. Notre r\u00f4le en tant que chercheur est inverse\u00a0: il est de lui expliquer \u00e0 quelles conditions le produit pourra \u00eatre vendu \u00e0 ce prix. Cette condition ressort du m\u00e9canisme de l\u2019\u00e9change tel qu\u2019il est structur\u00e9 par les bilans complets\u00a0: il faut que les produits fabriqu\u00e9s par la machine B puissent \u00eatre \u00e9chang\u00e9s \u00e0 leur prix, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019un entrepreneur C, par exemple, ait vers\u00e9 les salaires qui serviront \u00e0 acheter les produits fabriqu\u00e9 par la machine B, ce qui implique logiquement, qu\u2019une autre structure de comp\u00e9tence SC3 ait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans l\u2019entreprise C. autrement dit, le profit et la rente ne peuvent se mat\u00e9rialiser que si d\u2019autres travaux ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans d\u2019autres entreprises.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2.2.4 \u2013 N\u00e9cessit\u00e9 de mesurer en co\u00fbt historique<\/h3>\n<p>Notre logique de raisonnement n\u2019est valide que si les \u00e9l\u00e9ments utilis\u00e9s dans l\u2019activit\u00e9 productive sont valoris\u00e9s en co\u00fbt historique con\u00e7u comme un co\u00fbt social de structure de comp\u00e9tence. Cette notion de co\u00fbt historique n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e puisque la stabilit\u00e9 des pratiques sociales entra\u00eenait comme cons\u00e9quence une correspondance permanente entre l\u2019\u00e9chelle des prix et celle des co\u00fbts. Le co\u00fbt historique ou le prix de march\u00e9 fournit alors un point d\u2019ancrage pour pouvoir expliquer comment la richesse se reconstitue et se d\u00e9veloppe dans le temps \u00e0 travers les m\u00e9canismes du profit et de la rente.<\/p>\n<p>Lorsque ce point d\u2019ancrage n\u2019est plus stable, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque l\u2019\u00e9chelle des prix ne refl\u00e8te pas celle des co\u00fbts historiques, il ne sera pas possible de suivre l\u2019encha\u00eenement logique du raisonnement pour mettre en \u00e9vidence la diff\u00e9rence entre le profit moyen g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00e9change lui-m\u00eame et la rente. En effet, dans ce cas et en reprenant l\u2019exemple que nous avons d\u00e9velopp\u00e9 ci-dessus, les prix de march\u00e9 de la machine B pour l\u2019entrepreneur A et de la machine A pour l\u2019entrepreneur B ainsi que ceux des composants permettant la fabrication des produits peuvent changer, ce qui modifie les \u00e9quilibres du compte de r\u00e9sultat et du bilan tout en donnant des informations inexactes dans leur interpr\u00e9tation. Si nous supposons que les actifs et les passifs, notamment financiers, soient valoris\u00e9s en juste valeur correspondant \u00e0 leur prix de march\u00e9 lorsque celui-ci est efficient et, donc, \u00e0 leur valeur fondamentale, nous verrons appara\u00eetre au bilan une perte ou une rente \u00ab\u00a0financi\u00e8re\u00a0\u00bb correspondant respectivement \u00e0 la moins-value ou \u00e0 la plus-value potentielle qui serait g\u00e9n\u00e9r\u00e9e si les actifs et les passifs \u00e9taient vendus sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>Si nous supposons l\u2019existence d\u2019une plus-value potentielle de 1,5 \u20ac sur des actions que l\u2019entreprise A poss\u00e8de sur une autre entreprise, nous obtiendrons le bilan suivant\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"602\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"602\">\n<p align=\"center\">Bilan de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"227\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"375\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"166\">Cr\u00e9ances sur les clients<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"312\">Capital = droit sur l\u2019actif = Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"166\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td rowspan=\"2\" width=\"60\">\n<p align=\"center\">2N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"312\"><em>Profit moyen minimum = amortissement<\/em><\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"312\">R\u00e9sultat comptable = Rente commerciale r\u00e9elle<\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"166\"><strong>Ecart sur actifs financiers<\/strong><\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\"><strong>1,5 \u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"312\"><strong>Rente financi\u00e8re potentielle<\/strong><\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\"><strong>1,5 \u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"166\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\"><strong>4 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"312\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\"><strong>4 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voyons sur ce bilan que cette rente financi\u00e8re ne correspond \u00e0 aucun produit de structure de comp\u00e9tence SC(\u00a0?) puisqu\u2019elle a pour origine l\u2019activit\u00e9 sp\u00e9culative de certains op\u00e9rateurs. Elle n\u2019a aucune consistance r\u00e9elle or, telle qu\u2019elle appara\u00eet dans le bilan, elle est susceptible d\u2019\u00eatre distribu\u00e9e, ce qui ne va pas sans poser des probl\u00e8mes \u00e9ventuellement de tr\u00e9sorerie \u00e0 l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Il nous semble que ce soit un abus de langage que de parler de cr\u00e9ation de valeur dans la mesure o\u00f9 aucune valeur n\u2019est r\u00e9ellement cr\u00e9\u00e9e. Elle correspond simplement \u00e0 la distribution d\u2019un pouvoir d\u2019achat sur les biens et services existants qu\u2019elle n\u2019a pas contribu\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 produire. Ce pouvoir d\u2019achat consid\u00e9rable destin\u00e9 \u00e0 un petit groupe de personnes creuse les in\u00e9galit\u00e9s comme jamais ce fut le cas avant le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Le jeu de bascule entre ceux qui profitent de ce pouvoir d\u2019achat suppl\u00e9mentaire et les autres qui ne per\u00e7oivent pratiquement rien de plus, s\u2019op\u00e8re essentiellement via l\u2019inflation du prix d\u2019achat et de la location de l\u2019immobilier.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tendre la juste valeur \u00e0 tous les actifs et passifs risque d\u2019amener des distorsions de valeurs dans ceux-ci dont la coh\u00e9rence d\u2019ensemble dans la construction et le maintien de l\u2019organisation de l\u2019entreprise sera remise en question.<\/p>\n<p>Enfin, nous pouvons constater que l\u2019existence de cette rente financi\u00e8re potentielle est une incitation permanente \u00e0 utiliser la tr\u00e9sorerie pour racheter les actions de la soci\u00e9t\u00e9 qui porte juridiquement l\u2019entreprise afin que l\u2019augmentation de la demande fasse augmenter le cours et que la diminution du nombre d\u2019actions en fasse augmenter le dividende. Or, la tr\u00e9sorerie serait plus judicieusement utilis\u00e9e \u00e0 investir pour cr\u00e9er des richesses et des emplois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>2.3 &#8211; La dynamique du don chez Mauss<\/h2>\n<h3>2.3.1 &#8211; Distinction entre le don et l\u2019\u00e9change<\/h3>\n<p>Marcel Mauss est le neveu par alliance, l\u2019\u00e9l\u00e8ve et l\u2019h\u00e9ritier spirituel de Durkheim. N\u2019\u00e9tant jamais all\u00e9 sur le terrain, il s\u2019inspire fortement des monographies de Malinowski et de Boas Il fait de l\u2019anthropologie par personne interpos\u00e9e en imaginant des dialogues entre des ethnographes qui ont travaill\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9pendante m\u00eame s\u2019il arrivait parfois que certains utilisent les r\u00e9sultats obtenus par les autres. C\u2019est ainsi qu\u2019il instaure un dialogue entre Malinowski et Boas pour montrer dans son c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Essai sur le don. Forme et raison de l&rsquo;\u00e9change dans les soci\u00e9t\u00e9s archa\u00efques\u00a0\u00bb (1923-1924), \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;exemples emprunt\u00e9s \u00e0 diverses soci\u00e9t\u00e9s primitives, que l\u2019\u00e9conomique ne peut pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9 du sacr\u00e9 et que le don est un \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne social total\u00a0\u00bb pour lequel il reprend le mot de \u00ab\u00a0potlatch<strong>\u00a0\u00bb<\/strong> qui appelle un contre-don<strong> <\/strong>d&rsquo;une \u00e9gale valeur symbolique. D\u2019une part, il montre que les \u00e9changes s&rsquo;effectuent sous la forme de dons \u00ab\u00a0obligatoirement donn\u00e9s, faits et rendus\u00a0\u00bb et, d\u2019autre part, il g\u00e9n\u00e9ralise l\u2019apport de Boas en parlant de \u00ab\u00a0prestation totale\u00a0\u00bb car dans le don s&rsquo;expriment en m\u00eame temps toutes sortes d&rsquo;institutions, familiales, juridiques, religieuses, \u00e9conomiques, scientifiques, morales<strong>&#8230; <\/strong>M\u00eame op\u00e9r\u00e9s entre des personnes, les dons concernent l&rsquo;ensemble des membres du groupe et ont des r\u00e9percussions sur la totalit\u00e9 de celui-ci et de ses \u00e9quilibres. Toutefois, Mauss ne se propose pas d&rsquo;\u00e9tudier le syst\u00e8me des prestations \u00e9conomiques dans son entier. Il en choisit un des traits sous la forme du don, qui semble \u00ab\u00a0volontaire, libre et gratuit\u00a0\u00bb, mais qui est pourtant \u00ab\u00a0contraint et int\u00e9ress\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le don n&rsquo;est ni de l&rsquo;ordre de la fusion, ni de la charit\u00e9, ni de l&rsquo;amour absolu. Il est porteur de rivalit\u00e9 tout en se mariant de fa\u00e7on complexe avec du partage. Il est anim\u00e9 en m\u00eame temps par de la concurrence et de l&rsquo;entente et, de ce m\u00e9lange, triomphent le plus souvent des valeurs d&rsquo;alliance qui prennent le pas sur celles de l&rsquo;hostilit\u00e9. Il unit et s\u00e9pare, chacun rivalisant pour donner et se battant avec l&rsquo;autre pour se montrer le plus g\u00e9n\u00e9reux. Le don est lutte, non pas \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0par\u00a0\u00bb<em> <\/em>la richesse, la sant\u00e9, le prestige ou la rivalit\u00e9, comme un moyen au service d&rsquo;une autre fin qui est celle de faire lien. Il n&rsquo;appara\u00eet pas comme une suite discontinue d&rsquo;actes individuels al\u00e9atoires ou spontan\u00e9s, d\u00e9termin\u00e9s par des sentiments de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ou par le poids des circonstances. Il se d\u00e9veloppe selon trois phases successives qui sont l&rsquo;obligation de donner, l&rsquo;obligation de recevoir et l&rsquo;obligation de rendre\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019acte fondateur est le don proprement dit qui marque la reconnaissance de l\u2019autre soi-m\u00eame, de l\u2019alter \u00e9go car il exprime le fait que ce qui appartenait \u00e0 celui qui donne appartient ensuite \u00e0 celui qui re\u00e7oit,<\/li>\n<li>le deuxi\u00e8me acte comprend l\u2019acceptation du don par le receveur qui reconnait la valeur de celui-ci pour son propre usage. Il y a une obligation de recevoir qui appelle celle, non moins insistante, de restituer quelque chose sous une forme ou sous une autre, ne serait-ce que par de la reconnaissance ou de l&rsquo;estime. Celui qui re\u00e7oit mais ne rend pas perd la face. Cet engagement de r\u00e9ciprocit\u00e9 garantit l&rsquo;\u00e9gale dignit\u00e9 des hommes impliqu\u00e9s dans le courant des \u00e9changes, m\u00eame si la contrepartie est de nature autre que celle du don initial,<\/li>\n<li>le troisi\u00e8me acte est le contre-don ou \u00ab\u00a0potlatch\u00a0\u00bb \u00e0 proprement parler. Il \u00e9limine une diff\u00e9rence de valeur entre celle re\u00e7ue du donateur et celle per\u00e7ue par le receveur, ce qui revient inconsciemment \u00e0 \u00e9galiser les valeurs mat\u00e9rielles de ce qui est \u00e9chang\u00e9 pour mettre en avant la valeur sociale de l\u2019\u00e9change, sous risque, si cette proc\u00e9dure n\u2019est pas respect\u00e9e, que le don ne devienne un g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse de Mauss fait entrevoir le don comme chose et valeur, signe et symbole toujours inscrits dans un cycle dynamique et interactionniste.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s archa\u00efques, le don constitue la forme g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;interaction sociale. Etant une spontan\u00e9it\u00e9 oblig\u00e9e, il n&rsquo;est r\u00e9ductible ni \u00e0 la contrainte sociale qu&rsquo;\u00e9voquent les paradigmes holistes, ni \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;absolue libert\u00e9 sur laquelle s&rsquo;\u00e9difie l\u2019individualisme m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p>Ant\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence et, <em>a fortiori<\/em> \u00e0 la scission, du march\u00e9 et de l&rsquo;\u00c9tat, il ne na\u00eet pas d&rsquo;en bas, de l&rsquo;action des individus s\u00e9par\u00e9s de leurs r\u00f4les sociaux, ni d&rsquo;en-haut, d&rsquo;une loi absolument pr\u00e9alable \u00e0 l&rsquo;action des hommes. Il nait de la relation, non pas entre des sup\u00e9rieurs et des inf\u00e9rieurs, ni des \u00e9gaux <em>a priori<\/em>, mais de celle entre des pairs qui se r\u00e9v\u00e9leront tels pour avoir subi l&rsquo;\u00e9preuve de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<p>Le donateur v\u00e9ritable n&rsquo;est pas celui qui donne pour donner mais celui qui donne aux autres la possibilit\u00e9 de donner \u00e0 leur tour, c&rsquo;est-\u00e0-dire de rendre, sinon, le don, signe d&rsquo;alliance, s&rsquo;annihile lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>A travers la relation de don s&rsquo;effectue la reconnaissance des \u00eatres humains entre eux s&rsquo;op\u00e9rant par la r\u00e9versibilit\u00e9 de la place qu\u2019ils occupent alternativement dans le cycle du don. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 cette condition que, par ce cycle r\u00e9versible \u00e0 trois temps, peuvent se d\u00e9velopper la sph\u00e8re de coop\u00e9ration et cette sociabilit\u00e9 primaire qu\u2019est la r\u00e9ciprocit\u00e9. Le don appara\u00eet ainsi comme \u00e9minemment pacificateur puisque l\u2019\u00e9change de valeurs \u00e9gales s&rsquo;effectue dans le cadre de rapports sociaux librement accept\u00e9s. Mais, en r\u00e9alit\u00e9, cette \u00e9galit\u00e9 est trompeuse car elle est plac\u00e9e sous le signe de la rivalit\u00e9, le contre don devant d\u00e9passer le don lui-m\u00eame compte tenu du surplus qu\u2019il doit apporter.<\/p>\n<p>Mauss ne se contente pas de fournir une explication du don, il cherche aussi \u00e0 d\u00e9terminer quelle est la raison qui impose l\u2019obligation de rendre apr\u00e8s avoir re\u00e7u. Selon lui, c\u2019est dans la chose donn\u00e9e que se trouverait la force qui contraint le donataire \u00e0 la rendre. Les choses \u00e9chang\u00e9es seraient dot\u00e9es d\u2019une \u00e2me \u00e0 l\u2019exemple du \u00ab\u00a0hau\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn72\">[72]<\/a>\u00a0chez les tribus maories de Nouvelle-Z\u00e9lande pour lesquelles l&rsquo;esprit qui accompagne la chose contraint le receveur \u00e0 payer en retour le donateur sous peine de perdre une part de lui-m\u00eame<a title=\"\" href=\"#_ftn73\">[73]<\/a>. Ainsi, la chose qui circule garde en elle la trace des personnes qui l\u2019ont poss\u00e9d\u00e9e\u00a0: le contre-don permet de rendre hommage au donateur et d\u2019\u00e9teindre la dette. Par exemple, dans la Kula, chacun des soulavas et des mwalis avait \u00ab\u00a0un nom, une personnalit\u00e9, une histoire, m\u00eame un roman\u00a0\u00bb et dans le potlatch selon Boas, ce sont les objets en cuivre qui \u00e9taient les plus valoris\u00e9s car, l\u00e0 aussi, chacun d\u2019eux avait les attributs d\u2019un \u00eatre vivant\u00a0: \u00ab\u00a0il parle, grogne et demande \u00e0 \u00eatre donn\u00e9\u00a0\u00bb (Mauss, 1923-1924).<\/p>\n<p>L\u00e9vi-Strauss conteste cette interpr\u00e9tation de Mauss en disant que le \u00ab\u00a0hau\u00a0\u00bb n\u2019est qu\u2019une l\u00e9gitimation particuli\u00e8re de l&rsquo;exigence de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui, elle seule, est universelle, ce qui lui ferait manquer la dimension structurale de l&rsquo;inconscient. Mais ce qui int\u00e9resse Mauss, c\u2019est essentiellement le caract\u00e8re de support subjectif, socialement constitu\u00e9, de l&rsquo;obligation de donner en retour. Il cherche \u00e0 recenser les formes mythiques que prend, selon les soci\u00e9t\u00e9s, les m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s de production et de circulation des biens mais aussi de projections imaginaires en ceux-ci par chaque personne de qualit\u00e9s et d\u2019attributs tels que la conscience de soi, l\u2019intentionnalit\u00e9, la parole, etc. qui n\u2019appartiennent objectivement qu\u2019\u00e0 elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2.3.2 &#8211; La place actuelle du don dans les soci\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>Si on peut pr\u00e9sumer qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine, tout syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9changes avait un caract\u00e8re sacr\u00e9 chez tous les peuples, sa transformation vers celui que l\u2019on conna\u00eet actuellement o\u00f9, lorsque nous achetons quelque chose, une fois le paiement effectu\u00e9 nous ne nous sentons li\u00e9s par aucune obligation vis-\u00e0-vis du vendeur et vice-versa, a suivi un rythme diff\u00e9rent selon les peuples. Testart (Sitographie n\u00b0\u00a08), en analysant la diff\u00e9rence entre l\u2019\u00e9change et le don, montra que l\u2019analyse des modalit\u00e9s et des raisons de l\u2019\u00e9change dans les soci\u00e9t\u00e9s archa\u00efques fait appara\u00eetre que le don solennel, la d\u00e9pense ostentatoire et non le pur calcul d\u2019int\u00e9r\u00eats personnels, sont les formes par lesquelles s\u2019effectue le contrat. Cette diff\u00e9rence n&rsquo;est pas dans le fait du retour car on conna\u00eet la r\u00e9gularit\u00e9 des \u00e9changes de cadeaux. Elle ne vient pas plus de ce que le retour soit ou non attendu car il existe aussi des dons int\u00e9ress\u00e9s o\u00f9 l\u2019on donne dans l\u2019espoir de recevoir plus en retour comme dans le bakchich. La diff\u00e9rence vient de ce que le donateur ne peut pas l\u00e9gitimement r\u00e9clamer un contre-don alors qu&rsquo;un \u00e9changiste est toujours en droit de r\u00e9clamer une contrepartie.<\/p>\n<p>Avec l\u2019invention en droit par les Romains au d\u00e9but de notre \u00e8re de la personnalit\u00e9 juridique se superposant \u00e0 la personnalit\u00e9 naturelle, c&rsquo;est le juridique qui permet de distinguer les deux ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0: le droit d&rsquo;exiger une contrepartie caract\u00e9rise l&rsquo;\u00e9change et manque dans le don. On peut montrer sur cette base que le kula des Trobriandais n&rsquo;est pas un don mais bien un \u00e9change\u00a0: car on peut r\u00e9clamer, au besoin par la violence, la contrepartie due. Par contre, le potlatch chez les Am\u00e9rindiens de la C\u00f4te Pacifique est un ensemble de dons et de contre-dons si nous le consid\u00e9rons dans son instantan\u00e9it\u00e9 alors qu\u2019il devient un \u00e9change si nous l\u2019abordons dans sa dimension d\u00e9cal\u00e9e dans le temps<a title=\"\" href=\"#_ftn74\">[74]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;Inde et en Germanie, on a conserv\u00e9 encore dans les \u00e9poques historiques, les institutions directement attach\u00e9es aux droits archa\u00efques, tandis que les Romains n&rsquo;en ont entretenu que des traces. Mais partout ailleurs, dans les soci\u00e9t\u00e9s qui sont rest\u00e9es primitives, en M\u00e9lan\u00e9sie, en Polyn\u00e9sie, en Afrique, chez les Indiens d&rsquo;Am\u00e9rique, ces syst\u00e8mes sont encore vivants.<\/p>\n<p>Il serait hasardeux de dire que dans nos soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es actuelles, il ne reste rien de cette mentalit\u00e9 primitive trop encombr\u00e9e de consid\u00e9rations de personnes et que le syst\u00e8me primitif d&rsquo;\u00e9changes de dons ne continue pas d&rsquo;exister sous des formes dissimul\u00e9es. Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des exemples tr\u00e8s contemporains de la pratique naturelle du don lorsqu\u2019elle resurgit \u00e0 l&rsquo;occasion des f\u00eates et des c\u00e9r\u00e9monies qui ob\u00e9issent souvent \u00e0 la coutume des \u00ab\u00a0cadeaux re\u00e7us, cadeaux rendus\u00a0\u00bb\u00a0, m\u00eame s\u2019il arrive parfois que l\u2019on puisse se sentir oblig\u00e9 de faire un cadeau alors que le c\u0153ur y participe moins que la courtoisie.<\/p>\n<p>Sorti il y a un si\u00e8cle du f\u00e9odalisme, le Japon garde en bien des points les traces de l&rsquo;ancienne pratique du don par rapport \u00e0 laquelle les entreprises japonaises fournissent un exemple int\u00e9ressant en termes de management. La formation des cadres, avant d&rsquo;\u00eatre une affaire intellectuelle ou technique, est une mati\u00e8re d&rsquo;int\u00e9gration dans l\u2019esprit de l\u2019entreprise o\u00f9 l&rsquo;on travaille auquel est donn\u00e9 le nom de \u00ab\u00a0shaf\u00fb\u00a0\u00bb. Un agent administratif, technique ou commercial, est un homme de telle ou telle soci\u00e9t\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre comptable ou m\u00e9canicien. Il est donc difficile de trouver et de garder un emploi uniquement en raison de la comp\u00e9tence dans un certain domaine, car l&rsquo;int\u00e9gration dans l&rsquo;esprit de l\u2019entreprise est un travail de longue date. La r\u00e9alisation de cette int\u00e9gration explique la relative immobilit\u00e9 du personnel dans les grandes entreprises japonaises. D\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, il semble qu\u2019aucune soci\u00e9t\u00e9 ne puisse s&rsquo;instituer et perdurer sans faire sa part au don, \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;inconditionnalit\u00e9. Il en est ainsi de la soci\u00e9t\u00e9 moderne qui voit le don faire retour de toutes parts alors qu\u2019elle s&rsquo;est b\u00e2tie sur son expulsion hors de la sph\u00e8re publique et sur son confinement dans le domaine des affaires priv\u00e9es. Par exemple, nous pouvons l\u2019identifier dans les contextes suivants qui refl\u00e8tent une dynamique de type potlatch\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>contribution aux repas communautaires aussi appel\u00e9s \u00ab\u00a0repas canadiens\u00a0\u00bb o\u00f9 chacun apporte spontan\u00e9ment un plat ou une boisson pour tous,<\/li>\n<li>obtention d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 et d&rsquo;une position hi\u00e9rarchique plus importante en fonction de la qualit\u00e9 et de la quantit\u00e9 des contributions faites dans une dynamique de groupe,<\/li>\n<li>obtention des droits de mod\u00e9ration dans une communaut\u00e9 virtuelle, comme c&rsquo;est le cas de Wikip\u00e9dia, en fonction des contributions ant\u00e9c\u00e9dentes,<\/li>\n<li>etc.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cela peut para\u00eetre surprenant qu\u2019apr\u00e8s deux mille ans de refa\u00e7onnage de l&rsquo;esprit du don archa\u00efque par le mod\u00e8le du don chr\u00e9tien et des contraintes inh\u00e9rentes \u00e0 sa cohabitation avec les exigences modernes de l&rsquo;efficacit\u00e9 fonctionnelle, la triple obligation de donner, recevoir et rendre d\u00e9gag\u00e9e par Mauss continue \u00e0 informer une part importante de l&rsquo;action dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes. Bien que la modernit\u00e9 d\u00e9mocratique ait lutt\u00e9, \u00e0 juste titre, contre les perversions du don qui apparaissent aussit\u00f4t qu\u2019il sort de l&rsquo;horizon de la parit\u00e9, il continue \u00e0 constituer la loi de l\u2019interaction primaire dans les sph\u00e8res sociales telles que la famille, le voisinage, la camaraderie, la vie associative, etc. S\u00e9n\u00e8que (1993) fournit un d\u00e9but d\u2019explication \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes en montrant, il y a 2\u00a0000 ans, que les pairs ne sont pas les \u00e9gaux car nous recevons de celui \u00e0 qui nous aurions pu donner. Poussant son raisonnement plus loin pour savoir si un esclave pouvait \u00eatre un bienfaiteur et l&rsquo;auteur d&rsquo;un don, il r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Affirmer qu&rsquo;un esclave n&rsquo;est en aucune circonstance le bienfaiteur de son ma\u00eetre, c&rsquo;est ignorer que l&rsquo;humanit\u00e9 a ses droits. Ce qui importe en effet ce sont les sentiments du bienfaiteur, non sa position sociale<\/em>\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn75\">[75]<\/a>. La circulation des bienfaits selon S\u00e9n\u00e8que, en tant qu&rsquo;elle ob\u00e9it \u00e0 l&rsquo;exigence de parit\u00e9, n&rsquo;est donc pas born\u00e9e au cercle \u00e9troit des \u00e9gaux. Elle n&rsquo;est pas limit\u00e9e aux fronti\u00e8res d&rsquo;une caste, pas plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;unilat\u00e9ralit\u00e9 qui caract\u00e9rise les dons effectu\u00e9s par le patron \u00e0 ses clients.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la pratique du don ne saurait irriguer, telle quelle et \u00e0 elle seule, la circulation g\u00e9n\u00e9rale des biens et services ordinaires du monde moderne que Georges Bataille (1949) appelle l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9conomie restreinte\u00a0\u00bb. A celle-ci qu\u2019il identifie aux conceptions raisonnables d\u2019un monde social conforme \u00e0 ses comptes, r\u00e9gi par le principe de l\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris et du primat de la production sur la consommation, il oppose l\u2019existence d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb anim\u00e9e par un obscur \u00ab esprit \u00bb collectif, esprit \u00e0 la fois \u00e9mulateur, destructeur et pacificateur, et dans laquelle la d\u00e9pense improductive prime sur la production en organisant collectivement la destruction des richesses comme une r\u00e9ponse au besoin cach\u00e9 de l&rsquo;homme pour les prestations totales agonistiques<a title=\"\" href=\"#_ftn76\"><strong><strong>[76]<\/strong><\/strong><\/a>.<\/p>\n<p>Tant par sa th\u00e9matique originale que constitue le don-\u00e9change, que par l\u2019innovation m\u00e9thodologique du concept sociologique de fait social total, l\u2019Essai sur le don de Mauss constitue un apport d\u00e9cisif pour appr\u00e9hender sous un jour radicalement nouveau l\u2019ensemble des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques en soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>2.3.3 \u2013 Interpr\u00e9tation th\u00e9orique du don et structure des \u00e9changes<\/h3>\n<p>L\u2019Essai sur le Don constitue une g\u00e9n\u00e9ralisation th\u00e9orique du potlatch en trois \u00e9tapes\u00a0: donner, recevoir et rendre. La th\u00e9orie du profit et de la rente que nous avons propos\u00e9e au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent s\u2019applique aussi ici tout en constatant que tant que la personne juridique autonome n\u2019est pas une r\u00e9alit\u00e9 sociale, l\u2019\u00e9change ne peut avoir lieu sous la forme o\u00f9 nous le connaissons. D\u00e8s que cette personnalisation est effective, alors le don se transforme en \u00e9change pour la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 de nos activit\u00e9s permettant ainsi de d\u00e9velopper les pratiques li\u00e9es \u00e0 la recherche du profit et de la rente.<\/p>\n<h2>2.4 &#8211; Valeur comp\u00e9tence et d\u00e9finition du domaine de la comptabilit\u00e9<\/h2>\n<p>La comp\u00e9tence \u00e9tant fonction de l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9veloppement historique et scientifique de la soci\u00e9t\u00e9, son appropriation par les \u00eatres humains repr\u00e9sente un co\u00fbt social, ce qui nous a permis de dire que le co\u00fbt historique pr\u00e9sente une composante sociale. Son rythme d&rsquo;\u00e9volution qui d\u00e9pend essentiellement du progr\u00e8s technique n&rsquo;est pas constant dans le temps. Si la comp\u00e9tence s&rsquo;am\u00e9liore dans la fabrication d&rsquo;un bien et pas dans celle des autres biens, la valeur unitaire de ce bien diminuera par rapport \u00e0 celle des autres puisqu&rsquo;il faudra utiliser moins de comp\u00e9tence pour l\u2019obtenir. Pour que la valeur globale de l&rsquo;ensemble de la production de ce bien reste constante, il sera n\u00e9cessaire d\u2019en produire une plus grande quantit\u00e9. Sur le march\u00e9, le prix du bien devrait aussi diminuer et, en m\u00eame temps, une plus grande quantit\u00e9 devrait \u00eatre mise \u00e0 disposition des clients ce qui augmentera leur richesse.<\/p>\n<p>En effet, la valeur s&rsquo;exprimant \u00e0 travers un prix qui ne prend d&rsquo;existence que dans son inscription dans un compte, l&rsquo;\u00e9criture des prix dans les comptes ne peut pas \u00eatre con\u00e7ue comme la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb car celle-ci doit correspondre \u00e0 un \u00ab\u00a0plus\u00a0\u00bb pour l&rsquo;entreprise et ses parties prenantes, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 un droit de pouvoir acheter des biens et des services dans l&rsquo;\u00e9conomie. L&rsquo;inscription d&rsquo;un prix dans un compte n&rsquo;est pas ce droit. Celui-ci peut-\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant mat\u00e9rialis\u00e9 par de la tr\u00e9sorerie disponible qui repr\u00e9sente bien une cr\u00e9ance sur l&rsquo;\u00e9conomie. Et cette tr\u00e9sorerie suppl\u00e9mentaire n&rsquo;a pu \u00eatre obtenue par l&rsquo;entreprise qu&rsquo;\u00e0 travers les \u00e9changes sur ses march\u00e9s. Or, sur ceux-ci, on n&rsquo;\u00e9change pas des \u00ab\u00a0prix\u00a0\u00bb mais des biens et des services. La cr\u00e9ation de valeur devrait donc \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 la possibilit\u00e9 de disposer, d&rsquo;une p\u00e9riode \u00e0 l&rsquo;autre, d&rsquo;une plus grande quantit\u00e9 de biens et de services, lesquels sont produits, stock\u00e9s et distribu\u00e9s gr\u00e2ce aux actifs dont l&rsquo;entreprise dispose.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il ne faut pas confondre la valeur et le prix, il faut bien distinguer aussi la valeur et la richesse ou, ce qui revient au m\u00eame, entre la valeur et le produit, leur \u00e9volution se faisant de mani\u00e8re oppos\u00e9e. Etre plus riche ne consiste pas \u00e0 cr\u00e9er de la valeur mais des produits dont le prix unitaire diminue parce que la valeur comp\u00e9tence unitaire diminue. La confusion entre la \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0richesse\u00a0\u00bb emp\u00eache de poser correctement le probl\u00e8me de la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de richesse\u00a0\u00bb ou celui corr\u00e9latif de la \u00ab\u00a0 cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme le progr\u00e8s technique se diffuse dans toutes les branches d&rsquo;activit\u00e9, il arrivera un moment o\u00f9 les rapports de valeur seront redevenus ce qu&rsquo;ils \u00e9taient avant la mise en \u0153uvre de ce progr\u00e8s technique, ce qui, si le march\u00e9 fonctionne dans de bonnes conditions de concurrence, entra\u00eenera un r\u00e9alignement des prix les uns par rapport aux autres et une plus grande quantit\u00e9 de biens disponibles \u00e0 l&rsquo;achat.<\/p>\n<p>Ainsi, cr\u00e9er de la richesse d&rsquo;une p\u00e9riode \u00e0 l&rsquo;autre dans la r\u00e9alit\u00e9 signifie, en d\u00e9finitive, ne pas perdre de valeur dans la th\u00e9orie et c&rsquo;est un des r\u00f4les fondamentaux de la comptabilit\u00e9 que de constater dans les comptes cette reproduction de la valeur dans le temps. Cette constatation concerne la comptabilit\u00e9 r\u00e9elle qui doit jouer un r\u00f4le informatif et de contr\u00f4le. La th\u00e9orie comptable que nous avons propos\u00e9e permet d\u2019expliquer l\u2019\u00e9change sur un march\u00e9 tout en indiquant ce qui emp\u00eache parfois celui-ci de fonctionner normalement. En ce sens, elle est \u00e0 la fois explicative et normative puisqu\u2019elle propose un mod\u00e8le de fonctionnement parfait du march\u00e9.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le suppose que l&rsquo;\u00e9pargne investie soit r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e au minimum au taux de profit moyen en vigueur dans la soci\u00e9t\u00e9 et que ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 cette condition qu&rsquo;elle pourra devenir un \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb. Cette cr\u00e9ation suppl\u00e9mentaire de biens et les ventes correspondantes se traduisent par des enregistrements de prix et\/ou de co\u00fbts dans la comptabilit\u00e9. Celle-ci doit donc \u00eatre d\u00e9finie et organis\u00e9e pour permettre de calculer le niveau de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb correspondant. Pour que notre raisonnement soit objectif, nous devons concevoir le capital investi comme \u00e9tant engag\u00e9 dans un processus d\u2019\u00e9change \u00e9chelonn\u00e9 dans le temps avec le profit futur, les \u00e9critures d\u2019amortissement \u00e9tant charg\u00e9es de traduire comptablement ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Cela implique que l\u2019on raisonne en co\u00fbts historiques et que les profits d\u00e9gag\u00e9s soient \u00e9troitement li\u00e9s au fonctionnement du march\u00e9 et non pas r\u00e9sulter d\u2019une volont\u00e9 d\u2019obtention d\u2019un taux par les actionnaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, le raisonnement comptable ne peut se d\u00e9ployer logiquement que si le champ de d\u00e9finition des faits comptables est homog\u00e8ne.<\/p>\n<p>A ce titre, nous devons \u00e9vacuer un certain nombre de faits qui pourraient \u00eatre l\u2019objet d\u2019une inscription dans un tableau \u00e0 deux colonnes sans qu\u2019ils soient pour autant comptables au sens o\u00f9 nous entendons ce mot.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit en particulier de la valorisation de la comp\u00e9tence des salari\u00e9s dont certains chercheurs r\u00e9clament fortement la valorisation (Amblard, 1999). Celle-ci est impossible dans le cadre de notre th\u00e9orie car il ne nous est pas possible, pour continuer \u00e0 raisonner dans un champ homog\u00e8ne, de confondre la cause et l\u2019effet. Si la structure de comp\u00e9tences est la cause des produits fabriqu\u00e9s et vendus, elle ne peut elle-m\u00eame \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un effet dont elle serait sa propre cause. Si c\u2019\u00e9tait le cas, notre champ de d\u00e9finition de la comptabilit\u00e9 perdrait son homog\u00e9n\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p>Il en est aussi de la comptabilit\u00e9 verte encore appel\u00e9e comptabilit\u00e9 de l\u2019environnement, non pas qu\u2019il ne soit pas possible d\u2019en tenir une mais elle ne rentrerait pas dans la d\u00e9finition que nous avons donn\u00e9e d\u2019un fait comptable dans la mesure o\u00f9 l\u2019objectif premier des faits environnementaux n\u2019est pas la reproduction de la valeur comp\u00e9tence dans le temps mais la d\u00e9finition des mesures qui permettraient de montrer que l\u2019environnement est respect\u00e9. Si l\u2019on prend, par exemple, le choix d\u2019un investissement respectueux de l\u2019environnement, son enregistrement comptable sera le m\u00eame qu\u2019un autre qui n\u2019est pas pr\u00e9vu pour cela, ses caract\u00e9ristiques propres touchant \u00e0 l\u2019environnement pouvant simplement faire l\u2019objet d\u2019un document descriptif de mani\u00e8re extra-comptable.<\/p>\n<p>Le domaine comptable que nous retenons est celui des op\u00e9rations marchandes \u00e0 l\u2019exclusion de toutes autres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous allons illustrer les apports th\u00e9oriques de ce chapitre \u00e0 l\u2019occasion des trois chapitres qui suivent en montrant tout d\u2019abord comment la comptabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e sous le n\u00e9olithique puis, comment les normes comptables qui permettent \u00e0 la comptabilit\u00e9 de remplir sa fonction de contr\u00f4le ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es dans la Haute Antiquit\u00e9 pour terminer par la mise en relief de l\u2019\u00e9volution des m\u00e9thodes d\u2019enregistrement comptable jusqu\u2019au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, m\u00e9thodes qui modifient la pratique mais non la th\u00e9orie que nous avons propos\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Chapitre 3\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 concr\u00e8te au N\u00e9olithique<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le mode de vie des soci\u00e9t\u00e9s in\u00e9galitaires par rapport \u00e0 celles qui \u00e9taient \u00e9galitaires constitua un changement radical que Childe (1925) appela \u00ab\u00a0R\u00e9volution N\u00e9olithique\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn77\">[77]<\/a> pour d\u00e9signer, non pas une v\u00e9ritable r\u00e9volution soudaine mais une \u00e9volution plus ou moins rapide<a title=\"\" href=\"#_ftn78\">[78]<\/a> et g\u00e9ographiquement disparate de traits techniques, \u00e9conomiques et sociaux. Actuellement, elle n\u2019est plus identifi\u00e9e seulement par le polissage des pierres mais aussi et surtout comme un stade culturel pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019Antiquit\u00e9 et prolongeant, en l\u2019amplifiant, le processus de transformation des modes de vie des groupes humains \u00e9galitaires en tribus in\u00e9galitaires. Ainsi, pour Testart (1979), la R\u00e9volution N\u00e9olithique est caract\u00e9ris\u00e9e par le passage d\u2019un mode agro-pastoral \u00e0 la d\u00e9couverte des techniques de stockage alors que pour Jacques\u00a0Cauvin (1978), arch\u00e9ologue fran\u00e7ais, l&rsquo;agriculture aurait \u00e9t\u00e9 une solution pour cr\u00e9er de nouveaux rapports sociaux en \u00e9tant \u00ab\u00a0davantage une forme d&rsquo;adaptation de la soci\u00e9t\u00e9 humaine \u00e0 elle-m\u00eame plus qu&rsquo;\u00e0 son milieu ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb. La R\u00e9volution N\u00e9olithique ne rel\u00e8verait alors pas de contraintes environnementales exog\u00e8nes aux tribus in\u00e9galitaires mais d\u2019une dynamique qui leur serait endog\u00e8ne \u00e0 partir d\u2019une modification de leur religiosit\u00e9 un peu plus de 10\u00a0000 ans avant J. C.<\/p>\n<p>L\u2019abandon du nomadisme au profit de la s\u00e9dentarisation agricole allait provoquer de nouveaux besoins chez l&rsquo;homme qui n\u00e9cessiteront aussi bien des innovations techniques que de profondes transformations urbaines et sociales que Childe (1925) appela \u00ab\u00a0R\u00e9volution urbaine\u00a0\u00bb. Parmi celles-ci, les deux plus importantes furent\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>le d\u00e9veloppement des villes-Etats qui se fit en plusieurs \u00e9tapes,<\/li>\n<li>la modification de la religiosit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces nouveaux besoins permettront le d\u00e9veloppement du commerce \u00e0 l\u2019origine de la mise en place d\u2019un syst\u00e8me de contr\u00f4le des richesses cr\u00e9\u00e9es qui donna naissance \u00e0 la comptabilit\u00e9, d\u2019abord concr\u00e8te au moyen d\u2019objets d\u2019argile compt\u00e9 mais non valoris\u00e9s puis de plus en plus abstraire avec le d\u00e9veloppement de la valorisation rendue possible par celui de la monnaie.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br clear=\"all\" \/> <\/span><\/strong><\/p>\n<h2>3.1 &#8211; Les innovations techniques<\/h2>\n<p>La satisfaction de nouveaux besoins chez l&rsquo;homme s\u00e9dentaire n\u00e9cessita des innovations techniques. Les principales portent sur\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la g\u00e9n\u00e9ralisation de l&rsquo;outillage en pierre polie provenant des chasseurs-cueilleurs, et sur l\u2019invention de la poterie 8\u00a0000 ans avant J\u00e9sus-Christ,<\/li>\n<li>le travail des m\u00e9taux comme le cuivre de 10\u00a0000 \u00e0 5\u00a0000 avant JC, puis sur la m\u00e9tallurgie avec le bronze<a title=\"\" href=\"#_ftn79\">[79]<\/a>, 3\u00a0500 ans avant J. C.<\/li>\n<li>de nouvelles techniques agricoles qui font aussi leur apparition.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;invention de la poterie en montant des colombins d&rsquo;argile les uns sur les autres, sans \u00ab\u00a0tour de potier\u00a0\u00bb, sous forme de r\u00e9cipients r\u00e9sistant au feu permit la cuisson des grains comme cela est prouv\u00e9 sur les sites de Catal Huyuk en Anatolie et de Tepe Guran en M\u00e9sopotamie. Ces poteries utilitaires cuites qui se g\u00e9n\u00e9raliseront 6\u00a0000 ans environ avant J.\u00a0C. vont faciliter et s\u00e9curiser la conservation des aliments.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;invention du tour de potier, environ 4\u00a0000 ans avant J. C., il fut possible de produire en grand nombre d\u2019objets vari\u00e9s en terre cuite qui facilit\u00e8rent la conservation et le stockage des exc\u00e9dents de c\u00e9r\u00e9ales et qui furent distribu\u00e9s sur de larges territoires.<\/p>\n<p>A mesure que les d\u00e9veloppements technologiques furent appliqu\u00e9s par les agriculteurs, les cultures obtenues<a title=\"\" href=\"#_ftn80\">[80]<\/a>, augmentaient en g\u00e9n\u00e9rant, par rapport aux besoins alimentaires de subsistance, des exc\u00e9dents qui incit\u00e8rent \u00e0 constituer des r\u00e9serves et \u00e0 pratiquer des \u00e9changes avec les autres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>3.2 &#8211; La \u00ab\u00a0R\u00e9volution urbaine\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>L\u2019\u00e9tude de la R\u00e9volution urbaine permet de comprendre comment l\u2019activit\u00e9 de comptage a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de la structuration sociale des villes naissantes et, devant le besoin d\u2019information pour aider \u00e0 prendre les d\u00e9cisions, comment elle s\u2019est transform\u00e9e en comptabilit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quatre \u00e9tapes successives caract\u00e9risent cette r\u00e9volution urbaine.<\/p>\n<ul>\n<li>Modification de l\u2019habitat et domestications animales.<\/li>\n<li>Augmentation de la taille des villages.<\/li>\n<li>D\u00e9veloppement de la hi\u00e9rarchie sociale.<\/li>\n<li>Uruk premi\u00e8re ville-Etat.<\/li>\n<\/ul>\n<h3><\/h3>\n<h3>3.2.1 &#8211; Modification de l\u2019habitat et domestications animales<\/h3>\n<p>L&rsquo;agriculture impose aux tribus de se fixer le temps de faire les r\u00e9coltes qui peut aller de quelques mois \u00e0 quelques ann\u00e9es, jusqu\u2019au moment o\u00f9 la terre est \u00e9puis\u00e9e. Durant ces p\u00e9riodes, des constructions durables apparaissent, en torchis et en pierre, rempla\u00e7ant les huttes de peaux des chasseurs-cueilleurs. Ces constructions se regroupent pour former un village<a title=\"\" href=\"#_ftn81\">[81]<\/a> qui facilite, aux alentours de 10\u00a0000 avant J. C., la domestication de certaines esp\u00e8ces animales telles que le b\u0153uf et le cheval<a title=\"\" href=\"#_ftn82\">[82]<\/a>, lesquelles fourniront l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire pour mettre en \u0153uvre les techniques permettant de multiplier la production agricole. L&rsquo;\u00e9levage fournit aussi de mani\u00e8re indirecte ou directe des fumures pour amender les terres dans les syst\u00e8mes dits de polyculture-\u00e9levage.<\/p>\n<p>Les domestications d\u2019animaux correspondraient \u00e0 une relation devenue plus \u00e9troite entre le chien et l\u2019homme qui va progressivement chercher \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019humaniser\u00a0\u00bb. On a trouv\u00e9 plusieurs s\u00e9pultures natoufiennes dans lesquelles un chien \u00e9tait associ\u00e9 au d\u00e9funt. Les pratiques rituelles de l\u2019ours par les A\u00efnous expliquent aussi cette apparition de l&rsquo;\u00e9levage qui serait le produit du rituel sacrificiel d\u2019un animal \u00e9lev\u00e9 comme un membre de la famille en son sein.<\/p>\n<p>Les \u00e9levages de plantes et d\u2019animaux, sur une surface de terre relativement r\u00e9duite associ\u00e9e \u00e0 la maison, enracin\u00e8rent encore plus la notion de propri\u00e9t\u00e9 et de production individuelles qui, \u00e0 partir du moment o\u00f9 les r\u00e9coltes d\u00e9pass\u00e8rent le seuil de subsistance, accentua entre les hommes la diff\u00e9renciation fond\u00e9e sur les richesses produites.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.2.2 &#8211; Augmentation de la taille des villages<\/h3>\n<p>L&rsquo;agriculture et l&rsquo;\u00e9levage, en se d\u00e9veloppant, ont permis l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 des ressources alimentaires beaucoup plus importantes pour un territoire donn\u00e9, ce qui eut pour cons\u00e9quence, dans une \u00e9conomie aux moyens techniques limit\u00e9s et dans un contexte de forte mortalit\u00e9 infantile, une augmentation importante du nombre d\u2019enfants. Les gens cherchaient \u00e0 en avoir le plus possible pour les aider tant qu\u2019ils \u00e9taient actifs et pour les entretenir ensuite. Lorsqu\u2019il \u00e9tait conserv\u00e9 dans la communaut\u00e9, cet essor d\u00e9mographique provoquait l\u2019augmentation de la taille des villages qui devenaient des agglom\u00e9rations. C\u2019est le mode de production qui d\u00e9terminait cette dynamique \u00e9volutive.<\/p>\n<p>Dans le cas le plus banal mais aussi le plus r\u00e9pandu d\u2019une agriculture s\u00e8che, des groupes humains \u00e9troits \u00e9taient parfaitement viables. Les communaut\u00e9s pr\u00e9f\u00e9raient alors essaimer plut\u00f4t que d\u2019affronter les probl\u00e8mes que poserait leur \u00e9largissement. Elles \u00e9puisaient leur vitalit\u00e9 en expansion territoriale et n\u2019avaient aucune raison de se transformer. Bien qu\u2019ayant connu un essor d\u00e9mographique cons\u00e9quent, la plupart de ces soci\u00e9t\u00e9s villageoises segmentaires est parvenue jusqu\u2019\u00e0 nous sans transformer leurs structures.<\/p>\n<p>En revanche, lorsque des communaut\u00e9s s\u2019installaient dans des zones o\u00f9 l\u2019agriculture demandait un investissement plus pouss\u00e9 et une collaboration plus \u00e9tendue, notamment pour d\u00e9velopper un syst\u00e8me d\u2019irrigation, elles renon\u00e7aient \u00e0 essaimer et devaient s\u2019organiser dans les domaines politique, social et id\u00e9ologique pour g\u00e9rer un corps social de plus en plus vaste. Ainsi, pour que l\u2019agriculture donne les c\u00e9r\u00e9ales que l\u2019on attendait d\u2019elle, ces premi\u00e8res grosses structures villageoises<a title=\"\" href=\"#_ftn83\">[83]<\/a> comme l&rsquo;agglom\u00e9ration de \u00c7atal H\u00fcy\u00fck, en Turquie environ 6\u00a0500 ans avant J. C., rendirent n\u00e9cessaires des travaux d&rsquo;irrigation d&rsquo;une exceptionnelle ampleur, sur des milliers d&rsquo;hectares, obligeant \u00e0 inventer et \u00e0 mettre en place une organisation de l\u2019irrigation des champs de culture. Par le d\u00e9veloppement de celle-ci, fond\u00e9 sur la construction d\u2019un syst\u00e8me complexe de canaux, les eaux du Tigre et de l\u2019Euphrate allaient transformer la M\u00e9sopotamie aride et inhospitali\u00e8re en une vall\u00e9e extraordinairement fertile qui verra se d\u00e9velopper l\u2019agriculture, puis la production, le stockage et le commerce des grains mais aussi la m\u00e9decine ou encore l\u2019astronomie. L\u2019effet fortement multiplicateur de rendement de l&rsquo;irrigation qui permit deux r\u00e9coltes par an, favorisa en retour le d\u00e9veloppement urbain dans les vall\u00e9es des grands fleuves dont, le plus souvent, on utilisait les crues qui \u00e9taient tr\u00e8s irr\u00e9guli\u00e8res. Une population nombreuse a pu s&rsquo;y d\u00e9velopper en faisant grossir les villages qui en utilis\u00e8rent la majeure partie \u00e0 l&rsquo;entretien et \u00e0 l&rsquo;extension des digues et canaux.<\/p>\n<p>Les agglom\u00e9rations les plus importantes, les plus prosp\u00e8res, les mieux organis\u00e9es, constitu\u00e8rent des p\u00f4les attractifs vers lesquels converg\u00e8rent les populations des environs. L\u2019\u00e9largissement des communaut\u00e9s humaines s\u2019acc\u00e9l\u00e9ra et les conduisit \u00e0 toujours s\u2019organiser davantage. Pour Jean-Daniel Forest (2002)\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>En m\u00eame temps, le processus est cumulatif, car plus le temps passe et plus il est difficile de revenir en arri\u00e8re. Lorsque, au fil des si\u00e8cles, on a construit et perfectionn\u00e9 un r\u00e9seau d\u2019irrigation, nul ne peut esp\u00e9rer se passer d\u2019un tel h\u00e9ritage sans remettre en cause son mode de vie. Mais au-del\u00e0 m\u00eame des imp\u00e9ratifs de la pratique agricole, le syst\u00e8me s\u00e9dentaire qui se met en place comprend des r\u00e9seaux de parent\u00e9 qui repr\u00e9sentent une couverture sociale et la certitude entre autres de trouver une femme, une structure politique qui garantit l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9, des monuments qui sont l\u2019expression m\u00eame de la prosp\u00e9rit\u00e9 collective, bref, toute une s\u00e9rie d\u2019avantages, r\u00e9els ou subjectifs, qui sont propres \u00e0 dissuader de partir<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.2.3 &#8211; D\u00e9veloppement de la hi\u00e9rarchie sociale<\/h3>\n<p>C\u2019est dans les vall\u00e9es alluviales du Croissant fertile, entre le 7<sup>\u00e8me<\/sup> et le 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J. C., le long du Tigre et de l&rsquo;Euphrate en Irak et en Iran que vont se structurer des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tatiques et des empires (Forest 1996) qui se d\u00e9velopperont notamment par l\u2019affirmation d\u2019une hi\u00e9rarchie capable de g\u00e9rer un corps social devenu beaucoup plus vaste d\u00fb \u00e0 un fantastique accroissement d\u00e9mographique<a title=\"\" href=\"#_ftn84\">[84]<\/a>.<\/p>\n<p>Alors que les communaut\u00e9s villageoises ne se composaient que de familles nucl\u00e9aires restreintes int\u00e9gr\u00e9es dans un tissu architectural tr\u00e8s l\u00e2che, elles vont s\u2019\u00e9largir en se densifiant de plus en plus pour atteindre progressivement un fonctionnement proche de celui d\u2019un centre urbain. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence par la d\u00e9couverte de vastes soubassements de greniers et de grandes maisons tripartites sur le site de Tell el \u2018Oueili<a title=\"\" href=\"#_ftn85\">[85]<\/a> datant de 7\u00a0500 ans avant J. C. (Forest 1996). Celles-ci comprenaient une vaste salle de s\u00e9jour centrale o\u00f9 la famille se r\u00e9unissait et deux appartements priv\u00e9s lat\u00e9raux indiquant que le groupe familial comprenait deux couples de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes. Cet habitat correspondait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 des communaut\u00e9s villageoises plus denses en raison de l\u2019\u00e9largissement du groupe familial. La faible augmentation du nombre de familles permettait momentan\u00e9ment \u00e0 leurs chefs de continuer \u00e0 d\u00e9tenir collectivement le pouvoir de d\u00e9cision de telle sorte que le village conservait une relative constance dans le nombre des responsables (Forest 1997).<\/p>\n<p>En l\u2019espace de 3\u00a0500 ans, jusqu\u2019\u00e0 environ 4\u00a0000 ans avant J. C., le tissu architectural va se densifier comme le montre la d\u00e9couverte \u00e0 Tepe Gawra<a title=\"\" href=\"#_ftn86\">[86]<\/a> d\u2019un tr\u00e8s gros b\u00e2timent alors que les grandes maisons qui abritaient jusque-l\u00e0 une famille composite importante en nombre de personnes avaient \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par des maisons tripartites plus \u00e9troites ne pouvant loger, \u00e0 nouveau, qu\u2019une famille restreinte. Cette transformation profonde du tissu social est le signe d\u2019une hi\u00e9rarchie plus accentu\u00e9e car les groupes, \u00e9tant devenus trop importants pour habiter sous le m\u00eame toit et participer collectivement aux prises de d\u00e9cision comme cela se faisait ant\u00e9rieurement, s\u2019\u00e9taient dot\u00e9s de repr\u00e9sentants vivant au sein de la cellule familiale minimale (Forest 1997). L\u2019augmentation de la population amena \u00e0 durcir les valeurs jug\u00e9es fondamentales et rendit plus que jamais indispensable la pr\u00e9sence de ces instances dirigeantes qui concentr\u00e8rent entre leurs mains le pouvoir de d\u00e9cision et qui, progressivement, se comport\u00e8rent comme des \u00ab\u00a0notables\u00a0\u00bb. Ils se firent construire des maisons somptuaires se distinguant de l\u2019habitat ordinaire par leur ouverture sur l\u2019ext\u00e9rieur afin d\u2019afficher aux yeux de tous qu\u2019ils faisaient travailler d\u2019autres personnes qui \u00e9taient leurs d\u00e9pendants (Forest 2001). Ils se regroup\u00e8rent dans une m\u00eame zone g\u00e9ographique, ce qui montre qu\u2019ils avaient pris conscience qu\u2019ils appartenaient \u00e0 une cat\u00e9gorie \u00e0 part formant d\u00e9sormais une \u00e9lite<a title=\"\" href=\"#_ftn87\">[87]<\/a>. Cette hi\u00e9rarchie s\u2019est accentu\u00e9e progressivement en m\u00eame temps que l\u2019\u00e9lite devint h\u00e9r\u00e9ditaire et se rangea sous l\u2019autorit\u00e9 et la protection d\u2019un responsable sup\u00e9rieur qui \u00e9mergea sous la forme du \u00ab\u00a0roi-pr\u00eatre\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn88\">[88]<\/a>. Elle fonda symboliquement son pouvoir dans la d\u00e9tention d\u2019objets de plus en plus luxueux dont la fabrication n\u00e9cessitait d\u2019organiser des exp\u00e9ditions lointaines pour qu\u2019elle puisse se procurer les mat\u00e9riaux dont elle avait besoin pour d\u00e9corer ses demeures.<\/p>\n<p>Pour satisfaire ses besoins, cette hi\u00e9rarchie sociale op\u00e9ra des pr\u00e9l\u00e8vements sur l\u2019exc\u00e9dent des r\u00e9coltes annuelles par rapport au seuil de subsistance<a title=\"\" href=\"#_ftn89\">[89]<\/a>. Cela permit \u00e0 une partie de la population de se consacrer \u00e0 d\u2019autres activit\u00e9s que celles proprement agricoles, telles que les activit\u00e9s marchandes, artisanales mais aussi commerciales. Si les forgeurs de bronze et les objets qu&rsquo;ils produisirent donn\u00e8rent leur nom \u00e0 la p\u00e9riode appel\u00e9e \u00ab\u00a0l&rsquo;Age du Bronze\u00a0\u00bb, d&rsquo;autres artisans d\u00e9velopp\u00e8rent de nouvelles activit\u00e9s. L&rsquo;extension du r\u00e9seau commercial se manifesta par l&rsquo;apparition en Iraq de mat\u00e9riaux \u00e9trangers comme le lapis-lazuli. Au cours de ce d\u00e9veloppement de la s\u00e9dentarisation et des travaux d&rsquo;irrigation sur des milliers d&rsquo;hectares, il fallut contr\u00f4ler l\u2019utilisation de la nourriture stock\u00e9e et calculer la superficie des terres cultiv\u00e9es, notamment apr\u00e8s chaque crue de fleuve que l\u2019on utilisait pour irriguer les terres. Cela se fit par la mise au point \u00e0 Sumer du premier syst\u00e8me num\u00e9rique positionnel sexag\u00e9simal<a title=\"\" href=\"#_ftn90\">[90]<\/a>. Dans le m\u00eame temps, le d\u00e9veloppement du commerce de plus en plus lointain n\u00e9cessita\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la cr\u00e9ation d\u2019un syst\u00e8me de signes qui d\u00e9boucha sur l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture \u00e0 la fin du 4<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J. C. par les commer\u00e7ants sum\u00e9riens pour faciliter leurs transactions et leurs activit\u00e9s de comptage. Pour cette raison, certains auteurs consid\u00e8rent, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u00e9criture, le commerce comme \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;origine de la civilisation,<\/li>\n<li>l\u2019apparition d\u2019un syst\u00e8me mon\u00e9taire qui fit \u00e9merger la notion de \u00ab\u00a0valeur d\u2019\u00e9change\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La gestion des travaux de la terre, celle des r\u00e9serves de grain et la direction de la d\u00e9fense du territoire contre les voisins dans un monde qui se remplissait tr\u00e8s vite, conduisirent gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du syst\u00e8me de signes destin\u00e9 au comptage et aux \u00e9changes commerciaux, \u00e0 l&rsquo;apparition des villes-Etats (Forest 1996b) et des administrations qui financ\u00e8rent leur fonctionnement en mettant en place des imp\u00f4ts sous formes de tributs<a title=\"\" href=\"#_ftn91\">[91]<\/a> pr\u00e9lev\u00e9s sur l\u2019exc\u00e9dent de production annuelle (Michel Bouvier, 2007)<a title=\"\" href=\"#_ftn92\">[92]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, par son comportement, la nouvelle \u00e9lite donna aux populations rencontr\u00e9es, culturellement en retrait, l\u2019occasion de tirer parti de la situation, l\u2019envie et la possibilit\u00e9 d\u2019imiter le mod\u00e8le qu\u2019elle v\u00e9hiculait en faisant appara\u00eetre de nouvelles villes. Au d\u00e9but du 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J. C., la M\u00e9sopotamie m\u00e9ridionale o\u00f9 pr\u00e9dominait la culture sum\u00e9rienne d\u2019Uruk, \u00e9tait morcel\u00e9e en une trentaine de petites principaut\u00e9s ind\u00e9pendantes gouvern\u00e9es chacune par un roi h\u00e9r\u00e9ditaire qui \u00e9tait vicaire du dieu de la cit\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 par celui-ci. Le dynamisme de ces cit\u00e9s rendit rapidement leurs int\u00e9r\u00eats antagonistes et les amena \u00e0 se dresser les unes contre les autres, les dynasties royales se disputant le contr\u00f4le de la r\u00e9gion. Il s\u2019ensuivit un climat de guerre end\u00e9mique, caract\u00e9ristique du 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J. C. Les villes s\u2019entour\u00e8rent d\u2019un rempart et les armes en m\u00e9tal se g\u00e9n\u00e9ralis\u00e8rent. Cependant, selon Forest (2002), la guerre \u00e9tait une pratique qui visait au mieux, \u00e0 cr\u00e9er un r\u00e9seau de relations et d&rsquo;\u00e9changes avec une autre tribu\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Dans la mentalit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque, la guerre est une pratique conventionnelle qui ne vise pas \u00e0 an\u00e9antir l\u2019adversaire et \u00e0 prendre le contr\u00f4le de son territoire, mais au mieux \u00e0 cr\u00e9er une relation tributaire.<\/em>\u00a0\u00bb. Dans ce cadre, la cit\u00e9 d\u00e9faite avait t\u00f4t fait de recouvrer ses forces et de relancer les hostilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faudra environ 700 ans, vers 2300 avant J. C.<a title=\"\" href=\"#_ftn93\">[93]<\/a>, pour que germe le concept d\u2019h\u00e9g\u00e9monie favorisant l\u2019unification du pays qui sera r\u00e9alis\u00e9e sous l\u2019appellation de \u00ab\u00a0pays d\u2019Akkad\u00a0\u00bb par Sargon, un s\u00e9mite du nord de la plaine alluviale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.2.4 &#8211; Uruk<a title=\"\" href=\"#_ftn94\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">[94]<\/span><\/strong><\/a> premi\u00e8re ville-Etat<\/h3>\n<p>La cit\u00e9 sum\u00e9rienne d\u2019Uruk pr\u00e9sente, 4\u00a0000 \u00e0 5\u00a0000 ans avant J. C., le premier d\u00e9veloppement v\u00e9ritablement urbain<a title=\"\" href=\"#_ftn95\">[95]<\/a>. Elle \u00e9tait le centre tr\u00e8s actif d&rsquo;un important r\u00e9seau de villages et de petits bourgs situ\u00e9s le long des chenaux de l&rsquo;Euphrate. Son d\u00e9veloppement reposait respectivement sur leurs ressources agricoles et leurs produits artisanaux. Les grains accumul\u00e9s dans les greniers et les produits issus de l\u2019artisanat arrivaient par voie fluviale dans les domaines de grandes maisonn\u00e9es qui redistribuaient sous forme de rations ces c\u00e9r\u00e9ales \u00e0 des artisans et aux personnels sp\u00e9cialis\u00e9s d&rsquo;unit\u00e9s de productions vari\u00e9es. Pascal Butterlin (2004) en conclut que ce d\u00e9veloppement urbain d\u2019Uruk pr\u00e9sentait les deux m\u00eames axes que ceux rencontr\u00e9s \u00e0 propos du d\u00e9veloppement des cit\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral l\u2019existence d\u2019une \u00e9lite politique et \u00e9conomique constituant une oligarchie compos\u00e9e de grandes familles qui disposaient des terres, contr\u00f4laient les conseils de la ville et dirigeaient un syst\u00e8me de redistribution de la rente agraire. La production des objets de luxe dont elle avait besoin pour se diff\u00e9rencier du reste de la population n\u00e9cessitait\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>des mat\u00e9riaux rares, d\u2019origine exotique, dont l\u2019acquisition a favoris\u00e9 l\u2019internationalisation du commerce,<\/li>\n<li>des artisans habiles et particuli\u00e8rement cr\u00e9atifs, \u00e0 l\u2019origine de nombreuses innovations techniques,<\/li>\n<li>la multiplication d\u2019artisans sp\u00e9cialistes qui, pour les besoins de la ville, vont d\u00e9velopper de nouvelles fili\u00e8res \u00e9conomiques\u00a0: l&rsquo;exploitation et la transformation de produits laitiers mais aussi la production de bi\u00e8re et de vin qui sont autant de marques d&rsquo;une authentique r\u00e9volution agroalimentaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les \u00e9lites urukiennes furent au c\u0153ur d\u2019un immense m\u00e9canisme prestataire n\u00e9cessitant le d\u00e9veloppement des \u00e9changes qui apparut comme d\u2019autant plus n\u00e9cessaire avec la sp\u00e9cialisation des artisans et des commer\u00e7ants. Ceux-ci ne cultivant pas la terre ne pouvaient produire eux-m\u00eames les moyens alimentaires n\u00e9cessaires \u00e0 leur survie. La mise en place progressive de ces \u00e9changes ainsi que la relative raret\u00e9 des produits finis allaient rapidement g\u00e9n\u00e9rer des surplus.<\/p>\n<p>Des produits non p\u00e9rissables et la possibilit\u00e9 nouvelle d\u2019accumuler des richesses entra\u00een\u00e8rent une transformation de l\u2019organisation sociale qui d\u00e9boucha sur une \u00e9conomie de type palatiale dans laquelle la richesse provenait du point central qui \u00e9tait le palais pour atteindre en bout de cha\u00eene tous ceux qui ne d\u00e9tenaient pas de sources de revenus. Cette organisation sociale \u00e9tait constitu\u00e9e d&rsquo;une \u00e9lite servie par une classe de bureaucrates qui g\u00e9raient l&rsquo;administration de l&rsquo;Etat et reposait sur une classe de paysans assurant la subsistance de l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>Etendant ses activit\u00e9s bien au-del\u00e0 de son territoire g\u00e9ographique d\u2019habitat, Uruk acc\u00e9da au statut de ville-Etat<a title=\"\" href=\"#_ftn96\">[96]<\/a> \u00e0 l\u2019origine d\u2019une effervescence intellectuelle, technique et artistique qui donna naissance \u00e0 une v\u00e9ritable expansion culturelle dont on a retrouv\u00e9 des traces de l\u2019Egypte \u00e0 l\u2019Iran. Cette domination ne g\u00e9n\u00e9ra pas de guerre jusqu\u2019\u00e0 il y a un peu moins de 3\u00a0000 ans avant J. C. quand fut construit un puissant mur d\u2019enceinte charg\u00e9 de prot\u00e9ger les populations. Cela se v\u00e9rifie dans le domaine iconographique, toujours \u00e9troitement li\u00e9e au pouvoir, o\u00f9 le th\u00e8me de la guerre tient une plus large place \u00e0 partir de cette \u00e9poque. Les Sum\u00e9riens d\u00e9velopp\u00e8rent \u00e9galement un syst\u00e8me de comptabilit\u00e9 analytique permettant de faire ressortir les b\u00e9n\u00e9fices et les pertes subies dans les diverses transactions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>3.3 &#8211; La comptabilit\u00e9 concr\u00e8te sur tablettes d\u2019argile<\/h2>\n<p>Le besoin de conserver des traces des r\u00e9partitions annuelles des r\u00e9coltes et des diff\u00e9rentes transactions issues du troc d\u2019une partie de celles-ci contre des produits exotiques et des mati\u00e8res premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9r\u00e8rent le besoin d\u2019un syst\u00e8me d\u2019information.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.3.1 &#8211; Le syst\u00e8me traditionnel des jetons<\/h3>\n<p>Schmandt-Besserat (1983) d\u00e9couvrit qu\u2019entre 10\u00a0000 et 5\u00a0000 ans avant J. C., des jetons se trouvaient en quantit\u00e9s appr\u00e9ciables en Iraq, en Iran, en Turquie, au Pakistan et sur les bords du Nil. Par exemple, \u00e0 Jarmo<a title=\"\" href=\"#_ftn97\">[97]<\/a> en Irak, sur le sol de maisons construites en diff\u00e9rents endroits, 1\u00a0465 jetons compos\u00e9s de 1\u00a0153 sph\u00e8res, 206 disques et 106 c\u00f4nes, furent d\u00e9couverts regroup\u00e9s par quinzaine ou plus, dans des pi\u00e8ces servant d\u2019entrep\u00f4t. Ces jetons \u00e9taient model\u00e9s selon des formes d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9es, \u00e0 partir de quatre figures de base\u00a0: la sph\u00e8re, le disque, le c\u00f4ne et le cylindre. Il y avait en outre des t\u00e9tra\u00e8dres, des ovo\u00efdes, des triangles, des rectangles, des spirales et des formes animales stylis\u00e9es. Des sous-cat\u00e9gories comportaient 20 symboles distincts de demi-sph\u00e8res, de c\u00f4nes, de sph\u00e8res et de disques grav\u00e9s ou portant des empreintes.<\/p>\n<p>Des jetons identiques par la forme et la diversit\u00e9 datant d\u2019environ 8\u00a0500 ans avant J.\u00a0C. furent d\u00e9couverts sur deux sites en Iran\u00a0: Tepe Asiab et Ganj-i-Dareh Tepe et un peu plus tard, vers 6\u00a0500 avant notre \u00e8re, 2\u00a0000 ans apr\u00e8s la naissance des premi\u00e8res communaut\u00e9s agricoles en Iran, dans un autre village iranien, Tepe Sarab, lorsque celui-ci commen\u00e7a \u00e0 prosp\u00e9rer.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;inventaire des jetons provenant des fouilles de Tepe Sarab, le nombre des types de base \u00e9tait le m\u00eame que celui de Jarmo, la quantit\u00e9 de sous-cat\u00e9gories passant seulement de 20 \u00e0 28. Pris dans son ensemble, ce syst\u00e8me de comptage propre \u00e0 l\u2019Asie occidentale comportait quinze cat\u00e9gories principales de jetons, r\u00e9parties en 200 sous-cat\u00e9gories correspondant \u00e0 100 jetons diff\u00e9rents par la forme et la taille, dont 104 sous-cat\u00e9gories identifi\u00e9es associ\u00e9es \u00e0 52 jetons et 96 sous-cat\u00e9gories associ\u00e9es \u00e0 48 jetons en cours de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Chaque forme avait sa signification propre; certaines repr\u00e9sentant des objets sp\u00e9cifiques, notamment des marchandises, d\u2019autres des quantit\u00e9s en entier ou en diff\u00e9rences fractionnaires, comme dans le cas des quarts, demies ou trois quarts de sph\u00e8res. Par exemple, les jetons correspondant aux moutons \u00e9taient grav\u00e9s d\u2019un cercle contenant une croix qui est le symbole d\u00e9signant cet animal, ceux d\u00e9signant le v\u00eatement sont des jetons en forme de disques grav\u00e9s de quatre lignes parall\u00e8les. Parmi d&rsquo;autres exemples, on peut citer les symboles repr\u00e9sentant le m\u00e9tal, l&rsquo;huile et d\u2019autres, plus nettement pictographiques, le b\u00e9tail, les chiens ou encore, indiscutablement, des navires.<\/p>\n<p>Ces jetons n&rsquo;ont gu\u00e8re chang\u00e9 au cours de la longue p\u00e9riode de l\u2019Age du Cuivre qui dura environ 5\u00a0000 ans, de 10\u00a0000 \u00e0 5\u00a0000 ans avant J. C., ce qui prouverait que ce syst\u00e8me d&rsquo;enregistrement \u00e9tait bien adapt\u00e9 aux besoins d&rsquo;une \u00e9conomie agricole primitive mettant en \u0153uvre des op\u00e9rations commerciales d\u2019une grande simplicit\u00e9.<\/p>\n<p>Au cours des mill\u00e9naires suivants, les jetons devenus plus grands ont \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9s de mani\u00e8re plus \u00e9labor\u00e9e, notamment en forme de t\u00eates de b\u00e9tail et de cruches, sur lesquels on a port\u00e9 des chiffres que l\u2019on a commenc\u00e9 parfois \u00e0 pr\u00e9ciser par de rares signes qui sont les premiers t\u00e9moins de l\u2019\u00e9criture. Ce qui est encore plus significatif que la naissance de formes nouvelles, c&rsquo;est la grande prolif\u00e9ration de sous-types qui se diff\u00e9rencient par toute une s\u00e9rie de marques grav\u00e9es sur leurs faces externes dont les formes diverses n\u2019\u00e9taient pas sans \u00e9voquer certains signes d\u2019\u00e9criture utilis\u00e9s plus tard pour transcrire des valeurs num\u00e9rales<a title=\"\" href=\"#_ftn98\">[98]<\/a>. C&rsquo;est aussi \u00e0 cette \u00e9poque qu&rsquo;apparaissent des boulettes et des serpentins d&rsquo;argile qui sont des jetons portant des marques en relief.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.3.2 &#8211; Des jetons aux \u00ab\u00a0bulles\u00a0\u00bb d\u2019argile<\/h3>\n<p>Dans une \u00e9conomie pro-urbaine fond\u00e9e sur un commerce en plein d\u00e9veloppement \u00e0 la fin du N\u00e9olithique et au d\u00e9but de l&rsquo;Age de Bronze, entre 3500 et 3100 avant J. C., l\u2019utilisation traditionnelle de ces jetons rendait difficile la consignation des transactions. De nouvelles exigences apparurent qui modifi\u00e8rent profond\u00e9ment ce syst\u00e8me d&rsquo;enregistrement traditionnel.<\/p>\n<p>Il fallut consigner non seulement les productions, mais aussi les inventaires, les exp\u00e9ditions, les paiements des salaires tout en conservant les documents relatifs aux transactions. Cette influence du comptage commercial naissant sur le syst\u00e8me traditionnel \u00e0 jetons devint manifeste tant dans les symboles qui se multipliaient et se complexifiaient que dans la fa\u00e7on d&rsquo;utiliser les jetons en les regroupant dans des enveloppes creuses d\u2019argile molle appel\u00e9es \u00ab\u00a0bulles\u00a0\u00bb qui constituent le changement le plus important.<\/p>\n<p>Les jetons d\u2019argile ont alors \u00e9t\u00e9 normalis\u00e9s pour faciliter leur regroupement dans les bulles \u00e0 la surface desquelles on les reproduisit en deux dimensions donnant ainsi naissance aux id\u00e9ogrammes sum\u00e9riens<a title=\"\" href=\"#_ftn99\">[99]<\/a>. La raison de cette nouvelle pratique s\u2019explique par la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper une image plus \u00e9labor\u00e9e et par l\u00e0 de d\u00e9livrer un message plus d\u00e9taill\u00e9 tout en continuant \u00e0 garantir l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019un contenu. S\u2019il n\u2019existe pas toujours de correspondances strictes entre les formes imprim\u00e9es et celles des jetons contenus dans la bulle, il existe n\u00e9anmoins dans tous les cas une correspondance de nombre. Par ailleurs, l&rsquo;existence de ces bulles prouve que leurs utilisateurs voulaient regrouper les jetons correspondant \u00e0 telle ou telle transaction afin de constituer ce que l\u2019on appellerait de nos jours des pi\u00e8ces comptables.<\/p>\n<p>Pierre Amiet (1971) confirma l\u2019existence \u00e0 Suze, 3\u00a0500 ans avant J. C., d\u2019un syst\u00e8me de comptage utilisant ces bulles comme r\u00e9cipients \u00e0 jetons. Elles contenaient cinq formes g\u00e9om\u00e9triques de jetons d\u2019argile\u00a0: des sph\u00e8res, des c\u00f4nes, des cylindres des disques et des t\u00e9tra\u00e8dres. Il a sugg\u00e9r\u00e9 que les bulles de Suse servaient peut-\u00eatre de connaissements<a title=\"\" href=\"#_ftn100\">[100]<\/a>. Dans ce cas, un producteur rural, de textile par exemple, envoyait \u00e0 un interm\u00e9diaire citadin une cargaison accompagn\u00e9e d&rsquo;une bulle contenant les jetons correspondant \u00e0 la sorte et \u00e0 la quantit\u00e9 de marchandises exp\u00e9di\u00e9es. Le destinataire de la cargaison brisait la bulle pour v\u00e9rifier la composition de celle-ci. De plus, le transporteur, oblig\u00e9 de remettre une bulle intacte, \u00e9tait moins tent\u00e9 de se montrer malhonn\u00eate.<\/p>\n<p>Par ailleurs, en \u00e9tudiant les archives du palais de Nouzy datant d\u2019environ 1\u00a0500 \u00e0 2\u00a0000 ans avant J.\u00a0C., Oppenheim constata que les signes graphiques connus<a title=\"\" href=\"#_ftn101\">[101]<\/a> port\u00e9s sur des jetons d\u2019argile repr\u00e9sentaient des proc\u00e9d\u00e9s de calcul symbolisant la nature des choses compt\u00e9es et servant \u00e0 des op\u00e9rations qui mentionnaient des \u00ab\u00a0d\u00e9p\u00f4ts\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0transferts\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0retraits\u00a0\u00bb. On e\u00fbt confirmation de cette pratique en d\u00e9couvrant une enveloppe creuse d\u2019argile molle ressemblant \u00e0 une bulle en forme de sachet ovo\u00efde sur laquelle \u00e9tait inscrite une liste de 48 animaux et dans laquelle, apr\u00e8s l\u2019avoir ouverte, on trouva 48 petits jetons. Cette liste \u00e9crite, associ\u00e9e \u00e0 des jetons d\u00e9nombrables, signifiait un transfert d\u2019animaux d\u2019un service \u00e0 l\u2019autre du palais.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.3.3 &#8211; Des bulles aux tablettes \u00ab\u00a0comptables\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Le m\u00e9canisme prestataire faisant appel aux artisans et aux commer\u00e7ants mis en place par les \u00e9lites sum\u00e9riennes exigea la surveillance des mouvements de biens et, parce que la m\u00e9moire ne suffisait bient\u00f4t plus \u00e0 en saisir l\u2019ampleur, des techniques de gestion pour suppl\u00e9er \u00e0 celle-ci\u00a0: des sceaux-cylindres pour authentifier des scellements, des jetons et des bulles pour compter et l\u2019\u00e9criture pour conserver la trace d\u2019informations plus d\u00e9taill\u00e9es.<\/p>\n<p>Chaque transaction \u00e9tait valid\u00e9e par l&#8217;empreinte d&rsquo;un sceau-cylindre au contenu symbolique marqu\u00e9e sur la surface ext\u00e9rieure de la bulle afin d\u2019en garantir l\u2019authenticit\u00e9. L&rsquo;innovation que constituait le marquage des bulles eut du succ\u00e8s parce qu&rsquo;elle \u00e9tait pratique car n&rsquo;importe qui pouvait \u00ab\u00a0lire\u00a0\u00bb le nombre et la nature des jetons que renfermait une bulle sans la d\u00e9t\u00e9riorer ni endommager ses empreintes de sceaux. Le remplacement des jetons par leur image \u00e0 deux dimensions permit d\u2019\u00e9tablir le lien d\u00e9cisif entre le syst\u00e8me d&rsquo;enregistrement archa\u00efque et l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9change de jetons scell\u00e9s entre partenaires commerciaux \u00e9tait une fa\u00e7on totalement nouvelle d&rsquo;utiliser l&rsquo;ancien syst\u00e8me d&rsquo;enregistrement car, pour s\u2019assurer de la conformit\u00e9 de la transaction, il suffisait, une fois l\u2019enveloppe d\u2019argile bris\u00e9e, de confronter les quantit\u00e9s et la nature des biens avec les calculi enferm\u00e9s dans la bulle et les marques imprim\u00e9es sur sa surface. Cependant, cette pratique pr\u00e9sentait un grave inconv\u00e9nient. Si les sceaux imprim\u00e9s sur leur face externe lisse servaient bien \u00e0 valider chaque transaction, pour conserver leurs empreintes qui pouvaient servir de preuve en cas de litige, il fallait que la bulle demeur\u00e2t intacte, ce qui emp\u00eachait de savoir quels jetons y avaient \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s et combien. Pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, on enregistra sur l\u2019enveloppe de la bulle son contenu en mat\u00e9rialisant le nombre de jetons qu\u2019elles contenaient. La surface de la bulle fut marqu\u00e9e de telle sorte que, outre les empreintes du sceau qui la validaient, y figur\u00e2t \u00e9galement l&rsquo;image de tous les jetons qu&rsquo;elle contenait en gravant simplement des encoches r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un calame<a title=\"\" href=\"#_ftn102\">[102]<\/a>. L&rsquo;exemple le plus frappant de cette pratique est une bulle qui contenait six jetons ovo\u00efdes stri\u00e9s dont chacun avait \u00e9t\u00e9 enfonc\u00e9 dans sa surface avant d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme le montre le fait qu\u2019ils s&rsquo;adaptaient exactement aux empreintes ext\u00e9rieures. Toutefois, cette habitude d&rsquo;inscrire le contenu d&rsquo;une bulle sur sa surface externe n&rsquo;\u00e9tait pas encore universellement r\u00e9pandue. La plupart des bulles \u00e9tait simplement estamp\u00e9e avec le pouce ou un stylet d\u2019une empreinte circulaire qui repr\u00e9sentait une sph\u00e8re ou un disque, ou bien semi-circulaire ou triangulaire pour repr\u00e9senter un c\u00f4ne et ainsi de suite.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque d\u2019Uruk finale, environ 3\u00a0200 ans avant J. C., on prit conscience que le double enregistrement entre les jetons et les bulles \u00e9tait redondant. Pour faire l\u2019\u00e9conomie des jetons, on les rempla\u00e7a progressivement par le dessin des objets qu\u2019ils repr\u00e9sentaient, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des signes qui en mat\u00e9rialisaient le nombre. D\u00e8s lors, la bulle ne contenant plus aucun jeton, son vide central avait perdu sa raison d\u2019\u00eatre et elle fut aplatie pour devenir un v\u00e9ritable support de dessin en formant des petits coussinets \u00e0 l\u2019origine des premi\u00e8res tablettes (Amiet, 1971). Aux bulles creuses et aux jetons qu&rsquo;elles contenaient se substitu\u00e8rent les tablettes. Les paniers et les rayons charg\u00e9s de jetons qui constituaient les archives firent place \u00e0 des signes repr\u00e9sentatifs inscrits sur des tablettes, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux documents \u00e9crits. Le profil convexe des premi\u00e8res tablettes d&rsquo;Uruk est un trait morphologique h\u00e9rit\u00e9 des bulles sph\u00e9riques. C&rsquo;est aussi la raison du choix, comme surface d&rsquo;\u00e9criture, d&rsquo;un mat\u00e9riau aussi inappropri\u00e9 que l&rsquo;argile, substance molle, facilement salie et qui, pour se conserver, doit \u00eatre s\u00e9ch\u00e9e ou cuite. Il existe un rapport tr\u00e8s net entre les formes et les marques des jetons et les formes d&rsquo;un grand nombre des id\u00e9ogrammes d&rsquo;Uruk. On a retrouv\u00e9 pas moins de trente-trois identit\u00e9s pr\u00e9cises entre les id\u00e9ogrammes et les repr\u00e9sentations de jetons \u00e0 deux dimensions qui ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00eatre remplac\u00e9s par leur image et les objets symboliques par des id\u00e9ogrammes, ce qui entra\u00eena rapidement l&rsquo;adoption de l&rsquo;\u00e9criture dans toute l&rsquo;Asie occidentale. On peut constater que maints id\u00e9ogrammes des tablettes d&rsquo;Uruk sont la copie fid\u00e8le, en deux dimensions, des anciens jetons. En outre, les formes de nombreux id\u00e9ogrammes sum\u00e9riens encore ind\u00e9chiffr\u00e9s semblent correspondre \u00e0 d&rsquo;autres jetons.<\/p>\n<p>L\u2019archa\u00efque syst\u00e8me \u00e0 jetons d&rsquo;Asie occidentale \u00e9tait seulement un peu plus compliqu\u00e9 que les m\u00e9thodes qui lui ont succ\u00e9d\u00e9 et qui en \u00e9taient tr\u00e8s proches comme celle utilis\u00e9e par les Romains qui effectuaient aussi leurs calculs au moyen de jetons<a title=\"\" href=\"#_ftn103\">[103]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.3.4 &#8211; Le d\u00e9veloppement de l\u2019utilisation des tablettes comptables<\/h3>\n<p>Les tablettes apparaissent en m\u00eame temps que naissent les villes et que se d\u00e9veloppe le commerce \u00e0 plus grande \u00e9chelle. Elles constituent une \u00e9tape importante dans la transformation du syst\u00e8me de comptage en un syst\u00e8me comptable permettant l\u2019enregistrement sur un support transportable de contrats, de textes litt\u00e9raires ou religieux, etc.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, Jordan d\u00e9couvrit \u00e0 Uruk environ un millier de ces petites tablettes d\u2019argile datant de diff\u00e9rentes \u00e9poques depuis le 4<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la civilisation m\u00e9sopotamienne au 7<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle avant J.-C. D\u2019autres tablettes datant de la m\u00eame p\u00e9riode et con\u00e7ues dans le m\u00eame style ont \u00e9t\u00e9 exhum\u00e9es en grandes quantit\u00e9s dans d\u2019autres sites de la M\u00e9sopotamie mais aussi en Iran, en Syrie, en Irak<a title=\"\" href=\"#_ftn104\">[104]<\/a> et cela jusqu\u2019\u00e0 800\u00a0kilom\u00e8tres au nord-ouest d\u2019Uruk. Elles furent mises au jour le plus souvent dans les ruines de maisons particuli\u00e8res o\u00f9 la pr\u00e9sence de sceaux et de bouchons \u00e0 jarre cachet\u00e9s en argile \u00e9voquent, l\u00e0 aussi, des activit\u00e9s commerciales. De nouvelles tablettes, portant leur nombre total \u00e0 pr\u00e8s de 4\u00a0000, furent d\u00e9couvertes peu apr\u00e8s, toujours \u00e0 Uruk dans le secteur religieux de l&rsquo;Eanna, confirmant la vocation de celui-ci comme centre du pouvoir dans la ville. Les chiffres inscrits sur les tablettes sous forme de pictogrammes et d\u2019id\u00e9ogrammes sont essentiellement des textes commerciaux servant \u00e0 l&rsquo;administration de l\u2019Eanna. Ils enregistrent et ils consignent des ventes de terre et des transactions commerciales portant sur le pain, la bi\u00e8re, les moutons, le b\u00e9tail et les v\u00eatements. Ils \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme une sorte d\u2019aide m\u00e9moire \u00e0 l\u2019usage de quelques scribes dont la seule pr\u00e9occupation \u00e9tait de conserver la trace d\u2019op\u00e9rations commerciales et administratives toujours plus nombreuses et plus complexes, inh\u00e9rentes \u00e0 la gestion des premiers grands centres urbains<a title=\"\" href=\"#_ftn105\">[105]<\/a>. Seuls sont pris en compte les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux permettant d\u2019appr\u00e9hender les diverses modalit\u00e9s des op\u00e9rations comme\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>leur nature indiquant les cat\u00e9gories d\u2019objets livr\u00e9s et les personnes concern\u00e9es,<\/li>\n<li>leur moment, leur dur\u00e9e, leur lieu,<\/li>\n<li>les quantit\u00e9s totales de chaque livraison d\u2019achat et\/ou de vente,<\/li>\n<li>le solde quantitatif de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente et le nouveau solde apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une description narrative des transactions, \u00e9tablie selon un ordre chronologique, constituait la forme usuelle de ces \u00e9tats essentiellement concrets et descriptifs. Voici, par exemple, la traduction d&rsquo;une tablette typique de reconnaissance de dette :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Quarante t\u00e9tradrachmes dus. Harassib, fils de Bel-akhe-irib, paiera entre les mains de Zir-Idin, fils de Hablai, au mois d&rsquo;Ivar, 40 t\u00e9tradrachmes, dans le Temple du Soleil, \u00e0 Babylone. T\u00e9moins : Urrame, fils de Sinam ; Zir-Idin, fils de Hablai, Scribe. Babylone, mois de Kislev, troisi\u00e8me jour, cinqui\u00e8me ann\u00e9e de Pacorus, Roi de Perse<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ici, nous avons tous les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un billet \u00e0 ordre moderne, avec quelques garanties additionnelles. Nous avons la reconnaissance de dette pour le montant re\u00e7u, le nom du d\u00e9biteur, la promesse de payer \u00ab\u00a0en mains propres\u00a0\u00bb, le moyen de paiement, la date et le lieu du paiement et les t\u00e9moins de l&rsquo;engagement du d\u00e9biteur. Que cette tablette existe toujours et qu&rsquo;elle soit intacte porte \u00e0 croire que cette reconnaissance de dette n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 honor\u00e9e comme promis. Ces \u00e9tats ne sont pas v\u00e9ritablement des \u00ab\u00a0comptes\u00a0\u00bb (dont le mot n\u2019est pas encore d\u00e9fini<a title=\"\" href=\"#_ftn106\">[106]<\/a>) servant \u00e0 enregistrer ces transactions, mais, pour reprendre l\u2019expression de Edmond Degrange, \u00ab\u00a0des notes exactes et bien ordonn\u00e9es de toutes les affaires qu\u2019un n\u00e9gociant fait\u00a0\u00bb [Degrange (1801) et Marc Nikitin (2005)]<a title=\"\" href=\"#_ftn107\">[107]<\/a>.<\/p>\n<p>On peut supposer que des contrats enregistr\u00e9s sur les tablettes \u00e9taient annul\u00e9s ou qu&rsquo;ils \u00e9taient soumis \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration moderne \u00e9quivalente consistant \u00e0 enregistrer la satisfaction du contrat, en cassant la tablette du registre.<\/p>\n<p>Le fait qu&rsquo;un si grand nombre de ces tablettes soient rest\u00e9es intactes nous laisse \u00e0 penser avec quasi-certitude qu\u2019autant de contrats, d&rsquo;obligations et de promesses, \u00e0 la fin de Babylone, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude de ces tablettes par Schmandt-Besserat (1983) a montr\u00e9 qu\u2019elles se sont complexifi\u00e9es en devenant plus grandes et plus pr\u00e9cises entre le 4<sup>\u00e8me<\/sup> et le 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naires avant J. C. Elles contiennent alors plus d&rsquo;informations et comprennent plus de signes au fur et \u00e0 mesure que l\u2019on avance dans le temps, notamment avec l\u2019utilisation de l\u2019\u00e9criture id\u00e9ographique cun\u00e9iforme.<\/p>\n<p>R. K. Englund (1998) en distingue trois types\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>des \u00e9tiquettes d&rsquo;argile indiquant sans doute la personne recevant ou donnant un produit,<\/li>\n<li>des petites tablettes o\u00f9 sont inscrits des nombres associ\u00e9s \u00e0 des pictogrammes repr\u00e9sentant des objets ou des personnes,<\/li>\n<li>des tablettes plus grandes, divis\u00e9es en plusieurs sections, comportant les deux m\u00eames \u00e9l\u00e9ments que le type pr\u00e9c\u00e9dent, mais plus nombreux, constituant sans doute des r\u00e9capitulatifs (parfois le total num\u00e9rique des objets est not\u00e9 au revers de la tablette). Ce dernier type est celui qui est le plus courant au 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J. C.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le marquage des bulles qui n&rsquo;\u00e9tait pas au d\u00e9part destin\u00e9 \u00e0 supplanter le syst\u00e8me de comptage fond\u00e9 sur les jetons aboutit pourtant \u00e0 ce r\u00e9sultat selon un processus qui d\u00e9boucha sur l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture et sur un syst\u00e8me de comptage utilisant des tablettes.<\/p>\n<p>Pour Schmandt-Besserat (1983), le plus important est le foisonnement des d\u00e9marches pour noter des transactions et symboliser la nature de ce qui est \u00e9chang\u00e9. Bien qu\u2019elle en d\u00e9duisit qu\u2019un syst\u00e8me de comptage fond\u00e9 sur des jetons \u00e9tait couramment utilis\u00e9 sous une forme plus archa\u00efque dans toute l\u2019Asie occidentale entre le 9<sup>\u00e8me<\/sup> et le 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J.\u00a0C., les Sum\u00e9riens<a title=\"\" href=\"#_ftn108\">[108]<\/a> et les Babyloniens qui leur ont succ\u00e9d\u00e9 sont reconnus officiellement comme \u00e9tant les pr\u00e9curseurs en mati\u00e8re d\u2019utilisation d\u2019outils et d\u2019enregistrements de nature comptable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.3.5 &#8211; L\u2019universalit\u00e9 des enregistrements commerciaux<\/h3>\n<p>Dans un ouvrage posthume publi\u00e9 un an apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, Charles Waldo Haskins (1904) pr\u00e9senta des informations int\u00e9ressantes sur la comptabilit\u00e9 sur d\u2019autres continents.<\/p>\n<p>En Extr\u00eame-Orient, on a pratiqu\u00e9 l&rsquo;archivage des documents commerciaux depuis les temps les plus recul\u00e9s. En Chine et au Japon, le boulier y est employ\u00e9 et des archives \u00e9crites constitu\u00e9es depuis une antiquit\u00e9 ind\u00e9termin\u00e9e. C&rsquo;est sans aucun doute de l\u00e0 que sont originaires les \u00ab\u00a0obligations\u00a0\u00bb ing\u00e9nieuses et infaillibles, dont la r\u00e9daction \u00e9tait partag\u00e9e entre les deux parties int\u00e9ress\u00e9es, l&rsquo;ensemble \u00e9tant seulement enregistr\u00e9 apr\u00e8s que les deux parties se soient mises d\u2019accord le long de la ligne commune de division. On a retrouv\u00e9 la forme originale, avec le boulier, du syst\u00e8me de la blanchisserie chinoise avec ses re\u00e7us d\u00e9chir\u00e9s. En Asie Occidentale, le boulier avec ses fils tendus et ses boules coulissantes a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par des tapis de sable et des collections de galets ou de jetons plac\u00e9s le long de lignes trac\u00e9es dans le sable avec les doigts.<\/p>\n<p>Les aborig\u00e8nes du Mexique et du P\u00e9rou tenaient des comptes au moyen de cordons ou de fils entortill\u00e9s de diff\u00e9rentes couleurs avec une frange de ficelles \u00e0 n\u0153uds. Les n\u0153uds de ces ficelles d\u00e9pendantes repr\u00e9sentaient les nombres et pouvaient \u00eatre ainsi combin\u00e9s pour d\u00e9signer tout montant d\u00e9sir\u00e9, tandis que les fils de couleur des cordons repr\u00e9sentaient des objets tangibles ou, parfois, des id\u00e9es abstraites.<\/p>\n<p>L\u2019extension du comptage \u00e0 la tenue de livres commerciaux est un ph\u00e9nom\u00e8ne universel que l\u2019on constate dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es utilisant l\u2019\u00e9criture et qui est mis en pratique de la m\u00eame mani\u00e8re quelle que soit la forme qu\u2019il prend. Cependant, si compter est bien un ph\u00e9nom\u00e8ne universel, tous les peuples, notamment les tribus primitives dans lesquelles l\u2019\u00e9criture est absente, ne mirent pas pour autant en place une comptabilit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>3.4\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 abstraite comme syst\u00e8me de flux d\u2019entr\u00e9es\/sorties<\/h2>\n<p>Nous ne partageons pas la position de Jean-Guy Degos (2010) qui pense que l\u2019on puisse \u00ab\u00a0<em>situer la naissance de la comptabilit\u00e9 dans une civilisation \u00e0 partir du moment o\u00f9 elle est capable d\u2019utiliser la technique math\u00e9matique des bijections (un animal est repr\u00e9sent\u00e9 par un jeton ou une entaille dans une branche)<\/em>\u00a0\u00bb. Si tel \u00e9tait le cas, le simple fait de compter constituerait une activit\u00e9 relevant de la comptabilit\u00e9 et l\u2019on ne pourrait plus identifier des faits exclusivement comptables n\u00e9cessaires pour construire une science comptable. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019il \u00e9crit (Degos, 2010)\u00a0: \u00ab\u00a0\u2026<em>\u00e0 l\u2019origine la comptabilit\u00e9, essentiellement concr\u00e8te et descriptive avait un seul but et donc une seule capacit\u00e9\u00a0: compter, au sens le plus trivial du terme<\/em>\u00a0\u00bb. Le simple fait de compter n\u2019est pas suffisant pour construire une th\u00e9orie comptable.<\/p>\n<p>Nous pensons comme Mattessich (1988) que l\u2019on peut construire une th\u00e9orie comptable sur la base d\u2019une analyse matricielle des op\u00e9rations d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.4.1 &#8211; La comptabilit\u00e9 matricielle de Mattessich<\/h3>\n<p>En utilisant les r\u00e9sultats des travaux arch\u00e9ologiques de Schmandt-Besserat (1983) Mattessich (1988), a mis en avant leurs aspects comptables essentiels et a d\u00e9montr\u00e9 que les syst\u00e8mes de jetons dans les bulles constituaient d\u00e9j\u00e0 des m\u00e9thodes comptables syst\u00e9matiques repr\u00e9sentables matriciellement en mettant au premier plan le m\u00e9canisme de flux inh\u00e9rent \u00e0 tout syst\u00e8me comptable. Ce sont m\u00eame les m\u00e9thodes les plus anciennes.<\/p>\n<p>Pour lui, chaque jeton repr\u00e9sentait une unit\u00e9 d&rsquo;un bien ou d&rsquo;un service et \u00e0 chaque forme de jeton correspondait un type de compte<a title=\"\" href=\"#_ftn109\">[109]<\/a>. La premi\u00e8re comptabilit\u00e9 \u00e9tait en fait invent\u00e9e, essentiellement concr\u00e8te et descriptive avec comme unique objet, comme le dit Degos (2010), de compter au sens le plus trivial du terme.<\/p>\n<p>La comptabilit\u00e9, comme toute description, commence par la mise en correspondance bijective, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e9l\u00e9ment par \u00e9l\u00e9ment et dans les deux sens, de l&rsquo;ensemble des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9tudi\u00e9s et d&rsquo;un ensemble, plus facile \u00e0 manipuler, de symboles. Cette premi\u00e8re phase est celle du codage de l&rsquo;information. Le raisonnement comptable se poursuit ensuite \u00e0 l&rsquo;aide des symboles ainsi d\u00e9finis tels que le compte, le d\u00e9bit, le cr\u00e9dit, le solde, le report \u00e0 nouveau, etc.<\/p>\n<p>Mattessich pense que les inscriptions externes sur les bulles repr\u00e9sentaient des cr\u00e9dits, alors que les jetons enferm\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur repr\u00e9sentaient des d\u00e9bits. Le nombre de jetons dans une bulle \u00e9tait \u00e9gal \u00e0 la quantit\u00e9 d&rsquo;items sp\u00e9cifiques, la somme indiquant la part de sa richesse qu\u2019un cr\u00e9diteur avait pr\u00eat\u00e9e \u00e0 un d\u00e9biteur. Ces bulles d&rsquo;argile constituaient des comptes relatifs aux g\u00e9rants\/d\u00e9biteurs et aux inventaires. Avec l\u2019accroissement de la vari\u00e9t\u00e9 des jetons au cours des d\u00e9cennies qui ont suivi, la multiplication des formes a permis de distinguer diff\u00e9rents comptes et des inscriptions ont facilit\u00e9 les op\u00e9rations arithm\u00e9tiques d\u2019addition et de soustraction pratiqu\u00e9es sur eux.<\/p>\n<p>Ces propositions de Mattessich pourraient sembler n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;une interpr\u00e9tation int\u00e9ressante des travaux de Schmandt-Besserat si l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment central ne touchait pas au lien entre la structure logique des transactions fond\u00e9e sur la dualit\u00e9 entre les quantit\u00e9s re\u00e7ues par le d\u00e9biteur et la part de la richesse mise \u00e0 sa disposition par le cr\u00e9diteur, et un syst\u00e8me d\u2019entr\u00e9es-sorties par lequel des \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques empiriques re\u00e7oivent une repr\u00e9sentation th\u00e9orique dans les op\u00e9rations comptables gr\u00e2ce \u00e0 la forme logique de celles-ci<a title=\"\" href=\"#_ftn110\">[110]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette classification duale qui constitue une question fondamentale n&rsquo;exige pas un syst\u00e8me comptable en partie double. La dualit\u00e9 du syst\u00e8me est repr\u00e9sent\u00e9e au niveau de l&rsquo;individu, en termes d&rsquo;actifs physiques individualisables et, globalement, en termes financiers de part relative au droit de propri\u00e9t\u00e9 et de revenu qui en d\u00e9coule ou que repr\u00e9sentent les cr\u00e9ances et les dettes.<\/p>\n<p>Pour Mattessich (1988), cette structure d&rsquo;entr\u00e9es-sorties \u00e9tait courante dans les syst\u00e8mes pr\u00e9historiques de donn\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"3\" valign=\"top\" width=\"610\"><strong>Repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9<\/strong> par un syst\u00e8me d\u2019objets (jetons, tablettes, etc.) dont l\u2019organisation logique correspond \u00e0 celle des op\u00e9rations \u00e9conomiques \u00ab\u00a0r\u00e9elles\u00a0\u00bb<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"156\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"254\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"199\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"156\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"254\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"199\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"156\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"254\"><\/td>\n<td valign=\"top\" width=\"199\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"3\" valign=\"top\" width=\"610\">La \u00ab\u00a0<strong>r\u00e9alit\u00e9<\/strong>\u00a0\u00bb = op\u00e9rations \u00e9conomiques empiriques donnant lieu au transfert de biens ou \u00e0 une prestation de services dont la dualit\u00e9 fonde la structure logique<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La question de la repr\u00e9sentation pose in\u00e9vitablement celle de ce que l&rsquo;on entend par \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. En effet, les jetons simples repr\u00e9sentaient les produits de base des communaut\u00e9s agricoles alors que les jetons complexes de formes et de marques plus sophistiqu\u00e9es repr\u00e9sentaient la main-d\u2019\u0153uvre et les produits manufactur\u00e9s associ\u00e9s \u00e0 une urbanisation croissante. Mattessich fait remarquer que la distinction entre les jetons simples et les jetons complexes est semblable \u00e0 celle que l&rsquo;on peut trouver en Italie au 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle entre les op\u00e9rations de caisse et les autres. Les t\u00e9moignages dont on dispose montrent qu&rsquo;avant 3\u00a0200 avant J.-C., les jetons ne repr\u00e9sentaient pas des nombres, le d\u00e9nombrement dans le sens abstrait n&rsquo;existant pas encore<a title=\"\" href=\"#_ftn111\">[111]<\/a>. Bien que cette pratique puisse sembler primitive, en tant que proc\u00e9dure de d\u00e9nombrement, elle s&rsquo;av\u00e8rait assez efficace comme m\u00e9thode d&rsquo;enregistrement et de reddition de comptes. Elle supposait, ce qui est historiquement le cas, l\u2019existence de \u00ab\u00a0nombres concrets\u00a0\u00bb et d\u2019une activit\u00e9 de comptage qui soient ant\u00e9rieurs au syst\u00e8me comptable pour pouvoir \u00eatre utilis\u00e9s dans celui-ci.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019ancien syst\u00e8me comptable utilis\u00e9 \u00e0 Sumer, traitant de r\u00e9alit\u00e9s physiques plut\u00f4t que mon\u00e9taires, \u00e9vitait ainsi la question de l&rsquo;\u00e9valuation qui continue \u00e0 tourmenter encore actuellement les th\u00e9oriciens comptables comme le montrent les d\u00e9bats sur la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9, la comptabilit\u00e9 simple consiste \u00e0 enregistrer d&rsquo;une fa\u00e7on chronologique les entr\u00e9es et les sorties de mati\u00e8re (aujourd&rsquo;hui on parlerait de flux r\u00e9els) ou de num\u00e9raire (aujourd&rsquo;hui on parlerait de flux financiers). Cette m\u00e9thode a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9e jusqu&rsquo;au Moyen-Age, aussi bien pour la comptabilit\u00e9 publique que pour la comptabilit\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.4.2\u00a0&#8211;\u00a0D\u00e9finition du syst\u00e8me comptable<\/h3>\n<p>Pour obtenir un syst\u00e8me comptable, il faut donc ajouter aux ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9n\u00e9raux de d\u00e9nombrement et d\u2019\u00e9criture, une mise en correspondance de deux structure logiques\u00a0: celle d\u2019une organisation sous forme de flux d\u2019entr\u00e9es et de sorties et celle fond\u00e9e sur la dualit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques empiriques, la premi\u00e8re permettant une repr\u00e9sentation abstraite de la seconde.<\/p>\n<p>C\u2019est ce syst\u00e8me d\u2019entr\u00e9es \u2013 sorties qui constitue la comptabilit\u00e9 que l\u2019on a appel\u00e9e plus tard \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9 en parties doubles\u00a0\u00bb, la comptabilit\u00e9 ne reposant pas sur la \u00ab\u00a0partie double\u00a0\u00bb mais sur la structure d\u2019enregistrement des entr\u00e9es et des sorties.<\/p>\n<p>Ce qui est significatif n&rsquo;est pas la r\u00e9alisation des op\u00e9rations \u00e9conomiques donnant lieu au transfert de biens ou \u00e0 la prestation de services, mais plut\u00f4t le r\u00f4le fondamental de repr\u00e9sentation\/duplication abstraite de ces op\u00e9rations jou\u00e9 par le syst\u00e8me de jetons. Nous pouvons ainsi dire que c\u2019est le syst\u00e8me comptable qui permet de rendre compte du ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019\u00e9change \u00e0 travers le suivi de la richesse consid\u00e9r\u00e9e sous l\u2019angle de sa valeur d\u2019usage et utilis\u00e9e dans celui-ci.<\/p>\n<p>De ce constat, nous pouvons tirer la d\u00e9finition suivante\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un syst\u00e8me comptable est un ensemble de jetons, de bulles, de tablettes, de nombres, etc. dont l\u2019organisation logique correspond \u00e0 celle des op\u00e9rations \u00e9conomiques r\u00e9elles qu\u2019il est charg\u00e9 de repr\u00e9senter afin de mettre en \u00e9vidence le ph\u00e9nom\u00e8ne de la reproduction dans le temps de la richesse utilis\u00e9e dans ces op\u00e9rations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette d\u00e9finition que nous proposons comprend deux parties\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>une d\u00e9finition en extension par l\u2019\u00e9num\u00e9ration de ce que comprend un syst\u00e8me comptable\u00a0: \u00ab\u00a0un syst\u00e8me comptable est un ensemble de jetons, de bulles, de tablettes, de nombres, etc. dont l\u2019organisation logique correspond \u00e0 celle des op\u00e9rations \u00e9conomiques r\u00e9elles\u00a0\u00bb,<\/li>\n<li>une d\u00e9finition en compr\u00e9hension par l\u2019exposition de ce \u00e0 quoi il sert\u00a0: \u00ab\u00a0repr\u00e9senter le ph\u00e9nom\u00e8ne de la reproduction dans le temps de la richesse utilis\u00e9e dans ces op\u00e9rations.\u00a0\u00bb<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e8s la constitution des premi\u00e8res formes de comptabilit\u00e9, nous voyons ce qu\u2019elle doit exclure et ce qu\u2019elle doit contenir.<\/p>\n<p>Elle exclut la repr\u00e9sentation de tout ce qui n\u2019est pas un \u00ab\u00a0produit d\u2019une structure de comp\u00e9tences\u00a0\u00bb, notamment, comme nous l\u2019avions mentionn\u00e9 au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent, la structure de comp\u00e9tences elle-m\u00eame qui, pour que la repr\u00e9sentation comptable \u00e9volue dans un champ homog\u00e8ne, ne peut pas \u00eatre \u00e0 la fois cause comme comp\u00e9tence exerc\u00e9e et effet comme produit obtenu de l\u2019exercice de cette comp\u00e9tence. Cela signifie implicitement que l\u2019homme ne fait pas partie de la richesse utilis\u00e9e dans les op\u00e9rations \u00e9conomiques ou, pour reprendre une expression maintenant tr\u00e8s utilis\u00e9e, que l\u2019homme ne peut \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 du \u00ab\u00a0capital humain\u00a0\u00bb. La comptabilit\u00e9 pose ainsi comme principe fondamental que l\u2019homme ne peut que s\u2019appartenir \u00e0 lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire que par les repr\u00e9sentations qu\u2019elle enregistre, elle est garante de la libert\u00e9 n\u00e9cessaire au fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Il nous semble que ce serait tr\u00e8s dommageable pour l\u2019individu si, conform\u00e9ment \u00e0 ce que r\u00e9clament les th\u00e9oriciens des \u00ab\u00a0parties prenantes\u00a0\u00bb dans l\u2019entreprise, nous \u00e9tions amen\u00e9s \u00e0 enregistrer la valeur de ses comp\u00e9tences en comptabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle inclut le fait qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour ne servir en d\u00e9finitive qu\u2019\u00e0 repr\u00e9senter le processus de conservation et de d\u00e9veloppement de la richesse dans le temps qui sert de base \u00e0 toute gestion, quel que soit l\u2019objet qui est g\u00e9r\u00e9. La comptabilit\u00e9 est tr\u00e8s claire sur son objet \u00e0 travers ce qu\u2019elle inclut dans son syst\u00e8me de repr\u00e9sentations\u00a0: elle tient uniquement les comptes de celui qui apporte la richesse n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation des op\u00e9rations \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>3.4.3\u00a0&#8211;\u00a0Probl\u00e8me de la repr\u00e9sentation de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Pour Mattessich, la question de la repr\u00e9sentation par le syst\u00e8me de jetons des op\u00e9rations \u00e9conomiques donnant lieu aux transferts de biens ou aux prestations de services, pose celle de ce qu\u2019il faut entendre par \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Ce probl\u00e8me est celui de la mise en correspondance de la logique duale des \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques empiriques et du syst\u00e8me comptable dont l\u2019organisation logique est charg\u00e9e de les expliquer et de les repr\u00e9senter<a title=\"\" href=\"#_ftn112\">[112]<\/a>.<\/p>\n<p>Mattessich (1978) propose d\u2019\u00e9tablir une hi\u00e9rarchie entre les r\u00e9alit\u00e9s en distinguant celles qui sont \u00e9l\u00e9mentaires et celles d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur qui les enveloppent. Il compare cet embo\u00eetement \u00e0 la construction d\u2019un oignon (\u00ab\u00a0Onion Model of Reality\u00a0\u00bb) form\u00e9 d\u2019une superposition de niveaux successifs d\u00e9pendant les uns des autres. Au fur et \u00e0 mesure que l\u2019on progresse dans la hi\u00e9rarchie des niveaux, de nouvelles propri\u00e9t\u00e9s des objets apparaissent au-dessus de celles des composants. Elles deviennent observables si elles montrent \u00e0 voir une organisation nouvelle\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous sommes tous conscients que quelques atomes d\u2019hydrog\u00e8ne et d\u2019oxyg\u00e8ne\u2026, etc. peuvent \u00eatre combin\u00e9s (dans des proportions sp\u00e9cifiques) pour g\u00e9n\u00e9rer des substances comme l\u2019eau. Mais ces nouvelles entit\u00e9s \u00e9mergentes poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s totalement diff\u00e9rentes de celles de leurs constituants\u00a0\u00bb (Mattessich, 1991).<\/p>\n<p>Cette hi\u00e9rarchie des diff\u00e9rentes r\u00e9alit\u00e9s empiriques qui constituent la r\u00e9alit\u00e9 totale englobe la r\u00e9alit\u00e9 sociale qui, si elle n\u2019\u00e9tait pas prise en compte dans son aspect empirique, r\u00e9duirait la comptabilit\u00e9, selon Mattessich, \u00e0 un simple formalisme et nierait son statut de science appliqu\u00e9e. Celui-ci permet de la d\u00e9finir comme un corpus de connaissances dont la ma\u00eetrise renvoie \u00e0 la comp\u00e9tence de l\u2019expert qui fonde sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur ceux qui ne le sont pas. Elle correspond \u00e0 ce que Platon appelait une \u00ab\u00a0techn\u00e8\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle se d\u00e9finit comme un savoir positif, le comptable connaissant les modalit\u00e9s d\u2019imputation d\u2019une op\u00e9ration \u00e0 un compte qu\u2019il s\u2019agisse de la nature de celle-ci ou de son \u00e9valuation.<\/p>\n<p>En concevant la comptabilit\u00e9 comme une science appliqu\u00e9e, Mattessich est amen\u00e9 \u00e0 proposer plusieurs interpr\u00e9tations possibles de la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 dans la mesure o\u00f9, s\u2019agissant d\u2019une science sociale, l\u2019objectif de ce qui est enregistr\u00e9 doit \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 selon l\u2019optique avantages-co\u00fbts. Ainsi, l\u2019utilisation d\u2019une m\u00e9thode donn\u00e9e, comme l\u2019\u00e9valuation au co\u00fbt d&rsquo;acquisition par exemple, peut ne pas respecter la rigueur scientifique mais r\u00e9pondre parfaitement aux besoins des utilisateurs. Sa d\u00e9marche s\u2019inscrit dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral de sa th\u00e9orie comptable normative conditionnelle qui permet de faire le lien entre les objectifs comptables et les moyens de les atteindre<a title=\"\" href=\"#_ftn113\">[113]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Chapitre 4\u00a0&#8211;\u00a0Invention des normes comptables dans la Haute Antiquit\u00e9<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec l\u2019augmentation consid\u00e9rable de la taille des villes et le d\u00e9veloppement des \u00e9changes locaux mais aussi lointains, des Etats sont n\u00e9s et il a fallu mettre en place des r\u00e8gles organisant la vie de la cit\u00e9 et d\u00e9courageant, si possible, les individus de s\u2019approprier par la violence des biens ne leur appartenant pas.<\/p>\n<p>Ce fut l\u2019objet d\u2019un certain nombre d\u2019\u00e9crits, dont le plus c\u00e9l\u00e8bre est le Code de Hammurabi (vers 1\u00a0750 avant J.\u00a0C.) que l\u2019on peut consid\u00e9rer, par son mode de cr\u00e9ation, comme \u00e9tant le premier processus d\u2019\u00e9laboration d\u2019une norme.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, une modification importante de la religiosit\u00e9 permit l\u2019acceptation des r\u00e8gles organisant la vie commune.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br clear=\"all\" \/> <\/span><\/strong><\/p>\n<h2>4.1 &#8211; Naissance du premier Etat<\/h2>\n<h3>4.1.1 &#8211; La domination d\u2019Akkad puis celle de Ur<\/h3>\n<p>Le foyer \u00e9volutif primaire que constituait la cit\u00e9-Etat d\u2019Uruk tendit, par le d\u00e9veloppement des \u00e9changes, \u00e0 faire appara\u00eetre de mani\u00e8re collat\u00e9rales les dynamiques secondaires des autres cit\u00e9s.<\/p>\n<p>Vers 2\u00a0270 avant J.\u00a0C., Sargon, un s\u00e9mite du nord, marcha sur Uruk qu\u2019il conquit puis s\u2019empara ensuite des autres grandes villes m\u00e9sopotamiennes marquant son pouvoir sur tout le pays de Sumer, du nord au sud, qu\u2019il appela le \u00ab\u00a0pays d\u2019Akkad\u00a0\u00bb. Ce fut la fin des cit\u00e9s-Etats de la M\u00e9sopotamie et le d\u00e9but d\u2019une longue p\u00e9riode marqu\u00e9e par la domination successive, apr\u00e8s celle de Sargon, de la ville d\u2019Ur puis de celle, la plus prestigieuse, de Babylone entre 2004 et 539, date \u00e0 laquelle elle fut conquise par les Perses du roi ach\u00e9m\u00e9nide Cyrus II.<\/p>\n<p>En proposant par rapport aux pratiques ant\u00e9rieures une solution nouvelle de prise de pouvoir par la force reposant sur une initiative individuelle \u00e0 vis\u00e9e h\u00e9g\u00e9monique, Sargon marqua une rupture historique majeure en M\u00e9sopotamie car, pour la premi\u00e8re fois, une vaste r\u00e9gion \u00e9tait politiquement unifi\u00e9e sous l\u2019autorit\u00e9 centrale d\u2019un monarque faisant \u00e9merger une grande construction \u00e9tatique englobant un ensemble d&rsquo;anciennes villes-Etats. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un changement d\u2019\u00e9chelle radical mais d\u2019un changement dont le ressort \u00e9tait totalement nouveau. Jusque-l\u00e0, en effet, le d\u00e9veloppement des \u00ab\u00a0cit\u00e9s-Etats\u00a0\u00bb avait repos\u00e9 sur des m\u00e9canismes internes, lents et pratiquement invisibles dont l\u2019initiative reposait sur le consensus et \u00e9tait assum\u00e9e collectivement.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise sargonide porta \u00e0 son terme l\u2019\u00e9volution des cit\u00e9-Etat vers l\u2019Etat qui appara\u00eet ainsi comme l\u2019aboutissement d\u2019un processus \u00e9volutif normal pour surmonter une situation bloqu\u00e9e dans laquelle chaque principaut\u00e9 \u00e9tait devenue trop structur\u00e9e pour qu\u2019un niveau d\u2019int\u00e9gration sup\u00e9rieur puisse se d\u00e9velopper spontan\u00e9ment entre elles. Tous les chercheurs s\u2019accordent \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 cet Etat un haut niveau de complexit\u00e9, ce qui ne veut pas dire que la situation \u00e9tait n\u00e9cessairement compliqu\u00e9e, mais plut\u00f4t qu\u2019elle \u00e9tait devenue composite \u00e0 travers l\u2019\u00e9largissement de la gamme des statuts mais aussi \u00e0 cause de la multiplication des partenaires sociaux et de la diversification des instances politiques, religieuses et administratives. En effet, l\u2019agriculture et l\u2019artisanat apportent la richesse qui permet d\u2019intensifier les \u00e9changes commerciaux.<\/p>\n<p>Pour organiser et contr\u00f4ler cet ensemble, une administration centralis\u00e9e sur les cadres territoriaux anciens fut progressivement mise en place et compl\u00e9t\u00e9e par la standardisation des textes administratifs qui pr\u00e9sentaient partout dans l&#8217;empire une m\u00eame graphie akkadienne afin d\u2019\u00eatre plus facilement compris et contr\u00f4l\u00e9s par un personnel administratif de comp\u00e9tence homog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Cette nouvelle conception de l\u2019Etat entra\u00eena un changement dans celle de la fonction du chef. Auparavant li\u00e9 au cadre de la cit\u00e9-Etat, comme ce fut le cas \u00e0 Uruk, il avait alors un r\u00f4le limit\u00e9. Avec la constitution d&rsquo;un vaste royaume unifi\u00e9, le chef prit peu \u00e0 peu une nouvelle dimension qui se d\u00e9veloppa sur une v\u00e9ritable pens\u00e9e \u00ab\u00a0imp\u00e9riale\u00a0\u00bb et l\u2019affirmation qu\u2019il \u00e9tait d&rsquo;essence divine. M\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas forc\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9 comme une divinit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re, il \u00e9tait au-dessus des autres hommes. Nous avons ici les traits d&rsquo;un \u00ab\u00a0empereur\u00a0\u00bb qui veut se d\u00e9marquer des autres chefs par son essence et ses ambitions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vers 2\u00a0100 avant J. C., l\u2019empire d\u2019Akkad s\u2019effondra au profit de la ville de Ur qui allait dominer pendant un si\u00e8cle la M\u00e9sopotamie avant de dispara\u00eetre \u00e0 son tour en laissant la place au royaume de Babylone de 2\u00a0000 \u00e0 539 avant J. C<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>4.1.2 &#8211; La domination babylonienne<\/h3>\n<p>Pendant un mill\u00e9naire et demi, Babylone, qui est l\u2019aboutissement de l\u2019\u00e9volution des cit\u00e9s-Etats, fut le centre politique mais aussi culturel et religieux de l&rsquo;antique civilisation m\u00e9sopotamienne et par l\u00e0 l&rsquo;une des principales villes du Proche-Orient ancien. Les propri\u00e9taires agricoles les plus importants sont le roi, les familles nobles, les temples et les grands entrepreneurs (Sitographie n\u00b0\u00a09). Ces grands domaines, qui donneront par la suite naissance aux <a title=\"Jardin Persan\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jardin_Persan\">jardins persans<\/a>, se composent de terres agricoles cultiv\u00e9es (X\u00e9nophon, 1859) et de r\u00e9serves de chasse ou botaniques<a title=\"\" href=\"#_ftn114\">[114]<\/a>. Le prestige de Babylone, qui fut immense pendant la p\u00e9riode antique, s&rsquo;est transmis jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours par la tradition biblique et celle des auteurs de la Gr\u00e8ce classique.<\/p>\n<p>C\u2019est sur des tablettes d\u2019argile babyloniennes que l\u2019on trouve la trace des premi\u00e8res math\u00e9matiques. Les quatre op\u00e9rations de base se faisaient \u00e0 l\u2019aide de tables et la r\u00e9solution de probl\u00e8mes pratiques \u00e0 l\u2019aide de mots d\u00e9taillant toutes les \u00e9tapes. Bien que ces m\u00e9thodes ne fussent pas pratiques \u00e0 l&rsquo;usage, elles avaient le m\u00e9rite de fonctionner et de permettre de r\u00e9soudre des \u00e9quations allant jusqu\u2019au troisi\u00e8me degr\u00e9. Pas plus qu\u2019en \u00c9gypte, il n\u2019y a eu d\u2019expressions abstraites de ces algorithmes. Seuls, des exemples empiriquement constitu\u00e9s \u00e9taient donn\u00e9s pour \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9s par les \u00e9l\u00e8ves et les scribes. Il s\u2019agissait d\u2019un savoir-faire empirique, transmis comme tel, et non d\u2019une science math\u00e9matique rationnelle comme celle mise au point beaucoup plus tard par les math\u00e9maticiens musulmans.<\/p>\n<p>La situation \u00e9conomique, tr\u00e8s variable d\u2019une province \u00e0 l\u2019autre, d\u00e9clina cependant \u00e0 partir du 4<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. Les taxes devinrent relativement de plus en plus lourdes car leur montant total, qui ne changea pas, pesa plus lourdement sur l&rsquo;\u00e9conomie locale dont la base se r\u00e9duisait et qui p\u00e2tit \u00e9galement du stockage dans les tr\u00e9sors royaux de l&rsquo;or et de l&rsquo;argent vers\u00e9s aux mercenaires (Larcher, 1850 et Sitographie n\u00b0\u00a010). L\u2019administration des tr\u00e9sors donna lieu \u00e0 inventaires et comptabilit\u00e9s, rapport\u00e9s sur de tr\u00e8s nombreuses tablettes en <a title=\"\u00c9lamite\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lamite\">\u00e9lamite<\/a>, dont l\u2019examen permit de reconstituer l&rsquo;activit\u00e9 des fonctionnaires des imp\u00f4ts. Des tablettes mentionnent \u00e9galement d\u2019autres sources de revenus du Tr\u00e9sor, constitu\u00e9es par les taxes commerciales et douani\u00e8res per\u00e7ues sur les routes royales ou aux portes des villes. Toutefois, aucun d\u00e9tail n&rsquo;en est connu aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;administration royale \u00e9choua cependant \u00e0 maintenir sur la dur\u00e9e des conditions \u00e9conomiques satisfaisantes dans l\u2019empire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>4.1.3 &#8211; Les tablettes d\u2019argile babyloniennes<\/h3>\n<p>Du r\u00e8gne de Hammourabi, environ 1\u00a0800 ans avant J. C.<a title=\"\" href=\"#_ftn115\">[115]<\/a>, subsistent de nombreuses tablettes cun\u00e9iformes qui, bien qu\u2019elles ne soient pas aussi vielles que celles d\u2019Uruk, renferment des textes pr\u00e9cieux sur la tenue l\u00e9gale des op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es. Pour Babylone qui commandait le commerce dans le monde antique, il \u00e9tait impossible, tout comme maintenant alors que le cr\u00e9dit \u00e9tait moins \u00e9lastique et l&rsquo;activit\u00e9 bancaire plus simple qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;effectuer de grosses transactions commerciales strictement en esp\u00e8ces et sans tenir de comptes (Sitographie n\u00b0 11)<a title=\"\" href=\"#_ftn116\">[116]<\/a>.<\/p>\n<p>Les propri\u00e9taires terriens, les marchands, les administrateurs des temples et les banquiers \u00e9tablissaient ou faisaient \u00e9tablir des notes pour tenir des inventaires d\u2019objets, en termes physiques ou mon\u00e9taires, en suivre d\u2019autres de nature bancaire car l\u2019\u00e9quivalent du virement existait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette \u00e9poque mais aussi suivre des paiements de ce qui semble correspondre \u00e0 des salaires et, surtout, tenir des \u00e9tats de caisse de type recettes\/d\u00e9penses. Il s\u2019agissait d\u2019enregistrements simples, une inscription dans un \u00e9tat ne se traduisant pas par une autre dans un autre \u00e9tat. Dans un ouvrage posthume publi\u00e9 un an apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, Charles Waldo Haskins (1904) indiqua que ces registres d&rsquo;argile avaient parfois une caract\u00e9ristique curieuse. En effet, ils pr\u00e9sentaient occasionnellement des erreurs arithm\u00e9tiques, dont les causes peuvent \u00eatre attribu\u00e9es \u00e0 la maladresse des scribes, \u00e0 la falsification d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des comptes dans une collusion d&rsquo;int\u00e9r\u00eats entre les parties, ou \u00e0 des comptables tout simplement ignorants. La th\u00e8se de la falsification est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tant la plus probable. Les Babyloniens \u00e9taient vraiment parvenus \u00e0 une compr\u00e9hension claire des math\u00e9matiques abstraites et leurs comptables n&rsquo;auraient probablement pas commis d&rsquo;erreurs arithm\u00e9tiques aussi grossi\u00e8res, \u00e0 moins d&rsquo;avoir voulu tromper ceux qui \u00e9taient moins \u00e9rudits qu&rsquo;eux. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les bilans de v\u00e9rification \u00e9taient inconnus et o\u00f9 calculer toutes sortes de soldes impliquait un travail pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui consistant \u00e0 compter les briques dans un entrep\u00f4t ou une fabrique, la comptabilit\u00e9 \u00ab\u00a0frauduleuse\u00a0\u00bb \u00e9tait un travail probablement moins p\u00e9rilleux qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Des explorations relativement r\u00e9centes ont mis au jour des chambres d&rsquo;archives et des \u00ab\u00a0coffres-forts\u00a0\u00bb babyloniens, avec leur richesse de \u00ab\u00a0tablettes-contrats\u00a0\u00bb d\u00e8s la plus haute antiquit\u00e9, en argile cuite ou s\u00e9ch\u00e9e au soleil. Les caract\u00e8res cun\u00e9iformes qui y sont grav\u00e9s rapportent le compte-rendu des transactions commerciales qui se d\u00e9roulaient au tout commencement de l&rsquo;Histoire, et m\u00eame avant. Des tablettes similaires ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es en Haute Egypte o\u00f9 elles ont sans aucun doute \u00e9t\u00e9 amen\u00e9es par des caravanes.<\/p>\n<p>Les fouilles entreprises ont offert des informations tr\u00e8s int\u00e9ressantes relatives aux accords commerciaux sous forme de re\u00e7us, de contrats et autres documents concernant des pr\u00eats d\u2019argent sur des garanties personnelles \u00e0 des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat fixes, des pr\u00eats sur des propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res ou immobili\u00e8res, des ventes de terres parfois avec un plan de celles-ci, des ventes d\u2019esclaves, etc. Il appara\u00eet aussi qu\u2019il existait un syst\u00e8me bancaire babylonien comportant des firmes bancaires dont la plus importante fut certainement celle d\u2019Egibi &amp; Fils, grande famille d\u2019hommes d\u2019affaires proches du pouvoir, qui a laiss\u00e9 de nombreuses tablettes d\u2019argile donnant de pr\u00e9cieux renseignements sur les pratiques financi\u00e8res de son \u00e9poque aux 6<sup>\u00e8me<\/sup> et 5<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles avant J\u00e9sus-Christ. Egibi qui a v\u00e9cu sous le r\u00e8gne de Sennach\u00e9rib, vers 700 avant J\u00e9sus-Christ, a laiss\u00e9 une lign\u00e9e de cinq g\u00e9n\u00e9rations qui ont successivement contr\u00f4l\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 la banque familiale en agissant comme banquiers, au sens moderne du mot, jusqu\u2019au r\u00e8gne de Darius et en servant, notamment, de banque nationale pour Babylone.<\/p>\n<p>Les pratiques financi\u00e8res s\u2019appuyaient sur les m\u00e9taux pr\u00e9cieux, en particulier l\u2019argent, qui circulaient en tant que lingots non poin\u00e7onn\u00e9s car ils \u00e9taient facilement accept\u00e9s au poids et v\u00e9rifi\u00e9s par une balance comme n\u2019importe quelle autre marchandise. Mais la banque concluait aussi des accords de pr\u00eats dans lesquels l\u2019emprunteur s\u2019engageait \u00e0 rembourser la somme due avec un int\u00e9r\u00eat qui \u00e9tait impos\u00e9 dans le contrat, en donnant comme gage, le plus souvent, sa propre propri\u00e9t\u00e9\u00a0: maison, vergers, etc. C\u2019\u00e9tait particuli\u00e8rement le cas lorsqu\u2019un babylonien voulait d\u00e9marrer une activit\u00e9 \u00e9conomique dans le cadre de ce que l\u2019on appellerait de nos jours \u00ab\u00a0une entreprise\u00a0\u00bb. Ainsi, l&rsquo;hypoth\u00e8que immobili\u00e8re la plus vieille du monde donn\u00e9e dans la trente-quatri\u00e8me ann\u00e9e du r\u00e8gne du Roi Artaxerx\u00e9s I, par Bel Bullitsu et Sha Nabu Shu, fils de Kiebti, \u00e0 Bey Nadin Shun, fils de Marashu et, donc, datant de 430 avant J\u00e9sus-Christ est celle d&rsquo;un verger \u00e0 Babylone. Elle servit \u00e0 garantir un pr\u00eat fait par les Marashu qui \u00e9taient une famille de banquiers finan\u00e7ant toutes les grosses op\u00e9rations \u00e0 Babylone, y compris celles du roi. Rien n\u2019indiquait d\u2019ailleurs sur la tablette d\u2019argile sur laquelle il \u00e9tait inscrit si le cr\u00e9dit hypoth\u00e9caire avait ensuite \u00e9t\u00e9 rembours\u00e9.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le syst\u00e8me d\u2019imposition en Babylonie rendait les pr\u00eateurs indispensables, en particulier pour les agriculteurs qui devaient payer leurs imp\u00f4ts avant la r\u00e9colte et qui \u00e9taient, de ce fait, oblig\u00e9s d\u2019emprunter sur leurs r\u00e9coltes futures. Le plus souvent, les int\u00e9r\u00eats \u00e9taient pay\u00e9s mensuellement, le taux annuel avoisinant r\u00e9guli\u00e8rement les 20\u00a0%.<\/p>\n<p>Cependant, la source la plus lucrative pour le pr\u00eateur \u00e9tait le syst\u00e8me du paiement en nature, le pr\u00eateur proposant alors aux agriculteurs des graines et des semences au moment o\u00f9 leurs prix \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s et se faisant rembourser en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 l\u2019\u00e9poque des moissons, lorsque la r\u00e9colte arrivait, l\u2019exc\u00e8s d\u2019offre qui s\u2019ensuivait entra\u00eenant une diminution importante des prix de vente<a title=\"\" href=\"#_ftn117\">[117]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>4.2 &#8211; Premier processus d\u2019\u00e9laboration d\u2019une norme<\/h2>\n<p>Avec le d\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des \u00e9changes \u00e0 partir de la p\u00e9riode d\u2019Uruk, il a fallu pr\u00e9ciser les modes de relations entres les co-\u00e9changistes de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter que la violence ne s\u2019installe entre eux pour cause de m\u00e9sentente sur les conditions des contrats. A cet effet, des codes \u00e9taient \u00e9crits par les rois-pr\u00eatres ou les souverains.<\/p>\n<p>Le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019entre eux est celui de Hammurabi qui \u00e9tait plus qu\u2019un recueil de lois commerciales et sociales car il imposait l\u2019obligation d\u2019un plan comptable et d\u2019un manuel de comptabilit\u00e9, d\u00e9taillant les proc\u00e9dures de certaines transactions et permettant ainsi d\u2019\u00e9tablir des comptes r\u00e9capitulatifs et des comparaisons d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre. Il touchait aux apports qui unissaient les groupes sociaux, la famille, l\u2019arm\u00e9e, la vie religieuse et la vie \u00e9conomique en ayant toujours trait \u00e0 des situations tr\u00e8s pr\u00e9cises concernant les vols, les pr\u00eats, les honoraires, les contrats, les fermages, les d\u00e9biteurs insolvables, les esclaves fugitifs, le statut de la femme. Il constitua le premier syst\u00e8me normatif connu qui ne r\u00e9pondait pas \u00e0 l&rsquo;acception l\u00e9galiste du droit comme dans le cas du Code civil fran\u00e7ais, mais correspondait plut\u00f4t au droit jurisprudentiel car il recensait, sous une forme impersonnelle, les d\u00e9cisions de justice du roi fixant diff\u00e9rentes r\u00e8gles de la vie courante. Par exemple, dans un des passages relatifs \u00e0 la comptabilit\u00e9, il \u00e9tait \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0\u00a7 104 \u2013 Si un n\u00e9gociant a confi\u00e9 \u00e0 un commis bl\u00e9, laine, huile, ou tout autre denr\u00e9e pour le trafic, le commis inscrira l\u2019argent et le rendra au n\u00e9gociant. Le commis prendra un sign\u00e9 (ou reconnaissance) de l\u2019argent qu\u2019il a donn\u00e9 au n\u00e9gociant\u00a0\u00bb (Degos, 2010). Comme le montre cette r\u00e8gle, il n\u2019y avait pas d\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ni de concepts abstraits exprim\u00e9s pour justifier telle ou telle disposition. Elle apparaissa\u00eet non pas comme un principe g\u00e9n\u00e9ral du droit mais comme une r\u00e9ponse sp\u00e9cifique \u00e0 un fait donn\u00e9 par le souverain ou son entourage. Elle \u00e9tait plut\u00f4t un corpus ouvert et non pas canonique, dans lequel \u00e9taient vers\u00e9s les rescrits royaux touchant des domaines tr\u00e8s vari\u00e9s et dont la valeur \u00e9tait contraignante d&rsquo;abord pour les magistrats, qui l&rsquo;appliquaient et la diffusaient, puis pour les particuliers qui l&rsquo;invoquaient dans leurs actes juridiques priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Hammurabi rendait ses d\u00e9cisions \u00ab\u00a0selon le d\u00e9cret du roi\u00a0\u00bb qui apparaissa\u00eet comme une disposition normative que les juges d\u00e9cidaient d\u2019appliquer aux parties et qui s\u2019imposait \u00e0 eux. La r\u00e8gle qui \u00e9tait un standard parmi d\u2019autres devint une norme \u00e0 partir du moment o\u00f9 elle fut invoqu\u00e9e et rendue opposable par les juges. Elle constitua en m\u00eame temps une forme de motivation des sentences dont le contenu \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9. La mention du \u00ab\u00a0d\u00e9cret du roi\u00a0\u00bb repr\u00e9sentait ainsi une norme<a title=\"\" href=\"#_ftn118\">[118]<\/a> \u00e0 laquelle les parties choisissaient de se soumettre. Il y avait une d\u00e9marche volontariste destin\u00e9e \u00e0 d\u00e9terminer la r\u00e8gle applicable et peut-\u00eatre la juridiction comp\u00e9tente en cas de conflit ou pour pr\u00e9venir un conflit. Le \u00ab\u00a0d\u00e9cret du roi\u00a0\u00bb qui servait de fondement juridique \u00e0 la sentence doit \u00eatre bien distingu\u00e9e du prononc\u00e9 de celle-ci. Le jugement rendu par le roi constituait sa \u00ab\u00a0parole\u00a0\u00bb qui pourrait ensuite \u00eatre invoqu\u00e9e comme r\u00e8gle de droit par un justiciable dans une affaire similaire. Le travail du juge se trouvait ainsi plac\u00e9, au moins en partie, sous le contr\u00f4le du roi qui diffusait les r\u00e8gles qu\u2019il tenait pour justes ou utiles. Cette m\u00e9thode \u00e9tait beaucoup plus efficace que la proc\u00e9dure lourde et contraignante de la codification.<\/p>\n<p>En proc\u00e9dant de la sorte, le dynamisme \u00e9conomique sum\u00e9rien et la rationalit\u00e9 du code d\u2019Hammourabi ont conduit \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable d\u00e9veloppement d\u2019une pratique comptable tr\u00e8s courante dans les temples et institutions religieuses. Cela explique en partie la persistance de l\u2019utilisation du Code bien apr\u00e8s que Hammurabi ait disparu.<\/p>\n<p>Darius 1<sup>er<\/sup>, tout en consentant \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019influence que le Code a eue sur lui, engagea, entre 520 et 485 avant J. C., des r\u00e9formes qui repr\u00e9sent\u00e8rent un tournant important dans la continuit\u00e9 des pratiques. Elles r\u00e9duisirent l\u2019influence des autorit\u00e9s locales et d\u00e9velopp\u00e8rent par application de la \u00ab\u00a0loi du roi\u00a0\u00bb des structures f\u00e9odales autour de l\u2019attribution de terres en \u00e9change d\u2019un service rendu, le plus souvent militaire.<\/p>\n<p>La dizaine d&rsquo;occurrences reconnues sur les tablettes pour la \u00ab\u00a0loi du roi\u00a0\u00bb de Darius\u00a01<sup>er<\/sup> montre que celle-ci d\u00e9signe, \u00e0 l\u2019instar du Code de Hammurabi, un mode d&rsquo;\u00e9laboration d\u2019une norme issu de la pratique judiciaire du souverain, progressivement compil\u00e9e pour former un corps de r\u00e8gles invoqu\u00e9es dans les contrats.<\/p>\n<p>De cette \u00e9tude sur le \u00ab\u00a0d\u00e9cret du roi\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0loi du roi\u00a0\u00bb, nous pouvons d\u00e9duire que, d\u00e8s son origine, une norme d\u00e9signe un moyen consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e8gle \u00e0 suivre, tout ce qui entrait dedans \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab normal \u00bb et ce qui en sortait comme \u00ab\u00a0anormal\u00a0\u00bb, termes qui pouvaient sous-entendre ou non des jugements de valeur.<\/p>\n<p>Son mode d\u2019\u00e9laboration \u00e9tait une sorte de proc\u00e9d\u00e9 normatif \u00ab\u00a0de terrain\u00a0\u00bb permettant d\u2019affiner les dispositions en vigueur ou augmenter les droits de l\u2019une des parties, la capacit\u00e9 l\u00e9gislative du roi tirant son origine de la fonction de juger, celle-ci \u00e9tant mieux accept\u00e9e que celle-l\u00e0 parce qu\u2019elle \u00e9tait sollicit\u00e9e par la base et non pas impos\u00e9e par le sommet.<\/p>\n<p>De nos jours, si la norme est \u00e9tablie \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiquement\u00a0\u00bb comme r\u00e9sultat d&rsquo;une n\u00e9gociation coll\u00e9giale faisant suite \u00e0 des proc\u00e9dures d&rsquo;enqu\u00eate pour avis, son processus d\u2019\u00e9laboration est toujours le m\u00eame. La convergence vers la notion de norme se fait encore par consensus successifs qui rel\u00e8vent de savoir-faire particuliers comme de comp\u00e9tences pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Autrement dit, comme au temps de Hammurabi ou de Darius 1<sup>er<\/sup>, une norme est un construit social qui ne peut se comprendre que dans le cadre des pratiques culturelles de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle a \u00e9t\u00e9 produite. Un syst\u00e8me de normes doit donc \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb quelle est la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 retenir et comment celle-ci sera repr\u00e9sent\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn119\">[119]<\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi, en partant de la normalisation en g\u00e9n\u00e9ral, nous pouvons d\u00e9duire qu\u2019un syst\u00e8me de normes et, en particulier la normalisation comptable, doit chercher \u00e0 poursuivre les objectifs suivants<a title=\"\" href=\"#_ftn120\">[120]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>am\u00e9liorer les m\u00e9thodes de tenue des comptes pour am\u00e9liorer la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 afin d\u2019en tirer au moyen des \u00e9tats financiers, l&rsquo;image la plus \u00ab\u00a0fid\u00e8le\u00a0\u00bb et r\u00e9aliste qui soit,<\/li>\n<li>permettre une meilleure compr\u00e9hension des comptabilit\u00e9s et de leur contr\u00f4le,<\/li>\n<li>favoriser la comparaison des informations comptables dans le temps et l&rsquo;espace,<\/li>\n<li>faciliter la consolidation des comptes,<\/li>\n<li>\u00e9laborer des statistiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>4.3 &#8211; La g\u00e9n\u00e9ralisation de la monnaie et les probl\u00e8mes d\u2019\u00e9valuation<\/h2>\n<p>Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, le commerce et, notamment, le commerce international, ont connu un fort d\u00e9veloppement au cours de la p\u00e9riode ach\u00e9m\u00e9nide<a title=\"\" href=\"#_ftn121\">[121]<\/a>. Cela est d\u00fb \u00e0 la construction sous le r\u00e8gne de <a title=\"Darius Ier\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Darius_Ier\">Darius I<sup>er<\/sup><\/a> de routes afin de rendre plus rapide le voyage des caravanes commerciales, des troupes et des inspecteurs du roi. De plus, le commerce par voie d\u2019eau est \u00e9galement facilit\u00e9 par le percement du <a title=\"Canal de Suez\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Canal_de_Suez\">canal de Suez<\/a> antique, qui relie la <a title=\"M\u00e9diterran\u00e9e\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9diterran%C3%A9e\">M\u00e9diterran\u00e9e<\/a> \u00e0 la <a title=\"Mer Rouge\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mer_Rouge\">mer Rouge<\/a> et qui, pr\u00e9vu par le <a title=\"Pharaon\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pharaon\">pharaon<\/a> <a title=\"N\u00e9kao II\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/N%C3%A9kao_II\">N\u00e9kao II<\/a>, sera en fait achev\u00e9 par <a title=\"Darius Ier\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Darius_Ier\">Darius I<sup>er<\/sup><\/a> . Pour cr\u00e9er des conditions favorables au d\u00e9veloppement des \u00e9changes, il fut le premier roi ach\u00e9m\u00e9nide \u00e0 frapper sa monnaie. Mais celle-ci, en v\u00e9hiculant une repr\u00e9sentation d&rsquo;un roi en posture guerri\u00e8re, avait plus une fonction id\u00e9ologique qu&rsquo;\u00e9conomique, ce qui \u00e9tait sans grande importance sur les \u00e9changes qui se faisaient surtout en argent massif. Darius a \u0153uvr\u00e9 par la suite \u00e0 imposer l&rsquo;adoption d&rsquo;un \u00e9talon pond\u00e9ral dans tout l&rsquo;Etat ach\u00e9m\u00e9nide, qui aurait d\u00fb servir principalement \u00e0 assurer l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 dans les pes\u00e9es des tributs et qui, associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unification du syst\u00e8me mon\u00e9taire \u00e0 partir du nouveau standard qu\u2019est le \u00ab\u00a0darique\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn122\">[122]<\/a>, aurait d\u00fb faciliter le commerce et les activit\u00e9s bancaires. La transition vers ce syst\u00e8me mon\u00e9taire est aussi attest\u00e9e par les tablettes retrouv\u00e9es \u00e0 <a title=\"Pers\u00e9polis\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pers%C3%A9polis\">Pers\u00e9polis<\/a>. En t\u00e9moigne le paiement des salaires qui, durant les premi\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e8gne de Darius, se fait en nature alors que pendant les d\u00e9cennies suivantes, ceux en monnaie augmentent fortement, de sorte que le syst\u00e8me mon\u00e9taire est compl\u00e8tement \u00e9tabli \u00e0 la fin du r\u00e8gne de <a title=\"Xerx\u00e8s Ier\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Xerx%C3%A8s_Ier\">Xerx\u00e8s I<sup>er<\/sup><\/a>. Cependant, cette r\u00e9forme du syst\u00e8me mon\u00e9taire ne resta que partielle car les rois ach\u00e9m\u00e9nides pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent th\u00e9sauriser les valeurs dans leurs tr\u00e9sors royaux, la plupart des <a title=\"M\u00e9taux pr\u00e9cieux\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9taux_pr%C3%A9cieux\">m\u00e9taux pr\u00e9cieux<\/a> n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en pi\u00e8ces de monnaie. Par ailleurs, le d\u00e9veloppement d&rsquo;une division du travail au sein de la soci\u00e9t\u00e9 avec la r\u00e9volution N\u00e9olithique a contribu\u00e9 fortement \u00e0 l&rsquo;essor de la monnaie pour surmonter les multiples difficult\u00e9s du troc.<\/p>\n<p>Avec la monnaie, la mise en place progressive d\u2019\u00e9changes \u00e9conomiques dans lesquels la valeur d\u2019usage, qui est la base du troc, s\u2019est trouv\u00e9e accompagn\u00e9e de la notion nouvelle de valeur d\u2019\u00e9change. Les scientifiques mettent ces notions en parall\u00e8le avec les t\u00e9moignages arch\u00e9ologiques (retranchements, fortifications, armes,\u00a0etc.) d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 grandissante \u00e0 partir du III<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire av. J.-C. due aux gisements de minerais et aux d\u00e9p\u00f4ts de m\u00e9taux qui entra\u00eenaient la convoitise et n\u00e9cessitaient une protection comme celle des voies commerciales (C. Louboutin, 1988). \u00ab\u00a0C\u2019est alors que la guerre fait une apparition non d\u00e9guis\u00e9e parmi les communaut\u00e9s paysannes d\u2019Occident\u00a0\u00bb (J. Guilaine, 1980).<\/p>\n<p>En M\u00e9sopotamie, les premi\u00e8res \u00e9critures cun\u00e9iformes, sur des tablettes d&rsquo;argile, furent des \u00e9critures comptables qui permirent le d\u00e9veloppement d\u2019un syst\u00e8me de gestion administrative des dettes et des cr\u00e9ances. Il \u00e9tait bas\u00e9 sur la comparaison de la valeur des produits \u00e9chang\u00e9s avec des \u00ab\u00a0valeurs-\u00e9talons\u00a0\u00bb connus de tous (quantit\u00e9 donn\u00e9e de c\u00e9r\u00e9ales, d&rsquo;or ou d&rsquo;argent). En Egypte, la monnaie scripturaire a exist\u00e9 plusieurs milliers d&rsquo;ann\u00e9es avant la monnaie fiduciaire. Mais avec l&rsquo;intensification et la diversification des \u00e9changes, cela a n\u00e9cessit\u00e9 une administration pl\u00e9thorique et, par cons\u00e9quent, une comptabilit\u00e9 bien trop lourde. Il a donc fallu simplifier en adoptant la monnaie \u00ab\u00a0fiduciaire\u00a0\u00bb comme moyen de solder une dette de mani\u00e8re simple et fiable. Pour cela, l\u2019or fut partiellement d\u00e9sacralis\u00e9, ce qui permit de le faire circuler sous forme de pi\u00e8ces d\u2019autant plus facilement accept\u00e9es qu\u2019elles permettaient en dernier recours de se d\u00e9gager de ses obligations r\u00e9guli\u00e8res vis-\u00e0-vis des Dieux et du temple. L\u2019ensemble du commerce de d\u00e9tail local fut bient\u00f4t aliment\u00e9 par ces pi\u00e8ces de monnaie qui \u00e9taient pratiques et dont on \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr de pouvoir \u00e9changer contre tout bien disponible \u00e0 la vente.<\/p>\n<p>L\u2019or du fleuve <a title=\"Pactole\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pactole\">Pactole<\/a>, la manufacture des pi\u00e8ces et leur circulation dans les villes, les \u00eeles et jusqu\u2019aux colonies lointaines telles que Marseille o\u00f9 des pi\u00e8ces ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es d\u00e8s la fondation de la ville, ouvrirent une nouvelle page de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>La monnaie n&rsquo;avait sans doute pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e pour faciliter les transactions mais, aussit\u00f4t cr\u00e9\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par le commerce bien qu\u2019il n\u2019y avait pas de n\u00e9cessit\u00e9 pour que les parties impliqu\u00e9es dans une transaction s&rsquo;\u00e9change directement un bien ou un service contre les unit\u00e9s mon\u00e9taires. Et cela, d\u2019autant plus, qu\u2019en faisant l\u2019objet de manipulations r\u00e9guli\u00e8res de la part des souverains, elle ne permettait pas de produire une \u00e9valuation fiable de la valeur des biens dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce probl\u00e8me se retrouvera \u00e0 toutes les \u00e9poques ensuite, sous la m\u00eame forme ou non et sera \u00e0 l\u2019origine de la proposition par Eugen Schmalenbach (1920) de sa th\u00e9orie comptable dynamique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>4.4 &#8211; La modification de la religiosit\u00e9<\/h2>\n<p>Chaque cit\u00e9-Etat reconna\u00eet comme souverain une grande divinit\u00e9 que le sort lui a assign\u00e9e le jour de la naissance du monde. Les tablettes babyloniennes nous r\u00e9v\u00e8lent l\u2019importance de la religion et du clerg\u00e9 qui \u00e9tait tout puissant. Ces dieux sont tr\u00e8s semblables aux hommes mais s\u2019en distinguent par leur intelligence et l\u2019immortalit\u00e9. Chaque dieu est charg\u00e9 d\u2019une fonction li\u00e9e \u00e0 la marche du monde. Le panth\u00e9on m\u00e9sopotamien est tr\u00e8s riche mais assez mal connu. C\u2019est par l\u2019interm\u00e9diaire des pr\u00eatres que les dieux communiquent leurs d\u00e9sirs\u00a0: riches repas quotidiens, v\u00eatements, bijoux, temples ou chants. Les dieux n\u2019imposent aucune contrainte mais si les hommes n\u2019ex\u00e9cutent pas les rites et ne font pas don d\u2019offrandes, de terribles catastrophes se produisent comme des inondations, la s\u00e9cheresse ou le pillage par d\u2019autres cit\u00e9s. Comme ces catastrophes sont fr\u00e9quentes et que les cit\u00e9s-Etats sont en conflits permanents, le peuple veille \u00e0 honorer ses dieux. Les pr\u00eatres profitent bien s\u00fbr largement de cette peur. Au d\u00e9but, les temples sont de dimensions modestes puis au fil du temps, ils deviendront les fameuses ziggourats. Le pouvoir sacerdotal est tr\u00e8s puissant car ce sont les pr\u00eatres qui g\u00e8rent les possessions de la divinit\u00e9. Parfois, comme \u00e0 Lagash, un prince est \u00e9vinc\u00e9 du tr\u00f4ne par un pr\u00eatre. Pour parer cette situation et diff\u00e9rencier de mani\u00e8re concr\u00e8te les biens d\u00e9pendants des dieux de ceux qui appartiennent au roi, c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque que le souverain cesse d\u2019habiter le temple et que les premiers palais sont construits pour lui. Pour financer ces constructions et les guerriers, le peuple commence \u00e0 payer un imp\u00f4t en nature, celui-ci portant sur les surplus agricoles des membres de la communaut\u00e9 dont le contr\u00f4le \u00e9tait confi\u00e9 aux temples. Mais les rois devaient \u00e9galement assurer la paix dans la cit\u00e9. Pour \u00e9viter que les groupes humains composant le village ne se scindent pas lorsqu&rsquo;ils atteignaient le seuil critique au-del\u00e0 duquel des tensions internes apparaissaient, des r\u00e8gles de comportement furent d\u00e9finies par le chef religieux et le roi. Elles t\u00e9moignent de l\u2019\u00e9mergence de structures sociales hi\u00e9rarchiques, lesquelles, selon Cauvin (1978) modifient la \u00ab\u00a0religiosit\u00e9\u00a0\u00bb des pratiques humaines. Pour ce chercheur, les dessins retrouv\u00e9s dans les grottes de l\u2019\u00e2ge glaciaire, avant le N\u00e9olithique, montrent que les pratiques religieuses des humains vivant dans des tribus non hi\u00e9rarchis\u00e9es consistaient \u00e0 participer au rituel de la reproduction du mythe fondateur. A partir du N\u00e9olithique, en se hi\u00e9rarchisant, les groupes humains modifient leurs pratiques religieuses qui s\u2019appuie alors sur des sacrifices organis\u00e9s par le roi\/pr\u00eatre et les dieux souverains. \u00ab\u00a0<em>Ce nouveau syst\u00e8me de pens\u00e9e se traduit dans des innovations dans l\u2019habitat, apparition d\u2019\u00e9difices destin\u00e9s \u00e0 lutter contre les inondations (les premi\u00e8res murailles de J\u00e9richo seraient en fait des digues), des aires de stockage dans les habitations, une architecture particuli\u00e8re de sanctuaire (pr\u00e9sence d\u2019une abside et d\u2019un autel sacrificiel), une r\u00e9duction de la diversit\u00e9 alimentaire par la consommation privil\u00e9gi\u00e9e de gros animaux comme l\u2019auroch.<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De nouveaux outils id\u00e9ologiques sont par ailleurs n\u00e9cessaires pour garantir la coh\u00e9sion d\u2019un corps social \u00e9largi. Avec l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture, toute une iconographie appara\u00eet pour exalter le pouvoir royal et des temples sont construits pour manifester la pr\u00e9sence de la divinit\u00e9 parmi les hommes. C\u2019est en effet \u00e0 cette \u00e9poque que remontent les plus anciens temples connus (Forest 1999).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Chapitre 5\u00a0\u2013\u00a0Utilisation du co\u00fbt historique en comptabilit\u00e9 jusqu\u2019au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelques si\u00e8cles apr\u00e8s les Sum\u00e9riens et les Babyloniens, les Egyptiens, les Ph\u00e9niciens, les Grecs et les Romains suivirent une voie analogue en d\u00e9veloppant leurs \u00e9changes commerciaux qui n\u00e9cessit\u00e8rent la mise au point d\u2019\u00e9tats de tr\u00e9sorerie d\u00e9taill\u00e9s leur permettant de disposer de v\u00e9ritables syst\u00e8mes d\u2019information. Gr\u00e2ce \u00e0 ceux-ci, ils r\u00e9alis\u00e8rent des op\u00e9rations complexes telles que des virements directs de fonds de compte \u00e0 compte en Egypte, des tenues de comptes de tiers par les Romains et leur contr\u00f4le a posteriori.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation des grands royaumes hell\u00e9nistiques est en partie intervenue dans la continuit\u00e9 des pratiques ach\u00e9m\u00e9nides. Certains rois des pays hell\u00e9niques et balkaniques reprirent m\u00eame \u00e0 leur compte des pratiques sociales des Perses pour cr\u00e9er une communaut\u00e9 de culture avec les nobles des pays conquis. Si les documents comptables \u00e9volu\u00e8rent, le principe d\u2019un enregistrement de flux d\u2019entr\u00e9e et de sortie sur la base des co\u00fbts historiques ou, ce qui revient au m\u00eame pour l\u2019information transmise, sur celle des prix de march\u00e9, ne changea pas.<\/p>\n<p>Il en fut de m\u00eame plus tard lorsque le commerce et les activit\u00e9s \u00e9conomiques red\u00e9marr\u00e8rent vers le 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J. C. apr\u00e8s avoir presque compl\u00e8tement disparu \u00e0 la chute de l\u2019Empire romain. A partir de cette \u00e9poque, les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019expansion de la comptabilit\u00e9 \u00e9taient r\u00e9unies. La monnaie \u00e9tait devenue un moyen courant d\u2019\u00e9change. Les chiffres arabes \u00e9taient utilis\u00e9s en simplifiant les op\u00e9rations arithm\u00e9tiques de base. Le d\u00e9veloppement du commerce m\u00e9diterran\u00e9en ouvert par les Croisades allait de pair avec celui de la demande de documents comptables. La g\u00e9n\u00e9ralisation du cr\u00e9dit et des services bancaires n\u00e9cessitait que l\u2019on connaisse en tout temps les cr\u00e9diteurs et les d\u00e9biteurs. La parit\u00e9 qui devait exister entre, d\u2019une part les marchandises invendues et les produits des ventes de consignataires et, d\u2019autre part, la valeur du total des marchandises qui leur \u00e9taient confi\u00e9es par le consignateur illustrait bien la notion de dualit\u00e9 intrins\u00e8que au syst\u00e8me de comptabilit\u00e9 en flux d\u2019entr\u00e9e et de sortie mais aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir la valorisation de d\u00e9part que l\u2019on peut appeler \u00ab\u00a0co\u00fbt historique\u00a0\u00bb pour pouvoir d\u00e9terminer le r\u00e9sultat final.<\/p>\n<p>La notion de capital, indispensable aux associations de personnes qui poss\u00e9daient et dirigeaient une activit\u00e9 en continu par rapport \u00e0 celles qui travaillaient sur des suites de projets isol\u00e9s, devint incontournable afin que chacun des associ\u00e9s puisse percevoir sa juste part des b\u00e9n\u00e9fices. Pour cela, des formes particuli\u00e8res de comptabilit\u00e9 furent mises au point selon les besoins qu\u2019elles devaient satisfaire, mais il s\u2019agissait bien des formes et non des principes sous-tendant la comptabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Une forme sp\u00e9ciale de pr\u00e9sentation des flux d\u2019entr\u00e9e et de sortie sous forme d\u2019\u00e9critures en d\u00e9bit et cr\u00e9dit simultan\u00e9s dans un journal, \u00e9mergea avec la mise au point de la comptabilit\u00e9 en partie double pr\u00e9sent\u00e9e par le moine italien Luca Bartolomes Paciolo, dit <em>Luca di Borgo,<\/em> en 1494. Celle-ci fut d\u2019abord utilis\u00e9e par les commer\u00e7ants puis, \u00e0 partir du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, par les industriels, ce qui posa le probl\u00e8me de la reconnaissance des soci\u00e9t\u00e9s de capitaux et des obligations des dirigeants<a title=\"\" href=\"#_ftn123\">[123]<\/a> vis-\u00e0-vis de l\u2019ensemble des apporteurs de capitaux, qu\u2019ils soient des petits ou des gros porteurs de parts sociales.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br clear=\"all\" \/> <\/span><\/strong><\/p>\n<h2>5.1 &#8211; L\u2019\u00e9volution des syst\u00e8mes comptables jusqu\u2019au 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J. C.<\/h2>\n<h3>5.1.1 &#8211; L\u2019apport des Egyptiens\u00a0: de nouvelles techniques d\u2019enregistrement<\/h3>\n<p>En Egypte, le tombeau de Negadah renferme des textes pr\u00e9cieux datant de 3\u00a0000 ans avant J. C. sur des tablettes d\u2019ivoire et d\u2019argile. Durant les 1\u00a0000 ans qui suivirent, ces tablettes \u00e9tant encombrantes et peu pratiques pour enregistrer les op\u00e9rations, le papyrus plus l\u00e9ger et plus maniable devint le principal mat\u00e9riau utilis\u00e9 pour l\u2019\u00e9criture des documents importants produits. Mais le papyrus est aussi plus sensible aux d\u00e9gradations. Ces \u00e9critures \u00e9taient le domaine r\u00e9serv\u00e9 des scribes qui ont su faire \u00e9voluer la technique en imaginant des \u00e9tats \u00e0 colonnes s\u00e9par\u00e9es. Ces \u00e9tats \u00e9gyptiens pharaoniques \u00e9taient moins bien structur\u00e9s que les comptes de Babylone mais les scribes les r\u00e9alisaient d\u00e9j\u00e0 avec des observations statistiques et des pr\u00e9visions. Les scribes effectuaient en plus des travaux d\u2019arpentage pour pouvoir fixer le montant de l\u2019imp\u00f4t \u00e0 payer en nature, la monnaie \u00e9tant rest\u00e9e inconnue pendant longtemps. Cet \u00e9ventail de fonctions r\u00e9alis\u00e9es par les scribes suscite plusieurs remarques. Il est logique de voir les professions de comptable et de g\u00e9om\u00e8tre se confondre. Pour les deux activit\u00e9s, il s\u2019agissait d\u2019utiliser les chiffres de l\u2019arithm\u00e9tique \u00e9l\u00e9mentaire, le calcul des surfaces comme assiette de l\u2019imp\u00f4t se basant sur l&rsquo;espace exploit\u00e9. D\u00e8s le 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ, ils savaient enregistrer des recettes, des d\u00e9penses et des loyers mais \u00e9galement manipuler, voire falsifier, des comptes ou effectuer des enregistrements fictifs pour redresser certaines situations douteuses. Ils employaient le syst\u00e8me num\u00e9rique d\u00e9cimal et utilisaient des math\u00e9matiques strictement additives typiques des comptabilit\u00e9s \u00e0 toutes les \u00e9poques, ce qui les obligeait \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s de calcul difficiles essentiellement fond\u00e9s sur des m\u00e9thodes de parties aliquotes<a title=\"\" href=\"#_ftn124\">[124]<\/a>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la conqu\u00eate d\u2019Alexandre le Grand, 400 ans avant J. C., l\u2019Egypte devient hell\u00e9nique et adopta la langue et les pratiques grecques telles que l\u2019\u00e9criture d\u00e9motique<a title=\"\" href=\"#_ftn125\">[125]<\/a> que peu de sp\u00e9cialistes sont capables de d\u00e9chiffrer aujourd\u2019hui. Malgr\u00e9 cela, des documents comme le papyrus de Z\u00e9non datant de 300 ans avant J. C., montraient d\u00e9j\u00e0 la distinction entre les \u00e9tats de denr\u00e9es agricoles et les \u00e9tats de flux mon\u00e9taires. Il existait une \u00e9ph\u00e9m\u00e9ride qui est un journal donnant le d\u00e9tail des enregistrements quotidiens et des \u00e9tats plus g\u00e9n\u00e9raux r\u00e9sumant les transactions de plusieurs jours.<\/p>\n<h3>5.1.2 &#8211; L\u2019apport des Grecs\u00a0: un syst\u00e8me mon\u00e9taire complet<\/h3>\n<p>En Gr\u00e8ce<a title=\"\" href=\"#_ftn126\">[126]<\/a>, la comptabilit\u00e9 remplit une importante fonction religieuse puisque les offrandes aux dieux se devaient d\u2019\u00eatre comptabilis\u00e9es sur des plaques de marbre ou de calcaire dont on a retrouv\u00e9 de nombreux vestiges. Elle avait aussi une fonction \u00e9conomique de suivi des richesses cr\u00e9\u00e9es et d\u2019enregistrement des transactions. Les temples jou\u00e8rent, les premiers, le r\u00f4le de banquiers qui connaissaient et utilisaient le ch\u00e8que et la lettre de change. Comme chez les Sum\u00e9riens, le pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat \u00e9tait courant ainsi que les calculs financiers. Les pratiques comptables des Grecs n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles des autres pays si ce n\u2019est l\u2019invention de la technique du virement interne pour \u00e9viter les doubles inscriptions de valeurs dans un m\u00eame compte pour une m\u00eame transaction.<\/p>\n<p>Vers 300 avant J\u00e9sus-Christ, Ath\u00e8nes poss\u00e9dait une Cour de logistes, compos\u00e9e de dix membres, qui v\u00e9rifiaient les comptes publics. Le Coll\u00e8ge des Euthymes \u00e9tait une organisation de reviseurs qui pratiquaient l\u2019audit contradictoire des d\u00e9cisions de la premi\u00e8re cour (Ordre des Experts Comptables, 1993). Ils firent leur apparition tout d\u2019abord dans l\u2019administration militaire en \u00e9tant charg\u00e9s de tenir l\u2019accumulation du butin au fil des victoires et l\u2019inventaire des marchandises soumis aux fluctuations de la consommation par les troupes pour d\u00e9terminer combien de temps encore pouvait durer la campagne en cours. Ils devaient en plus \u00e9valuer la solde que la troupe pourrait percevoir apr\u00e8s la partage entre l\u2019\u00c9tat et les seigneurs de guerre des richesses les plus remarquables. Le difficile probl\u00e8me qui s\u2019est pos\u00e9 aux pouvoirs publics fut celui de la r\u00e9mun\u00e9ration d\u2019une grosse arm\u00e9e et de cohortes de fonctionnaires. Sans monnaie, la distribution des biens ne peut se faire que de trois fa\u00e7ons\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>le don,<\/li>\n<li>la r\u00e9quisition,<\/li>\n<li>l\u2019\u00e9change sous forme de <a title=\"Compensation\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Compensation\">compensation<\/a>, tr\u00e8s compliqu\u00e9 \u00e0 mettre en \u0153uvre pour les individus et encore plus pour les pouvoirs publics\u00a0: troc de marchandises ou \u00a0bien paiement de prestations en nature ou \u00ab\u00a0au pair\u00a0\u00bb. La r\u00e9quisition et la fourniture directe des moyens d\u2019existence \u00e9l\u00e9mentaires, agr\u00e9ment\u00e9es par la perspective du pillage est une chose. La mobilisation de citoyens libres en est une autre.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour r\u00e9gler ce probl\u00e8me, Ath\u00e8nes allait inventer et mettre en \u0153uvre un syst\u00e8me mon\u00e9taire complet qui permit l\u2019expression des \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9volution ath\u00e9nienne que sont la rationalit\u00e9, la citoyennet\u00e9, les libert\u00e9s publiques, la science th\u00e9orique et appliqu\u00e9e, l\u2019innovation \u00e9conomique, l\u2019expansion par le commerce et par la guerre.<\/p>\n<p>Dracon, l\u00e9gislateur ath\u00e9nien du 7<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ, fixait pr\u00e9c\u00e9demment les amendes en \u00ab\u00a0t\u00eates de b\u00e9tail\u00a0\u00bb, un syst\u00e8me fort peu pratique qui allait \u00eatre modifi\u00e9 par l\u2019invention des premi\u00e8res pi\u00e8ces m\u00e9talliques de monnaie. L&rsquo;id\u00e9e de frapper des pi\u00e8ces en m\u00e9tal pr\u00e9cieux est n\u00e9e autour de la <a title=\"Mer \u00c9g\u00e9e\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mer_%C3%89g%C3%A9e\">mer \u00c9g\u00e9e<\/a> vers 650 avant J\u00e9sus-Christ et on a retrouv\u00e9 des pi\u00e8ces frapp\u00e9es \u00e0 <a title=\"Sardes\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sardes\">Sardes<\/a> par le roi <a title=\"Alyatt\u00e8s (page inexistante)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Alyatt%C3%A8s&amp;action=edit&amp;redlink=1\">Alyatt\u00e8s<\/a>, qui r\u00e9gna sur la <a title=\"Lydie\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lydie\">Lydie<\/a> entre 610 et 560 avant J\u00e9sus-Christ<a title=\"\" href=\"#_ftn127\">[127]<\/a>. Au VI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ, l&rsquo;un des rois, <a title=\"Cr\u00e9sus\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cr%C3%A9sus\">Cr\u00e9sus<\/a>, fonda un <a title=\"Bim\u00e9tallisme\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bim%C3%A9tallisme\">syst\u00e8me bim\u00e9talliste<\/a> s&rsquo;appuyant sur les progr\u00e8s de la <a title=\"M\u00e9tallurgie\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9tallurgie\">m\u00e9tallurgie<\/a> d\u00e9sormais capable de s\u00e9parer l&rsquo;or de l&rsquo;argent.<\/p>\n<p>La monnaie ath\u00e9nienne \u00e9tait une \u00ab\u00a0<a title=\"Nomisma\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nomisma\">nomisma<\/a>\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0nomos\u00a0\u00bb qui signifie la \u00ab\u00a0r\u00e8gle\u00a0\u00bb. Elle \u00e9tait frapp\u00e9e sous contr\u00f4le public et avait cours l\u00e9gal, c&rsquo;est-\u00e0-dire que si les autorit\u00e9s pouvaient l\u2019utiliser pour r\u00e9mun\u00e9rer ses prestations, les citoyens pouvaient payer leurs imp\u00f4ts avec elle mais aussi solder des dettes de toute nature. La monnaie grecque avait un caract\u00e8re juridique, les indemnit\u00e9s accord\u00e9es par les juges pouvant se faire en monnaie, ce qui \u00e9tait une nouveaut\u00e9 pleine d\u2019int\u00e9r\u00eat car elle limitait le versement des pensions en nature aux fonctionnaires et les cessions de terre. La Cit\u00e9 r\u00e9mun\u00e9rait les citoyens libres qui la servaient avec des pi\u00e8ces qui permettaient d\u2019acheter des marchandises librement \u00e9chang\u00e9es par des producteurs ou des commer\u00e7ants. Les hommes quitt\u00e8rent les campagnes o\u00f9 ils \u00e9taient \u00e0 proximit\u00e9 de la production des aliments pour les villes o\u00f9 la monnaie leur permettait de se fournir en vivres. Les productions se diversifi\u00e8rent, les \u00e9changes s\u2019intensifi\u00e8rent, le pr\u00eat devint facile. Une forme d\u2019association en commandite vit le jour pour financer des exp\u00e9ditions lointaines. En r\u00e9alit\u00e9, <a title=\"Ath\u00e8nes\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ath%C3%A8nes\">Ath\u00e8nes<\/a> mon\u00e9tisa principalement l\u2019<a title=\"Argent\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Argent\">argent<\/a>, d\u2019o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 historique entre monnaie et argent et la quasi identit\u00e9 s\u00e9mantique entre les deux mots. Mais l\u2019Asie mineure conservera le <a title=\"Bim\u00e9tallisme\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bim%C3%A9tallisme\">bim\u00e9tallisme<\/a> et m\u00eame le tri m\u00e9tallisme initial de Cr\u00e9sus avec des monnaies en or, en argent ou en \u00e9lectrum, avec un rapport relativement stable entre elles\u00a0: l\u2019or est \u00e0 l\u2019argent dans un rapport de 1 \u00e0 13 1\/3. Le <a title=\"Drachme\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Drachme\">drachme<\/a>, le <a title=\"Stat\u00e8re\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stat%C3%A8re\">stat\u00e8re<\/a> et le <a title=\"Sicle\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sicle\">sicle<\/a> devinrent les unit\u00e9s de compte de la civilisation hell\u00e9niques apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 des unit\u00e9s de poids. Ath\u00e8nes ne mon\u00e9tisera l&rsquo;<a title=\"Or\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Or\">or<\/a> que rarement et dans des conditions d&rsquo;urgence militaire<a title=\"\" href=\"#_ftn128\">[128]<\/a>. La monnaie \u00e9tait aussi le symbole de la force de la cit\u00e9, car la cit\u00e9 la plus prosp\u00e8re et la plus forte peut montrer sa sup\u00e9riorit\u00e9 par l\u2019exposition de son num\u00e9raire. La tradition de symboliser les \u00ab\u00a0temples de l\u2019argent\u00a0\u00bb par une r\u00e9plique du Parth\u00e9non date de l\u00e0.<\/p>\n<p>La r\u00e9partition de la richesse a fait l&rsquo;objet de r\u00e9flexions de la part de Platon pour qui la richesse devait \u00eatre distribu\u00e9e de fa\u00e7on \u00e9galitaire et de Aristote qui pensait qu\u2019elle devait \u00eatre distribu\u00e9e proportionnellement \u00e0 l&rsquo;effort de chacun. En introduisant la notion de \u00ab\u00a0chr\u00e9matistique\u00a0\u00bb, Aristote a condamn\u00e9 la pratique visant \u00e0 l&rsquo;accumulation de richesses pour elles-m\u00eames et non en vue d&rsquo;une fin autre que le plaisir personnel. La chr\u00e9matistique peut se pr\u00e9senter sous deux formes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>celle qui est \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, par l&rsquo;approvisionnement, \u00e0 la survie de <em>la famille \u00e9largie au sens de communaut\u00e9<\/em>. Aristote admet le troc et l&rsquo;\u00e9change pratiqu\u00e9 par la monnaie comme important, mais insiste sur le fait que cette derni\u00e8re ne doit pas \u00eatre accumul\u00e9e pour elle-m\u00eame et qu&rsquo;elle ne doit \u00eatre utilis\u00e9e que pour r\u00e9aliser l&rsquo;\u00e9change,<\/li>\n<li>la chr\u00e9matistique \u00ab\u00a0commerciale\u00a0\u00bb qui est condamnable\u00a0 en tant que recherche de l&rsquo;accumulation de la monnaie pour la monnaie, ce qui est une activit\u00e9 \u00ab\u00a0contre nature\u00a0\u00bb qui d\u00e9shumanise ceux qui s&rsquo;y livrent car elle n\u2019a pas d\u2019autre fin que le plaisir personnel. En effet, elle ne fait que substituer l\u2019argent aux biens. Le marchand ne produit rien alors que l\u2019usure ne fait que cr\u00e9er de l\u2019argent \u00e0 partir de l\u2019argent sans aucune richesse \u00e9conomique suppl\u00e9mentaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La pens\u00e9e d\u2019Aristote joua un r\u00f4le tr\u00e8s important dans l\u2019interpr\u00e9tation des m\u00e9canismes sociaux et des r\u00e8gles \u00e0 appliquer jusqu\u2019\u00e0 la fin du Moyen-Age.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alexandre le Grand, apr\u00e8s Philippe II de Mac\u00e9doine, enrichi par la conqu\u00eate des mines du Mont Pang\u00e9e, profita de la r\u00e9volution mon\u00e9taire qui permit de r\u00e9mun\u00e9rer des mercenaires pour financer de grandes arm\u00e9es \u00e0 la conqu\u00eate de toute l\u2019Asie mineure jusqu\u2019en Inde et en \u00c9gypte. Pendant tout son p\u00e9riple, il identifia les mines d\u2019or et d\u2019argent et monta partout des ateliers de frappe de monnaie<a title=\"\" href=\"#_ftn129\">[129]<\/a>.<\/p>\n<p>La monnaie m\u00e9tallique<a title=\"\" href=\"#_ftn130\">[130]<\/a> sur le mod\u00e8le grec gagna rapidement tout le monde antique dont, notamment, tout le pourtour m\u00e9diterran\u00e9en, en d\u00e9pit de certaines r\u00e9sistances comme celle de Sparte qui la m\u00e9prisait ou des Ph\u00e9niciens, peuple pourtant de n\u00e9gociants qui attendront quelques temps avant de l\u2019utiliser.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>5.1.3 \u2013 L\u2019apport des Romains\u00a0: personne juridique et registres comptables<\/h3>\n<p>Le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de l&rsquo;Empire romain ne fut possible que gr\u00e2ce \u00e0 celui de la monnaie. Rome imita la Gr\u00e8ce en mati\u00e8re mon\u00e9taire comme dans d\u2019autres domaines. C&rsquo;est \u00e0 <a title=\"Rome antique\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rome_antique\">Rome<\/a>, au 3<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J\u00e9sus-Christ qu&rsquo;entra en activit\u00e9 un premier <a title=\"Atelier mon\u00e9taire\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Atelier_mon%C3%A9taire\">atelier mon\u00e9taire<\/a>. Il \u00e9tait install\u00e9 sur le <a title=\"Capitole\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Capitole\">Capitole<\/a>, \u00e0 proximit\u00e9 du <a title=\"Temple de Junon Moneta\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Temple_de_Junon_Moneta\">temple de Junon Moneta<\/a><a title=\"\" href=\"#_ftn131\">[131]<\/a>.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res monnaies m\u00e9talliques romaines \u00e9taient de petits <a title=\"Lingot\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lingot\">lingots<\/a> de <a title=\"Bronze\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bronze\">bronze<\/a> orn\u00e9 d&rsquo;un b\u0153uf, ce qui leur \u00f4tait tout caract\u00e8re sacr\u00e9. Elles furent remplac\u00e9es par les <a title=\"Sesterces\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sesterces\">sesterces<\/a>. Le denier ou pi\u00e8ce de dix, <a title=\"Frappe\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Frappe\">frapp\u00e9<\/a> en <a title=\"Argent\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Argent\">argent<\/a>, fut la premi\u00e8re pi\u00e8ce \u00e0 porter une valeur inscrite \u00e0 l&rsquo;avers sous la forme d&rsquo;un X, pour 10 as.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne, <a title=\"Auguste\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Auguste\">Auguste<\/a> r\u00e9organisa le <a title=\"Syst\u00e8me mon\u00e9taire\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_mon%C3%A9taire\">syst\u00e8me mon\u00e9taire<\/a> sur le principe du tri-m\u00e9tallisme or \/ argent et bronze<a title=\"\" href=\"#_ftn132\">[132]<\/a>.<\/p>\n<p>Avec le d\u00e9veloppement de l&rsquo;<a title=\"Empire romain\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Empire_romain\">Empire<\/a>, le syst\u00e8me mon\u00e9taire romain s&rsquo;impose largement. Monnaies d&rsquo;\u00e9change, les pi\u00e8ces deviennent aussi des instruments de <a title=\"Propagande\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Propagande\">propagande<\/a> \u00e0 la gloire de l&rsquo;<a title=\"Empereur romain\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Empereur_romain\">empereur<\/a>. Plus tard, l&rsquo;instabilit\u00e9 politique et la d\u00e9cadence de l&rsquo;Empire s&rsquo;accompagn\u00e8rent d&rsquo;une d\u00e9gradation de la valeur de la monnaie.<\/p>\n<p>Par contre, la rar\u00e9faction progressive de l&rsquo;argent entra\u00eene une rupture des parit\u00e9s et une perte de confiance dans la valeur respective des pi\u00e8ces. Pour enrayer ce mouvement, <a title=\"Constantin Ier (empereur romain)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Constantin_Ier_%28empereur_romain%29\">Constantin Ier<\/a> r\u00e9organise l&rsquo;Empire et, en m\u00eame temps, impose le monom\u00e9tallisme en mettant en circulation une nouvelle pi\u00e8ce d&rsquo;or con\u00e7ue pour durer et servir de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: le \u00ab\u00a0<a title=\"Solidus (monnaie)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Solidus_%28monnaie%29\">solidus<\/a>\u00a0\u00bb qui fut frapp\u00e9 \u00e0 <a title=\"Tr\u00e8ves (Allemagne)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tr%C3%A8ves_%28Allemagne%29\">Tr\u00e8ves<\/a>, en <a title=\"Rh\u00e9nanie\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rh%C3%A9nanie\">Rh\u00e9nanie<\/a>, vers l&rsquo;an 310 apr\u00e8s J. C.<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 \u00e0 laquelle Rome fut confront\u00e9e est le manque de sources nouvelles et suffisantes de m\u00e9tal mon\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;exception de la montagne espagnole de <a title=\"Las Medulas\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Las_Medulas\">Las Medulas<\/a> qui fut proprement d\u00e9truite dans un effort fr\u00e9n\u00e9tique pour se fournir des quantit\u00e9s requises par le paiement des mercenaires. Les d\u00e9penses militaires furent telles qu\u2019il fallut se r\u00e9soudre \u00e0 de nombreuses d\u00e9valuations de la monnaie sous forme de changement des titres des pi\u00e8ces en m\u00e9tal pr\u00e9cieux. La teneur en argent des pi\u00e8ces fondit litt\u00e9ralement au cours des si\u00e8cles. Une r\u00e9forme importante fut entreprise par <a title=\"Diocl\u00e9tien\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diocl%C3%A9tien\">Diocl\u00e9tien<\/a> qui cr\u00e9a des solidus en or en volant celui-ci de fa\u00e7on \u00e9hont\u00e9e dans tous les temples pa\u00efens qu\u2019il put trouver.<\/p>\n<p>Les manipulations romaines des monnaies leur ont valu une certaine mauvaise r\u00e9putation aupr\u00e8s d\u2019auteurs respectueux des canons de l\u2019orthodoxie mon\u00e9taire, au point que certains y ont vu une des sources de la chute de l\u2019Empire romain. JK Galbraith ironisera sur ces raisonnements id\u00e9ologiques en notant que les romains r\u00e9ussirent \u00e0 dominer le monde pendant des si\u00e8cles avec et peut \u00eatre gr\u00e2ce \u00e0 une monnaie fondante.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la <a title=\"Chute de l'Empire romain\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chute_de_l%27Empire_romain\">chute de l&rsquo;Empire romain<\/a> d&rsquo;Occident, l&rsquo;usage du solidus se perp\u00e9tua encore longtemps \u00e0 <a title=\"Byzance\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Byzance\">Byzance<\/a>. En Occident, m\u00eame si sa circulation se r\u00e9duisit plus rapidement, il continua \u00e0 jouer un r\u00f4le d&rsquo;<a title=\"Unit\u00e9 de compte\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Unit%C3%A9_de_compte\">unit\u00e9 de compte<\/a> pendant pr\u00e8s d&rsquo;un mill\u00e9naire<a title=\"\" href=\"#_ftn133\">[133]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>5.1.3.1 &#8211; L\u2019invention de la personnalit\u00e9 juridique<\/h4>\n<p>La personnalit\u00e9 juridique est un concept fondateur invent\u00e9 par le droit romain. Dans les syst\u00e8mes juridiques primitifs dont celui du droit romain archa\u00efque, le corps humain est l\u2019enjeu des relations sociales et juridiques. Il est donc normal alors que la personnalit\u00e9 juridique apparaisse profond\u00e9ment li\u00e9e au corps. Un d\u00e9biteur qui ne pouvait pas rembourser sa dette \u00e9tait remis \u00e0 son cr\u00e9ancier qui en devenait propri\u00e9taire et pouvait, de ce fait, en disposer comme il le voulait, cela pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 le tuer. S\u2019il y avait plusieurs cr\u00e9anciers, le corps pouvait \u00eatre coup\u00e9 en morceaux.<\/p>\n<p>Reprenant une formule des Institutes de Gaius<a title=\"\" href=\"#_ftn134\">[134]<\/a>, les Institutes de Justinien<a title=\"\" href=\"#_ftn135\">[135]<\/a> d\u00e9finirent ce qui devait constituer le droit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Tout le droit que nous utilisons concerne soit les personnes, soit les choses, soit les actions<\/em>\u00a0\u00bb. La signification profonde de cette formule est relative aux deux principes sur lesquels repose la civilisation gr\u00e9co-romaine\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">1<sup>er<\/sup> principe<\/span>\u00a0: la cr\u00e9ation juridique est \u00e9quivalente \u00e0 la cr\u00e9ation naturelle<a title=\"\" href=\"#_ftn136\">[136]<\/a>,<\/li>\n<li><span style=\"text-decoration: underline;\">2<sup>\u00e8me<\/sup> principe<\/span>\u00a0: par voie de cons\u00e9quence du 1<sup>er<\/sup> principe, la vie est dans la cit\u00e9, non pas un ph\u00e9nom\u00e8ne biologique, mais une \u00ab\u00a0institution\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque chose dont l&rsquo;existence et le fonctionnement d\u00e9pend de r\u00e8gles juridiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, le droit \u00e0 Rome est non seulement au c\u0153ur de la culture mais il est m\u00eame le fondement de la civilisation, ce qu\u2019illustre bien le fait que la civilisation soit, s\u00e9mantiquement, le lieu du \u00ab\u00a0droit civil\u00a0\u00bb. Le droit romain recr\u00e9e le monde en mettant la cit\u00e9 \u00e0 la place du cosmos et recr\u00e9e les personnes et les choses, lesquelles deviennent des \u00eatres immat\u00e9riels, sujets et objets de droit. La vie n\u2019est pas une r\u00e9alit\u00e9 biologique mais une institution.<\/p>\n<p>En d&rsquo;autres termes, le monde du droit poss\u00e8de sa propre v\u00e9rit\u00e9 : un \u00eatre humain pouvait \u00eatre mort sans que la personne juridique qui le repr\u00e9sentait sur le terrain du droit le soit et inversement. Par exemple, un \u00eatre humain qui \u00e9tait maintenu en captivit\u00e9 par les ennemis de Rome, \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 juridiquement mort faisant ainsi dispara\u00eetre sa personnalit\u00e9 juridique. Au Moyen Age, les romanistes, qui d\u00e9velopp\u00e8rent la pens\u00e9e juridique romaine dans les universit\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales, ajout\u00e8rent \u00e0 celui de la captivit\u00e9 les cas d\u2019entr\u00e9e en religion et\/ou dans une l\u00e9proserie. En France, au 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le juriste dauphinois Gui-Pape a pu affirmer que l\u2019Empereur pouvait \u00ab\u00a0d\u00e9clarer vivant quelqu\u2019un qui \u00e9tait mort\u00a0\u00bb et ce n\u2019est qu\u2019avec la loi du 31 mai 1854 que cette mort civile a disparu de notre droit alors que de nos jours, il r\u00e9sulte du r\u00e9gime de l\u2019absence issu de la loi fran\u00e7aise du 28 d\u00e9cembre 1977 que la personne juridique peut dispara\u00eetre bien que l\u2019\u00eatre humain soit encore en vie. Si les philosophes et les hommes de religion distinguent dans l\u2019individu le corps et l\u2019\u00e2me, le droit romain prend les deux en m\u00eame temps pour lui substituer la personne juridique qui, \u00e0 l\u2019origine, apparaissait et disparaissait avec l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019au fur et \u00e0 mesure de l\u2019\u00e9volution du droit qu\u2019est apparue une nette distinction entre l\u2019\u00eatre humain et la personne juridique. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 Rome, pour qu\u2019un \u00eatre humain devienne une personne juridique, il fallait qu\u2019il soit accept\u00e9 par le p\u00e8re de famille. Si la naissance d\u2019un \u00eatre humain n\u2019\u00e9tait pas suffisante, elle \u00e9tait n\u00e9cessaire pour que puisse exister sa personne juridique. En France actuellement, il faut qu\u2019il soit n\u00e9 vivant et qu\u2019il soit viable alors qu\u2019en Suisse, il suffit qu\u2019il soit vivant m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas viable et d\u00e9c\u00e8de quelques instants apr\u00e8s sa naissance.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation de la personne juridique fut un progr\u00e8s fondamental dans l&rsquo;histoire de la civilisation occidentale. Comme l\u2019a rappel\u00e9 Mauss, le terme \u00ab\u00a0persona\u00a0\u00bb d\u00e9signait en latin archa\u00efque le masque de th\u00e9\u00e2tre, puis le mot signifia par extension le personnage d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui ne fait qu&rsquo;imiter la r\u00e9alit\u00e9 ou repr\u00e9senter un id\u00e9al. La pens\u00e9e juridique romaine, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la pratique des contrats, a franchi un pas essentiel en \u00e9tablissant que l\u2019imitation, c\u2019est-\u00e0-dire la personne juridique, de cette r\u00e9alit\u00e9 bien tangible qu\u2019est l\u2019homme n\u2019est qu\u2019une fiction dans la r\u00e9alit\u00e9 mais devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la v\u00e9rit\u00e9 dans le droit car une fiction n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une fausset\u00e9, le mot latin \u00ab\u00a0fictio\u00a0\u00bb d\u00e9signant l\u2019action de fa\u00e7onner, de cr\u00e9er. Il s\u2019agit d\u2019une signification lourde en termes juridiques dans la mesure o\u00f9 l\u2019appropriation par le droit de l\u2019individu repr\u00e9sente la passation de sa r\u00e9alit\u00e9 quotidienne \u00e0 celle des rapports de droit qui sont intemporels et o\u00f9 cr\u00e9anciers et d\u00e9biteurs abandonnent leur humanit\u00e9 biologique pour devenir des personnes juridiques, c\u2019est-\u00e0-dire pour mettre les masques qui leur permettent de jouer juridiquement entre eux les transactions qu\u2019ils nouent.<\/p>\n<p>Le formalisme n\u00e9cessaire \u00e0 la consolidation de la s\u00e9curit\u00e9 juridique des parties garantissait l\u2019effectivit\u00e9 des transactions et donc rendait r\u00e9els les \u00eatres juridiques qui ne prenaient existence qu\u2019au moment de la conclusion des contrats en devenant les instruments des volont\u00e9s des parties puis qui disparaissaient d\u00e8s que celles-ci retournaient \u00e0 la vie courante. Cr\u00e9ant des \u00eatres immat\u00e9riels, la personne juridique permettait de trouver une solution \u00e0 une infinit\u00e9 de difficult\u00e9s pratiques. Par exemple, si un esclave \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 par deux ma\u00eetres, il \u00e9tait deux personnes juridiques qui pouvaient par exemple, \u00eatre vendeuse pour l\u2019un et acheteuse pour l\u2019autre. Elle permettait surtout de cr\u00e9er dans le monde du droit des \u00eatres qui n&rsquo;existaient pas dans la nature, comme le montrent bien les travaux r\u00e9cents du grand romaniste Yan Thomas (1998). Ce fut notamment le cas de la cr\u00e9ation de la \u00ab\u00a0personne morale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>5.1.3.2 &#8211; L\u2019invention de la personne morale<\/h4>\n<p>L\u2019instrumentalisation de l\u2019\u00eatre humain par le droit romain pour en faire une personne juridique au service de la logique contractuelle ne pouvait que cr\u00e9er une base favorable au d\u00e9veloppement de la personnalit\u00e9 morale. Dans la Rome antique, diverses formes de groupement mis en \u0153uvre par les marchands pour pouvoir agir pos\u00e8rent la question de leur personnalisation, depuis la simple \u00ab\u00a0communio\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn137\">[137]<\/a> jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0universitas\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn138\">[138]<\/a>.<\/p>\n<p>A l\u2019origine, Rome ne confond pas \u00ab\u00a0l\u2019universitas\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0societas\u00a0\u00bb car les effets de cette derni\u00e8re sont exclusivement internes \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et non \u00e0 l\u2019\u00e9gard des tiers. En fait, la question de la personnalit\u00e9 morale telle qu\u2019elle est con\u00e7ue dans la soci\u00e9t\u00e9 romaine constitue un h\u00e9ritage ambigu dans la mesure o\u00f9 l\u2019usage des marchands orientaux se superposera \u00e0 la pratique de l\u2019indivision familiale issue du d\u00e9c\u00e8s du pater familias<a title=\"\" href=\"#_ftn139\">[139]<\/a> \u00e0 laquelle se joint une tierce personne pour des raisons \u00e9conomiques. De cette situation \u00e9merge le contrat de soci\u00e9t\u00e9 au 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J. C., calqu\u00e9 sur les usages des marchands orientaux et concernant essentiellement des soci\u00e9t\u00e9s de personnes physiques qui se d\u00e9clinent selon trois cat\u00e9gories\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les soci\u00e9t\u00e9s de mise en commun d\u2019une chose,<\/li>\n<li>les soci\u00e9t\u00e9s de tous biens qui comprennent des immeubles, des mat\u00e9riels et des marchandises,<\/li>\n<li>les soci\u00e9t\u00e9s form\u00e9es pour r\u00e9aliser une seule op\u00e9ration.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Progressivement, les exigences commerciales tenant au fonctionnement et \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de la repr\u00e9sentation de la societas vis-\u00e0-vis des tiers ext\u00e9rieurs et de leur s\u00e9curit\u00e9, vont favoriser l\u2019id\u00e9e d\u2019une affectation d\u2019un patrimoine \u00e0 but social, rendant de plus en plus poreuse la fronti\u00e8re entre l\u2019universitas et la societas, ph\u00e9nom\u00e8ne qui s\u2019est trouv\u00e9 amplifi\u00e9 par l\u2019utilisation quasi exclusive du mot societas pour d\u00e9signer tous les types de soci\u00e9t\u00e9s. Il en est ainsi du d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s de publicains<a title=\"\" href=\"#_ftn140\">[140]<\/a> qui constituent une exception particuli\u00e8rement\u00a0 caract\u00e9ristique aux soci\u00e9t\u00e9s de personnes puisqu\u2019elles disposent d\u2019une personnalit\u00e9 civile avec caisse commune distincte du patrimoine des associ\u00e9s qui agissent par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un repr\u00e9sentant commun. Ceux-ci disposent de parts sociales cessibles qui sont issues du fractionnement du capital mais qui ne limitent pas pour autant leur responsabilit\u00e9 au montant apport\u00e9. Cette personnalit\u00e9 reste d\u00e9ni\u00e9e aux soci\u00e9t\u00e9s de personnes dans lesquelles les associ\u00e9s sont plac\u00e9s sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, les liens les unissant dans une sorte de droit fraternel s\u2019opposant \u00e0 ce que les uns profitent des autres. Nous sommes ici en pr\u00e9sence de la notion d\u2019\u00ab\u00a0affectio societatis\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn141\">[141]<\/a> qui est un latinisme d\u00e9finissant le lien moral qui lie les associ\u00e9s entre eux par l\u2019\u00e9galit\u00e9, l\u2019absence de subordination et la recherche d\u2019une collaboration permanente.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0vouloir\u00a0\u00bb vivre ensemble pr\u00e9sente un aspect tr\u00e8s consensualiste qui constitue l\u2019\u00e9tape d\u00e9terminante de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb capable \u00e0 son tour de vouloir. L\u2019obligation d\u2019agir dans le souci du profit commun et l\u2019interdiction de tout commerce particulier sont autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments contribuant \u00e0 pr\u00e9ciser la limite entre les op\u00e9rations communes \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et celles propres \u00e0 chacun de ses membres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>5.1.3.3 &#8211; La comptabilit\u00e9 en co\u00fbts historiques pour suivre les \u00e9changes<\/h4>\n<p>Pour pouvoir suivre la multiplication des \u00e9changes que permet la reconnaissance des personnes juridiques, individuelle et morale, les Romains vont d\u00e9finir de fa\u00e7ons tr\u00e8s pr\u00e9cises les diff\u00e9rents registres dans lesquels seront enregistr\u00e9s les op\u00e9rations et les inventaires de biens. Cic\u00e9ron (106-43 avant J.C.), dans ses plaidoiries<a title=\"\" href=\"#_ftn142\">[142]<\/a>, pr\u00e9cise quels \u00e9taient ces registres<a title=\"\" href=\"#_ftn143\">[143]<\/a>. Les Tabulae d\u00e9signaient les Registres d\u2019enregistrement des op\u00e9rations, que l&rsquo;on conserve ind\u00e9finiment et \u00ab\u00a0qui assurent \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 la consid\u00e9ration d&rsquo;un citoyen\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn144\">[144]<\/a>. Ils sont seuls \u00e0 faire foi en justice.<\/p>\n<p>Les Adversaria (ou Ephemeris) sont des brouillons, des notes ou des minutes qui permettaient de conserver l\u2019enregistrement des diff\u00e9rents types de transactions. Ils n&rsquo;ont pas la m\u00eame autorit\u00e9 que les Tabulae. Ils peuvent contenir des ratures car, le plus souvent, les enregistrements concernant aussi bien les affaires familiales que les op\u00e9rations professionnelles ou commerciales sont inscrits au hasard. En fin de p\u00e9riode, en g\u00e9n\u00e9ral le mois, ces derni\u00e8res op\u00e9rations sont report\u00e9es sans ratures et de mani\u00e8re ordonn\u00e9e sur les Tabulae. Puis, consid\u00e9r\u00e9s comme le souvenir d&rsquo;un moment, les Adversaria sont d\u00e9truits la p\u00e9riode \u00e9coul\u00e9e.<\/p>\n<p>Les Tabulae accepti et expensi, encore appel\u00e9s par Cic\u00e9ron \u00ab\u00a0Codex accepti et expensi\u00a0\u00bb, sont les Livres des entr\u00e9es et des sorties, notamment d&rsquo;esp\u00e8ces, le document le plus important \u00e9tant le livre des recettes et des d\u00e9penses d&rsquo;o\u00f9 r\u00e9sultent le cr\u00e9dit et le d\u00e9bit des \u00e9tats de tiers<a title=\"\" href=\"#_ftn145\">[145]<\/a>. Les Tabulae sont les seuls registres qui peuvent faire foi en justice.<\/p>\n<p>Enfin, le Codex rationum est le livre des \u00e9tats \u00ab\u00a0officiels\u00a0\u00bb pouvant \u00eatre produit en justice, une sorte de \u00ab\u00a0grand-Livre\u00a0\u00bb o\u00f9 le contenu des Tabulae \u00e9tait report\u00e9 chaque mois.<\/p>\n<p>Si nous voulons \u00e9tablir un parall\u00e8le entre ces registres et nos livres actuels, nous dirons que les Adversaria sont un brouillard, les Tabulae sont des Journaux et le Codex rationum est le grand-livre.<\/p>\n<p>Ces pratiques romaines sont les premi\u00e8res dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 qui donnent une id\u00e9e pr\u00e9cise du rythme du temps dans la tenue des diff\u00e9rents \u00e9tats\u00a0: les op\u00e9rations quotidiennes enregistr\u00e9es dans les adversia et les ephemeris sont report\u00e9es p\u00e9riodiquement, une fois par mois aux calendes du mois apr\u00e8s reclassement \u00e9ventuel<a title=\"\" href=\"#_ftn146\">[146]<\/a>.<\/p>\n<p>Les Romains attachaient une grande &lsquo;importance \u00e0 la tenue des registres, ce qui justifie le d\u00e9veloppement d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9 de leurs m\u00e9thodes. Comme Cic\u00e9ron (1938) l\u2019a montr\u00e9 dans ses \u00ab\u00a0plaidoiries\u00a0\u00bb, la tenue de ces registres \u00e9tait \u00e0 Rome d&rsquo;un usage g\u00e9n\u00e9ral et le citoyen romain qui, au cours d&rsquo;un proc\u00e8s, pr\u00e9tendait ne pas les avoir pas tenus pr\u00eatait \u00e0 rire\u00a0: \u00ab\u00a0Car chez cet homme, juges, voici un fait nouveau que vous allez d\u00e9couvrir. Nous entendons parler d&rsquo;un homme qui n&rsquo;a jamais tenu de registres !&#8230; Admettons que quelques hommes aient \u00e9t\u00e9 capables de ce genre de n\u00e9gligence\u00a0: leur exemple ne saurait \u00eatre approuv\u00e9 le moins du monde&#8230;.\u00a0\u00bb. La production des livres en Justice \u00e9tait d&rsquo;usage courant, et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, ils \u00e9taient saisis et mis sous scell\u00e9s (Cic\u00e9ron, 1932). La communication de ces registres \u00e0 l&rsquo;adversaire existait et c&rsquo;est un avocat adverse comme pouvait l\u2019\u00eatre Cic\u00e9ron qui les \u00e9tudiait avec le plus grand soin. Selon ce qu\u2019il nous rapporte, la tenue des livres devait \u00eatre soign\u00e9e et les ratures \u00e9taient peu admises\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230; Voici que tout \u00e0 coup nous apercevons certaines ratures qui avaient tout \u00e0 fait l&rsquo;air de blessures qui auraient \u00e9t\u00e9 faites r\u00e9cemment aux registres&#8230;\u00a0\u00bb (Cic\u00e9ron, 1923).<\/p>\n<p>C&rsquo;est incontestablement le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de l&rsquo;Empire romain \u00e0 son apog\u00e9e qui a exig\u00e9 une comptabilit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 perfectionn\u00e9e. Le suivi des valeurs \u00e9chang\u00e9es ne pouvait se faire que par rapport \u00e0 une base d\u2019\u00e9valuation qui \u00e9tait le co\u00fbt historique. Rome recevait des marchandises et des mati\u00e8res premi\u00e8res presque du monde entier, Am\u00e9rique et Australie except\u00e9es : Route du Th\u00e9, Route de la Soie, Route des Epices, Route de l&rsquo;Ivoire, Route du Vin, Route du Fer, Route de l&rsquo;Etain, Route de l&rsquo;Ambre, rayonnaient autour d&rsquo;elle. Le recours \u00e0 des tablettes de bois recouvertes de cire afin de pouvoir les effacer et les utiliser \u00e0 nouveau, \u00e9tait pratique. Cependant, c\u2019est le parchemin qui est devenu progressivement le mat\u00e9riau le plus couramment employ\u00e9 vers la fin de l\u2019Empire romain. Comme les registres \u00e9taient tenus en chiffres romains, les seuls connus par Rome \u00e0 l\u2019\u00e9poque, leurs maniement \u00e9tait difficile et g\u00eaner le travail de ceux qui les tenaient. Pour pallier en partie cette difficult\u00e9, les Romains ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 m\u00e9caniser le calcul \u00e0 l\u2019aide de l\u2019abacus qui\u00a0 \u00e9tait une table comportant plusieurs rainures parall\u00e8les figurant les ordres de chiffres et dans lesquelles on pouvait faire glisser des petits cailloux afin d\u2019obtenir l\u2019\u00e9quivalent romain des bouliers asiatiques. Par ailleurs, le mot \u00ab\u00a0compte\u00a0\u00bb fait son apparition \u00e0 Rome \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>5.2 &#8211; La gouvernance propri\u00e9tariale et le co\u00fbt historique<\/h2>\n<p>A travers cette \u00e9volution sur plusieurs milliers d\u2019ann\u00e9es et dans des lieux g\u00e9ographiques diff\u00e9rents que nous venons de pr\u00e9senter succinctement, nous pouvons identifier le m\u00eame principe toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre depuis la comptabilit\u00e9 concr\u00e8te des jetons d\u2019argile\u00a0: c\u2019est sur la richesse de celui qui entreprend et\/ou investit que sont b\u00e2ties toutes les activit\u00e9s, toutes les entreprises. Cette richesse con\u00e7ue sous l\u2019angle de sa valeur d\u2019usage et que l\u2019on appelle de nos jours \u00ab\u00a0capital technique\u00a0\u00bb, constitue la pierre angulaire sur laquelle repose tout l\u2019\u00e9difice \u00e9conomique. Le recours au co\u00fbt historique comme mesure d\u2019\u00e9valuation permet de\u00a0 suivre la mani\u00e8re sa reproduction et son d\u00e9veloppement dans le temps comme nous l\u2019avons montr\u00e9 en d\u00e9veloppant la th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>Si l\u2019on raisonne \u00e0 contrario en lui daignant cette qualit\u00e9, l\u2019accumulation des biens qui permettent le d\u00e9veloppement des \u00e9changes dispara\u00eet et l\u2019on se retrouve plonger dans la situation des tribus pr\u00e9historiques \u00e9galitaires.<\/p>\n<p>Sur cette base que constitue le capital, la seule gouvernance possible est celle qui consid\u00e8re que les activit\u00e9s mises en \u0153uvre le sont au service de son propri\u00e9taire \u00e0 qui reviennent aussi les revenus r\u00e9siduels que son utilisation d\u00e9gage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>5.3 &#8211; La \u00ab\u00a0pause\u00a0\u00bb comptable au Moyen-Age et le maintien du co\u00fbt historique<\/h2>\n<p>La chute de l\u2019Empire romain marqua le d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode de recul des \u00e9changes dont le volume diminua consid\u00e9rablement, entra\u00eenant le d\u00e9p\u00e9rissement des techniques comptables et commerciales. Le Haut Moyen Age constitue ici une rupture dans les pratiques comptables qui ne subsist\u00e8rent que sous des formes tr\u00e8s rudimentaires excluant quasiment l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>L\u2019usage de la monnaie connut une r\u00e9gression dans l\u2019Europe du Haut Moyen \u00c2ge avec les restrictions au commerce et la mise en place presque partout de syst\u00e8mes f\u00e9odaux laissant peu de places aux libert\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me mon\u00e9taire mis en place par Charlemagne et fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9quivalence\u00a0: 1\u00a0livre = 20 sous de 12 deniers = 240 deniers, restera en vigueur pendant mille ans. Il permit une reprise des \u00e9changes commerciaux et une premi\u00e8re renaissance \u00e9conomique avec des foires de plus en plus importantes \u00e0 partir du <a title=\"IXe si\u00e8cle\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/IXe_si%C3%A8cle\">9<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/a> irrigu\u00e9es par les d\u00e9placements des Crois\u00e9s.<\/p>\n<p>Toutes les unit\u00e9s mon\u00e9taires furent d\u00e9finies partout en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur poids d\u2019or ou d\u2019argent. Sous r\u00e9serves du contr\u00f4le de l\u2019aloi, les monnaies purent ainsi \u00eatre chang\u00e9es et substitu\u00e9es partout sur la base de leur poids d\u2019or et d\u2019argent. La banque apparut, d\u2019abord sous la forme de changeur puis rapidement sous celle de banque au sens moderne. Venise, r\u00e9publicaine et ind\u00e9pendante, devint la plateforme mon\u00e9taire du monde. Son succ\u00e8s fut bas\u00e9 principalement sur l\u2019arbitrage entre les cours respectifs de l\u2019or et de l\u2019argent entre l\u2019Orient et l\u2019Occident. Elle ass\u00e9cha l\u2019argent existant en Europe provoquant de nombreuses difficult\u00e9s mon\u00e9taires et par ricochet favorisant les manipulations mon\u00e9taires. Les rois de France us\u00e8rent de tous les artifices pour fausser en leur faveur le rapport entre valeur nominale des monnaies et teneur en m\u00e9tal.<\/p>\n<p>Des villes parvinrent \u00e0 obtenir des franchises et les marchands des libert\u00e9s d\u2019action par rapport aux seigneurs, aux princes et au clerg\u00e9. Ils prirent alors l\u2019habitude de s\u2019associer en ayant recours \u00e0 des mandataires pour n\u00e9gocier \u00e0 distance. Pour r\u00e9partir les b\u00e9n\u00e9fices d\u00e9gag\u00e9s par les op\u00e9rations commerciales et pour contr\u00f4ler l\u2019activit\u00e9 des mandataires, la comptabilit\u00e9 de caisse de type recettes\/d\u00e9penses qui avait fait ses preuves dans l\u2019antiquit\u00e9 fut \u00ab\u00a0r\u00e9invent\u00e9e\u00a0\u00bb. Le cr\u00e9dit, qui resta peu d\u00e9velopp\u00e9 jusqu\u2019au milieu du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, ne donna lieu qu\u2019\u00e0 de simples aide-m\u00e9moires extra comptables. Son d\u00e9veloppement, qui d\u00e9marra vers 1250, n\u00e9cessita l\u2019invention de \u00ab\u00a0comptes de personnes\u00a0\u00bb correspondant aux cr\u00e9anciers et aux d\u00e9biteurs.<\/p>\n<p>Un si\u00e8cle plus tard apparurent de nouveaux comptes qui ont sembl\u00e9 aux comptables n\u00e9cessaires car l&rsquo;enregistrement des cr\u00e9ances et des dettes ne suffisait pas \u00e0 d\u00e9crire le patrimoine du propri\u00e9taire de l\u2019affaire et \u00e0 conna\u00eetre sa situation \u00e0 un instant donn\u00e9. Outre ses cr\u00e9ances, inf\u00e9rieures peut-\u00eatre \u00e0 ses dettes, il poss\u00e8dait des navires, des cargaisons, des immeubles, des stocks et des esp\u00e8ces dans ses coffres. Pour conna\u00eetre sa situation patrimoniale, il fallait \u00ab\u00a0tenir compte\u00a0\u00bb de ces divers biens r\u00e9els. Aux comptes qui repr\u00e9sentaient les cr\u00e9anciers et les d\u00e9biteurs vinrent s&rsquo;ajouter ceux relatifs aux biens r\u00e9els du commer\u00e7ant tels que \u00ab\u00a0Immeuble, Mat\u00e9riel, Marchandises, Caisse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019apparut un compte \u00ab\u00a0Raison sociale\u00a0\u00bb, anc\u00eatre de du compte \u00ab\u00a0Capital\u00a0\u00bb, et repr\u00e9sentant l\u2019apport des associ\u00e9s consid\u00e9r\u00e9s collectivement dans l\u2019activit\u00e9. En distinguant ainsi le patrimoine de la soci\u00e9t\u00e9 de celui des associ\u00e9s, en inscrivant au passif la Raison sociale, on donna une solution juridique et financi\u00e8re au probl\u00e8me de la classification du compte Capital en m\u00eame temps que l\u2019on ent\u00e9rina d\u2019une mani\u00e8re abstraite et non plus concr\u00e8te comme au temps des Sum\u00e9riens, le fait que le \u00ab\u00a0Capital\u00a0\u00bb constituait la pierre angulaire sur laquelle \u00e9tait construite l\u2019activit\u00e9 et devait \u00eatre pris dans son sens \u00e9conomique d\u2019\u00e9pargne investie sous risque de profit ou de perte, ce qui le distinguait des dettes qui \u00e9taient contractuelles et rapportaient un \u00ab\u00a0int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb. De ce fait, les associ\u00e9s ne pouvaient en aucun cas \u00eatre assimil\u00e9s aux cr\u00e9anciers. Cette n\u00e9cessit\u00e9 de suivre l\u2019\u00e9volution du capital exigea de continuer \u00e0 valoriser ses \u00e9l\u00e9ments en prix de march\u00e9 ou, ce qui revient au m\u00eame, en co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9terminer ce profit ou cette perte fut invent\u00e9 un compte appel\u00e9 \u00ab\u00a0Profits et pertes\u00a0\u00bb qui permit de conna\u00eetre relativement facilement le r\u00e9sultat des activit\u00e9s. En effet, lorsqu\u2019il n\u2019y avait que des comptes \u00ab\u00a0Clients\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Fournisseurs\u00a0\u00bb, d\u00e9terminer le R\u00e9sultat dans une comptabilit\u00e9 en comprenant plusieurs centaines de chaque \u00e9tait un travail de longue haleine et source de nombreuses erreurs. Comme le R\u00e9sultat provient du fait que certaines op\u00e9rations ne sont pas compens\u00e9es entre Actifs et Passifs telles que le paiement d\u2019une facture d\u2019\u00e9nergie au moyen d\u2019un ch\u00e8que de Banque<a title=\"\" href=\"#_ftn147\">[147]<\/a>, l\u2019id\u00e9e vint de cr\u00e9er un compte sp\u00e9cifique \u00ab\u00a0Profits et pertes\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn148\">[148]<\/a> destin\u00e9 \u00e0 enregistrer ce type d\u2019op\u00e9rations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une comptabilit\u00e9 qui repr\u00e9sente de mani\u00e8re abstraite le syst\u00e8me organique des flux d\u2019entr\u00e9es et de sorties tel que les Sum\u00e9riens le pratiquaient de mani\u00e8re concr\u00e8te. Il s\u2019agit de la comptabilit\u00e9 \u00e0 parties doubles formalis\u00e9e en 1494 par le moine italien Lucas Paciolo dans son c\u00e9l\u00e8bre trait\u00e9 de math\u00e9matiques\u00a0: \u00ab\u00a0Summa de Arithmetica, Geomatria, Proportioni et proportionalita\u00a0\u00bb. La partie double n\u2019est en fait qu\u2019un mode particulier de repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 comptable qui ne s\u2019explique qu\u2019au moyen d\u2019une th\u00e9orie comptable sous-jacente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>5.4 &#8211; La reconnaissance de la personnalit\u00e9 juridique<a title=\"\" href=\"#_ftn149\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">[149]<\/span><\/strong><\/a><\/h2>\n<p>La personne morale telle que la Rome antique l\u2019avait con\u00e7ue ne pouvait que faire l\u2019objet de d\u00e9veloppements par les Romanistes du Moyen Age dans les universit\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales. Max Weber a retenu cet \u00eatre juridique qui ne correspondait pas \u00e0 un \u00eatre humain comme un des \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l\u2019autonomie du \u00ab\u00a0logos\u00a0\u00bb du droit pur dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne.<\/p>\n<p>Ce pouvait \u00eatre un ensemble de personnes ou de personnes et de biens\u00a0 tel que les soci\u00e9t\u00e9s, les associations ou encore les personnes morales de droit public ou, plus simplement, un ensemble de biens comme dans le cas d\u2019une fondation. Les personnes morales ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues munies de droits qui les faisaient assimiler \u00e0 des personnes physiques. Elles pouvaient ainsi poss\u00e9der des biens, conclure des contrats et ester en justice.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du 17<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, dans son Introduction au L\u00e9viathan, Hobbes (1651) estime qu\u2019une telle invention conceptuelle donnait \u00e0 l&rsquo;homme, du moment qu&rsquo;il se contentait d&rsquo;\u0153uvrer dans le domaine de l\u2019immat\u00e9riel, un pouvoir cr\u00e9ateur semblable \u00e0 celui de Dieu\u00a0: \u00ab\u00a0l&rsquo;outil de Dieu est la nature qui lui permet de cr\u00e9er les r\u00e9alit\u00e9s terrestres, l&rsquo;outil de l&rsquo;homme est le droit qui lui permet de cr\u00e9er un \u00eatre, le L\u00e9viathan, qui n&rsquo;existe pas dans la nature\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, il n&rsquo;\u00e9tait pas concevable pour la religion chr\u00e9tienne de laisser \u00e0 l&rsquo;homme, m\u00eame dans le domaine immat\u00e9riel du droit, un pouvoir comparable \u00e0 celui de Dieu dans la Cr\u00e9ation. C&rsquo;est ainsi que les fictions juridiques, qui \u00e9taient dans la Rome antique la v\u00e9rit\u00e9 du droit, devinrent dans la pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale des fictions simplement utiles, mais ne correspondant plus \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Sous l\u2019impulsion de Bo\u00e8ce, au d\u00e9but du 6<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, la personne juridique fut assimil\u00e9e \u00e0 l&rsquo;individu pourvu de raison, id\u00e9e qui fut reprise et d\u00e9velopp\u00e9e, au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle par Thomas d&rsquo;Aquin et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e finalement tant par la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne et la pens\u00e9e philosophique la plus \u00e9lev\u00e9e que par le langage le plus courant pour donner \u00e0 la notion juridique de personne le sens, qui est aujourd&rsquo;hui celui de l&rsquo;usage commun, d&rsquo;\u00eatre humain form\u00e9 d&rsquo;un corps et, surtout, d&rsquo;une raison, avec en plus, dans la transcription religieuse, d&rsquo;une \u00e2me divine. De nos jours, la notion de personne n\u2019\u00e9voque plus une production de la pens\u00e9e juridique mais d\u00e9signe tr\u00e8s simplement l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cette volont\u00e9 de r\u00e9duction de la personnification juridique, la notion de \u00ab\u00a0personnalit\u00e9 morale\u00a0\u00bb est rest\u00e9e centrale dans le droit pour d\u00e9signer les soci\u00e9t\u00e9s mais il aura fallu 20 si\u00e8cles pour que la personnalit\u00e9 morale appliqu\u00e9e aux entit\u00e9s purement priv\u00e9es soit reconnue par la chambre civile de la Cour de cassation le 2 juin 1834 en France, la loi ne faisant qu\u2019ent\u00e9riner la pratique des marchands qui avaient besoin de se rassembler pour financer leurs op\u00e9rations.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>5.4.1 &#8211; Les probl\u00e8mes de personnification des soci\u00e9t\u00e9s<\/h3>\n<p>Dans un souci d\u2019efficacit\u00e9, les juristes avaient tent\u00e9, sans r\u00e9el succ\u00e8s, d\u2019appliquer aux communaut\u00e9s marchandes les r\u00e8gles de la personnalit\u00e9 utilis\u00e9es pour les entit\u00e9s ayant une mission d\u2019int\u00e9r\u00eat public, notamment celles \u00e9crites dans les statuts municipaux et corporatifs. Elles concernaient les usages commerciaux produits par la pratique des affaires dans ces groupements. Il semble que cet \u00e9chec soit d\u00fb au fait que l\u2019id\u00e9e qu\u2019un commer\u00e7ant puisse participer \u00e0 la richesse publique par son activit\u00e9 n\u2019avait pas encore v\u00e9ritablement fait son chemin. Pour pallier ce probl\u00e8me et montrer leur affectio societatis \u00e0 l\u2019origine de leur regroupement, les associ\u00e9s utilis\u00e8rent une raison sociale pour d\u00e9nommer celui-ci et, en lui ajoutant l\u2019expression \u00ab\u00a0&amp; C<sup>ie<\/sup>\u00a0\u00bb, ils expriment l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils agissent par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019un des leurs. Bien que la pr\u00e9sence d\u2019au moins deux associ\u00e9s ait \u00e9t\u00e9 exig\u00e9e pour agir, on en vint \u00e0 se contenter du mandat octroy\u00e9 au g\u00e9rant et de la conformit\u00e9 des statuts \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat commun pour reconna\u00eetre l\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn150\">[150]<\/a>.<\/p>\n<p>En France, la notion de personnalit\u00e9 morale devait s\u2019incarner au sein d\u2019associations exclusivement priv\u00e9es d\u00e9gag\u00e9es de l\u2019emprise des pouvoirs publics mais non de l\u2019int\u00e9r\u00eat public. Parmi celles-ci, les Moulins de Toulouse \u00e0 la fin du 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle illustrent bien l\u2019id\u00e9e de la notion abstraite d\u2019un patrimoine social. Si, dans un premier temps, les meuniers pouvaient \u00eatre et furent actionnaires, assez vite, la distorsion entre le capital et le travail les oblig\u00e8rent \u00e0 se retirer pour laisser la place aux autres associ\u00e9s qui \u00e9taient des capitalistes \u00e9trangers ne participant \u00e0 l\u2019activit\u00e9 op\u00e9rationnelle de l\u2019entreprise. Ceux-ci \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s par des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s \u00e9manant de la majorit\u00e9 et pouvant ester en justice en engageant \u00ab\u00a0l\u2019honneur des Moulins\u00a0\u00bb qui \u00e9tait garanti essentiellement par les biens immobiliers qui caract\u00e9risaient presque exclusivement la propri\u00e9t\u00e9. Ils d\u00e9cidaient au sein d\u2019assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales \u00e0 la majorit\u00e9 simple, ce qui \u00e9tait exceptionnel pour l\u2019\u00e9poque profond\u00e9ment marqu\u00e9e par la loi de l\u2019unanimit\u00e9 tr\u00e8s caract\u00e9ristique de la notion familiale d\u2019indivision. Par leur organisation et leur mode de fonctionnement, ces Moulins particip\u00e8rent \u00e0 la non prise en compte dans la structure soci\u00e9tale de ses composantes humaines.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le traditionnel, issu du droit romain, de la personnalit\u00e9 morale est la soci\u00e9t\u00e9 en nom collectif<a title=\"\" href=\"#_ftn151\">[151]<\/a>, compos\u00e9e d\u2019associ\u00e9s marchands solidairement et ind\u00e9finiment responsables. A c\u00f4t\u00e9 de ces soci\u00e9t\u00e9s, se d\u00e9velopp\u00e8rent les soci\u00e9t\u00e9s en commandite qui sont un autre type de soci\u00e9t\u00e9 de personnes et dont l\u2019ordonnance de Colbert de 1673 constituera la premi\u00e8re reconnaissance d\u2019ordre l\u00e9gal. Celles-ci sont originales par le fait qu\u2019une seule personne est ind\u00e9finiment responsable alors qu\u2019une ou plusieurs autres ne le sont qu\u2019\u00e0 hauteur de leurs apports.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re cat\u00e9gorie des soci\u00e9t\u00e9s de personnes est form\u00e9e par de petits regroupements occultes qualifi\u00e9s depuis le code de commerce de Napol\u00e9on datant de 1807 de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s en participation\u00a0\u00bb qui \u00e9taient l\u2019incarnation de la soci\u00e9t\u00e9 anonyme telle qu\u2019on la concevait alors.<\/p>\n<p>La personnification a de tr\u00e8s importantes cons\u00e9quences pour les cr\u00e9anciers dans les recours qu\u2019ils peuvent exercer si besoin est contre la soci\u00e9t\u00e9. Dans le cas de la soci\u00e9t\u00e9 en nom collectif, le cr\u00e9ancier peut agir directement contre l\u2019un des associ\u00e9s puisqu\u2019ils sont tous unis ind\u00e9finiment et solidairement. Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une commandite, l\u2019action contre les commandit\u00e9s est toujours possible mais celle contre les commanditaires peut poser probl\u00e8me. Ainsi, il fallut de nombreuses discussions pour d\u00e9terminer si une action \u00e9tait contre un commanditaire qui n\u2019avait pas r\u00e9gl\u00e9 le montant qu\u2019il devait apporter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. En effet, celui-ci, une fois vers\u00e9 dans la caisse sociale, devient, selon Dalloz (1859), la \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 commune\u00a0\u00bb de tous les associ\u00e9s. Or, de la mani\u00e8re dont ce probl\u00e8me est r\u00e9solu peut d\u00e9pendre le r\u00f4le de la personnalit\u00e9 et l\u2019identification de la soci\u00e9t\u00e9. Trois r\u00e9ponses \u00e0 ce probl\u00e8me ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es.<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les cr\u00e9anciers, ne pouvant agir contre un associ\u00e9 non d\u00e9clar\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, le faisaient de mani\u00e8re oblique contre le commanditaire qui n\u2019avait pas vers\u00e9 son apport au nom de leur d\u00e9biteur, c\u2019est-\u00e0-dire du commandit\u00e9 ayant n\u00e9glig\u00e9 d\u2019agir pour exiger le versement de cet apport. Dans ce cas, la personnalit\u00e9 ne joue aucun r\u00f4le dans la mani\u00e8re de r\u00e9gler le probl\u00e8me.<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les cr\u00e9anciers agissent directement contre les commanditaires pour les forcer \u00e0 faire leurs apports qu\u2019\u00e0 la condition que la soci\u00e9t\u00e9 soit dissoute par l\u2019interm\u00e9diaire des syndics, la faillite l\u2019ayant ramen\u00e9e implicitement au statut de simple indivision. Dans ce cas, la personnalit\u00e9 peut dispara\u00eetre lors de la proc\u00e9dure de dissolution en raison de l\u2019apparition de l\u2019indivision mais alors se trouve affirm\u00e9e, \u00e0 contrario, l\u2019existence de cette personnalit\u00e9 en dehors de toute dissolution. On permet ainsi au cr\u00e9ancier, en conduisant une action directe contre les commanditaires, de reconstituer symboliquement l\u2019actif social pour \u00e9largir le gage dont il dispose, ce qui aurait tendance \u00e0 prouver qu\u2019il existe bien un patrimoine social ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les cr\u00e9anciers agissent directement contre les commanditaires pour les forcer \u00e0 faire leurs apports sans que la condition pr\u00e9alable d\u2019une faillite ou d\u2019une liquidation soit r\u00e9alis\u00e9e. Il s\u2019agit dans ce cas d\u2019un progr\u00e8s de la reconnaissance de la commercialit\u00e9 de la commandite identifi\u00e9e par sa raison sociale qui rend inopposable par les commanditaires la nullit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 pour absence de publicit\u00e9 et qui emp\u00eache toute convention entre associ\u00e9s pouvant porter atteinte au principe de la fixit\u00e9 du capital social, ce qui entra\u00eene \u00e9galement l\u2019impossibilit\u00e9 du retrait total ou partiel d\u2019apport par un de ceux-ci et, par extension, la distribution de dividendes fictifs pay\u00e9s sur le capital social. Cette derni\u00e8re solution, satisfaisant pour l\u2019affirmation de la personnalit\u00e9 est juridiquement choquante dans la mesure o\u00f9, en d\u00e9finitive, le cr\u00e9ancier saisit le commanditaire \u00e0 travers le prisme soci\u00e9tal ramen\u00e9 alors \u00e0 un simple consortium indivis, ce qui entra\u00eene, de fait, la n\u00e9gation de la personnalit\u00e9 morale. Pour cette raison, cette hypoth\u00e8se fut rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette difficult\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre officiellement dans la loi la personnalit\u00e9 morale dont la pratique avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le juge et le l\u00e9gislateur provient du fait qu\u2019elle portait en elle la disparition progressive du droit r\u00e9el (Anne-Marie Patault, 1989). En effet, celui-ci donne un pouvoir qui porte directement sur la chose, par opposition au droit personnel qui est un pouvoir dirig\u00e9 contre une personne puisqu\u2019il porte sur le patrimoine de celle-ci. \u00ab\u00a0R\u00e9el\u00a0\u00bb vient de \u00ab\u00a0Res, Rei\u00a0\u00bb qui, en latin, signifie \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb. Par exemple, la clause de non concurrence ins\u00e9r\u00e9e dans un contrat de travail est un droit personnel puisque c\u2019est une obligation qui p\u00e8se sur la personne. Mais ce peut aussi \u00eatre un droit r\u00e9el lorsque, par exemple, un commer\u00e7ant ne peut pas \u00e9tablir son activit\u00e9 sur un terrain frapp\u00e9 d\u2019une servitude de non concurrence en raison d\u2019une activit\u00e9 identique qui serait contig\u00fce. S\u2019il ne peut pas le faire sur ce terrain, il peut le faire ailleurs. Le droit r\u00e9el p\u00e8se sur le terrain et non, personnellement, sur l\u2019acheteur.<\/p>\n<p>Pour certains, le droit de propri\u00e9t\u00e9 est le droit r\u00e9el le plus parfait puisqu&rsquo;il qu&rsquo;il r\u00e9unit l&rsquo;usus, l&rsquo;abusus et le fructus<a title=\"\" href=\"#_ftn152\">[152]<\/a>. Ainsi, le droit r\u00e9el donne acc\u00e8s \u00e0 celui qui le poss\u00e8de aux utilit\u00e9s d\u2019une chose. Par contre, si le droit personnel peut aussi avoir pour objet une chose, il r\u00e9sulte toujours d\u2019une obligation comme, par exemple, celle de livrer ou de donner.<\/p>\n<p>Ces analyses illustrent les tentatives de pression des id\u00e9es d\u00e9mocratiques sur la gouvernance des soci\u00e9t\u00e9s, l\u2019accaparement de la propri\u00e9t\u00e9 et de la destin\u00e9e de l\u2019entreprise par ses dirigeants (actionnaires importants et\/ou administrateurs) \u00e9tant jug\u00e9 injustifi\u00e9 et dangereux pour celle-ci mais aussi m\u00e9prisant de ses salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Au regard du lien \u00e9troit qui unissait autrefois le petit entrepreneur \u00e0 ses compagnons de travail, le terme \u00ab\u00a0compagnie\u00a0\u00bb signifiant \u00e9tymologiquement \u00ab\u00a0manger le pain ensemble \u00e0 la table commune\u00a0\u00bb, cette appropriation pose le probl\u00e8me de savoir si l\u2019entreprise peut \u00eatre un objet de \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb et donc de revendications ou bien si elle dispose d\u2019une vie autonome en existant ind\u00e9pendamment de ses composantes humaines. Le d\u00e9bat est \u00e9minemment politique, le sentiment d\u2019appartenance le disputant \u00e0 la logique juridique d\u2019autonomie de l\u2019entit\u00e9 soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>5.4.2\u00a0&#8211;\u00a0L\u2019influence de \u00ab\u00a0l\u2019intuitu personae\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Actuellement, la personnalit\u00e9 morale se v\u00e9rifie par l\u2019existence d\u2019indices<a title=\"\" href=\"#_ftn153\">[153]<\/a> dont l\u2019assemblage donne de la soci\u00e9t\u00e9 une image qui a \u00e9volu\u00e9 au cours du temps et qui n\u2019est toujours pas fig\u00e9e. La personnalit\u00e9 morale n\u2019a pas encore fini de conqu\u00e9rir sa compl\u00e8te autonomie en raison de la persistance de l\u2019\u00ab\u00a0intuitu personae\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn154\">[154]<\/a> dont elle n\u2019a pas enti\u00e8rement r\u00e9ussi \u00e0 en faire dispara\u00eetre l\u2019existence. Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une personne morale, le r\u00e9dacteur du contrat doit tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9finir et hi\u00e9rarchiser les \u00e9l\u00e9ments caract\u00e9ristiques de l\u00b4intuitu personae tels que\u00a0: son capital et sa r\u00e9partition, le fait qu\u2019elle fasse partie de tel groupe, sa notori\u00e9t\u00e9 commerciale, son savoir faire technique, les avanc\u00e9es de ses \u00e9quipes dans tel ou tel domaine de la recherche, la strat\u00e9gie de son \u00e9quipe dirigeante etc. En effet, le r\u00e9dacteur du contrat doit tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9finir et hi\u00e9rarchiser ces \u00e9l\u00e9ments caract\u00e9ristiques car, selon que l\u2019on fera pr\u00e9valoir tel ou tel aspect de l\u2019intuitu-personae, on am\u00e9nagera diff\u00e9remment les conditions d\u2019ex\u00e9cution des contrats, leur \u00e9volution et leur transmission. Ainsi, les pratiques ancestrales propres aux soci\u00e9t\u00e9s de personnes perdurent dans les soci\u00e9t\u00e9s de capitaux qui n\u2019arrivent pas \u00e0 se d\u00e9barrasser compl\u00e8tement de l\u2019attachement d\u2019ordre familial et sentimental mais aussi des \u00e9go\u00efsmes des acteurs du ph\u00e9nom\u00e8ne soci\u00e9tal. C\u2019est ce que souligne Georges Ripert (1951) lorsqu\u2019il dit\u00a0: \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas de capitaux sans capitalistes\u00a0\u00bb. Nous en voulons pour preuve les d\u00e9lits d\u2019initi\u00e9s que nous pouvons consid\u00e9rer comme une \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb de l\u2019int\u00e9r\u00eat commun. Ces brefs rappels historiques montrent que le droit des soci\u00e9t\u00e9s est difficile \u00e0 penser devant la carence d\u2019une v\u00e9ritable th\u00e9orie de la personnalit\u00e9 qui aurait pu \u00eatre palli\u00e9e par l\u2019utilisation de la raison sociale, ce que la doctrine juridique n\u2019a jamais admis parce qu\u2019elle pr\u00e9sentait un risque de confusion pour les tiers int\u00e9ress\u00e9s<a title=\"\" href=\"#_ftn155\">[155]<\/a>. Pour beaucoup, en d\u00e9finitive, devant la tr\u00e8s difficile question \u00e0 r\u00e9soudre de l\u2019identit\u00e9 profonde de la soci\u00e9t\u00e9, notamment par rapport aux notions voisines d\u2019indivision et de pr\u00eat, celle-ci n\u2019apparaissait que comme un proc\u00e9d\u00e9 de repr\u00e9sentation commode d\u2019une association entre plusieurs personnes. Devant la difficult\u00e9 \u00e0 concevoir l\u2019existence m\u00eame du concept soci\u00e9tal celle d\u2019entit\u00e9 morale l\u2019\u00e9tait d\u2019autant plus.<\/p>\n<h3>5.4.3 &#8211; Les conceptions possibles de la soci\u00e9t\u00e9<\/h3>\n<p>Consid\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9 comme r\u00e9sultant d\u2019un pr\u00eat \u00e0 int\u00e9r\u00eat apport\u00e9 par les associ\u00e9s n\u2019\u00e9tait pas une solution retenue au regard du refus des Ecritures d\u2019accepter l\u2019existence de celui-ci. Dans ces conditions, il \u00e9tait d\u2019autant plus imp\u00e9ratif de d\u00e9finir la soci\u00e9t\u00e9 surtout lorsque celle-ci \u00e9tait en commandite. Au Moyen Age, Saint Thomas d\u2019Aquin, en refusant de consid\u00e9rer le temps comme un facteur l\u00e9gitimant du pr\u00eat, leva la confusion possible entre la commandite et le pr\u00eat en montrant que, contrairement \u00e0 celui-ci, il ne devait pas y avoir de transfert de propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019apporteur de capitaux au marchand dans la soci\u00e9t\u00e9 duquel il investissait. De cette mani\u00e8re, le risque pris par le commanditaire en finan\u00e7ant la soci\u00e9t\u00e9 justifiait qu\u2019il puisse percevoir des int\u00e9r\u00eats en cas de succ\u00e8s commercial, le dommage qu\u2019il subissait en se privant d\u2019une somme du fait de son investissement l\u00e9gitimant ceux-ci.<\/p>\n<p>Si la confusion n\u2019\u00e9tait plus possible entre le pr\u00eat et la commandite, la personnalit\u00e9 ne se trouvait pour autant mieux d\u00e9finie puisque, sans transfert de propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est l\u2019id\u00e9e de copropri\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9domine.<\/p>\n<p>Plus tard, Jacques Savary (1675) proposa que ce soit le marchand qui soit le propri\u00e9taire de la commandite pendant la dur\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 alors que les commanditaires continueraient \u00e0 prendre tous les risques de l\u2019activit\u00e9 de telle sorte que l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ils percevraient n\u2019insulte en rien la charit\u00e9 chr\u00e9tienne. L\u2019\u00e9l\u00e9ment fondamental qui change dans cette conception de Savary est l\u2019apparition de l\u2019id\u00e9e de confiance que le commanditaire accorde au commandit\u00e9. Ainsi, c\u2019est le recours \u00e0 la notion de risque qui permit de clarifier le concept de \u00ab\u00a0soci\u00e9tal\u00a0\u00bb en \u00e9clairant l\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9 par le transfert de propri\u00e9t\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn156\">[156]<\/a>. Cette proposition de Savary contre la reconnaissance de la personnalit\u00e9 s\u2019explique par son obsession pour le secret des affaires ou par le fait que, dans la majorit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s, le capital social n\u2019\u00e9tait que tr\u00e8s rarement d\u00e9clar\u00e9, m\u00eame devant notaire. La raison semble en \u00eatre que l\u2019apport en savoir-faire \u00e9tait le plus fr\u00e9quent, rel\u00e9guant au second rang ceux en fond social et cela d\u2019autant plus que s\u2019il s\u2019agissait de fonds propres, ils \u00e9taient int\u00e9gr\u00e9s au capital social de la soci\u00e9t\u00e9 alors que si c\u2019\u00e9taient des marchandises, elles restaient la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019apporteur, faute de conversion en argent comptant mais aussi parce que la majorit\u00e9 des juristes, niant la personnalit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, restait enferm\u00e9e dans le principe de l\u2019indivision propre \u00e0 la personne physique. La publicit\u00e9 de ce capital social n\u2019\u00e9tait pas exig\u00e9e par l\u2019Ordonnance de Colbert de 1673 qui avait, \u00e0 cette \u00e9poque, du mal \u00e0 distinguer le capital social de celui de chacun des associ\u00e9s. L\u2019exigence dans cette Ordonnance de l\u2019inventaire des biens, meubles et immeubles, de chaque associ\u00e9 et de ceux de la soci\u00e9t\u00e9 en commandite permit de commencer \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la personnalit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<h3>5.4.4 &#8211; R\u00f4le de la comptabilit\u00e9 dans l\u2019essor de la personnalit\u00e9<\/h3>\n<p>Les structures des premi\u00e8res soci\u00e9t\u00e9s de capitaux, bien avant leur reconnaissance par la loi des 23-29 mai 1863, d\u00e9gagent l\u2019id\u00e9e d\u2019un fonctionnement autonome de l\u2019entit\u00e9 sociale par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales et de conseils d\u2019administration. Devant la technicit\u00e9 croissante de la gestion des soci\u00e9t\u00e9s, les commandites par actions institueront, pour aider les commandit\u00e9s, des administrateurs salari\u00e9s par des jetons de pr\u00e9sence et totalement d\u00e9charg\u00e9s de toute responsabilit\u00e9 sur leurs biens personnels. Les statuts pr\u00e9voient le plus souvent que la convocation des actionnaires les plus importants \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale lorsque celle-ci ne se confond pas avec le conseil d\u2019administration, ignorant compl\u00e8tement tous les autres. L\u2019intuitu personae continuait \u00e0 freiner l\u2019expression de la personnalit\u00e9. Cependant, progressivement, par le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9conomie et des id\u00e9es nouvelles va s\u2019imposer la r\u00e8gle selon laquelle une multiplicit\u00e9 d\u2019actions suppose une multiplicit\u00e9 de voix, contribuant ainsi \u00e0 la marche vers l\u2019anonymat. L\u2019av\u00e8nement des notions de quorum, de majorit\u00e9 simple ou qualifi\u00e9e, de nature des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales ordinaires et extraordinaires, mais aussi de votes, illustre bien la lutte sans merci que livrent, sous le Directoire, les \u00ab\u00a0petits\u00a0\u00bb actionnaires contre les pouvoirs des dirigeants. La notion de contr\u00f4le soci\u00e9tal fait son apparition avec la cr\u00e9ation des syndics<a title=\"\" href=\"#_ftn157\">[157]<\/a> qui contr\u00f4lent l\u2019emploi des fonds des actionnaires, assistent aux s\u00e9ances des conseils d\u2019administration et font parfois un rapport \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Toutes ces dispositions d\u2019ordre publiques innov\u00e9es par les usages commerciaux furent l\u00e9galement reconnues par la loi de 1863.<\/p>\n<p>Il arrivait parfois que la personnalit\u00e9 se manifeste \u00e0 travers des d\u00e9cisions judiciaires mais ce cas restait tr\u00e8s rare. C\u2019est ainsi que le Parlement de Paris jugea le 25 janvier 1977 que les femmes des associ\u00e9s ne pouvaient \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es aux cr\u00e9anciers sociaux dont la priorit\u00e9 ainsi donn\u00e9e sur les biens sociaux par rapport aux cr\u00e9anciers personnels des associ\u00e9s constitue une manifestation de la personnalit\u00e9. Il en \u00e9tait de m\u00eame \u00e0 propos de la question soulev\u00e9e par l\u2019utilisation des b\u00e9n\u00e9fices ant\u00e9rieurement r\u00e9alis\u00e9s par les commanditaires d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ayant fait faillite depuis. Est-ce qu\u2019il fallait les r\u00e9clamer \u00e0 ceux-ci pour d\u00e9sint\u00e9resser les cr\u00e9anciers\u00a0? Le Code de commerce de 1673 puis celui de 1807 et, de mani\u00e8re permanente, la jurisprudence prot\u00e9geront le commanditaire de bonne foi, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque les b\u00e9n\u00e9fices \u00e9taient r\u00e9els au moment de la distribution des dividendes. Cela supposait la reconnaissance implicite de la personnalit\u00e9 par le renforcement de la paroi entre le patrimoine du commanditaire et celui de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Nous constatons ainsi que la personnalit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentait pour les soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es quelques caract\u00e9ristiques probantes avant le 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle sans que leur soit pour autant octroy\u00e9 le statut de l\u2019universitas qui \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux seules personnes d\u2019int\u00e9r\u00eat public<a title=\"\" href=\"#_ftn158\">[158]<\/a>, ce qui s\u2019explique par le fait que l\u2019Etat empruntait la personnalit\u00e9 du roi. Ainsi, la question de l\u2019attribution et\/ou de l\u2019existence de la personnalit\u00e9 morale r\u00e9v\u00e8le un probl\u00e8me de nature politique et id\u00e9ologique \u00e0 l\u2019instar de celui que rencontraient les communaut\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales se constituant pour r\u00e9duire les droits de mainmorte du seigneur f\u00e9odal. Cette \u00ab\u00a0mainmorte\u00a0\u00bb interdisait \u00e0 un serf de transmettre apr\u00e8s sa mort son patrimoine au reste de sa famille, celui-ci revenant alors \u00e0 son seigneur pour \u00e9viter qu\u2019il ne soit donn\u00e9 \u00e0 des personnes ext\u00e9rieures \u00e0 la seigneurie. Pour \u00e9chapper \u00e0 la mainmorte fut imagin\u00e9e la soci\u00e9t\u00e9 ou communaut\u00e9 taisible. Les membres de la famille formaient entre eux une soci\u00e9t\u00e9 de fait, compos\u00e9e du p\u00e8re, de la m\u00e8re et des enfants, m\u00eame apr\u00e8s leur mariage. Ils vivaient ensemble, sous le m\u00eame toit de telle sorte que, lorsque le p\u00e8re ou la m\u00e8re mourrait, il n\u2019y avait pas lieu \u00e0 l\u2019exercice de la mainmorte puisque la communaut\u00e9 continuait \u00e0 fonctionner, la part du d\u00e9funt augmentant celle des survivants. Le seigneur ne pouvait exercer son droit de mainmorte que quand la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait enti\u00e8rement dissoute. Cependant, pour que cette combinaison f\u00fbt admise, il fallait deux conditions\u00a0: que les h\u00e9ritiers fussent serfs comme le d\u00e9funt et qu\u2019ils fussent rest\u00e9s tous en soci\u00e9t\u00e9 avec lui jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Il suffisait du d\u00e9part d\u2019un seul pour mettre fin \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Un d\u00e9cret que Louis XVI prit en 1790 abolit d\u00e9finitivement la mainmorte<\/p>\n<p>La discussion de l\u2019attribution de la personnalit\u00e9 morale aux groupements fond\u00e9s sur le libre contrat \u00e0 but priv\u00e9 \u00e9mergea au cours de la R\u00e9volution. De celle-ci d\u00e9pendait l\u2019id\u00e9e que le capital social constituerait la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019une seule personne qui serait morale et non physique<a title=\"\" href=\"#_ftn159\">[159]<\/a>. Le 20 octobre 1803, le Conseil d\u2019Etat discutant de la nature juridique de l\u2019action, r\u00e9putera son caract\u00e8re de meuble incorporel quelle que soit la nature des biens sociaux, reconnaissant ainsi la personnalit\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s par actions par la possibilit\u00e9 de d\u00e9tention d\u2019une part sociale, ce qui exclut d\u00e9finitivement la conception de la soci\u00e9t\u00e9 comme une indivision<a title=\"\" href=\"#_ftn160\">[160]<\/a>. M\u00eame si cela n\u2019est pas encore clairement affirm\u00e9, la personnalit\u00e9 morale se trouvait ainsi consacr\u00e9e de fait sans que, pour autant, toute ambigu\u00eft\u00e9 s\u00e9mantique avec la copropri\u00e9t\u00e9 ne soit pas enti\u00e8rement lev\u00e9e. C\u2019est la Cour de cassation qui mettra fin \u00e0 cette situation en identifiant, par un arr\u00eat en date du 2 juin 1834, la soci\u00e9t\u00e9 par actions comme un \u00ab\u00a0\u00eatre moral enti\u00e8rement distinct des individus qui la composent\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn161\">[161]<\/a>. La dilution de l\u2019intuitu personae que permettait cet arr\u00eat mit en exergue la personnalit\u00e9 morale par la possibilit\u00e9 offerte de c\u00e9der des titres tout en permettant d\u2019appr\u00e9hender le capitalisme. La souplesse du droit permit d\u2019obtenir une cessibilit\u00e9 que ne donnait pas la nature incertaine, mobili\u00e8re ou immobili\u00e8re, de l\u2019indivision, ce qui entra\u00eenait de nombreux probl\u00e8mes de transmission des biens. Cette mobilit\u00e9 garantit la s\u00e9curit\u00e9 aux cr\u00e9anciers personnels des associ\u00e9s qui peuvent faire saisir les parts si cela s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire, ce qui \u00e9tait interdit dans le r\u00e9gime de l\u2019indivision<a title=\"\" href=\"#_ftn162\">[162]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>5.4.5 \u2013 Le r\u00f4le du co\u00fbt historique dans la fixit\u00e9 du capital<\/h3>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 ayant acquis la personnalit\u00e9 morale, les associ\u00e9s ne sont plus propri\u00e9taires des biens sociaux et ne peuvent plus en abuser. C\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 qui est la propri\u00e9taire, les associ\u00e9s \u00e9tant propri\u00e9taires de son patrimoine social. Mais comme les associ\u00e9s se partagent les b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s pendant la vie sociale de la soci\u00e9t\u00e9, se pose alors le probl\u00e8me r\u00e9curent de savoir si le patrimoine social est, dans la r\u00e9alit\u00e9, compl\u00e8tement isol\u00e9 de celui des associ\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire si le droit d\u2019un associ\u00e9 sur le patrimoine social est assimilable ou non \u00e0 celui d\u2019un cr\u00e9ancier ordinaire sur celui de son emprunteur. Il devient alors difficile de justifier l\u2019autonomie du patrimoine social qui permet la r\u00e9alisation de b\u00e9n\u00e9fices et de plus-values mais qui ne profite pas de ceux-ci, lesquels reviennent aux associ\u00e9s. Par ailleurs, le droit d\u2019un cr\u00e9ancier ordinaire n\u2019est pas modifi\u00e9 par la variation du patrimoine du d\u00e9biteur, en l\u2019occurrence ici, la soci\u00e9t\u00e9. Il s\u2019ensuit que la tradition consistant \u00e0 consid\u00e9rer que les b\u00e9n\u00e9fices appartiennent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et que les associ\u00e9s ont un droit de cr\u00e9ance sur elle est critiquable, ce qui repose, par une autre approche, le probl\u00e8me de la personnalit\u00e9 morale de la soci\u00e9t\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn163\">[163]<\/a>. En effet, celle-ci, en permettant de sortir de l\u2019indivision, justifiait la perception des b\u00e9n\u00e9fices sans attendre la dissolution de la soci\u00e9t\u00e9 mais, simultan\u00e9ment, cette perception continuelle des b\u00e9n\u00e9fices laisse planer un doute sur l\u2019autonomie patrimoniale de la soci\u00e9t\u00e9 et donc sur sa capacit\u00e9 \u00e0 distribuer les b\u00e9n\u00e9fices. Les biens sociaux ne pourraient pas \u00eatre toujours consid\u00e9r\u00e9s comme ceux d\u2019autrui pour les associ\u00e9s et donc, l\u2019autonomie patrimoniale de la soci\u00e9t\u00e9 ne serait que relative.<\/p>\n<p>Ces controverses, qui ne favorisaient pas le d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s de capitaux, ne prirent fin que lorsque les actionnaires furent rendus responsables, par les lois du 17 juillet 1856 et du 24 juillet 1867, du paiement des actions qu\u2019ils avaient souscrites.<\/p>\n<p>Tous ces \u00e9v\u00e9nements qui \u00e9maill\u00e8rent la reconnaissance de la personnalit\u00e9 morale aux soci\u00e9t\u00e9s tendaient \u00e0 exprimer le maintien d\u2019une ligne de d\u00e9marcation due \u00e0 la persistance de l\u2019intuitu personae entre les soci\u00e9t\u00e9s de personnes dans lesquelles les associ\u00e9s ne perdaient jamais compl\u00e8tement le contr\u00f4le de leurs biens<a title=\"\" href=\"#_ftn164\">[164]<\/a> et celles de capitaux o\u00f9, bien qu\u2019\u00e9troitement li\u00e9s par l\u2019affectio societatis, les \u00ab\u00a0petits\u00a0\u00bb associ\u00e9s dont la volont\u00e9 \u00e9tait proche du n\u00e9ant, notamment dans les grandes soci\u00e9t\u00e9s, acceptaient plus volontiers la perte de leurs apports. Ils tendaient aussi \u00e0 exprimer le primat de la conception contractuelle de la soci\u00e9t\u00e9 c\u2019est-\u00e0 dire de la fiction de la personne morale sur sa r\u00e9alit\u00e9 en vertu de laquelle elle serait assimilable \u00e0 un \u00eatre vivant ayant ses propres lois de d\u00e9veloppement biologique<a title=\"\" href=\"#_ftn165\">[165]<\/a>. Ripert\u00a0(1946) rappelle la diff\u00e9rence fondamentale s\u00e9parant la personnalit\u00e9 morale de la soci\u00e9t\u00e9 de celle physique des individus\u00a0: \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas d\u2019\u00e2me, elle ne conna\u00eet pas les sentiments affectifs\u00a0; elle est mue par le seul int\u00e9r\u00eat\u00a0; elle n\u2019a qu\u2019un but, la conqu\u00eate des b\u00e9n\u00e9fices et elle apporte \u00e0 cette conqu\u00eate la sup\u00e9riorit\u00e9 que lui donne son impassibilit\u00e9 devant tous les sentiments moraux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le silence de la loi de 1867 sur le pouvoir donn\u00e9 \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale extraordinaire de modifier les statuts et ses clauses consid\u00e9r\u00e9es alors comme intangibles, avait frein\u00e9 la progression dans les esprits de la personnalit\u00e9 morale interne, la vision contractuelle entra\u00eenant le maintien de la loi de l\u2019unanimit\u00e9 s\u2019imposant sur la reconnaissance de la soci\u00e9t\u00e9 anonyme comme une institution \u00e9conomique dot\u00e9e de la personnalit\u00e9. Les lois du 22 novembre 1913 et du 1<sup>er<\/sup> mai 1930 tendront \u00e0 reconna\u00eetre la souverainet\u00e9 de l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des actionnaires dans la modification des statuts manifestant ainsi l\u2019omnipotence de l\u2019entit\u00e9 sociale au d\u00e9triment du pacte social ayant contribu\u00e9 \u00e0 la formation de la soci\u00e9t\u00e9 (Ripert, 1946).<\/p>\n<p>La conception contractuelle classique n\u2019a pu amener \u00e0 elle seule la reconnaissance de la personnalit\u00e9 morale et donc, seule l\u2019utilisation du concept d\u2019entreprise aurait permis de franchir le pas, la limitation de la responsabilit\u00e9 en constituant le pivot pour favoriser la cr\u00e9ation des grandes entreprises<a title=\"\" href=\"#_ftn166\">[166]<\/a>. L\u2019utilisation de la comptabilit\u00e9 en parties doubles, par sa capacit\u00e9 \u00e0 suivre l\u2019\u00e9volution de la valeur du capital investi et des surplus tir\u00e9s de son utilisation, permettra de franchir les barri\u00e8res freinant l\u2019essor de la personnalit\u00e9, la commandite jouant le r\u00f4le de d\u00e9fricheur. Pour cela, l\u2019instruction du 11 juillet 1817 portant obligation \u00e0 maintenir la fixit\u00e9 de la valeur du capital pour garantir les droits des cr\u00e9anciers joua un r\u00f4le important dans sa conception et sa valorisation qui devait rester constante dans le temps sauf en cas d\u2019augmentation ou de diminution d\u00e9cid\u00e9e par l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9. Cette d\u00e9cision \u00e9tait un acte public pris en connaissance de cause. Par contre, il n\u2019en \u00e9tait pas de m\u00eame des versements de dividendes lorsque la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9alisait des pertes car ils ne pouvaient alors \u00eatre pris que sur le capital. C\u2019est pour \u00e9viter cette pratique qui ne permettait plus de savoir quel \u00e9tait le capital de la soci\u00e9t\u00e9 que fut instaur\u00e9e cette obligation de maintenir sa fixit\u00e9, ce qui fut rendu possible par l\u2019utilisation d\u2019un mode d\u2019\u00e9valuation fond\u00e9 sur le prix de march\u00e9 initial, c\u2019est-\u00e0-dire sur un co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/p>\n<h1>Conclusion de la premi\u00e8re partie<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019objet de cette premi\u00e8re partie \u00e9tait d\u2019interpr\u00e9ter l\u2019\u00e9volution historique de la comptabilit\u00e9 pour montrer que son objet \u00e9tait d\u2019enregistrer les op\u00e9rations marchandes et uniquement celles-ci car elles constituaient un domaine de d\u00e9finition homog\u00e8ne permettant de v\u00e9rifier la transmission de la valeur dans le temps. Cela nous a permis de montrer que la th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence est explicative et normative de la pratique des \u00e9changes \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>C\u2019est en remontant \u00e0 l\u2019origine de la comptabilit\u00e9 que l\u2019on a pu construire des concepts qui nous ont permis de produire une th\u00e9orie a-historique sous condition d\u2019hypoth\u00e8ses relatives \u00e0 son caract\u00e8re social. Pour construire notre raisonnement, nous nous sommes inspir\u00e9s des travaux des anthropologues montrant l\u2019origine propri\u00e9tariale de la richesse et de ceux de Mattessich. Il est apparu alors, dans le prolongement du premier syst\u00e8me normatif de Hammurabi que la comptabilit\u00e9 jouait le r\u00f4le d\u2019un interdit dont l\u2019objet, en permettant que les \u00e9changes tendent \u00e0 se d\u00e9rouler r\u00e9ellement de mani\u00e8re \u00e9quilibr\u00e9e et th\u00e9oriquement \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb, \u00e9tait de canaliser la violence inh\u00e9rente \u00e0 la manifestation du d\u00e9sir par chacun de s\u2019approprier ce que poss\u00e9daient les autres. Cette \u00e9galit\u00e9 des valeurs dans l\u2019\u00e9change nous a permis d\u2019expliquer la formation du profit comme \u00e9l\u00e9ment central qui justifie celui-ci et qui doit soigneusement \u00eatre distingu\u00e9 de la rente qui, elle, ne peut pas faire l\u2019objet d\u2019une explication th\u00e9orique puisqu\u2019elle appara\u00eet par diff\u00e9rence entre les performances des entreprises sur leurs march\u00e9s. Nous avons aussi justifi\u00e9 en m\u00eame temps l\u2019utilisation du co\u00fbt historique \u00e0 travers celle des prix de march\u00e9s dont ils \u00e9taient le reflet.<\/p>\n<p>C\u2019est sur la fixit\u00e9 du capital \u00e9valu\u00e9 en co\u00fbts historiques que s\u2019est construite l\u2019activit\u00e9 d\u2019entreprise dans le but de cr\u00e9er des richesses \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s de reconnaissance de la personne morale jusqu\u2019\u00e0 la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et le d\u00e9veloppement des grandes entreprises am\u00e8neront un changement d\u2019optique dans les pratiques comptables et une modification de la gouvernance des entreprises de propri\u00e9tariale \u00e0 partenariale puis actionnariale comme nous allons le voir dans la deuxi\u00e8me partie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/p>\n<h1>Deuxi\u00e8me partie\u00a0&#8211; La remise en cause au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle du co\u00fbt historique au profit de la juste valeur et ses cons\u00e9quences sur l\u2019entreprise et l\u2019\u00e9conomie<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Durant le 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s par actions et l&rsquo;essor du march\u00e9 financier conf\u00e9r\u00e8rent \u00e0 la comptabilit\u00e9 une dimension nouvelle. Seule garantie offerte aux tiers, le capital d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 anonyme doit demeurer intact, sauf \u00e0 devoir la dissoudre, et c&rsquo;est \u00e0 la comptabilit\u00e9 qu&rsquo;il revient de fournir une mesure du r\u00e9sultat qui garantisse ce maintien. En outre, d\u00e8s lors que les informations qu&rsquo;elle produit sont susceptibles d&rsquo;orienter les capitaux, la technique sort du champ \u00e9troit de l&rsquo;entreprise et le contr\u00f4le de la mesure du profit devient un enjeu social majeur.<\/p>\n<p>Comme nous le montrons au chapitre 6, la gouvernance propri\u00e9tariale fond\u00e9e sur la fixit\u00e9 du capital et l\u2019\u00e9valuation en co\u00fbts historiques va se transformer sous l\u2019influence des nouvelles th\u00e9ories contractuelles de l\u2019entreprise et de la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970 en gouvernance actionnariale, c\u2019est-\u00e0-dire enti\u00e8rement orient\u00e9e vers l\u2019actionnaire. Cette vision anglo-saxonne de la gouvernance s\u2019appuie sur un mode d\u2019\u00e9valuation des entreprises et de leurs composantes qui permet de produire une image fid\u00e8le de celles-ci afin que les actionnaires soient parfaitement inform\u00e9s pour prendre leurs d\u00e9cisions d\u2019investissement. Cela n\u2019est possible que si les \u00e9valuations sont r\u00e9alis\u00e9es en valeurs de march\u00e9 encore appel\u00e9es \u00ab\u00a0justes valeurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or, le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019endettement provoque des d\u00e9sordres mon\u00e9taires consid\u00e9rables qui d\u00e9truisent la relation sensiblement constante de proportionnalit\u00e9 entre l\u2019\u00e9chelle des prix et celle des co\u00fbts. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un d\u00e9bat fortement nourri sur l\u2019adoption de la juste valeur comme le pr\u00e9conise l\u2019IASB qui est largement sous influence am\u00e9ricaine pour qui la gouvernance doit \u00eatre au service exclusif des actionnaires ou sur le maintien du co\u00fbt historique comme le veut la tradition continentale europ\u00e9enne consid\u00e9rant que la gouvernance doit \u00eatre orient\u00e9e vers l\u2019ensemble des parties prenantes de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e d\u2019une gouvernance partenariale, que nous d\u00e9veloppons au chapitre 7, est apparue lorsque l\u2019entreprise a quitt\u00e9 son statut d\u2019activit\u00e9 risqu\u00e9e pour devenir au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle une entit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire une organisation structur\u00e9e par le lien de subordination caract\u00e9ristique du contrat de travail. De ce fait, la nature de l\u2019entreprise serait sociologique et non \u00e9conomique, celle-ci \u00e9tant assur\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 commerciale qui la porte et lui permet d\u2019exister. Selon la conception partenariale, les propri\u00e9taires deviennent des cr\u00e9anciers ordinaires et l\u2019objectif de l\u2019entit\u00e9 est de maintenir la continuit\u00e9 de son exploitation. Celle-ci \u00e9tant contraire \u00e0 la pratique de l\u2019\u00e9valuation sur les valeurs de march\u00e9 qui supposait une liquidation fictive de l\u2019entreprise, la notion de co\u00fbt historique va \u00e9merger en tant que telle \u00e0 partir des travaux fondateurs de Schmalenbach en Allemagne, de Zappa en Italie et de Littleton aux Etats-Unis. A cette conception partenariale correspond la th\u00e9orie comptable de l\u2019entit\u00e9 qui est organis\u00e9e pour mettre en \u00e9vidence que les parties prenantes qui ne sont pas les propri\u00e9taires prennent des risques au m\u00eame titre que ceux-ci. Par exemple, si l\u2019entreprise fait faillite, la rupture des relations contractuelles implique la fin des objectifs sp\u00e9cifiques poursuivis par chaque partie prenante. Le principe de la continuit\u00e9 de l\u2019exploitation appara\u00eet alors comme beaucoup plus large que la seule question de l\u2019ex\u00e9cution des contrats qui \u00e9tait l\u2019objet des travaux de Smallenbach. La p\u00e9rennit\u00e9 des parties prenantes peut \u00eatre remise en question. Certains chercheurs en comptabilit\u00e9 ainsi que les normalisateurs anglo-saxons et internationaux estiment que cela provoque un d\u00e9placement de l\u2019enjeu des normes comptables qui se doivent alors d\u2019informer les diverses parties prenantes sur les risques pris. L\u2019utilisation de la juste valeur est alors suppos\u00e9e permettre une \u00e9valuation de ces risques.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 pour la th\u00e9orie comptable du propri\u00e9taire assimil\u00e9 \u00e0 l\u2019actionnaire et fond\u00e9e sur la juste valeur comme \u00e0 celle de l\u2019entit\u00e9 s\u2019appuyant plut\u00f4t sur le co\u00fbt historique de r\u00e9gler le probl\u00e8me de la r\u00e9partition de la richesse cr\u00e9\u00e9e par l\u2019entreprise, nous proposons au chapitre 8 de revenir sur la th\u00e9orie comptable en montrant comment elle a \u00e9volu\u00e9 et comment la th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence peut aider \u00e0 trouver des solutions.<\/p>\n<p>M\u00eame si la th\u00e9orie comptable ne fait que mettre en \u00e9vidence des lois ext\u00e9rieures \u00e0 nous comme nous l\u2019avons suppos\u00e9, la pratique de la comptabilit\u00e9 peut prendre diverses formes, ne serait-ce que celles relatives actuellement au co\u00fbt historique ou \u00e0 la juste valeur. Il est donc n\u00e9cessaire de l\u2019int\u00e9grer dans une justification de la relation entre les fins et les moyens, c\u2019est-\u00e0-dire de proposer une m\u00e9taphysique comptable expliquant pourquoi elle existe. Pour cela, nous avons mobilis\u00e9 les travaux de Ren\u00e9 Girard sur la violence et le sacr\u00e9 qui nous ont permis de montrer que la comptabilit\u00e9 doit \u00eatre con\u00e7ue comme un syst\u00e8me d\u2019interdits charg\u00e9s de r\u00e9guler la violence que g\u00e9n\u00e8re le d\u00e9sir mim\u00e9tique entre les individus. Sous cette optique, il appara\u00eet que, contrairement au co\u00fbt historique, la juste valeur peut constituer un amplificateur de cette violence et doit donc \u00eatre \u00e0 utiliser avec beaucoup de pr\u00e9caution.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/p>\n<h1>Chapitre\u00a06\u00a0\u2013\u00a0Du co\u00fbt historique \u00e0 la juste valeur<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire montre qu&rsquo;au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup>, avant la normalisation comptable, les comptes ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;instrument du dialogue entre l&rsquo;entreprise et ses actionnaires dans de nombreuses entreprises. Ils d\u00e9signaient la limite au droit de regard que les administrateurs accordaient aux actionnaires sur la gestion de l&rsquo;entreprise ainsi que la limite des dividendes qu&rsquo;il \u00e9tait possible de verser pour assurer la croissance de l&rsquo;entreprise. Si l\u2019autofinancement jouait le r\u00f4le le plus important par rapport aux financements externes dans la croissance des entreprises, les besoins n\u00e9s de la seconde r\u00e9volution industrielle rendirent n\u00e9cessaire une utilisation plus importante de ce financement externe<a title=\"\" href=\"#_ftn167\">[167]<\/a>. L&rsquo;industrialisation et le flux continu d&rsquo;innovations modifi\u00e8rent la long\u00e9vit\u00e9 des \u00e9quipements d\u00e9tenus et entra\u00een\u00e8rent une transformation de la structure des actifs des entreprises, au sein desquels les immobilisations prenaient une part croissante au d\u00e9triment des postes composant le besoin en fonds de roulement. Ces modifications auront des cons\u00e9quences sur le mod\u00e8le comptable fran\u00e7ais qui, en raison de l&rsquo;\u00e9largissement des opportunit\u00e9s de financement, acquiert lentement une dimension sociale. De nouveaux partenaires demandent \u00e0 \u00eatre entendus et le font savoir fortement. La comptabilit\u00e9 se doit d\u00e9sormais d&rsquo;\u00eatre le langage commun entre les fondateurs-dirigeants et les investisseurs, dont le lien avec l&rsquo;objet de leur investissement se distend progressivement. Faute de fondements scientifiques s\u00e9rieux et en l&rsquo;absence de toute r\u00e9glementation sp\u00e9cifique ou presque, la mesure du profit est souvent, comme sous l\u2019Egypte antique, l&rsquo;objet de manipulations, voire de falsifications, dont les \u00e9pargnants sont les premi\u00e8res victimes, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de cas de surestimation des r\u00e9sultats ou, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, de dissimulation de b\u00e9n\u00e9fices. Cependant, ceux-ci, \u00e0 travers la constitution d\u2019importantes r\u00e9serves, servent de nouveaux objectifs par rapport aux pratiques ant\u00e9rieures. En effet, le niveau des b\u00e9n\u00e9fices retenus \u00e9tant d\u00e9termin\u00e9 par la r\u00e9mun\u00e9ration accord\u00e9e aux actionnaires, le traitement comptable r\u00e9serv\u00e9 aux investissements corporels et incorporels ainsi que le constat de leur d\u00e9pr\u00e9ciation vont faire l&rsquo;objet de toutes les attentions et cela d&rsquo;autant plus que ces postes prennent une place consid\u00e9rable dans les comptes des entreprises.<\/p>\n<p>Si, face aux scandales et aux r\u00e9actions des int\u00e9ress\u00e9s, l\u2019opinion s&rsquo;\u00e9meut parfois et si la r\u00e9flexion sur la probl\u00e9matique de l&rsquo;\u00e9valuation progresse durant le dernier quart du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;\u00c9tat et le Parlement restent sourds \u00e0 toutes les propositions de r\u00e9glementation. Les milieux d&rsquo;affaires y sont hostiles et c&rsquo;est donc aux tribunaux qu&rsquo;il revient de dire le droit en la mati\u00e8re. Confront\u00e9e \u00e0 ces pratiques comptables, ta jurisprudence pr\u00e9cise quelques concepts fondamentaux. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s avoir pris lui-m\u00eame place parmi les ayants droit aux b\u00e9n\u00e9fices, avec l&rsquo;instauration de l&rsquo;imposition des b\u00e9n\u00e9fices durant le premier conflit mondial, que l&rsquo;\u00c9tat d\u00e9cida d\u2019intervenir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>6.1 &#8211; L\u2019information comptable \u00e0 l\u2019origine du probl\u00e8me de la gouvernance<\/h2>\n<p>Lorsque la comptabilit\u00e9 en partie double s\u2019est impos\u00e9e en France dans le milieu industriel, \u00e0 partir de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les dirigeants, pour autofinancer leurs investissements, ont commenc\u00e9 \u00e0 passer de mani\u00e8re syst\u00e9matique des \u00e9critures comptables d\u2019amortissement. Utilisant pour cela une grande partie de leurs marges b\u00e9n\u00e9ficiaires, ils ont souvent limit\u00e9 les dividendes distribu\u00e9s et tent\u00e9 d&rsquo;en r\u00e9gulariser le cours. Or, si l\u2019autofinancement peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une conception logique et naturelle dans les entreprises familiales, il en va diff\u00e9remment dans les soci\u00e9t\u00e9s de capitaux notamment vis-\u00e0-vis des petits porteurs, cette pratique allant jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9clencher d\u2019\u00e2pres conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats entre les administrateurs des soci\u00e9t\u00e9s de capitaux ou les dirigeants qui les repr\u00e9sentaient et les ayants droit aux b\u00e9n\u00e9fices. Malgr\u00e9 quelques tentatives, on ne r\u00e9ussira gu\u00e8re \u00e0 discipliner les pratiques<a title=\"\" href=\"#_ftn168\">[168]<\/a> avant que n\u2019intervienne le 15 juillet 1914, apr\u00e8s sept ann\u00e9es de d\u00e9bats parlementaires et l\u2019imminence de la guerre, une loi qui vint bouleverser les donn\u00e9es du probl\u00e8me en instaurant l\u2019imposition des revenus et l\u2019obligation de constater des amortissements en comptabilit\u00e9 pour d\u00e9terminer l\u2019assiette imposable. Elle fut compl\u00e9t\u00e9e par celle du 31 juillet 1917 qui pr\u00e9cisa les diff\u00e9rentes c\u00e9dules imposables, parmi lesquelles les b\u00e9n\u00e9fices industriels et commerciaux. Par le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 1948, elle fut remplac\u00e9e par un \u00ab\u00a0imp\u00f4t sur le revenu des personnes physiques\u00a0\u00bb (IRPP) et un \u00ab\u00a0imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices des soci\u00e9t\u00e9s et autres personnes morales\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En reprenant la d\u00e9finition de G. Charreaux (2006) de la gouvernance comme \u00ab\u00a0l\u2019ensemble des m\u00e9canismes qui ont pour effet de d\u00e9limiter les pouvoirs et d\u2019influencer les d\u00e9cisions des dirigeants, autrement dit, qui \u201cgouvernent\u201d leur conduite et d\u00e9finissent leur espace discr\u00e9tionnaire\u00a0\u00bb, ces conflits ne faisaient qu\u2019exprimer des probl\u00e8mes de gouvernance li\u00e9s aux insuffisances de l\u2019information financi\u00e8re ne pr\u00e9sentant que le r\u00e9sultat comptable, parfois manipul\u00e9 par les dirigeants, comme seule mesure de la performance. Si le co\u00fbt des dettes \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une charge, ce n\u2019\u00e9tait pas le cas des capitaux propres. Ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019entreprise en tant que telle qui \u00e9tait per\u00e7ue mais la soci\u00e9t\u00e9 qui en \u00e9tait le support juridique et dont le fonctionnement s\u2019appuyait sur le mod\u00e8le comptable du propri\u00e9taire, proche de la th\u00e9orie math\u00e9matique de L\u00e9autey et Guilbault (1889). Selon ce mod\u00e8le, c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9finie par le droit qui existe et non l\u2019entreprise qui, de ce fait, n\u2019a pas d\u2019autonomie propre et repr\u00e9sente exclusivement ses propri\u00e9taires qui sont juridiquement les seuls pouvant percevoir les rentes d\u00e9gag\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ainsi, la mesure comptable fut tr\u00e8s t\u00f4t orient\u00e9e pour satisfaire les int\u00e9r\u00eats des propri\u00e9taires de la firme. Il n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 observer la disposition du compte de r\u00e9sultat pour s&rsquo;en convaincre. Celui-ci int\u00e8gre un ensemble de flux positifs cens\u00e9s repr\u00e9senter l&rsquo;enrichissement de l&rsquo;entreprise pendant l&rsquo;exercice et de flux n\u00e9gatifs donn\u00e9s comme son appauvrissement durant la m\u00eame p\u00e9riode. La confrontation des deux ensembles permet d&rsquo;aboutir au \u00ab\u00a0r\u00e9sultat de l&rsquo;exercice\u00a0\u00bb. Or, celui-ci ne mesure pas la rentabilit\u00e9 nette d\u00e9gag\u00e9e par l\u2019entreprise puisque le traitement comptable r\u00e9serv\u00e9 aux dividendes vers\u00e9s aux propri\u00e9taires n\u2019est pas identique \u00e0 celui des int\u00e9r\u00eats vers\u00e9s aux pr\u00eateurs. Bien que les deux d\u00e9penses r\u00e9mun\u00e8rent l&rsquo;une comme l&rsquo;autre des apporteurs de fonds, les int\u00e9r\u00eats sont enregistr\u00e9s parmi les charges alors qu\u2019il n\u2019existe aucun poste comptable qui soit consacr\u00e9 aux dividendes. La raison en est simple\u00a0: le r\u00e9sultat de l\u2019exercice mesure en r\u00e9alit\u00e9 la variation de la situation nette de la soci\u00e9t\u00e9 entre le d\u00e9but et la fin de l\u2019exercice, c\u2019est-\u00e0-dire le surplus qui doit revenir aux propri\u00e9taires, lesquels peuvent en laisser une partie plus ou moins importante au service de l\u2019autofinancement de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette vision actionnariale de la gouvernance fond\u00e9e sur le fait que l\u2019on consid\u00e8re l\u2019entreprise comme devant \u00eatre au service des actionnaires parce qu\u2019ils sont les seuls \u00e0 en assumer le risque, s\u2019inscrivait directement dans la th\u00e9orie juridico-financi\u00e8re de la firme qui reposait sur l\u2019hypoth\u00e8se traditionnelle que tous les apporteurs de facteurs de production \u00e9taient r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 leur co\u00fbt d\u2019opportunit\u00e9. Celui-ci correspond \u00e0 leur r\u00e9mun\u00e9ration d\u2019\u00e9quilibre permettant de compenser le risque encouru et suppos\u00e9e le plus souvent \u00e9gale au prix du facteur \u00e9tabli sur un march\u00e9 concurrentiel. S\u2019il existe un surplus, il ne peut revenir qu\u2019aux actionnaires qui en ont le pouvoir l\u00e9gitime de par leur droit de propri\u00e9taires prenant seuls les risques. Ce surplus est une rente pour les propri\u00e9taires et correspond pour un grand nombre d\u2019auteurs \u00e0 une cr\u00e9ation de valeur par l\u2019entreprise d\u2019o\u00f9 son appellation maintenant consacr\u00e9e de \u00ab\u00a0valeur actionnariale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>6.2 &#8211; La gouvernance comme objet de recherche<\/h2>\n<p>La crise \u00e9conomique de 1876, avec son lot de faillites et de concentration du capital, eut comme cons\u00e9quence de faire appara\u00eetre, notamment aux Etats-Unis, le besoin de managers salari\u00e9s, ayant re\u00e7u une formation \u00e0 la direction, dans les grandes soci\u00e9t\u00e9s par actions appel\u00e9es pour cette raison \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s manag\u00e9riales\u00a0\u00bb. Progressivement, les actionnaires d\u00e9l\u00e9gu\u00e8rent leur pouvoir de d\u00e9cision \u00e0 ces dirigeants. En France, Fayol est l\u2019illustration m\u00eame de ce mouvement lorsqu\u2019il obtint les pleins pouvoirs de son conseil d\u2019administration apr\u00e8s avoir sauv\u00e9 de la faillite les mines de Commentry.<\/p>\n<p>Avec la crise de 1929 et la recherche des responsabilit\u00e9s de celle-ci, allait na\u00eetre un besoin d\u2019explication d\u2019une gouvernance caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019abandon progressif par les actionnaires de leur pouvoir en faveur des dirigeants comme le montre la distinction entre \u00ab\u00a0ownership\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0control\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente en Europe d\u00e8s les ann\u00e9es 1900 avant d&rsquo;\u00eatre observ\u00e9 un peu plus tard aux \u00c9tats-Unis (Peter Wardley, 2009).<\/p>\n<p>Or la micro-\u00e9conomie standard n\u2019offrait pas un seul d\u00e9but de r\u00e9ponse \u00e0 ce probl\u00e8me. Alors que les entrepreneurs sont les agents \u00e9conomiques qui prennent les d\u00e9cisions dominantes de la vie \u00e9conomique, ils sont absents de la th\u00e9orie n\u00e9oclassique standard. A l\u2019exception d\u2019auteurs comme Schumpeter (1911 et 1943) qui commen\u00e7a \u00e0 \u00e9laborer un cadre th\u00e9orique permettant d&rsquo;appr\u00e9hender les syst\u00e8mes de gouvernance en \u00e9tablissant une relation entre l\u2019entrepreneur innovateur et le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0destruction cr\u00e9atrice\u00a0\u00bb de richesses \u00e9conomiques, mais aussi Knight ou Hayek qui se situent en marge du courant dominant, la th\u00e9orie n\u00e9oclassique standard ne laisse aucune place \u00e0 l\u2019initiative, \u00e0 la prise de risque, \u00e0 l\u2019innovation, que ce soit dans la gestion interne ou dans les politiques de march\u00e9. La firme est ainsi r\u00e9duite \u00e0 une fonction de production, sorte de bo\u00eete noire qui transforme des ressources en biens et services marchands en s\u2019adaptant m\u00e9caniquement \u00e0 son environnement. Une seule logique la guide : la maximisation des profits, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019utilisation optimale des machines et des hommes pour en tirer le meilleur b\u00e9n\u00e9fice sous les contraintes des capacit\u00e9s technologiques de l\u2019entreprise. Ainsi, plut\u00f4t que de consid\u00e9rer l\u2019entreprise comme une entit\u00e9 collective, ne serait-ce que compos\u00e9e d\u2019un groupe d\u2019individus aux fonctions d\u2019utilit\u00e9 diff\u00e9rentes, la micro\u00e9conomie standard ram\u00e8ne l\u2019entreprise \u00e0 la seule figure individuelle du producteur qui en est \u00e0 la fois le propri\u00e9taire et l\u2019embl\u00e8me. La firme est trait\u00e9e comme un \u00ab\u00a0agent passif\u00a0\u00bb sans \u00e9paisseur ni dimension. La micro\u00e9conomie fond\u00e9e sur ce mod\u00e8le peut certes beaucoup apporter \u00e0 l\u2019analyse des march\u00e9s et de certains comportements des entreprises mais on ne peut pas ignorer ses limites pour une v\u00e9ritable compr\u00e9hension de la firme.<\/p>\n<p>Au sein de ce courant n\u00e9oclassique, l\u2019\u00e9conomie industrielle, en faisant r\u00e9f\u00e9rence aux conditions concr\u00e8tes de la production, mit l\u2019accent sur l\u2019industrie et non sur le march\u00e9. L\u2019entreprise n\u2019est plus une bo\u00eete noire qui se contente de r\u00e9agir aux signaux envoy\u00e9s par le march\u00e9. On passe progressivement d\u2019un agent sans initiative ni \u00e9paisseur \u00e0 des acteurs autonomes mettant en place des strat\u00e9gies concurrentielles. Mais l\u2019\u00e9conomie industrielle s\u2019int\u00e9resse davantage aux relations inter-firmes qu\u2019au fonctionnement interne de celles-ci et \u00e0 leur gouvernance.<\/p>\n<p>C\u2019est Berle et Means (1932) qui poseront les premiers jalons explicatifs de la gouvernance en cherchant \u00e0 entrouvrir cette \u00ab\u00a0bo\u00eete noire\u00a0\u00bb qu\u2019est l\u2019entreprise \u00e0 travers le d\u00e9calage possible des int\u00e9r\u00eats entre les actionnaires et les managers du fait de la s\u00e9paration entre la propri\u00e9t\u00e9 et le contr\u00f4le dans les soci\u00e9t\u00e9s de capitaux<a title=\"\" href=\"#_ftn169\">[169]<\/a>. Ils pensaient que la s\u00e9paration du droit de propri\u00e9t\u00e9 et de la fonction de direction, en laissant une latitude quasi totale d\u2019action aux managers, allait rendre les soci\u00e9t\u00e9s inefficientes. Le point de vue de Berle et Means fut ensuite relay\u00e9 par J. Burnham<a title=\"\" href=\"#_ftn170\">[170]<\/a> (1941) et diffus\u00e9 mondialement par J.\u00a0K.\u00a0Galbraith<a title=\"\" href=\"#_ftn171\">[171]<\/a> (1967) accr\u00e9ditant l\u2019id\u00e9e que les managers, formant la \u00ab\u00a0technostructure\u00a0\u00bb, s\u2019\u00e9taient install\u00e9s en ma\u00eetres dans les fauteuils autrefois occup\u00e9s par les propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces travaux de Berle et Means engendr\u00e8rent deux questions essentielles\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>pourquoi la firme existe-t-elle ou, ce qui revient au m\u00eame, pourquoi s\u2019est impos\u00e9e une forme d\u2019organisation \u00e9conomique distincte du march\u00e9, alors m\u00eame que ce dernier est consid\u00e9r\u00e9 comme la forme sup\u00e9rieure de coordination des activit\u00e9s et des allocations de ressources\u00a0? Cette question qui est pos\u00e9e par R. Coase en 1937 sera le point de d\u00e9part de la reconstruction th\u00e9orique en expliquant l\u2019existence de la firme par les d\u00e9faillances du march\u00e9 et plus particuli\u00e8rement par les co\u00fbts de transactions. Il con\u00e7oit l\u2019entreprise comme une \u00ab\u00a0structure de gouvernance\u00a0\u00bb pouvant op\u00e9rer les m\u00eames fonctions que le march\u00e9 mais dans des conditions plus efficaces gr\u00e2ce \u00e0 la structure contractuelle dont elle est dot\u00e9e,<\/li>\n<li>qu\u2019elle est, en d\u00e9finitive, la nature de l\u2019entreprise et comment la caract\u00e9riser en tant qu\u2019organisation compl\u00e9mentaire au march\u00e9\u00a0? Est-elle une institution \u00e0 part enti\u00e8re \u00e0 laquelle peuvent \u00e9choir une finalit\u00e9 et un objectif aux horizons plus \u00ab\u00a0consensuels\u00a0\u00bb ou, au contraire, un simple lieu de rencontre o\u00f9 se noue une relation contractuelle entre agents \u00e9conomiques aux ressources compl\u00e9mentaires\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cet apport th\u00e9orique de Berle et Means et le questionnement qu\u2019il suscita allait permettre d\u2019identifier la gouvernance comme un objet de recherche initiant des analyses alternatives qui allaient permettre, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, de renouveler la vision de la firme \u00e0 travers des conceptions th\u00e9oriques qui se sont ensuite progressivement affin\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parmi les analyses alternatives \u00e0 l\u2019origine de ce renouveau, nous pouvons citer, d\u2019apr\u00e8s Olivier Weinstein et Benjamin Coriat (1995)\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Herbert A. Simon (1947) qui en remettant en cause l\u2019hypoth\u00e8se de rationalit\u00e9 parfaite des agents sera \u00e0 l\u2019origine du courant b\u00e9havioriste de Richard Cyert et James March (1963) d\u00e9crivant l\u2019entreprise comme une organisation mettant aux prises des groupes aux int\u00e9r\u00eats multiples,<\/li>\n<li>William\u00a0J.\u00a0Baumol (1959) qui montrera que l\u2019hypoth\u00e8se de maximisation de profit ne pourrait pas \u00eatre la seule op\u00e9rante de la firme,<\/li>\n<li>Harvey Liebenstein (1975) qui introduira la notion de \u00ab\u00a0facteur d\u2019efficience X\u00a0\u00bb suppos\u00e9 d\u00e9terminer la qualit\u00e9 de l\u2019organisation mise en \u0153uvre pour montrer que des entreprises identiques, utilisant les m\u00eames facteurs de production, parviennent \u00e0 des r\u00e9sultats diff\u00e9rents,<\/li>\n<li>Alfred Chandler (1988) et les historiens de l\u2019entreprise qui d\u00e9crivent l\u2019entreprise comme s\u2019opposant au march\u00e9, en substituant la \u00ab\u00a0coordination administrative\u00a0\u00bb \u00e0 la \u00ab\u00a0coordination marchande\u00a0\u00bb et en instituant un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique et centralis\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>6.2.1 &#8211; Le renouveau de la vision de l\u2019entreprise<\/h3>\n<p>A la fin des ann\u00e9es 1960, Jensen et Meckling (1976) pos\u00e8rent les bases d\u2019une approche se voulant scientifique de la gouvernance en proposant la th\u00e9orie positive de l&rsquo;agence selon laquelle les divergences d\u2019objectifs entre les managers et les propri\u00e9taires pouvaient provoquer des asym\u00e9tries d&rsquo;information susceptibles de faire appara\u00eetre les ph\u00e9nom\u00e8nes traditionnels de risque moral et de s\u00e9lection adverse. Ceux-ci sont \u00e0 l\u2019origine des co\u00fbts d&rsquo;agence tels que ceux relatifs \u00e0 la surveillance des dirigeants, \u00e0 leurs choix de d\u00e9veloppement mais aussi \u00e0 la perte r\u00e9siduelle que leurs actions peuvent entra\u00eener. Le propri\u00e9taire, en mettant en place des m\u00e9canismes disciplinaires et de contr\u00f4le associ\u00e9s \u00e0 des incitations financi\u00e8res (Caby et Hirigoyen, 2001), va chercher \u00e0 motiver, \u00e0 surveiller et \u00e0 sanctionner les dirigeants de fa\u00e7on \u00e0 ce que les gains d\u00e9gag\u00e9s par la coop\u00e9ration des uns avec les autres ne soient pas dissip\u00e9s. Pour obtenir ce r\u00e9sultat, la gouvernance doit \u00eatre con\u00e7ue comme une r\u00e9ponse organisationnelle \u00e0 ces conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats ainsi que le proposent Jensen et Meckling (1976) lorsqu\u2019ils avancent que l&rsquo;organisation est \u00ab\u00a0le point focal d&rsquo;un processus contractuel complexe, par lequel les objectifs conflictuels des individus atteignent l&rsquo;\u00e9quilibre. En ce sens, la conduite d&rsquo;une organisation est comme celle d&rsquo;un march\u00e9, qui n&rsquo;est que la r\u00e9sultante d&rsquo;un processus complexe de recherche de l&rsquo;\u00e9quilibre\u00a0\u00bb. Le principe explicatif de la gouvernance, qui en constitue aussi l\u2019enjeu central du point de vue normatif, ne peut que reposer sur \u00ab\u00a0l&rsquo;efficience organisationnelle\u00a0\u00bb dont la mesure correspond \u00e0 la valeur cr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans le prolongement de la th\u00e8se de Demsetz (1967) et d\u2019Alchian (1969) sur les droits de propri\u00e9t\u00e9, la th\u00e9orie positive de l\u2019agence postule que les parties signent des contrats qui ne sont pas exclusivement juridiques mais sont d\u00e9finis comme tout proc\u00e9d\u00e9 par lequel des droits de propri\u00e9t\u00e9 sur des biens sont cr\u00e9\u00e9s, modifi\u00e9s ou transf\u00e9r\u00e9s. Il s\u2019agit d\u2019une entente dont le contenu va \u00eatre n\u00e9goci\u00e9 par chacune des parties au contrat. La th\u00e9orie positive de l&rsquo;agence pr\u00e9sente ainsi l&rsquo;entreprise comme une fiction juridique repr\u00e9sent\u00e9e par un \u00ab\u00a0n\u0153ud de contrats\u00a0\u00bb, implicites ou explicites, qui r\u00e9gissent les relations internes (entre ses membres) et externes (entre ceux-ci et les tiers), la gestion de ces contrats par le seul m\u00e9canisme des prix sur le march\u00e9 ne permettant pas de cr\u00e9er le maximum de valeur en raison des asym\u00e9tries d\u2019information et des conflits d\u2019int\u00e9r\u00eat. Elle privil\u00e9gie l\u2019\u00e9tude des relations entre actionnaires et dirigeants car la coop\u00e9ration entre eux s\u2019applique \u00e0 la fois au processus de cr\u00e9ation de valeur et \u00e0 l\u2019appropriation de la valeur cr\u00e9\u00e9e tout en justifiant par le fait qu\u2019ils ont besoin de mutualiser leurs ressources pour r\u00e9aliser un projet qui leur soit collectivement b\u00e9n\u00e9fique. Les conflits potentiels d\u2019int\u00e9r\u00eat ne peuvent alors que porter sur les ressources respectives qu\u2019ils doivent engager et sur le partage de la rente globale issue de leur action, le probl\u00e8me induit \u00e9tant celui d\u2019une mesure de cette rente que la comptabilit\u00e9 doit fournir.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame esprit que ces nouvelles th\u00e9ories mais en se pla\u00e7ant sur le plan financier, Franco Modigliani et Merton Miller (1958) firent accepter l\u2019id\u00e9e que, dans un monde sans taxes, exon\u00e9r\u00e9 de co\u00fbts de transaction et sous l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;efficience des march\u00e9s, la valeur marchande de l&rsquo;actif \u00e9conomique d\u2019une entreprise n&rsquo;\u00e9tait pas affect\u00e9e par le choix d&rsquo;une structure de financement entre capitaux propres et dettes. Les dirigeants cherchant \u00e0 financer le d\u00e9veloppement de leurs entreprises purent alors se poser la question du choix entre faire appel au march\u00e9 financier afin d\u2019augmenter le capital ou s\u2019adresser aux banques en empruntant.<\/p>\n<p>Pour que l\u2019endettement soit plus avantageux que le capital comme source de financement, il fallait que les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat des pr\u00eats consentis par les institutions financi\u00e8res soient plus faibles que le co\u00fbt du capital, soit parce qu\u2019ils auraient tendance \u00e0 diminuer ou soit parce que le co\u00fbt du capital aurait tendance \u00e0 augmenter ou encore pour les deux raisons \u00e0 la fois. Le co\u00fbt du capital apparut comme \u00e9tant l\u2019\u00e9l\u00e9ment central dans ce choix de mode de financement. Par ailleurs, pour que les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat diminuent, il fallait que le volume des liquidit\u00e9s en circulation sur les march\u00e9s augmente et pour que le co\u00fbt du capital augmente, il fallait que les actionnaires soient en position d\u2019exiger cela. Ces deux ph\u00e9nom\u00e8nes vont appara\u00eetre et se d\u00e9velopper quasi simultan\u00e9ment \u00e0 partir du 15 ao\u00fbt 1971 apr\u00e8s la suppression par le pr\u00e9sident Nixon de la convertibilit\u00e9 or du dollar.<\/p>\n<p>L\u2019augmentation exponentielle du volume des liquidit\u00e9s dans l\u2019\u00e9conomie qui s\u2019ensuivit amena \u00e0 la financiarisation de celle-ci, ce qui bouleversa l\u2019environnement de l\u2019entreprise. Les nouvelles pratiques financi\u00e8res qui se mirent en place pour limiter le risque favoris\u00e8rent des comportements sp\u00e9culatifs sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire. Ces pratiques n\u2019ont pu se d\u00e9velopper qu\u2019\u00e0 la faveur d\u2019une information financi\u00e8re pr\u00e9sent\u00e9e de telle mani\u00e8re qu\u2019elle soit interpr\u00e9t\u00e9e comme porteuse d\u2019une esp\u00e9rance permanente de gain, ce qui suppose l\u2019\u00e9mergence de nouveaux mod\u00e8les financiers capables de servir de guides tout en justifiant ces comportements. Ceux-ci, qui ont pris leur essor \u00e0 partir de 1980, se sont construits progressivement aux Etats-Unis entre 1955 et 1975 sous l\u2019impulsion des travaux de Modigliani et Miller (1958) mais aussi de Myron J. Gordon (1964), Thomas R. Dyckman (1964), Robert C. Merton (1973), Fischer Black et Myron\u00a0Scholes (1973), Eug\u00e8ne F. Fama (1980).<\/p>\n<p>L\u2019information financi\u00e8re est construite \u00e0 partir de la comptabilit\u00e9 con\u00e7ue comme un langage commun charg\u00e9 de rendre homog\u00e8ne la description des activit\u00e9s \u00e9conomiques afin de pouvoir les comparer entre elles. Pour qu\u2019elle puisse se d\u00e9velopper et alimenter les nouvelles conceptions financi\u00e8res qui ont d\u00e9plac\u00e9 le probl\u00e8me du financement de l\u2019entreprise vers un financement de march\u00e9, il fallait qu\u2019il exist\u00e2t des r\u00e9f\u00e9rentiels comptables pouvant donner aux dirigeant une certaine permissivit\u00e9 dans le choix de leurs enregistrements afin qu\u2019ils aient la possibilit\u00e9 d\u2019exercer une r\u00e9elle responsabilit\u00e9 dans la gestion des ressources qui leur \u00e9taient confi\u00e9es. La crise de 1929 eut entre autres cons\u00e9quences le d\u00e9veloppement de la normalisation et des r\u00e9f\u00e9rentiels comptables.<\/p>\n<p>Ce sont ces diff\u00e9rents points que nous allons maintenant d\u00e9velopper.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>6.2.2 &#8211; Les raisons de l\u2019\u00e9mergence de la gouvernance actionnariale<\/h3>\n<h4>6.2.2.1 &#8211; La suppression de la convertibilit\u00e9 or du dollar<\/h4>\n<p>Par les cons\u00e9quences qu\u2019elle e\u00fbt sur les conditions de fonctionnement des environnements financiers et \u00e9conomiques dans chaque pays, la suppression de la convertibilit\u00e9 or du dollar de mani\u00e8re unilat\u00e9rale le 15 ao\u00fbt 1971 par le pr\u00e9sident Nixon fut le ph\u00e9nom\u00e8ne qui allait g\u00e9n\u00e9rer les changements les plus profonds dans le management, l\u2019organisation, les structures et la comp\u00e9tition des entreprises annon\u00e7ant l\u2019\u00e8re de la mondialisation des ann\u00e9es 1990. La logique du d\u00e9veloppement de ces cons\u00e9quences qui \u00e9merg\u00e8rent les unes apr\u00e8s les autres est simple \u00e0 mettre en \u00e9vidence.<\/p>\n<p>L\u2019in\u00e9vitable abandon, \u00e0 partir de 1973, du syst\u00e8me mon\u00e9taire international des changes fixes con\u00e7u \u00e0 Bretton-Woods en juillet 1944 provoqua la d\u00e9sorganisation du syst\u00e8me mon\u00e9taire international et le d\u00e9marrage d\u2019une inflation \u00e0 deux chiffres qui engendr\u00e8rent l\u2019explosion progressive des d\u00e9ficits publics ainsi que l\u2019effondrement de la monnaie internationale (le dollar) et des principaux march\u00e9s financiers. Nous en subissons encore aujourd\u2019hui les effets \u00e0 travers les d\u00e9sordres boursiers et les crises financi\u00e8res priv\u00e9es et souveraines que nous traversons.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me mon\u00e9taire international des changes fixes dans lequel toutes les monnaies \u00e9taient d\u00e9finies par rapport au dollar, lui-m\u00eame garanti par le stock d\u2019or de Fort Knox, \u00e9tait, selon James M. Buchanan, un \u00ab\u00a0syst\u00e8me mon\u00e9taire de visibilit\u00e9\u00a0\u00bb qui permettait de savoir sur l&rsquo;ensemble des march\u00e9s organis\u00e9s ce que valaient des entreprises comme Alcatel, La Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, Total, etc. mais aussi un baril de p\u00e9trole, une tonne de cuivre et autres mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me de visibilit\u00e9 servait aussi de structure d\u2019accueil aux \u00e9conomies \u00e9mergentes ou en transition. La premi\u00e8re t\u00e2che qui incombait \u00e0 chacune d\u2019elles \u00e9tait de stabiliser son taux de change vis-\u00e0-vis du dollar ou de l\u2019une des monnaies li\u00e9es \u00e0 celui-ci comme l\u2019Estonie qui avait choisi de rattacher sa monnaie au Deutschemark ou encore la C\u00f4te d\u2019Ivoire au franc. Un taux de change fixe par rapport au bloc dollar englobant la plus grande partie de l\u2019\u00e9conomie mondiale permettait aux pays en transition de jouir de la relative stabilit\u00e9 des prix que connaissaient les pays de l\u2019Ouest (d\u2019apr\u00e8s R. Mundell, prix Nobel de sciences \u00e9conomiques en 1999, lors d\u2019une conf\u00e9rence qu\u2019il a donn\u00e9e en 1997). Si le pays acceptait de r\u00e9gler, m\u00eame tr\u00e8s approximativement, l\u2019\u00e9mission de sa monnaie sur l\u2019\u00e9volution de sa balance des paiements en r\u00e9duisant sa masse mon\u00e9taire en cas de d\u00e9ficit et en l\u2019augmentant en cas d\u2019exc\u00e9dent, la pi\u00e8ce ma\u00eetresse en \u00e9tant l\u2019adoption d\u2019un taux de change fixe qui \u00e9tait par elle-m\u00eame la premi\u00e8re mesure d\u2019assainissement, l\u2019\u00e9quilibre ext\u00e9rieur \u00e9tait vite r\u00e9tabli, obtenant ainsi la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire en m\u00eame temps qu\u2019un assainissement financier<a title=\"\" href=\"#_ftn172\">[172]<\/a>. Dans ce syst\u00e8me mon\u00e9taire, un pays ne pouvait financer durablement un important d\u00e9ficit budg\u00e9taire, sauf lorsque des banques pourvues de liquidit\u00e9s \u00e0 leur discr\u00e9tion par l\u2019institut d\u2019\u00e9mission \u00e9taient pr\u00eates \u00e0 acheter des obligations du Tr\u00e9sor public et, donc, \u00e0 en soutenir le cours en cas de d\u00e9faillance momentan\u00e9e ou durable de la demande priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Il se trouve que, bien avant 1971, les Etats-Unis ne respectaient d\u00e9j\u00e0 plus ces deux points fondamentaux qu\u2019\u00e9taient l\u2019\u00e9quilibre ext\u00e9rieur assur\u00e9 par la politique mon\u00e9taire interne<a title=\"\" href=\"#_ftn173\">[173]<\/a> et l\u2019absence d\u2019acc\u00e8s du Tr\u00e9sor public \u00e0 la cr\u00e9ation mon\u00e9taire des banques<a title=\"\" href=\"#_ftn174\">[174]<\/a>, d\u00e9truisant par l\u00e0-m\u00eame l\u2019ordre mon\u00e9taire qu\u2019ils avaient r\u00e9tabli apr\u00e8s la Seconde Guerre Mondiale.<\/p>\n<p>L\u2019abandon du syst\u00e8me mon\u00e9taire international des changes fixes par les Am\u00e9ricains \u00e9tait alors in\u00e9vitable. La discipline des march\u00e9s financiers \u00a0d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s construite sur le syst\u00e8me de taux de changes flottants s\u2019est progressivement substitu\u00e9e aux m\u00e9canismes de la r\u00e9gulation mon\u00e9taire fond\u00e9e sur des taux de change fixes. L\u2019\u00e9clatement du syst\u00e8me des changes fixes nous fit passer dans un syst\u00e8me mon\u00e9taire enti\u00e8rement d\u00e9sorganis\u00e9 et \u00ab\u00a0sans visibilit\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire dans lequel les variations de prix, dans un sens et un autre, sont d&rsquo;une telle ampleur qu&rsquo;elles brouillent la notion m\u00eame de valeur. Des quantit\u00e9s consid\u00e9rables de liquidit\u00e9s furent disponibles sur le march\u00e9 et favoris\u00e8rent la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie ainsi que l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019endettement incitant les dirigeants des entreprises, notamment les grandes, \u00e0 profiter de l\u2019effet de levier dans leur choix de financement de leurs activit\u00e9s.<\/p>\n<p>En refusant de r\u00e9gler sa politique d\u2019\u00e9mission de monnaie sur le maintien de l\u2019\u00e9quilibre de la balance des paiements des Etats-Unis, la FED devint la plus grande machine \u00e0 inflation jamais cr\u00e9\u00e9e, provoquant une baisse pratiquement permanente du dollar sur les march\u00e9s des changes. Pour contrecarrer celle-ci et emp\u00eacher la valeur du dollar de diminuer en permanence, les banques centrales \u00e9trang\u00e8res en achet\u00e8rent sur leurs march\u00e9s des quantit\u00e9s croissantes qu\u2019elles entass\u00e8rent \u00e0 titre de r\u00e9serves.<\/p>\n<p>En 40 ans, depuis 1971, les r\u00e9serves mondiales accumul\u00e9es atteignent le montant fantastique de 7.100 milliards de dollars qui sont d\u00e9tenus sous forme de titres du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain<a title=\"\" href=\"#_ftn175\">[175]<\/a> soit presque 5 fois plus qu&rsquo;il y a dix ans et 158 fois plus qu\u2019en 1971. Elles mettent ainsi \u00e0 la disposition du syst\u00e8me bancaire et financier international d&rsquo;\u00e9normes quantit\u00e9s de liquidit\u00e9s qui ont servi de support \u00e0 une colossale expansion du cr\u00e9dit.<\/p>\n<p>En acceptant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la cr\u00e9ation mon\u00e9taire par les banques, on constata, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, que le Tr\u00e9sor am\u00e9ricain et A. Greenspan ont inaugur\u00e9 sur une \u00e9chelle encore jamais vue en temps de paix cette pratique des placements bancaires en obligations publiques. Les banques empruntaient de l\u2019argent \u00e0 court terme \u00e0 la FED \u00e0 un taux maximum de 3 % et achetaient aussit\u00f4t avec l\u2019argent ainsi obtenu des obligations du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain qui, au d\u00e9but, rapportaient 3 fois plus. Par ce moyen, ils sauv\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019appareil bancaire de la faillite. Avec les interventions massives pour soutenir le dollar sur les march\u00e9s des changes, c\u2019est l\u00e0 la deuxi\u00e8me source de l\u2019inflation mondiale qui est depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 syst\u00e9matiquement d\u00e9tourn\u00e9e vers les march\u00e9s financiers, notamment en provoquant un afflux permanent de capitaux \u00e0 Wall-Street, les banques d\u2019investissement et soci\u00e9t\u00e9s de \u00ab private equity \u00bb ainsi que les \u00ab\u00a0hedge funds\u00a0\u00bb regorgeant de liquidit\u00e9s qui leur permettent de nourrir l\u2019exub\u00e9rance boursi\u00e8re<a title=\"\" href=\"#_ftn176\">[176]<\/a>.<\/p>\n<p>Avec le syst\u00e8me des changes flottants, l&rsquo;\u00e9conomie mondialis\u00e9e s\u2019est trouv\u00e9e fragment\u00e9e en zones mon\u00e9taires distinctes favorisant la pratique n\u00e9faste du \u00ab carry trade \u00bb qui consiste \u00e0 emprunter \u00e0 des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat d\u00e9risoires, par exemple, des francs de l\u2019\u00e9poque pour financer des placements \u00e0 haut rendement libell\u00e9s en dollars malaisiens. De pareilles divergences de taux \u00e9taient inconcevables dans le monde int\u00e9gr\u00e9 par le syst\u00e8me de Bretton Woods. De plus, le syst\u00e8me financier ainsi mis en place, contrairement au syst\u00e8me mon\u00e9taire international de Bretton-Woods, n\u2019est pas une structure d\u2019accueil des \u00e9conomies \u00e9mergentes ou en transition d\u00e9sireuses de se convertir \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 car il n\u2019a pas vocation \u00e0 d\u00e9boucher sur un ordre mon\u00e9taire universel comme on a pu le constater, par exemple, en Russie o\u00f9 se d\u00e9veloppa une sp\u00e9culation sans pr\u00e9c\u00e9dent sur les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la dette publique, le financement de l\u2019\u00e9conomie en \u00e9tant la premi\u00e8re victime.<\/p>\n<p>Depuis 1973, les sommes en cause n\u2019arr\u00eatent pas d\u2019augmenter, les Etats \u00e9mettant des emprunts en continu en favorisant ainsi la volatilit\u00e9 des taux de change. Pour se couvrir contre celle-ci, d\u00e8s 1974 et 1975, des march\u00e9s organis\u00e9s sur instruments financiers<a title=\"\" href=\"#_ftn177\">[177]<\/a> allaient se d\u00e9velopper tr\u00e8s rapidement \u00e0 Chicago en premier. Ils serviront aussi pour lutter contre la volatilit\u00e9 des taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat et, enfin, contre l&rsquo;instabilit\u00e9 du cours des actions. C\u2019est sur leur mod\u00e8le que l\u2019on a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Paris, le 15 f\u00e9vrier 1986, le MATIF (March\u00e9 \u00e0 terme international de France) qui est un march\u00e9 de transactions concernant les actifs mon\u00e9taires ou financiers tels que les bons du Tr\u00e9sor, les obligations, les devises \u00e9trang\u00e8res, etc., et r\u00e9alisant le m\u00eame type de services que les bourses de commerce sur les mati\u00e8res premi\u00e8res et les produits agricoles comme le caf\u00e9, le sucre, le bl\u00e9, le soja, etc.<\/p>\n<p>Ces march\u00e9s de d\u00e9riv\u00e9s sont con\u00e7us pour permettre aux d\u00e9tenteurs d&rsquo;actifs de minimiser le risque dit de contrepartie que leur font courir les variations de taux de change et de taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Le probl\u00e8me qu\u2019ils posent est que, par leur fonctionnement, ils favorisent la sp\u00e9culation d\u00e9stabilisante par rapport \u00e0 la sp\u00e9culation stabilisante exerc\u00e9e normalement \u00e0 travers le jeu spontan\u00e9 du comptant et du terme<em>.<\/em><\/p>\n<p>Dans le cadre de la sp\u00e9culation stabilisante, entre l&rsquo;acheteur et le vendeur, s&rsquo;interpose l&rsquo;autorit\u00e9 du march\u00e9 qui ach\u00e8te au vendeur et vend \u00e0 l&rsquo;acheteur. L&rsquo;op\u00e9ration est ajust\u00e9e \u00e0 chaque s\u00e9ance dans les limites du d\u00e9p\u00f4t de garantie initiale qui ne repr\u00e9sente qu\u2019une fraction minime du risque encouru, le perdant devant verser le montant de l\u2019ajustement au gagnant. L&rsquo;effet de levier ainsi obtenu peut \u00eatre consid\u00e9rable\u00a0: vingt, cinquante, cent fois la mise de d\u00e9part. Cette pratique suppose que le perdant ne se d\u00e9robe pas, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019on accepte comme principe sa solvabilit\u00e9 ou son honorabilit\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour rendre quasi impossible cette \u00e9ventualit\u00e9 de non-paiement qu\u2019ensuite les march\u00e9s de d\u00e9riv\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s en portant, non plus directement sur le bien physique ou le titre sous-jacent, mais sur la \u00ab\u00a0volatilit\u00e9\u00a0\u00bb des cotations de ce bien ou de ce titre. Malheureusement, par cette pratique, ces march\u00e9s de d\u00e9riv\u00e9s ont absorb\u00e9 en les d\u00e9naturant et en modifiant leur finalit\u00e9 toute une s\u00e9rie de transactions indispensables pour le bon fonctionnement des march\u00e9s \u00e0 terme, des march\u00e9s d&rsquo;options d&rsquo;achat et de vente, et des op\u00e9rations traditionnelles de report qui ont donn\u00e9 naissance aux swaps. Les traders intervenant sur les march\u00e9s d\u00e9riv\u00e9s ont pris des positions tr\u00e8s sp\u00e9culatives en fabriquant des produits financiers \u00e0 fort effet de levier et g\u00e9n\u00e9rant de tels gains \u00e0 court terme qu\u2019ils rendaient inaudible tout argument mettant en \u00e9vidence le haut niveau de risque induit. La prise de risque s\u2019est alors \u00e9panouie sans entrave parce que les dirigeants ont sacrifi\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de leur entreprise pour r\u00e9aliser d\u2019\u00e9normes profits \u00e0 court terme dont ils \u00e9taient, parfois et en partie, les b\u00e9n\u00e9ficiaires. Ainsi, pour maximiser les possibilit\u00e9s de gain, les financiers oublient souvent qu\u2019un avoir n\u2019est liquide que s\u2019il transformable facilement en monnaie sans perte notable de valeur. Cette derni\u00e8re condition n\u2019est plus respect\u00e9e lorsque l\u2019on est amen\u00e9 \u00e0 confondre, par exc\u00e8s de confiance parce que les march\u00e9s financiers sont orient\u00e9s syst\u00e9matiquement \u00e0 la hausse, la \u00ab\u00a0n\u00e9gociabilit\u00e9\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0liquidit\u00e9\u00a0\u00bb, ce qui provoque la sous-estimation des risques pris et facilite l\u2019extension ind\u00e9finie de ces march\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>6.2.2.2 &#8211; L\u2019\u00e9mergence de nouveaux actionnaires<\/h4>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cette situation, l\u2019importance croissante dans l\u2019\u00e9conomie des fonds de pension et des investisseurs institutionnels, jug\u00e9s chaque ann\u00e9e sur le rendement de leurs op\u00e9rations et, de ce fait, beaucoup plus exigeants en termes d&rsquo;objectifs de rentabilit\u00e9 et plus actifs en termes d&rsquo;analyses strat\u00e9giques, oblig\u00e8rent les managers \u00e0 optimiser en permanence la valeur des actions de l\u2019entreprise, ce qui les amena \u00e0 confondre leur strat\u00e9gie financi\u00e8re avec la gestion op\u00e9rationnelle des activit\u00e9s. Face \u00e0 la pression tr\u00e8s forte des march\u00e9s financiers, ces nouveaux actionnaires exerc\u00e8rent une contrainte \u00e9conomique sur l&rsquo;entreprise en l&rsquo;obligeant \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer les capitaux propres qu\u2019ils apportaient. Leur l\u2019activisme, notamment celui des fonds de pension, obligea les dirigeants \u00e0 optimiser en permanence la valeur des actions de l\u2019entreprise par rapport aux objectifs de celle-ci. Pour l\u2019entreprise, c\u2019\u00e9tait une nouvelle contrainte qui apparaissait dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9mun\u00e9ration des capitaux propres n&rsquo;\u00e9tait plus consid\u00e9r\u00e9e comme un revenu r\u00e9siduel mais comme un imp\u00e9ratif fondamental. Il ne s&rsquo;agissait plus de cr\u00e9er de la valeur pour l&rsquo;actionnaire de mani\u00e8re sporadique mais de mani\u00e8re constante en cherchant \u00e0 maximiser la valeur actionnariale. En exigeant un taux de rentabilit\u00e9 minimum, les investisseurs financiers ont incit\u00e9 les dirigeants \u00e0 faire jouer l\u2019effet de levier favorisant le recours \u00e0 l\u2019endettement. Or, dans ces conditions, un dirigeant pouvait prendre des d\u00e9cisions d\u2019investissement non-conformes au meilleur int\u00e9r\u00eat des actionnaires parce qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e0 \u00ab\u00a0supporter\u00a0\u00bb le co\u00fbt des capitaux investis et parce qu\u2019il ne percevait aucune \u00ab\u00a0r\u00e9mun\u00e9ration\u00a0\u00bb en contrepartie de la valeur cr\u00e9\u00e9e pour eux. En cons\u00e9quence, les syst\u00e8mes de r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants bas\u00e9s sur les r\u00e9sultats pouvaient conduire \u00e0 une consommation excessive de capital tandis que ceux bas\u00e9s sur le taux de rentabilit\u00e9 des fonds propres \u00e9taient susceptibles d\u2019avoir l\u2019effet inverse, Pour apporter une solution au difficile probl\u00e8me pos\u00e9 par ce conflit latent entre les actionnaires et les dirigeants, les syst\u00e8mes de r\u00e9mun\u00e9ration de ceux-ci furent align\u00e9s sur des m\u00e9thodes d\u2019affectation des capitaux telles que l\u2019EVA<sup>\u00ae<a title=\"\" href=\"#_ftn178\">[178]<\/a><\/sup> dont l\u2019objet \u00e9tait d\u2019\u00e9valuer les performances de l\u2019entreprise, ce qui permit d\u2019adapter le fonctionnement de l&rsquo;entreprise sur la cr\u00e9ation de valeur pour les actionnaires.<\/p>\n<p>Le principe de ces m\u00e9thodes consiste \u00e0 consid\u00e9rer que les dirigeants sont assimilables \u00e0 des actionnaires en reliant une partie importante de leur r\u00e9mun\u00e9ration \u00e0 la valeur cr\u00e9\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn179\">[179]<\/a>. Ils peuvent, de ce fait, profiter d\u2019une partie de la valeur actionnariale qu\u2019ils cr\u00e9ent, ce qui doit les inciter en m\u00eame temps \u00e0 chercher \u00e0 en cr\u00e9er toujours plus.<\/p>\n<p>Pour cela, ces m\u00e9thodes \u00e9tablissent d\u2019abord un lien fondamental entre les performances de l\u2019entreprise et la cr\u00e9ation de valeur pour les actionnaires en retranchant du r\u00e9sultat op\u00e9rationnel (estim\u00e9 par le r\u00e9sultat courant avant imp\u00f4ts qui est charg\u00e9 d\u2019\u00e9valuer ces performances) le \u00ab\u00a0co\u00fbt\u00a0\u00bb repr\u00e9sent\u00e9 par le taux de rendement que ceux-ci auraient pu obtenir en pla\u00e7ant leurs capitaux ailleurs. Elles rapprochent la rentabilit\u00e9 op\u00e9rationnelle de l\u2019entreprise sur une certaine p\u00e9riode de l\u2019importance des capitaux investis pour obtenir ces r\u00e9sultats en \u00e9tablissant une certaine congruence entre les investissements projet\u00e9s par les dirigeants et les souhaits des actionnaires, de telle sorte que les actifs soient utilis\u00e9s au mieux pour ceux-ci\u00a0: les dirigeants sont ainsi amen\u00e9s \u00e0 prendre des d\u00e9cisions d\u2019investissement conformes \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat des actionnaires.<\/p>\n<p>Ensuite, elles \u00e9tablissent une relation entre ces projets d\u2019investissement et la r\u00e9mun\u00e9ration variable des dirigeants en supposant que celle-ci est fonction des b\u00e9n\u00e9fices g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, tout en \u00e9tant minor\u00e9e d\u2019un coefficient correspondant au co\u00fbt moyen pond\u00e9r\u00e9 du capital consomm\u00e9 pour les obtenir, ce qui freine leur propension \u00e0 consommer ce capital et les incite \u00e0 tenir compte du \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital investi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les tenants de ces m\u00e9thodes estiment pouvoir obliger les dirigeants \u00e0 n\u2019investir que dans les projets capables de cr\u00e9er de la valeur de mani\u00e8re durable. Par un transfert s\u00e9mantique des \u00ab\u00a0dirigeants\u00a0\u00bb sur \u00ab\u00a0l\u2019entreprise\u00a0\u00bb, il appara\u00eet que l\u2019objectif de celle-ci est donc de satisfaire en priorit\u00e9 les actionnaires en optimisant par la discipline de la maximisation du profit la valeur des actifs qui, finalement, leur reviennent. Le choix des actifs pour \u00e9tablir les taux-objectifs, r\u00e9pond \u00e0 l\u2019id\u00e9e que pour assurer le dynamisme de l&rsquo;\u00e9conomie et satisfaire l&rsquo;attente de l&rsquo;investisseur, il est n\u00e9cessaire de fixer d&rsquo;abord le \u00ab\u00a0besoin d&rsquo;investissement\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de d\u00e9penses. La question du financement, aussi importante soit-elle, ne vient qu&rsquo;en second. Du reste, selon l\u2019EVA<sup>\u00ae<\/sup>, il s&rsquo;agit \u00ab non pas d&rsquo;une d\u00e9cision \u00e9conomique, mais d&rsquo;une d\u00e9cision administrative \u00bb, cette m\u00e9thode rappelant celle du Tr\u00e9sor public\u00a0!<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb se trouve alors cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019entreprise en fonction des d\u00e9cisions prises par les dirigeants en relation avec la structure des capitaux disponibles.<\/p>\n<p>La notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb que d\u00e9velopp\u00e8rent Modigliani et Miller (1958) appara\u00eet comme \u00e9tant la pierre angulaire sur laquelle ces m\u00e9thodes sont construites.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>6.2.2.3 &#8211; Le r\u00f4le central du \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>Dans ce nouveau contexte \u00e9conomique, sp\u00e9culatif et propice \u00e0 l\u2019endettement, les dirigeants furent \u00ab\u00a0oblig\u00e9s\u00a0\u00bb d\u2019aligner le pilotage et l\u2019organisation de leurs entreprises sur l&rsquo;objectif de valeur actionnariale recherchant une rentabilit\u00e9 des capitaux investis sup\u00e9rieure au co\u00fbt de l\u2019ensemble des ressources financi\u00e8res mobilis\u00e9es, charg\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une relation \u00e9troite entre les d\u00e9cisions d\u2019investissement et les d\u00e9cisions de financement. Ce co\u00fbt est estim\u00e9 habituellement par le mod\u00e8le d\u2019\u00e9quilibre des actifs financiers (MEDAF) \u00e0 condition de supposer que le march\u00e9 des capitaux soit efficient<a title=\"\" href=\"#_ftn180\">[180]<\/a>. La valeur actionnariale est devenue le nouveau credo des dirigeants des grandes entreprises. Elle est aujourd\u2019hui le crit\u00e8re essentiel du march\u00e9 financier m\u00eame si, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, il semble que ce concept ait toujours exist\u00e9 dans l\u2019esprit des dirigeants des entreprises.<\/p>\n<p>Cette notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb est centrale dans la l\u00e9gitimation de celle de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb. Le capital et les dettes \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant de m\u00eame nature, la valeur marchande de l\u2019entreprise ne d\u00e9pend plus du tout de la composition des modes de financement, capitaux et emprunts, dont elle dispose, ce qui marque une rupture radicale avec la conception traditionnelle de la performance et modifie profond\u00e9ment la gouvernance, les dirigeants pouvant intervenir sur la structure du capital au moyen de l\u2019effet de levier. La th\u00e9orie positive de l&rsquo;agence (Jensen et Meckling, 1976) va fournir une l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 cette nouvelle gouvernance.<\/p>\n<p>Leur principal probl\u00e8me provient de l\u2019\u00e9valuation du capital mis \u00e0 la disposition de l\u2019entreprise. Normalement, le bilan constitue une source d\u2019informations concernant les valeurs des actifs existants. Malheureusement, en raison des nombreuses distorsions comptables, le total de l\u2019actif tel qu\u2019il figure au bilan ne correspond ni \u00e0 leur valeur de r\u00e9alisation, ni \u00e0 leur valeur de remplacement, ce qui oblige \u00e0 corriger tr\u00e8s finement toutes les valeurs du bilan. Les nouvelles normes comptables telles que les IAS 32 et 39 t\u00e9moignent de cette rupture dans les pratiques comptables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me probl\u00e8me important risque progressivement d\u2019\u00e9merger du fait que les dirigeants \u00e9tant assimil\u00e9s \u00e0 des actionnaires, c\u2019est la l\u00e9gitimit\u00e9 de ceux-ci qui se trouvera remise en cause \u00e0 plus ou moins long terme si cette situation perdure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>6.2.2.4 &#8211; Les mod\u00e8les financiers \u00e0 la base de ces nouvelles pratiques<\/h4>\n<p>Ces pratiques destin\u00e9es \u00e0 maximiser la valeur actionnariale ont pu se d\u00e9velopper parce que de nouveaux mod\u00e8les financiers, math\u00e9matiquement tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9s, ont donn\u00e9 l\u2019impression qu\u2019elles pouvaient \u00eatre porteuses d\u2019une esp\u00e9rance permanente de gain dans une \u00e9conomie financiaris\u00e9e. C\u2019est \u00e0 partir de 1980 que les mod\u00e8les de Modigliani et Miller, Markowitz, Gordon et Dyckman, Merton, Black et Scholes, Ross, Fama ont commenc\u00e9 \u00e0 servir de guides aux pratiques financi\u00e8res li\u00e9es au syst\u00e8me de taux de changes flottants.<\/p>\n<p>En partant du th\u00e9or\u00e8me du capital-valeur formul\u00e9 par Irving Fischer (1930)<a title=\"\" href=\"#_ftn181\">[181]<\/a>, Modigliani et Miller \u00e9nonc\u00e8rent en 1958 le th\u00e9or\u00e8me \u00e9ponyme constituant un des fondamentaux de la finance d&rsquo;entreprise moderne et affirmant que, dans un monde sans taxes, exon\u00e9r\u00e9 de co\u00fbts de transaction et sous l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;efficience des march\u00e9s, la valeur marchande de l&rsquo;actif \u00e9conomique n&rsquo;est pas affect\u00e9e par le choix d&rsquo;une structure de financement entre capitaux propres et dettes. Cela revenait \u00e0 dire que, par l\u2019acceptation de la notion d\u2019\u00ab\u00a0effet de levier\u00a0\u00bb, le capital poss\u00e9dait un \u00ab\u00a0co\u00fbt\u00a0\u00bb que les dirigeants pouvaient comparer \u00e0 celui de l\u2019endettement afin de choisir la meilleure combinaison possible de ces deux sources de financement. En 1963, ils adapt\u00e8rent ce th\u00e9or\u00e8me par l&rsquo;int\u00e9gration de la notion de la fiscalit\u00e9 des entreprises. Dans ce cadre l\u00e0, ils d\u00e9montr\u00e8rent que la valeur de l&rsquo;actif \u00e9conomique de l&rsquo;entreprise endett\u00e9e est \u00e9gale \u00e0 la valeur de l&rsquo;actif \u00e9conomique d&rsquo;une entreprise non endett\u00e9e major\u00e9e de la valeur actuelle de l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;imp\u00f4t li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9ductibilit\u00e9 fiscale des int\u00e9r\u00eats de la dette.<\/p>\n<p>En 1977, Miller int\u00e9gra dans le raisonnement, non seulement la notion de fiscalit\u00e9 des entreprises, mais aussi la fiscalit\u00e9 des particuliers investisseurs. Dans cette optique, il montra que la prise en compte de ces deux fiscalit\u00e9s permettait d&rsquo;aboutir aux m\u00eames conclusions que celles produites en 1958, \u00e0 savoir que la mani\u00e8re de financer un actif \u00e9conomique entre dettes et capitaux propres n&rsquo;avait pas d&rsquo;influence sur la valeur de cet actif \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Gordon et Dyckman (1964) mirent en \u00e9vidence la relation \u00e9troite entre les choix comptables d\u00e9cid\u00e9s par les dirigeants dans une optique de maximisation du profit et le contexte \u00e9conomique de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Merton (1973), en cherchant \u00e0 compl\u00e9ter la th\u00e9orie du portefeuille de Markowitz (1952) et en reprenant les travaux de Black et de Scholes, publia un article montrant que l\u2019on pouvait obtenir la stabilit\u00e9 d\u2019un portefeuille de titres en combinant, selon la proportion appropri\u00e9e, des op\u00e9rations de vente ou d\u2019achat sur les titres eux-m\u00eames et sur les options qui en sont des produits d\u00e9riv\u00e9s. Or, leur mod\u00e8le \u00e9tait fond\u00e9 sur l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une action qui ne donne aucun dividende entre le moment de l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;option et l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance de celle-ci, ce qui revenait \u00e0 nier l&rsquo;existence d&rsquo;un authentique march\u00e9 du capital et \u00e0 promouvoir comme crit\u00e8re d\u2019une bonne gestion la plus-value sp\u00e9culative sur le cours des titres.<\/p>\n<p>Ross (1977) montra, dans la continuit\u00e9 des travaux de Modigliani et Miller, que la cr\u00e9ation de valeur peut avoir deux origines possibles\u00a0: la ma\u00eetrise, partielle ou totale, de l\u2019environnement \u00e9conomique ou la production par le dirigeant d\u2019informations financi\u00e8res permettant d\u2019orienter le march\u00e9 financier en pr\u00e9sentant des comptes r\u00e9pondant aux attentes des investisseurs.<\/p>\n<p>Fama (1980) soutint l\u2019hypoth\u00e8se que la s\u00e9paration des \u00ab\u00a0fonctions\u00a0\u00bb de propri\u00e9t\u00e9 et de pouvoir pouvait se r\u00e9v\u00e9ler performante, la r\u00e9tribution variable du dirigeant, souvent mat\u00e9rialis\u00e9e par des stock-options, pouvant \u00eatre utilis\u00e9e comme vecteur de performance. Ainsi investis de ce \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb, les dirigeants, fournisseurs d\u2019informations financi\u00e8res, pourraient prendre des choix comptables d\u00e9finis qui leur permettraient d\u2019am\u00e9liorer la satisfaction de leurs int\u00e9r\u00eats et, en apparence tout-au-moins, celle des propri\u00e9taires de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>L\u2019application concr\u00e8te de ces mod\u00e8les justifiant le recours \u00e0 l\u2019endettement et \u00e0 la sp\u00e9culation ont pris leur essor \u00e0 partir de 1980 lorsque, pour se pr\u00e9munir contre le risque de rendement et de prix des actions mais aussi contre le risque des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, des \u00ab\u00a0analystes financiers certifi\u00e9s\u00a0\u00bb (des CFA) les ma\u00eetrisant parfaitement les ont traduites dans les entreprises (surtout financi\u00e8res). Ils ont commenc\u00e9 par souscrire des produits d\u00e9riv\u00e9s (swaps, options&#8230;) qui prenaient souvent la forme d\u2019options pouvant s\u2019acheter et se vendre sur un march\u00e9. Cela les a amen\u00e9 \u00e0 prendre des positions tr\u00e8s sp\u00e9culatives en fabriquant des produits financiers \u00e0 fort effet de levier et g\u00e9n\u00e9rant \u00e0 court terme des gains qui rendaient inaudible tout argument mettant en \u00e9vidence le haut niveau de risque induit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La prise de risque s\u2019est alors \u00e9panouie sans entrave parce que les dirigeants ont sacrifi\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de leur entreprise pour r\u00e9aliser d\u2019\u00e9normes profits dont ils \u00e9taient, parfois et en partie, les b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\n<p>Un nombre croissant de transactions financi\u00e8res se sont r\u00e9alis\u00e9es au moyen de ces produits d\u00e9riv\u00e9s qui, n&rsquo;ayant pas de co\u00fbt \u00e0 l&rsquo;origine, ne sont pas, dans le mod\u00e8le comptable traditionnel, comptabilis\u00e9s au bilan alors qu\u2019ils peuvent \u00eatre g\u00e9n\u00e9rateurs de pertes colossales comme nous l\u2019a montr\u00e9 l&rsquo;exp\u00e9rience r\u00e9cente. D\u2019ailleurs, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1980 aux Etats-Unis, les graves d\u00e9faillances d&rsquo;institutions financi\u00e8res avaient commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme \u00e9tant le r\u00e9sultat des limites du mod\u00e8le comptable traditionnel d\u2019\u00e9valuation au co\u00fbt historique. Celui-ci aurait montr\u00e9 son incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler en temps utile aux utilisateurs de l\u2019information comptable la situation financi\u00e8re des banques utilisant des produits d\u00e9riv\u00e9s (Barth, Landsman et Wahlen, 1995).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>6.2.2.5 \u2013 La substitution de la juste valeur au co\u00fbt historique<\/h4>\n<p>Les nouvelles pratiques financi\u00e8res n\u2019ont pu se d\u00e9velopper que parce que l\u2019information comptable a permis une pr\u00e9sentation des flux et des stocks qui donnaient \u00e0 croire que l\u2019entreprise pouvait savoir \u00e0 chaque instant ou presque, quelle \u00e9tait la valeur actionnariale cr\u00e9\u00e9e par rapport \u00e0 sa valeur sur les march\u00e9s des capitaux. Pour cela, certains r\u00e9f\u00e9rentiels comptables, notamment ceux qui privil\u00e9gient une conception partenariale de l\u2019entreprise, ont donn\u00e9 aux dirigeants une certaine permissivit\u00e9 dans le choix de leurs enregistrements afin de pouvoir pr\u00e9senter une information sur la valeur cr\u00e9\u00e9e conforme \u00e0 leurs attentes. C\u2019est, par exemple, ce que permettent les normes am\u00e9ricaines US GAAP aux Etats-Unis pour lesquelles la tenue des comptes, qui ne s\u2019inscrit pas sur des principes imp\u00e9ratifs mais sur un canevas de prescriptions et d&rsquo;interdits tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9s, rel\u00e8ve de la pratique et de l\u2019habilet\u00e9 de chacun, favorisant ainsi le d\u00e9veloppement de la comptabilit\u00e9 \u00ab\u00a0cr\u00e9ative\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0abusive accounting\u00a0\u00bb)<a title=\"\" href=\"#_ftn182\">[182]<\/a> autour de ce qui est interdit. Dans la mesure o\u00f9 la comptabilit\u00e9 cherche surtout \u00e0 \u00e9valuer la valeur de l&rsquo;entreprise ou son aptitude \u00e0 cr\u00e9er un profit, il semble logique pour les Am\u00e9ricains qu\u2019elle puisse \u00eatre utilis\u00e9e pour l\u00e9gitimer des d\u00e9cisions de gestion (qui ne sont pas toujours de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de toutes les parties prenantes\u00a0!). Il s\u2019agit d\u2019une pratique culturelle dont le point de d\u00e9part fut la crise de 1929.<\/p>\n<p>La crise de 1929, en montrant les insuffisances des informations pr\u00e9sent\u00e9es par les soci\u00e9t\u00e9s, a sensibilis\u00e9 le gouvernement et la profession comptable des Etats-Unis \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat et \u00e0 l\u2019urgence d\u2019un perfectionnement de la pratique comptable. Dans le nouvel environnement issu de cette crise, l\u2019entreprise \u00e9prouve un besoin accru d\u2019informations normalis\u00e9es nationales et internationales qui concernent en premier lieu la comptabilit\u00e9 et la finance. Au cours de la p\u00e9riode encadrant la Seconde Guerre Mondiale, deux mod\u00e8les comptables se sont d\u00e9velopp\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>un mod\u00e8le anglo-saxon s&rsquo;appuyant sur un ensemble de normes \u00e9labor\u00e9es par des professionnels, notamment en Grande Bretagne et aux \u00c9tats-Unis tels que les US\u00a0GAAP (\u00ab\u00a0United States Generally Accepted Accounting Principles\u00a0\u00bb soit\u00a0: \u00ab\u00a0Principes comptables g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9s\u00a0\u00bb) am\u00e9ricains\u00a0: c\u2019est d\u2019abord aux Etats-Unis qu\u2019une normalisation comptable a \u00e9t\u00e9 mise en place par la profession comptable en 1939 sous l\u2019\u00e9gide du Committee on Accounting Procedures (CAP) de l\u2019AICPA. Cette organisation a ensuite pris son ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de la profession comptable en devenant en 1973 le Financial Accounting Standards Board (FASB) qui est l\u2019organe principal parmi les trois constituant le dispositif de normalisation am\u00e9ricain, les deux autres \u00e9tant la Financial Accounting Foundation (FAF) et le Financial Accounting Standards Advisory Council (FASAC),<\/li>\n<li>un mod\u00e8le continental s&rsquo;appuyant sur des plans comptables \u00e9dict\u00e9s par les pouvoirs publics. La France a \u00e9t\u00e9 promoteur dans ce domaine, par la cr\u00e9ation par le d\u00e9cret 46-619 du 4 avril 1946 de la Commission de normalisation des comptabilit\u00e9s et par l&rsquo;approbation par l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 du 18 septembre 1947 d&rsquo;un Plan comptable g\u00e9n\u00e9ral souvent appel\u00e9 \u00ab\u00a0PCG 47\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le FASB pr\u00e9pare et d\u00e9finit les US GAAP en vigueur aux Etats-Unis, chacune de ces r\u00e8gles \u00e9tant appel\u00e9e Financial Accouting Standards (FAS) suivie d\u2019un num\u00e9ro d\u2019identification. Comme g\u00e9n\u00e9ralement en mati\u00e8re de normes aux Etats Unis et en particulier de normes juridiques, il s\u2019agit de solutions pragmatiques \u00e0 des probl\u00e8mes pos\u00e9s factuellement. Un cadre conceptuel\u00a0 (\u00ab\u00a0<em>conceptual framework<\/em>\u00a0\u00bb) form\u00e9 de six textes publi\u00e9s entre 1978 et 1985, a cependant servi de base de d\u00e9part. Il s\u2019agit de d\u00e9finir \u00ab\u00a0un syst\u00e8me coh\u00e9rent d\u2019objectifs et de principes fondamentaux li\u00e9es entre eux, susceptibles de conduire \u00e0 des normes solides et d\u2019indiquer la nature, le r\u00f4le et les limites de la comptabilit\u00e9 et des \u00e9tats financiers\u00a0\u00bb. La fonction de la comptabilit\u00e9 comme comptabilit\u00e9 financi\u00e8re est donc clairement affirm\u00e9e et aux Etats-Unis.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rents scandales des ann\u00e9es 1980 ont amen\u00e9 \u00e0 une remise en cause, tant des modalit\u00e9s de contr\u00f4le de gestion des dirigeants que des modalit\u00e9s de contr\u00f4le par les auditeurs. Le d\u00e9veloppement de comit\u00e9s divers, dont ceux d\u2019audit, a alors \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme une solution aux probl\u00e8mes. Vingt ans plus tard, l\u2019affaire Enron, entre autres, a d\u00e9montr\u00e9 que ces m\u00e9canismes purement formels ne fonctionnaient pas encore de fa\u00e7on satisfaisante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au regard de cette \u00e9volution, nous pouvons constater que si la comptabilit\u00e9 cherche surtout \u00e0 \u00e9valuer la valeur de l&rsquo;entreprise ou son aptitude \u00e0 cr\u00e9er un profit, elle peut alors \u00eatre utilis\u00e9e pour l\u00e9gitimer des d\u00e9cisions de gestion qui ne sont \u00a0pas toujours de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de toutes les parties prenantes, d&rsquo;o\u00f9 les scandales financiers et comptables d&rsquo;Enron, de WorldCom, de Parmalat, etc. Ces pratiques rel\u00e8vent essentiellement d\u2019une comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative qui permet aussi parfois aux conseils en finance d\u2019embellir les \u00e9tats financiers des groupes par des montages \u00ab d\u00e9consolidant \u00bb visant \u00e0 sortir des bilans des actifs ou des passifs tout en continuant \u00e0 les contr\u00f4ler par des m\u00e9thodes de titrisations, \u00ab special purpose vehicule \u00bb ou encore de ventes \u00ab lease-back \u00bb, par exemple.<\/p>\n<p>Or, les normes comptables devraient permettre de limiter l&rsquo;ampleur de ces pratiques pour que les \u00e9tats financiers pr\u00e9sent\u00e9s aux investisseurs continuent \u00e0 repr\u00e9senter une certaine r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique du groupe. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019utiliser les prix sur les march\u00e9s lorsque ceux-ci sont efficients ou des mod\u00e8le d\u2019actualisation dans le cas contraire pour \u00e9valuer l\u2019entreprise et ses composantes en juste valeur au d\u00e9triment du co\u00fbt historique. L\u2019argument suppl\u00e9mentaire \u00e9tant que les dirigeants ne pouvaient pas manipuler les prix de march\u00e9, ce qui limitait le risque d\u2019une comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative.<\/p>\n<p>La comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative est pourtant souvent consid\u00e9r\u00e9e comme un mal n\u00e9cessaire. Par exemple, l&rsquo;appr\u00e9ciation du risque pour \u00e9valuer la valeur de l&rsquo;entreprise est n\u00e9cessaire mais souvent subjective et, ceci, m\u00eame avec l&rsquo;utilisation de techniques traditionnelles qui jouent un r\u00f4le important dans la stabilisation du contexte de financement international. Les grandes entreprises europ\u00e9ennes ont d&rsquo;ailleurs longtemps souffert de devoir amortir syst\u00e9matiquement leur Goodwill<a title=\"\" href=\"#_ftn183\">[183]<\/a> car cela diminuait artificiellement leurs profits contrairement aux normes comptables aux \u00c9tats-Unis. Mais la comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative a aussi un co\u00fbt. Le calcul du r\u00e9sultat fiscal peut impliquer une double comptabilisation si celle-ci ne correspond pas \u00e0 la comptabilit\u00e9 impos\u00e9e par le fisc. De plus, la bonne nouvelle provoqu\u00e9e par une comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative devra toujours \u00eatre pay\u00e9e fiscalement un jour.<\/p>\n<p>Il existe ainsi partout dans le monde d\u00e9velopp\u00e9 des proc\u00e9dures de normalisation mais elles sont diff\u00e9rentes selon les pays. Dans certains d&rsquo;entre eux, et notamment dans les pays europ\u00e9ens, la comptabilit\u00e9 fait l&rsquo;objet d&rsquo;une r\u00e9glementation des pouvoirs publics. En France, les normes comptables sont fix\u00e9es par le Code de commerce et par des r\u00e8glements du Comit\u00e9 de la r\u00e9glementation comptable, homologu\u00e9s par arr\u00eat\u00e9s minist\u00e9riels. Dans d&rsquo;autres pays, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9, et notamment dans les pays anglo-saxons, des normes comptables ponctuelles s&rsquo;appliquant \u00e0 chacun des principaux probl\u00e8mes pris isol\u00e9ment sont \u00e9labor\u00e9es par les professionnels de la comptabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette diversit\u00e9 de normes fait que les \u00e9tats financiers de diff\u00e9rents pays sont difficilement comparables.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des valeurs comptables et financi\u00e8res constat\u00e9es rel\u00e8ve de plusieurs causes qui ont toutes trait \u00e0 la culture du pays o\u00f9 elles ont cours puisque c\u2019est lui qui d\u00e9finit la mani\u00e8re dont la comptabilit\u00e9 est con\u00e7ue et utilis\u00e9e. Pourtant, toutes ces comptabilit\u00e9s sont certifi\u00e9es comme \u00ab\u00a0vraies\u00a0\u00bb par les commissaires aux comptes dans chaque pays, \u00e0 l\u2019issue des audits comptables et financiers qu\u2019ils m\u00e8nent r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la comptabilit\u00e9 est un langage national qui est le reflet des pratiques sociales dans chaque pays. A ce titre, elle est parfois codifi\u00e9e comme en France et en Allemagne, ou alors simplement constat\u00e9e comme dans les pays anglo-saxons,<\/li>\n<li>la comptabilit\u00e9 est adapt\u00e9e \u00e0 la l\u00e9gislation fiscale en Europe continentale alors qu\u2019elle ind\u00e9pendante (d\u00e9connect\u00e9e) de la fiscalit\u00e9 au Royaume-Uni et eux Etats-Unis,<\/li>\n<li>en France, la comptabilit\u00e9 est patrimoniale, ce qui fait qu\u2019\u00e0 l\u2019actif du bilan, c\u2019est la notion de propri\u00e9t\u00e9 qui pr\u00e9vaut alors que dans les pays anglo-saxons c\u2019est celle d\u2019utilisation du bien,<\/li>\n<li>les \u00e9tats financiers ne sont pas \u00e9labor\u00e9s pour les m\u00eame cat\u00e9gories d\u2019utilisateurs\u00a0: en Europe continentale, il s\u2019agit de tous les partenaires (que l\u2019on appelle \u00ab\u00a0stakeholders\u00a0\u00bb) alors que dans les payas anglo-saxons, il s\u2019agit exclusivement des actionnaires (que l\u2019on appelle \u00ab\u00a0shareholders\u00a0\u00bb).<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le sch\u00e9ma suivant montre bien les diff\u00e9rentes influences qui aboutissaient \u00e0 des normalisations comptables diff\u00e9rentes d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Colloque IAS \u2013 Septembre 2004<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, les investisseurs ont besoin d&rsquo;avoir une image aussi exacte que possible des entreprises pour qu\u2019ils puissent comparer les informations comptables dans le temps et dans l\u2019espace et ainsi choisir en connaissances de cause celles dans lesquelles ils investiront leur \u00e9pargne. Pour cela, il faut concevoir les m\u00e9thodes de tenue comptable en vue d\u2019am\u00e9liorer l\u2019image fid\u00e8le et r\u00e9aliste qui devrait \u00eatre apport\u00e9e par les \u00e9tats financiers et permettant, en m\u00eame temps une meilleure compr\u00e9hension des comptabilit\u00e9s, ce qui faciliterait leur contr\u00f4le mais aussi leur consolidation. Il en est de m\u00eame pour une entreprise qui cherche \u00e0 s\u2019implanter \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ou qui veut diminuer le co\u00fbt d\u2019\u00e9tablissement de ses \u00e9tats financiers ou encore qui envisage d\u2019avoir recours aux capitaux \u00e9trangers. En outre, une soci\u00e9t\u00e9 cot\u00e9e sur plusieurs march\u00e9s financiers doit \u00e9tablir ses comptes selon des normes diff\u00e9rentes, ce qui est co\u00fbteux et peut engendrer des confusions.<\/p>\n<p>Pour parvenir \u00e0 cela et limiter ainsi l\u2019impact de la diversit\u00e9 des pratiques comptables, s\u2019est impos\u00e9e progressivement l\u2019id\u00e9e d\u2019une harmonisation comptable internationale. On constate d\u2019ailleurs que l&rsquo;\u00e9lan en faveur de l&rsquo;\u00e9tude et de la diffusion de normes internationales pour l&rsquo;\u00e9tablissement des comptes a toujours \u00e9t\u00e9 suscit\u00e9 par les crises financi\u00e8res successives. Ainsi, les premiers efforts men\u00e9s dans ce sens ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s d\u00e8s les ann\u00e9es trente, en particulier aux \u00c9tats Unis. En Grande-Bretagne en 1935, \u00e0 l&rsquo;initiative de plusieurs membres de la London School of Economics et de quelques praticiens, fut cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;ARA, Accounting Research Association et en 1942, l&rsquo;ICAEW (Institute of Chartered Accountants in England and Wales) cr\u00e9a un Taxation and Financial Relations Committee qui pr\u00e9senta un ensemble de projets de normes (guidances) qui furent soumis au Conseil de l&rsquo;Institut. La suppression du syst\u00e8me de Bretton-Woods en 1971 et les cons\u00e9quences qui s\u2019en sont suivies allaient provoquer le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne de recherche d\u2019une v\u00e9ritable normalisation comptable internationale. Les normes comptables US GAAP des Etats-Unis ayant une importance internationale dominante en raison de l&rsquo;influence \u00e9conomique et financi\u00e8re de ce pays, celui-ci n\u2019avait pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 les modifier, c&rsquo;est donc l\u2019Union europ\u00e9enne qui s&rsquo;est impos\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame l&rsquo;usage de r\u00e8gles comptables uniformes dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de d\u00e9livrer une meilleure information financi\u00e8re. Elle a pris cette d\u00e9cision pour mettre un terme \u00e0 une situation o\u00f9 les groupes cot\u00e9s appliquaient de mani\u00e8re partielle des r\u00e8gles comptables emprunt\u00e9es \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rentiels nationaux diff\u00e9rents, mettant fin ainsi \u00e0 une d\u00e9marche anarchique de choix et d&rsquo;application des instruments qui portait pr\u00e9judice \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 des march\u00e9s financiers.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par les quatre grands cabinets comptables et d&rsquo;audits install\u00e9s dans les deux grandes places financi\u00e8res du monde, New-York et Londres, la charte de cr\u00e9ation d&rsquo;un organisme international, l\u2019IASC ou Comit\u00e9 des normes comptables internationales (International Accounting Standards Committee), de 1973 \u00e0 2001, dont l\u2019objet \u00e9tait de mettre en forme des standards comptables de base qui seraient accept\u00e9s dans le monde entier et appel\u00e9s IAS (International Accounting Standards). Elle a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e \u00e0 Londres le 29 juin 1973, par les repr\u00e9sentants des principales organisations comptables d&rsquo;Australie, du Canada, de France (l&rsquo;Ordre des experts-comptables et des comptables agr\u00e9\u00e9s), d&rsquo;Allemagne, du Japon, du Mexique, des Pays-Bas, de Grande-Bretagne, d&rsquo;Irlande et des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Contrairement aux US GAAP, les normes IAS (principe du \u00ab\u00a0true and fair view\u00a0\u00bb) ne sont pas fond\u00e9es essentiellement sur des principes, ce qui limite les possibilit\u00e9s, lorsqu\u2019elles sont appliqu\u00e9es, de mettre en \u0153uvre des \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9s cr\u00e9atives\u00a0\u00bb. Les normes IAS, produites par l\u2019IASC, auraient pu conna\u00eetre une large diffusion dans le monde. Elles auraient pu \u00eatre adopt\u00e9es par bon nombre de pays en d\u00e9veloppement dont les r\u00e9f\u00e9rentiels comptables sont faibles, par des ex-pays de l&rsquo;Est soucieux de se rapprocher des standards occidentaux et par l&rsquo;Europe. Pour faciliter cela, l\u2019IASC a pris un accord en juillet 1995 avec l&rsquo;IOSCO (International Organisation of Securities Commission) ou OICV (Organisation Internationale des Commissions de Valeurs) pour qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avenir, entre 1995 et 2000, apr\u00e8s la r\u00e9vision des normes IAS existantes, les entreprises dont les \u00e9tats financiers seront conformes aux normes comptables internationales n&rsquo;auront plus \u00e0 retraiter leurs comptes pour \u00eatre cot\u00e9s en bourse, m\u00eame aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Toutefois, les normes US GAAP sont connues et g\u00e9n\u00e9ralement admises dans le monde. A l&rsquo;international, elles sont devenues n\u00e9cessaires en raison de la mondialisation des march\u00e9s financiers. Les comparaisons internationales des comptes des entreprises dont les titres sont trait\u00e9s sur les march\u00e9s financiers mondiaux, exigent que ces comptes soient \u00e9tablis selon des r\u00e8gles identiques. La SEC n&rsquo;a donc, <em>a priori<\/em>, aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 obliger les entreprises am\u00e9ricaines \u00e0 abandonner les normes US GAAP au profit des normes IAS, d&rsquo;autant plus que sur les 13 000 soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es aux U.S.A. seulement environ un millier sont d&rsquo;origine \u00e9trang\u00e8re et publient d\u00e9j\u00e0 leurs \u00e9tats financiers selon les normes am\u00e9ricaines. Ceci a constitu\u00e9 un handicap tr\u00e8s important pour la diffusion mondiale des normes IAS. Bien que celles-ci ne soient pas v\u00e9ritablement d&rsquo;essence europ\u00e9enne, il appara\u00eet qu\u2019\u00e0 leur lecture, elles soient fortement inspir\u00e9es par les r\u00e8gles comptables britanniques et am\u00e9ricaines, compte tenu notamment des march\u00e9s financiers anglo-saxons, comme le prouve la construction d\u2019un cadre conceptuel par l\u2019IASC en 1989 et le d\u00e9veloppement du concept de \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb \u00e0 partir de 1991.<\/p>\n<p>En 1989, l\u2019IASC a adopt\u00e9 un cadre conceptuel (<em>Framework for the preparation and presentation of financial statements<\/em>) limit\u00e9 aux \u00e9tats financiers. Il assigne pour objet aux comptes de fournir une information sur la situation financi\u00e8re, la performance et l\u2019\u00e9volution de la situation financi\u00e8re de l\u2019entreprise de fa\u00e7on \u00e0 ce que les utilisateurs potentiels puissent prendre des d\u00e9cisions \u00e9conomiques. Sept cat\u00e9gories d\u2019utilisateurs potentiels sont indiqu\u00e9es\u00a0: les investisseurs, les salari\u00e9s, les pr\u00eateurs, les fournisseurs et autres cr\u00e9anciers, les clients, les gouvernements et administrations et le public. Cependant aucune adaptation n\u2019est pr\u00e9vue pour que la nature et la pr\u00e9sentation des comptes annuels soient modul\u00e9es pour les besoins sp\u00e9cifiques des utilisateurs. Les crit\u00e8res de constatation sont bas\u00e9s sur les probabilit\u00e9s d\u2019avantages \u00e9conomiques futurs compris dans les \u00e9l\u00e9ments (actifs, passif, charges, produits) entrant ou sortant de l\u2019entreprise ou s\u2019il existe un syst\u00e8me de mesure fiable. Le capital est d\u00e9fini \u00e0 travers deux notions, celle de maintien du capital financier et celle de maintien du capital physique.<\/p>\n<p>A partir de 1991 l\u2019IASC a d\u00e9velopp\u00e9 le concept de \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb\u00a0 (\u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb) qui est au c\u0153ur des normes IASC 32 et IAS 39 sur les instruments financiers. Ces normes ont pour objet de traiter le probl\u00e8me des instruments financiers, sujet consid\u00e9rable qui a fait notamment l\u2019objet aux Etats Unis de la norme FAS 133 sur les produits d\u00e9riv\u00e9s et les instruments de couverture (\u00ab\u00a0<em>Accounting for derivative instruments and hedging activitIes<\/em>\u00a0\u00bb). Il s\u2019agit de couvrir tant les instruments classiques du bilan que les instruments qui sont \u00e0 l\u2019heure actuelle comptabilis\u00e9s hors bilan tels que\u00a0 contrats \u00e0 terme, swaps ou options. L\u2019id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 que la comptabilisation au co\u00fbt historique n\u2019\u00e9tait pas adapt\u00e9e \u00e0 tous les instruments financiers. Les produits d\u00e9riv\u00e9s\u00a0 n\u2019ont pas au d\u00e9part de co\u00fbt. L\u2019IASC a consid\u00e9r\u00e9 que la notion de \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb) selon la m\u00e9thode du \u00ab marked to market \u00bb (align\u00e9 sur le march\u00e9) \u00e9tait plus appropri\u00e9e, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0 le \u00a0prix auquel un actif pourra \u00eatre \u00e9chang\u00e9, ou un passif r\u00e9gl\u00e9, entre des parties comp\u00e9tentes n\u2019ayant aucun lien de d\u00e9pendance et agissant en toute libert\u00e9\u00a0\u00bb. Le cours du march\u00e9 fait foi\u00a0: il est, par lui-m\u00eame, la \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb. Au cas o\u00f9 il n&rsquo;y a pas de march\u00e9 digne de ce nom, on d\u00e9termine la juste valeur en raisonnant comme si il y en avait un. Ainsi, il appara\u00eet que les normes comptables US GAAP manifestent la rupture entre l\u2019\u00e9conomie de stock cherchant \u00e0 reconstituer p\u00e9riodiquement le stock historique de capital et l\u2019\u00e9conomie de flux cherchant \u00e0 manipuler des flux de tr\u00e9sorerie pour accro\u00eetre la plus-value des actionnaires (shareholder value). L\u2019histoire r\u00e9cente nous montre que les entreprises disposant de liquidit\u00e9s vont consacrer ces derni\u00e8res au rachat de leurs propres actions, les d\u00e9tournant ainsi de l&rsquo;investissement et de la recherche de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s tout en d\u00e9truisant une partie de son capital<a title=\"\" href=\"#_ftn184\">[184]<\/a>.<\/p>\n<p>La \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb qui peut \u00eatre la valeur de march\u00e9 \u00ab\u00a0market to market\u00a0\u00bb et qui est aussi incorpor\u00e9e dans le FAS 133, constitue le principal v\u00e9hicule des modifications comptables amorc\u00e9es par l\u2019IASB. Malgr\u00e9 la volont\u00e9 de l\u2019IASC de faire tendre les normes IAS vers les US GAAP, le handicap par rapport \u00e0 celles-ci \u00e9tait d\u2019autant plus important que, dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990, quand Wall-Street \u00e9tait tr\u00e8s euphorique, les grands groupes europ\u00e9ens n&rsquo;avaient qu&rsquo;une seule id\u00e9e en t\u00eate\u00a0: \u00eatre c\u00f4t\u00e9s \u00e0 New York. Pour cela, ils ont trouv\u00e9 que l\u2019IASC serait bien pratique. Le mot d&rsquo;ordre \u00e9tait qu&rsquo;il fallait que l\u2019IASC adopte au plus vite les normes am\u00e9ricaines. Enron \u00e9tait alors l\u2019entreprise favorite de r\u00e9f\u00e9rence. Par obligation, ces groupes, comme ce fut le cas pour Vivendi par exemple, tenaient une double comptabilit\u00e9, une selon les normes \u00ab\u00a0europ\u00e9ennes\u00a0\u00bb et une autre selon celles de l\u2019US GAAP. Ils souhaitaient vivement que toutes ces normes soient unifi\u00e9es. C\u2019est en partie pour cela qu\u2019en 2001, l&rsquo;IASC, dont l&rsquo;influence s&rsquo;\u00e9tait accrue dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, s&rsquo;est r\u00e9form\u00e9 et une nouvelle organisation s&rsquo;est mise en place. Elle est compos\u00e9e notamment d&rsquo;une fondation IASC inscrite sur les registres de l&rsquo;Etat du Delaware et d&rsquo;un nouveau conseil d\u00e9nomm\u00e9 IASB (International Accounting Standards Board) qui a chang\u00e9 l\u2019appellation des IAS afin qu\u2019elles deviennent des \u00ab\u00a0normes de publication de l&rsquo;information financi\u00e8re\u00a0\u00bb appel\u00e9es International Financial Reporting Standards<em> <\/em>(IFRS) et dont l&rsquo;application est conseill\u00e9e aux entreprises du monde entier. Avec les\u00a0 IFRS, l\u2019information n\u2019est plus v\u00e9ritablement comptable, terme qui n\u2019appara\u00eet pas dans la d\u00e9nomination IFRS. Son objet est principalement financier comme l\u2019indique l\u2019introduction du \u00ab\u00a0F\u00a0\u00bb dans l\u2019acronyme IFRS, \u00e0 destination des march\u00e9s financiers et, donc, des investisseurs. L&rsquo;IASB, dont la Commission europ\u00e9enne valide en g\u00e9n\u00e9ral les propositions de r\u00e9forme, si\u00e8ge \u00e0 Londres. C\u2019est un organisme, th\u00e9oriquement ind\u00e9pendant, auquel la Commission europ\u00e9enne a sous-trait\u00e9 la t\u00e2che de concevoir une nouvelle comptabilit\u00e9 comparable \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine pour les soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es de l&rsquo;Europe \u00e9largie.<\/p>\n<p>Son r\u00f4le est double\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>d\u2019une part, formuler et publier dans l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral les normes comptables \u00e0 observer pour la pr\u00e9sentation des \u00e9tats financiers puis de promouvoir leur acceptation et leur application dans le monde,<\/li>\n<li>d\u2019autre part, travailler de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration et \u00e0 l\u2019harmonisation des r\u00e9glementations, normes comptables et proc\u00e9dures relatives \u00e0 la pr\u00e9sentation des \u00e9tats financiers.<\/li>\n<\/ul>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9part, son ambition a \u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9valuer \u00e0 leur \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb le plus grand nombre possible de postes de l&rsquo;actif et du passif des bilans selon la m\u00e9thode du \u00ab\u00a0marked to market\u00a0\u00bb. Pour justifier ce choix, la notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb qui fut utilis\u00e9e vient jeter un doute sur le respect des caract\u00e9ristiques du mod\u00e8le comptable en co\u00fbts historiques. Cela, d\u2019autant plus, qu\u2019en raison de nombreuses distorsions comptables, le total de l\u2019actif tel qu\u2019il figure au bilan ne correspond ni \u00e0 la valeur de r\u00e9alisation des actifs, ni \u00e0 leur valeur de remplacement, ce qui oblige \u00e0 le corriger tr\u00e8s finement. En effet, la logique m\u00eame de la th\u00e9orie positive de l\u2019agence conduit \u00e0 pr\u00e9coniser une information comptable bas\u00e9e sur des donn\u00e9es non susceptibles d\u2019\u00eatre affect\u00e9es par les d\u00e9cisions comptables des dirigeants. Cela impose que les \u00e9valuations des \u00e9l\u00e9ments d\u2019actifs reposent le plus possible sur des \u00e9valuations de march\u00e9 et non sur un co\u00fbt historique amorti et que, dans le m\u00eame temps, la performance de l\u2019entreprise soit appr\u00e9ci\u00e9e non pas au travers d\u2019agr\u00e9gats comptables sur lesquels le management peut avoir prise mais au contraire sur des indicateurs de liquidit\u00e9, lesquels offrent une meilleure garantie aux apporteurs de capitaux. C\u2019est ce que propose l\u2019EVA<sup>\u00ae <\/sup>qui \u00e9value les firmes \u00e0 partir d\u2019une logique de liquidit\u00e9 s\u2019inscrivant dans une coh\u00e9rence d\u2019ensemble avec certaines prescriptions des normes IFRS fond\u00e9es sur la valorisation des actifs \u00e0 la valeur de march\u00e9. Une telle coh\u00e9rence doit \u00eatre reli\u00e9e \u00e0 une analyse en termes de basculement conventionnel conduisant \u00e0 mettre en relief l\u2019influence des attentes des apporteurs de ressources externes sur la constitution et l\u2019\u00e9volution de l\u2019information comptable.<\/p>\n<p>Les nouvelles normes comptables telles que les IAS 32 et 39 t\u00e9moignent de cette rupture dans les pratiques comptables qui consistent \u00e0 abandonner le co\u00fbt historique comme base des \u00e9valuations au profit de la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>6.2.3 \u2013 La juste valeur et la modification de la conception de l\u2019entreprise<\/h3>\n<p>Avec la vision actionnariale de la gouvernance, on cherche \u00e0 obtenir des bilans en valeurs actuelles comme dans la phase statique de la comptabilit\u00e9 au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle mais, contrairement \u00e0 elle, la perspective de liquidation de l\u2019entreprise n\u2019est pas retenue\u00a0: les entreprises se transforment et se recomposent, leur gouvernance aussi. Elles sont con\u00e7ues comme des paniers d\u2019activit\u00e9s relativement autonomes pouvant faire l\u2019objet d\u2019\u00e9changes sur le march\u00e9 financier, au m\u00e9pris de la prise en compte des autres parties prenantes \u00e0 l\u2019activit\u00e9 (Chiapello, 2008). Le changement de d\u00e9nomination des normes, qui de \u00ab\u00a0comptables\u00a0\u00bb (IAS) deviennent \u00ab\u00a0financi\u00e8res\u00a0\u00bb (IFRS), constitue une r\u00e9volution qui modifie l\u2019orientation de la pratique de la comptabilit\u00e9 depuis ses origines car elle n\u2019est plus au service du d\u00e9veloppement \u00e9conomique fond\u00e9 sur l\u2019activit\u00e9 industrielle et commerciale mais au service des march\u00e9s financiers. Pourtant, ce mod\u00e8le contractualiste actionnarial qui l\u00e9gitime le pouvoir ultime des actionnaires dans l\u2019entreprise, est en totale contradiction avec les discours et les pratiques manag\u00e9riales qui mettent l\u2019accent, dans le cadre d\u2019une conception institutionnaliste et partenariale des entreprises, sur les responsabilit\u00e9s soci\u00e9tales (Capron, 2006).<\/p>\n<p>Ainsi, la gouvernance traditionnelle destin\u00e9e \u00e0 servir la cr\u00e9ation de valeur actionnariale pr\u00e9sente des limites. En se fondant sur la th\u00e9orie de l\u2019agence et en privil\u00e9giant la relation entre les dirigeants et les actionnaires, la maximisation de la valeur actionnariale \u00e0 court terme se fait souvent sur un plan pratique au d\u00e9triment du potentiel humain. Cette vision r\u00e9ductrice de la performance con\u00e7ue uniquement dans sa dimension financi\u00e8re a conduit au mod\u00e8le de cr\u00e9ation de valeur partenariale qui se fonde sur la th\u00e9orie des parties prenantes. Au plan th\u00e9orique, cette approche par les parties prenantes s&rsquo;inscrit, comme celle par les propri\u00e9taires, dans la th\u00e9orie de l&rsquo;agence. Cette conception de la valeur \u00e9largie aux diff\u00e9rents stakeholders veut mettre en \u00e9vidence le fait que la cr\u00e9ation de valeur ne r\u00e9sulte pas seulement de l\u2019apport de capitaux par les actionnaires mais des efforts conjugu\u00e9s de tous les partenaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h1>Chapitre\u00a07\u00a0\u2013\u00a0Conceptualisation du co\u00fbt historique par l\u2019introduction du principe de continuit\u00e9 de l\u2019exploitation et \u00e9mergence de l\u2019entreprise comme organisation<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La d\u00e9finition de l\u2019entreprise consid\u00e9r\u00e9e du point de vue de l&rsquo;actionnaire comme un ensemble d\u2019investissements de capacit\u00e9s de production qui d\u00e9gagent ou non une rentabilit\u00e9 sup\u00e9rieure au co\u00fbt d&rsquo;opportunit\u00e9 du capital ne fait pas l&rsquo;unanimit\u00e9. Pourtant, en \u00e9coutant le langage ambiant, il appara\u00eet que la croissance en termes de chiffre d&rsquo;affaires, de b\u00e9n\u00e9fice et de retour sur action constitue le principal rep\u00e8re auquel se r\u00e9f\u00e8rent de nombreuses directions g\u00e9n\u00e9rales pour s\u00e9duire leur actionnariat. La th\u00e9orie positive de l\u2019agence, \u00e0 partir des notions de conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats et d\u2019asym\u00e9trie informationnelle, fournit une justification th\u00e9orique opportune \u00e0 cette conception de la gouvernance qui s\u2019appuie sur la th\u00e9orie comptable du propri\u00e9taire. Depuis les ann\u00e9es 1970, les pratiques r\u00e9elles de gouvernance dans les entreprises d\u00e9ployaient cette approche au travers de la mise en \u0153uvre de techniques financi\u00e8res de plus en plus sophistiqu\u00e9es et dont les agences de notation sanctionnaient le respect.<\/p>\n<p>Cependant, devant son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9viter les scandales de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es mais aussi \u00e0 r\u00e9pondre aux d\u00e9fis pos\u00e9s en termes de responsabilit\u00e9 sociale de l\u2019entreprise (RSE) par l\u2019\u00e9mergence de nouveaux acteurs, individuels ou organisationnels, rassembl\u00e9s sous l\u2019appellation \u00ab\u00a0parties prenantes\u00a0\u00bb, la vision de la gouvernance actionnariale est remise en cause. Dans la pratique des entreprises, les discours sur la gouvernance se multiplient en faisant l\u2019objet d\u2019adaptations r\u00e9guli\u00e8res et constantes. Pour rendre compte de cette situation, le cadre d\u2019analyse traditionnel de la gouvernance actionnariale a connu un premier \u00e9largissement \u00e0 la suite des travaux de Milgrom et Roberts (1992) qui contestent l\u2019identit\u00e9 suppos\u00e9e entre cr\u00e9ation de valeur et valeur pour les actionnaires car les d\u00e9cisions de la firme entra\u00eenent des cons\u00e9quences pour l\u2019ensemble des parties prenantes.<\/p>\n<p>Cette conception d\u2019une gouvernance partenariale<a title=\"\" href=\"#_ftn185\">[185]<\/a> qui consiste \u00e0 aligner la capacit\u00e9 \u00e0 saisir les opportunit\u00e9s de croissance en mobilisant toutes les ressources dont dispose l\u2019entreprise et l\u2019appropriation des gains qui en sont issus n\u2019est cependant pas nouvelle. Elle exprime le combat men\u00e9 depuis la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle pour faire reconna\u00eetre et accepter l\u2019entreprise comme une organisation hi\u00e9rarchis\u00e9e exploitant collectivement des moyens sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019une direction en vue de cr\u00e9er des richesses pour ses partenaires internes et externes.<\/p>\n<p>Si le terme \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb est lui-m\u00eame tr\u00e8s ancien, ce n\u2019est qu\u2019au tournant de 1900 qu\u2019il s\u2019est impos\u00e9 et r\u00e9pandu avec le sens que nous lui connaissons aujourd\u2019hui. Un marqueur int\u00e9ressant de cette \u00e9volution est le coefficient multiplicateur par 7 du nombre de fois o\u00f9 ce mot appara\u00eet dans les titres d\u2019ouvrages et d\u2019articles entre 1880 et 1920 (Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, 2009).<\/p>\n<p>L\u2019entreprise moderne telle que nous la connaissons a \u00e9volu\u00e9 comme le mot qui la d\u00e9signe en se formant entre 1860 et 1900 pour se d\u00e9velopper pleinement et rapidement ensuite. Auparavant, le mot \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb pouvait d\u00e9signer\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>des actions militaires comme la conqu\u00eate de l\u2019Asie mineure par les Grecs dans l\u2019Antiquit\u00e9,<\/li>\n<li>des op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es au Moyen-Age par des soci\u00e9t\u00e9s en commandite dans lesquelles des n\u00e9gociants navigateurs devaient faire fructifier les capitaux que leurs propri\u00e9taires pla\u00e7aient dans des exp\u00e9ditions maritimes,<\/li>\n<li>des projets culturels mis \u00e0 ex\u00e9cution comme la cr\u00e9ation de l\u2019<strong>\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.linternaute.com\/histoire\/motcle\/1330\/a\/1\/1\/encyclopedie.shtml\"><strong>Encyclop\u00e9die<\/strong><\/a>\u00a0<\/strong>\u00bb par Diderot et d\u2019Alembert en 1747 ou encore des actions politiques telle que la constitution du Tribunal r\u00e9volutionnaire en 1793 dont Le but \u00e9tait de lutter contre \u00ab\u00a0toute entreprise contre-r\u00e9volutionnaire\u2026\u00a0\u00bb,<\/li>\n<li>des relations avec une personne au sens commun d\u2019\u00ab\u00a0entreprendre quelqu\u2019un\u00a0\u00bb mais aussi une atteinte\u00a0 sur les droits d\u2019un individu,<\/li>\n<li>etc.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle que les expressions \u00ab\u00a0chef d\u2019entreprise\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0capitaine d\u2019industrie\u00a0\u00bb supplant\u00e8rent celle de \u00ab\u00a0patron\u00a0\u00bb qui d\u00e9signe en g\u00e9n\u00e9ral un protecteur ou un d\u00e9fenseur au sens religieux sans toutefois la faire dispara\u00eetre compl\u00e8tement.<\/p>\n<p>C\u2019est pour r\u00e9gler le probl\u00e8me de la question ouvri\u00e8re qui se d\u00e9veloppe \u00e0 partir de 1870 et qui sera nourri par la notion de \u00ab\u00a0contrat de travail\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn186\">[186]<\/a> que l\u2019entreprise est invent\u00e9e comme une organisation de parties prenantes dans laquelle l\u2019accent doit \u00eatre mis en particulier sur la relation entre la modification des relations de travail et le d\u00e9veloppement de la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p>Mais cette dynamique de changement a eu des cons\u00e9quences tr\u00e8s importantes sur le mod\u00e8le comptable du propri\u00e9taire en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque, en raison de l\u2019introduction de nouvelles parties prenantes qui vont amener un d\u00e9placement de l\u2019objet de la comptabilit\u00e9. Celle-ci ne doit plus r\u00e9pondre \u00e0 un objectif de recouvrement de l\u2019ensemble des dettes mais doit permettre de mesurer la capacit\u00e9 de l\u2019entreprise \u00e0 s\u2019inscrire dans un processus de croissance sur une longue p\u00e9riode. Cette \u00e9volution a fait tendre le mod\u00e8le comptable du propri\u00e9taire vers celui de l\u2019entit\u00e9 qui est directement issu de la th\u00e9orie \u00ab\u00a0unicontiste\u00a0\u00bb de Courcelle-Seneuil (1872) et de Folsom (1873), lesquels envisagent les comptes sous l\u2019angle de la s\u00e9paration de l\u2019entreprise et de ses propri\u00e9taires qui deviennent ainsi de simples cr\u00e9anciers au m\u00eame titre que les autres pr\u00eateurs, ce qui remet en cause la notion m\u00eame d\u2019entreprise et le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, la gouvernance partenariale se nourrit, pour prouver sa l\u00e9gitimit\u00e9, des modifications de la comptabilit\u00e9 con\u00e7ue pour pouvoir construire la gouvernance propri\u00e9tariale. Ces changements comptables qui portent sur les \u00ab\u00a0parties prenantes\u00a0\u00bb posent alors le probl\u00e8me de l\u2019identification de \u00ab\u00a0l\u2019entreprise\u00a0\u00bb par rapport \u00e0 celle de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 commerciale\u00a0\u00bb. Pour Paul-Louis Brodier (1994), la confusion des deux termes soul\u00e8ve \u00ab\u00a0des enjeux autrement plus cruciaux pour notre \u00e9conomie que ne le ferait une simple coquetterie s\u00e9mantique. Car \u00e0 confondre ces deux notions, on en vient \u00e0 brouiller les r\u00e8gles du jeu \u00e9conomique, social et m\u00eame politique.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2>7.1 &#8211; Invention de l\u2019entreprise<a title=\"\" href=\"#_ftn187\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">[187]<\/span><\/strong><\/a><\/h2>\n<p>Du d\u00e9but de la premi\u00e8re R\u00e9volution industrielle jusqu\u2019au milieu du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, la notion d\u2019entreprise est per\u00e7ue dans son sens traditionnel d\u2019actions, d\u2019op\u00e9rations, d\u2019aventures ou encore de projets pouvant \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme de v\u00e9ritables aventures r\u00e9alis\u00e9es au Moyen-Age par des soci\u00e9t\u00e9s en commandite dans lesquelles des n\u00e9gociants navigateurs s\u2019engageaient \u00e0 faire fructifier les capitaux que des financiers pla\u00e7aient dans des exp\u00e9ditions maritimes. C\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 commerciale qui est con\u00e7ue comme r\u00e9alisant une ou plusieurs entreprises. L\u2019id\u00e9e qu\u2019il puisse exister une organisation appel\u00e9e \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb agissant \u00e0 la place de la soci\u00e9t\u00e9 commerciale n\u2019\u00e9tait pas encore apparue.<\/p>\n<p>Ce sens du mot \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb allait changer avec la R\u00e9volution industrielle pour aboutir \u00e0 celui que l\u2019on utilise actuellement en la pr\u00e9sentant comme une organisation form\u00e9e de partenaires con\u00e7us comme des \u00ab\u00a0parties prenantes\u00a0\u00bb. Il est suppos\u00e9 y r\u00e8gner une hi\u00e9rarchie contraignante dont l\u2019action de direction, de surveillance et de discipline du travail au service des propri\u00e9taires du capital est resserr\u00e9e sur l\u2019ouvrier pour pouvoir rendre efficace la division technique du travail ch\u00e8re \u00e0 Adam Smith (1776, \u00e9dition de 1976)<a title=\"\" href=\"#_ftn188\">[188]<\/a>. De plus, l\u2019ouvrier, de par sa situation \u00e9conomique depuis la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, ne peut pas se retrouver autrement que subordonn\u00e9 \u00e0 ses employeurs. A cette hi\u00e9rarchie d\u2019usine et \u00e0 cette d\u00e9pendance \u00e9conomique, il est habituel d\u2019ajouter les effets disciplinaires de la m\u00e9canisation, l\u2019infantilisation\/f\u00e9minisation du travail correspondant au d\u00e9veloppement du paternalisme et les codes de fabrique qui ne sont pas autre chose que les r\u00e8glements d\u2019ateliers instaur\u00e9s par la loi du 12 avril 1803, pour avoir tous les \u00e9l\u00e9ments de la d\u00e9monstration tr\u00e8s souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de ce qu\u2019\u00e9tait une entreprise.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9cit constitue l\u2019histoire couramment admise et peu contest\u00e9e tenant lieu de savoir officiel sur l\u2019entreprise. Il est constamment nourri par les nombreux travaux des historiens du travail et appuy\u00e9 sur les id\u00e9es de Marx (1867, \u00e9dition de 1969) se demandant si les usines ne devraient pas \u00eatre appel\u00e9es des \u00ab\u00a0bagnes mod\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb mais aussi celles de Foucault (1975) \u00e9voquant la \u00ab\u00a0discipline d\u2019atelier\u00a0\u00bb et de Chandler (1977, \u00e9dition de 1988) qualifiant les chefs d\u2019atelier de \u00ab\u00a0despotes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, comme l\u2019ont montr\u00e9 Alain Cottereau (2002) et Philippe Lefebvre (2003), la r\u00e9alit\u00e9 du travail dans l\u2019industrie, quelle que soit sa taille, est toute autre.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1860, la relation de travail r\u00e9pond aux crit\u00e8res de louage d\u2019ouvrage<a title=\"\" href=\"#_ftn189\">[189]<\/a> et non \u00e0 celui de louage de services<a title=\"\" href=\"#_ftn190\">[190]<\/a> qui repose sur la subordination \u00e0 l\u2019employeur.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de la proposition d\u2019introduire la notion de \u00ab\u00a0contrat de travail\u00a0\u00bb par Ernest Glasson<a title=\"\" href=\"#_ftn191\">[191]<\/a> (1886) dans le droit civiliste que le louage de service va pouvoir se g\u00e9n\u00e9raliser et se substituer \u00e0 celui de louage d\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour comprendre comment s\u2019est form\u00e9e cette id\u00e9e de l\u2019entreprise, nous allons montrer, en partant du Code civil de 1804 pourquoi Glasson a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 faire cette proposition.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>7.1.1 &#8211; L\u2019analyse traditionnelle des relations de travail<\/h3>\n<p>Quand l\u2019ordre constitutionnel lib\u00e9ral s\u2019installa en profondeur en France avec l\u2019adoption du Code Civil le 21 mars 1804, les pr\u00e9rogatives li\u00e9es \u00e0 la prise de d\u00e9cision allaient se trouver d\u00e9centralis\u00e9es au niveau le plus bas possible qui est celui des individus. Dans l\u2019interpr\u00e9tation traditionnelle de leur Code, \u00e0 nouveau formul\u00e9e par Alain Supiot en 1998, il est admis que les civilistes n\u2019auraient pas l\u00e9gif\u00e9r\u00e9 sur la relation de travail<a title=\"\" href=\"#_ftn192\">[192]<\/a> parce qu\u2019ils visaient essentiellement le droit de propri\u00e9t\u00e9 sur les biens<a title=\"\" href=\"#_ftn193\">[193]<\/a> qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ne concernait que ceux qui en poss\u00e9daient, c\u2019est-\u00e0-dire les propri\u00e9taires et non les travailleurs. Cette relation de travail relevait du contrat, c\u2019est-\u00e0-dire de la libert\u00e9 contractuelle conf\u00e9rant \u00e0 chacune des parties le droit de d\u00e9finir elles-m\u00eames les termes de leur \u00e9change et prohibant toute intervention ext\u00e9rieure, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019Etat ou d\u2019une organisation collective, dans l\u2019esprit m\u00eame de la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 sur \u00ab\u00a0l\u2019an\u00e9antissement des corporations\u00a0\u00bb. Ainsi, dans cette interpr\u00e9tation, les civilistes auraient consid\u00e9r\u00e9 le travail comme une chose peu noble dans la pure tradition de servilit\u00e9 du droit romain antique fond\u00e9 sur la subordination d\u2019une partie \u00e0 une autre, ce qui excluait l\u2019autre aspect du travail con\u00e7u comme un louage d\u2019ouvrage, c\u2019est-\u00e0-dire comme une \u0153uvre exprimant une cr\u00e9ation humaine. C\u2019est la raison pour laquelle le r\u00e9cit officiel se r\u00e9f\u00e8re aux articles 1780 et 1781 quand il \u00e9voque la relation de travail dans le Code civil de 1804. Il est vrai que la R\u00e9volution industrielle semblait laisser peu de place au louage d\u2019ouvrage alors que le travail \u00e9tait fortement divis\u00e9 et soumis au rythme des machines sous le regard inquisiteur des surveillants et des contrema\u00eetres. De l\u00e0 \u00e0 supposer que le champ d\u2019application de la libert\u00e9 contractuelle laisserait la possibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019une des parties de r\u00e9glementer les actions de l\u2019autre<a title=\"\" href=\"#_ftn194\">[194]<\/a> et m\u00eame de les sanctionner si besoin \u00e9tait, il n\u2019y avait qu\u2019un pas qui fut vite franchi et qui servit plus tard pour appuyer encore plus l\u2019id\u00e9e que l\u2019entreprise \u00e9tait un lieu d\u2019ali\u00e9nation.<\/p>\n<p>Pour les tenants de ce r\u00e9cit, le refus du Code civil de consid\u00e9rer que la libert\u00e9 formelle donn\u00e9e aux contractants pouvait \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019iniquit\u00e9s r\u00e9elles du fait de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de leur situation \u00e9conomique semblait normal puisque le l\u00e9gislateur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 intervenu deux fois par la loi du 12 avril 1803 et celle du 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e. La premi\u00e8re avait pour objet de r\u00e9glementer les obligations des patrons et des ouvriers dans les manufactures, les fabriques et les ateliers tout en renouvelant l\u2019interdiction des coalitions ouvri\u00e8res alors que la deuxi\u00e8me instituait la cr\u00e9ation du livret ouvrier, sorte de passeport permettant \u00e0 la police et aux employeurs de conna\u00eetre la situation exacte de chaque ouvrier. Tout ouvrier voyageant sans son livret \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 vagabond et condamn\u00e9 comme tel.<\/p>\n<p>C\u2019est sur ces bases du contrat de louage de services, des r\u00e8glements patronaux d\u2019atelier, de l\u2019interdiction d\u2019organisations collectives des ouvriers et du livret ouvrier que la conception de l\u2019histoire des relations de travail s\u2019est construite et a \u00e9t\u00e9 affirm\u00e9e et largement partag\u00e9e par de nombreux auteurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>7.1.2 &#8211; La question ouvri\u00e8re, le contrat de travail et la hi\u00e9rarchie d\u2019usine<\/h3>\n<p>Il appara\u00eet maintenant que cette interpr\u00e9tation du Code civil de 1804 doit une bonne part de son contenu \u00e0 la volont\u00e9 du l\u00e9gislateur de la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle de mettre en place des outils devant permettre de limiter les conflits ayant oppos\u00e9, entre 1870 et 1880, les agents des chemins de fer \u00e0 leurs compagnies qui, conform\u00e9ment aux r\u00e8glements int\u00e9rieurs et, donc, en toute l\u00e9galit\u00e9, avaient saisi leurs cotisations de retraites. Or, contre les avis des conseils de prud\u2019hommes, des tribunaux civils et des cours d\u2019appel qui estimaient tr\u00e8s discutable le contenu de ces r\u00e8glements int\u00e9rieurs, la Cour de cassation avait jug\u00e9 l\u00e9gales ces confiscations dans la mesure o\u00f9 tout r\u00e8glement int\u00e9rieur \u00e9tait une convention consentie par le salari\u00e9 du fait m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait embauch\u00e9. Elles \u00e9taient donc enti\u00e8rement conformes au Code civil de 1804 dans ses articles fond\u00e9s sur la libert\u00e9 des parties dans la conclusion des contrats.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9motion collective soulev\u00e9e par cette affaire remit fermement en cause le Code civil. Pour sauver celui-ci, Ernest Glasson (1886) proposa, dans une intervention rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques, une interpr\u00e9tation juridique \u00e0 ce nouveau probl\u00e8me que constituait la question ouvri\u00e8re<a title=\"\" href=\"#_ftn195\">[195]<\/a> en avan\u00e7ant l\u2019id\u00e9e que le Code civil avait oubli\u00e9 les ouvriers. Il fallait donc le r\u00e9former en l\u00e9gif\u00e9rant sur la relation de travail par la promulgation d\u2019un nouveau type de contrat qu\u2019il appela \u00ab\u00a0contrat de travail\u00a0\u00bb. Pr\u00e9supposant comme allant de soi que les ouvriers de la grande industrie ne pouvaient \u00eatre concern\u00e9s que par le louage de services, gr\u00e2ce au contrat de travail, il les tira vers ce type de louage caract\u00e9ris\u00e9 par la subordination d\u2019une partie \u00e0 une autre, c\u2019est-\u00e0-dire par la mise en place d\u2019une hi\u00e9rarchie d\u2019usine. Cela permit d\u2019affirmer que le travail des ouvriers avait sa place dans le code civil tout en respectant l\u2019esprit des articles 1780 et 1781 et en r\u00e9glant le probl\u00e8me des retraites des agents des compagnies de chemin de fer dans la mesure o\u00f9 l\u2019entreprise se trouvait dans l\u2019obligation de les payer comme contre-partie \u00e0 la subordination.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de cette proposition de Glasson que commen\u00e7a \u00e0 \u00eatre accept\u00e9e et \u00e0 se r\u00e9pandre l\u2019id\u00e9e que le Code civil de 1804 avait presque totalement oubli\u00e9 de l\u00e9gif\u00e9rer sur le travail de l\u2019ouvrier de la grande industrie<a title=\"\" href=\"#_ftn196\">[196]<\/a> alors que, parall\u00e8lement, les penseurs de l\u2019industrie soulignaient l\u2019oubli des ouvriers par les patrons. La concomitance de ces deux oublis a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e comme \u00e9tant l\u2019origine majeure de la \u00ab\u00a0question ouvri\u00e8re\u00a0\u00bb et, dans chacun des cas, on a tent\u00e9 de parer \u00e0 la situation en inventant le contrat de travail du c\u00f4t\u00e9 juridique pour r\u00e9habiliter le Code civil de 1804 et la hi\u00e9rarchie moderne du c\u00f4t\u00e9 patronal pour r\u00e9pondre en interne \u00e0 la question ouvri\u00e8re. Ainsi, pour r\u00e9pondre \u00e0 la question ouvri\u00e8re, le droit du travail se lan\u00e7a \u00e0 partir de 1886 dans l&rsquo;invention du contrat de travail alors que la gestion inventait et mettait en place ce cadre d&rsquo;action que constitue la hi\u00e9rarchie moderne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>7.1.3 &#8211; La r\u00e9alit\u00e9 des relations de travail au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/h3>\n<p>Au regard des travaux men\u00e9s par Cottereau (2002) sur les d\u00e9cisions prud\u2019homales<a title=\"\" href=\"#_ftn197\">[197]<\/a> au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et Lefebvre (2003) sur les monographies historiques d\u2019entreprises, il appara\u00eet clairement \u00e0 la lecture de la jurisprudence entre 1790 et 1886 que la plupart des ouvriers de l\u2019industrie, grande et petite, ne relevaient pas des deux articles 1780 et 1781 relatifs au louage de services mais bien de celui du louage d\u2019ouvrage tel qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9fini par les treize articles n\u00b0\u00a01787 \u00e0 1799 du Code civil de 1804 sur les \u00ab\u00a0devis et march\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est uniquement dans la n\u00e9gation de la mani\u00e8re dont le Code avait \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9 par la jurisprudence que la relation de travail avait pu \u00eatre r\u00e9duite aux articles 1780 et 1781 sur le louage de service \u00e0 la charni\u00e8re du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Or, le Code d\u00e9fend clairement l\u2019id\u00e9e que le vrai louage est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de la subordination et s\u2019analyse \u00e0 la lumi\u00e8re des relations de march\u00e9 d\u00e9finies par les articles 1787 \u00e0 1799. En cela, il est enti\u00e8rement fid\u00e8le au fait que les justices de paix, apr\u00e8s l\u2019instauration du d\u00e9cret d\u2019Allarde de mars 1791, refus\u00e8rent de reconna\u00eetre toute validit\u00e9 aux plaintes patronales pour cause de d\u00e9sertion ou d\u2019insubordination des ouvriers car la R\u00e9volution de 1789 s\u2019inscrivait, selon Michael\u00a0Sonenscher (1989), dans le droit fil de l\u2019affranchissement de la soumission et de la subordination r\u00e9clam\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es par les domestiques et journaliers mais aussi par les compagnons.<\/p>\n<p>Alors que le Code civil cherchait \u00e0 supprimer la subordination du louage de service des domestiques, journaliers et compagnons pour les doter du statut de loueur d\u2019ouvrage, Glasson, en proposant le contrat de travail \u00e0 la fin de 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle sur la base de la subordination de l\u2019ouvrier \u00e0 l\u2019employeur, fit exactement le contraire.<\/p>\n<p>Par ailleurs, Cottereau (2002) montra la parfaite convergence au d\u00e9but des ann\u00e9es 1860 entre le \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb incarn\u00e9 par le Code civil de 1804 et le \u00ab\u00a0bon droit\u00a0\u00bb dont la l\u00e9gitimit\u00e9, appr\u00e9hend\u00e9e \u00e0 travers les d\u00e9cisions prud\u2019homales, est li\u00e9e aux usages. Apr\u00e8s quelques conflits initiaux entre les patrons donneurs de l\u2019ouvrage et les ouvriers preneurs de celui-ci, le principe du contr\u00f4le du travail de l\u2019ouvrier demeura le r\u00e9sultat obtenu et non la surveillance de sa conduite. De ce fait, la promulgation des r\u00e8glements d\u2019atelier tomba rapidement en d\u00e9su\u00e9tude et des accords de tarifs entre patrons et ouvriers dans de nombreux corps de m\u00e9tier se d\u00e9velopp\u00e8rent sans pour autant \u00eatre reconnus comme contraires \u00e0 la loi Le\u00a0Chapelier<a title=\"\" href=\"#_ftn198\">[198]<\/a>. Celle-ci n\u2019appara\u00eet donc pas ici comme incompatible avec l\u2019existence de relations collectives organis\u00e9es d\u00e8s qu\u2019elles sont ancr\u00e9es sur des usages pr\u00e9existants. Parall\u00e8lement, le livret ouvrier fut consid\u00e9r\u00e9 comme facultatif par les patrons et les ouvriers qui ne le mirent pas en application ou le d\u00e9tourn\u00e8rent de sa vocation initiale sans que les pr\u00e9fets n\u2019arrivent \u00e0 faire appliquer la loi de 1803 l\u2019instituant<a title=\"\" href=\"#_ftn199\">[199]<\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi, sous la plume de Cottereau (2002) appara\u00eet une autre r\u00e9alit\u00e9 de la relation de travail jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1860\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019importance du louage d\u2019ouvrage tel qu\u2019il est d\u00e9fini par le Code civil de 1804 respectueux du travail des ouvriers et qui n\u2019ignore pas l\u2019importance des usages,<\/li>\n<li>la loi Le Chapelier qui ne s\u2019oppose pas aux accords collectifs,<\/li>\n<li>les livrets et r\u00e8glements d\u2019atelier qui ne sont pas mis en \u0153uvre<a title=\"\" href=\"#_ftn200\">[200]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette autre histoire de la relation de travail est beaucoup plus logique \u00e9conomiquement et socialement au regard des r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque que le r\u00e9cit l\u2019associant \u00e0 un louage de service.<\/p>\n<p>En suivant les \u00e9l\u00e9ments empiriques disponibles, il appara\u00eet que jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1860, \u00e0 la faiblesse num\u00e9rique relative de la supervision hi\u00e9rarchique par rapport au nombre d\u2019ouvriers r\u00e9pond la faiblesse de la subordination de ceux-ci dans la relation de travail et vice-versa.<\/p>\n<p>La hi\u00e9rarchie ne supervisait pas le travail ouvrier et se contentait de r\u00e9unir les conditions techniques de r\u00e9alisation de celui-ci en concevant et en entretenant le syst\u00e8me technique de fabrication<a title=\"\" href=\"#_ftn201\">[201]<\/a>.<\/p>\n<p>Les entreprises qui ont cherch\u00e9 \u00e0 imposer la hi\u00e9rarchie et la subordination ont finalement renonc\u00e9 devant les grandes difficult\u00e9s qu\u2019elles soulevaient et qu\u2019elles ne savaient pas r\u00e9soudre, notamment parce que le faible niveau de division technique du travail ne les incitait pas \u00e0 trouver des m\u00e9thodes d\u2019organisation des activit\u00e9s dans les ateliers, lesquelles \u00e9taient alors laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9 des ouvriers (Lefebvre, 2003).<\/p>\n<p>Cette situation peut se comprendre ais\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 elle ne fait que prolonger l\u2019ind\u00e9pendance ouvri\u00e8re et\/ou paysanne issue de l\u2019Ancien R\u00e9gime dans la r\u00e9alisation du travail.<\/p>\n<p>Cette autonomie des ouvriers renvoie \u00e0 une organisation du travail fond\u00e9e \u00e0 la fois sur les m\u00e9tiers<a title=\"\" href=\"#_ftn202\">[202]<\/a> ou sur les \u00e9quipes<a title=\"\" href=\"#_ftn203\">[203]<\/a> et sur les modes d\u2019organisation de la r\u00e9mun\u00e9ration qui correspondent aux deux grands types de rapports marchands que l\u2019on rencontre dans l\u2019entreprise de cette \u00e9poque car ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme toujours pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 la hi\u00e9rarchie\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>le salaire aux pi\u00e8ces<a title=\"\" href=\"#_ftn204\">[204]<\/a>,<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>le marchandage <em>ad hoc<\/em><a title=\"\" href=\"#_ftn205\">[205]<\/a> qui recouvre le t\u00e2cheronnat et le marchandage direct.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019absence d\u2019organisation et de contr\u00f4le direct du travail des ouvriers de fabrication par les patrons \u00e9tait coh\u00e9rente avec les crit\u00e8res de profitabilit\u00e9 utilis\u00e9s. Organiser le travail n\u2019\u00e9tait pas \u00e9conomiquement pertinent car le profit d\u00e9pendait de variables plus importantes telles que le volume des capitaux investis, la qualit\u00e9 de l\u2019outillage et des proc\u00e9d\u00e9s techniques de fabrication, la minimisation des co\u00fbts de transport, l\u2019art d\u2019acheter et de vendre associ\u00e9 \u00e0 l\u2019intuition des fluctuations des march\u00e9s, la ma\u00eetrise des d\u00e9penses d\u2019\u00e9nergie. Les questions de main-d\u2019\u0153uvre n\u2019\u00e9taient jamais autonomis\u00e9es par rapport \u00e0 ces variables. Tout au plus \u00e9taient-elles mentionn\u00e9es dans l\u2019\u00e9tude de celles-ci. Le droit en vigueur issu du Code civil de 1804 qui r\u00e9gissait ces relations de travail, \u00e9tait parfaitement en symbiose avec cette r\u00e9alit\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>C\u2019est une s\u00e9rie de questions<a title=\"\" href=\"#_ftn206\">[206]<\/a> d\u2019une ampleur exceptionnelle et incontournables car elles \u00e9manaient de ce foyer commun qu\u2019est le \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb en portant sur les accidents de travail, la dur\u00e9e journali\u00e8re du travail, les retraites, l\u2019hygi\u00e8ne et la s\u00e9curit\u00e9, qui va remettre en question le Code civil pour aboutir \u00e0 demander en 1886 que la doctrine juridique accomplisse un pas immense en reconnaissant la notion de contrat de travail.<\/p>\n<p>Force est de constater ici que cette demande \u00e9tait quelque peu en retard par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du travail industriel qui, d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1860, avait commenc\u00e9 \u00e0 subir des transformations si cons\u00e9quentes que les id\u00e9es de subordination et de louage de service avaient \u00e9merg\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 avec une telle force que, quinze ans plus tard, elles \u00e9taient partag\u00e9es par un nombre important de parlementaires et de juristes dont Glasson.<\/p>\n<p>La forte autonomie ouvri\u00e8re qui allait de pair avec le louage d\u2019ouvrage s\u2019\u00e9tait suffisamment estomp\u00e9e en m\u00eame temps que la hi\u00e9rarchie d\u2019usine s\u2019\u00e9tait profond\u00e9ment affirm\u00e9e pour que Glasson avance comme une \u00e9vidence que le travail relevait de la subordination caract\u00e9ristique du louage de service. Il voulait dire avec force que les r\u00e9alit\u00e9s du travail et les probl\u00e8mes que celui-ci soulevait \u00e9taient dans un tel \u00e9tat de d\u00e9calage avec le droit en vigueur qu\u2019il convenait de forger de nouveaux instruments juridiques autour du concept de contrat de travail, lequel n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs qu\u2019une formulation particuli\u00e8re ouverte \u00e0 de multiples contenus possibles. Elle appara\u00eet d\u2019ailleurs beaucoup plus comme l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre que comme une solution \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des relations de travail dans les entreprises. Elle t\u00e9moigne de l\u2019urgence qu\u2019il y avait \u00e0 inventer des r\u00e9ponses aux questions nouvelles pos\u00e9es par le travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>7.1.4 &#8211; Les facteurs explicatifs de la disparation de l\u2019autonomie ouvri\u00e8re<\/h3>\n<p>Trois grandes cat\u00e9gories de facteurs, dont les actions furent simultan\u00e9es et conjugu\u00e9es, expliquent cette disparition de l\u2019autonomie ouvri\u00e8re li\u00e9e au bouleversement du r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie et \u00e0 la modification profonde des formes traditionnelles d\u2019organisation de la production sur les m\u00e9tiers, les \u00e9quipes, le salaire aux pi\u00e8ces, le t\u00e2cheronnat et le marchandage individuel ou collectif. Il s\u2019agit du progr\u00e8s technique, de la Grande d\u00e9pression de 1873 et de l\u2019exode rural.<\/p>\n<h4>7.1.4.1 &#8211; Le progr\u00e8s technique<\/h4>\n<p>L\u2019ensemble de l\u2019\u00e9volution technique dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle conduit \u00e0 la deuxi\u00e8me R\u00e9volution industrielle et \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la notion de progr\u00e8s comme une sorte d\u2019enchantement h\u00e9doniste du futur. Mais ce progr\u00e8s correspond \u00e0 des produits dont les processus de production multiplient les \u00e9tapes de fabrication qui sont de plus en plus complexes, ce qui aboutit \u00e0 une d\u00e9qualification relative des ouvriers en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 un d\u00e9clin des m\u00e9tiers et des \u00e9quipes. La cons\u00e9quence en est un renforcement du r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie dans la r\u00e9alisation du travail ouvrier, depuis sa pr\u00e9paration <em>ex ante<\/em> jusqu\u2019\u00e0 son contr\u00f4le <em>ex post<\/em> en passant par l\u2019intensification de sa surveillance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>7.1.4.2 &#8211; La Grande d\u00e9pression de 1873<\/h4>\n<p>Ensuite, La Grande D\u00e9pression<a title=\"\" href=\"#_ftn207\">[207]<\/a>, qui va de 1873 \u00e0 <a title=\"1896\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1896\">1896<\/a>, est une <a title=\"Crise \u00e9conomique\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Crise_%C3%A9conomique\">crise \u00e9conomique<\/a> mondiale majeure de grande ampleur qui alt\u00e9ra profond\u00e9ment les conditions des march\u00e9s des produits et de profitabilit\u00e9 des entreprises par une interaction plus rapide entre l\u2019offre et la demande, provoquant le d\u00e9clin de la pratique des rapports marchands dans celles-ci. Ces nouvelles conditions sur le march\u00e9 des produits associ\u00e9es \u00e0 la difficult\u00e9 croissante de mise en \u0153uvre des processus de leur production, attir\u00e8rent l\u2019attention des dirigeants sur l\u2019importance nouvelle de la gestion des flux entre ateliers, ce qui renfor\u00e7a encore plus le r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie dans la coordination du travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>7.1.4.3 &#8211; L\u2019exode rural<\/h4>\n<p>Il se produisit un retournement spectaculaire du march\u00e9 des services rendus par le travail li\u00e9 \u00e0 la Grande D\u00e9pression de 1873 et aux crises agricoles et viticoles qui lamin\u00e8rent les productions dans ces deux domaines en g\u00e9n\u00e9rant de nombreuses faillites et en provoquant l\u2019exode d\u2019un nombre important de personnes habitant les campagnes vers les villes pour y trouver du travail. Cela conduisit \u00e0 confier \u00e0 la hi\u00e9rarchie l\u2019essentiel de la gestion de la main-d\u2019\u0153uvre, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019embauche, du renvoi, de la fixation des salaires et de l\u2019\u00e9volution qui \u00e9taient assum\u00e9s jusque l\u00e0 par les chefs d\u2019\u00e9quipe ou les t\u00e2cherons.<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h3>7.1.5 &#8211; Transformation du r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie<\/h3>\n<p>De toutes parts, sous l\u2019influence de ces trois facteurs que nous venons de pr\u00e9senter, le r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie se transforma et s\u2019\u00e9toffa pour se rapprocher de la repr\u00e9sentation actuelle de l\u2019autorit\u00e9 en charge de commander et de surveiller, \u00e0 tel point qu\u2019elle aboutit dans l\u2019industrie \u00e0 une augmentation dans de fortes proportions des effectifs des contrema\u00eetres relativement \u00e0 ceux des ouvriers. Face \u00e0 cette situation, le pr\u00e9suppos\u00e9 de Glasson selon lequel le travail relevait \u00e0 son \u00e9poque du louage de service et de la subordination n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9nu\u00e9 totalement de fondement. Avec l\u2019id\u00e9e du contrat de travail, le droit ne faisait que prendre acte des transformations de la mani\u00e8re d\u2019exercer le travail.<\/p>\n<p>Pourtant, cette notion de contrat de travail fut loin de faire l\u2019unanimit\u00e9. Pour certains, en raison de la dissym\u00e9trie de la relation de travail entre le patron et l\u2019ouvrier, le premier devait assumer la responsabilit\u00e9 des risques qu\u2019il faisait encourir au second<a title=\"\" href=\"#_ftn208\">[208]<\/a>. Cette option \u00ab\u00a0interventionniste\u00a0\u00bb \u00e9tait favorable \u00e0 l\u2019action de l\u2019Etat pour arbitrer les r\u00f4les respectifs du patron et de l\u2019ouvrier dans la relation de travail, ce qui amena Emile\u00a0Delecroix\u00a0(1885)<a title=\"\" href=\"#_ftn209\">[209]<\/a> \u00e0 mettre en garde contre l\u2019abandon des principes civilistes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de responsabilit\u00e9 partag\u00e9e en mati\u00e8re de travail au profit d\u2019une concession, si minime soit-elle, sur la libert\u00e9 des conventions pass\u00e9es entre le patron et l\u2019ouvrier.<\/p>\n<p>Pour illustrer les cons\u00e9quences de l\u2019abandon de ces principes, Emile Cheysson (1897)<a title=\"\" href=\"#_ftn210\">[210]<\/a> fit remarquer que les conflits qui se d\u00e9veloppaient dans l\u2019entreprise avaient presque toujours comme origine le contrema\u00eetre qui provoquait des tensions sociales par son exercice s\u00e9v\u00e8re et souvent injuste de l\u2019autorit\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn211\">[211]<\/a>. Or, l\u2019ouvrier ne voyait le patron qu\u2019\u00e0 travers le contrema\u00eetre qui \u00e9tait suppos\u00e9 repr\u00e9senter l\u2019autorit\u00e9 de clui-ci tout en \u00e9tant son interm\u00e9diaire dans la transmission de ses messages. Ceux-ci, en raison de la distance entre le patron et l\u2019ouvrier, n\u2019arrivaient que d\u00e9form\u00e9s, attisant la haine de l\u2019ouvrier pour le patron. Ainsi, le contrema\u00eetre, qui n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment mal intentionn\u00e9 mais qui manquait de ma\u00eetrise et de m\u00e9thode d\u2019organisation rationnelle du travail, semait la haine parmi les ouvriers alors que c\u2019est le patron qui la r\u00e9coltait. A l\u2019origine de la question ouvri\u00e8re, il y avait donc le contrema\u00eetre en raison de l\u2019abandon \u00e0 la nouvelle hi\u00e9rarchie de l\u2019ouvrier par le patron.<\/p>\n<p>L\u2019importance du d\u00e9bat sur le niveau d\u2019intervention de l\u2019Etat provenait aussi du fait que la r\u00e9ponse qui lui serait apport\u00e9e d\u00e9terminerait si le droit du travail en \u00e9laboration devait \u00eatre autonome ou relever en totalit\u00e9 du Code civil ou bien encore occuper une position interm\u00e9diaire par rapport \u00e0 celui-ci. Il devait aussi indiquer si les questions soulev\u00e9es par les gr\u00e8ves et les conventions collectives relevaient d\u2019un contrat de travail individuel ou collectif. Enfin, se trouvait soulev\u00e9 le d\u00e9licat probl\u00e8me de savoir si le contrat de travail devait \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 par la \u00ab\u00a0subordination juridique\u00a0\u00bb ou bien par la \u00ab\u00a0d\u00e9pendance \u00e9conomique\u00a0\u00bb. L\u2019enjeu \u00e9tait de savoir qui pourrait b\u00e9n\u00e9ficier des lois sociales. En raisonnant selon la nature des risques contre lesquels la loi entendait prot\u00e9ger, certains, comme les accidents du travail, \u00e9taient li\u00e9s directement et imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019activit\u00e9 exerc\u00e9e alors que d\u2019autres, comme la maladie ou la vieillesse, en \u00e9taient plus \u00e9loign\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour les premiers, comme le montrent les d\u00e9bats sur la loi concernant les accidents du travail vot\u00e9e le 9 avril 1898, le discours l\u00e9gislatif s\u2019appuyait sur la notion de d\u00e9pendance \u00e9conomique li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9pendance technique de l\u2019ouvrier vis-\u00e0-vis du patron dans l\u2019ex\u00e9cution de son travail. La jurisprudence l\u2019appliqua de fa\u00e7on beaucoup plus large en substituant la subordination juridique<a title=\"\" href=\"#_ftn212\">[212]<\/a> \u00e0 la d\u00e9pendance \u00e9conomique. Ainsi, la loi de 1898, en reconnaissant l\u2019employeur comme seul organisateur des risques d\u2019accidents sur le travail, accr\u00e9ditait l\u2019id\u00e9e de commandement au sein de l\u2019entreprise et m\u00eame de gouvernement exclusif de l\u2019entreprise par l\u2019employeur. Par cette loi, c\u2019\u00e9tait l\u2019autorit\u00e9 et la discipline et non plus l\u2019autonomie des ouvriers qui constituaient d\u00e9sormais la r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour les seconds, comme le montrent les d\u00e9bats sur la loi concernant les retraites vot\u00e9e le 5 avril 1910 et celle sur les assurances sociales des travailleurs vot\u00e9e le 5 avril 1928 puis compl\u00e9t\u00e9e par celle du 30 avril 1930, le raisonnement l\u00e9gislatif s\u2019appuiait plut\u00f4t sur la notion de d\u00e9pendance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Cependant, la Cour de cassation prit deux d\u00e9cisions importantes en 1931 et 1932 indiquant que \u00ab\u00a0la d\u00e9pendance \u00e9conomique (\u2026.) ne pouvait servir de crit\u00e8re pour d\u00e9terminer les obligations que la loi mettait \u00e0 la charge de l\u2019employeur\u00a0\u00bb. Ces d\u00e9cisions revenaient \u00e0 imposer la stabilisation du contrat de travail, pr\u00e8s d\u2019un demi-si\u00e8cle<a title=\"\" href=\"#_ftn213\">[213]<\/a> apr\u00e8s l\u2019emploi de cette expression<a title=\"\" href=\"#_ftn214\">[214]<\/a>, uniquement sur la notion de subordination caract\u00e9ris\u00e9e par les quatre crit\u00e8res suivants (Olivier Tholozan, 2005)\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\u00ab\u00a0la r\u00e9gularit\u00e9 du travail\u00a0\u00bb comme principale source de gain,<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0la prise et l\u2019ex\u00e9cution du travail \u00e0 date fixe\u00a0\u00bb,<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0l\u2019unicit\u00e9 du travail\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire sans tirer b\u00e9n\u00e9fice du travail des autres,<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0les conditions de contr\u00f4le du travail une fois achev\u00e9\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pendant les cinquante ans que dur\u00e8rent les d\u00e9bats contradictoires sur le contrat de travail, les patrons dans les entreprises allaient chercher \u00e0 inventer des hi\u00e9rarchies d\u2019atelier qui soient mieux ma\u00eetris\u00e9es et plus rationnelles. A ce titre, au probl\u00e8me de l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;action de la hi\u00e9rarchie d&rsquo;atelier dans les aspects nouveaux ou renouvel\u00e9s de son r\u00f4le<a title=\"\" href=\"#_ftn215\">[215]<\/a>, s&rsquo;ajout\u00e8rent ceux de sa l\u00e9gitimit\u00e9 aupr\u00e8s des ouvriers et de son contr\u00f4le par les directions d&rsquo;usine. Il fallait que les ouvriers, nagu\u00e8re autonomes, acceptent l\u2019\u00ab\u00a0empire\u00a0\u00bb des contrema\u00eetres dans l&rsquo;atelier et que les directions, vis-\u00e0-vis desquelles les contrema\u00eetres avaient t\u00e9moign\u00e9 jusque-l\u00e0 une loyaut\u00e9 tr\u00e8s variable, s&rsquo;assurent d&rsquo;un contr\u00f4le \u00e0 peu pr\u00e8s satisfaisant sur ceux-ci dont le champ d&rsquo;action et les pouvoirs \u00e9taient d\u00e9sormais tr\u00e8s \u00e9tendus. Ce n&rsquo;est que petit \u00e0 petit, \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1880, que ces diverses questions apparurent dans leur \u00e9tendue et leurs difficult\u00e9s et ce n&rsquo;est que progressivement, par \u00e9tapes successives men\u00e9es sur divers fronts, que les patrons esquiss\u00e8rent et essay\u00e8rent plusieurs solutions (Lefebvre, 2003).<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es 1880 aux ann\u00e9es 1930, on peut sch\u00e9matiquement distinguer deux p\u00e9riodes dans l&rsquo;histoire des tentatives de r\u00e9ponse \u00e0 ces questions de rationalisation de la hi\u00e9rarchie pour la rendre suffisamment efficace, l\u00e9gitime et contr\u00f4lable.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;au tournant du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les tentatives de r\u00e9ponse comme le d\u00e9veloppement de l&rsquo;enseignement technique furent majoritairement centr\u00e9es sur les qualit\u00e9s techniques attendues des futurs contrema\u00eetres.<\/p>\n<p>A partir du tout d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, en r\u00e9ponse aux limites de ces premi\u00e8res tentatives, de nouvelles tentatives de rationalisation se d\u00e9velopp\u00e8rent en d\u00e9bordant le champ des qualit\u00e9s techniques des contrema\u00eetres. D\u00e9sormais des doctrines d&rsquo;organisation assez larges et plus ou moins syst\u00e9matis\u00e9es apparaissaient et se proposaient aux entreprises comme autant de solutions possibles. Le Taylorisme n&rsquo;\u00e9tait que l&rsquo;une des multiples voies alors propos\u00e9es. A ses c\u00f4t\u00e9s, on trouve en France, l&rsquo;Ecole Fran\u00e7aise d&rsquo;Organisation ou Science Industrielle, l&rsquo;Ing\u00e9nierie Sociale et le Fayolisme dont les vues s&rsquo;\u00e9tendaient aux activit\u00e9s ouvri\u00e8res et y prenaient m\u00eame largement naissance.<\/p>\n<p>La multitude de ces doctrines, puis leur longue coexistence, n&rsquo;\u00e9tait pas un hasard. Chacune r\u00e9pondait de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 certains aspects particuliers des probl\u00e8mes soulev\u00e9s par la nouvelle hi\u00e9rarchie ou \u00e0 certains des contextes industriels dans lesquels ils se pr\u00e9sentaient. Mais, m\u00eame cibl\u00e9es, ces nouvelles r\u00e9ponses ne suffirent pas compl\u00e8tement \u00e0 surmonter l&rsquo;ensemble des probl\u00e8mes rencontr\u00e9s. En 1936, les contrema\u00eetres formaient encore, selon les patrons comme selon les ouvriers, l&rsquo;une des principales sources de m\u00e9contentement \u00e0 l&rsquo;origine des revendications ouvri\u00e8res.<\/p>\n<p>L&rsquo;invention d&rsquo;une hi\u00e9rarchie viable, se poursuivra en suivant alors deux nouvelles voies\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>celle de la m\u00e9canisation avanc\u00e9e, l&rsquo;ouvrier se devant d\u00e9sormais d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 la machine plus ou autant qu&rsquo;au contrema\u00eetre, ce qui donnera lieu \u00e0 la sociologie fran\u00e7aise du travail et aux travaux de Georges Friedmann, Pierre Naville et Alain Touraine,<\/li>\n<li>celle de la bureaucratie qui donnera lieu, en France, \u00e0 la sociologie des organisations de Michel Crozier, la r\u00e8gle impersonnelle tentant de se substituer aux rapports personnels de commandement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si elles partaient toutes les deux de la question ouvri\u00e8re, les r\u00e9ponses juridiques et gestionnaires \u00e9taient profond\u00e9ment diff\u00e9rentes dans leurs conceptions de la subordination. Celle qui \u00e9tait juridique ne constituait pas un emprunt ou une d\u00e9rivation directe de celle qui \u00e9tait technique et qui se construisit dans les entreprises en donnant naissance au champ de l&rsquo;organisation du travail. Le couplage entre les deux existait mais il \u00e9tait l\u00e2che. Il donna naissance \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 \u00e0 une nouvelle p\u00e9riode qualifi\u00e9e par Le\u00a0Crom (2001) de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 salariale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces nouvelles mani\u00e8res de penser et de dire l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique dans un cadre juridique ont produit les conditions de l\u2019\u00e9mergence et du d\u00e9veloppement de l\u2019entreprise (Segrestin et Hatchuel, 2009) qui ne fait pourtant pas l\u2019objet d\u2019une reconnaissance juridique, le droit ne d\u00e9finissant que des \u00ab\u00a0personnes morales\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer la soci\u00e9t\u00e9 commerciale comme objet collectif autonome.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>7.1.6 &#8211; La notion d\u2019entit\u00e9 et de parties prenantes<\/h3>\n<p>Les d\u00e9bats sur le contrat de travail fond\u00e9 sur la subordination et sur la gestion par la hi\u00e9rarchie vont faire appara\u00eetre progressivement une organisation nouvelle \u00e0 laquelle on donnera le nom ancien d\u2019\u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alors que le courant fondationniste avait naturalis\u00e9 le mod\u00e8le juridique de la soci\u00e9t\u00e9 commerciale pour caract\u00e9riser l\u2019entreprise, celle-ci apparaissait maintenant \u00e0 la fois comme un objet de gestion diff\u00e9rent de la soci\u00e9t\u00e9 et comme un collectif distinct anim\u00e9 d\u2019une dynamique d\u2019action. Elle reposait sur une forte hi\u00e9rarchie alors que le fonctionnement ancien \u00e9tait fond\u00e9 sur l\u2019autonomie de l\u2019ouvrier dans une quasi-absence hi\u00e9rarchique.<\/p>\n<p>Pour Segrestin et Hatchuel (2009), cette cr\u00e9ation historique aurait d\u00fb remettre en cause la soci\u00e9t\u00e9 commerciale comme cadre au mod\u00e8le de gouvernance de l\u2019entreprise moderne<a title=\"\" href=\"#_ftn216\">[216]<\/a>. Pourtant, il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9 et l\u2019entreprise, tout en per\u00e7ant l\u2019\u00e9cran du droit par ses r\u00e9ussites, est rest\u00e9e invisible dans celui-ci, son fonctionnement se contentant de reposer sur de nombreux objets de droit, tels que la personnalit\u00e9 morale, la direction g\u00e9n\u00e9rale ou le contrat de travail, qui encadrent les relations internes et externes et structurent les logiques d\u2019action.<\/p>\n<p>Comme nous l\u2019avons vu au paragraphe pr\u00e9c\u00e9dent, la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle marqua ind\u00e9niablement un tournant. Les chemins de fer arrivaient \u00e0 maturit\u00e9 et avec la deuxi\u00e8me R\u00e9volution industrielle, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;acteurs \u00e9mergea dans de multiples domaines. Les pratiques \u00e9volu\u00e8rent consid\u00e9rablement sous l\u2019influence d\u2019acteurs comme Fayol et Taylor qui permettront de penser \u00ab l&rsquo;administration \u00bb comme une science et comme une activit\u00e9 distincte du gouvernement des entreprises ainsi que \u00ab\u00a0l&rsquo;organisation du travail\u00a0\u00bb comme un savoir-faire qui op\u00e9rationnalise le contrat de travail en transformant la relation de travail, jusque-l\u00e0 marchande, en une relation de coop\u00e9ration et de prescription (Hatchuel, 2004).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>7.1.6.1 &#8211; L\u2019entreprise comme nouvel objet de gestion selon Fayol<\/h4>\n<p>Fayol a contribu\u00e9 \u00e0 identifier la gestion de l&rsquo;entreprise comme une fonction cl\u00e9, distincte de l&rsquo;administration et du gouvernement de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>En prenant la direction des usines m\u00e9tallurgiques de Fourchambault et Houill\u00e8res de Commentry qui \u00e9taient au bord du d\u00e9p\u00f4t de bilan, Fayol montra qu&rsquo;une usine n&rsquo;est pas en soi un actif rentable ou d\u00e9ficitaire.<\/p>\n<p>La rentabilit\u00e9 se construit, notamment par le d\u00e9veloppement d&rsquo;un nouveau savoir-faire, celui de l&rsquo;investissement qui permet de construire les capacit\u00e9s de long terme dont celles de cr\u00e9er des comp\u00e9tences collectives.<\/p>\n<p>La logique commerciale n&rsquo;est donc plus suffisante pour rendre compte de l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;une entreprise. Celle-ci construit des ressources qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, n&rsquo;existent pas sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>Mais, ce faisant, Fayol d\u00e9signe aussi un nouvel objet de gestion : l&rsquo;entreprise. Pour lui, les d\u00e9tenteurs de capitaux ont un r\u00f4le en pratique restreint et consistant\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\u00e0 nommer les membres du conseil d&rsquo;administration qui seront les administrateurs de la soci\u00e9t\u00e9, lesquels d\u00e9l\u00e8guent eux-m\u00eames une tr\u00e8s grande partie de ces pouvoirs \u00e0 la direction g\u00e9n\u00e9rale,<\/li>\n<li>\u00e0 choisir les v\u00e9rificateurs des comptes,<\/li>\n<li>\u00e0 d\u00e9lib\u00e9rer sur les propositions du conseil d&rsquo;administration.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Fayol, si l&rsquo;administration d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de capitaux vise la rentabilit\u00e9 des capitaux, la gestion de l&rsquo;entreprise vise au contraire sa p\u00e9rennit\u00e9 et sa croissance. S&rsquo;il se donnait pour contrainte d&rsquo;offrir un profit satisfaisant pour les actionnaires<a title=\"\" href=\"#_ftn217\">[217]<\/a>), il privil\u00e9gia la croissance et les investissements sur la distribution de b\u00e9n\u00e9fices aux actionnaires. En cela, sa conception n\u2019\u00e9tait pas court-termiste\u00a0: elle ne faisait que reproduire la vision traditionnelle des administrateurs de soci\u00e9t\u00e9s au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle qui mettaient l\u2019accent sur le moyen et le long terme.<\/p>\n<p>En s&rsquo;opposant au conseil d&rsquo;administration de la soci\u00e9t\u00e9 pour laquelle il travaillait, Fayol introduisit une nouvelle figure de l&rsquo;autorit\u00e9 de gestion et qualifia une nouvelle science qui est celle de la direction d&rsquo;entreprise, en donnant \u00e0 la gestion un contenu \u00e9pist\u00e9mologique in\u00e9dit (H. Fayol, 1916). L&rsquo;autorit\u00e9 de gestion \u00e9tait le \u00ab\u00a0le directeur g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb qui ne se confondait ni avec le marchand ou le capitaliste ni avec l&rsquo;inventeur ou l&rsquo;entrepreneur. Il allait incarner cette figure nouvelle qui \u00e9tait celle du \u00ab\u00a0chef d&rsquo;entreprise\u00a0\u00bb faisant appara\u00eetre simultan\u00e9ment un espace de savoirs et de l\u00e9gitimit\u00e9 singulier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>7.1.6.2 &#8211; L\u2019entreprise comme nouveau collectif de travail selon Taylor<\/h4>\n<p>Taylor observa vite la contradiction entre un syst\u00e8me de r\u00e9mun\u00e9ration traditionnel \u00e0 la pi\u00e8ce et le processus de sp\u00e9cialisation technique (A. Hatchuel, 1994). Il contesta l&rsquo;organisation marchande du travail qui se r\u00e9v\u00e9lait incompatible avec les exigences cr\u00e9atrices qu\u2019apportait le progr\u00e8s scientifique et technique.<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation de nouvelles machines posait un probl\u00e8me in\u00e9dit qui ne pouvait \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 une simple asym\u00e9trie d&rsquo;information car l&rsquo;enjeu n&rsquo;\u00e9tait pas de bien n\u00e9gocier les tarifs ou de bien inciter les ouvriers. Il \u00e9tait, au contraire, de construire de nouveaux savoirs pour am\u00e9liorer l&rsquo;utilisation et la conception des machines. Il \u00e9tait \u00e9galement de ne pas faire porter la productivit\u00e9 uniquement au niveau des individus, mais de produire des savoirs pour g\u00e9rer les interfaces entre activit\u00e9s et m\u00e9tiers.<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise avait besoin de fabriquer de nouvelles ressources collectives qui, l\u00e0 encore, ne pr\u00e9existaient pas sur le march\u00e9 et pour lesquelles elle devait s&rsquo;organiser. Par cette proposition qu\u2019il fit, Taylor fonda des m\u00e9thodes d&rsquo;organisation du travail qui devinrent un objet de rationalisation, de m\u00e9thodes et de prescriptions (A. Hatchuel, 1997).<\/p>\n<p>Par ailleurs, en introduisant ce tiers expert qu\u2019\u00e9tait l&rsquo;ing\u00e9nieur m\u00e9thodes, il visa \u00e0 r\u00e9soudre les conflits et \u00e0 restaurer l&rsquo;efficacit\u00e9 de la relation entre employeur et employ\u00e9s qui firent basculer l&rsquo;action collective dans un espace organis\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>7.1.6.3 &#8211; Constitution de l\u2019entreprise<\/h4>\n<p>L&rsquo;entreprise se constitua alors comme un collectif diff\u00e9rent de celui de la soci\u00e9t\u00e9. Contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;un bien, le travail salari\u00e9 est prot\u00e9g\u00e9 des relations commerciales pour se fonder sur un paradigme coop\u00e9ratif. Les comp\u00e9tences ou le patrimoine des individus ne d\u00e9pendent plus d\u2019eux et de leurs parcours personnels. Au contraire, leur destin se trouve confi\u00e9 aux d\u00e9cisions de gestion collective. La production de comp\u00e9tences fait partie int\u00e9grante du rapport salarial dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;individu laisse \u00e0 l&#8217;employeur le soin de construire, avec lui, ses ressources et ses capacit\u00e9s d&rsquo;action futures.<\/p>\n<p>Cette nouvelle repr\u00e9sentation de la relation salariale eut une port\u00e9e consid\u00e9rable (Daniel Nelson, 1992).<\/p>\n<p>Elle donna naissance aux directions du personnel, qui \u00e9taient quasiment inexistantes avant 1917 puisque c\u2019\u00e9taient les conseils d&rsquo;administration qui, auparavant, g\u00e9raient directement la fonction \u00ab\u00a0personnel\u00a0\u00bb en la limitant \u00e0 l&rsquo;administration de la paie apr\u00e8s recrutement, au r\u00e8glement int\u00e9rieur et aux \u0153uvres sociales (Jean Fombonne, 2001).<\/p>\n<p>La gestion du personnel va progressivement se former en prenant de la consistance avec la mont\u00e9e des pr\u00e9occupations d&rsquo;hygi\u00e8ne et de s\u00e9curit\u00e9, de l&rsquo;action sociale qui sera confi\u00e9e plus tard aux comit\u00e9s d&rsquo;entreprise, de la formation et finalement des carri\u00e8res.<\/p>\n<p>De m\u00eame, cette repr\u00e9sentation inaugure la prise en charge par l&rsquo;\u00c9tat des risques sociaux \u00e0 travers la S\u00e9curit\u00e9 sociale pour faire de la condition du travailleur un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0statut\u00a0\u00bb de salari\u00e9 (A. Supiot, 2007).<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019entreprise peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 trois dimensions\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>une dynamique collective qui vise \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles ressources,<\/li>\n<li>un collectif organis\u00e9 de travail avec des relations diff\u00e9rentes qui, par la subordination, impliquent une participation des salari\u00e9s aux risques, ce qui fait d\u2019eux des \u00ab\u00a0parties prenantes\u00a0\u00bb de l\u2019entreprise,<\/li>\n<li>une autorit\u00e9 de gestion qui prescrit et coordonne le travail mais qui dispose aussi de la l\u00e9gitimit\u00e9 pour d\u00e9fendre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La notion d&rsquo;entreprise sert d\u00e9sormais de r\u00e9f\u00e9rence incontournable. L&rsquo;entreprise est devenue une \u00e9vidence, elle concerne maintenant tout le monde, des plus petites affaires aux plus grandes multinationales. Elle donne lieu \u00e0 des progr\u00e8s spectaculaires, \u00e0 des innovations techniques radicales et \u00e0 des transformations sociales profondes. L&rsquo;entreprise, capable de manier les sciences et l&rsquo;industrie, \u00e9merveille et inqui\u00e8te.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9tat n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas sans l&rsquo;encadrer. Pourtant, et c&rsquo;est le paradoxe, il se saisit d\u2019elle et lui permet de se d\u00e9ployer mais sans jamais lui reconna\u00eetre de qualification juridique particuli\u00e8re. Or, faute de la reconna\u00eetre l&rsquo;entreprise, il alimente la confusion avec la soci\u00e9t\u00e9 commerciale. Comme le disait Georges Ripert (1951), l&rsquo;entreprise n&rsquo;a aucun droit puisqu\u2019elle n\u2019est pas reconnue juridiquement. Les normes des soci\u00e9t\u00e9s commerciales lui ont simplement \u00e9t\u00e9 \u00e9tendues et elle est rest\u00e9e \u00ab\u00a0cach\u00e9e\u00a0\u00bb sous l&rsquo;id\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9, les actionnaires des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tant suppos\u00e9es en \u00eatre les propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>Ce choix du droit s&rsquo;explique notamment par le souci de l&rsquo;\u00c9tat de d\u00e9fendre constamment l&rsquo;\u00e9pargne et les actionnaires vis-\u00e0-vis des soci\u00e9t\u00e9s frauduleuses. Depuis les ann\u00e9es 1950, la jurisprudence s&rsquo;est constamment attach\u00e9e \u00e0 d\u00e9fendre l&rsquo;actionnaire, le l\u00e9gislateur consid\u00e9rant que les actionnaires ont abandonn\u00e9 les droits qui leur appartiennent a cherch\u00e9 simplement \u00e0 leur \u00ab\u00a0restituer leurs pouvoirs, les d\u00e9fendre contre l&rsquo;oligarchie des administrateurs, maintenir rigoureusement l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre eux, leur donner le moyen de comprendre les affaires sociales\u00a0\u00bb (G. Ripert, 1951).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si le droit a ainsi masqu\u00e9 l&rsquo;apparition de l&rsquo;entreprise, rien n&rsquo;interdit pour autant de la penser autrement qu&rsquo;au travers des normes de la soci\u00e9t\u00e9 commerciale.<\/p>\n<p>Dans le mod\u00e8le de la soci\u00e9t\u00e9, les associ\u00e9s, qui fournissent le capital social, sont ceux qui dirigent (\u00e9ventuellement via un directeur \u00e0 qui ils d\u00e9l\u00e8guent leur pouvoir) l&rsquo;entreprise. Or, par la mani\u00e8re dont l\u2019entreprise s\u2019est constitu\u00e9e, l&rsquo;autorit\u00e9 devrait \u00eatre fond\u00e9e non sur la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une ressource existante mais sur la n\u00e9cessit\u00e9 de construire des ressources inexistantes. C&rsquo;est pour investir et cr\u00e9er de nouvelles ressources productives et de nouveaux savoirs collectifs qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de coordonner les actions individuelles.<\/p>\n<p>Fayol a d\u00e9fendu la latitude manag\u00e9riale pour structurer une action collective o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats des parties \u00e9taient momentan\u00e9ment suspendus au profit de l&rsquo;avenir de l&rsquo;entreprise. Dans l&rsquo;entreprise, l&rsquo;autorit\u00e9 de gestion ne peut donc \u00eatre justifi\u00e9e que par les ressources \u00e0 cr\u00e9er et non par les propri\u00e9t\u00e9s initiales, ce qui g\u00e9n\u00e9ralise le principe hi\u00e9rarchique en estompant le clivage entre les actionnaires et les salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les membres de l&rsquo;entreprise sont ceux dont les actions sont effectivement subordonn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de gestion, autrement dit dont les ressources sont g\u00e9r\u00e9es pour les besoins du collectif dont il faut alors red\u00e9finir le p\u00e9rim\u00e8tre, non par les apports initiaux des individus mais en fonction de l\u2019assomption des risques. Il est difficile de consid\u00e9rer que les actionnaires assument seuls le risque de l&rsquo;entreprise. Au contraire, quiconque accepte de voir ses ressources g\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;autorit\u00e9 de gestion et pour le bien commun participe de facto au risque car il encourt d&#8217;embl\u00e9e celui de voir ses ressources sacrifi\u00e9es au nom de l&rsquo;avenir de l&rsquo;entreprise. Il s\u2019ensuit que les actionnaires ne sont pas davantage impliqu\u00e9s ou soumis au risque que les salari\u00e9s, notamment si l&rsquo;on prend en compte le fait qu&rsquo;ils peuvent quitter l&rsquo;entreprise \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>Enfin, dans le mod\u00e8le de la soci\u00e9t\u00e9, ce sont les capitaux apport\u00e9s qui sont cens\u00e9s \u00eatre valoris\u00e9s par l&rsquo;action collective, l&rsquo;administration de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tant d&rsquo;autant plus performante qu&rsquo;elle parviendra \u00e0 les faire fructifier. Dans cette perspective, d&rsquo;une part, le r\u00e9sultat consid\u00e9r\u00e9 se limite au r\u00e9sultat comptable et d&rsquo;autre part, les parties autres que les actionnaires ne sont pas cens\u00e9es participer aux r\u00e9sultats, notamment les salari\u00e9s qui touchent une r\u00e9mun\u00e9ration convenue d&rsquo;avance \u00e0 travers le contrat de travail. Si les individus, qu\u2019ils soient actionnaires ou salari\u00e9s, doivent \u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s de mani\u00e8re juste pour leur contribution individuelle, l&rsquo;objectif de la gestion ne se r\u00e9duit pas \u00e0 cette r\u00e9mun\u00e9ration. Il consiste plus fondamentalement \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer les \u00ab potentiels \u00bb en tant que ressources \u00ab en puissance \u00bb, qui permettront \u00e0 l&rsquo;entreprise de prosp\u00e9rer et de se d\u00e9velopper. Dans cette optique, les r\u00e9mun\u00e9rations individuelles des actionnaires comme celles des salari\u00e9s apparaissent comme une condition de l&rsquo;action collective alors que les r\u00e9sultats de celle-ci ne peuvent relever que d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 collective car, si l&rsquo;entreprise est vue comme une dynamique collective de cr\u00e9ation, il est n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre la propri\u00e9t\u00e9 collective des biens qu&rsquo;elle produit et des r\u00e9sultats qu\u2019elle d\u00e9gage sous l&rsquo;autorit\u00e9 des g\u00e9rants, ce qui ne signifie pas qu\u2019il ne faille pas pour autant d\u00e9finir des r\u00e8gles de participation entre ses membres dans la mesure o\u00f9 elles suivent un principe d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 et de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces relations de propri\u00e9t\u00e9 entre les personnes physiques et celles qui sont morales entra\u00eenent comme cons\u00e9quence que l\u2019entreprise n\u2019existe pas \u00e9conomiquement et, donc, n\u2019a pas de fonctionnement autonome par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019encha\u00eenement logique pour aboutir \u00e0 l\u2019entreprise se fonde sur le droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0: les apporteurs de capitaux sont propri\u00e9taires de l\u2019entreprise individuelle (expression mal choisie) ou de la soci\u00e9t\u00e9 qui est propri\u00e9taire des actifs mis \u00e0 la disposition de l\u2019entreprise, ce qui n\u2019entra\u00eene pas comme cons\u00e9quence que l\u2019entreprise elle-m\u00eame soit propri\u00e9taire de ces actifs. Au contraire, elle n\u2019a aucune autonomie \u00e9conomique puisqu\u2019elle ne poss\u00e8de pas le patrimoine qui, de par le droit, ne peut qu\u2019appartenir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. En cons\u00e9quence, la comptabilit\u00e9 qui est tenue est celle de la soci\u00e9t\u00e9 et non celle de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous avons parfaitement conscience que nous ne suivons pas les conclusions de l\u2019\u00e9cole institutionnaliste am\u00e9ricaine qui consid\u00e8re l\u2019entreprise comme une entit\u00e9 \u00e9conomique et sociale dot\u00e9e d\u2019une existence r\u00e9elle et tangible au sein de laquelle \u00ab\u00a0les transactions \u00e9conomiques ne sont pas des \u00e9changes de biens entre des individus isol\u00e9s mais plut\u00f4t des interactions sociales\u00a0\u00bb (Commons, 1935). C\u2019est aussi sur cette id\u00e9e de refus d\u2019une fiction juridique, que l\u2019Italien Zappa apporte une contribution originale \u00e0 la recherche comptable en supposant que l\u2019entreprise existe hors du droit, dans les transactions mises en \u0153uvre par le groupe des personnes qui la composent, sa tendance \u00e0 exister r\u00e9sultant de l\u2019action collective qui transcende les attentes et le volontarisme de chacune d\u2019entre elles. Le langage comptable est alors charg\u00e9 de rendre compte des faits organisationnels qui touchent l\u2019entreprise<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>7.2 &#8211; La construction du co\u00fbt historique et la th\u00e9orie comptable de l\u2019entit\u00e9<\/h2>\n<p>Nous avons d\u00e9velopp\u00e9 au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent l\u2019histoire compliqu\u00e9e du concept de \u00ab\u00a0personnalit\u00e9 morale\u00a0\u00bb qui est central dans le droit pour d\u00e9signer cet \u00eatre collectif et autonome qu\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 mais qui continue de faire l\u2019objet de nombreux d\u00e9bats. Ceux-ci portent essentiellement sur le lien entre le patrimoine des associ\u00e9s et celui de la soci\u00e9t\u00e9 trop souvent assimil\u00e9e rapidement \u00e0 l\u2019entreprise alors qu\u2019elle n\u2019en est que le cadre juridique.<\/p>\n<p>En effet, dire que l\u2019entreprise est une entit\u00e9 revient \u00e0 la s\u00e9parer de ses propri\u00e9taires afin de ne plus la consid\u00e9rer comme un objet de propri\u00e9t\u00e9 et permettre ainsi de l\u2019inscrire dans un champ de repr\u00e9sentations qui met en \u00e9vidence plusieurs entit\u00e9s distinctes\u00a0: sociale, juridique, soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re et filiales, financi\u00e8re, \u00e9conomique, productive, etc. Il s\u2019agit ensuite de faire correspondre \u00e0 cette entit\u00e9 entreprise sa personnalit\u00e9 comptable, c\u2019est-\u00e0-dire son entit\u00e9 comptable qui existe m\u00eame lorsque les personnalit\u00e9s juridique et physique ne font qu\u2019une comme dans le cas des entreprises individuelles.<\/p>\n<p>Comme, selon cette conception, l\u2019entit\u00e9 comptable doit mesurer les \u00e9l\u00e9ments et les flux des autres entit\u00e9s sous peine de compromettre sa cr\u00e9dibilit\u00e9 et ses qualit\u00e9s informationnelles, de nombreux dysfonctionnements apparaissent. Ils permettent de dire que l\u2019entit\u00e9 comptable est\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\u00ab\u00a0mutil\u00e9e\u00a0\u00bb puisque l\u2019usage de la quantification et de la mesure ne lui permet pas de tout enregistrer, dont la comp\u00e9tence des salari\u00e9s, l\u2019image de marque, etc.,<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0fragment\u00e9e\u00a0\u00bb de par le choix que font certains dirigeants de loger des positions actives dans des structures ad hoc pour \u00ab\u00a0nettoyer\u00a0\u00bb leur bilan, se livrant \u00e0 cette occasion \u00e0 une pratique de comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, nous ne pensons pas que la comptabilit\u00e9 n\u2019ait qu\u2019une vocation \u00e0 mesurer les \u00e9l\u00e9ments et les flux des diff\u00e9rentes entit\u00e9s qui composent l\u2019entreprise. Par exemple, vouloir mesurer l\u2019\u00ab\u00a0actif humain\u00a0\u00bb (E. Marqu\u00e8s \u2013 Actes de l\u2019AFC \u2013 1982) correspond \u00e0 une conception de la comp\u00e9tence humaine utilis\u00e9e dans l\u2019acte de production comme \u00e9tant un \u00ab\u00a0capital humain\u00a0\u00bb, ce que nous ne retenons pas car cette comp\u00e9tence produit ses effets dans la mani\u00e8re dont l\u2019acte d\u2019\u00e9change se d\u00e9roule, c\u2019est-\u00e0-dire que sa valeur est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 celui-ci. De plus, consid\u00e9rer l\u2019entreprise comme une entit\u00e9 permet de b\u00e2tir tout l&rsquo;\u00e9difice financier sur la notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb alors qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la contrepartie attendue par les propri\u00e9taires du capital, ce qui nous semble aboutir \u00e0 vider de son sens la comptabilit\u00e9. Si les int\u00e9r\u00eats vers\u00e9s aux cr\u00e9anciers sont bien comptabilis\u00e9s comme une charge car ils doivent \u00eatre pris en compte avant que l\u2019\u00e9change ne se produise, le profit attendu de l&rsquo;investissement ne peut pas \u00eatre trait\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re puisqu\u2019il n\u2019appara\u00eet que lorsque l\u2019\u00e9change est r\u00e9alis\u00e9. La comptabilit\u00e9 va subir le contrecoup de cette confusion entre la soci\u00e9t\u00e9 commerciale et l\u2019entreprise en empilant au cours du temps des r\u00e8gles qui produisent de nombreuses anomalies pour donner naissance \u00e0 des aberrations qui faussent la perception que l\u2019on peut avoir de l\u2019entreprise. Deux exemples parmi d\u2019autres illustrent cette \u00e9volution\u00a0: les biens financ\u00e9s par cr\u00e9dit-bail ne figurent pas \u00e0 l\u2019actif du bilan mais ceux acquis \u00e0 cr\u00e9dit avec une clause de r\u00e9serve de propri\u00e9t\u00e9 y sont inscrits alors que la clause en frappe l\u2019acquisition.<\/p>\n<p>A cette confusion comptable correspond une perception floue de la gouvernance de l\u2019entreprise. Le probl\u00e8me qui se posa fut de disposer d\u2019outils capables de mesurer la valeur cr\u00e9\u00e9e pour les parties prenantes. La notion de valeur cr\u00e9\u00e9e doit \u00eatre \u00e0 m\u00eame, selon le principe d\u2019efficience organisationnelle, de prendre en compte l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ces derni\u00e8res, ce qui pose aussi le probl\u00e8me de la r\u00e9partition de la rente qui est d\u00e9gag\u00e9e. Celle-ci doit pouvoir \u00eatre mise en relation avec les contributions respectives de chaque partie prenante \u00e0 travers, notamment, leurs comp\u00e9tences-cl\u00e9s, ce qui suppose que l\u2019on accorde un r\u00f4le central \u00e0 l\u2019investissement et non plus au financement comme dans l\u2019approche actionnariale. Dans ce cadre, la th\u00e9orie comptable du propri\u00e9taire semble peu adapt\u00e9e \u00e0 une analyse de la cr\u00e9ation de valeur reposant sur la vision contractuelle de la firme mettant celle-ci en relation avec ses diff\u00e9rents partenaires sous forme d&rsquo;un jeu coop\u00e9ratif \u00e0 travers une cha\u00eene de valeur telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e par Porter (1982). Elle semble \u00e9galement peu pertinente pour analyser la cr\u00e9ation de valeur dans les nouvelles formes de firmes de type virtuel qui, \u00e0 la limite, ne poss\u00e8dent aucun actif mat\u00e9riel car il est alors impossible de mesurer une performance sur la base des capitaux investis, ces derniers \u00e9tant apparemment nuls.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la mesure de la valeur cr\u00e9\u00e9e et de sa r\u00e9partition entre les parties prenantes, plusieurs m\u00e9thodes existent dont celle des comptes de surplus de productivit\u00e9 globale issue des travaux men\u00e9s \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 par une \u00e9quipe d\u2019\u00e9conomistes rassembl\u00e9s autour de Marcel Boiteux et Pierre\u00a0Mass\u00e9 respectivement directeur d\u2019EDF et pr\u00e9sident du Conseil d\u2019administration d\u2019EDF. L\u2019id\u00e9e de cette m\u00e9thode consiste \u00e0 calculer le surplus de productivit\u00e9 globale entre deux p\u00e9riodes comme une augmentation du volume des produits plus que proportionnelle \u00e0 celle des facteurs n\u00e9cessaires pour les obtenir, puis \u00e0 le r\u00e9partir entre les parties prenantes \u00e0 l\u2019entreprise en utilisant les variations de prix. Cette m\u00e9thode qui permet une articulation entre cr\u00e9ation et distribution de richesses est tr\u00e8s lourde \u00e0 mettre en \u0153uvre de par la finesse des informations dont il faut disposer de mani\u00e8re volum\u00e9trique sur les facteurs de production.<\/p>\n<p>Charreaux et Desbri\u00e8res (1998) proposent une autre m\u00e9thode en consid\u00e9rant tout d\u2019abord la cha\u00eene de valeur la plus simple d\u2019une entreprise dont le dirigeant est en m\u00eame temps le propri\u00e9taire unique et qui ne dispose que d&rsquo;un seul fournisseur et d&rsquo;un seul client. Du c\u00f4t\u00e9 du fournisseur la valeur cr\u00e9\u00e9e (100 \u20ac par exemple) est \u00e9gale \u00e0 la diff\u00e9rence entre le prix pay\u00e9 par la firme (le co\u00fbt explicite = 200 \u20ac) et le \u00ab\u00a0co\u00fbt d&rsquo;opportunit\u00e9\u00a0\u00bb, soit le prix minimum requis par le fournisseur pour entreprendre ou produire une transaction (100 \u20ac). Cette m\u00eame analyse peut \u00eatre transpos\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 du client. Il y a valeur cr\u00e9\u00e9e si le client obtient le produit \u00e0 un prix (900\u00a0\u20ac) inf\u00e9rieur \u00e0 son \u00ab\u00a0prix d&rsquo;opportunit\u00e9\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire le prix qu&rsquo;il aurait \u00e9t\u00e9 dispos\u00e9 \u00e0 payer (1\u00a0000 \u20ac). La valeur cr\u00e9\u00e9e (900 \u20ac) est alors \u00e9gale \u00e0 la diff\u00e9rence entre le prix d&rsquo;opportunit\u00e9 pour le client (1\u00a0000 \u20ac) et le co\u00fbt d&rsquo;opportunit\u00e9 pour le fournisseur (100 \u20ac). La part revenant \u00e0 l\u2019entreprise \u00e9tant \u00e9gale au prix per\u00e7u (900 \u20ac) diminu\u00e9 du co\u00fbt explicite des ressources, la valeur cr\u00e9\u00e9e se r\u00e9partit de la mani\u00e8re suivante\u00a0: entreprise\u00a0= 900 \u2013 200 = 700 \u20ac avec client\u00a0=\u00a01\u00a0000 \u2013 900 = 100 et fournisseur\u00a0= 200 \u2013 100 = 100. Cette r\u00e9partition finale est suppos\u00e9e d\u00e9pendre des pouvoirs respectifs de n\u00e9gociation de l\u2019entreprise, du client et du fournisseur compte tenu de leurs perceptions respectives des prix et des co\u00fbts.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ralisant cette m\u00e9thode \u00e0 toutes les \u00e9tapes de la cha\u00eene de valeur, la valeur partenariale cr\u00e9\u00e9e se calcule par diff\u00e9rence entre les ventes au prix (ou co\u00fbt) d\u2019opportunit\u00e9 et la somme des co\u00fbts d\u2019opportunit\u00e9 des parties prenantes. L\u2019existence d\u2019asym\u00e9tries d\u2019information et de rapports de pouvoir favorables \u00e0 l\u2019entreprise o\u00f9 \u00e0 chaque partie prenante, explique l\u2019\u00e9cart entre le co\u00fbt d\u2019opportunit\u00e9 et le co\u00fbt (ou prix pour les clients) explicite effectivement support\u00e9 par l\u2019entreprise. Nous pensons que ce raisonnement est tautologique et ne produit pas de r\u00e9elle explication de la r\u00e9partition de la richesse cr\u00e9\u00e9e. En reprenant l\u2019exemple num\u00e9rique ci-dessus, il nous semble que si le prix pay\u00e9 au fournisseur est de 200\u00a0\u20ac alors qu\u2019il se serait content\u00e9 de 100\u00a0\u20ac, la diff\u00e9rence appel\u00e9e ici \u00ab\u00a0valeur cr\u00e9\u00e9e\u00a0\u00bb pour le fournisseur ne peut \u00eatre que de\u2026 100\u00a0\u20ac. Notre objection s\u2019applique de la m\u00eame mani\u00e8re au client et \u00e0 l\u2019entreprise. La valeur cr\u00e9\u00e9e ne peut provenir d\u2019une soustraction qui n\u2019est qu\u2019une op\u00e9ration arithm\u00e9tique de telle sorte que si le fournisseur avait accept\u00e9 d\u2019\u00eatre pay\u00e9 150\u00a0\u20ac par exemple, la seule conclusion \u00e0 laquelle nous aurions abouti est que la valeur cr\u00e9\u00e9e pour lui est\u2026\u00a050\u00a0\u20ac (sauf \u00e0 faire une erreur de soustraction). Le raisonnement propos\u00e9 par Charreaux et Desbri\u00e8res (1998) \u00ab\u00a0tourne en rond\u00a0\u00bb ce qui nous le fait qualifier de \u00ab\u00a0tautologique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Notre obligation en tant que chercheur est de trouver le m\u00e9canisme explicatif de la cr\u00e9ation de valeur et celui-ci ne peut se r\u00e9duire \u00e0 un mode de calcul, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une soustraction.<\/p>\n<p>S\u2019il est tr\u00e8s difficile, comme dans la m\u00e9thode des comptes de surplus de productivit\u00e9 globale, de traduire comptablement ces notions de \u00ab\u00a0co\u00fbts\u00a0 et de prix d\u2019opportunit\u00e9\u00a0\u00bb, le mod\u00e8le comptable de l\u2019entit\u00e9 r\u00e9pond globalement de mani\u00e8re assez satisfaisante \u00e0 cette nouvelle approche de la gouvernance de l\u2019entreprise. L\u2019\u00e9volution des r\u00e8gles comptables semble montrer, comme l\u2019expriment de nombreux auteurs, que ce mod\u00e8le a progressivement domin\u00e9 l&rsquo;\u00e9laboration des diff\u00e9rents syst\u00e8mes comptables en donnant \u00e0 l&rsquo;entreprise son autonomie. Ce mod\u00e8le est fond\u00e9 sur les travaux que Schmalenbach entreprit au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle pour mettre en \u00e9vidence de mani\u00e8re comptable le principe de la continuit\u00e9 de l\u2019exploitation qui supposait une non-rupture des relations contractuelles qui caract\u00e9risent l\u2019entreprise. Cette continuit\u00e9 n\u00e9cessitait de pouvoir mesurer l\u2019\u00e9volution de l\u2019entreprise dans le temps d\u2019o\u00f9 le r\u00f4le principal accord\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9valuation en co\u00fbt historique qui constitue la base permanente des valeurs par rapport auxquelles l\u2019\u00e9volution sera mesur\u00e9e.<\/p>\n<p>Cependant, cinq remarques viennent nuancer le constat d\u2019une domination de la th\u00e9orie comptable de l\u2019entit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le respect du principe d&rsquo;entit\u00e9 qui reconna\u00eet \u00e0 la firme le statut d&rsquo;unit\u00e9 \u00e9conomique ind\u00e9pendante, devrait r\u00e9server aux dividendes un traitement comptable identique aux int\u00e9r\u00eats vers\u00e9s au pr\u00eateur. Les deux d\u00e9penses r\u00e9mun\u00e8rent l&rsquo;une comme l&rsquo;autre des apporteurs de fonds. Or, si les seconds sont enregistr\u00e9s parmi les charges, on ne trouve dans le compte de r\u00e9sultat aucun poste consacr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration du propri\u00e9taire qui subit ainsi un sort particulier. Le mod\u00e8le de l\u2019entit\u00e9 ne permet donc pas de rendre compte v\u00e9ritablement de la cr\u00e9ation de valeur et de sa r\u00e9partition,<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 dans le bilan, les postes \u00ab\u00a0capital, r\u00e9serves et r\u00e9sultat\u00a0\u00bb sont toujours dissoci\u00e9s des dettes. Cela correspond au fonctionnement normal du march\u00e9 et traduit bien la reconnaissance par la comptabilit\u00e9 que les actionnaires ne sont pas des cr\u00e9anciers de l&rsquo;entreprise,<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 toutes les parties prenantes qui apportent des ressources devraient faire l\u2019objet d\u2019un enregistrement comptable, ce qui n\u2019est pas le cas\u00a0: la comp\u00e9tence des salari\u00e9s, l\u2019image de marque de l\u2019entreprise, etc., autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui ne sont pas quantifiables et qui ont trait au qualitatif, au social et \u00e0 l\u2019environnement,<\/p>\n<p>4)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 comme dans l\u2019approche financi\u00e8re de la comptabilit\u00e9 selon le mod\u00e8le de la gouvernance propri\u00e9tariale, le capital apport\u00e9 doit \u00eatre, \u00e0 fortiori, g\u00e9r\u00e9 par l\u2019entreprise dans le mod\u00e8le comptable de l\u2019entit\u00e9 pour le co\u00fbt qu\u2019il est suppos\u00e9 repr\u00e9senter. Pour cela, certains normalisateurs, soucieux d&rsquo;assurer une meilleure information sur les \u00e9l\u00e9ments de ce poste, ont exig\u00e9 qu&rsquo;ils soient comptabilis\u00e9s \u00e0 leur \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb), permettant ainsi de les enregistrer au bilan d\u00e8s la date de leur n\u00e9gociation au \u00ab\u00a0prix instantan\u00e9\u00a0\u00bb du march\u00e9. Cette nouvelle pratique comptable revient, en d\u00e9finitive, \u00e0 remettre en cause la notion m\u00eame du capital<a title=\"\" href=\"#_ftn218\">[218]<\/a>, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019entreprise et des parties prenantes \u00e0 celles-ci,<\/p>\n<p>5)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 lors de l\u2019exercice des stock-options, l&rsquo;entreprise en tant qu&rsquo;entit\u00e9 distincte ne subit aucun appauvrissement\u00a0: il y a bien une augmentation de capital et une cr\u00e9ation d&rsquo;actions, mais elle ne supportera aucune charge en tant qu&rsquo;entit\u00e9. Elle ne subira aucun flux de tr\u00e9sorerie n\u00e9gatif. Au contraire, c&rsquo;est l&rsquo;inverse qui se produira puisqu&rsquo;en cas de lev\u00e9e des options, les b\u00e9n\u00e9ficiaires apporteront dans les caisses de la soci\u00e9t\u00e9 la somme correspondant au produit de la valeur de souscription par la quantit\u00e9 de titres \u00e9mis \u00e0 cette occasion. En cons\u00e9quence, les \u00e9tats financiers de l\u2019entreprise consid\u00e9r\u00e9e comme une entit\u00e9 ne devraient pas refl\u00e9ter un \u00e9l\u00e9ment qui n&rsquo;affecte pas son patrimoine propre&#8230; sauf \u00e0 consid\u00e9rer qu&rsquo;elle n&rsquo;a justement pas de patrimoine propre et n&rsquo;est qu&rsquo;un prolongement de ses actionnaires. La comptabilisation comme une charge d\u2019une forme de r\u00e9mun\u00e9ration comme les stock-options dont le co\u00fbt ne p\u00e8se pas sur l\u2019entreprise elle-m\u00eame en tant qu\u2019entit\u00e9 mais sur l\u2019actionnaire, entra\u00eene la confusion du patrimoine de l\u2019apporteur des capitaux et de celui de l\u2019entreprise qui les met en \u0153uvre dans le cadre de son activit\u00e9, ce qui la place comme une sorte de prolongement patrimonial de l\u2019actionnaire. Il appara\u00eet que l\u2019augmentation de capital correspondant \u00e0 l\u2019exercice des options aboutirait m\u00e9caniquement \u00e0 un amoindrissement de l&rsquo;avoir d\u00e9tenu par les anciens actionnaires. La charge ainsi support\u00e9e serait proportionnelle \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart entre le prix d&rsquo;exercice de l&rsquo;option et la valeur du titre.<\/p>\n<p>C&rsquo;est bien cette approche du \u00ab\u00a0propri\u00e9taire\u00a0\u00bb que propose la norme IFRS2. En effet, selon les normes comptables jusqu\u2019en 2004, ces options n&rsquo;avaient aucun impact dans le compte de r\u00e9sultat des actionnaires, alors qu&rsquo;elles contribuaient \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration des salari\u00e9s, diluant potentiellement la participation des actionnaires et donc abaissant, toutes choses \u00e9gales par ailleurs, le b\u00e9n\u00e9fice par action. L\u2019Union europ\u00e9enne ne retenait aucune forme de comptabilisation, tout au plus, en France, une information \u00e0 fournir dans l\u2019annexe. Seul, le FASB avait pr\u00e9vu deux r\u00e8gles\u00a0: la valeur intrins\u00e8que (norme APB25) et la juste valeur (norme (FAS123). La premi\u00e8re (APB25) recommandait depuis 1972 d&rsquo;enregistrer en charge de r\u00e9mun\u00e9ration le co\u00fbt correspondant \u00e0 la valeur intrins\u00e8que de l&rsquo;option, soit l&rsquo;exc\u00e9dent du cours de l&rsquo;action principale sur le prix d&rsquo;exercice d&rsquo;une option. La seconde (FAS123) qui fut instaur\u00e9e en 1995 pr\u00e9conisait pour sa part d&rsquo;appr\u00e9cier le co\u00fbt des options \u00e0 la date d&rsquo;attribution en fonction de la valeur d&rsquo;octroi tout en faisant l&rsquo;objet d&rsquo;une actualisation sur la p\u00e9riode de service. La charge, dans ce dernier cas, est \u00e9tal\u00e9e sur la dur\u00e9e de l&rsquo;option. La norme FAS123 rempla\u00e7ait l&rsquo;APB25 mais laissait \u00e0 l&rsquo;entreprise le choix entre les deux m\u00e9thodes. Apr\u00e8s l\u2019affaire Enron, la loi Sarbanes-Oxley a inclus un texte contraignant les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 passer \u00e0 la norme FAS123.<\/p>\n<p>Les entreprises ne disposaient plus d\u00e8s lors du choix qui leur \u00e9tait offert entre la norme APB25 et FAS123. Cette loi entra en vigueur le 15 juin 2005 apr\u00e8s que la SEC e\u00fbt donn\u00e9 son aval. L&rsquo;IASB, contraint de r\u00e9agir, publia en f\u00e9vrier 2004 la norme IFRS2 qui obligea les groupes cot\u00e9s \u00e0 inscrire dans leurs charges le co\u00fbt li\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice ult\u00e9rieur des options de souscription (ou d\u2019achat), c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 comptabiliser les paiements en actions et assimil\u00e9s et ce, \u00e0 partir de 2005. La r\u00e8gle pr\u00e9voit comme principe g\u00e9n\u00e9ral que l&rsquo;octroi d&rsquo;instruments de capitaux propres qui r\u00e9mun\u00e8rent des biens ou services obtenus, entra\u00eene une \u00e9valuation \u00e0 leur juste valeur et une comptabilisation en charges au fur et \u00e0 mesure de leur consommation. Cette r\u00e9glementation r\u00e9v\u00e8le en fait l\u2019influence grandissante de l\u2019actionnaire sur l\u2019\u00e9chiquier politique de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>7.3 &#8211; Conception th\u00e9orique de l\u2019entreprise partenariale<\/h2>\n<p>Si les r\u00e8gles du droit du travail qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es ensuite ont renforc\u00e9 encore plus la singularit\u00e9 du cadre juridique de l\u2019entreprise, nous pouvons dire qu\u2019aujourd\u2019hui, les normes du droit qui s\u2019appliquent \u00e0 l\u2019entreprise proviennent essentiellement du code de commerce. C\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 commerciale qui forge l\u2019armature des r\u00e8gles de gouvernance et qui d\u00e9termine le fonctionnement de l\u2019entreprise. Ces r\u00e8gles partag\u00e9es qui sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre sont profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans les pratiques sur lesquelles elles ont une tr\u00e8s grande port\u00e9e notamment parce qu\u2019elles celles de nomination et de contr\u00f4le des dirigeants, les modalit\u00e9s d\u2019entr\u00e9e et de sortie de l\u2019entreprise, les droits des diff\u00e9rentes parties sur la gestion ou sur les r\u00e9sultats. Or, la soci\u00e9t\u00e9 anonyme est une forme de soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s particuli\u00e8re dans laquelle les apports ne sont plus que des apports en capitaux, o\u00f9 plus aucun associ\u00e9 n\u2019est responsable et o\u00f9 les actionnaires peuvent c\u00e9der leurs parts librement.<\/p>\n<p>Sous le r\u00e8gne du droit commercial, les actionnaires apparaissent comme les propri\u00e9taires de l\u2019entreprise qui peut se vendre et s\u2019acheter comme n\u2019importe quel bien et dans laquelle, le contr\u00f4le des dirigeants est renforc\u00e9 au nom d\u2019une bonne gouvernance.<\/p>\n<p>Pour certains, les justifications th\u00e9oriques de ce cadre juridique sont tr\u00e8s faibles\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les th\u00e9ories organisationnelles de l&rsquo;entreprise se sont traditionnellement peu int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 la nature des r\u00e8gles l\u00e9gales. A l\u2019initiative d\u2019auteurs comme Penrose (1963), Simon (1983, premi\u00e8re \u00e9dition 1947), Pitelis et Teece (2009), elles ont surtout cherch\u00e9 \u00e0 comprendre le r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie ou les modalit\u00e9s de coordination au sein de l&rsquo;entreprise. Mais elles ont pour la plupart consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;entreprise en tenant le cadre juridique comme donn\u00e9,<\/li>\n<li>Inversement, les \u00e9conomistes ont cherch\u00e9 \u00e0 justifier la forme de l\u2019entreprise par rapport au march\u00e9 en se penchant sur le substrat juridique de celle-ci afin d\u2019en trouver la nature dans son cadre contractuel. Ainsi, elle a \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9e comme une structure de gouvernance pouvant op\u00e9rer les m\u00eames fonctions que le march\u00e9 mais dans des conditions plus efficaces gr\u00e2ce \u00e0 une structure contractuelle particuli\u00e8re (Coase, 1937 \u00e9dition de 2005 et Williamson, 1994). A la suite de Alchian et Demsetz (1972), les contractualistes ont mod\u00e9lis\u00e9 la mani\u00e8re dont les contrats \u00e9tablissaient des rapports de droit et d\u2019incitation plus ou moins efficaces pour expliquer l\u2019entreprise et la forme qu\u2019elle prend. Dans cette perspective, deux arguments essentiels ont \u00e9t\u00e9 mis en avant pour expliquer la soci\u00e9t\u00e9 anonyme :\n<ul>\n<li>d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un argument de l\u00e9gitimit\u00e9 : les actionnaires ont le pouvoir ultime dans l&rsquo;entreprise parce que ce sont les associ\u00e9s et qu&rsquo;\u00e0 ce titre, ils d\u00e9l\u00e8guent des dirigeants pour g\u00e9rer l&rsquo;entreprise en leur nom. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une distinction entre ownership et control (Berle et Means, 1991, premi\u00e8re \u00e9dition 1932) a \u00e9t\u00e9 reprise pour interpr\u00e9ter la relation entre les associ\u00e9s et les dirigeants comme une relation de principal \u00e0 agent, o\u00f9 les dirigeants peuvent avoir des int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents de leurs mandataires et doivent donc \u00eatre surveill\u00e9s et incit\u00e9s \u00e0 travailler pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de leurs mandataires (Jensen et Meckling, 1976),<\/li>\n<li>de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, un argument d&rsquo;efficacit\u00e9 : les actionnaires \u00e9tant les seuls dans l&rsquo;entreprise \u00e0 ne pas avoir de garanties sur leurs r\u00e9mun\u00e9rations, ce sont aussi ceux qui ont le plus d&rsquo;incitation \u00e0 maximiser le r\u00e9sultat global de l&rsquo;entreprise : il serait alors justifi\u00e9 de confier aux actionnaires la gestion de l&rsquo;entreprise puisqu&rsquo;en tant que cr\u00e9anciers r\u00e9siduels<em>, <\/em>ils seraient les mieux \u00e0 m\u00eame de la g\u00e9rer efficacement.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces deux derniers arguments, m\u00eame s&rsquo;ils sont ici r\u00e9sum\u00e9s sommairement, sont g\u00e9n\u00e9ralement admis, y compris chez les d\u00e9tracteurs du mod\u00e8le actuel de gouvernance et chez les partisans d&rsquo;une gouvernance par les stakeholders (Alchian et Demsetz, 1972, Donaldson T. et Lee P. E., 1995, Post J. E., Preston L. E. et Sachs S., 2002).<em> <\/em>Pourtant ils semblent triplement probl\u00e9matiques\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>juridiquement, ils ne sont pas corrects : la relation entre les dirigeants et les actionnaires ne saurait \u00eatre confondue avec une relation de mandat et de principal-agent (American Bar Association, 2009). Les actionnaires n&rsquo;ont pas la possibilit\u00e9 d&rsquo;intervenir directement dans la gestion de l&rsquo;entreprise et les dirigeants sont responsables de leurs choix : ils n&rsquo;agissent pas sous la commande des associ\u00e9s. De m\u00eame les actionnaires ne sont pas des cr\u00e9anciers r\u00e9siduels<em>, <\/em>dans la mesure o\u00f9 ils ne sont en droit que propri\u00e9taires de leurs parts et non des r\u00e9sultats de l&rsquo;entreprise,<\/li>\n<li>ensuite, ces arguments n&rsquo;expliquent pas davantage le cadre du droit : ils ne justifient pas pourquoi les actionnaires seraient les seuls associ\u00e9s, pourquoi ils seraient davantage cr\u00e9anciers r\u00e9siduels<em> <\/em>que d&rsquo;autres ou encore pourquoi les salari\u00e9s ne seraient pas aussi int\u00e9ress\u00e9s aux r\u00e9sultats&#8230;,<\/li>\n<li>enfin, il faut reconna\u00eetre que les principes de gouvernance qu&rsquo;induit la soci\u00e9t\u00e9 anonyme vont \u00e0 l&rsquo;encontre des enjeux de gestion contemporains. Ils sont m\u00eame contre-productifs quand il s&rsquo;agit de construire des capacit\u00e9s d&rsquo;innovation collectives sur le long terme, d&rsquo;investir dans la recherche et dans la formation pour affronter une \u00e9conomie tir\u00e9e par l&rsquo;innovation et le savoir.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A travers les critiques formul\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment, nous nous apercevons qu\u2019au del\u00e0 d\u2019une conception agentielle qui est aujourd\u2019hui la vision dominante et qui con\u00e7oit la firme moderne enti\u00e8rement subordonn\u00e9e aux int\u00e9r\u00eats des actionnaires, de nombreux auteurs pensent que l\u2019on peut l\u00e9gitimement, sur le plan politique pour davantage de d\u00e9mocratie, sur le plan social pour une plus grande s\u00e9curit\u00e9 et sur le plan \u00e9conomique pour plus d\u2019efficacit\u00e9, pr\u00f4ner une vision \u00ab partenariale \u00bb de l\u2019entreprise tourn\u00e9e vers un objectif commun [Michel Aglietta et Antoine Reb\u00e9rioux (2004), Charreaux et Desbri\u00e8res (1998), Chiapello (2008), etc.]. Ils cherchent \u00e0 remettre en question la vision normative du courant th\u00e9orique selon lequel l\u2019entreprise doit \u00eatre dirig\u00e9e dans le seul int\u00e9r\u00eat des actionnaires alors que la liquidit\u00e9 des march\u00e9s financiers et le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9pargne contractuelle g\u00e9r\u00e9e dans un souci de performance purement financi\u00e8re rendent illusoire le contr\u00f4le des entreprises par les actionnaires. L\u2019instabilit\u00e9 chronique de la finance aggrave les carences de ce contr\u00f4le et ouvre des opportunit\u00e9s \u00e0 l\u2019enrichissement personnel des dirigeants, les d\u00e9tournant de leur responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du collectif de l\u2019entreprise (Aglietta et Reb\u00e9rioux, 2004). D\u00e9sireux de remettre \u00ab\u00a0le capitalisme dans la voie du progr\u00e8s social\u00a0\u00bb, ces auteurs proposent que l\u2019entreprise soit dirig\u00e9e comme une institution o\u00f9 s\u2019\u00e9labore une finalit\u00e9 commune \u00e0 l\u2019ensemble des parties prenantes et non comme un objet de droits de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Alors que Hansmann et Kraakman (2001) pensent que le r\u00f4le croissant des investisseurs institutionnels et l\u2019intensit\u00e9 de la concurrence sur les march\u00e9s mondiaux provoquent un tr\u00e8s large consensus normatif pour affirmer que les dirigeants doivent agir dans l\u2019int\u00e9r\u00eat exclusif des actionnaires, Reb\u00e9rioux (2003) estime qu\u2019il ne va pas de soi que le droit d\u00e9fende l\u2019id\u00e9e selon laquelle la seule responsabilit\u00e9 des dirigeants est de promouvoir l\u2019int\u00e9r\u00eat exclusif des porteurs de fonds propres. Pour d\u00e9velopper sa pens\u00e9e, il propose une analyse critique des relations entre la valeur actionnariale et la th\u00e9orie des droits de propri\u00e9t\u00e9 et celle de l\u2019agence que nous pr\u00e9sentons ci-apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Comme nous l\u2019avons montr\u00e9 dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, la th\u00e9orie des droits de propri\u00e9t\u00e9 et celle de l\u2019agence ont relativis\u00e9 la s\u00e9paration entre la propri\u00e9t\u00e9 et le contr\u00f4le de l\u2019entreprise constat\u00e9e par Berle et Means (1932) pour aboutir \u00e0 r\u00e9affirmer la primaut\u00e9 des actionnaires sur les dirigeants.<\/p>\n<p>Pour la th\u00e9orie des droits de propri\u00e9t\u00e9, la perte de contr\u00f4le par les actionnaires doit \u00eatre minimis\u00e9e par la prise en compte du r\u00f4le disciplinaire des march\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour la th\u00e9orie de l\u2019agence, les m\u00e9canismes internes de gouvernance et, en particulier, le Conseil d\u2019administration ont pour fonction de r\u00e9duire les co\u00fbts d\u2019agence en assurant au nom des actionnaires le contr\u00f4le des actions de l\u2019\u00e9quipe dirigeante.<\/p>\n<p>Les rapports Vi\u00e9not I (1995), Marini (1996), Vi\u00e9not II (1999) et Bouton (2002), insistent sur l\u2019ind\u00e9pendance des administrateurs par rapport aux dirigeants, le conseil d\u2019administration \u00e9tant un instrument disciplinaire et non un organe strat\u00e9gique accompagnant la direction dans ses choix. En cons\u00e9quence, sous l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un comportement opportuniste des managers, tous les m\u00e9canismes tels que leur contr\u00f4le, les contrats incitatifs, etc. qui permettent d\u2019aligner leur int\u00e9r\u00eat sur ceux des actionnaires ne peuvent qu\u2019am\u00e9liorer l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Ce choix de consid\u00e9rer que les dirigeants de l\u2019entreprise doivent \u00eatre les agents des propri\u00e9taires de la firme, repose sur les deux arguments suivants\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>maximisation du profit\u00a0: si le profit est la r\u00e9tribution des propri\u00e9taires, la valeur actionnariale se trouve valid\u00e9e,<\/li>\n<li>prise de risque\u00a0: seuls, les actionnaires assument le risque de la firme puisque leur r\u00e9mun\u00e9ration n\u2019est pas contractualis\u00e9e au moment o\u00f9 ils participent au capital de la soci\u00e9t\u00e9. Elle est justifi\u00e9e par l\u2019incompl\u00e9tude des contrats\u00a0: par le contrat d\u2019affectio societatis qu\u2019ils prennent avec la soci\u00e9t\u00e9 au moment o\u00f9 ils s\u2019engagent dans son capital sans conna\u00eetre l\u2019ensemble des contingences futures possibles, les actionnaires apparaissent comme les v\u00e9ritables preneurs de risque de l\u2019entreprise.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces deux arguments sont contest\u00e9s par les partisans d\u2019une conception partenariale de l\u2019entreprise aux motifs que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>pour le profit\u00a0: les fonctions d\u2019entrepreneur, de gestionnaire et de capitaliste assum\u00e9es par le propri\u00e9taire d\u2019une entreprise individuelle qui justifient qu\u2019il soit r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 par le profit d\u00e9gag\u00e9, se trouvent \u00e9clat\u00e9es dans la firme manag\u00e9riale entre les propri\u00e9taires et les salari\u00e9s, dont les dirigeants. De ce fait, ceux-ci peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 une part du profit comptable,<\/li>\n<li>pour le risque\u00a0: l\u2019intensit\u00e9 port\u00e9e par les actionnaires doit \u00eatre relativis\u00e9e puisque leur responsabilit\u00e9 est limit\u00e9e dans les soci\u00e9t\u00e9s de capitaux et que la n\u00e9gociabilit\u00e9 de leur actif sur les march\u00e9s boursiers leur confie une capacit\u00e9 de sortie de la firme tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 celle des salari\u00e9s. Par ailleurs, l\u2019application de la m\u00e9thode EVA fait passer l\u2019actionnaire de cr\u00e9ancier r\u00e9siduel en cr\u00e9ancier prot\u00e9g\u00e9 limitant ainsi le risque qu\u2019il prend. De plus, lorsque les contrats sont incomplets, la protection des investissements sp\u00e9cifiques, faiblement red\u00e9ployables et donc risqu\u00e9s, ne peut se faire ex ante car les situations futures sont ind\u00e9termin\u00e9es. En cons\u00e9quence, l\u2019assomption du risque n\u2019est pas le seul fait des actionnaires. Non pas parce qu\u2019il y aurait transfert de risque entre actionnaires et salari\u00e9s mais parce qu\u2019il y a un risque inh\u00e9rent au statut de salari\u00e9 au regard du d\u00e9veloppement de la sp\u00e9cificit\u00e9 du \u00ab\u00a0capital humain\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces critiques des fondements de la th\u00e9orie agentielle de la firme conduisent \u00e0 en proposer une autre, partenariale, lui supposant une nature collective au-del\u00e0 les contrats qui la structurent.<\/p>\n<p>D\u2019une certaine mani\u00e8re, Berle et Means (1932) peuvent \u00eatre rattach\u00e9s \u00e0 cette conception puisque leur analyse des mutations de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u00e0 la suite de l\u2019accroissement de la liquidit\u00e9 des march\u00e9s des capitaux, les conduit \u00e0 promouvoir une \u00ab\u00a0autonomisation\u00a0\u00bb de l\u2019entreprise par rapport \u00e0 ses actionnaires, celle-ci existant en soi, au del\u00e0 de l\u2019ensemble des relations interindividuelles qui la composent, le pouvoir devant s\u2019exercer au nom de l\u2019entreprise consid\u00e9r\u00e9e comme un collectif. Pour eux, la concentration du pouvoir dans les mains des dirigeants n\u2019est acceptable que si celui-ci est finalis\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire orient\u00e9 vers une finalit\u00e9 distincte de l\u2019int\u00e9r\u00eat de ceux qui l\u2019exercent.<\/p>\n<p>En France, la \u00ab\u00a0th\u00e9orie institutionnelle\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e au sortir de la Seconde Guerre Mondiale offre une lecture de la nature de l\u2019entreprise qui est orient\u00e9e dans le m\u00eame sens en pr\u00f4nant une<em> <\/em>approche partenariale qui accorde le primat de l\u2019entit\u00e9 sur les parties.<em> <\/em>Alors que l\u2019entreprise n\u2019existe pas en droit, diff\u00e9rents juristes, en r\u00e9action \u00e0 cette absence, ont cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9voiler le caract\u00e8re collectif de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Ainsi, la th\u00e9orie juridique de l\u2019institution d\u00e9velopp\u00e9e par Hauriou (1910) pr\u00e9sente une institution comme une activit\u00e9 ou une id\u00e9e qui s\u2019autonomise par rapport \u00e0 son cr\u00e9ateur, sa direction \u00e9tant alors soumise \u00e0 la recherche de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et non d\u2019une des parties en particulier. Par ailleurs, la th\u00e9orie institutionnelle de l\u2019entreprise d\u00e9velopp\u00e9e par Durand (1947) et Ripert (1951) consid\u00e8re que l\u2019activit\u00e9 intra-firme repose sur la coop\u00e9ration de ses diff\u00e9rentes parties prenantes et que cette coop\u00e9ration tend vers la recherche d\u2019un objectif commun.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, l\u00e0 encore, l\u2019entreprise accuse les traits d\u2019une institution\u00a0: elle s\u2019autonomise par rapport \u00e0 ses membres et il est essentiel de rendre la direction ind\u00e9pendante du capital pour qu\u2019elle puisse \u0153uvrer \u00e0 la recherche de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Le reproche courant qui a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 cette approche partenariale est d\u2019\u00eatre trop \u00ab\u00a0paternaliste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0communautariste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Par ailleurs, Aglietta et Reb\u00e9rioux (2004) estiment qu\u2019en reconnaissant que les contrats sont incomplets, une place est donn\u00e9e au hors contrat dans la coordination. Plus l\u2019accent est mis sur cette incompl\u00e9tude, plus la responsabilit\u00e9 des dirigeants s\u2019\u00e9largit dans l\u2019affirmation du collectif.<\/p>\n<p>Ainsi, pour limiter le risque d\u2019un mode strictement centr\u00e9 sur les d\u00e9tenteurs du capital social (Williamson, 1985), les principes de gouvernance sont d\u2019abord \u00e9tendus \u00e0 une gestion collective du capital physique (Zingales, 1998, Blair et Stout, 1999), pour s\u2019attacher au final \u00e0 la protection de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la firme (Zingales, 2000) r\u00e9duisant par l\u00e0-m\u00eame progressivement la validit\u00e9 d\u2019une analyse contractuelle.<\/p>\n<p>L\u2019insistance sur le caract\u00e8re incomplet des contrats pousse \u00e0 faire de l\u2019entreprise une entit\u00e9 en soi dont la conduite devrait \u00eatre soumise \u00e0 la recherche d\u2019un int\u00e9r\u00eat transcendant qui souligne sa dimension partenariale, laquelle n\u2019est pas seulement consensuelle car il existe bien des rapports de force et d\u2019asym\u00e9trie. Seulement, l\u2019entreprise accuse une dimension partenariale parce qu\u2019elle se d\u00e9veloppe sur la base d\u2019une coop\u00e9ration tourn\u00e9e vers un objectif commun et il s\u2019agit, en d\u00e9finitive, de trouver une alternative \u00e0 sa qualification contractuelle.<\/p>\n<p>Ceci est encore plus vrai dans le cadre des approches cognitives de la firme. A la diff\u00e9rence de la th\u00e9orie contractuelle, pour qui l\u2019entreprise est avant tout une structure incitative, ces diff\u00e9rentes approches s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la mani\u00e8re dont l\u2019entreprise construit, entretient et d\u00e9veloppe des connaissances productives tacites et collectives. De la qualit\u00e9 de ce processus \u00ab cognitif \u00bb d\u00e9pendra la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>La notion de coop\u00e9ration autour d\u2019un objectif partag\u00e9 est ainsi mise en avant par la th\u00e9orie des conventions qui insiste sur les conditions de r\u00e9alisation de ces processus d\u2019apprentissage collectif. L\u2019\u00e9tude de la cr\u00e9ation de valeur dans l\u2019entreprise fait appara\u00eetre le caract\u00e8re collectif de ces processus, qui combinent un ensemble de ressources sp\u00e9cifiques sous l\u2019autorit\u00e9 des dirigeants et des administrateurs. La direction de la firme doit donc s\u2019exercer dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019entit\u00e9 elle m\u00eame et non pas dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019une de ses parties.<\/p>\n<p>Selon ces approches partenariales, la valeur actionnariale n\u2019est pas inscrite dans le capitalisme. Le choix de la liquidit\u00e9 par les actionnaires<a title=\"\" href=\"#_ftn219\">[219]<\/a> doit logiquement se payer d\u2019un renoncement au contr\u00f4le de l\u2019entit\u00e9 cr\u00e9atrice de richesses qui doit ainsi \u00eatre autonome. La responsabilisation du pouvoir des gestionnaires plaide pour une gouvernance distincte de ce que pr\u00f4ne la doctrine de la valeur actionnariale o\u00f9 les dirigeants doivent agir dans l\u2019int\u00e9r\u00eat strict des actionnaires sous contr\u00f4le d\u2019un conseil d\u2019administration exclusivement compos\u00e9 de repr\u00e9sentants des actionnaires. \u00ab\u00a0La dimension partenariale de l\u2019entreprise doit s\u2019affirmer : elle se donne \u00e0 voir comme la r\u00e9union de comp\u00e9tences strat\u00e9giques, cognitives et financi\u00e8res qui assurent le d\u00e9veloppement et la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019entit\u00e9 ainsi constitu\u00e9e. Le pouvoir qui revient aux dirigeants et aux administrateurs doit \u00eatre finalis\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire exerc\u00e9 au nom de l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019entit\u00e9 qui, \u00e0 la fois, synth\u00e9tise et d\u00e9passe l\u2019int\u00e9r\u00eat de ses principales parties prenantes (actionnaires et salari\u00e9s).\u00a0\u00bb (Aglietta et Reb\u00e9rioux, 2004).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Chapitre 8\u00a0\u2013\u00a0Entreprise, co\u00fbt historique et gouvernance<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La gouvernance actionnariale a servi de cadre \u00e0 de tr\u00e8s nombreuses \u00e9tudes empiriques dont les r\u00e9sultats sont, dans l&rsquo;ensemble, contradictoires et peu concluants. Les \u00e9largissements \u00e0 l\u2019ensemble des parties prenantes de ce cadre d\u2019analyse traditionnel n\u2019ont pas modifi\u00e9 celui-ci en profondeur. Malgr\u00e9 un programme de recherche consid\u00e9rable, l&rsquo;introduction de ce nouveau paradigme n&rsquo;a pas permis de faire \u00e9merger des lois de comportement suffisamment g\u00e9n\u00e9rales et accept\u00e9es pour expliquer l&rsquo;action des producteurs et des utilisateurs de l\u2019information comptable.<\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019y a pas \u00e0 ce jour de consensus sur une th\u00e9orie comptable universelle, ni sur la reconnaissance d\u2019un paradigme commun \u00e0 tous, il appara\u00eet que les th\u00e9ories comptables du propri\u00e9taire et de l\u2019entit\u00e9 s\u2019opposent sans que l\u2019une domine l\u2019autre au regard des pratiques actuelles. Ces deux th\u00e9ories butent sur les deux probl\u00e8mes que sont celui de la valorisation des mouvements comptables, entre le co\u00fbt historique ou la juste valeur, et celui de la r\u00e9partition \u00e0 toutes les parties prenantes de la valeur cr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n<p>Notre travail de recherche qui se veut \u00eatre une contribution \u00e0 la r\u00e9solution de ces deux probl\u00e8mes repose sur l\u2019id\u00e9e que c\u2019est l\u2019\u00e9change marchand qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019entreprise de mani\u00e8re irr\u00e9ductible aux autres organisations\u00a0: l\u2019entreprise est cr\u00e9\u00e9e et elle fonctionne pour r\u00e9aliser de la mani\u00e8re la plus efficace possible des \u00e9changes sur ses march\u00e9s. Cette hypoth\u00e8se exige que nous d\u00e9finissions ce que nous entendons par \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb et quelle est la nature de la relation qui existe entre sa gouvernance et la comptabilit\u00e9 en co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir montr\u00e9 que l\u2019entreprise n\u2019est qu\u2019une fiction patrimoniale et un n\u0153ud de march\u00e9s, l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e9change nous permettra de proposer une explication coh\u00e9rente de la relation entre la comptabilit\u00e9 et la gouvernance en la fondant sur une th\u00e9orie du co\u00fbt historique. Notre objectif est de montrer que l\u2019utilisation du co\u00fbt historique pour valoriser les actifs et les passifs de l\u2019entreprise doit \u00eatre conserv\u00e9e face \u00e0 la notion, pr\u00e9conis\u00e9e par les Etats-Unis et l\u2019IASB de \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0prix instantan\u00e9 du march\u00e9\u00a0\u00bb, qui modifie du tout au tout le management et les structures de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vouloir construire une th\u00e9orie du co\u00fbt historique revient \u00e0 affirmer que celui-ci rel\u00e8ve d\u2019une science et non d\u2019une technique ou d\u2019un art ou encore d\u2019un m\u00e9lange de ces trois statuts. Or les chercheurs en comptabilit\u00e9 sont tr\u00e8s partag\u00e9s sur ce statut\u00a0: soit ils \u00e9vitent de se positionner dans le d\u00e9bat (Faure, Rivi\u00e8re, etc.), soit ils optent pour la conception en tant que science (Fages, Delaporte, etc.) ou bien celle correspondant \u00e0 une technique (Penglaou, Lass\u00e8gue, P\u00e9rochon, etc.) ou alors ils pr\u00e9f\u00e8rent la consid\u00e9rer comme un art (Berran, F\u00e9j\u00e8s, etc.).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les diff\u00e9rentes approches de la comptabilit\u00e9 par les auteurs, nous montrerons en quoi elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une science et \u00e0 quelle condition nous pouvons construire celle-ci. Reprenant alors l\u2019hypoth\u00e8se \u00e9mise par Mattessich qu\u2019elle est \u00ab\u00a0normative conditionnelle\u00a0\u00bb car elle s\u2019adapte \u00e0 la bureaucratisation croissante des soci\u00e9t\u00e9s, nous montrerons, en mobilisant les travaux de Ren\u00e9 Girard<a title=\"\" href=\"#_ftn220\">[220]<\/a> sur la relation entre la violence et le sacr\u00e9, qu\u2019elle devrait constituer un syst\u00e8me d\u2019interdits destin\u00e9s \u00e0 contr\u00f4ler la violence inh\u00e9rente aux rapports humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>8.1 &#8211; L\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e comptable<\/h2>\n<h3>8.1.2\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 con\u00e7ue comme une technique<\/h3>\n<p>Comme nous venons de le voir dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, la pratique comptable qui a une longue histoire derri\u00e8re elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9gnante pendant tr\u00e8s longtemps dans l\u2019approche que l\u2019on avait de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie\u00a0\u00bb comptable. Bien que celle-ci ait particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation des premi\u00e8res formes de la vie \u00e9conomique et sociale, la question de savoir si elle est une science, une technique ou un art, ne s\u2019est pas pos\u00e9e jusqu\u2019aux environs de 1830. Seul le travail technique de saisie des \u00e9critures \u00e9tait d\u00e9fini depuis tr\u00e8s longtemps par les diff\u00e9rents auteurs qui confondaient alors la comptabilit\u00e9 avec la tenue des comptes. Tout au plus Degrange (1801) d\u00e9finissait-il la comptabilit\u00e9 comme un art, celui \u00ab\u00a0<em>de tenir des notes exactes et bien ordonn\u00e9es\u2026<\/em>\u00a0\u00bb. La pens\u00e9e comptable \u00e9tait donc essentiellement technique, produisant dans l\u2019action un savoir destin\u00e9 \u00e0 l\u2019action.<\/p>\n<p>Certains auteurs avaient bien commenc\u00e9 \u00e0 se poser des questions de fond sur la technique comptable mais ils y r\u00e9pondaient par la mise au point de proc\u00e9d\u00e9s concrets comme l\u2019invention de la technique du \u00ab\u00a0journal \/ grand-livre\u00a0\u00bb par Edmond Degranges p\u00e8re (1795) ou celle des feuillets mobiles par J. S. Quiney (1817). Les tentatives de rationalisation des pratiques qui \u00e9taient propos\u00e9es en utilisant ou non le mot \u00ab\u00a0th\u00e9orie\u00a0\u00bb restaient limit\u00e9es, soit \u00e0 des justifications p\u00e9dagogiques des m\u00e9thodes utilis\u00e9es, principalement la partie double, soit dans des r\u00e9flexions sur les contours de l\u2019objet comptable ou de ceux de la discipline. Cette vision technicienne a retard\u00e9 la prise en compte par la comptabilit\u00e9 des changements \u00e9conomiques et sociaux qui ont pourtant un effet direct sur elle<a title=\"\" href=\"#_ftn221\">[221]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Encyclop\u00e9die du Commerce (1839) fait exception \u00e0 ce mouvement puisqu\u2019elle choisit de d\u00e9finir la comptabilit\u00e9 comme \u00ab\u00a0une science\u00a0\u00bb devant \u00eatre distingu\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019art de la tenue des livres\u00a0\u00bb qui est con\u00e7u comme la \u00ab\u00a0pratique de cette science\u00a0\u00bb. Autrement dit, il existe un travail intellectuel, celui du comptable qui con\u00e7oit la comptabilit\u00e9 et un travail r\u00e9p\u00e9titif, celui du teneur de livres qui ex\u00e9cute ce que le comptable lui dit de faire. Cette distinction puise sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans le fait que le mot \u00ab\u00a0comptable\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn222\">[222]<\/a> qui \u00e9tait utilis\u00e9 pour d\u00e9signer un responsable dans l\u2019Administration royale ne devant pas \u00eatre confondu avec le teneur de livres, est \u00e0 l\u2019origine du mot \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn223\">[223]<\/a>. C\u2019est \u00e0 partir de 1839 que, progressivement, le mot \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb va supplanter l\u2019expression \u00ab\u00a0tenue des livres\u00a0\u00bb au travers de l\u2019opposition entre conception et ex\u00e9cution du travail comptable, l\u2019expression \u00ab\u00a0tenue des livres\u00a0\u00bb disparaissant de mani\u00e8re quasi-d\u00e9finitive apr\u00e8s la Seconde Guerre Mondiale.<\/p>\n<p>Cette tentative de l\u2019Encyclop\u00e9die d\u2019associer la comptabilit\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb et la tenue des livres \u00e0 un \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb se r\u00e9v\u00e9la infructueuse jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1860 o\u00f9 des auteurs comme Adolphe Guilbault (1865) et Eug\u00e8ne L\u00e9autey (1903) en France relanceront le d\u00e9bat en commen\u00e7ant \u00e0 en parler comme \u00e9tant une science alors qu\u2019aux Etats-Unis Folsom (1873) d\u00e9veloppera sa th\u00e9orie de l\u2019entit\u00e9.<\/p>\n<p>Guilbault se fonde sur une classification des comptes qui les structure pour permettre de suivre les diff\u00e9rentes phases de la fabrication en vue de l\u2019obtention des prix de revient.<\/p>\n<p>L\u00e9autey, en proposant d\u2019utiliser un mod\u00e8le de bilan uniforme pour toutes les soci\u00e9t\u00e9s peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un des pr\u00e9curseurs des futures normalisations comptables.<\/p>\n<p>Folsom, comme Courcelle-Seneuil (1872) en France, construira une th\u00e9orie de la comptabilit\u00e9 s\u2019appuyant sur la distinction entre l\u2019entreprise et son propri\u00e9taire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le premier Congr\u00e8s des Comptables Fran\u00e7ais en 1880 marquera un tournant d\u00e9cisif en parlant de la comptabilit\u00e9 comme d\u2019une science que l\u2019ouvrage de L\u00e9autey et Guilbault (1889) assoira fermement aupr\u00e8s de nombreux auteurs jusqu\u2019en 1914. Explorant les liens entre l\u2019\u00e9conomie et la comptabilit\u00e9, ils ont expliqu\u00e9 en d\u00e9tail la proposition faite par l\u2019Encyclop\u00e9die du Commerce cinquante ans auparavant de distinguer la tenue des livres comme un \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb et la comptabilit\u00e9 comme une \u00ab\u00a0science\u00a0\u00bb qui recouvre \u00e0 la fois l\u2019organisation du processus d\u2019\u00e9laboration des comptes, le r\u00e9sultat de ce processus et le lieu o\u00f9 se font ces op\u00e9rations, c\u2019est-\u00e0-dire le service comptable. Il est vrai que le comptable est le t\u00e9moin de la vie de l\u2019organisation dont il doit saisir les faits, lesquels ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement examin\u00e9s par de nombreuses autres disciplines. Il observe l\u2019action des autres services, analyse et enregistre les faits qu\u2019il constate, les classe et, p\u00e9riodiquement, en fait la synth\u00e8se sous forme de tableaux qu\u2019il pr\u00e9sente au chef de l\u2019organisation pour le renseigner. Observer, analyser et enregistrer, classer, synth\u00e9tiser pour renseigner constitue le r\u00f4le du comptable. Faute de pouvoir observer directement leurs actes, le comptable demande aux autres services de les lui faire conna\u00eetre par des documents ou \u00ab\u00a0pi\u00e8ces comptables\u00a0\u00bb qui seront, par cons\u00e9quent, le fondement et l\u2019instrument essentiel de l\u2019\u0153uvre comptable.<\/p>\n<p>L\u2019objectif de L\u00e9autey et Guilbault est de construire une th\u00e9orie des comptes qui permette de justifier la technique des enregistrements comptables. Pour cela, ils proposent de consid\u00e9rer la comptabilit\u00e9 comme une \u00ab\u00a0branche de la math\u00e9matique, c\u2019est-\u00e0-dire de la science qui a pour objet l\u2019\u00e9tude rationnelle des grandeurs pouvant \u00eatre d\u00e9nombr\u00e9es, mesur\u00e9es, \u00e9valu\u00e9es\u2026\u00a0\u00bb et non comme un ensemble d\u2019op\u00e9rations arithm\u00e9tiques. Il est possible de trouver une structure rationnelle entre les diff\u00e9rents comptes, de l\u2019achat des mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 la vente des produits finis de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir suivre, \u00e0 tout moment, le changement que les op\u00e9rations \u00e9conomiques apportent \u00e0 la valeur des entreprises pour ceux qui les poss\u00e8dent ou les contr\u00f4lent. Dans ce sens, le compte \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb repr\u00e9sente le propri\u00e9taire de l\u2019entreprise, leur th\u00e9orie \u00e9tant repr\u00e9sentative de la th\u00e9orie du propri\u00e9taire, ou th\u00e9orie patrimoniale, qui met l\u2019accent sur le bilan et non sur l\u2019enregistrement des \u00e9critures tout en focalisant l\u2019attention sur la r\u00e9alisation d\u2019un profit pour le propri\u00e9taire franchissant ainsi une \u00e9tape vers la th\u00e9orie de la firme. En effet, selon Mattessich (2003), la r\u00e9flexion comptable du d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, en s\u00e9parant l\u2019entreprise de ses propri\u00e9taires par la distinction faite entre les capitaux et le r\u00e9sultat annuel, a contribu\u00e9 \u00e0 faire accepter la th\u00e9orie de l\u2019entit\u00e9 qui est une th\u00e9orie \u00ab\u00a0mat\u00e9rialistique\u00a0\u00bb d\u2019une seule s\u00e9rie de comptes. Ces propos ne sont acceptables que dans la mesure o\u00f9 l\u2019entreprise est assimil\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 commerciale qui lui sert de support juridique. Ils ne le sont plus si, conform\u00e9ment \u00e0 la position que nous avons adopt\u00e9e, il est fondamental de bien distinguer l\u2019une de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Lemarchand (2004) a confirm\u00e9 ce choix de la France de consid\u00e9rer d\u00e8s la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle la comptabilit\u00e9 comme une science \u00e0 uniformiser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Gabriel Faure (1927) renouvella la th\u00e9orie de la personnification des comptes, qu\u2019il qualifie de \u00ab\u00a0th\u00e9orie juridique\u00a0\u00bb, en supposant qu\u2019en ouvrant un compte pour savoir de combien son titulaire est cr\u00e9ancier ou d\u00e9biteur, il existe derri\u00e8re celui-ci une personne physique ou morale, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0un \u00eatre ayant des droits et des obligations\u00a0\u00bb. Cette personnification des comptes est associ\u00e9e \u00e0 une distinction entre entreprise et propri\u00e9taire qui a \u00e9t\u00e9 par ailleurs qualifi\u00e9e de th\u00e9orie de la double personnalit\u00e9. La comptabilit\u00e9 suit donc l\u2019ensemble des \u00e9changes entre les diff\u00e9rentes personnes concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Alors que Guiseppe Cerboni (1901) proposait la \u00ab\u00a0th\u00e9orie personnalistique\u00a0\u00bb bicontiste de la comptabilit\u00e9 fond\u00e9e sur la s\u00e9rie des comptes du propri\u00e9taire et celle de l\u2019administrateur, Jean Dumarchey (1914) s\u2019int\u00e9ressa \u00e0 la \u00ab\u00a0th\u00e9orie positive\u00a0\u00bb tricontiste de la comptabilit\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn224\">[224]<\/a> fond\u00e9e sur trois s\u00e9ries de comptes concernant les actifs, les passifs et la situation nette. Il utilisa les math\u00e9matiques, la philosophie, l\u2019\u00e9conomie et la sociologie pour d\u00e9crire une r\u00e9alit\u00e9 complexe en proposant un bilan qui permette de donner une forme concr\u00e8te \u00e0 l\u2019image de cette r\u00e9alit\u00e9. La comptabilit\u00e9 ne doit pas se focaliser sur la passation des \u00e9critures mais sur le bilan qui en devient la pierre angulaire. Il propose une d\u00e9finition de l\u2019\u00e9quation du bilan qui s\u2019appuie sur une conception du compte comme une classe d\u2019unit\u00e9s de valeur variable dans l\u2019espace et le temps et pour lesquelles il est possible de construire une science appel\u00e9e \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb. En articulant ainsi la passation des \u00e9critures autour du bilan, la comptabilit\u00e9 n\u2019est plus r\u00e9duite \u00e0 une simple technique d\u2019\u00e9criture mais devient une repr\u00e9sentation de la transformation et de l\u2019\u00e9volution de la valeur qui utilise la math\u00e9matique comme moyen de d\u00e9monstration.<\/p>\n<p>Charles Penglaou (1929), consid\u00e9r\u00e9 comme le fondateur de l\u2019Ecole fran\u00e7aise de Comptabilit\u00e9, refusa de reconna\u00eetre la comptabilit\u00e9 comme une science, ce qui suscita des d\u00e9bats contrast\u00e9s parmi les auteurs de son \u00e9poque<a title=\"\" href=\"#_ftn225\">[225]<\/a>. Il reconna\u00eet cependant que la comptabilit\u00e9 peut donner l\u2019illusion d\u2019\u00eatre une science car elle porte sur des faits certains qui la pr\u00e9c\u00e8dent et qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le en appliquant une m\u00e9thode rigoureuse, ce qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 la rapprocher de la statistique (Penglaou, 1929). Mais, elle n\u2019est pourtant qu\u2019une technique car elle s\u00e9lectionne les faits en fonctions de th\u00e9ories pr\u00e9alables et elle poursuit une finalit\u00e9 int\u00e9ress\u00e9e qui est celle de pouvoir agir sur l\u2019organisation alors que la science doit permettre d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une connaissance pure et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. Il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9laborer une \u00e9pist\u00e9mologie con\u00e7ue comme une th\u00e9orie de la connaissance qui, selon lui, n\u2019a rien \u00e0 faire en comptabilit\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn226\">[226]<\/a>, mais d\u2019observer les principes comptables pour en d\u00e9couvrir les limites (Penglaou, 1963).<\/p>\n<p>La premi\u00e8re limite vient de l\u2019obligation d\u2019additionner des \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes tels que les stocks, les clients, etc. pour obtenir les documents de synth\u00e8se. Ne pouvant fournir une mesure pr\u00e9cise de la r\u00e9alit\u00e9, la comptabilit\u00e9 ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une science. De plus, son domaine de d\u00e9finition ne correspond pas \u00e0 la totalit\u00e9 des faits r\u00e9els qui touchent une organisation mais seulement \u00e0 certains aspects qu\u2019elle veut repr\u00e9senter\u00a0: juridique, fiscal, \u00e9conomique ou administratif.<\/p>\n<p>Devant satisfaire \u00e0 la fois les exigences du droit, de la fiscalit\u00e9, de l\u2019\u00e9conomie et de l\u2019administration, la comptabilit\u00e9 ne peut que repr\u00e9senter le r\u00e9el de mani\u00e8re fragment\u00e9e et non dans sa totalit\u00e9. Le Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral joue dans la construction de cette repr\u00e9sentation un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la mesure o\u00f9 il indique les faits \u00e0 comptabiliser, apportant ainsi les r\u00e8gles sur l\u2019attitude que les comptables doivent adopter lorsqu\u2019ils sont incertains des \u00e9critures \u00e0 passer. Et comme les pratiques sociales \u00e9voluent, le Plan comptable ne peut que faire l\u2019objet d\u2019adaptations successives comme nous pouvons le constater en France depuis le premier Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral de 1947.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 un travail \u00e9pist\u00e9mologique conduit par Lass\u00e8gue (1962) pour montrer que la comptabilit\u00e9 ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e que comme une technique, Penglaou (1963) pr\u00e9voit, \u00e0 juste titre d\u2019ailleurs, que la pr\u00e9cision et le r\u00e9alisme de cette investigation aura \u00ab\u00a0un grand retentissement\u00a0\u00bb. Pierre Lass\u00e8gue (2007) qui est l\u2019\u00e9minent disciple de Penglaou exprime le m\u00eame refus\u00a0 de consid\u00e9rer que la comptabilit\u00e9 soit autre chose qu\u2019une technique et, en aucun cas, une science\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>L&rsquo;objectif ultime de la comptabilit\u00e9 est de donner la description la plus proche possible de la r\u00e9alit\u00e9; toutes les autres r\u00e8gles ne sont que des moyens pour atteindre ce but et il faut les compl\u00e9ter ou m\u00eame les \u00e9carter si c&rsquo;est n\u00e9cessaire pour atteindre l&rsquo;image fid\u00e8le. La condition d\u2019image fid\u00e8le a \u00e9t\u00e9 introduite par la 4<sup>\u00e8me<\/sup> directive europ\u00e9enne. Elle n\u2019est pas l\u2019application de bonne foi des principes fondamentaux des r\u00e8gles en vigueur, elle est surtout un objectif atteindre.<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;un expos\u00e9 fait le 28 novembre 1961 devant l&rsquo;Acad\u00e9mie de Comptabilit\u00e9, il reconna\u00eet que le r\u00f4le de la comptabilit\u00e9 ne peut que s&rsquo;\u00e9tendre consid\u00e9rablement, puisqu&rsquo;elle est l&rsquo;une des pourvoyeuses possibles de chiffres dont l\u2019analyse \u00e9conomique a besoin pour mener \u00e0 bien ses d\u00e9marches mais qu\u2019elle porte la marque de ses origines et est gauchie par des pr\u00e9occupations juridiques et fiscales. La comptabilit\u00e9 ne peut alors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e que comme une technique auxiliaire de l&rsquo;\u00e9conomie car on la trouve toujours associ\u00e9e \u00e0 autre chose\u00a0: \u00e0 une m\u00e9thode d&rsquo;organisation, \u00e0 un sch\u00e9ma juridique, \u00e0 un raisonnement \u00e9conomique, etc.<a title=\"\" href=\"#_ftn227\">[227]<\/a> Cette \u00e9tude \u00e9pist\u00e9mologique cherche \u00e0 montrer que la comptabilit\u00e9 est un langage normalis\u00e9 qui facilite la communication et permet des comparaisons entre les entreprises, c\u2019est-\u00e0-dire une forme avec laquelle on traduit les observations du r\u00e9el en chiffrant des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques. Le respect de ce formalisme est la condition pour qu\u2019elle remplisse son r\u00f4le juridique en fournissant un moyen de contr\u00f4le mais aussi de preuve en cas de litiges avec les diff\u00e9rentes parties prenantes de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Ne voulant ni surestimer, ni sous-estimer la comptabilit\u00e9, Penglaou et Lass\u00e8gue semblent d\u00e9finir la science par opposition \u00e0 ce qu&rsquo;ils consid\u00e8rent comme une technique car, pour eux, les faits s\u2019imposent au chercheur sans que celui-ci puisse les s\u00e9lectionner. De plus, la discipline comptable a besoin des autres disciplines pour se d\u00e9velopper car elle ne produit aucune loi nouvelle par elle-m\u00eame. Enfin, la comptabilit\u00e9 en \u00e9tant au service des besoins des utilisateurs des comptes ne peut pas pr\u00e9tendre \u00e0 la recherche de la connaissance pure comme c\u2019est le cas pour les autres sciences.<\/p>\n<p>En disant cela, il nous semble qu\u2019ils oublient le caract\u00e8re pr\u00e9caire et approximatif des hypoth\u00e8ses scientifiques comme le rappelle Popper (1995) lorsqu\u2019il dit que \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;histoire des sciences n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;histoire des guerres perdues d&rsquo;avance<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, dans l\u2019Entre-deux Guerres en France, pour ne pas avoir \u00e0 choisir sur le statut de la comptabilit\u00e9, ce sont plut\u00f4t ses formes, g\u00e9n\u00e9rale, financi\u00e8re, commerciale, auxiliaire, analytique, etc. qui seront privil\u00e9gi\u00e9es au d\u00e9triment des d\u00e9finitions.<\/p>\n<p>Les plans comptables qui seront publi\u00e9s d\u00e8s apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale refl\u00e8tent bien cette attitude.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>8.1.3\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 en co\u00fbts historiques dans les Plans Comptables<\/h3>\n<p>Les normalisations de 1947<a title=\"\" href=\"#_ftn228\">[228]<\/a> et 1957 simplifieront les formes de la comptabilit\u00e9 en proposant un mod\u00e8le dualiste fond\u00e9 sur la comptabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et la comptabilit\u00e9 analytique, mais n\u2019apporteront pas d\u2019\u00e9clairage nouveau sur l\u2019opposition entre \u00ab\u00a0sciences\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0art\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le PCG 1947<a title=\"\" href=\"#_ftn229\">[229]<\/a> n\u2019avait pas de caract\u00e8re obligatoire et seules les entreprises r\u00e9visant ou ayant r\u00e9vis\u00e9 leur bilan se devaient d\u2019\u00e9tablir leurs comptes en respectant sa terminologie, ses r\u00e8gles et son mod\u00e8le de pr\u00e9sentation des \u00e9tats financiers.<\/p>\n<p>Le PCG 1957<a title=\"\" href=\"#_ftn230\">[230]<\/a> ne fut qu\u2019une mise \u00e0 jour du PCG 1947 dont il en avait gard\u00e9 la structure. Cependant, aux termes de l\u2019article 59 de la loi du 28 d\u00e9cembre 1959, il devait \u00eatre proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une application progressive du PCG 1957 dans les entreprises. Le d\u00e9cret du 13 avril 1962 imposa la mise en place des comit\u00e9s professionnels, comprenant notamment des chefs d\u2019entreprise et des techniciens comptables, et la r\u00e9alisation des proc\u00e9dures conduisant aux plans comptables professionnels qui adapt\u00e8rent les r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales de normalisation du PCG aux besoins et moyens des entreprises industrielles compte tenu de la nature de leur activit\u00e9 et de leur dimension. L\u2019article 9 du d\u00e9cret du 13 avril 1962 stipula que des arr\u00eat\u00e9s interminist\u00e9riels fixeraient dans chaque cas les modalit\u00e9s et d\u00e9lais de l\u2019application de ces plans comptables professionnels. C\u2019est uniquement par ce biais que le PCG 1957 fut rendu obligatoire.<\/p>\n<p>Bien que ces Plans 1947 et 1957 ne se soient pas int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir le statut de la comptabilit\u00e9, la d\u00e9termination de celui-ci n\u2019est pas un simple exercice acad\u00e9mique de style\u00a0 dans la mesure o\u00f9 elle conditionne son organisation, c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont un pays la con\u00e7oit et la met en \u0153uvre pour satisfaire aux besoins qui sont les siens. Autant dire que ce d\u00e9bat n\u2019est toujours pas clos puisque Colasse (2001) proposa de sortir la science de la comptabilit\u00e9 en distinguant celle-ci de la science comptable.<\/p>\n<p>La r\u00e9vision du Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral 1957 d\u00e9buta en 1968 et dura 10 ans. La nouvelle version du PCG<a title=\"\" href=\"#_ftn231\">[231]<\/a> sera remplac\u00e9e sans apporter de modifications techniques significatives par le PCG 1982<a title=\"\" href=\"#_ftn232\">[232]<\/a>. Celui-ci fut l\u2019objet, pour la premi\u00e8re fois en France, de lois vot\u00e9es par le Parlement : loi comptable du 30 avril 1983<a title=\"\" href=\"#_ftn233\">[233]<\/a> et loi du 3 janvier 1985<a title=\"\" href=\"#_ftn234\">[234]<\/a> relatives respectivement aux comptes individuels et aux comptes consolid\u00e9s des entreprises. Elles ont permis la transposition de la 4<sup>\u00e8me<\/sup> et de la 7<sup>\u00e8me<\/sup> directives europ\u00e9ennes dans le droit positif fran\u00e7ais. Leur contenu a ensuite \u00e9t\u00e9 repris dans le code de commerce traduisant ainsi l\u2019\u00e9mergence d\u2019un droit comptable fran\u00e7ais fond\u00e9 sur la cohabitation du PCG 1982, des lois comptables et des directives europ\u00e9ennes, ce qui fut source d\u2019enrichissement mais aussi de contradictions.<\/p>\n<p>Le Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral 1982 d\u00e9finissait dans son introduction page VII, la comptabilit\u00e9 dite g\u00e9n\u00e9rale ou financi\u00e8re comme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u2026 un syst\u00e8me d&rsquo;organisation de l&rsquo;information financi\u00e8re permettant de saisir, classer, enregistrer les donn\u00e9es de base chiffr\u00e9es et de fournir, apr\u00e8s traitement appropri\u00e9, un ensemble d&rsquo;informations conforme aux besoins des divers utilisateurs int\u00e9ress\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9valuation des postes ne pouvait se faire qu\u2019en co\u00fbts historiques.<\/p>\n<p>Le 22 juin 1999, le minist\u00e8re des Finances prit deux arr\u00eat\u00e9s qui ont homologu\u00e9 les r\u00e8glements 99-03 et 99-02 du 29 avril 1999 du Comit\u00e9 de la r\u00e9glementation comptable (CRC). Le premier substituait le Plan comptable g\u00e9n\u00e9ral 1999 \u00e0 celui de 1982 qui fut enti\u00e8rement refondu et r\u00e9\u00e9crit \u00e0 \u00ab\u00a0droit quasi constant\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn235\">[235]<\/a> comme un code sous la forme d\u2019articles. Le deuxi\u00e8me portait sur les r\u00e8gles et m\u00e9thodes relatives aux comptes consolid\u00e9s des soci\u00e9t\u00e9s commerciales et des entreprises publiques.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9\u00e9criture sous forme de r\u00e8gles organis\u00e9es en articles facilite la mise \u00e0 jour r\u00e9guli\u00e8re du PCG par de nouvelles normes comptables. Il ne comporte plus qu\u2019un seul volet consacr\u00e9 exclusivement \u00e0 la comptabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ou financi\u00e8re, les dispositions relatives \u00e0 la comptabilit\u00e9 analytique ayant \u00e9t\u00e9 exclues en raison de leur caract\u00e8re facultatif.<\/p>\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> mars 2006 fut publi\u00e9e la derni\u00e8re version du Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral propos\u00e9e par le Comit\u00e9 de la R\u00e9glementation Comptable dans son r\u00e8glement CRC 99-03 du 29 avril 1999 modifi\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9 ensuite par de 31 nouveaux r\u00e8glements ponctuels. La d\u00e9finition pr\u00e9c\u00e9dente de la comptabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par celle du r\u00e8glement CRC 99-03, Article 120\u00a0&#8211;\u00a01\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La comptabilit\u00e9 est un syst\u00e8me d\u2019organisation de l\u2019information financi\u00e8re permettant de saisir, classer, enregistrer des donn\u00e9es de base chiffr\u00e9es et pr\u00e9senter des \u00e9tats refl\u00e9tant une image fid\u00e8le du patrimoine, de la situation financi\u00e8re et du r\u00e9sultat de l\u2019entit\u00e9 \u00e0 la date de cl\u00f4ture<\/em>\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn236\">[236]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9finitions du Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral de 1982 et de celui de 1999, version 2006, font appara\u00eetre la comptabilit\u00e9 comme un ensemble de pratiques organisationnelles et sociales que Claude P\u00e9rochon (1995) a qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0technique d\u2019information quantitative\u00a0\u00bb d\u00e9crivant mon\u00e9tairement l&rsquo;activit\u00e9 et la situation de toute organisation. En cela, il rejoint Albert Veyrenc (1957) pour qui le but de la comptabilit\u00e9 \u00e9tait d&rsquo;enregistrer m\u00e9thodiquement toutes les op\u00e9rations de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir d\u00e9terminer \u00e0 tout instant la situation pr\u00e9cise et le r\u00e9sultat net de l&rsquo;exploitation de l&rsquo;organisation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces prises de position d\u2019auteurs importants et tr\u00e8s influents en France mettent toutes l\u2019accent sur une conception de la comptabilit\u00e9 assimil\u00e9e \u00e0 un outil pratique dont l\u2019utilit\u00e9 technique semble r\u00e9sider dans la production et la diffusion par les organisations des informations presque exclusivement financi\u00e8res qu\u2019elles transmettent \u00e0 leurs partenaires \u00e9conomiques et sociaux. Ses objectifs sont alors de pr\u00e9senter des \u00e9tats financiers et de permettre d&rsquo;effectuer des comparaisons p\u00e9riodiques pour appr\u00e9cier l&rsquo;\u00e9volution de l\u2019organisation dans une perspective de continuit\u00e9 de son activit\u00e9. Par ailleurs, si cette nouvelle d\u00e9finition de la comptabilit\u00e9 dans le Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral 1999 n\u2019est pas r\u00e9volutionnaire, elle marque une \u00e9volution dans la mesure o\u00f9 l\u2019image fid\u00e8le est d\u00e9sormais plac\u00e9e au rang d\u2019unique objectif de la comptabilit\u00e9 en remplacement du triptyque traditionnel \u00ab\u00a0prudence, r\u00e9gularit\u00e9, sinc\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb. Contrairement \u00e0 la prudence, \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 et \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9, l\u2019image fid\u00e8le n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9finie dans la terminologie du Plan Comptable G\u00e9n\u00e9ral 1982. Cette notion d\u2019image fid\u00e8le est inspir\u00e9e du concept anglo-saxon de \u00ab\u00a0true and fair view\u00a0\u00bb internationalement reconnu.<\/p>\n<p>L\u2019image fid\u00e8le ne peut pas se r\u00e9sumer par le simple respect des principes comptables que traduit celui de r\u00e9gularit\u00e9 (Lass\u00e8gue, 2007). Si celui-ci est n\u00e9cessaire, il n\u2019est pas toujours suffisant pour atteindre cette image qui est une notion globale et assez impr\u00e9cise int\u00e9grant, non seulement, le respect des r\u00e8gles (les principes comptables, en l\u2019esp\u00e8ce) mais aussi une sorte d\u2019obligation de fournir \u00ab\u00a0loyalement\u00a0\u00bb toute l\u2019information utile et pertinente pour permettre \u00e0 des tiers d\u2019avoir, \u00e0 travers les \u00e9tats financiers, une perception exacte de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>L\u2019image fid\u00e8le est, en quelque sorte, la meilleure traduction possible de la situation de l\u2019entreprise. L\u2019image fid\u00e8le doit \u00eatre fournie globalement par les \u00e9tats financiers, c&rsquo;est-\u00e0-dire par le bilan, le compte de r\u00e9sultat et l\u2019annexe. Sur la forme, la pr\u00e9sentation des comptes doit \u00e9galement contribuer \u00e0 donner une image fid\u00e8le. L\u2019article 123-15 Code de Commerce pr\u00e9voit notamment que\u00a0: \u00ab\u00a0Le bilan, le compte de r\u00e9sultat et l&rsquo;annexe doivent comprendre autant de rubriques et de postes qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire pour donner une image fid\u00e8le du patrimoine, de la situation financi\u00e8re et du r\u00e9sultat de l&rsquo;entreprise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La notion d\u2019image fid\u00e8le correspond ainsi \u00e0 une conception de la comptabilit\u00e9 comme une technique exacte et pouvant faire l\u2019objet d\u2019une certification, ce qui r\u00e9duit de mani\u00e8re \u00e9troite la signification de l\u2019expression \u00ab\u00a0true and fair view\u00a0\u00bb. En se limitant au seul probl\u00e8me de la correspondance avec la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019image fid\u00e8le insiste sur la fid\u00e9lit\u00e9 qui correspond plus \u00e0 cette autre chose qu\u2019est la \u00ab\u00a0representational faithfulness\u00a0\u00bb am\u00e9ricaine. La comptabilit\u00e9 ne dit pas simplement le \u00ab\u00a0vrai (le true)\u00a0\u00bb, elle le construit en ne retenant que certains faits, c\u2019est-\u00e0-dire en faisant des choix qui rel\u00e8vent de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9thique (le fair)\u00a0\u00bb. C\u2019est cette derni\u00e8re dimension qui est masqu\u00e9e dans la notion d\u2019image fid\u00e8le sous l\u2019influence, nous semble-t-il, des nombreux travaux dits \u00ab\u00a0positifs\u00a0\u00bb qui visent \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et donc \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 par l\u2019explication des pratiques alors que le \u00ab\u00a0fair\u00a0\u00bb, en tant qu\u2019\u00e9thique, ne peut \u00eatre que subjectif et non op\u00e9ratoire.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement,nous constatons que les Plans comptables fran\u00e7ais ne donnent pas beaucoup d\u2019informations sur ce que pourrait \u00eatre une \u00ab\u00a0science comptable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>8.1.4\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 comme objet de recherche et la juste valeur<\/h3>\n<p>C\u2019est essentiellement apr\u00e8s la crise de 1929, que les choses vont commencer \u00e0 changer avec l\u2019apparition du \u00ab\u00a0chercheur en comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb qui va \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de constructions intellectuelles qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0th\u00e9ories\u00a0\u00bb (Colasse, Saboly, Turrillo, 2001). Le th\u00e8me central de la recherche comptable qui fait consensus entre tous les chercheurs est celui de l\u2019\u00e9valuation, celle-ci \u00e9tant \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 d\u2019autres notions comptables comme l\u2019information comptable, la pratique comptable, la reproduction de la valeur dans le temps, la distinction entre le profit et la rente, la classification des op\u00e9rations, l\u2019allocation des ressources, etc.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 la fin du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019\u00e9valuation des comptes se fait g\u00e9n\u00e9ralement en \u00ab\u00a0valeurs de march\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en supposant la liquidation de l\u2019entreprise de mani\u00e8re \u00e0 d\u00e9terminer sa capacit\u00e9 \u00e0 rembourser ses dettes. Il est d\u2019usage courant d\u2019appeler \u00ab\u00a0th\u00e9orie statique de la comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb cette pratique de l\u2019\u00e9valuation.<\/p>\n<p>A partir des ann\u00e9es 1920, l&rsquo;essor du march\u00e9 financier soutenu par l&rsquo;attrait des \u00e9pargnants pour ces nouveaux titres confirme la tendance initi\u00e9e au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle concernant l&rsquo;affirmation des sources externes de financement. En s&rsquo;inscrivant au sein de relations socio-\u00e9conomiques structur\u00e9es par le capitalisme, la comptabilit\u00e9, dans son rapport aux tiers, est tiraill\u00e9e entre deux options contradictoires. ll s&rsquo;agit de savoir quelle conception de la comptabilit\u00e9 est \u00e0 privil\u00e9gier entre la conservation du secret des affaires et la diffusion de l&rsquo;information comptable aux investisseurs potentiels, en acceptant ainsi un droit de regard externe sur la gestion de l&rsquo;entreprise. Les soci\u00e9t\u00e9s industrielles vont alors adapter l&rsquo;outil comptable en fonction de leurs nouveaux besoins. Des changements sont tout d&rsquo;abord marqu\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9valuation des biens. Les entrepreneurs ne peuvent plus se satisfaire d&rsquo;une \u00e9valuation des biens au plus bas du co\u00fbt de revient ou du prix de march\u00e9. Ce mode d&rsquo;\u00e9valuation \u00e9tait dict\u00e9 par le principe de la liquidation fictive de l&rsquo;entreprise, qui ne correspond plus \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique. Les propos d&rsquo;un juriste, Albert Amiaud, commentant l&rsquo;arr\u00eat du tribunal de Rouen du 10 mars 1909 confirment cette \u00e9volution : \u00ab\u00a0Les objets immobilis\u00e9s, les usines, mat\u00e9riels, machines ne sont pas port\u00e9s au bilan au prix o\u00f9 ils pourraient \u00eatre vendus, mais d&rsquo;apr\u00e8s la valeur des services qu&rsquo;ils sont encore susceptibles de rendre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;apr\u00e8s leur valeur d&rsquo;activit\u00e9 par opposition \u00e0 la valeur de liquidation\u00a0\u00bb. Cette jurisprudence rompt avec la domination de la valeur de march\u00e9 et met en avant une \u00e9valuation \u00e0 la valeur d&rsquo;usage pour les actifs fixes et, plus particuli\u00e8rement, pour les immobilisations corporelles. L&rsquo;att\u00e9nuation du principe de l&rsquo;\u00e9valuation \u00e0 la valeur de march\u00e9 s&rsquo;explique par le d\u00e9placement de l&rsquo;objet de la comptabilit\u00e9. En effet, la comptabilit\u00e9 ne doit plus r\u00e9pondre \u00e0 un objectif de recouvrement de l&rsquo;ensemble des dettes, mais doit permettre en permanence de mesurer l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;entreprise. Dans ce contexte, les biens vont figurer \u00e0 l&rsquo;actif du bilan \u00e0 leur \u00ab valeur co\u00fbt \u00bb d\u00e9termin\u00e9e au moment de l&rsquo;entr\u00e9e dans le patrimoine de l&rsquo;entreprise. Les biens acquis figureront \u00e0 leur valeur d&rsquo;acquisition, ceux produits \u00e0 leur valeur de production et enfin les biens \u00e9chang\u00e9s seront enregistr\u00e9s \u00e0 leur valeur d&rsquo;\u00e9change. En l&rsquo;absence du recours \u00e0 la valeur de march\u00e9 pour valoriser l&rsquo;ensemble des biens d\u00e9tenus par l&rsquo;entreprise, le nouveau mod\u00e8le comptable, qui a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 de comptabilit\u00e9 dynamique, doit d\u00e9terminer un nouveau r\u00e9f\u00e9rentiel pour \u00e9valuer l&rsquo;usure et l&rsquo;obsolescence des \u00e9quipements utilis\u00e9s. Dans le cadre de ce nouveau mod\u00e8le, le concept d&rsquo;amortissement s&rsquo;est construit lentement dans la mesure o\u00f9 la litt\u00e9rature comptable du d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle fait encore r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la notion de d\u00e9pr\u00e9ciation telle qu&rsquo;elle est appr\u00e9hend\u00e9e dans le mod\u00e8le comptable statique pr\u00f4nant la valeur de march\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, des auteurs, notamment allemands, s\u2019en prennent vivement \u00e0 cette mani\u00e8re de concevoir la comptabilit\u00e9 et proposent de nouveaux modes d\u2019\u00e9valuation.<\/p>\n<p>Herman Veit Simon (1889) propose de retenir la valeur d\u2019usage bas\u00e9e sur l\u2019actualisation des cash flows esp\u00e9r\u00e9s de l\u2019utilisation des investissements dans les moyens de structure. Par souci de prudence afin d\u2019\u00e9viter de distribuer des dividendes non r\u00e9alis\u00e9s, il propose de retenir le co\u00fbt d\u2019acquisition comme limite sup\u00e9rieure \u00e0 cette valeur d\u2019usage.<\/p>\n<p>Eugen Schmalenbach (1920) propose une \u00ab\u00a0th\u00e9orie dynamique de la comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb fond\u00e9e sur la notion de co\u00fbt historique. Il consid\u00e8re le bilan uniquement comme un r\u00e9servoir de co\u00fbts \u00e0 r\u00e9partir, l\u2019amortissement n\u2019ayant pour lui rien \u00e0 voir avec les variations de la valeur de march\u00e9 des biens. Il n\u2019est donc pas possible de d\u00e9terminer le r\u00e9sultat \u00e9conomique en dressant un bilan qui refl\u00e8te le patrimoine de l\u2019entreprise. Le r\u00e9sultat se calcule uniquement \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9partition des co\u00fbts conforme \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise. A ce titre, il proposera en 1927 son fameux plan comptable moniste associant dans un m\u00eame corpus les comptabilit\u00e9s g\u00e9n\u00e9rale et analytique. Ce plan comptable allait inspirer les tentatives de standardisation des comptabilit\u00e9s dans de nombreux pays.<\/p>\n<p>Fritz Schmidt (1921) met l\u2019accent sur l\u2019influence en comptabilit\u00e9 de l\u2019inflation, forte \u00e0 son \u00e9poque. Distinguant les \u00ab\u00a0valeurs r\u00e9elles\u00a0\u00bb non sujettes aux effets de l\u2019inflation des \u00ab\u00a0valeurs mon\u00e9taires\u00a0\u00bb qui le sont, il montre que l\u2019entreprise ne peut survivre si les \u00e9l\u00e9ments non mon\u00e9taires ne sont pas \u00e9valu\u00e9s \u00e0 leur valeur de march\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 leur co\u00fbt de remplacement. Contrairement \u00e0 Schmalenbach, il consid\u00e8re que le b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019entreprise n\u2019est que la variation de son patrimoine, le capital \u00e9tant de nature non mon\u00e9taire et devant \u00eatre r\u00e9\u00e9valu\u00e9 sous peine de fausser le calcul de la rentabilit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, la recherche en comptabilit\u00e9 est de nature normative, qu\u2019elle soit fond\u00e9e sur des approches inductives (Littleton-1953, Ijiri-1975) ou d\u00e9ductives (Patton-1922, Chambers-1965, Gensse-1985) des probl\u00e8mes pos\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A partir de 1960 est apparue aux Etats-Unis une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de chercheurs qui ont rejet\u00e9 les th\u00e9ories existantes au pr\u00e9texte qu\u2019\u00e9tant normatives, elles \u00e9taient \u00ab\u00a0non scientifiques\u00a0\u00bb, leur pr\u00e9f\u00e9rant une approche empirique, analytique et quantitative qui permette de d\u00e9velopper des techniques d\u2019identification de concepts et de leurs inter-relations. L\u2019utilisation d\u2019un appareillage statistique et math\u00e9matique perfectionn\u00e9 leur faisait fermement esp\u00e9rer que la comptabilit\u00e9 scientifique moderne qu\u2019ils tentaient de d\u00e9finir \u00e0 partir des relations existant entre les \u00e9tats comptables et les cours boursiers, allait r\u00e9volutionner la pratique comptable courante. Il s\u2019inspirait de la d\u00e9marche positive en \u00e9conomie, \u00e9labor\u00e9e par J.\u00a0N.\u00a0Keynes (1891) et reprise par M. Friedman (1953) et l\u2019Ecole de Chicago. Ce nouveau courant puisait ses racines dans la th\u00e9orie de l\u2019agence qui identifiait plusieurs raisons pour lesquelles une gouvernance d\u2019entreprise par la valeur actionnariale augmente la valeur des entreprises.<\/p>\n<p>La probl\u00e9matique de la cr\u00e9ation de valeur actionnariale, en marquant une rupture radicale avec la conception traditionnelle de la performance, fut l\u2019argument qui leur permit, \u00e0 la suite de nombreuses \u00e9tudes statistiques initi\u00e9es par Beaver (1968) ainsi que par Ball et Brown (1968), de remettre en question l&rsquo;opinion classique selon laquelle le march\u00e9 porte un regard perspicace sur les b\u00e9n\u00e9fices comptables. Les r\u00e9sultats de ces \u00e9tudes et de celles qui suivirent, en montrant que les indicateurs comptables et autres ratios traditionnels n&rsquo;offraient qu&rsquo;un tableau de bord volum\u00e9trique peu propice aux extrapolations qualitatives en termes de strat\u00e9gie \u00e0 suivre, trouv\u00e8rent un \u00e9cho tr\u00e8s fort dans la communaut\u00e9 financi\u00e8re. Sur la croyance qu\u2019ils ne pouvaient perdurer que tant que les march\u00e9s financiers n&rsquo;exigeaient pas une certaine rentabilit\u00e9, ils furent frapp\u00e9s d&rsquo;obsolescence, ne r\u00e9pondant pleinement ni aux besoins des march\u00e9s financiers ni \u00e0 ceux du management. Alors que l\u2019on croyait \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle des nombres comptables obtenus selon des principes et des m\u00e9thodes jug\u00e9s les plus pertinents pour leurs utilisateurs dans le cadre d\u2019une approche essentiellement normative de la comptabilit\u00e9, les tests qu\u2019ils r\u00e9alis\u00e8rent montr\u00e8rent que la publication du r\u00e9sultat comptable traditionnel avait un effet tr\u00e8s limit\u00e9 sur le comportement du march\u00e9 financier, celui-ci ayant d\u00e9j\u00e0 anticip\u00e9 les \u00e9volutions par d\u2019autres canaux informationnels.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de la nature de l\u2019utilit\u00e9 des nombres comptables comme \u00e9l\u00e9ments de base du syst\u00e8me de production d\u2019information financi\u00e8re \u00e9tait alors pos\u00e9. En r\u00e9action, vers la fin des ann\u00e9es 1970, un paradigme fond\u00e9 sur l\u2019utilit\u00e9 contractuelle des nombres comptables a \u00e9merg\u00e9. En s\u2019inspirant de la d\u00e9marche positive de M.\u00a0Friedman (1953) en \u00e9conomie, Ross\u00a0L.\u00a0Watts et J.\u00a0L.\u00a0 Zimmerman (1978, 1979 et 1986) de l\u2019Ecole de Rochester ont essay\u00e9 de d\u00e9placer l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle normative du nombre comptable disant \u00ab\u00a0ce qu\u2019il devait \u00eatre\u00a0\u00bb \u00e0 une utilit\u00e9 contractuelle positive expliquant \u00ab\u00a0pourquoi il \u00e9tait ce qu\u2019il \u00e9tait et quels effets il pouvait avoir sur les gens et sur l\u2019allocation des ressources\u00a0\u00bb (d\u2019apr\u00e8s Jensen et Meckling, 1976). D\u00e9veloppant l\u2019id\u00e9e, dans leurs articles de 1978 et 1979, que le nombre comptable n\u2019est pas neutre car il est le reflet des choix des dirigeants cherchant \u00e0 maximiser leur utilit\u00e9 personnelle, ils ont tent\u00e9 d\u2019\u00e9laborer les lois du comportement de ceux-ci.<\/p>\n<p>Ils abord\u00e8rent le probl\u00e8me des motivations des dirigeants sous l\u2019angle de leur int\u00e9r\u00eat personnel et obtinrent des r\u00e9sultats qui confirm\u00e8rent l\u2019hypoth\u00e8se de Charles T. Horngren (1973) indiquant que les normes comptables sont des instruments politiques pour le gouvernement (am\u00e9ricain) qui agit sur elles afin d\u2019orienter l\u2019action des entreprises en fonction de l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait de l\u2019int\u00e9r\u00eat public. Ainsi, un dirigeant, en cherchant \u00e0 maximiser son utilit\u00e9 qui est fonction de sa r\u00e9mun\u00e9ration, des limites d\u2019endettement de l\u2019entreprise et des co\u00fbts politiques, va manipuler d\u2019un montant ad\u00e9quat le r\u00e9sultat de son entreprise. Plus ce montant est \u00e9lev\u00e9, plus la r\u00e9mun\u00e9ration est cens\u00e9e \u00eatre \u00e9lev\u00e9e, plus les limites d\u2019endettement de l\u2019entreprise sont grandes et plus les co\u00fbts politiques sont importants. Il appara\u00eet ainsi que la maximisation de l\u2019utilit\u00e9 des dirigeants puisse \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9e par l\u2019int\u00e9r\u00eat public recherch\u00e9 par le gouvernement, autrement dit, que les dirigeants justifient leur \u00ab\u00a0cr\u00e9ativit\u00e9 comptable\u00a0\u00bb parce qu\u2019elle leur permet de maximiser leur richesse tout en tenant compte de l\u2019int\u00e9r\u00eat public.<\/p>\n<p>Etant fond\u00e9e sur le paradigme de l\u2019utilit\u00e9 contractuelle de l\u2019information comptable, la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9 repose sur le concept de Market for Excuses qui exprime la production par les dirigeants de justifications <em>ad hoc<\/em> servant d\u2019alibis aux d\u00e9cisions qu\u2019ils prennent. <em>Le nombre comptable est ainsi devenu sous la plume de ces auteurs un objet de nature subjective au service essentiellement des dirigeants. <\/em>Cherchant \u00e0 \u00e9clairer la gen\u00e8se des \u00e9tats financiers \u00e0 partir du comportement des producteurs et des utilisateurs de l\u2019information comptable, elle emprunte ses sch\u00e9mas de raisonnement \u00e0 la th\u00e9orie positive de l\u2019agence et \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9conomique de la r\u00e9glementation<a title=\"\" href=\"#_ftn237\">[237]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re, les mesures comptables jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le suivi des contrats, ce qui place la comptabilit\u00e9 au c\u0153ur des relations d\u2019agence. Ce r\u00f4le central conduit \u00e0 formuler le probl\u00e8me du choix des m\u00e9thodes et des normes comptables \u00e0 partir de mod\u00e8les fond\u00e9s sur la rationalit\u00e9 \u00e9conomique des dirigeants et des propri\u00e9taires appr\u00e9ci\u00e9e en termes de r\u00e9mun\u00e9rations et d\u2019endettement.<\/p>\n<p>Pour la seconde, la finalit\u00e9 des r\u00e9glementations \u00e9tant d\u2019effectuer des transferts de richesses, les valeurs comptables fournissent une base pour les politiciens en leur permettant d\u2019argumenter aupr\u00e8s de leurs \u00e9lecteurs du bien fond\u00e9 des mesures prises et de celles qu\u2019ils proposent, notamment en termes de normalisation et de r\u00e9glementation comptable.<\/p>\n<p>Selon la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9, les choix comptables les plus significatifs r\u00e9alis\u00e9s par les dirigeants, en fonction des situations dans lesquelles ils se trouvent, concernent\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019int\u00e9gration des int\u00e9r\u00eats des emprunts dans le co\u00fbt des immobilisations \u00e0 l\u2019actif au lieu de les comptabiliser en charges,<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le choix de la m\u00e9thode d\u2019amortissement, lin\u00e9aire ou acc\u00e9l\u00e9r\u00e9,<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 le choix de la m\u00e9thode d\u2019\u00e9valuation des stocks, FIFO ou LIFO,<\/p>\n<p>4)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019int\u00e9gration des co\u00fbts de recherche et d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019actif au lieu de les comptabiliser en charges,<\/p>\n<p>5)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019\u00e9valuation des actifs de l\u2019entreprise en valeur de march\u00e9 non manipulable par les dirigeants et non sur un co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, il appara\u00eet que les espoirs suscit\u00e9s par la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9 ne se sont pas concr\u00e9tis\u00e9s en raison principalement de l\u2019impossibilit\u00e9 pour \u00ab\u00a0<em>les mod\u00e8les comptables les plus perfectionn\u00e9s de refl\u00e9ter l\u2019immense complexit\u00e9 du r\u00e9el, soumettant leurs auteurs \u00e0 de nombreuses contraintes simplificatrices les rendant peu r\u00e9alistes et les limitant aux situations extr\u00eames telles que les march\u00e9s parfaits et complets<\/em>\u00a0\u00bb (Mattessich, 2006). Avec la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9, nous sommes revenus \u00e0 une vision actionnariale de l\u2019entreprise dans laquelle l\u2019on cherche \u00e0 obtenir des bilans en valeurs de march\u00e9 actuelles comme dans la phase statique de la comptabilit\u00e9 au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Mais il ne s\u2019agit plus de prot\u00e9ger les cr\u00e9anciers puisque la perspective de liquidation de l\u2019entreprise n\u2019est plus retenue. Il s\u2019agit d\u2019une vision diff\u00e9rente de l\u2019entreprise con\u00e7ue comme des paniers d\u2019activit\u00e9s relativement autonomes et pouvant faire l\u2019objet d\u2019\u00e9changes sur le march\u00e9 financier, au m\u00e9pris de la prise en compte des autres parties prenantes \u00e0 l\u2019activit\u00e9 (Chiapello, 2008). La comptabilit\u00e9 qui \u00e9tait au service du d\u00e9veloppement \u00e9conomique fond\u00e9 sur l\u2019activit\u00e9 industrielle et commerciale se trouve mise au service des march\u00e9s financiers. Les \u00e9largissements \u00e0 l\u2019ensemble des parties prenantes du cadre d\u2019analyse traditionnel de la gouvernance actionnariale n\u2019ont pas permis de modifier en profondeur le mod\u00e8le de la gouvernance actionnariale. Il est maintenant admis que les th\u00e9ories \u00ab\u00a0normatives\u00a0\u00bb et le raisonnement en mati\u00e8re d\u2019\u00e9valuation n\u2019\u00e9taient nullement arbitraires et faux et qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, les espoirs soulev\u00e9s par l\u2019utilisation des math\u00e9matiques et des statistiques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 satisfaits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9 et contrairement \u00e0 Lass\u00e8gue pour qui il n\u2019est pas possible de concevoir une science comptable, Boisselier et Olivero (1995) vont utiliser leur mod\u00e8le de repr\u00e9sentation comptable pour essayer de pr\u00e9ciser ce que pourraient \u00eatre l\u2019\u00e9tendue et la port\u00e9e de la recherche en comptabilit\u00e9 financi\u00e8re en montrant tout d\u2019abord comment il est possible de passer de la comptabilit\u00e9 \u00e0 la th\u00e9orie comptable et, \u00e0 partir de l\u00e0, en pr\u00e9cisant les diff\u00e9rents champs de recherches comptables. Pour eux, la comptabilit\u00e9 financi\u00e8re doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un syst\u00e8me d\u2019observation et de repr\u00e9sentation et non plus d\u2019information, le deuxi\u00e8me \u00e9tant finalis\u00e9 et construit pour un ensemble d\u2019utilisateurs auxquels il fournit des repr\u00e9sentations du r\u00e9el conforme \u00e0 leurs besoins<a title=\"\" href=\"#_ftn238\"><sup><sup>[238]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0contrairement au premier qui n\u2019apporte que des informations dont la capacit\u00e9 cognitive est faible pour les d\u00e9cideurs potentiels car ceux-ci forment une pluralit\u00e9 d\u2019acteurs diff\u00e9rents qui imposent un compromis dans la production de l\u2019information.<\/p>\n<p>Ce compromis est source de conflits entre les utilisateurs de celle-ci qui ne retrouvent pas dans les repr\u00e9sentations propos\u00e9es un mod\u00e8le conforme \u00e0 leur mod\u00e8le de r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Ces repr\u00e9sentations ne constituent pas un bloc monolithique \u00e0 forte coh\u00e9rence interne comme ce serait le cas si elles s\u2019inscrivaient dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me d\u2019information car les principes comptables ne s\u2019ordonnent pas les uns par rapport aux autres selon une m\u00eame probl\u00e9matique. Ils sont, au contraire, utilis\u00e9s de mani\u00e8re sp\u00e9cifique par chacun et, de ce fait, se situent \u00e0 des niveaux diff\u00e9rents d\u2019intervention. En effet, les principes comptables fondamentaux n\u2019apparaissent pas comme constituant un bloc fig\u00e9 dans la forme quel que soit le lieu o\u00f9 ils s\u2019appliquent. Par exemple, les Am\u00e9ricains hi\u00e9rarchisent les principes selon trois niveaux d\u2019importance d\u00e9croissante<a title=\"\" href=\"#_ftn239\"><sup><sup>[239]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0: celui des objectifs \u00e0 atteindre par l\u2019information produite puis celui des \u00e9l\u00e9ments du bilan et de la qualit\u00e9 de l\u2019information comptable et, enfin, celui des concepts de mesure et d\u2019enregistrement.<\/p>\n<p>Au premier niveau, l\u2019objectif principal est l\u2019obtention d\u2019informations utiles aux d\u00e9cisions d\u2019investissement et de financement.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me niveau voit appara\u00eetre les concepts comptables que sont l\u2019actif, le passif, les capitaux propres, les dettes, etc. mais aussi la pertinence, la fiabilit\u00e9, etc. de l\u2019information comptable.<\/p>\n<p>Au troisi\u00e8me niveau sont identifi\u00e9s les principes comptables traditionnels.<\/p>\n<p>En comparaison de cette situation, les principes en France sont consid\u00e9r\u00e9s comme relativement \u00e9gaux les uns par rapport aux autres et ils ne se distinguent pas non plus les uns des autres en termes de finalit\u00e9. De plus, leur nombre est variable selon les approches des diff\u00e9rents auteurs qui peuvent aussi leur accorder des niveaux d\u2019importance diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Tout le probl\u00e8me se situe donc au niveau de la mod\u00e9lisation de la r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9e. On peut alors concevoir deux grands domaines de recherche\u00a0: la th\u00e9orie du bilan (on peut remarquer \u00e0 ce sujet que le terme italien \u00ab bilancio \u00bb est plus synth\u00e9tique que la terminologie fran\u00e7aise, car il regroupe les \u00e9tats financiers expliquant les changements de situation de l&rsquo;entreprise, bilan et compte de r\u00e9sultat) et l&rsquo;instrumentation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour Claude Alia et Robert Descargues (2009), le mod\u00e8le comptable ne r\u00e9pond \u00e0 aucun des crit\u00e8res scientifiques reconnus dans le contexte des deux paradigmes principaux actuellement en sciences de gestion\u00a0: le positivisme et le constructivisme qui doivent permettre de pr\u00e9ciser, selon celui auquel on se r\u00e9f\u00e8re, le probl\u00e8me de la nature des liens entre le r\u00e9el et le mod\u00e8le, celui de la place de l&rsquo;observateur ou de l&rsquo;utilisateur du mod\u00e8le et du mod\u00e9lisateur ou du concepteur dans le processus d&rsquo;\u00e9laboration des repr\u00e9sentations. La notion de mod\u00e8le prend des sens diff\u00e9rents selon le paradigme scientifique consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, dans un cadre positiviste comtien, le mod\u00e8le est une repr\u00e9sentation \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb d&rsquo;un r\u00e9el ontologique qui suppose que le r\u00e9el existe en soi. Cela signifie, notamment, que le concepteur et l&rsquo;utilisateur du mod\u00e8le sont exclus du processus de mod\u00e9lisation. Dans ce paradigme, la scientificit\u00e9 du mod\u00e8le d\u00e9pend de sa capacit\u00e9 \u00e0 restituer \u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9el\u00a0\u00bb, autrement dit, selon la terminologie comptable, \u00e0 restituer une image fid\u00e8le du r\u00e9el.<\/p>\n<p>L&rsquo;apport majeur du paradigme constructiviste \u00e0 la notion de mod\u00e8le a \u00e9t\u00e9 de r\u00e9introduire l&rsquo;observateur (concepteur ou usager) dans le processus de mod\u00e9lisation. Ainsi, le mod\u00e8le ne se d\u00e9finit plus comme une repr\u00e9sentation objective du r\u00e9el mais comme une repr\u00e9sentation \u00e9labor\u00e9e par un observateur pour r\u00e9pondre aux questions qu&rsquo;il se pose sur le r\u00e9el. Cette d\u00e9finition, inspir\u00e9e de Minsky (1988), met en \u00e9vidence le caract\u00e8re t\u00e9l\u00e9ologique du mod\u00e8le, c&rsquo;est-\u00e0-dire que celui-ci est \u00e9labor\u00e9 en fonction des finalit\u00e9s du mod\u00e9lisateur. Or, le mod\u00e8le comptable est le fruit d&rsquo;un processus de normalisation de la pratique qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 sur plus de cinq si\u00e8cles. Le passer au crible des ces deux crit\u00e8res de scientificit\u00e9 retenus aujourd&rsquo;hui ne peut que conduire \u00e0 le repenser sur de nouvelles bases. Ses insuffisances en mati\u00e8re de repr\u00e9sentation du r\u00e9el (non respect de l&rsquo;homomorphisme entre r\u00e9alit\u00e9 et mod\u00e8le) et en mati\u00e8re de m\u00e9thode (non respect de l&rsquo;isomorphisme entre mod\u00e8le et m\u00e9thode) font qu&rsquo;il est inutile de vouloir le modifier pour l&rsquo;adapter aux nouveaux besoins qui apparaissent dans les syst\u00e8mes complexes. Il doit \u00eatre mis en ad\u00e9quation avec les crit\u00e8res de la mod\u00e9lisation syst\u00e9mique qui implique un changement radical de perspective sur la place et le r\u00f4le de la mod\u00e9lisation comptable. La position du mod\u00e8le comptable se d\u00e9place ainsi en aval du syst\u00e8me d&rsquo;information. La mod\u00e9lisation comptable pourrait devenir alors un processus intelligent et intelligible de traitement de donn\u00e9es qui respecte intrins\u00e8quement l&rsquo;homomorphisme entre r\u00e9alit\u00e9 et mod\u00e8le et l&rsquo;isomorphisme entre mod\u00e8le et m\u00e9thode de mod\u00e9lisation. La normalisation IFRS tendrait, par ailleurs, \u00e0 en faire un mod\u00e8le pr\u00e9dictif (Cormier et al., 2007) en faisant passer la comptabilit\u00e9 financi\u00e8re d&rsquo;une approche redditionnelle fond\u00e9e sur les co\u00fbts historiques \u00e0 une comptabilit\u00e9 plus prospective fond\u00e9e sur la juste valeur et l&rsquo;estimation de flux de tr\u00e9sorerie futurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Proche de nous, l&rsquo;exemple de l\u2019\u00e9cole des conventions est aussi caract\u00e9ristique de cette n\u00e9gation de consid\u00e9rer la comptabilit\u00e9 comme une science et qu\u2019il puisse exister des faits exclusivement comptables. Pour ses repr\u00e9sentants, les faits dits comptables ne sont pas autre chose que des choix individuels d\u2019\u00e9critures comptables qui se propagent par mim\u00e9tisme. Ils n&rsquo;auraient donc aucun caract\u00e8re sp\u00e9cifique; car un fait ne change pas de nature parce qu&rsquo;il est plus ou moins r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Nous devons constater que si cette th\u00e9orie est fond\u00e9e, la comptabilit\u00e9 ne se distingue pas de tout autre enregistrement num\u00e9rique, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019y a plus de mati\u00e8re pour penser \u00e0 une comptabilit\u00e9 proprement dite. La m\u00eame conclusion s&rsquo;impose, quelle que soit la th\u00e9orie, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l&rsquo;on nie la sp\u00e9cificit\u00e9 des faits comptables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si les th\u00e9ories comptables diff\u00e8rent les unes des autres, c\u2019est, selon Schmalenbach (1920), parce qu\u2019il existe des divergences dans les objectifs que leurs auteurs veulent atteindre et qui conditionnent leur mani\u00e8re de penser. Pour Mattessich (2006), il suffit que ces objectifs soient clairement d\u00e9finis, c\u2019est-\u00e0-dire que soient explicitement formul\u00e9es les relations entre les fins et les moyens (ce que ne permettent pas les th\u00e9ories empiriques traditionnelles) pour que les th\u00e9ories \u00ab\u00a0normatives et assorties de conditions\u00a0\u00bb soient plus objectives que celles, empiriques, issues de la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9. C\u2019est cette attitude que nous avons adopt\u00e9e pour formuler, au paragraphe suivant, les bases d\u2019une th\u00e9orie comptable fond\u00e9e sur le co\u00fbt historique.<\/p>\n<h2>8.2\u00a0\u2013\u00a0De la technique \u00e0 la th\u00e9orie comptable<\/h2>\n<h3><\/h3>\n<h3>8.2.1\u00a0&#8211;\u00a0Relations entre la technique et la th\u00e9orie<\/h3>\n<p>Les positions des chercheurs et des patriciens que nous venons de rappeler, qu\u2019ils soient favorables ou non \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on puisse construire une \u00ab\u00a0science comptable\u00a0\u00bb, reposent sur deux choix implicites\u00a0:<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 une conception de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb qui est saisie par la comptabilit\u00e9 en assimilant l\u2019entreprise et la soci\u00e9t\u00e9 commerciale qui la supporte juridiquement,<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 une conception mon\u00e9taire selon laquelle l\u2019explication comptable part des prix et des co\u00fbts tels qu\u2019ils sont constat\u00e9s mon\u00e9tairement dans la r\u00e9alit\u00e9 pour les confondre parfois d\u2019ailleurs avec la notion de \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour construire une th\u00e9orie comptable, il nous semble n\u00e9cessaire de d\u00e9passer ces \u00e9l\u00e9ments qui nous enferment le plus souvent dans des raisonnements tautologiques qui ont tendance \u00e0 ne pas produire les r\u00e9sultats escompt\u00e9s. En effet, nous pensons que cette approche de la comptabilit\u00e9 est insuffisante car elle se r\u00e9f\u00e8re au r\u00e9el constat\u00e9 et contingent \u00e0 un moment donn\u00e9 alors qu\u2019une th\u00e9orie, pour pr\u00e9tendre un tant soit peu \u00e0 \u00eatre reconnue comme scientifique, se doit d\u2019\u00eatre a-historique, c\u2019est-\u00e0-dire dont les concepts permettent d\u2019expliquer les pratiques, quel que soit le moment que l\u2019on consid\u00e8re dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Quand Paul Eluard, po\u00e8te, dit: \u00ab\u00a0il ne faut pas voir la r\u00e9alit\u00e9 comme je suis\u00a0\u00bb, il s\u2019exprime en fait comme un scientifique. Or, nous voyons spontan\u00e9ment le monde comme nous sommes alors que l\u2019objet de la construction d\u2019un raisonnement objectif est de voir le monde comme il est. L\u2019id\u00e9al est de parvenir \u00e0 poser des relations objectives qui ne soient plus le reflet de nos dispositions subjectives, ce qui n\u2019est pas simple puisque nous projetons sur le monde nos sentiments personnels mais aussi toutes les dispositions que nous tenons de la tradition sociale et de notre culture. La r\u00e9alit\u00e9 objective n\u2019est donc pas celle que nous observons spontan\u00e9ment et passivement. Elle ne peut \u00eatre que construite \u00e0 travers des faits qui n\u00e9cessitent d\u2019imaginer une s\u00e9rie d\u2019artifices techniques pour transposer l\u2019observation dans le champ visuel et spatial. Par exemple, le r\u00e9sultat d\u2019un \u00e9change sur le march\u00e9, subjectif et impr\u00e9cis, est expliqu\u00e9 \u00e0 travers l\u2019observation visuelle des comptes par la comparaison des valeurs des objets \u00e9chang\u00e9s, ce qui suppose l\u2019existence d\u2019un principe explicatif permanent \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019\u00e9change, \u00e0 savoir que celui-ci devrait se faire \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb. L\u2019observation objective suppose donc des instruments, tels les comptes, qui requi\u00e8rent eux-m\u00eames une th\u00e9orie\u00a0: par exemple, le compte suppose la th\u00e9orie de la valeur. Comme le dit Bachelard (1938)\u00a0: \u00ab\u00a0un instrument est une th\u00e9orie mat\u00e9rialis\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le monde objectif est reconstruit \u00e0 travers tout un r\u00e9seau d\u2019op\u00e9rations intellectuelles portant sur des manipulations d\u2019instruments. La pens\u00e9e objective suppose \u00e0 la fois des th\u00e9ories et des instruments qui t\u00e9moignent des relations \u00e9troites qui existent entre eux. Par exemple, c\u2019est parce que l\u2019on exp\u00e9rimente les conditions d\u2019un \u00e9change sur le march\u00e9, ce qui est un fait, que nous pouvons reconstruire celui-ci en disant que nous ne voulons pas \u00eatre l\u00e9s\u00e9s, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 poser comme principe qu\u2019il doit se r\u00e9aliser \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb. Dans le cas contraire, nous serions amen\u00e9s \u00e0 dire que \u00ab\u00a0par-dessus le march\u00e9\u00a0\u00bb, nous nous sommes fait voler, l\u2019expression populaire \u00ab\u00a0par-dessus le march\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9tant tr\u00e8s \u00e9vocatrice de notre ressentiment.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La comptabilit\u00e9 s\u2019est construite d\u2019abord sur des techniques d\u2019enregistrements d\u2019objets dans des comptes pour fournir ensuite les explications des relations n\u00e9cessaires entre ceux-ci. La d\u00e9couverte de Sombart de l\u2019\u00e9mergence de la comptabilit\u00e9 en partie double comme une pr\u00e9-condition essentielle du capitalisme est en cela tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9latrice de cette volont\u00e9 de trouver les rapports existants entre les comptes pour expliquer des ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux<a title=\"\" href=\"#_ftn240\">[240]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En principe, la construction de la pens\u00e9e objective et l&rsquo;activit\u00e9 technique peuvent \u00eatre distingu\u00e9es car la technique est un effort pour produire ce qui doit \u00eatre, ce qu&rsquo;on souhaite qui soit et qui n&rsquo;est pas, alors que la pens\u00e9e objective cherche \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 expliquer ce qui est. Cependant si la technique veut transformer la r\u00e9alit\u00e9 sensible en la soumettant aux exigences d&rsquo;un \u00ab\u00a0vouloir\u00a0\u00bb humain, ce vouloir ne peut s&rsquo;incarner en un \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb que par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb. La pens\u00e9e objective nous r\u00e9v\u00e8le les relations entre les ph\u00e9nom\u00e8nes alors que la technique utilise la connaissance de ces relations pour obtenir un r\u00e9sultat d\u00e9sir\u00e9.<\/p>\n<p>Le rapport th\u00e9orique de cause \u00e0 effet para\u00eet ainsi logiquement transposable en un rapport technique de moyen \u00e0 fin. Il ne faudrait pas croire pour autant que la \u00ab\u00a0pratique\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0th\u00e9orie\u00a0\u00bb demeurent syst\u00e9matiquement \u00e0 des niveaux parall\u00e8les. En fait on observe la formation de techniques efficaces, positives, adapt\u00e9es au monde r\u00e9el, bien avant qu&rsquo;une science positive et rationnelle soit constitu\u00e9e, l\u2019histoire de la comptabilit\u00e9 est l\u00e0 pour en t\u00e9moigner. De m\u00eame, l&rsquo;arithm\u00e9tique est issue du commerce, de la n\u00e9cessit\u00e9 des \u00e9changes. Les \u00ab calculs \u00bb sont d&rsquo;abord de petits cailloux avec lesquels les marchands comptaient leurs b\u0153ufs ou leurs moutons.<\/p>\n<p>Chez les Grecs, c&rsquo;est le jaugeage des tonneaux qui a amen\u00e9 la d\u00e9couverte des nombres incommensurables.<\/p>\n<p>Les peuples primitifs ne poss\u00e8dent aucune science digne de ce nom. Leurs th\u00e9ories sur la nature demeurent prisonni\u00e8res des illusions anthropomorphiques. Et pourtant ils poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 des techniques tr\u00e8s ing\u00e9nieuses : les pirogues s&rsquo;adaptent parfaitement au flot, l&rsquo;arc et les fl\u00e8ches rendent au chasseur tous les services qu&rsquo;il peut en attendre. La th\u00e9orie est ici tr\u00e8s en retard sur la pratique. \u00ab\u00a0Il semble, que toutes les id\u00e9es positives de ces temps-l\u00e0 soient enferm\u00e9es dans les outils et que l&rsquo;on n&rsquo;ait point su les en tirer\u00a0\u00bb \u00e9crit Alain (1938).<\/p>\n<p>Si la technique efficace pr\u00e9c\u00e8de la science positive selon la loi du d\u00e9calage de l&rsquo;action et de la pens\u00e9e, c&rsquo;est parce que les premi\u00e8res techniques ne sont qu&rsquo;un prolongement de l&rsquo;instinct, de l&rsquo;adaptation biologique spontan\u00e9e et inconsciente. L&rsquo;outil prolonge naturellement l&rsquo;organe<a title=\"\" href=\"#_ftn241\">[241]<\/a>. Le b\u00e2ton prolonge le bras, l&rsquo;hame\u00e7on imite le doigt recourb\u00e9, etc. L&rsquo;urgence de l&rsquo;action exige que l&rsquo;on applique des proc\u00e9d\u00e9s empiriques, d\u00e9couverts par hasard, <sup>&#8211;<\/sup>bien avant qu&rsquo;on ait pu expliquer scientifiquement les raisons de leur efficacit\u00e9. C&rsquo;est, disait Voltaire, \u00ab\u00a0\u00e0 un instinct m\u00e9canique que nous devons la plupart des arts et non \u00e0 la saine philosophie\u00a0\u00bb. Et il ajoutait\u00a0: \u00ab\u00a0S&rsquo;il avait fallu que la th\u00e9orie pr\u00e9c\u00e9d\u00e2t l&rsquo;usage des leviers, combien de si\u00e8cles se seraient \u00e9coul\u00e9s avant qu&rsquo;on e\u00fbt pu d\u00e9ranger une grosse pierre de sa place !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais la connaissance objective est tout autre chose qu&rsquo;un simple prolongement de la technique pr\u00e9scientifique spontan\u00e9e. Elle prend du recul sur la technique primitive, analyse rationnellement ses proc\u00e9d\u00e9s pour les r\u00e9former. Si le technicien veut agir, le scientifique cherche avant tout \u00e0 comprendre.<\/p>\n<p>La connaissance objective n&rsquo;est pas seulement la servante de la technique, elle r\u00e9pond aussi \u00e0 un besoin de conna\u00eetre, \u00e0 une curiosit\u00e9 purement intellectuelle. Elle tend \u00e0 se d\u00e9velopper sur son propre plan qui est celui de la sp\u00e9culation d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e en ce qui concerne les sciences de la nature\u00a0: \u00ab\u00a0la pens\u00e9e se s\u00e9pare des m\u00e9tiers et cherche en elle-m\u00eame, dans ses propres d\u00e9bats int\u00e9rieurs, le secret des choses\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette diff\u00e9rence entre l&rsquo;esprit technique et l&rsquo;esprit scientifique est tr\u00e8s bien mise en lumi\u00e8re par Alain lorsqu&rsquo;il trace un parall\u00e8le entre \u00ab\u00a0ce technicien en herbe qu&rsquo;est l&rsquo;apprenti et ce savant en herbe qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9colier\u00a0\u00bb (Alain, 1938). Mais l\u2019activit\u00e9 scientifique peut \u00eatre, en un sens plus \u00e9troit, dite technique en ce qu\u2019elle est op\u00e9ratoire, une science ayant \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2ge de ses instruments de mesure\u00a0\u00bb (Bachelard, 1938). Ainsi, la v\u00e9rification d&rsquo;une hypoth\u00e8se est une question technique car il faut imaginer un dispositif ing\u00e9nieusement adapt\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>8.2.2\u00a0&#8211;\u00a0La th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence est normative conditionnelle<\/h3>\n<p>Les sciences humaines ne peuvent pr\u00e9tendre \u00e0 ce caract\u00e8re d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 dans la mesure o\u00f9 l\u2019homme peut modifier les conditions de r\u00e9alisation de son action par rapport \u00e0 une th\u00e9orie qui sous-tendrait celle-ci. C\u2019est ce qu\u2019il fait en comptabilit\u00e9 lorsqu\u2019il valorise selon des crit\u00e8res diff\u00e9rents le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne comme dans le cas du r\u00e9sultat selon les normes continentales et am\u00e9ricaines. De nombreux auteurs ont d\u2019ailleurs fortement soulign\u00e9 le fait que les choix comptables ont toujours une cons\u00e9quence sociale. (B. Colasse, La comptabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, Economica, 4e \u00e9dition, 1993, P. Gense, E. Chiapello, M. Capron, Hopwood, G. Zappa, etc.).<\/p>\n<p>Le choix des normes a des cons\u00e9quences sociales en favorisant tel ou tel groupe et nous ne pouvons pas dire que la comptabilit\u00e9 soit socialement neutre. Si les normes permettant de penser que les m\u00eames faits soient trait\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on r\u00e9sultent du dialogue entre les agents \u00e9conomiques, nous pouvons dire qu\u2019elles ne sont que le fruit de compromis au sein des instances de normalisation. Mais il n&rsquo;en va pas de m\u00eame pour le choix des concepts ou des principes scientifiques. C&rsquo;est en ce sens que le relativisme de la comptabilit\u00e9 est particulier et distingue celle-ci de la pratique scientifique en tant que telle.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, la connaissance comptable est relative mais il en est de m\u00eame de toute connaissance scientifique. Il n&rsquo;y a donc pas d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la connaissance exacte constitu\u00e9e par les sciences et, de l&rsquo;autre, une connaissance relative qui serait celle des sciences humaines au sens large et auxquelles la comptabilit\u00e9 appartient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorsque Andr\u00e9 Comte-Sponville (2004) \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>De m\u00eame que ce ne sera jamais \u00e0 la biologie de fixer une limite, quelle qu&rsquo;elle soit, au clonage reproductif appliqu\u00e9 aux \u00eatres humains, de m\u00eame la science \u00e9conomique n&rsquo;est capable ni de d\u00e9limiter le champ du march\u00e9 (tout ne devrait pas \u00eatre \u00e0 vendre) ni de d\u00e9terminer dans quelle mesure la loi du march\u00e9 impose seule son empire l\u00e0 o\u00f9 elle s&rsquo;applique<\/em>\u00a0\u00bb, son analogie avec la biologie repose sur une conception erron\u00e9e de la science \u00e9conomique.<\/p>\n<p>En effet, la biologie n&rsquo;a pas \u00e0 formuler une th\u00e9orie propre \u00e0 rendre admissible ou non le clonage humain. Elle n&rsquo;est pas une science humaine ! Son objet n&rsquo;est pas de traiter des actions accomplies par les hommes. Mais il n&rsquo;en va pas de m\u00eame pour la science \u00e9conomique ni pour la comptabilit\u00e9 dont l&rsquo;objet propre a pour point de d\u00e9part l&rsquo;\u00e9change, lequel est une \u00ab\u00a0transaction\u00a0\u00bb intervenant entre deux co\u00e9changistes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les obligations th\u00e9oriques d\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs dans l\u2019\u00e9change et d\u2019un profit minimum lorsqu\u2019il est diff\u00e9r\u00e9 dans le temps rendent transparente la relation entre le rapport technique qui devrait exister entre les moyens et les fins \u00e0 l\u2019occasion de la saisie des \u00e9critures comptables et le rapport th\u00e9orique de cause \u00e0 effet portant sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs \u00e9chang\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La d\u00e9marche positive que nous avons adopt\u00e9e au cours de la premi\u00e8re partie montre que la th\u00e9orie du co\u00fbt historique sous-tendant la comptabilit\u00e9 classique est \u00e0 la fois explicative et normative du fonctionnement id\u00e9al des activit\u00e9s commerciales, quelle que soit l\u2019\u00e9poque que l\u2019on consid\u00e8re et donc, \u00e0 fortiori, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 commerciale, repr\u00e9sent\u00e9e par une entreprise, sur ses march\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>explicative car nous pouvons identifier toutes les composantes de l\u2019\u00e9change dans sa totalit\u00e9 et dire quels crit\u00e8res il doit respecter<a title=\"\" href=\"#_ftn242\">[242]<\/a>,<\/li>\n<li>normative en comparant \u00e0 ces crit\u00e8res ce que font les entreprises dans la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019objectif n\u2019\u00e9tant pas de leur dire comment faire mais de leur faire comprendre ce qui risque d\u2019arriver si elles continuent dans la voie o\u00f9 elles se sont engag\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est en ce sens que nous pouvons dire qu\u2019elle est \u00ab\u00a0normative conditionnelle\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019aspect normatif prend tout son sens \u00e0 la condition que la pratique soit sensiblement conforme \u00e0 la th\u00e9orie ou, ce qui revient au m\u00eame, qu\u2019elle respecte sensiblement les deux hypoth\u00e8ses rappel\u00e9es ci-dessus.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, elle ne pr\u00e9tend en rien \u00eatre une explication du fonctionnement r\u00e9el de celle-ci. Elle ne sert qu\u2019\u00e0 indiquer si la soci\u00e9t\u00e9 reste dans une \u00ab\u00a0bonne voie\u00a0\u00bb pour que l\u2019entreprise puisse remplir son r\u00f4le de cr\u00e9atrice de richesses.<\/p>\n<p>S\u2019inscrivant dans la logique et non dans l\u2019histoire, nous n\u2019avons pas \u00e0 nous pr\u00e9occuper du \u00ab\u00a0r\u00e9alisme\u00a0\u00bb des hypoth\u00e8ses que nous formulons sur le comportement des acteurs \u00e9conomiques, la subjectivit\u00e9 des parties prenantes ne s\u2019exprimant pas dans la th\u00e9orie.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9velopper les d\u00e9monstrations que nous avons propos\u00e9es au cours de la premi\u00e8re partie sur la th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence, nous devons\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>indiquer la condition d\u2019existence de la comptabilit\u00e9 en mobilisant la grille de lecture propos\u00e9e par Girard sur la relation entre la violence et le sacr\u00e9,<\/li>\n<li>pr\u00e9ciser la relation qu\u2019elle entretient avec l\u2019\u00e9change sur un march\u00e9,<\/li>\n<li>identifier quelle r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sente l\u2019entreprise,<\/li>\n<li>proposer une explication comptable qui n\u00e9cessite d\u2019identifier ce que nous entendons par \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb et par \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>8.3 &#8211; L\u2019explication de Ren\u00e9 Girard<\/h2>\n<p>Ren\u00e9 Girard a fourni \u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 une explication, mondialement accept\u00e9e de nos jours par de nombreux chercheurs<a title=\"\" href=\"#_ftn243\">[243]<\/a>, des pratiques sociales et culturelles fond\u00e9es sur les liens entre la violence et le sacr\u00e9. Il sugg\u00e8re que la cause initiale de la violence se trouve dans la rivalit\u00e9 pour l\u2019appropriation des objets qui g\u00e9n\u00e8re une imitation des comportements au point que les protagonistes deviennent des \u00ab\u00a0doubles\u00a0\u00bb les uns des autres. La rivalit\u00e9 pour l&rsquo;objet est donc la cause de la face conflictuelle de l\u2019imitation que Girard appelle \u00ab\u00a0d\u00e9sir mim\u00e9tique\u00a0\u00bb dont il faut toujours partir pour comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes de la violence. Pour essayer d\u2019endiguer cette imitation conflictuelle, nous avons mis en place depuis les temps les plus recul\u00e9s des mythes fondateurs g\u00e9n\u00e9rant l\u2019apaisement de la violence et que nous entretenons par la r\u00e9p\u00e9tition de rites mais aussi par des syst\u00e8mes d\u2019interdits dont les plus importants au regard de notre travail de recherche sont la comptabilit\u00e9 \u00e0 travers le comptage de la richesse cr\u00e9\u00e9e, la Kula, le potlatch, le don \/ contre don et le march\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>8.3.1 &#8211; Du d\u00e9sir mim\u00e9tique \u00e0 la violence<\/h3>\n<p>Le comportement humain, au m\u00eame titre que celui des animaux, pr\u00e9sente une dimension imitative, c&rsquo;est-\u00e0-dire un besoin d&rsquo;imiter son semblable. De nos jours, les neurophysiologues abondent dans ce sens lorsqu\u2019ils prouvent de mani\u00e8re exp\u00e9rimentale que le cerveau humain est une vaste machine \u00e0 imiter. Cette \u00ab\u00a0mim\u00e8sis<a title=\"\" href=\"#_ftn244\">[244]<\/a><strong>\u00a0<\/strong>\u00bb est inscrite biologiquement dans le ph\u00e9nom\u00e8ne de la n\u00e9ot\u00e9nie<a title=\"\" href=\"#_ftn245\">[245]<\/a> permettant la croissance post-natale du cerveau qui est consid\u00e9r\u00e9e comme le moteur de l\u2019\u00e9volution. Plus le syst\u00e8me nerveux et c\u00e9r\u00e9bral se complexifie, plus il y a de possibilit\u00e9s d\u2019imitation et d\u2019apprentissage. Konrad\u00a0Lorenz (1954 \u2013 1970)<a title=\"\" href=\"#_ftn246\">[246]<\/a> relie la n\u00e9ot\u00e9nie humaine \u00e0 la curiosit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ouverture au monde qui font de l\u2019homme un \u00eatre non sp\u00e9cialis\u00e9. La mim\u00e9sis lui est indispensable pour qu\u2019il puisse vivre en soci\u00e9t\u00e9 car elle lui permet d\u2019apprendre \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer dans une culture. Il n&rsquo;y a rien ou presque, dans les comportements humains, qui ne soit appris et tout apprentissage se ram\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;imitation. Si nous cessions d\u2019imiter, toutes les formes culturelles dispara\u00eetraient. C\u2019est ce que dit Lucien Malson (1964) lorsqu\u2019il \u00e9crit que chaque homme est constitu\u00e9 par la pr\u00e9sence des autres puisqu\u2019il ne pourrait pas d\u00e9velopper les facult\u00e9s caract\u00e9ristiques de son esp\u00e8ce sans le contact de ses semblables. Pour Jean\u00a0Michel\u00a0Oughourlian (2000), le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb est une notion mythique qui appara\u00eet comme une entit\u00e9 en devenir permanent modifi\u00e9e \u00e0 tout instant par le rapport \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Pendant plus d&rsquo;une d\u00e9cennie apr\u00e8s sa naissance, en apprenant \u00e0 parler, \u00e0 marcher, \u00e0 \u00e9crire, \u00e0 compter, \u00e0 lire et \u00e0 se conformer \u00e0 des lois, l&rsquo;enfant, par mim\u00e9tisme, peut s&rsquo;approprier les connaissances et les us et coutumes de la culture, parfois mill\u00e9naire, dans laquelle il vit (Dany-Robert Dufour, 2005). En contrepartie de cette d\u00e9pendance tr\u00e8s longue vis-\u00e0-vis des adultes au regard de ce qui se passe dans le r\u00e8gne animal, il est extr\u00eamement vuln\u00e9rable. Cet apprentissage, qui est b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 l\u2019enfant, constitue une \u00e9tape n\u00e9cessaire, longue et co\u00fbteuse en \u00e9nergie, \u00e0 la formation d&rsquo;individus viables et autonomes. Cela n\u2019est possible et ne peut porter ses fruits que parce qu\u2019il poss\u00e8de cette capacit\u00e9 et cette volont\u00e9 \u00e0 imiter son semblable que Girard (1972) appelle \u00ab\u00a0mim\u00e9sis d\u2019appropriation\u00a0\u00bb. C\u2019est ce qu\u2019illustre, \u00e0 contrario, le cas des enfants dits \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb qui, perdus ou abandonn\u00e9s, ont v\u00e9cu \u00e0 leur plus jeune \u00e2ge, reclus de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de tout contact humain. C\u2019est le cas de Victor, l&rsquo;enfant sauvage de l&rsquo;Aveyron, d\u00e9crit par Jean Itard<a title=\"\" href=\"#_ftn247\">[247]<\/a> qui a tent\u00e9 de l\u2019humaniser en effectuant sur lui une r\u00e9\u00e9ducation comme pour un enfant sourd mais sans grands r\u00e9sultats. L\u2019enfant ne parvint pas \u00e0 acqu\u00e9rir une sensibilit\u00e9, des sentiments, une facult\u00e9 de raisonnement, ni surtout une capacit\u00e9 \u00e0 communiquer. Les enfants \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb ont ainsi d&rsquo;insurmontables difficult\u00e9s pour apprendre ce que les autres apprennent par imitation appropriative dans leur contexte familial et culturel \u00e0 travers le comportement d\u2019un mod\u00e8le qu\u2019ils imitent et dont ils constituent en quelque sorte le \u00ab\u00a0double\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Platon (1990) et Aristote (1993) sont les premiers \u00e0 avoir r\u00e9fl\u00e9chi sur le r\u00f4le de l\u2019imitation. Ils ont influenc\u00e9 tous les th\u00e9oriciens de l\u2019imitation qui leur ont succ\u00e9d\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 nos jours ainsi que de tous les exp\u00e9rimentateurs modernes du comportement imitatif. Ainsi, lorsque Platon parle de l&rsquo;imitation, il le fait dans un style qui annonce toute la pens\u00e9e occidentale post\u00e9rieure. Les exemples qu&rsquo;il propose portent uniquement sur certains types de comportements qui ne sont que des repr\u00e9sentations du mod\u00e8le imit\u00e9\u00a0: mani\u00e8res, habitudes individuelles ou collectives, paroles, fa\u00e7ons de parler. Comme le fait remarquer Philippe\u00a0Lacoue-Labarthe (1979), ce \u00ab\u00a0re\u00a0\u00bb<em> <\/em>qui se trouve au d\u00e9but du mot \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, est celui de la r\u00e9p\u00e9tition<em> <\/em>qui fait entrer en sc\u00e8ne la mimesis. Jamais dans la probl\u00e9matique platonicienne il n&rsquo;est question des comportements d&rsquo;appropriation alors que, d\u2019apr\u00e8s Girard (1972), ceux-ci sont \u00e0 l\u2019origine de la violence humaine. Or, les objets susceptibles d\u2019\u00eatre d\u00e9sir\u00e9s par au moins deux personnes sont de deux sortes\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>d\u2019une part, il y a ceux qui se laissent partager et qui suscitent de la sympathie entre les individus qui en \u00e9prouvent le m\u00eame d\u00e9sir.<\/li>\n<li>d\u2019autre part, il y a ceux qui ne se laissent pas partager et auxquels l\u2019individu mod\u00e8le est trop attach\u00e9 pour les abandonner \u00e0 l\u2019imitateur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me de la violence commence \u00e0 se poser dans le deuxi\u00e8me cas lorsque l\u2019objet n\u2019est pas partageable. Par contre, sa repr\u00e9sentation \u00e0 travers le d\u00e9sir que l\u2019on a de lui l\u2019est. Un m\u00e9canisme qui se d\u00e9roule en trois \u00e9tapes successives \u00e0 partir de la mim\u00e9sis d\u2019appropriation se rapportant \u00e0 l\u2019objet se met en place pour aboutir, en raison de l\u2019\u00e9mergence du \u00ab\u00a0d\u00e9sir mim\u00e9tique\u00a0\u00bb, \u00e0 un partage de la repr\u00e9sentation que l\u2019on se fait de l\u2019objet et \u00e0 une situation de violence entre les protagonistes.<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019objet convoit\u00e9 \u00e9tant incapable de satisfaire leurs d\u00e9sirs communs, dans sa volont\u00e9 de se l\u2019approprier, l\u2019imitateur va d\u00e9velopper de l\u2019animosit\u00e9 pour le mod\u00e8le et agresser verbalement celui-ci.<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le mod\u00e8le r\u00e9pondra alors \u00e0 son agresseur de la m\u00eame mani\u00e8re en imitant son comportement de telle sorte qu\u2019ils vont devenir des obstacles l\u2019un pour l\u2019autre et, progressivement, en arriveront \u00e0 s\u2019agresser physiquement. Plus leur tension vers l\u2019objet devient forte, plus les accusations se r\u00e9pondent et les coups se correspondent, comme dans une partie de tennis o\u00f9 l\u2019on se renvoie la balle. Girard (1961) appelle \u00ab\u00a0rivalit\u00e9 mim\u00e9tique\u00a0\u00bb cette tendance des hommes \u00e0 imiter mutuellement leurs comportements et, surtout, leurs d\u00e9sirs. Selon ce processus de feedback positif qui s\u00e9cr\u00e8te la jalousie, l\u2019envie et la haine, l\u2019antagonisme entre eux va s\u2019auto-entretenir en rendant leurs attitudes sym\u00e9triques l\u2019une de l\u2019autre, ce qui d\u00e9bouche sur l\u2019indiff\u00e9renciation de leurs comportement.<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette indiff\u00e9renciation entre les deux individus va les transformer en double l\u2019un de l\u2019autre \u00e0 tel point qu\u2019au bout d\u2019un temps plus ou moins long, leur conflit se poursuivra sans autre objet que le seul souci de r\u00e9pliquer, faisant passer l\u2019\u00e9l\u00e9ment primitif de leur querelle au second plan pour ne retenir que la rivalit\u00e9 se d\u00e9veloppant entre eux. En devenant semblables, l\u2019un des deux protagonistes doit alors dispara\u00eetre pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me de leur rivalit\u00e9. De plus, les cons\u00e9quences de l&rsquo;absence de ces freins instinctuels se trouvent amplifi\u00e9es par l\u2019existence de la vengeance qui est une donn\u00e9e typiquement humaine, \u00e9minemment destructrice et contagieuse. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne mim\u00e9tique par excellence, car \u00ab\u00a0se venger\u00a0\u00bb c&rsquo;est toujours imiter la violence qui ne semble venir que d&rsquo;autrui. Celle-ci est end\u00e9mique \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9 depuis l\u2019origine de l\u2019homme, de la cellule familiale \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le point crucial de cette progression, qui constitue la cl\u00e9 de la th\u00e9orie de Girard, se situe au d\u00e9but de la deuxi\u00e8me \u00e9tape au moment o\u00f9 le mod\u00e8le \u00e9prouve le d\u00e9sir de r\u00e9pondre \u00e0 son imitateur sur le m\u00eame ton. La situation \u00e9volue alors du non partage de l\u2019objet au partage du d\u00e9sir de le poss\u00e9der. Le mod\u00e8le va alors commencer \u00e0 imiter son imitateur. En s\u2019imitant mutuellement, il appara\u00eet alors un d\u00e9sir mim\u00e9tique commun entre les deux qui ira jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aboutissement du conflit.<\/p>\n<p>Or, traditionnellement, les conflits humains sont souvent expliqu\u00e9s comme un produit de l\u2019agressivit\u00e9 propre \u00e0 chaque individu. S\u2019il est ind\u00e9niable que certains individus dans les esp\u00e8ces animales sont plus agressifs que d&rsquo;autres, il en est de m\u00eame pour les hommes mais, dans un conflit entre eux, c\u2019est toujours l\u2019autre qui accus\u00e9 d&rsquo;\u00eatre responsable du conflit produisant une rivalit\u00e9 mim\u00e9tique qui entretient et d\u00e9veloppe celui-ci. Autrement dit, le m\u00e9canisme de la violence ne repose pas sur l\u2019agression barbare et anonyme provenant de la diff\u00e9rence entre des individus qui seraient agressifs et d\u2019autres qui ne le seraient pas, la cause principale du conflit est la mim\u00e9sis d\u2019appropriation de l\u2019objet qui se d\u00e9veloppe en rivalit\u00e9 mim\u00e9tique entre eux au fur et \u00e0 mesure de l\u2019\u00e9volution de la situation. Cette rivalit\u00e9 ne se produit pas seulement pour l&rsquo;appropriation qui, comme chez les primates, porte sur les femmes, les territoires, la nourriture ou la conqu\u00eate d&rsquo;une position dominante dans la hi\u00e9rarchie sociale, mais tout autant sur les objets mat\u00e9riels ou immat\u00e9riels de la vie intellectuelle tels que les id\u00e9es, l\u2019amour, la politique, etc.<\/p>\n<p>Girard a mis en \u00e9vidence qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence des besoins instinctuels des animaux qui n\u00e9cessitent des objets pr\u00e9cis pour \u00eatre satisfaits, les d\u00e9sirs humains n\u2019ont pas d\u2019objet pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn248\">[248]<\/a>, ils sont mim\u00e9tiques. Ils peuvent varier \u00e0 l\u2019infini parce qu\u2019ils s\u2019enracinent, non dans les objets ou en nous-m\u00eames, mais dans un tiers dont on imite le d\u00e9sir. Il suffit qu\u2019un individu servant de mod\u00e8le montre \u00e0 un autre un objet \u00e0 d\u00e9sirer, soit parce qu\u2019il le poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0, soit parce qu\u2019il veut le poss\u00e9der, pour que, par mim\u00e9sis d\u2019appropriation, ce dernier se comportant en imitateur \u00e9prouve le d\u00e9sir de l\u2019obtenir. Cette relation de d\u00e9sir n&rsquo;est pas simplement objectale (sujet \/ objet). Elle est triangulaire, le mod\u00e8le s\u2019intercalant comme m\u00e9diateur entre le sujet et l&rsquo;objet du d\u00e9sir en formant alors un \u00ab\u00a0triangle mim\u00e9tique\u00a0\u00bb (Girard, 1961).<\/p>\n<p>Ainsi, la mim\u00e9sis d\u2019appropriation, qui est en elle-m\u00eame intrins\u00e8quement bonne lorsqu\u2019elle porte sur l\u2019apprentissage des formes culturelles d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, peut aussi engendrer de la violence lorsque deux individus en arrivent, en imitant leurs comportements \u00e0 enclencher un d\u00e9sir mim\u00e9tique qui d\u00e9bouche sur une rivalit\u00e9 conflictuelle violente. C\u2019est ainsi que dans la communaut\u00e9 primitive, chacun s&rsquo;approprie une raison d&rsquo;\u00eatre violent, devenant mim\u00e9tique des deux premiers qui se sont affront\u00e9s, les autres prennent partie et s&rsquo;en m\u00ealent\u00a0: il n&rsquo;y a plus deux antagonismes mais 3, mais 4, etc. Comme dans le volume des aventures d&rsquo;Ast\u00e9rix, \u00ab\u00a0Le combat des chefs\u00a0\u00bb de Ren\u00e9 Goscinny et Albert Uderzo (1966), le groupe vit une crise semblable \u00e0 une m\u00eal\u00e9e \u00e9pouvantable. Tout le monde se bat avec tout le monde, parce qu&rsquo;on ne sait plus vraiment pourquoi l&rsquo;on se bat ni contre qui on se bat. L&rsquo;objet originel de la dispute a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn249\">[249]<\/a>. \u00ab\u00a0Le d\u00e9sir mim\u00e9tique est un principe de complexit\u00e9\u00a0\u00bb nous apprend le math\u00e9maticien et \u00e9conomiste Jean-Pierre Dupuy (1990). Il proc\u00e8de du simple au complexe et explique la nature et l\u2019origine des discordes humaines qui conduisent \u00e0 la violence en mena\u00e7ant de d\u00e9truire la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est pourquoi une civilisation qui se respecte doit en user intelligemment.<\/p>\n<p>Cette rivalit\u00e9 mim\u00e9tique s&rsquo;observe non seulement chez les hommes, mais aussi chez les enfants et les primates non humains, sous forme, comme chez les adultes, de mim\u00e9sis d&rsquo;appropriation qui peut devenir violente. Les chercheurs reconnaissent l&rsquo;existence de cette imitation acquisitive chez les enfants et chez les animaux car elle est susceptible de v\u00e9rification exp\u00e9rimentale. Chez les enfants, par exemple, lorsque l\u2019on met un certain nombre de jouets, tous identiques, dans une pi\u00e8ce vide, en compagnie du m\u00eame nombre d&rsquo;enfants sans surveillance par des adultes, il y a de fortes chances que la distribution ne se fasse pas sans querelles. Il ne faudra pas attendre longtemps pour voir la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre\u00a0: d\u2019abord, deux ou plusieurs petits vont tr\u00e8s probablement commencer \u00e0 ressentir un d\u00e9sir pour le m\u00eame jouet. Ce d\u00e9sir trop partag\u00e9 pour un objet non partageable va transformer l&rsquo;Autre en un obstacle incontournable sur le chemin de l&rsquo;assouvissement du d\u00e9sir \u00ab\u00a0personnel\u00a0\u00bb. Les enfants vont se disputer et bient\u00f4t m\u00eame oublier le jouet qui para\u00eet \u00eatre la cause de la m\u00e9sentente. Tout dans ce d\u00e9sir est imitation, m\u00eame l&rsquo;intensit\u00e9 du d\u00e9sir d\u00e9pendra de celui d&rsquo;autrui. Toutefois pour chaque enfant, ce qui sera clair, c&rsquo;est que la faute r\u00e9side chez l&rsquo;Autre et il dira tr\u00e8s souvent en pleurant\u00a0: \u00ab\u00a0c&rsquo;est lui qui a commenc\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Chez les singes, Frans de Waal (1989), \u00e9minent primatologue, pr\u00e9sente des descriptions tr\u00e8s pr\u00e9cises de la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique en faisant appara\u00eetre que si l\u2019un de ceux-ci voit un de ses cong\u00e9n\u00e8res tendre la main vers un objet quel qu\u2019il soit, il est aussit\u00f4t tent\u00e9 d&rsquo;imiter son geste. Cependant, il y a un moment o\u00f9 l\u2019un des deux abandonne la partie en acceptant d\u2019\u00eatre domin\u00e9 par l\u2019autre, ce qui r\u00e9sout le probl\u00e8me de la violence. Chez ces primates comme parmi les autres esp\u00e8ces animales, il faut toujours tenir compte, disent les \u00e9thologues, des \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn250\">[250]<\/a> qui constituent un frein inn\u00e9 \u00e0 la violence<a title=\"\" href=\"#_ftn251\">[251]<\/a>.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;\u00e9quivalent des sc\u00e8nes que nous venons de d\u00e9crire chez les enfants et les primates se voit rarement chez les adultes, cela ne veut pas dire que la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique n&rsquo;existe plus chez eux. Simplement, le m\u00e9canisme d\u2019expression de celle-ci est diff\u00e9rent comme cela se voit clairement dans les tribus primitives o\u00f9 le mim\u00e9tisme humain d&rsquo;appropriation se greffe d&rsquo;abord sur les instincts et les d\u00e9r\u00e8gle. Les hommes n\u2019ayant plus les freins r\u00e9gulateurs inn\u00e9s des \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb qui existent encore chez les animaux pour contenir leur violence, ont appris \u00e0 se m\u00e9fier de la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique qui d\u00e9veloppe celle-ci et \u00e0 en r\u00e9primer, sinon toutes les modalit\u00e9s, du moins les plus grossi\u00e8res et les plus manifestes, celles que l&rsquo;entourage reconna\u00eetrait imm\u00e9diatement. Pour les soci\u00e9t\u00e9s humaines, qu\u2019elles soient primitives ou non, la r\u00e9pression de ce d\u00e9sir mim\u00e9tique et de la violence qu\u2019il entra\u00eene constitue un souci majeur<a title=\"\" href=\"#_ftn252\">[252]<\/a>. Si les conflits cr\u00e9\u00e9s dans le d\u00e9sir d\u2019appropriation ne sont plus solubles par les compromis qui fonctionnent encore dans les soci\u00e9t\u00e9s animales et si les hommes n&rsquo;ont plus les freins inn\u00e9s des animaux pour contenir leur violence, la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils vivent doit mettre en \u0153uvre les moyens dont le but est de remplir ce r\u00f4le en permettant, dans les conflits inexpiables, que la violence n\u2019aille pas \u00e0 son terme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la totale destruction. Les soci\u00e9t\u00e9s humaines ne peuvent pas se passer de cette violence cr\u00e9\u00e9e par la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique \u00e0 travers le d\u00e9sir d\u2019appropriation mais elles doivent \u00e9viter qu\u2019elle ne devienne trop forte et que les conflits sous-jacents ne soient plus solubles par les compromis qui fonctionnent encore chez les esp\u00e8ces animales. La question qui se pose alors est de d\u00e9terminer le moyen qui a permis d\u2019utiliser l\u2019appropriation mim\u00e9tique qui est une force indispensable pour progresser dans certains domaines comme celui de l\u2019\u00e9ducation, tout en canalisant vers des formes constructives, avec plus ou moins de succ\u00e8s, la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique. Il s\u2019agit en fait de r\u00e9soudre le fameux cauchemar de Hobbes\u00a0: \u00ab\u00a0la guerre de tous contre tous\u00a0\u00bb pour faire revenir la paix.<\/p>\n<h3>8.3.2 &#8211; La r\u00e9gulation de la violence par la culture<\/h3>\n<p>Selon Girard, il a fallu qu\u2019intervienne un autre principe d\u2019auto-r\u00e9gulation qui, ne pouvant se fonder sur des comportements naturels li\u00e9s aux \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb, n\u2019a pu l\u2019\u00eatre que sur des pratiques sociales. La solution a \u00e9t\u00e9 de remplacer les freins naturels instinctuels par des freins sociaux culturels. Toute existence sociale serait impossible si la violence inh\u00e9rente au comportement humain ne se r\u00e9solvait pas \u00e0 travers un ordre culturel. Un m\u00e9canisme culturel a donc d\u00fb appara\u00eetre afin de contenir cette violence et de la mettre en \u00e9chec en la r\u00e9glementant. D&rsquo;o\u00f9 la substitution n\u00e9cessaire de la Culture \u00e0 la Nature propre \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce humaine et la place tr\u00e8s particuli\u00e8re de celle-ci dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9volution, l&rsquo;homme se r\u00e9appropriant le monde par la parole, la croyance symbolique et la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation proth\u00e9tique\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn253\">[253]<\/a>, c&rsquo;est-\u00e0-dire par la technique. Mais comme ces freins culturels ne naissent pas spontan\u00e9ment en chacun de nous \u00e0 un moment donn\u00e9, il s\u2019agit de mettre en \u0153uvre leur acquisition au cours de l\u2019existence, ce qui est obtenu gr\u00e2ce \u00e0 la mim\u00e9sis d\u2019appropriation utilis\u00e9e pendant l\u2019enfance. Et, du fait de l&rsquo;extraordinaire plasticit\u00e9 des adaptations culturelles au regard de la s\u00e9lection naturelle, la culture et la technique vont r\u00e9ussir \u00e0 se substituer progressivement \u00e0 la programmation instinctuelle en cr\u00e9ant des possibilit\u00e9s d&rsquo;adaptations extr\u00eamement plus rapides que celles permises par le processus darwinien de s\u00e9lection naturelle fond\u00e9 sur la transmission des caract\u00e8res g\u00e9n\u00e9tiques.<\/p>\n<p>Selon Girard, pour atteindre ce r\u00e9sultat, le moyen utilis\u00e9 a consist\u00e9 \u00e0 activer un m\u00e9canisme victimaire qui a amen\u00e9 les multiples doubles, c&rsquo;est-\u00e0-dire les multiples individus se mimant les uns les autres, \u00e0 diriger leur antagonisme contre un seul individu qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0l&rsquo;Autre, l&rsquo;\u00e9tranger, l&rsquo;ennemi, le diff\u00e9rent\u00a0\u00bb, le bouc \u00e9missaire qui repr\u00e9sente le symbole de tout ce qui cause la violence. En effet, \u00e0 partir du moment o\u00f9 le mim\u00e9tisme porte sur les antagonismes, un d\u00e9nouement peut se produire dans la mesure o\u00f9, contrairement \u00e0 l\u2019objet sur lequel tous les individus ne peuvent pas se polariser en m\u00eame temps car ce serait in\u00e9vitablement s\u2019opposer puisqu\u2019il ne peut pas appartenir \u00e0 tout le monde, tous peuvent se polariser sur un m\u00eame antagonisme qui est une id\u00e9e afin de pouvoir s&rsquo;entendre \u00e0 nouveau en excluant la m\u00eame personne pour avoir l\u2019impression de rejeter le m\u00eame objet qui lui appartient. Faisant l\u2019unanimit\u00e9 contre elle, elle devient la victime incapable de se d\u00e9fendre et totalement impuissante \u00e0 susciter la vengeance individuelle ou collective. Son sacrifice constitue le dernier moment de la violence qui joue une fonction utilitaire cathartique en ramenant le calme et la paix indispensable \u00e0 la vie. Pour Ren\u00e9\u00a0Girard, le ph\u00e9nom\u00e8ne de la victime \u00e9missaire, celui du sacrifice donc, n&rsquo;est d&rsquo;autre que cela. Cette prise de position est logique dans la mesure o\u00f9, au cours du d\u00e9veloppement d\u2019un conflit, les parties en pr\u00e9sence devenant semblables les unes aux autres au point que l&rsquo;on arrive \u00e0 les confondre, des substitutions sont possibles pour aboutir finalement au m\u00e9canisme de la victime \u00e9missaire. Girard parle de m\u00e9canisme parce c&rsquo;est un fonctionnement inconscient, \u00e0 plusieurs niveaux, qui affecte toutes les soci\u00e9t\u00e9s pour g\u00e9n\u00e9rer leurs mythes et leurs rites lib\u00e9rateurs. La violence y est masqu\u00e9e, elle prend figure de justice et de gu\u00e9rison. De la reproduction de la mise \u00e0 mort de cette victime naissent les sacrifices, les mythes, les interdits et les rites, c\u2019est \u00e0 dire les bases de toute culture humaine.<\/p>\n<p>Puisque la violence est consubstantielle \u00e0 l\u2019homme et qu\u2019elle risque de faire imploser la soci\u00e9t\u00e9, un facteur doit avoir exist\u00e9 de tout temps pour s\u2019opposer \u00e0 elle. C\u2019est la religion qui a jou\u00e9 ce r\u00f4le en s\u2019imposant comme facteur et moyen de la r\u00e9sorber. Elle canalise le conflit en d\u00e9signant une victime, un bouc \u00e9missaire, un banni, un criminel, sur lequel les membres de la soci\u00e9t\u00e9 vont d\u00e9verser la rage de leurs d\u00e9sirs inassouvis. En focalisant cette \u00e9nergie destructrice sur une victime \u00e9missaire au travers d\u2019un sacrifice r\u00e9el ou symbolique, la religion ritualise et contr\u00f4le la violence, assurant ainsi ordre social et harmonie. En ce sens la religion promeut la paix au moins en son sein<a title=\"\" href=\"#_ftn254\">[254]<\/a> mais en m\u00eame temps elle nourrit la violence, cr\u00e9ant ainsi l&rsquo;ambivalence du sacr\u00e9 car, sans d\u00e9sir mim\u00e9tique et le conflit qu\u2019elle engendre, elle n\u2019aurait aucune fonction sociale. Nous devons ici \u00e9viter de projeter notre individualisme contemporain sur le religieux archa\u00efque. Pour l&rsquo;homme religieux pr\u00e9historique, la religion n&rsquo;est pas une question personnelle li\u00e9e \u00e0 la croyance, mais collective li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action, il lui faut perp\u00e9tuer les rites et les sacrifices et respecter les interdits sinon il risque la vengeance divine ou l&rsquo;\u00e9croulement du monde et de l&rsquo;ordre. Le projet de toute religion, est de contr\u00f4ler les conflits occasionn\u00e9s par le d\u00e9sir mim\u00e9tique. Le sacr\u00e9, c&rsquo;est le premier fondement social et non une id\u00e9e qui aurait pu na\u00eetre ind\u00e9pendamment de ce qui se passait dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le choix de ce bouc \u00e9missaire se fait diff\u00e9remment selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tribu primitive ou d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 moderne.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me primitif para\u00eet se d\u00e9tourner du coupable parce qu\u2019il sait qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;acte de violent isol\u00e9 mais toujours une circularit\u00e9 mim\u00e9tique qu\u2019il redoute car elle peut nourrir la vengeance de ceux qui ont pris son parti contre les autres. Ce n\u2019est pas tant au coupable qu\u2019on s\u2019int\u00e9resse qu\u2019aux victimes non veng\u00e9es car c\u2019est d\u2019elles que vient le p\u00e9ril le plus imm\u00e9diat. Il faut leur donner une satisfaction strictement mesur\u00e9e, celle qui apaisera leur d\u00e9sir de vengeance. Il ne s\u2019agit pas de morale mais de pr\u00e9server le groupe en coupant court \u00e0 la vengeance, de pr\u00e9f\u00e9rence par une r\u00e9conciliation fond\u00e9e sur le sacrifice d\u2019un individu choisi au hasard ou, si la r\u00e9conciliation est impossible, par une rencontre arm\u00e9e organis\u00e9e afin d\u2019\u00e9viter la propagation. Le bouc \u00e9missaire peut \u00eatre innocent quoique d\u00e9sign\u00e9, aussi injuste que cela paraisse, comme coupable par le religieux qui doit alors d\u00e9nier cette injustice pour assurer sa cr\u00e9dibilit\u00e9 et son pouvoir dans le maintien de l\u2019ordre.<\/p>\n<p>Toutes les institutions religieuses primitives sont fond\u00e9es sur le m\u00e9canisme du bouc \u00e9missaire mais pour qu&rsquo;il fonctionne, il est absolument n\u00e9cessaire qu&rsquo;il reste m\u00e9connu. Il ne peut pas \u00eatre efficace et produire son effet de r\u00e9conciliation de la communaut\u00e9 s&rsquo;il est conscient comme m\u00e9canisme d&rsquo;exclusion. Cela permet aussi une inversion dans les rapports entre la communaut\u00e9 et la victime\u00a0: d&rsquo;abord consid\u00e9r\u00e9e comme coupable et mena\u00e7ante, sa mort r\u00e9concilie la communaut\u00e9 en la sauvant, ce qui lui donne un r\u00f4le positif la faisant changer de statut par rapport au groupe. Elle appara\u00eet non plus comme mena\u00e7ante mais comme salvatrice de l\u2019ordre r\u00e9tabli. La communaut\u00e9 se voit elle-m\u00eame comme passive alors que la victime lui appara\u00eet comme super active. Or, dans la r\u00e9alit\u00e9 il s\u2019agit de la situation inverse. Tels des \u00eatres magiques, capables d\u2019expulser cette violence, les victimes \u00e9taient \u00e0 la fois pers\u00e9cut\u00e9es et honor\u00e9es au point d\u2019\u00eatre parfois \u00e9lev\u00e9es au rang de roi. C\u2019est ce m\u00e9canisme qui serait, d\u2019apr\u00e8s Girard, \u00e0 l\u2019origine de la monarchie et de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes, le syst\u00e8me judiciaire isole tr\u00e8s bien aujourd\u2019hui l\u2019acte de violence afin de d\u00e9terminer o\u00f9 commence la violence physique et d\u2019identifier le plus pr\u00e9cis\u00e9ment possible le coupable, ce qui le rend plus strictement conforme au principe de vengeance en insistant sur le ch\u00e2timent de celui-ci. Il rationalise la vengeance qu\u2019il \u00e9touffe par la possession du monopole absolu qu\u2019il a sur elle. Le syst\u00e8me judiciaire et le sacrifice ont donc une fonction identique mais le premier est infiniment plus efficace.<\/p>\n<p>Tous les peuples, lorsqu&rsquo;ils \u00e9prouvent de graves difficult\u00e9s, agissent de la m\u00eame mani\u00e8re\u00a0: ils cherchent des coupables, les trouvent cach\u00e9s en leur sein m\u00eame et ils les \u00e9liminent en les tuant ou en les jugeant. Cependant ils ne savent pas que ces coupables peuvent ne pas l\u2019\u00eatre et c&rsquo;est en vertu de cette ignorance que le m\u00e9canisme acquiert une efficacit\u00e9 r\u00e9conciliatrice\u00a0: la victime est consid\u00e9r\u00e9e comme vraiment coupable de sorte qu&rsquo;en l&rsquo;expulsant, on a le sentiment que l&rsquo;on expulse le mal lui-m\u00eame<a title=\"\" href=\"#_ftn255\">[255]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quelle que soit la soci\u00e9t\u00e9, le sacrifice permet le passage du d\u00e9sordre \u00e0 l&rsquo;ordre. Il est d\u00e9crit m\u00e9taphoriquement dans le \u00ab\u00a0mythe\u00a0\u00bb qui est un r\u00e9cit d&rsquo;origine, d&rsquo;abord oral, puis \u00e9crit qui raconte l&rsquo;affrontement primordial entre la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb soumise aux d\u00e9sirs instinctuels de chaque individu dont l&rsquo;animalit\u00e9 se trouve amplifi\u00e9e par son mim\u00e9tisme d&rsquo;appropriation et la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb soumise \u00e0 la rationalit\u00e9 et \u00e0 la collectivit\u00e9. Ce sont les dissensions, les rivalit\u00e9s, les jalousies, les querelles entre proches que le sacrifice pr\u00e9tend d\u2019abord \u00e9liminer, c\u2019est l\u2019harmonie de la communaut\u00e9 qu\u2019il restaure, c\u2019est l\u2019unit\u00e9 sociale qu\u2019il renforce. Si on aborde le sacrifice par cette voie, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il est pr\u00e9sent dans tous les aspects de l\u2019existence humaine, m\u00eame dans celui de la prosp\u00e9rit\u00e9 mat\u00e9rielle<a title=\"\" href=\"#_ftn256\">[256]<\/a>.<\/p>\n<p>La crise mim\u00e9tique, quand elle s&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, qu&rsquo;elle a m\u00fbri et a conduit finalement \u00e0 l&rsquo;exclusion d&rsquo;une victime \u00e9missaire a \u00e9t\u00e9 terriblement profonde. Elle a traumatis\u00e9 le groupe en mettant en danger l\u2019existence m\u00eame de celui-ci. Elle a peut-\u00eatre fait beaucoup de morts et laiss\u00e9 d&rsquo;innombrables blessures et destructions. Le groupe voulant de toutes ses forces \u00e9chapper \u00e0 cette \u00e9preuve qu&rsquo;il vient de vivre fera tout ce qui est en son pouvoir pour \u00e9viter qu&rsquo;elle se reproduise dans l&rsquo;avenir. Pour cela, le rite sacrificiel religieux r\u00e9p\u00e8te le meurtre collectif primordial que d\u00e9crit chaque mythe dans son interpr\u00e9tation m\u00e9taphorique du passage du d\u00e9sordre \u00e0 l\u2019ordre, afin de reproduire son effet pacificateur.<\/p>\n<p>A partir du sacrifice d&rsquo;une victime personnifiant la violence indiff\u00e9renciatrice, la culture \u00e9tablit des \u00ab\u00a0diff\u00e9rences\u00a0\u00bb linguistiques, morales et sociales tout en d\u00e9finissant par les lois et les interdits, ce qu&rsquo;il faut faire ou non. Les \u00ab\u00a0app\u00e9tits naturels\u00a0\u00bb, qui permettent \u00e0 l&rsquo;homme de survivre, comme ceux de se d\u00e9fendre, se nourrir ou encore perp\u00e9tuer la race se trouvent ainsi enserr\u00e9s de telle sorte qu\u2019ils puissent \u00eatre satisfaits sans violence. L\u2019homme croit d\u00e9sirer librement, en termes d\u2019intention et de valeurs, alors qu\u2019il n\u2019est que le jeu d\u2019un m\u00e9canisme qu\u2019il m\u00e9conna\u00eet\u00a0: d\u00e9sir mim\u00e9tique, d\u00e9signation d\u2019un bouc \u00e9missaire, m\u00e9canisme victimaire de r\u00e9solution de conflit. C\u2019est la violence, mais une violence inavou\u00e9e, dissimul\u00e9e par des mythes mensongers puisque le m\u00e9canisme victimaire doit toujours rest\u00e9 inconscient pour \u00eatre efficace, qui est la base de toute culture, de toute soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Au moment du d\u00e9nouement de la crise, l&rsquo;exclusion du bouc \u00e9missaire am\u00e8ne un apaisement, mais la solution n&rsquo;est pas d\u00e9finitive. Elle ne produit pas une r\u00e9conciliation durable et plus le temps passe, plus la violence mim\u00e9tique qui menace la coh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9clame de nouvelles victimes.<\/p>\n<p>Les m\u00e9canismes qui ont pr\u00e9sid\u00e9 au surgissement de la violence sont toujours pr\u00e9sents et, pour limiter au maximum leur d\u00e9clanchement, deux institutions tr\u00e8s importantes en tant que manifestations du sacr\u00e9 sont n\u00e9cessaires\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>afin de ne pas refaire le geste qui a d\u00e9clench\u00e9 la crise, il est imp\u00e9ratif que soient institu\u00e9s des interdits dont la raison profonde porte sur l&rsquo;origine de la violence<a title=\"\" href=\"#_ftn257\">[257]<\/a>. Leur fonction est de r\u00e9server au c\u0153ur des communaut\u00e9s une zone prot\u00e9g\u00e9e, un minimum de non-violence indispensable aux fonctions essentielles, \u00e0 la survie des enfants, \u00e0 leur \u00e9ducation, \u00e0 tout ce qui fait l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain,<\/li>\n<li>comme les interdits ne suffisent pas pour que ne surgisse, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, le spectre de la violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, celle-ci sera canalis\u00e9e vers l&rsquo;ext\u00e9rieur de la communaut\u00e9 par le ph\u00e9nom\u00e8ne des rites par lesquels le groupe cherche le soulagement en essayant de d\u00e9clencher le m\u00e9canisme qui l\u2019a jadis r\u00e9concili\u00e9. La mise \u00e0 mort de la victime originaire est reproduite mais c&rsquo;est une autre victime qui la remplace et qui peut n&rsquo;\u00eatre que figur\u00e9e tr\u00e8s discr\u00e8tement comme c&rsquo;est le cas dans la f\u00eate de Carnaval<a title=\"\" href=\"#_ftn258\">[258]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le m\u00e9canisme victimaire donna naissance \u00e0 la <strong>communaut\u00e9 hi\u00e9rarchique<\/strong> o\u00f9, afin d\u2019\u00e9viter toute violence, un ordre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par des lois et des interdits. L\u2019ordre social est fond\u00e9 sur la diff\u00e9rence\u00a0: chacun, dans la soci\u00e9t\u00e9, tient un r\u00f4le, une place. L\u2019imitation vise \u00e0 cr\u00e9er l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0indiff\u00e9renciation\u00a0\u00bb. Et c\u2019est quand les r\u00f4les sont boulevers\u00e9s qu\u2019appara\u00eet la crise. L&rsquo;imitation redouble l&rsquo;objet imit\u00e9\u00a0: l&rsquo;unit\u00e9 formelle des interdits\u00a0repose donc sur la structure de reproduction sym\u00e9trique et identique, sur l&rsquo;absence de diff\u00e9rence. Si nous avons du mal parfois \u00e0 percevoir leur d\u00e9nominateur commun, c&rsquo;est parce que nous ne voyons pas que les conflits humains s&rsquo;enracinent au premier chef dans le mim\u00e9tique. La teneur anti-mim\u00e9tique de tous les interdits constitue un principe fondamental de lutte contre la violence acquisitive. Leur unit\u00e9 formelle repose sur l&rsquo;absence de diff\u00e9rence, toujours per\u00e7ue comme terrifiante. Ce qu&rsquo;on interdit, en somme, ce sont d&rsquo;abord tous les objets qui peuvent servir de pr\u00e9texte \u00e0 la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique, ce sont tous les comportements caract\u00e9ristiques des phases qu&rsquo;elle comporte, de plus en plus violentes, etc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le d\u00e9veloppement du religieux pour canaliser la violence mim\u00e9tique favorisa la mise en place il y a trente \u00e0 cinquante mille ans selon les r\u00e9gions d\u2019un art tributaire de la ma\u00eetrise du feu et d\u2019une culture symbolique fond\u00e9e sur le nombre. Ils exerceront de profonds changements sociaux au cours des si\u00e8cles qui suivirent en permettant notamment l\u2019\u00e9mergence de soci\u00e9t\u00e9s fond\u00e9es sur les traits culturels des obligations antimim\u00e9tiques \u00e0 respecter. D\u00e9j\u00e0, avec les s\u00e9pultures, qui furent pratiqu\u00e9es avec des rites fun\u00e9raires par l\u2019homme de N\u00e9andertal vivant de mani\u00e8re nomade de la chasse et de la cueillette il y a cent mille ans, se dessine une pratique qui distingue l\u2019homme des autres esp\u00e8ces. Les offrandes sacrificielles concr\u00e9tisent cette complexification lente mais progressive de la pens\u00e9e qui va permettre aux humains il y a quarante mille ans de donner aux mythes, qui \u00e9taient port\u00e9s par les transes, le chamanisme et les visions diverses, une consistance visuelle sous la forme d\u2019images sur les parois des grottes ou sur les rochers.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>8.3.3 &#8211; Les rites et l\u2019abstraction du m\u00e9canisme victimaire<\/h3>\n<p>Comme le nombre d\u2019individus dans la communaut\u00e9 primitive \u00e9tait souvent tr\u00e8s limit\u00e9, pour ne pas entamer l\u2019effectif, on a pens\u00e9 \u00e0 imposer des interdits mais aussi lors des rites \u00e0 remplacer l\u2019homme que l\u2019on sacrifiait par un animal, ce qui suppose que l\u2019on domestique celui-ci afin qu\u2019il soit suffisamment \u00ab\u00a0humanis\u00e9\u00a0\u00bb pour que le sacrifice puisse fonctionner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>8.3.3.1 &#8211; L\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle du nombre comptable<\/h4>\n<p>A partir du moment o\u00f9 le sacrifice donna aux hommes le motif de garder des animaux dans la communaut\u00e9 et de les faire vivre dans leur intimit\u00e9, il est devenu imp\u00e9ratif de compter le nombre d\u2019animaux disponibles afin de pr\u00e9voir le nombre de sacrifices qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019organiser.<\/p>\n<p>Le comptage associ\u00e9 \u00e0 la pratique sacrificielle des animaux ont donn\u00e9 progressivement l\u2019habitude de repr\u00e9senter les objets du monde r\u00e9el par des nombres et des supports pour les \u00e9crire. La \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb semble \u00eatre n\u00e9e de cette pratique. Selon cette approche prenant la canalisation de la violence comme fil directeur, l\u2019utilit\u00e9 du nombre comptable ne peut \u00eatre que d\u00e9cisionnelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>8.3.3.2\u00a0\u2013\u00a0N\u00e9cessit\u00e9 de la valeur comp\u00e9tence<\/h4>\n<p>La cr\u00e9ation de la personnalit\u00e9 juridique par le droit romain permit de penser de mani\u00e8re abstraite le m\u00e9canisme victimaire. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la pratique des contrats, le droit a franchi un pas essentiel en \u00e9tablissant que l\u2019imitation, c\u2019est-\u00e0-dire la personne juridique qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019une fiction dans la r\u00e9alit\u00e9 devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la v\u00e9rit\u00e9 dans le droit. Il s\u2019agit ici d\u2019une signification lourde en termes juridiques dans la mesure o\u00f9 l\u2019appropriation par le droit de l\u2019individu repr\u00e9sente la passation de sa r\u00e9alit\u00e9 quotidienne \u00e0 celle des rapports de droit qui sont intemporels et o\u00f9 cr\u00e9anciers et d\u00e9biteurs abandonnent leur humanit\u00e9 biologique pour devenir des personnes juridiques. Cr\u00e9ant des \u00eatres immat\u00e9riels, la personne juridique permettait de trouver une solution \u00e0 une infinit\u00e9 de difficult\u00e9s pratiques. Par exemple, si un esclave \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 par deux ma\u00eetres, il \u00e9tait deux personnes juridiques qui pouvaient \u00eatre vendeuse pour l\u2019une et acheteuse pour l\u2019autre.<\/p>\n<p>Le mim\u00e9tisme d\u2019appropriation qui fonde les \u00e9changes ne trouva alors plus d\u2019objet mat\u00e9riel pour s\u2019exprimer dans la mesure o\u00f9 ces \u00e9changes ne concernaient plus la personne physique mais \u00e9taient relatifs \u00e0 la personne juridique, physique ou morale. Il fallut donc transf\u00e9rer aux objets repr\u00e9sentatifs des personnes juridiques ce mim\u00e9tisme afin d\u2019essayer de canaliser dans l\u2019abstraction de la personne juridique la violence inh\u00e9rente \u00e0 la personne r\u00e9elle. Dans la mesure o\u00f9 cette violence \u00e9tait une cons\u00e9quence de l\u2019\u00e9mergence des \u00ab\u00a0doubles\u00a0\u00bb, l\u2019outil comptable dut se doter d\u2019une structure identique\u00a0: la comptabilit\u00e9 matricielle des entr\u00e9es\/sorties qui est utilis\u00e9e le plus souvent sous la forme de parties doubles pouvait s\u2019imposer en m\u00eame temps que se d\u00e9veloppait la soci\u00e9t\u00e9 dont les \u00e9changes \u00e9taient fond\u00e9s sur des contrats juridiques.<\/p>\n<p>Si la comptabilit\u00e9 matricielle renonce \u00e0 imaginer le pourquoi ultime de l\u2019\u00e9change et se contente d\u2019expliquer comment les faits se passent, elle permet cependant de rattacher objectivement les d\u00e9terminants de l\u2019\u00e9change les uns aux autres, de d\u00e9couvrir les liaisons auxquelles ils sont assujettis et, de ce fait, par la personnification des comptes, elle est la mieux arm\u00e9e pour repr\u00e9senter les relations \u00e9conomiques entre les individus et comprendre le fonctionnement de nos soci\u00e9t\u00e9s. Au nombre comptable est ainsi assign\u00e9e la t\u00e2che de substituer l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique susceptible de limiter la violence entre les individus au d\u00e9sir mim\u00e9tique, source de cette violence. Pour cela, il doit repr\u00e9senter une valeur de telle sorte qu\u2019aucun des deux co\u00e9changistes ne se sente l\u00e9ser dans l\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9change par l\u2019autre. C\u2019est ce que montrent les hypoth\u00e8ses que nous avons pos\u00e9es \u00e0 propos de la Kula et du potlatch, cette valeur \u00e9tant la valeur comp\u00e9tence que nous proposons dans notre th\u00e8se.<\/p>\n<p>La pratique des sacrifices n&rsquo;arrivant \u00e0 limiter la violence qu&rsquo;en tuant souvent des innocents, il est facile d\u2019imaginer l&rsquo;avantage comparatif des soci\u00e9t\u00e9s capables de r\u00e9ellement \u00e9viter ou g\u00e9rer les conflits sans \u00eatre oblig\u00e9 d&rsquo;\u00e9liminer des humains. D&rsquo;o\u00f9 les \u00e9volutions vers des sacrifices de plus en plus doux en substituant une victime animale \u00e0 la victime humaine<a title=\"\" href=\"#_ftn259\">[259]<\/a>, mais aussi en multipliant les interdits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>8.3.4\u00a0&#8211;\u00a0Les interdits<\/h3>\n<h4>8.3.4.1\u00a0&#8211;\u00a0Origine de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de la libert\u00e9 d\u2019entreprendre<\/h4>\n<p>Les interdits visent \u00e0 \u00e9carter tout ce qui menace la communaut\u00e9. Limiter les risques de conflit en interdisant certains objets s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un moyen efficace pour juguler la violence destructrice. Il n\u2019y a pas de culture qui n\u2019interdise la violence r\u00e9ciproque ainsi que toutes les occasions de violence et les rivalit\u00e9s trop ardentes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des groupes de cohabitation. Les Dix Commandements sont, \u00e0 ce titre, tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateurs de cette volont\u00e9 de limiter la violence. Dans la peur de subir eux-m\u00eames le m\u00eame sort que leur victime, c\u2019est-\u00e0-dire de mourir, les hommes se soumettent au premier grand Tabou, sans quoi aucun ordre social ne pourrait exister\u00a0: \u00ab\u00a0Tu ne tueras point ton semblable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;interdit qui ne se ram\u00e8ne au conflit mim\u00e9tique. La mim\u00e9sis d&rsquo;appropriation est \u00e0 l&rsquo;origine de tout car les principaux interdits portent toujours sur les objets les plus proches, les plus accessibles, ceux qui sont \u00e0 chaque instant \u00e0 la disposition de tous les membres du groupe et sont donc les plus susceptibles de devenir enjeu dans des rivalit\u00e9s destructrices pour l&rsquo;harmonie du groupe et m\u00eame pour sa survie.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019elle soit pr\u00e9sent\u00e9e comme un droit sur les choses<a title=\"\" href=\"#_ftn260\">[260]<\/a>, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0invent\u00e9e\u00a0\u00bb en s\u2019inscrivant dans ce sch\u00e9ma car elle est dans la pratique un droit contre autrui. Le monopole des pr\u00e9rogatives du propri\u00e9taire est une exclusion des droits concurrents qui lui donne la facult\u00e9 d\u2019imposer \u00ab\u00a0ses\u00a0\u00bb conditions \u00e0 l\u2019usage de \u00ab\u00a0ses\u00a0\u00bb biens par autrui. Combin\u00e9 avec la libert\u00e9 contractuelle, le droit de propri\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e8re la libert\u00e9 d\u2019entreprendre et d\u00e9finit celui des cocontractants qui sera le \u00ab\u00a0chef\u00a0\u00bb d\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Par ailleurs, on n&rsquo;aura pas le droit d&rsquo;imiter les autres, parfois m\u00eame on n&rsquo;aura pas le droit de prononcer leur nom car il est consid\u00e9r\u00e9 comme le double mim\u00e9tique de l&rsquo;individu, etc. Le d\u00e9p\u00f4t des brevets d\u2019invention, comme interdit \u00e0 la copie de ce qui leur est sous-jacent, proc\u00e8de du m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es tout en \u00e9tant justifi\u00e9 par le droit de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4>8.3.4.2\u00a0&#8211;\u00a0Structuration des r\u00e9seaux d\u2019\u00e9changes marchands<\/h4>\n<p>Pour \u00e9viter que la mim\u00e9sis d\u2019appropriation ne d\u00e9bouche dans la violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e entre les individus, l\u2019id\u00e9e est venue tr\u00e8s t\u00f4t d\u2019interdire la volont\u00e9 du d\u00e9sir mim\u00e9tique en organisant des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9changes qui font l\u2019objet de pratiques rituelles et codifi\u00e9es. Cela ne veut pas dire que la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique n&rsquo;existe plus chez eux. Peut-\u00eatre existe-t-elle plus que jamais, mais les adultes, tout comme les singes, ont appris \u00e0 se m\u00e9fier d&rsquo;elle et \u00e0 en r\u00e9primer, sinon toutes les modalit\u00e9s, du moins les plus grossi\u00e8res et les plus manifestes, celles que l&rsquo;entourage reconna\u00eetrait imm\u00e9diatement. Ils ont appris \u00e0 \u00e9viter ses effets trop voyants, mais elle ne r\u00e8gne pas moins<a title=\"\" href=\"#_ftn261\">[261]<\/a>, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 page 228.<\/p>\n<p>Le fonctionnement du march\u00e9 constitue une structure d\u2019accueil \u00e0 tous les d\u00e9sirs mim\u00e9tiques d\u2019appropriation des objets. La monnaie y appara\u00eet comme un substitut universel qui permet de tout acheter et de donner un \u00e9quivalent g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 l\u2019objet rare, d\u00e9tenu par l\u2019autre, ce qui lui fait perdre son caract\u00e8re unique et non partageable. Le d\u00e9sir mim\u00e9tique se transf\u00e8re alors sur la monnaie qui devient la source m\u00eame ou l\u2019ersatz de tous les d\u00e9sirs.<\/p>\n<p>Parmi ces syst\u00e8mes d\u2019\u00e9changes se trouvent bien s\u00fbr la Kula, le commerce en g\u00e9n\u00e9ral et le potlatch.<\/p>\n<p>Pour que le march\u00e9 jour son r\u00f4le de substitut au d\u00e9sir mim\u00e9tique, l\u2019\u00e9change doit \u00eatre r\u00e9gul\u00e9 par un syst\u00e8me de conventions qui permette de coordonner et d\u2019encadrer les initiatives individuelles et de contribuer \u00e0 constituer des logiques collectives, constitutives des organisations sociales. Le juge et le syst\u00e8me judiciaire doivent en garantir l\u2019application en s\u2019interposant dans les conflits entre les protagonistes, pour contrebalancer la loi du plus fort et interrompre le cycle de la violence qui ne cesse autrement de s\u2019amplifier. Nous retrouvons ici le principe de la \u00ab\u00a0main invisible\u00a0\u00bb, cher \u00e0 Adam\u00a0Smith, qui traduit l\u2019opinion de tous par le biais du jeu entre l\u2019offre et la demande. Il est demand\u00e9 au march\u00e9, par le syst\u00e8me d\u2019interdits<a title=\"\" href=\"#_ftn262\">[262]<\/a>\u00a0qu\u2019il impose pour fonctionner dans de bonnes conditions, de se substituer au sacr\u00e9 archa\u00efque.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>8.4\u00a0\u2013\u00a0Co\u00fbt historique, juste valeur et th\u00e9orie comptable<\/h2>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment central d\u2019un march\u00e9, qui justifie son existence et celle des entreprises, est l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9change\u00a0\u00bb. Une \u00e9conomie de march\u00e9 est une \u00e9conomie des \u00e9changes et les entreprises ne peuvent perdurer dans celle-ci que si elles r\u00e9alisent efficacement ces \u00e9changes, c\u2019est-\u00e0-dire si elles \u00ab\u00a0cr\u00e9ent de la valeur\u00a0\u00bb au moment de la vente de leurs produits. Cela suppose le respect de deux conditions fondamentales\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>le client doit \u00eatre au centre de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019\u00e9change et non pas les propri\u00e9taires de l\u2019entreprise ni les salari\u00e9s. Toute op\u00e9ration qui ne pr\u00e9sente pas un int\u00e9r\u00eat pour le client ne peut \u00eatre que contestable. De ce fait, l\u2019entreprise doit \u00eatre, avant tout, tourn\u00e9e vers celui-ci car le capital de ses propri\u00e9taires qu&rsquo;elle utilise n&rsquo;a pas d&rsquo;autre objet que de permettre \u00e0 la comp\u00e9tence des salari\u00e9s d&rsquo;\u00eatre la plus productive possible. Ainsi, les dirigeants d\u2019une entreprise ne devraient pas arbitrer leurs d\u00e9cisions entre les propri\u00e9taires et les salari\u00e9s car ceux-ci ne sont pas prioritaires devant les clients ce qui ne veut pas dire, bien s\u00fbr, qu&rsquo;il faille pour autant les n\u00e9gliger. A ce titre, la r\u00e9glementation sur la concurrence et sur certaines op\u00e9rations financi\u00e8res telles que les OPA et les OPE devrait imposer \u00e0 l\u2019entreprise ce recadrage sur le client chaque fois qu\u2019elle cherche \u00e0 utiliser ses moyens pour d\u2019autres types d\u2019op\u00e9rations, notamment financi\u00e8res,<\/li>\n<li>si les march\u00e9s fonctionnent dans de bonnes conditions de concurrence, la volont\u00e9 de diriger l\u2019entreprise en cherchant \u00e0 maximiser le profit devient contestable puisque cette maximisation aura pour effet d\u2019attirer de nouveaux capitaux qui voudront \u00ab\u00a0profiter\u00a0\u00bb des opportunit\u00e9s qui se pr\u00e9sentent. Les dirigeants soucieux de g\u00e9n\u00e9rer des profits r\u00e9guli\u00e8rement dans la dur\u00e9e devraient chercher \u00e0 retarder le plus longtemps possible la venue de ces capitaux en ne prenant pas la maximisation de leurs profits comme crit\u00e8re de d\u00e9cision. Autrement, pour pouvoir le faire sans risque et au cours d\u2019une longue p\u00e9riode, ils devront \u00eatre en situation de monopole durable, ce qui est le signe d\u2019un d\u00e9r\u00e8glement d\u2019une \u00e9conomie de march\u00e9 organis\u00e9e sur le principe de la concurrence.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence, la valeur \u00ab\u00a0cr\u00e9\u00e9e\u00a0\u00bb par l\u2019entreprise ne peut provenir que de l\u2019acte d\u2019\u00e9change qui lui est ext\u00e9rieur et fond\u00e9 th\u00e9oriquement sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les valeurs \u00e9chang\u00e9es. Pour garantir que la transaction dans la pratique tend vers cette \u00e9galit\u00e9, il est n\u00e9cessaire que les march\u00e9s remplissent leur r\u00f4le qui est de fournir des prix cr\u00e9dibles, ce qui n\u2019est possible que si les \u00e9l\u00e9ments participant au processus productif sont \u00e9valu\u00e9s en co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>D\u00e8s que l\u2019on raisonne en transf\u00e9rant le concept de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb de l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019entreprise, au moment de l\u2019acte d\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 clients, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celle-ci comme le font les visions actionnariale et partenariale, les cons\u00e9quences sont consid\u00e9rables\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019entreprise ne correspond plus \u00e0 ce qu\u2019elle devrait \u00eatre dans une \u00e9conomie de march\u00e9\u00a0: pour obtenir la stabilisation, voire l\u2019augmentation permanente des profits, les dirigeants ne peuvent qu\u2019agir sur leurs co\u00fbts variables, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur les r\u00e9mun\u00e9rations du personnel puisque celles des capitaux propres doivent permettre de satisfaire le taux de rentabilit\u00e9 r\u00e9clam\u00e9 par les actionnaires,<\/li>\n<li>la comptabilit\u00e9 doit s\u2019adapter pour permettre de prendre en compte la valeur de r\u00e9alisation des actifs puisque, pour inciter les investisseurs \u00e0 maintenir leurs fonds dans l\u2019entreprise, les dirigeants doivent tenir compte du taux de rendement que les investisseurs auraient pu obtenir en pla\u00e7ant leurs capitaux ailleurs\u00a0: la \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb trouve ici une partie importante de la justification \u00e0 sa mise en \u0153uvre,<\/li>\n<li>les progr\u00e8s de productivit\u00e9 obtenus gr\u00e2ce aux investissements nouveaux abaissent le co\u00fbt marginal des derni\u00e8res unit\u00e9s produites, mais pas leur co\u00fbt moyen qui prend en compte ces nouveaux investissements,<\/li>\n<li>le march\u00e9 en se globalisant pour limiter le risque financier ne respecte plus un des principes fondamentaux d\u2019une \u00e9conomie de l\u2019\u00e9change qui veut que chaque \u00e9change soit ind\u00e9pendant de tous les autres ou, ce qui revient au m\u00eame, que chaque \u00e9change relie, dans une relation contractuelle, au moins deux personnes qui se d\u00e9terminent en engageant leur responsabilit\u00e9 l\u2019une par rapport \u00e0 l\u2019autre,<\/li>\n<li>le raisonnement ne se d\u00e9ploie plus dans le champ homog\u00e8ne des concepts\u00a0: la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019entreprise se mesure par l\u2019instrument comptable qui appartient \u00e0 l\u2019Histoire alors que la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb est un concept qui ne peut se saisir qu\u2019une fois l\u2019\u00e9change r\u00e9alis\u00e9. Nous pouvons suivre l\u2019\u00e9volution de l\u2019instrument dans le temps mais pas celle de l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9ation de valeur qui, par sa nature, n\u2019a aucune existence historique,<\/li>\n<li>la nature de l\u2019entreprise se modifie lorsque les profits d\u00e9gag\u00e9s ne sont plus \u00e9troitement li\u00e9s au fonctionnement du march\u00e9 parce qu\u2019ils r\u00e9sultent d\u2019une volont\u00e9 d\u2019obtention d\u2019un taux de rentabilit\u00e9 diff\u00e9rent du taux moyen de profit par les actionnaires. En effet, puisque le profit correspond \u00e0 un taux exig\u00e9 par les actionnaires, il ne peut plus \u00eatre associ\u00e9 au risque qu\u2019ils prennent, risque qui peut aussi se traduire par des pertes. Sans le risque qui peut aussi bien s\u2019exprimer par un profit ou une perte pour les propri\u00e9taires, il n\u2019y a plus d\u2019entreprise possible. Pour pouvoir raisonner objectivement sur le r\u00f4le des actionnaires et des autres parties prenantes \u00e0 l\u2019entreprise, nous concevons le capital investi comme \u00e9tant engag\u00e9 dans un processus d\u2019\u00e9change \u00e9chelonn\u00e9 dans le temps avec le profit futur, les \u00e9critures d\u2019amortissement \u00e9tant charg\u00e9es de traduire comptablement ce ph\u00e9nom\u00e8ne. De cette mani\u00e8re, la distinction entre le profit et la rente permet de disposer d\u2019un crit\u00e8re objectif de partage de la richesse cr\u00e9\u00e9e. Le profit qui d\u00e9pend de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 revient aux stakeholders puisqu\u2019il fait partie int\u00e9grante \u00e0 l\u2019\u00e9change \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb alors que la rente est un surplus qui n\u2019est pas explicable par l\u2019\u00e9change et qui provient de l\u2019efficacit\u00e9 des facteurs de production. Ce profit moyen est diff\u00e9rent de la notion de co\u00fbt du capital indispensable dans la gouvernance actionnariale\u00a0: il est produit par le comportement de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble et ne doit rien \u00e0 la volont\u00e9 subjective de stakeholders d\u2019obtenir un certain niveau de r\u00e9mun\u00e9ration. En ce sens, ce n\u2019est qu\u2019en fondant la th\u00e9orie comptable sur l\u2019\u00e9change qu\u2019elle pourra devenir une science sociale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Puisqu&rsquo;il y a des faits proprement comptables, la comptabilit\u00e9 a un objet propre qui est d\u2019expliquer comment se r\u00e9alise l\u2019\u00e9change pour pouvoir transmettre la valeur dans le temps. De plus, les faits qu\u2019elle traite peuvent \u00eatre mis imm\u00e9diatement en relation les uns avec les autres, expliqu\u00e9s les uns par les autres, sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire d&rsquo;intercaler des faits d&rsquo;une autre esp\u00e8ce. C\u2019est ce que Mattessich a montr\u00e9 en \u00e9tudiant la comptabilit\u00e9 sum\u00e9rienne fond\u00e9e sur un syst\u00e8me matriciel d\u2019entr\u00e9es\/sorties.<\/p>\n<p>Ce que nous postulons pour la comptabilit\u00e9, c\u2019est tout simplement que les faits que l\u2019on appelle \u00ab\u00a0comptables\u00a0\u00bb soient dans la nature et, par suite, intelligibles. <em>A priori<\/em>, nous admettons que ce qui est vrai des faits physiques, biologiques, psychiques et sociaux l\u2019est aussi des faits comptables. Seul un \u00e9chec d\u00e9finitif de la comptabilit\u00e9 pourrait remettre compl\u00e8tement en cause cette pr\u00e9somption logique. Or, d\u00e8s aujourd\u2019hui, cet \u00e9chec n\u2019est plus \u00e0 craindre, la comptabilit\u00e9 ayant montr\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 fournir ce que l\u2019on attend d\u2019elle. Plus elle entre en contact avec les faits historiques qui la caract\u00e9risent, plus elle voit se r\u00e9v\u00e9ler des r\u00e9gularit\u00e9s insoup\u00e7onn\u00e9es, des concordances beaucoup plus pr\u00e9cises qu\u2019on ne pouvait le supposer de prime abord et plus se fortifie notre sentiment que nous nous trouvons en pr\u00e9sence d\u2019un ordre naturel. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 de ce positivisme auquel nous avons adh\u00e9r\u00e9, les tenants de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie constructiviste consid\u00e8rent que la connaissance scientifique rel\u00e8ve d&rsquo;un processus et non d&rsquo;une r\u00e9v\u00e9lation li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation. Il n&rsquo;y aurait pas de r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9e mais seulement une r\u00e9alit\u00e9 socialement construite. Ce d\u00e9bat pose le probl\u00e8me de la nature de la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb comptable (Colasse, 1995) auquel nous avons apport\u00e9 une solution en montrant qu\u2019elle est l\u2019expression, variable dans le temps et l\u2019espace en fonction des syst\u00e8mes de normalisation en cours, d\u2019une th\u00e9orie comptable qui, elle, est a-historique et fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs dans l\u2019acte d\u2019\u00e9change et sur la transmission de la valeur dans le temps.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet ainsi que c\u2019est la th\u00e9orie comptable fond\u00e9e sur le co\u00fbt historique qui explique le mieux l\u2019acte d\u2019\u00e9change, la situation d\u2019un march\u00e9 en \u00e9quilibre cher aux n\u00e9oclassiques n\u2019\u00e9tant qu\u2019une situation limite dans laquelle la rente est nulle du fait que toute la demande possible est satisfaite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>8.5\u00a0\u2013\u00a0Sp\u00e9culation boursi\u00e8re, co\u00fbt historique et r\u00e9partition de la rente<\/h2>\n<p>L\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de notre d\u00e9monstration est que les visions actionnariale et partenariale de l\u2019entreprise, ainsi que ses mod\u00e8les comptables associ\u00e9s, ne prennent pas suffisamment en compte le fait que l\u2019entreprise est cr\u00e9\u00e9e et qu\u2019elle fonctionne pour r\u00e9aliser efficacement des \u00e9changes sur ses march\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9change marchand qui distingue l\u2019entreprise de toutes les autres formes d\u2019organisations et qui la rend irr\u00e9ductible \u00e0 celles-ci. Son \u00e9tude doit nous permettre de proposer une explication coh\u00e9rente de sa gouvernance et de sa comptabilit\u00e9, ces deux \u00e9l\u00e9ments interagissant en permanence l\u2019un sur l\u2019autre. La comptabilit\u00e9 construit la gouvernance tout en \u00e9tant modifi\u00e9e par les pratiques de celle-ci. En supposant que l\u2019\u00e9change marchand est premier dans la conception de la gouvernance de l\u2019entreprise, nous devons expliquer quelles sont ses caract\u00e9ristiques une fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9, notamment pour appr\u00e9hender la cr\u00e9ation de valeur.<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;\u00eatre une organisation, une unit\u00e9 de production, l\u2019entreprise, interpr\u00e9t\u00e9e par rapport \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9change, est une r\u00e9union de march\u00e9s.<\/p>\n<p>Son premier march\u00e9, elle le passe le jour et \u00e0 l&rsquo;heure de sa naissance. Son acte fondateur co\u00efncide avec la r\u00e9union d&rsquo;un certain stock d\u2019\u00e9pargne (le plus souvent hors march\u00e9 boursier) que ses apporteurs envisagent d\u2019\u00e9changer contre des profits futurs. L\u2019\u00e9change ne pouvant se r\u00e9aliser qu\u2019au moyen d\u2019un march\u00e9, cet acte fondateur constitue son premier march\u00e9, ce qui suppose aussi l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb \u00e0 \u00e9changer, ce qui impose d\u2019envisager exclusivement d\u2019un point de vue juridique l\u2019enregistrement du montant de cette \u00e9pargne. Ce droit permet, d\u2019une part, d\u2019identifier chaque apporteur de fonds selon la nature du contrat qui le lie \u00e0 l\u2019entreprise, l\u2019affectio-societatis en \u00e9tant le moteur fondateur, et, d\u2019autre part, de distinguer le \u00ab\u00a0droit\u00a0\u00bb des propri\u00e9taires qui investissent leur \u00e9pargne de la \u00ab\u00a0fonction\u00a0\u00bb des dirigeants charg\u00e9s d\u2019employer celle-ci.<\/p>\n<p>Une fois fond\u00e9e, l&rsquo;entreprise va engager de nouveaux \u00e9changes qui, par d\u00e9finition, passent tous aussi par un march\u00e9\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>en contrepartie des produits de sa comp\u00e9tence qu\u2019il lui livre, le salari\u00e9 re\u00e7oit une r\u00e9mun\u00e9ration constituant son salaire\u00a0: il s\u2019agit bien d\u2019un \u00e9change, donc d\u2019un march\u00e9 fournisseur, m\u00eame si celui-ci est situ\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019entreprise,<\/li>\n<li>d&rsquo;autres \u00e9changes ont lieu avec les fournisseurs externes\u00a0: achats de mat\u00e9riels, de mati\u00e8res premi\u00e8res, de services en tous genres. Il convient d\u2019ailleurs de ne pas pousser trop loin la distinction entre fournisseurs internes et externes car, d&rsquo;un point de vue strictement \u00e9conomique, c\u2019est-\u00e0-dire par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9change, elle est artificielle comme en t\u00e9moigne l\u2019extension r\u00e9cente de la norme ISO9001 sur la qualit\u00e9 totale \u00e0 un nombre toujours plus grand d\u2019entreprises et le d\u00e9veloppement de la sous-traitance. Elle sert pourtant de crit\u00e8re essentiel pour d\u00e9finir la valeur ajout\u00e9e qui est un concept contribuant \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 figer les choses car, par son mode de calcul, il perp\u00e9tue une certaine conception f\u00e9odale et fortement hi\u00e9rarchis\u00e9e de l&rsquo;entreprise. Consid\u00e9r\u00e9 d&#8217;embl\u00e9e comme un fournisseur, le salari\u00e9 cesserait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9fini par son statut de subordonn\u00e9 comme il l&rsquo;est actuellement dans le Code du travail et retrouverait ainsi son potentiel de libert\u00e9 juridique et \u00e9conomique. Ceci qui ne veut pas dire, bien s\u00fbr, que le Code du Travail soit inutile mais son utilit\u00e9 doit \u00eatre relative au fonctionnement du march\u00e9 de l\u2019emploi,<\/li>\n<li>elle est aussi en relation permanente avec ses march\u00e9s propres situ\u00e9s en aval de son acte de production et form\u00e9s par sa client\u00e8le. Avec beaucoup d&rsquo;efforts, elle y trouve les d\u00e9bouch\u00e9s de ses propres produits. C\u2019est sur ses march\u00e9s clients que l\u2019entreprise peut d\u00e9gager un surplus par rapport \u00e0 ce qu\u2019elle a consomm\u00e9 pour la production et le stockage de ce qu\u2019elle vend. L\u2019existence de ce surplus suppose qu\u2019elle soit efficace dans ses actes d\u2019\u00e9change sur ses march\u00e9s clients.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La th\u00e9orie des droits de propri\u00e9t\u00e9 d\u2019Alchian et Demsetz en montrant, pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019interrogation de Coase sur l\u2019existence des entreprises, que celles-ci sont compatibles avec le syst\u00e8me de march\u00e9, apporte une justification \u00e0 notre proposition de consid\u00e9rer l\u2019entreprise comme un \u00ab\u00a0condens\u00e9 de march\u00e9s\u00a0\u00bb. De la m\u00eame mani\u00e8re, Jensen et Meckling, dans leur article de 1976, ont aussi sugg\u00e9r\u00e9 que l\u2019entreprise \u00e9tait \u00ab\u00a0<em>une fiction l\u00e9gale qui sert de point focal \u00e0 un processus complexe dans lequel les conflits entre les objectifs des individus (dont certains peuvent repr\u00e9senter d\u2019autres organisations) sont r\u00e9solus par la mise en place de relations contractuelles. Le comportement de la firme est d\u00e8s lors comparable \u00e0 celui d\u2019un march\u00e9, en ce sens qu\u2019il est la r\u00e9sultante d\u2019un processus complexe d\u2019\u00e9quilibrage<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En nuan\u00e7ant ce que proposent ces deux derniers auteurs, nous dirons que notre approche n\u2019est pas fond\u00e9e sur l\u2019existence de divergences d\u2019int\u00e9r\u00eats entre les parties prenantes \u00e0 l\u2019entreprise, sans nier pour autant qu\u2019elles existent, mais sur l\u2019acte d\u2019\u00e9change sur les march\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019entreprise, ensuite, se constitue en un syst\u00e8me de cellules interd\u00e9pendantes sociale, juridique, politique, de production et de vente, etc. qui sera g\u00e9r\u00e9 de telle sorte que son action sur les diff\u00e9rents march\u00e9s qui la constituent lui permette de cr\u00e9er le volume de richesses qu\u2019elle souhaite. Si ce n\u2019est pas le cas, l\u2019explication du fonctionnement de ces march\u00e9s permettra d\u2019identifier les probl\u00e8mes que pose la gestion. Autrement dit, c\u2019est l\u2019explication du fonctionnement du condens\u00e9 de march\u00e9s constituant l\u2019entreprise qui sert de norme pour dire en quoi la gestion lui est favorable ou non.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Or, en interpr\u00e9tant \u00e9conomiquement l\u2019entreprise par rapport \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9change comme nous venons de le faire ci-dessus, nous constatons qu\u2019elle n\u2019est propri\u00e9taire de rien. L\u2019autonomie juridique ne lui conf\u00e8re pas l\u2019autonomie \u00e9conomique. Nous pouvons alors compl\u00e9ter la proposition de Jensen en disant qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une fiction patrimoniale qui n\u2019existe que parce qu\u2019elle est engag\u00e9e dans des \u00e9changes marchands, ce qui fait d\u2019elle un n\u0153ud de march\u00e9s. L\u2019encha\u00eenement causal qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019entreprise est le suivant\u00a0: les actionnaires sont propri\u00e9taires de la soci\u00e9t\u00e9 commerciale qui est propri\u00e9taire des moyens de production qu\u2019utilise l\u2019entreprise, ce qui lui permet de la porter juridiquement.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise est donc de nature sociologique et non \u00e9conomique. Elle exprime la mani\u00e8re dont ce n\u0153ud de march\u00e9s est constitu\u00e9 et \u00e9volue pour que les \u00e9changes se r\u00e9alisent de la mani\u00e8re la plus efficace possible. La gouvernance de l\u2019entreprise doit alors s\u2019appliquer, avant tout et surtout, \u00e0 v\u00e9rifier que les dirigeants pr\u00e9parent au mieux cet acte d\u2019\u00e9change en optimisant l\u2019utilisation des comp\u00e9tences dont ils disposent afin de maximiser la valeur correspondante.<\/p>\n<p>Cette \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb qui permet l&rsquo;augmentation de la valeur de l&rsquo;action ne peut provenir que d&rsquo;une augmentation des richesses produites et vendues par l&rsquo;entreprise. Si cette augmentation provient de la sp\u00e9culation, aucune richesse suppl\u00e9mentaire ne sera associ\u00e9e \u00e0 celle-ci et il ne sera pas possible de dire qu&rsquo;il y a cr\u00e9ation de valeur. Par cons\u00e9quent, lorsque l\u2019on parle de valeur perdue \u00e0 la bourse, il serait pr\u00e9f\u00e9rable de dire que cette valeur<a title=\"\" href=\"#_ftn263\">[263]<\/a>\u00a0n&rsquo;a jamais exist\u00e9, ce qui am\u00e8ne \u00e0 rejeter l\u2019utilisation de la juste valeur. Il ne peut y avoir de v\u00e9ritable cr\u00e9ation de valeur que si les profits distribu\u00e9s par l\u2019entreprise r\u00e9sultent de son d\u00e9veloppement \u00e9conomique.<\/p>\n<p>L\u2019outil comptable doit alors \u00eatre con\u00e7u pour pouvoir contr\u00f4ler les dirigeants, ce qui suppose que les actifs soient \u00e9valu\u00e9s au co\u00fbt historique et non pas \u00e0 la valeur de march\u00e9 pour \u00e9viter d\u2019introduire la volatilit\u00e9 des march\u00e9s dans les instruments de contr\u00f4le. Il en irait diff\u00e9remment si les march\u00e9s fonctionnaient dans de bonnes conditions de concurrence garantissant la co\u00efncidence entre l\u2019\u00e9chelle des prix et celle des valeurs. Sous ces conditions, la comptabilit\u00e9 am\u00e9liorerait consid\u00e9rablement la qualit\u00e9 des informations qu\u2019elle produit \u00e0 \u00eatre tenue en prix de march\u00e9 au lieu du co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, puisqu\u2019elle ne poss\u00e8de rien en propre, l\u2019entreprise, \u00e9conomiquement, ne peut jamais \u00eatre, \u00e0 proprement parler, b\u00e9n\u00e9ficiaire ou d\u00e9ficitaire. De ce fait, il n\u2019y a aucune \u00ab\u00a0loi \u00e9conomique\u00a0\u00bb qui puisse assigner au travailleur le salaire et rien que le salaire et au capitaliste le surplus d\u00e9gag\u00e9 et la totalit\u00e9 de celui-ci, ce qui ne veut pas dire pour autant que la r\u00e9partition de la rente puisse \u00eatre, sans dommage pour la soci\u00e9t\u00e9, livr\u00e9e \u00e0 l\u2019arbitraire. Pour \u00e9viter que cela ne se produise, il est n\u00e9cessaire de tenir compte, d\u2019une part, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 qui devrait exister entre le salaire et le capital reconstitu\u00e9 par la comp\u00e9tence et, d\u2019autre part, de l\u2019\u00e9change \u00e0 travers le temps du capital contre le profit. Une partie de ce dernier peut tr\u00e8s bien \u00eatre destin\u00e9 aux autres parties prenantes de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notre conception de l\u2019entreprise nous permet ainsi de r\u00e9gler le probl\u00e8me du partage de la rente d\u00e9gag\u00e9e entre les diff\u00e9rentes parties prenantes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>8.6\u00a0\u2013\u00a0Le taux de profit et la th\u00e8se de Modigliani et Miller<\/h2>\n<p>Il nous semble difficile de pouvoir nous appuyer sur la th\u00e9orie de Modigliani et Miller (1958) pour fonder une th\u00e9orie de la valeur qui puisse amener la comptabilit\u00e9 au niveau d&rsquo;une science comptable. Leur th\u00e9orie \u00e9tant construite sur l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il y a cr\u00e9ation de valeur seulement lorsque tous les bailleurs de fonds sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, notamment lorsque les apporteurs de capitaux re\u00e7oivent plus que le montant r\u00e9mun\u00e9rant le risque financier qu&rsquo;ils acceptent, le statut du capital appartenant aux propri\u00e9taires se trouve mis sur le m\u00eame plan que celui de la dette provenant des apports des autres cr\u00e9anciers, ce qui ne nous semble pas logique par rapport \u00e0 l&rsquo;acte d&rsquo;\u00e9change comme nous l&rsquo;avons dit pr\u00e9c\u00e9demment. Il nous appara\u00eet comme \u00e9tant une fiction le fait qu&rsquo;une dette infiniment renouvel\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire jamais rembours\u00e9e, puisse \u00e9quivaloir \u00e0 des fonds propres qui reviennent moins chers. De plus, la soci\u00e9t\u00e9 ne peut emprunter aupr\u00e8s des banques que sur la base des capitaux propres dont elle dispose et des r\u00e9sultats qu&rsquo;elle d\u00e9gage, lesquels, ensemble, servent en quelque sorte de garanties. Cette pratique des banques impose qu&rsquo;il existe une priorit\u00e9 entre les capitaux propres et les emprunts, les seconds d\u00e9pendant des premiers. En fait, Modigliani et Miller ont con\u00e7u leur th\u00e9orie comme si le taux de profit des capitaux propres d\u00e9pendait du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat des emprunts puisqu\u2019il est l&rsquo;addition du taux sans risque et du taux correspondant au risque accept\u00e9. Il faut donc qu&rsquo;il y ait profit pour que l&rsquo;entreprise puisse payer les int\u00e9r\u00eats des emprunts, ce qui est conforme \u00e0 la pratique comptable qui traite ces int\u00e9r\u00eats comme des charges d\u00e9ductibles du r\u00e9sultat. Le profit doit alors \u00eatre con\u00e7u logiquement comme \u00e9tant premier par rapport aux int\u00e9r\u00eats, ce qui correspond \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que les capitaux propres sont premiers par rapport aux dettes. Il est la contrepartie du capital que le propri\u00e9taire a investi dans la soci\u00e9t\u00e9 au service de l\u2019entreprise en connaissance du risque qu&rsquo;il prenait et de l&rsquo;incertitude d&rsquo;une rentabilit\u00e9 temporelle r\u00e9guli\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire en parfaite connaissance de son caract\u00e8re al\u00e9atoire. S&rsquo;il se r\u00e9serve le droit de reprendre son \u00e9pargne d\u00e8s que le taux de rentabilit\u00e9 est inf\u00e9rieur au minimum qu&rsquo;il r\u00e9clame, celle-ci ne peut alors s&rsquo;analyser que comme un pr\u00eat remboursable dont l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance doit \u00eatre laiss\u00e9e \u00e0 la discr\u00e9tion du propri\u00e9taire qui se comporte alors comme un \u00ab\u00a0cr\u00e9ancier\u00a0\u00bb. Dans ces conditions, selon notre conception, ce n&rsquo;est plus au march\u00e9 que revient le r\u00f4le de d\u00e9terminer le taux de profit dont d\u00e9pend le niveau des investissements et la part qui revient au salariat. Dans l&rsquo;\u00e9conomie financi\u00e8re propos\u00e9e par Modigliani et Miller, les profits sont d\u00e9connect\u00e9s des donn\u00e9es du march\u00e9 puisqu&rsquo;ils sont con\u00e7us comme d\u00e9rivant du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Tout se passe comme si l&rsquo;entrepreneur pouvait transf\u00e9rer \u00e0 sa guise les risques qu&rsquo;il prend sur le march\u00e9, l&rsquo;immensit\u00e9 suppos\u00e9e de celui-ci garantissant en quelque sorte qu&rsquo;il trouvera toujours un acheteur au prix qu&rsquo;il propose. Cela est d&rsquo;autant plus vrai lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des actions \u00e0 l&rsquo;instar de la pratique invent\u00e9e par Scholes et consistant \u00e0 acheter une action et \u00e0 annuler aussit\u00f4t le risque que comporte sa d\u00e9tention en se portant acqu\u00e9reur d&rsquo;une option de vente (\u00ab\u00a0put\u00a0\u00bb) qui donne le droit de la vendre \u00e0 un prix convenu d&rsquo;avance. L&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 ne peut fonctionner que sur la base des millions de contrats individuels qui, \u00e0 chaque instant, se nouent pour chacun d\u2019eux entre deux co\u00e9changistes et non pas parce ces deux personnes participaient \u00e0 un march\u00e9 global et efficient porteur des risques pris. Ainsi, la confiance ne peut pas \u00eatre puis\u00e9e dans la seule et unique dynamique du march\u00e9 lui-m\u00eame mais surtout dans la solidit\u00e9 des agents \u00e9conomiques participant aux \u00e9changes et consid\u00e9r\u00e9s individuellement.<\/p>\n<p>Il est possible que Modigliani et Miller aient \u00e9t\u00e9 fortement influenc\u00e9s par la macro-\u00e9conomie et la comptabilit\u00e9 nationale pour concevoir leur th\u00e9orie de l&rsquo;endettement de l&rsquo;entreprise en assimilant les fonds propres \u00e0 de la dette. En effet, en dressant en comptabilit\u00e9 nationale un bilan simplifi\u00e9, d&rsquo;une part des entreprises et, d&rsquo;autre part, des m\u00e9nages, nous constatons qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;actif des entreprises apparaissent les moyens de production et, au passif, l&rsquo;\u00e9pargne investie en actions des m\u00e9nages et les dettes qu&rsquo;elles leur doivent sous forme obligataire. A l&rsquo;actif des m\u00e9nages sont inscrites les actions repr\u00e9sentatives de leur \u00e9pargne et les cr\u00e9ances qu&rsquo;ils poss\u00e8dent sur les entreprises alors qu&rsquo;au passif est mise en \u00e9vidence leur \u00e9pargne. Si nous combinons les comptes de ces deux cat\u00e9gories d&rsquo;agents, il ne subsiste plus dans le bilan final que l&rsquo;actif constitu\u00e9 par les moyens de production et le passif par l&rsquo;\u00e9pargne des m\u00e9nages qu&rsquo;elle soit sous forme d&rsquo;actions ou d&rsquo;obligations. Or, cette pr\u00e9sentation propre \u00e0 la comptabilit\u00e9 nationale qui ignore les comptes de patrimoine puisque l&rsquo;\u00e9conomie publique fonctionne sans capital, est erron\u00e9e du point de vue de l&rsquo;entreprise\u00a0: les porteurs d&rsquo;obligations ont une cr\u00e9ance sur les actionnaires (cr\u00e9ance qui se trouve annul\u00e9e par la dette dans le bilan combin\u00e9), le droit de propri\u00e9t\u00e9 de ceux-ci ne pouvant pas faire l&rsquo;objet d&rsquo;une quelconque compensation. Nous retrouvons ici la base m\u00eame de la th\u00e9orie de Modigliani et Miller. C&rsquo;est comme si elle consid\u00e9rait que l&rsquo;\u00e9conomie nationale est une entreprise qui englobe toutes les autres. Cependant, la comptabilit\u00e9 nationale n&rsquo;est en rien une comptabilit\u00e9 car elle ne s&rsquo;appuie pas sur la notion m\u00eame de valeur li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9change. Historiquement, la comptabilit\u00e9 nationale a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e au service de l&rsquo;\u00e9conomie de guerre afin de fournir rapidement une approximation statistique permettant \u00e0 l&rsquo;Etat dirigiste d&rsquo;intervenir en se substituant aux m\u00e9canismes de march\u00e9. Dans une \u00e9conomie d&rsquo;\u00e9changes, les soci\u00e9t\u00e9s qui sont en possession de leurs propres actifs parce que leurs dettes n&rsquo;ont pas absorb\u00e9 leur capital, ont une valeur sur le march\u00e9, ce que refl\u00e8te bien la nature contractuelle de la libre activit\u00e9 \u00e9conomique. La notion de d\u00e9lais de paiement et la difficult\u00e9 de trouver une harmonisation europ\u00e9enne les concernant pour \u00e9viter qu&rsquo;ils ne s&rsquo;allongent ind\u00e9finiment appara\u00eet comme \u00e9tant une des cons\u00e9quences de la confusion entre les capitaux propres et les dettes. La soci\u00e9t\u00e9 qui dispose des capitaux suffisants peut, sans probl\u00e8me, honorer ses dettes dans les d\u00e9lais pr\u00e9vus.<\/p>\n<p>A titre d\u2019exemple, le d\u00e9cret pris par E. Balladur en d\u00e9cembre 1987 illustre bien aussi ce changement de conception du capital et des dettes. Une holding peut, depuis la fin 1987, se mettre volontairement en d\u00e9ficit en enregistrant des charges financi\u00e8res d&#8217;emprunt exorbitantes qu&rsquo;elle pourra consolider avec les b\u00e9n\u00e9fices d&rsquo;une entreprise-cible qu&rsquo;elle aura acquise au moyen des fonds emprunt\u00e9s, supports de ces charges<a title=\"\" href=\"#_ftn264\">[264]<\/a>. C&rsquo;est sur cette technique qu&rsquo;\u00e0 partir de cette \u00e9poque, on a construit les LBO et, en m\u00eame temps consacr\u00e9 fiscalement la pratique du capitalisme sans capital. Et cela, bien s\u00fbr, n&rsquo;est pas sans cons\u00e9quence sur l&#8217;emploi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/p>\n<h1>Conclusion de la deuxi\u00e8me partie<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La financiarisation de l\u2019\u00e9conomie permise par l\u2019abondance des liquidit\u00e9s en circulation et l\u2019augmentation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des d\u00e9penses publiques nous plongent dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019endettement qui durcit consid\u00e9rablement les conditions de fonctionnement des entreprises.<\/p>\n<p>L\u2019utilit\u00e9 contractuelle du nombre comptable propos\u00e9e par la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9, en fondant les relations \u00e9conomiques entre les individus sur des rapports de force, a fait de l\u2019entreprise cette juxtaposition d\u2019\u00e9l\u00e9ments susceptibles d\u2019\u00eatre vendus s\u00e9par\u00e9ment sur les march\u00e9s financiers au d\u00e9triment des autres parties prenantes dont, bien s\u00fbr, les salari\u00e9s. Cette gouvernance actionnariale est \u00e0 l\u2019origine de nombreux dysfonctionnements et de crises qui remettent en cause l\u2019existence m\u00eame de l\u2019entreprise. Les cons\u00e9quences n\u00e9fastes de cette situation sont amplifi\u00e9es par l\u2019utilisation de la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb rempla\u00e7ant celle du co\u00fbt historique. Avec la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb correspondant \u00e0 des prix fournis par des march\u00e9s volatils, se dilue la notion m\u00eame de capital sans lequel l\u2019entreprise comme organisation sociologique cr\u00e9atrice de richesses risque de dispara\u00eetre. A cette ind\u00e9termination du capital correspond une insuffisance de fonds de roulement alors que celui-ci doit \u00eatre suffisant pour garantir un paiement r\u00e9gulier des salaires quel que soit le niveau d\u2019activit\u00e9. C\u2019est toute la pratique sociale des contrats de travail qui se trouve ici remise en cause. En effet, la valorisation au co\u00fbt historique et la distinction entre les capitaux propres et les dettes permettent de pouvoir calculer un fonds de roulement qui soit fiable. Or celui-ci constitue la garantie derni\u00e8re du paiement des salaires si les affaires ont tendance \u00e0 r\u00e9gresser. Cette garantie est n\u00e9cessaire si l\u2019on veut rassurer les salari\u00e9s en leur proposant des contrats de travail \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. En cas d\u2019un fonds de roulement insuffisamment garni en fonds propres, le paiement r\u00e9gulier des salaires n\u2019est plus garanti et l\u2019on voit alors se d\u00e9velopper dans l\u2019entreprise des contrats \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e et des \u00ab\u00a0int\u00e9rimaires\u00a0\u00bb. Beaucoup de chefs d\u2019entreprises pensent que ces types de contrats leur permettront d\u2019obtenir de la \u00ab\u00a0flexibilit\u00e9\u00a0\u00bb. L\u2019analyse de l\u2019acte d\u2019\u00e9change nous indique que c\u2019est certainement une erreur d\u2019interpr\u00e9tation car ce qui devrait \u00eatre flexible au regard de l\u2019\u00e9change, c\u2019est l\u2019entreprise et non le salari\u00e9. Celui-ci est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant une des parties prenantes. Or, l\u2019invention de l\u2019entreprise \u00e0 travers l\u2019identification et l\u2019autonomisation des parties prenantes qui \u00e9tait justifi\u00e9e socialement par la cr\u00e9ation du contrat de travail et comptablement par la mise en \u00e9vidence de la continuit\u00e9 de l\u2019exploitation n\u00e9cessitant le recours au co\u00fbt historique, s\u2019est trouv\u00e9e modifi\u00e9e par la prise en compte il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es de la notion de risque. Pour l\u2019IASB, la continuit\u00e9 de l\u2019exploitation se pose prioritairement par rapport aux apporteurs de capitaux, leur satisfaction de l\u2019information fournie face aux risques \u00e9tant garante de la satisfaction des autres parties prenantes. La question centrale concernant les parties prenantes est alors de savoir si les \u00e9tats comptables et financiers peuvent rendre compte de l\u2019exposition au risque de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces probl\u00e8mes, la prise en compte de la cr\u00e9ation de valeur au moment de la r\u00e9alisation de l\u2019acte d\u2019\u00e9change du bien vendu sur le march\u00e9 client ram\u00e8ne la question de l\u2019origine de la rente \u00e0 un arrangement efficient des comp\u00e9tences dont l\u2019entreprise dispose et qui lui donne un avantage concurrentiel sur ses march\u00e9s. L\u2019\u00e9valuation comptable en co\u00fbt historique fond\u00e9 sur la valeur comp\u00e9tence joue alors un r\u00f4le fondamental dans la construction de la mesure comptable pour fournir \u00e0 l\u2019ensemble des parties prenantes de l\u2019entreprise une information qui soit fiable sur les risques pris mais aussi pour redonner au \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb son sens \u00e9conomique d\u2019\u00e9pargne investie sous risque de profit ou de perte lui permettant de favoriser des pratiques dont l\u2019objectif n\u2019est pas de flexibiliser le travail mais de permettre \u00e0 celui-ci de se d\u00e9velopper dans un climat social minimisant les tensions entre les salari\u00e9s. Face \u00e0 celles-ci et au risque de violence qu\u2019elles portent, la th\u00e9orie girardienne propose une grille de lecture permettant de comprendre leurs d\u00e9veloppements.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie girardienne repose sur l\u2019id\u00e9e d\u2019un m\u00e9canisme victimaire ne pouvant jouer son r\u00f4le d\u2019apaisement des conflits collectifs que si le bouc \u00e9missaire qui a \u00e9t\u00e9 choisi est suppos\u00e9 coupable. A partir du moment o\u00f9 cette condition n\u2019est plus respect\u00e9e, ce m\u00e9canisme ne peut plus jouer son r\u00f4le ou ne le joue qu\u2019imparfaitement. La religion catholique en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019injustice de ce m\u00e9canisme a suscit\u00e9 la non-r\u00e9conciliation collective et le d\u00e9veloppement de l\u2019individualisme favorisant les tendances belliqueuses de tout un chacun. Il s\u2019ensuit que la juste valeur, \u00e0 travers la volatilit\u00e9 des march\u00e9s, est un facteur susceptible d\u2019amplifier la violence entre les personnes. Par contre, le recours au co\u00fbt historique fond\u00e9 sur la valeur comp\u00e9tence pourrait amener une comp\u00e9tition entre les unit\u00e9s du syst\u00e8me \u00e9conomique n\u2019utilisant que des moyens pacifiques<a title=\"\" href=\"#_ftn265\">[265]<\/a>, ce qui suppose qu\u2019aucun participant ne soit capable d\u2019exercer une influence sur le prix. Pour cela, il ne devrait pas \u00eatre possible d\u2019\u00e9liminer des concurrents par le dumping, quelle que soit sa nature, ou par la captation de la client\u00e8le sur des raisons mensong\u00e8res. Chaque intervenant ne pourrait alors compter que sur ses propres comp\u00e9tences et sur son efficacit\u00e9 pour se maintenir et, \u00e9ventuellement, se d\u00e9velopper sur ses march\u00e9s.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il serait na\u00eff pour nous de croire que certains agents \u00e9conomiques ne cherchent pas \u00e0 tourner les r\u00e8gles du jeu \u00e0 leur avantage en utilisant tous les moyens disponibles, qu\u2019ils soient pacifiques ou non. Mais ce ph\u00e9nom\u00e8ne se trouvera amplifi\u00e9 si l\u2019on fonde l\u2019\u00e9valuation des faits comptables sur la juste valeur qui, variant en fonction des fluctuations du march\u00e9, ne peut constituer la base d\u2019une information commune \u00e0 tous sur les risques pris. Le recours au co\u00fbt historique servant de base de mesure aux \u00e9v\u00e9nements touchant l\u2019entreprise et ses partenaires peut constituer cette base dans la mesure o\u00f9 nous pensons que la concurrence, n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019innovation et au d\u00e9veloppement \u00e9conomique, est con\u00e7ue comme le mode d\u2019organisation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 rendue pacifique parce que la Loi aurait interdit l\u2019utilisation des moyens les plus n\u00e9fastes d\u2019y porter atteinte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous avons voulu montrer dans notre th\u00e8se que les pratiques comptables sont a-historiques et quasi universelles, ce qui les rend susceptibles de faire l\u2019objet d\u2019une science. En remontant aux origines de la comptabilit\u00e9 et en interpr\u00e9tant les pratiques des tribus primitives telles que nous pouvons les observer encore de nos jours, nous avons propos\u00e9 le concept de valeur comp\u00e9tence que nous avons con\u00e7u comme un construit social qui est fonction de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9, ce qui nous a permis de produire une explication th\u00e9orique de l\u2019\u00e9change valeur pour valeur \u00e0 partir de la Kula mais aussi de la distinction \u00e0 faire entre le profit et la rente tel que le potlatch la fait appara\u00eetre. Comme le montre la pratique du potlatch, il appara\u00eet que le profit est inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9change et constitue m\u00eame son objet\u00a0: c\u2019est le profit qui s\u2019\u00e9change \u00e0 travers le temps contre l\u2019\u00e9pargne initiale investie dans l\u2019activit\u00e9 productive. Comme l\u2019\u00e9pargne initiale est le produit d\u2019une certaine structure de comp\u00e9tences, le profit est un produit \u00e9quivalent. En cons\u00e9quence, si le surplus d\u00e9gag\u00e9 par l\u2019activit\u00e9 est sup\u00e9rieur \u00e0 ce profit, la diff\u00e9rence constitue la rente qui est hors march\u00e9 et qui ne peut s\u2019expliquer que par l\u2019imperfection de la concurrence sur le march\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn266\">[266]<\/a>.. Nous retrouvons ici, par notre raisonnement comptable, les conclusions de la th\u00e9orie n\u00e9o-classique qui veut que lorsque le march\u00e9 est en \u00e9quilibre, la rente est nulle puisque la concurrence est parfaite. L\u2019existence de cette rente est le signe que l\u2019entreprise correspondante \u00ab\u00a0fait mieux\u00a0\u00bb que le march\u00e9 puisque, sur celui-ci, les entreprises ne devraient d\u00e9gager que le profit moyen social lequel est le v\u00e9ritable r\u00e9gulateur des \u00e9changes dans l\u2019\u00e9conomie. Il s\u2019ensuit qu\u2019en r\u00e9alisant ce surprofit, l\u2019entreprise se soustrait, au moins temporairement, \u00e0 la loi du march\u00e9. Bien s\u00fbr, il nous semble enti\u00e8rement normal et m\u00eame de bonne pratique qu\u2019une entreprise cherche \u00e0 trouver une niche o\u00f9 la concurrence est faible pour ne pas dire inexistante, ce qui lui permet de vendre \u00e0 des prix tels qu\u2019elle puisse d\u00e9gager r\u00e9guli\u00e8rement ces surprofits. Mais, t\u00f4t ou tard, la concurrence qui s\u2019exercera sur son march\u00e9 r\u00e9el risquera de lui faire perdre son avantage comp\u00e9titif si elle a trop compt\u00e9 sur l\u2019exclusivit\u00e9 qu\u2019il lui procurait. Assigner comme objectif prioritaire et quasi unique aux dirigeants de \u00ab faire mieux que le march\u00e9 \u00bb revient \u00e0 \u00e9riger en norme de comportement la recherche de cet exc\u00e9dent comme un signe distinctif fort d\u2019un bon management. Ceci nous para\u00eet tr\u00e8s contestable dans la mesure o\u00f9 ce \u00ab\u00a0bon management\u00a0\u00bb ne peut perdurer qu\u2019au d\u00e9triment des salari\u00e9s. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu\u2019il faille r\u00e9mun\u00e9rer les actionnaires avec des dividendes inf\u00e9rieurs au taux du march\u00e9.<\/p>\n<p>Cette approche du profit nous a aussi permis de montrer en quoi les propri\u00e9taires de la soci\u00e9t\u00e9 ne peuvent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0cr\u00e9anciers\u00a0\u00bb. En effet, du point de vue \u00e9conomique, le profit que touche le propri\u00e9taire est g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l\u2019\u00e9change. Si nous consid\u00e9rons les autres cr\u00e9anciers de la soci\u00e9t\u00e9, ils percevront les int\u00e9r\u00eats de leurs cr\u00e9ances ind\u00e9pendamment de la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9change sera r\u00e9alis\u00e9, que l\u2019entreprise port\u00e9e juridiquement par la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9gage ou non un profit (tout le temps, bien s\u00fbr, que l\u2019entreprise ne d\u00e9pose pas le bilan). Cette distinction entre le profit associ\u00e9 \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9change pour les propri\u00e9taires et les int\u00e9r\u00eats per\u00e7us par les cr\u00e9anciers ind\u00e9pendamment de la mani\u00e8re dont se d\u00e9roule cet acte, nous fait dire que les propri\u00e9taires ne sont pas, \u00e9conomiquement, des cr\u00e9anciers et que, de ce fait, il est impropre de parler pour eux de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb. Un financement par fonds propres n\u2019est pas de m\u00eame nature qu\u2019un financement par la dette. D\u2019ailleurs, si nous nous pla\u00e7ons du point de vue de l\u2019\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est bien le profit et non pas l\u2019int\u00e9r\u00eat qui peut engendrer la croissance \u00e9conomique et c\u2019est bien le taux de profit dans l\u2019\u00e9conomie qui d\u00e9termine la part de la richesse cr\u00e9\u00e9e qui sera dirig\u00e9e vers les investissements et celle qui reviendra au salariat. Pour cela, il faut, bien s\u00fbr, que les profits d\u00e9gag\u00e9s soient \u00e9troitement li\u00e9s au fonctionnement du march\u00e9, autrement dit qu\u2019ils soient connect\u00e9s aux donn\u00e9es de celui-ci. En assimilant le \u00ab\u00a0profit\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb, il nous semble que l\u2019on inverse le fonctionnement normal du march\u00e9 et, de ce fait, on modifie le statut de l\u2019entreprise\u00a0: quand le march\u00e9 fonctionne normalement, le propri\u00e9taire attend de l\u2019\u00e9change un \u00ab\u00a0profit\u00a0\u00bb dont il ne conna\u00eet pas, <em>a priori<\/em>, le niveau et cela, quelle que soit l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait du risque qu\u2019il a pris. Le calcul et l\u2019utilisation de la capacit\u00e9 d\u2019autofinancement fournit une illustration de ce m\u00e9canisme\u00a0: la capacit\u00e9 d\u2019autofinancement d\u2019une p\u00e9riode, dans sa version quantitative simple, est \u00e9gale \u00e0 la somme du r\u00e9sultat comptable avant participation des salari\u00e9s aux fruits de l\u2019expansion de l\u2019entreprise et des dotations aux amortissements de cette p\u00e9riode. Son utilisation la partage en deux\u00a0: les dividendes vers\u00e9s et l\u2019autofinancement qui sera laiss\u00e9 \u00e0 la disposition de la soci\u00e9t\u00e9 pour le fonctionnement de l\u2019entreprise. Selon la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9change que nous avons pr\u00e9sent\u00e9e, valeur pour valeur, les propri\u00e9taires n\u2019ont droit qu\u2019aux dotations aux amortissements, le reste devant logiquement \u00eatre r\u00e9investi dans la soci\u00e9t\u00e9. Mais comme ce reste provient des produits de la comp\u00e9tence des salari\u00e9s s\u2019appliquant \u00e0 faire fonctionner les actifs qui appartiennent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et, par voie de cons\u00e9quence, aux propri\u00e9taires pour produire, stocker et vendre, il peut \u00eatre concevable qu\u2019il soit partiellement utilis\u00e9 pour faire participer les salari\u00e9s et augmenter les dividendes des propri\u00e9taires. La th\u00e9orie de l\u2019\u00e9change \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb ne permet\u00a0 ni d\u2019expliquer ni de justifier une telle pratique. Mais la r\u00e9alit\u00e9 du fonctionnement des march\u00e9s autorise \u00e0 se situer \u00ab\u00a0hors th\u00e9orie\u00a0\u00bb d\u00e8s que l\u2019on constate que c\u2019est cette rente vers\u00e9e aux propri\u00e9taires qui favorise la mobilit\u00e9 des capitaux et donc le dynamisme des march\u00e9s. Si le risque est \u00e9lev\u00e9 et que l\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 est tr\u00e8s efficace, la rente sera cons\u00e9quente mais si l\u2019\u00e9change n\u2019est pas efficace du tout, elle pourra se r\u00e9duire et m\u00eame devenir nulle. Mais si les propri\u00e9taires \u00ab\u00a0exigent\u00a0\u00bb un niveau de profit \u00e0 partir du choix d\u2019un niveau de risque, le march\u00e9 ne peut plus fonctionner correctement car le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9change se trouve alors d\u00e9connect\u00e9 du surplus qui permettra de satisfaire aux exigences des propri\u00e9taires. Si ce surplus est inf\u00e9rieur \u00e0 ces exigences, le manager essaiera de jouer sur deux tableaux pour obtenir la diff\u00e9rence\u00a0: il utilisera au maximum l\u2019\u00ab\u00a0effet de levier\u00a0\u00bb et\/ou il essaiera de diminuer une des charges (en pratique, la r\u00e9mun\u00e9ration des salari\u00e9s puisque l\u2019utilisation de l\u2019endettement augmente les charges financi\u00e8res et que les autres charges sont difficilement compressibles) de mani\u00e8re \u00e0 restaurer le r\u00e9sultat. Or, du point de vue de l&rsquo;entreprise mais aussi de celui de l&rsquo;\u00e9conomie g\u00e9n\u00e9rale, le salari\u00e9 qui apporte ses comp\u00e9tences est aussi important que l\u2019investisseur qui apporte son \u00e9pargne, m\u00eame si ce dernier a une ant\u00e9riorit\u00e9 dans la cr\u00e9ation de l&rsquo;entreprise. Cela entra\u00eene comme cons\u00e9quence qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas, <em>a priori<\/em>, de priorit\u00e9 du propri\u00e9taire dans la distribution du profit. Ainsi, normalement, s&rsquo;il y a un ralentissement des ventes ou une augmentation de la concurrence, l&rsquo;entreprise diminuera ses prix, ce qui produira des effets d&rsquo;abord sur le niveau des profits et, ensuite mais d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9e, sur celui des salaires. Au contraire, lorsque la conjoncture est favorable et que l&rsquo;entreprise peut augmenter ses prix ou ne pas les diminuer malgr\u00e9 l&rsquo;augmentation de la productivit\u00e9, les propri\u00e9taires de l&rsquo;entreprise seront les premiers \u00e0 profiter de la situation et, l\u00e0 encore d&rsquo;une mani\u00e8re tr\u00e8s att\u00e9nu\u00e9e, les salari\u00e9s. C&rsquo;est cet ordre des choses, que nous pensons \u00eatre celui du fonctionnement normal d&rsquo;une entreprise dans une \u00e9conomie de march\u00e9, que la pratique r\u00e9currente des dirigeants des grandes entreprises, cherchant \u00e0 stabiliser les profits quand ce n&rsquo;est pas \u00e0 les augmenter ind\u00e9finiment afin d&rsquo;optimiser \u00ab\u00a0co\u00fbte que co\u00fbte\u00a0\u00bb la shareholder value, tend \u00e0 abolir au d\u00e9triment des salari\u00e9s puisque c&rsquo;est la masse salariale qui devient la variable d&rsquo;ajustement des fluctuations \u00e0 la baisse de la conjoncture. Cette assimilation du \u00ab\u00a0profit\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0risque\u00a0\u00bb g\u00e9n\u00e8re des dysfonctionnements \u00e9conomiques qui font dire \u00e0 certains que le march\u00e9 est incapable d\u2019engendrer un ordre \u00e9conomique et social acceptable par les citoyens. Ce probl\u00e8me d\u00e9passe donc le cadre strict de l\u2019entreprise puisqu\u2019il revient \u00e0 se demander si c\u2019est le march\u00e9 qui fonctionne mal, auquel cas, il faudrait le corriger ou si c\u2019est le march\u00e9 en tant que tel qui ne permet pas cette harmonie \u00e9conomique et sociale corrompant notre d\u00e9mocratie dans la mesure o\u00f9 il cherche, en se globalisant, \u00e0 exercer son emprise sur tous les domaines de notre vie.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt historique est le seul qui puisse garantir le respect des lois th\u00e9oriques que nous avons propos\u00e9es. Si nous avons interpr\u00e9t\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes historiques, c\u2019est sur le plan de la logique et non sur celui de l\u2019histoire que nous avons construit notre d\u00e9monstration. Nous pensons que cette approche de la comptabilit\u00e9 que nous n\u2019avons pas trouv\u00e9e mentionn\u00e9e par un auteur au cours de notre recherche constitue notre apport principal \u00e0 la connaissance th\u00e9orique. Consid\u00e9rant que les lois que nous avons mises en \u00e9vidence sont ext\u00e9rieures \u00e0 nous, nous ne pouvions qu\u2019en d\u00e9duire qu\u2019une comptabilit\u00e9 qui ne serait pas fond\u00e9e sur le co\u00fbt historique serait g\u00e9n\u00e9ratrice de dysfonctionnements pour l\u2019entreprise et l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Comme preuve de cette d\u00e9duction, nous avons montr\u00e9 que le recours \u00e0 la juste valeur depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es modifie consid\u00e9rablement le fonctionnement de la firme et de l\u2019\u00e9conomie. Pourtant, nous avons conscience que la comptabilit\u00e9 gagnerait beaucoup en clart\u00e9 \u00e0 \u00eatre, chaque fois que cela est possible, une comptabilit\u00e9 de prix et non une comptabilit\u00e9 de valeurs. La v\u00e9rit\u00e9 des comptes ferait de grands progr\u00e8s du parti pris en faveur des prix de march\u00e9\u00a0: les stock-options seraient comptabilis\u00e9es en charges, les achats en cr\u00e9dit-bail pourraient \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s aux moyens de structure, etc.\u00a0? Nous avons d\u00e9montr\u00e9 que cela \u00e9tait possible d\u00e8s que l\u2019\u00e9chelle des prix refl\u00e9tait celle des co\u00fbts, ceux-ci \u00e9tant con\u00e7us socialement pour correspondre \u00e0 notre concept de valeur comp\u00e9tence. Nous avons aussi montr\u00e9 qu\u2019il est possible de modifier la mani\u00e8re de construire une comptabilit\u00e9 r\u00e9elle comme c\u2019est le cas avec l\u2019adoption de la juste valeur, mais cela ne modifie pas la th\u00e9orie qui lui est sous-jacente. Au contraire, elle permet de montrer le caract\u00e8re tr\u00e8s risqu\u00e9 de l\u2019introduction de ce mode d\u2019\u00e9valuation (\u00e0 la juste valeur) dans une \u00e9conomie d\u2019endettement. Nous avons alors trouv\u00e9 une justification au maintien des pratiques comptables traditionnelles dans la prise en compte du caract\u00e8re coercitif de la comptabilit\u00e9 pour r\u00e9guler la violence g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le d\u00e9veloppement du d\u00e9sir mim\u00e9tique entre les individus dans leur volont\u00e9 d\u2019entrer en relation les uns avec les autres. Ceci constitue aussi un apport original de notre part dans la mesure o\u00f9 nous n\u2019avons pas trouv\u00e9 d\u2019\u00e9quivalent dans la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>La conception du nombre comptable fond\u00e9 sur son utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle correspond \u00e0 l\u2019approche latine de l\u2019entreprise dont l\u2019objectif est de conserver et, si possible, de d\u00e9velopper dans la dur\u00e9e un capital \u00e0 travers des \u00e9changes valeur pour valeur sur les march\u00e9s. Dans un cadre concurrentiel, le co\u00fbt historique joue un r\u00f4le fondamental pour fournir \u00e0 l\u2019ensemble des parties prenantes de l\u2019entreprise une information qui soit sinc\u00e8re et r\u00e9guli\u00e8re. Il permet aussi de redonner au \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb son sens \u00e9conomique d\u2019\u00e9pargne investie sous risque de profit ou de perte, ce qui favorise des pratiques de gouvernance dont l\u2019objectif n\u2019est pas de flexibiliser le travail mais de permettre \u00e0 celui-ci de se d\u00e9velopper dans un climat social minimisant les tensions entre les salari\u00e9s. Si nous modifions cette base th\u00e9orique que constitue l\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs dans l\u2019\u00e9change, nous faisons disparaitre en m\u00eame temps le principe explicatif permanent qui permet au march\u00e9 de jouer son r\u00f4le et nous sommes dans l\u2019incapacit\u00e9 de produire une explication logique du profit et de la rente. Nous modifions alors la nature de l\u2019entreprise et le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. En effet, dans ces conditions, la rente peut \u00eatre con\u00e7ue comme le produit d\u2019une sp\u00e9culation sur le march\u00e9 boursier et permise par l\u2019utilisation de la juste valeur \u00e0 la place du co\u00fbt historique. Elle ne pr\u00e9sente aucune garantie de permanence et, de ce fait, selon le principe de prudence, ne devrait pas faire l\u2019objet d\u2019un enregistrement en comptabilit\u00e9. L\u2019utilisation du co\u00fbt historique permet d\u2019autonomiser la comptabilit\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019analyse financi\u00e8re qui reste alors un discours distinct se contentant simplement d\u2019utiliser les donn\u00e9es comptables sans les modifier. Nous retrouvons ici ce que nous disions dans l\u2019introduction sur le fait que la comptabilit\u00e9 n\u2019a pas pour objet de fournir une analyse financi\u00e8re et prudentielle qui doit rester ind\u00e9pendante du cadre comptable choisi.<\/p>\n<p>Il nous semble que cette conception ne peut devenir une r\u00e9alit\u00e9 qui si les r\u00e8gles de la comptabilit\u00e9 sont d\u00e9termin\u00e9es par l\u2019acte d\u2019\u00e9change et non par les principes issus des th\u00e9ories de l\u2019entit\u00e9 ou du propri\u00e9taire et cela m\u00eame si la th\u00e9orie du propri\u00e9taire est repens\u00e9e dans le cadre de la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9. Au regard des deux concepts que sont d&rsquo;une part, l&rsquo;\u00e9change \u00e9gal et, d&rsquo;autre part, la valeur d&rsquo;\u00e9change fonction de la comp\u00e9tence, l&rsquo;id\u00e9e dominante est de r\u00e9introduire, \u00e0 tous les stades, depuis la d\u00e9finition des objectifs de prix jusqu&rsquo;au suivi de la politique commerciale, la dimension de l&rsquo;investissement pr\u00e9alable, c\u2019est-\u00e0-dire de la mise en capital. Cette d\u00e9marche qui para\u00eet aller de soi s\u2019oppose pourtant \u00e0 un des paradoxes les plus troublants de l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9\u00a0: l&rsquo;appareil comptable et conceptuel qui guide les dirigeants de l&rsquo;entreprise priv\u00e9e fait dispara\u00eetre le fait que le trait fondamental de celle-ci soit d\u2019en constituer la cellule de base. Les d\u00e9bats sur les d\u00e9lais de paiements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s en France et \u00e0 Bruxelles en 2009-2010 permettent de mettre en \u00e9vidence la relation de cause \u00e0 effet entre l&rsquo;insuffisance des fonds propres, d&rsquo;une part, et, de l&rsquo;autre, les dysfonctionnements de l&rsquo;\u00e9conomie actuelle, dont le ch\u00f4mage est le plus grave. Dans tous les pays, l&rsquo;Allemagne comprise, dont la discipline du comptant est pourtant une des grandes forces, les d\u00e9lais de paiement s&rsquo;allongent. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est ais\u00e9 \u00e0 comprendre en consid\u00e9rant le cas d&rsquo;une entreprise \u00e9prouvant des difficult\u00e9s de tr\u00e9sorerie. Elle cherchera d&rsquo;abord \u00e0 r\u00e9duire autant que faire se peut les postes \u00ab\u00a0stocks en cours\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0cr\u00e9ances d&rsquo;exploitation\u00a0\u00bb, ou \u00e0 en acc\u00e9l\u00e9rer la rotation, ce qui lui permettra de d\u00e9gager de nouvelles disponibilit\u00e9s mais elle atteindra plus ou moins vite les limites de ce genre d\u2019action. La solution sera alors qu\u2019elle prenne les dispositions n\u00e9cessaires pour reconstituer son fonds de roulement net par recours \u00e0 des capitaux permanents nouveaux. Si cela n&rsquo;est pas imm\u00e9diatement possible, il lui faudra essayer de faire allonger les d\u00e9lais de paiement accord\u00e9s par les fournisseurs, soit d&rsquo;une fa\u00e7on permanente, soit tr\u00e8s provisoirement par des reports d&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance, ce qui constitue la solution de d\u00e9tress\u00e9 par excellence. Pourtant, les entreprises sont nombreuses aujourd&rsquo;hui, en Europe, qui ont recourt de fa\u00e7on permanente \u00e0 ces solutions de d\u00e9tresse faute de disposer d\u2019un capital suffisant qui se traduit toujours par une insuffisance du fonds de roulement qui est l\u2019exc\u00e9dent des ressources en capital sur les immobilisations. Cette insuffisance entame la capacit\u00e9 des entreprises \u00e0 maintenir leurs effectifs salari\u00e9s. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que pr\u00e9sente toute m\u00e9thode de gestion fond\u00e9e sur une gestion rationnelle des investissements et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, du capital. Le point de d\u00e9part technique est le probl\u00e8me de la r\u00e9partition des co\u00fbts communs qui financent les services g\u00e9n\u00e9raux de l&rsquo;entreprise. On utilise des cl\u00e9s de r\u00e9partition d&rsquo;origine physique telles que le prorata des unit\u00e9s vendues, des m\u00e8tres carr\u00e9s occup\u00e9s, etc., ce qui est tr\u00e8s arbitraire. Il serait pr\u00e9f\u00e9rable que les co\u00fbts communs soient r\u00e9partis en proportion des investissements directs dans chacun des produits fabriqu\u00e9s. Malheureusement, la comptabilit\u00e9 de gestion est presque enti\u00e8rement tourn\u00e9e vers l&rsquo;exploitation des flux. Elle s&rsquo;int\u00e9resse surtout au r\u00e9sultat et peu \u00e0 l&rsquo;actif du bilan. Pratiquement, elle ne conna\u00eet que les flux de produits (port\u00e9s au cr\u00e9dit) et de charges (port\u00e9s au d\u00e9bit). Ainsi le b\u00e9n\u00e9fice est-il con\u00e7u d&rsquo;abord comme une marge sur vente au risque de faire passer au second rang la rentabilit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le surplus d\u00e9gag\u00e9 rapport\u00e9 au capital investi, qui est une notion beaucoup plus cruciale pour l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<p>De cette d\u00e9rive, \u00e0 laquelle se rattache l&rsquo;obsession du chiffre d&rsquo;affaires, est partiellement responsable la s\u00e9paration grandissante entre, d&rsquo;une part, les flux recens\u00e9s dans ce qu&rsquo;on appelait nagu\u00e8re le compte d&rsquo;exploitation (aujourd&rsquo;hui contract\u00e9 dans le compte de r\u00e9sultat) et, de l&rsquo;autre, les comptes patrimoniaux de stocks figurant au bilan. Cet \u00e9loignement progressif peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un abandon de l\u2019expression la moins imparfaite de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 qui est celle de la comptabilit\u00e9 matricielle de flux d\u2019entr\u00e9es\/sorties mat\u00e9rialis\u00e9e tr\u00e8s souvent par la comptabilit\u00e9 en parties doubles. La raison d&rsquo;\u00eatre de celle-ci \u00e9tait justement de mouvementer simultan\u00e9ment en co\u00fbts historiques les comptes d\u2019exploitation et ceux de patrimoine pour d\u00e9gager un r\u00e9sultat. En retenant des valorisations fond\u00e9es sur des mod\u00e8les statistiques comme celle de \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb, la comptabilit\u00e9 financi\u00e8re se rapproche progressivement de la comptabilit\u00e9 nationale qui, par nature, ignore les comptes de patrimoine, l&rsquo;\u00e9conomie publique fonctionnant sans capital.<\/p>\n<p>Il semble qu\u2019il devienne urgent que la part des co\u00fbts communs affect\u00e9e \u00e0 chaque produit soit consid\u00e9r\u00e9e comme le paiement de la mise \u00e0 disposition par la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re de la part d\u2019actif utilis\u00e9. Cette r\u00e8gle permettrait de ne pas d\u00e9former la rentabilit\u00e9 correspondant \u00e0 chaque article vendu. Or c\u2019est cette rentabilit\u00e9 qui est le ratio d\u00e9cisif et non la marge sur chiffre d&rsquo;affaires sur laquelle l&rsquo;entreprise r\u00e8gle en g\u00e9n\u00e9ral sa politique de vente. Par cette pratique, il s\u2019agit pour le dirigeant d\u2019une entreprise de se conformer par avance \u00e0 l&rsquo;action attendue de la comp\u00e9tition sur le march\u00e9 qui se traduit par la tendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9galisation des taux de rentabilit\u00e9 de toutes les entreprises quelles qu&rsquo;elles soient au fur et \u00e0 mesure que de nouveaux capitaux en recherche de rentabilit\u00e9 investissent le secteur d\u2019activit\u00e9. Cela devrait amener ce dirigeant \u00e0 abandonner le faux principe de la maximisation du profit afin de mieux assurer l\u2019essor et, \u00e0 fortiori la survie, \u00e0 long terme de son entreprise ainsi que les int\u00e9r\u00eats des diff\u00e9rentes parties prenantes, qu\u2019il s\u2019agisse des actionnaires, des salari\u00e9s et des clients.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 leurs modifications financi\u00e8res et comptables sans pr\u00e9c\u00e9dent, les march\u00e9s financiers n\u2019ont toujours pas trouv\u00e9 dix ans apr\u00e8s la confiance des investisseurs qui se m\u00e9fient de l\u2019information financi\u00e8re qui leur est transmise. Ils ont besoin qu\u2019elle soi pertinente pour pouvoir appr\u00e9cier l\u2019utilisation des instruments financiers qui leur sont propos\u00e9s. Or, elle est construite \u00e0 partir de la comptabilit\u00e9 con\u00e7ue comme un langage commun charg\u00e9 de rendre homog\u00e8ne la description des activit\u00e9s \u00e9conomiques afin de pouvoir les comparer entre elles. A ce titre, dans le prolongement de la th\u00e8se de Werner\u00a0Sombart (2001) s\u2019attachant \u00e0 montrer que la comptabilit\u00e9 a constitu\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif de la naissance du capitalisme, la comptabilit\u00e9 appara\u00eet comme une des infrastructures fondamentales et vitales de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9. Le rejet actuel de l\u2019information financi\u00e8re peut donc s\u2019interpr\u00e9ter comme une remise en cause de la r\u00e9forme comptable dont les nouvelles r\u00e8gles produisent une information qui, par son manque de pertinence par rapport aux attentes des parties prenantes dont, bien s\u00fbr, les investisseurs, favorise les tr\u00e8s graves dysfonctionnements du syst\u00e8me \u00e9conomique et financier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\">\n<h1>Bibliographie<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>AGLIETTA M. et REBERIOUX A. (2004), <em>Les d\u00e9rives du capitalisme financier<\/em>, Albin Michel, Paris.<\/p>\n<p>Alchian A. A. (1969), \u201cCorporate Management and Property Rights\u201d, <em>Economic Policy and the Regulation of Corporate Securities<\/em>, Washington D-C.<\/p>\n<p>Alchian A. A. et Demsetz H. 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Amiet par M. Lopez)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/p>\n<h1>ANNEXES<\/h1>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h1><\/h1>\n<h2>Annexe 1\u00a0: la p\u00eache en cano\u00eb de Malinowski (1968)<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;archipel des \u00eeles Trobriand, habit\u00e9 par la communaut\u00e9 m\u00e9lan\u00e9sienne qui nous int\u00e9resse, est situ\u00e9 au nord-est de la Nouvelle-Guin\u00e9e et se compose d&rsquo;un groupe d&rsquo;\u00eeles de corail plates, entourant une vaste lagune. Comme tous les habitants d&rsquo;\u00eeles de corail [les trobriandais] passent une grande partie de leur temps sur la lagune centrale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par une journ\u00e9e de temps calme, elle est sillonn\u00e9e de cano\u00ebs transportant gens ou marchandises, ou servant \u00e0 l&rsquo;un de leurs nombreux syst\u00e8mes de p\u00eache. Un coup d&rsquo;\u0153il superficiel sur ces occupations pourrait laisser une impression de d\u00e9sordre arbitraire, anarchie, d&rsquo;absence totale de m\u00e9thode et de syst\u00e8me. Mais si on se donne la peine d&rsquo;observer longtemps et patiemment, on ne tarde pas \u00e0 constater que non seulement les indig\u00e8nes poss\u00e8dent des syst\u00e8mes techniques tr\u00e8s pr\u00e9cis pour la p\u00eache du poisson et des organisations \u00e9conomiques complexes, mais aussi que leurs \u00e9quipes d&rsquo;ouvriers sont englob\u00e9es dans une organisation assez stricte, avec une division pr\u00e9cise des fonctions sociales.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on constate que chaque cano\u00eb a son propri\u00e9taire l\u00e9gal, tous les autres formant l&rsquo;\u00e9quipage. Tous ces hommes qui font g\u00e9n\u00e9ralement partie du m\u00eame sous-clan (le clan est un groupement social qui repose sur la parent\u00e9), sont li\u00e9s les uns aux autres par des obligations r\u00e9ciproques\u00a0: lorsque toute la communaut\u00e9 s&rsquo;en va \u00e0 la p\u00eache, le propri\u00e9taire ne peut refuser son cano\u00eb. Il doit accompagner les gens lui-m\u00eame ou envoyer quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre \u00e0 sa place. L&rsquo;\u00e9quipage est \u00e9galement li\u00e9 envers lui par certaines obligations. (&#8230;) A chaque homme sont assign\u00e9es sa place et sa t\u00e2che. Chaque homme re\u00e7oit, en r\u00e9compense de ses services, sa part proportionnelle du produit de la p\u00eache. C&rsquo;est ainsi que le propri\u00e9taire et les usagers du cano\u00eb sont li\u00e9s par des obligations et des devoirs r\u00e9ciproques qui les unissent en une v\u00e9ritable \u00e9quipe de travailleurs.<\/p>\n<p>Ce qui complique encore la situation, c&rsquo;est que les propri\u00e9taires et les membres de l&rsquo;\u00e9quipage sont libres de d\u00e9l\u00e9guer leurs droits et obligations \u00e0 des parents ou \u00e0 des amis. Cela se fait souvent, mais toujours soit par consid\u00e9ration, soit contre une r\u00e9mun\u00e9ration. Un observateur qui n&rsquo;est pas au courant de tous ces d\u00e9tails et qui ne suit pas les p\u00e9rip\u00e9ties de chaque transaction croirait facilement se trouver en pr\u00e9sence d&rsquo;un syst\u00e8me communiste qui d\u00e9signe ici une soci\u00e9t\u00e9 sans hi\u00e9rarchie sociale et qui ne connait pas la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e\u00a0: le cano\u00eb lui appara\u00eetrait comme \u00e9tant la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un groupe et comme pouvant \u00eatre utilis\u00e9 indistinctement par tous les membres de la communaut\u00e9. (&#8230;)<\/p>\n<p>Rien de plus erron\u00e9 que les g\u00e9n\u00e9ralisations de ce genre. Il existe chez ces peuples une distinction et une d\u00e9finition nette et pr\u00e9cise des droits de chacun, ce qui a pour effet de donner \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 un caract\u00e8re qui n&rsquo;a rien de communiste. Il existe en M\u00e9lan\u00e9sie un syst\u00e8me de propri\u00e9t\u00e9 composite et complexe, mais qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec le \u00ab\u00a0socialisme\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb. Le r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 en M\u00e9lan\u00e9sie n&rsquo;est pas plus communiste que celui d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 anonyme moderne. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, toute description des soci\u00e9t\u00e9s primitives dans des termes tels que \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0capitalisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 anonyme\u00a0\u00bb, emprunt\u00e9s aux conditions \u00e9conomiques actuelles ou aux controverses politiques moderne ne peut que cr\u00e9er des malentendus.<\/p>\n<p>Le seul proc\u00e9d\u00e9 correct consiste \u00e0 d\u00e9crire la situation juridique en termes de faits concrets. C&rsquo;est ainsi que le droit de propri\u00e9t\u00e9 sur un cano\u00eb de p\u00eache aux \u00eeles Trobriand est d\u00e9fini par la mani\u00e8re dont l&rsquo;objet est fabriqu\u00e9, employ\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9 par le groupe d&rsquo;hommes qui l&rsquo;ont fabriqu\u00e9 et jouissent de sa possession. Le maitre du cano\u00eb qui est en m\u00eame temps le chef de l&rsquo;\u00e9quipe et le magicien de la p\u00eache, a pour premier devoir de construire \u00e0 ses frais (la Gr\u00e8ce antique connaissait ce syst\u00e8me sous le nom de liturgie) une embarcation neuve, lorsque la vieille est devenue hors d&rsquo;usage, et de la maintenir en bon \u00e9tat, ce en quoi il est aid\u00e9 par son \u00e9quipage. En vertu d&rsquo;obligations qu&rsquo;ils contractent les uns envers les autres, chacun doit se pr\u00e9senter \u00e0 son poste, de m\u00eame que chaque cano\u00eb doit venir se mettre \u00e0 la disposition de la communaut\u00e9, lorsqu&rsquo;elle organise une p\u00eache communautaire.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage de l&#8217;embarcation, chaque co-propri\u00e9taire a droit \u00e0 une certaine place, \u00e0 laquelle sont associ\u00e9s certains privil\u00e8ges, b\u00e9n\u00e9fices et devoirs. A chacun sont assign\u00e9es sa place et sa t\u00e2che, et \u00e0 chacun est attach\u00e9 un titre correspondant \u00e0 l&rsquo;une et \u00e0 l&rsquo;autre : \u00abma\u00eetre\u00bb, \u00abtimonier\u00bb, \u00absurveillant des filets\u00bb, \u00abguetteur des poissons\u00bb. Sa position et son titre sont d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 la fois par son rang, son \u00e2ge, son habilet\u00e9 personnelle. A chaque cano\u00eb, d&rsquo;autre part, est assign\u00e9e sa place dans la flottille et chacun a son r\u00f4le \u00e0 jouer dans les man\u0153uvres que comporte la p\u00eache en commun. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en examinant les choses de plus pr\u00e8s, on en arrive \u00e0 d\u00e9couvrir un syst\u00e8me pr\u00e9cis de division du travail et un syst\u00e8me rigide d&rsquo;obligations r\u00e9ciproques, qui implique, en m\u00eame temps que le sentiment du devoir et la reconnaissance de la n\u00e9cessit\u00e9 de la coop\u00e9ration, la recherche de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat personnel, de privil\u00e8ges et de b\u00e9n\u00e9fices. La propri\u00e9t\u00e9 doit donc \u00eatre d\u00e9finie, non dans des termes tels que \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0individualisme\u00a0\u00bb ou par analogie avec le syst\u00e8me des \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s anonymes\u00a0\u00bb ou celui de l&rsquo;\u00ab\u00a0entreprise personnelle\u00a0\u00bb, mais uniquement \u00e0 la lumi\u00e8re des faits et des conditions concrets. C&rsquo;est l&rsquo;ensemble des devoirs, des privil\u00e8ges et des r\u00e9ciprocit\u00e9s qui lie les co-propri\u00e9taires les uns aux autres et \u00e0 l&rsquo;objet.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 propos du (..) cano\u00eb indig\u00e8ne, nous constatons d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une loi, d&rsquo;un ordre, de privil\u00e8ges d\u00e9finis et d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;obligations bien d\u00e9velopp\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br clear=\"all\" \/> <\/span><\/strong><\/p>\n<h2>Annexe 2\u00a0: la Kula de Malinowski (1922)<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0La Kula est une forme d&rsquo;\u00e9change intertribal de grande envergure; elle s&rsquo;effectue entre des archipels dont la disposition en un large cercle constitue un circuit ferm\u00e9. Le circuit est repr\u00e9sent\u00e9 sur la carte par des pointill\u00e9s reliant un certain nombre d&rsquo;\u00eeles au Nord et \u00e0 l&rsquo;Est de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 orientale de la Nouvelle-Guin\u00e9e. Empruntant cet itin\u00e9raire, deux sortes d&rsquo;articles \u2014et ces deux sortes seulement\u2014 circulent sans cesse dans des directions oppos\u00e9es. Le premier article \u2014de longs colliers de coquillages rouges, appel\u00e9s soulava\u2014 fait le trajet dans le sens des aiguilles d&rsquo;une montre. Le second \u2014des bracelets de coquillage blanc d\u00e9nomm\u00e9s mwali\u2014 va dans la direction contraire. Chacun d&rsquo;eux, suivant ainsi sa voie propre dans le circuit ferm\u00e9, rencontre l&rsquo;autre sur sa route et s&rsquo;\u00e9change constamment avec lui. Tous les mouvements de ces articles Kula, les d\u00e9tails des transactions, sont fix\u00e9s et r\u00e9gl\u00e9s par un ensemble de conventions et de principes traditionnels, et certaines phases de la Kula s\u2019accompagnent de c\u00e9r\u00e9monies rituelles et publiques tr\u00e8s compliqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Sur chaque \u00eele et dans chaque village, un nombre plus ou moins restreint d&rsquo;individus participent \u00e0 la Kula\u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils re\u00e7oivent les objets en question, les d\u00e9tiennent pendant un temps assez court, puis les transmettent. Par cons\u00e9quent, tout homme qui entre dans la cha\u00eene Kula re\u00e7oit p\u00e9riodiquement, mais non r\u00e9guli\u00e8rement, un ou plusieurs <em>mwali<\/em> (brassards en coquillage) ou un <em>soulava<\/em> (collier de disques de coquillages rouges); il lui faut alors le passer \u00e0 un de ses partenaires, qui lui donne en \u00e9change l&rsquo;article oppos\u00e9. Ainsi, aucun de ces articles ne reste longtemps en la possession d&rsquo;un individu. Une transaction ne cl\u00f4ture pas les rapports Kula : la r\u00e8gle \u00e9tant \u00abune fois dans la Kula, toujours dans la Kula\u00bb, les contacts entre deux hommes sont une affaire permanente, qui dure toute la vie. En outre, tout <em>mwali<\/em> ou <em>soulava<\/em> octroy\u00e9 est toujours susceptible de voyager et de changer de main, et il ne saurait \u00eatre question de le bloquer, la r\u00e8gle pr\u00e9cit\u00e9e s&rsquo;appliquant aussi aux objets pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9change c\u00e9r\u00e9moniel des deux articles est l&rsquo;aspect essentiel de la Kula, celui qui pr\u00e9vaut sur tous les autres. Mais, associ\u00e9s \u00e0 lui et sous son couvert, nous trouvons un grand nombre d&rsquo;actes et de particularit\u00e9s secondaires. Ainsi, en marge de l&rsquo;\u00e9change rituel des brassards et des colliers, les indig\u00e8nes s&rsquo;adonnent au commerce normal, troquant d&rsquo;une \u00eele \u00e0 l&rsquo;autre de multiples marchandises utiles, qui sont indispensables du fait qu&rsquo;on ne peut se les procurer dans le district o\u00f9 on les importe. De plus, la construction des cano\u00ebs de haute mer pour les exp\u00e9ditions, certaines formes de c\u00e9r\u00e9monies fun\u00e8bres et les tabous pr\u00e9paratoires sont des activit\u00e9s pr\u00e9liminaires \u00e0 la Kula, qui se rattachent \u00e0 elle.<\/p>\n<p>La Kula est donc une institution extr\u00eamement vaste et compliqu\u00e9e, \u00e0 la fois par son \u00e9tendue g\u00e9ographique et par la multiplicit\u00e9 des d\u00e9marches qu&rsquo;elle implique. Elle unit d&rsquo;\u00e9troite fa\u00e7on un nombre consid\u00e9rable de tribus, et elle englobe toutes sortes d&rsquo;activit\u00e9s conjugu\u00e9es qui s&rsquo;influencent les unes les autres au point de constituer un seul tout organique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">Le circuit Kula<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais il faut se rappeler que ce qui nous appara\u00eet comme une institution ample, complexe et pourtant bien r\u00e9gl\u00e9e, est le r\u00e9sultat d&rsquo;on ne sait combien d&rsquo;initiatives et d&rsquo;actes dus \u00e0 des non-civilis\u00e9s qui ne poss\u00e8dent ni lois, ni buts, ni charte stipul\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re pr\u00e9cise. Ces hommes n&rsquo;ont aucune conscience des lignes directrices de l&rsquo;une quelconque de leurs structures sociales. Ils connaissent les mobiles qui les poussent, les fins qu&rsquo;ils poursuivent dans leurs actions individuelles et les r\u00e8gles qui conditionnent celles-ci, mais la mani\u00e8re dont tout ceci pr\u00eate forme \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;institution collective d\u00e9passe le niveau de leur entendement. Aucun indig\u00e8ne, m\u00eame le plus intelligent, ne se fait une id\u00e9e claire de la kula en tant que vaste institution sociale organis\u00e9e, ni, \u00e0 plus forte raison, de son r\u00f4le et de ses implications sociologiques. Si on lui demande ce qu&rsquo;est la Kula, il r\u00e9pond par quelques d\u00e9tails, en faisant probablement part de ses exp\u00e9riences personnes et de ses vues subjectives, mais il ne dit rien qui corresponde \u00e0 la d\u00e9finition pr\u00e9cise donn\u00e9e plus haut. Il est m\u00eame impossible d&rsquo;obtenir un expos\u00e9 partiel coh\u00e9rent. En fait, la trame de l&rsquo;entreprise \u00e9chappe \u00e0 son esprit.\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\" width=\"614\"><strong><br clear=\"all\" \/> <br clear=\"all\" \/> <\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h1>Table des mati\u00e8res<\/h1>\n<p>Remerciements. 2<\/p>\n<p>Sommaire&#8230;. 3<\/p>\n<p>Introduction g\u00e9n\u00e9rale. 6<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Premi\u00e8re partie\u00a0\u2013\u00a0La construction th\u00e9orique du co\u00fbt historique au moyen de la valeur comp\u00e9tence interpr\u00e9t\u00e9e au travers de l\u2019\u00e9volution sociale jusqu\u2019au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0 20<\/p>\n<p>Chapitre 1\u00a0\u2013\u00a0Emergence du fait comptable et structuration sociale. 22<\/p>\n<p>1.1\u00a0&#8211;\u00a0Soci\u00e9t\u00e9s primitives et soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es. 23<\/p>\n<p>1.1.1\u00a0&#8211;\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s primitives. 23<\/p>\n<p>1.1.2\u00a0&#8211;\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9volu\u00e9es. 24<\/p>\n<p>1.2\u00a0&#8211;\u00a0Soci\u00e9t\u00e9s primitives \u00e9galitaires et soci\u00e9t\u00e9s primitives in\u00e9galitaires. 26<\/p>\n<p>1.2.1\u00a0&#8211;\u00a0La pr\u00e9dation dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives \u00e9galitaires. 26<\/p>\n<p>1.2.2\u00a0&#8211;\u00a0La production dans les tribus primitives in\u00e9galitaires. 28<\/p>\n<p>1.2.3\u00a0&#8211;\u00a0Cons\u00e9quences culturelles du mode de vie s\u00e9dentaire. 30<\/p>\n<p>1.2.4\u00a0&#8211;\u00a0G\u00e9n\u00e9ralisation du mode de vie in\u00e9galitaire. 33<\/p>\n<p>1.3 &#8211; Le comptage de la richesse cr\u00e9\u00e9e. 34<\/p>\n<p>1.3.1 &#8211; Structuration de la soci\u00e9t\u00e9 par le \u00ab\u00a0nombre\u00a0\u00bb. 34<\/p>\n<p>1.3.2 \u2013 Des nombres comptables aux faits comptables. 39<\/p>\n<p>1.3.3 &#8211; La construction de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et la recherche en comptabilit\u00e9. 42<\/p>\n<p>Chapitre 2\u00a0\u2013\u00a0Structuration des \u00e9changes et interpr\u00e9tations th\u00e9oriques par la valeur comp\u00e9tence. 46<\/p>\n<p>2.1 &#8211; L\u2019\u00e9change comme structuration d\u2019un r\u00e9seau d\u2019obligations r\u00e9ciproques. 47<\/p>\n<p>2.1.1 &#8211; Le r\u00f4le de la Kula. 47<\/p>\n<p>2.1.2 \u2013 Emergence du prix et du co\u00fbt historique dans la Kula. 50<\/p>\n<p>2.1.3 \u2013 Interpr\u00e9tation th\u00e9orique du prix et du co\u00fbt historique par la valeur comp\u00e9tence. 51<\/p>\n<p>2.2 &#8211; Le profit comme \u00e9l\u00e9ment central du potlatch. 57<\/p>\n<p>2.2.1 &#8211; Le r\u00f4le du potlatch. 57<\/p>\n<p>2.2.2 \u2013 Emergence du profit dans le potlatch. 60<\/p>\n<p>2.2.3 &#8211; Le profit comme Interpr\u00e9tation th\u00e9orique du potlatch par la valeur comp\u00e9tence. 61<\/p>\n<p>2.2.4 \u2013 N\u00e9cessit\u00e9 de mesurer en co\u00fbt historique. 67<\/p>\n<p>2.3 &#8211; La dynamique du don chez Mauss. 69<\/p>\n<p>2.3.1 &#8211; Distinction entre le don et l\u2019\u00e9change. 69<\/p>\n<p>2.3.2 &#8211; La place actuelle du don dans les soci\u00e9t\u00e9s. 72<\/p>\n<p>2.3.3 \u2013 Interpr\u00e9tation th\u00e9orique du don et structure des \u00e9changes. 74<\/p>\n<p>2.4 &#8211; Valeur comp\u00e9tence et d\u00e9finition du domaine de la comptabilit\u00e9. 75<\/p>\n<p>Chapitre 3\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 concr\u00e8te au N\u00e9olithique. 78<\/p>\n<p>3.1 &#8211; Les innovations techniques. 79<\/p>\n<p>3.2 &#8211; La \u00ab\u00a0R\u00e9volution urbaine\u00a0\u00bb. 79<\/p>\n<p>3.2.1 &#8211; Modification de l\u2019habitat et domestications animales. 80<\/p>\n<p>3.2.2 &#8211; Augmentation de la taille des villages. 81<\/p>\n<p>3.2.3 &#8211; D\u00e9veloppement de la hi\u00e9rarchie sociale. 82<\/p>\n<p>3.2.4 &#8211; Uruk premi\u00e8re ville-Etat 85<\/p>\n<p>3.3 &#8211; La comptabilit\u00e9 concr\u00e8te sur tablettes d\u2019argile. 86<\/p>\n<p>3.3.1 &#8211; Le syst\u00e8me traditionnel des jetons. 87<\/p>\n<p>3.3.2 &#8211; Des jetons aux \u00ab\u00a0bulles\u00a0\u00bb d\u2019argile. 88<\/p>\n<p>3.3.3 &#8211; Des bulles aux tablettes \u00ab\u00a0comptables\u00a0\u00bb. 89<\/p>\n<p>3.3.4 &#8211; Le d\u00e9veloppement de l\u2019utilisation des tablettes comptables. 91<\/p>\n<p>3.3.5 &#8211; L\u2019universalit\u00e9 des enregistrements commerciaux. 94<\/p>\n<p>3.4\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 abstraite comme syst\u00e8me de flux d\u2019entr\u00e9es\/sorties. 94<\/p>\n<p>3.4.1 &#8211; La comptabilit\u00e9 matricielle de Mattessich. 95<\/p>\n<p>3.4.2\u00a0&#8211;\u00a0D\u00e9finition du syst\u00e8me comptable. 97<\/p>\n<p>3.4.3\u00a0&#8211;\u00a0Probl\u00e8me de la repr\u00e9sentation de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. 98<\/p>\n<p>Chapitre 4\u00a0&#8211;\u00a0Invention des normes comptables dans la Haute Antiquit\u00e9. 100<\/p>\n<p>4.1 &#8211; Naissance du premier Etat 101<\/p>\n<p>4.1.1 &#8211; La domination d\u2019Akkad puis celle de Ur 101<\/p>\n<p>4.1.2 &#8211; La domination babylonienne. 102<\/p>\n<p>4.1.3 &#8211; Les tablettes d\u2019argile babyloniennes. 103<\/p>\n<p>4.2 &#8211; Premier processus d\u2019\u00e9laboration d\u2019une norme. 105<\/p>\n<p>4.3 &#8211; La g\u00e9n\u00e9ralisation de la monnaie et les probl\u00e8mes d\u2019\u00e9valuation. 108<\/p>\n<p>4.4 &#8211; La modification de la religiosit\u00e9. 109<\/p>\n<p>Chapitre 5\u00a0\u2013\u00a0Utilisation du co\u00fbt historique en comptabilit\u00e9 jusqu\u2019au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. 111<\/p>\n<p>5.1 &#8211; L\u2019\u00e9volution des syst\u00e8mes comptables jusqu\u2019au 12<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J. C. 113<\/p>\n<p>5.1.1 &#8211; L\u2019apport des Egyptiens\u00a0: de nouvelles techniques d\u2019enregistrement 113<\/p>\n<p>5.1.2 &#8211; L\u2019apport des Grecs\u00a0: un syst\u00e8me mon\u00e9taire complet 114<\/p>\n<p>5.1.3 \u2013 L\u2019apport des Romains\u00a0: personne juridique et registres comptables. 117<\/p>\n<p>5.2 &#8211; La gouvernance propri\u00e9tariale et le co\u00fbt historique. 124<\/p>\n<p>5.3 &#8211; La \u00ab\u00a0pause\u00a0\u00bb comptable au Moyen-Age et le maintien du co\u00fbt historique. 124<\/p>\n<p>5.4 &#8211; La reconnaissance de la personnalit\u00e9 juridique. 126<\/p>\n<p>5.4.1 &#8211; Les probl\u00e8mes de personnification des soci\u00e9t\u00e9s. 127<\/p>\n<p>5.4.2\u00a0&#8211;\u00a0L\u2019influence de \u00ab\u00a0l\u2019intuitu personae\u00a0\u00bb. 131<\/p>\n<p>5.4.3 &#8211; Les conceptions possibles de la soci\u00e9t\u00e9. 132<\/p>\n<p>5.4.4 &#8211; R\u00f4le de la comptabilit\u00e9 dans l\u2019essor de la personnalit\u00e9. 133<\/p>\n<p>5.4.5 \u2013 Le r\u00f4le du co\u00fbt historique dans la fixit\u00e9 du capital 135<\/p>\n<p>Conclusion de la premi\u00e8re partie. 138<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me partie\u00a0&#8211; La remise en cause au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle du co\u00fbt historique au profit de la juste valeur et ses cons\u00e9quences sur l\u2019entreprise et l\u2019\u00e9conomie. 139<\/p>\n<p>Chapitre\u00a06\u00a0\u2013\u00a0Du co\u00fbt historique \u00e0 la juste valeur. 141<\/p>\n<p>6.1 &#8211; L\u2019information comptable \u00e0 l\u2019origine du probl\u00e8me de la gouvernance. 142<\/p>\n<p>6.2 &#8211; La gouvernance comme objet de recherche. 144<\/p>\n<p>6.2.1 &#8211; Le renouveau de la vision de l\u2019entreprise. 146<\/p>\n<p>6.2.2 &#8211; Les raisons de l\u2019\u00e9mergence de la gouvernance actionnariale. 148<\/p>\n<p>6.2.3 \u2013 La juste valeur et la modification de la conception de l\u2019entreprise. 166<\/p>\n<p>Chapitre\u00a07\u00a0\u2013\u00a0Conceptualisation du co\u00fbt historique par l\u2019introduction du principe de continuit\u00e9 de l\u2019exploitation et \u00e9mergence de l\u2019entreprise comme organisation.. 167<\/p>\n<p>7.1 &#8211; Invention de l\u2019entreprise. 169<\/p>\n<p>7.1.1 &#8211; L\u2019analyse traditionnelle des relations de travail 171<\/p>\n<p>7.1.2 &#8211; La question ouvri\u00e8re, le contrat de travail et la hi\u00e9rarchie d\u2019usine. 172<\/p>\n<p>7.1.3 &#8211; La r\u00e9alit\u00e9 des relations de travail au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. 173<\/p>\n<p>7.1.4 &#8211; Les facteurs explicatifs de la disparation de l\u2019autonomie ouvri\u00e8re. 177<\/p>\n<p>7.1.5 &#8211; Transformation du r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie. 178<\/p>\n<p>7.1.6 &#8211; La notion d\u2019entit\u00e9 et de parties prenantes. 182<\/p>\n<p>7.2 &#8211; La construction du co\u00fbt historique et la th\u00e9orie comptable de l\u2019entit\u00e9. 187<\/p>\n<p>7.3 &#8211; Conception th\u00e9orique de l\u2019entreprise partenariale. 193<\/p>\n<p>Chapitre 8\u00a0\u2013\u00a0Entreprise, co\u00fbt historique et gouvernance. 200<\/p>\n<p>8.1 &#8211; L\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e comptable. 201<\/p>\n<p>8.1.2\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 con\u00e7ue comme une technique. 201<\/p>\n<p>8.1.3\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 en co\u00fbts historiques dans les Plans Comptables. 207<\/p>\n<p>8.1.4\u00a0&#8211;\u00a0La comptabilit\u00e9 comme objet de recherche et la juste valeur 210<\/p>\n<p>8.2\u00a0\u2013\u00a0De la technique \u00e0 la th\u00e9orie comptable. 218<\/p>\n<p>8.2.1\u00a0&#8211;\u00a0Relations entre la technique et la th\u00e9orie. 218<\/p>\n<p>8.2.2\u00a0&#8211;\u00a0La th\u00e9orie de la valeur comp\u00e9tence est normative conditionnelle. 221<\/p>\n<p>8.3 &#8211; L\u2019explication de Ren\u00e9 Girard. 223<\/p>\n<p>8.3.1 &#8211; Du d\u00e9sir mim\u00e9tique \u00e0 la violence. 223<\/p>\n<p>8.3.2 &#8211; La r\u00e9gulation de la violence par la culture. 229<\/p>\n<p>8.3.3 &#8211; Les rites et l\u2019abstraction du m\u00e9canisme victimaire. 234<\/p>\n<p>8.3.4\u00a0&#8211;\u00a0Les interdits. 235<\/p>\n<p>8.4\u00a0\u2013\u00a0Co\u00fbt historique, juste valeur et th\u00e9orie comptable. 237<\/p>\n<p>8.5\u00a0\u2013\u00a0Sp\u00e9culation boursi\u00e8re, co\u00fbt historique et r\u00e9partition de la rente. 240<\/p>\n<p>8.6\u00a0\u2013\u00a0Le taux de profit et la th\u00e8se de Modigliani et Miller 244<\/p>\n<p>Conclusion de la deuxi\u00e8me partie. 247<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale. 250<\/p>\n<p>Bibliographie. 257<\/p>\n<p>Sitographie&#8230;. 273<\/p>\n<p>ANNEXES&#8230;.. 274<\/p>\n<p>Annexe 1\u00a0: la p\u00eache en cano\u00eb de Malinowski (1968) 274<\/p>\n<p>Annexe 2\u00a0: la Kula de Malinowski (1922) 277<\/p>\n<p>Table des mati\u00e8res. 279<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0Dont la Morgan qui s\u2019est vue retirer son r\u00f4le de banque centrale des Etats-Unis apr\u00e8s l\u2019adoption du Federal Reserve Act en 1913.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0Appel\u00e9 \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0valeur juste\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb obtenue selon la r\u00e8gle\u00a0: \u00ab\u00a0marked to market\u00a0\u00bb, ce qui la d\u00e9tourne de son sens originel selon lequel une \u00ab\u00a0valeur juste\u00a0\u00bb correspondait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se faisait sur celle-ci selon que l\u2019on en avait ou non \u00ab\u00a0pour son argent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0Les groupes europ\u00e9ens ont l\u2019obligation d\u2019appliquer les normes comptables internationales IAS\/IFRS pour l\u2019\u00e9tablissement des comptes consolid\u00e9s depuis le 1er janvier 2005.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>\u00a0Nous utilisons ici le mot \u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb dans son sens courant avant que nous l\u2019ayons distingu\u00e9 au chapitre 4 de celui de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9\u00a0commerciale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0Selon le principe\u00a0: \u00ab\u00a0Substance over form\u00a0\u00bb donnant la primaut\u00e9 \u00e0 la valeur \u00e9conomique des op\u00e9rations sur leur valeur patrimoniale (pr\u00e9\u00e9minence de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique sur l&rsquo;apparence m\u00eame si la forme juridique exigerait un traitement diff\u00e9rent).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0L\u2019IASB est le Bureau international des normes comptables. Charg\u00e9 de l&rsquo;\u00e9laboration des normes comptables internationales IAS\/IFRS, il a remplac\u00e9, depuis 2001, l\u2019IASC.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0Le co\u00fbt de remplacement est le montant mon\u00e9taire qui permettrait au moment pr\u00e9sent de remplacer un actif achet\u00e9 ant\u00e9rieurement, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u2019en fournir un d&rsquo;\u00e9gale utilit\u00e9. Il est surtout utilis\u00e9 en immobilier o\u00f9 il indique ce qu&rsquo;il en co\u00fbterait aujourd&rsquo;hui pour reproduire l&rsquo;immeuble identiquement \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9tait au moment de son achat.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0Selon l\u2019IAS 02, la valeur r\u00e9alisable nette d\u2019un bien est sa valeur de march\u00e9 estim\u00e9e dans le cadre d\u2019une activit\u00e9 normale, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s soustraction des frais engag\u00e9s pour pouvoir l\u2019\u00e9changer.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0Norme IAS 32 (1995)\u00a0: \u00ab\u00a0Instruments financiers : Informations \u00e0 fournir et pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb. De son c\u00f4t\u00e9, la norme SFAS 107 (1991)\u00a0: \u00ab\u00a0Disclosures about Fair Value of Financial Instruments\u00a0\u00bb donne la d\u00e9finition suivante\u00a0: \u00ab\u00a0la juste valeur est le montant contre lequel un actif peut \u00eatre \u00e9chang\u00e9 dans le cadre d&rsquo;une transaction courante entre deux parties volontaires, en dehors de tout contexte de vente ou de liquidation forc\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0Comme ceux d\u2019Enron-Anderson et de Worldcom aux Etats-Unis, d\u2019Ahold aux Pays-bas, de Parmalat en Italie, de Vivendi en France sans oublier ceux des nombreuses banques et compagnies d\u2019assurance lors de la crise r\u00e9cente<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Th\u00e9orie du propri\u00e9taire\u00a0\u00bb encore appel\u00e9e \u00ab\u00a0th\u00e9orie patrimoniale\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0shareholders theory\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a>\u00a0Nous avons construit ce n\u00e9ologisme pour pouvoir d\u00e9signer simultan\u00e9ment les propri\u00e9taires d\u2019activit\u00e9s individuelles mais aussi de celles qui sont partag\u00e9es collectivement dans des soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Th\u00e9orie de l\u2019entit\u00e9\u00a0\u00bb encore appel\u00e9e \u00ab\u00a0stakeholders theory\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a>\u00a0IAS 39 (2003)\u00a0: \u00ab\u00a0Instruments financiers : comptabilisation et \u00e9valuation\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e \u00e0 l\u2019exclusion des parties concernant la juste valeur et la comptabilit\u00e9 de couverture. Elle a connu de nombreux amendements depuis 2003. Le 12 novembre 2009, l&rsquo;IASB a publi\u00e9 IFRS 9 \u00ab\u00a0Instruments financiers\u00a0\u00bb (phase 1 : classification et \u00e9valuation des actifs financiers) qui vise \u00e0 remplacer IAS 39 d&rsquo;ici 2013.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Un march\u00e9 est efficient si, \u00e0 chaque moment, le cours affich\u00e9 est un \u00ab\u00a0prix rationnel\u00a0\u00bb correspondant \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0valeur fondamentale\u00a0\u00bb des n\u00e9o-classiques et int\u00e9grant toute l\u2019information disponible. Lorsqu\u2019il n\u2019est plus enti\u00e8rement rationnel, l\u2019arbitrage des intervenants parfaitement inform\u00e9s aura t\u00f4t fait de le ramener au niveau o\u00f9 il doit \u00eatre. Il est remarquable de constater que cette conception permet de soutenir que la notion de bulle financi\u00e8re ne peut pas exister. Ainsi, selon cette th\u00e9orie des march\u00e9s efficients, au moment o\u00f9 le prix de tulipes \u00e9tait constat\u00e9 le 6 f\u00e9vrier 1637 \u00e0 Amsterdam, il s\u2019agissait de leur vrai prix alors que celui-ci atteignait la valeur d\u2019un immeuble de luxe\u00a0!<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0Ainsi, la m\u00e9canique de Newton qui r\u00e9duit \u00e0 quelques lois tr\u00e8s simples le chaos apparent des ph\u00e9nom\u00e8nes en expliquant parfaitement la dynamique des mouvements \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans une explication plus large avec la relativit\u00e9 d\u2019Einstein se pla\u00e7ant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la vitesse de la lumi\u00e8re et celle-ci semble bien devoir \u00e0 son tour \u00eatre englob\u00e9e dans une explication encore plus large si l\u2019on en croit les r\u00e9sultats des travaux de Fritz Swicki datant de 1933 et de ceux de Stacy\u00a0Mac\u00a0Gaugh en 2011.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a>\u00a0Les conditions de la concurrence sont suppos\u00e9es \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb lorsque le march\u00e9 ne comporte pas de barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e et lorsqu\u2019il n\u2019est pas domin\u00e9 par une entreprise ayant une strat\u00e9gie cherchant \u00e0 en \u00ab\u00a0gripper\u00a0\u00bb les m\u00e9canismes afin de se constituer une rente permanente (Vernimmen, 2010, p. 663, exprime l\u2019opinion contraire\u00a0!).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a>\u00a0Actuellement, la distorsion entre l\u2019\u00e9chelle des prix et celle des co\u00fbts du fait de la grande volatilit\u00e9 des premiers sur les march\u00e9s entra\u00eene comme cons\u00e9quence la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un regard critique sur la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb pr\u00e9conis\u00e9e par les anglo-saxons et constituant la pierre angulaire des normes comptables internationales cherchant \u00e0 s\u2019imposer au monde entier depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Ce d\u00e9bat sera trait\u00e9 au cours de notre deuxi\u00e8me partie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0Le n\u00e9olithique est une p\u00e9riode de l\u2019histoire qui va de \u2013 10\u00a0000 \u00e0 \u2013 3\u00a0200 environ avant J. C.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0Sumer est une ancienne civilisation et une r\u00e9gion situ\u00e9e en <a title=\"M\u00e9sopotamie\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9sopotamie\">M\u00e9sopotamie<\/a> dans le sud de l&rsquo;<a title=\"Irak\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Irak\">Irak<\/a> actuel. Elle a dur\u00e9 de la premi\u00e8re colonie d&rsquo;<a title=\"Eridu\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Eridu\">Eridu<\/a> qui va d&rsquo;environ 5000 \u00e0 3750 av. J.-C en passant de la <a title=\"P\u00e9riode d'Uruk\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/P%C3%A9riode_d%27Uruk\">p\u00e9riode d&rsquo;Uruk<\/a> (<a title=\"IVe mill\u00e9naire av. J.-C.\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/IVe_mill%C3%A9naire_av._J.-C.\">4<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire av. J.-C.<\/a>) \u00e0 la mont\u00e9e de <a title=\"Babylone\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Babylone\">Babylone<\/a> au d\u00e9but du <a title=\"IIe mill\u00e9naire av. J.-C.\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/IIe_mill%C3%A9naire_av._J.-C.\">2<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire av. J.-C.<\/a> Sumer est reconnue officiellement par la communaut\u00e9 des arch\u00e9ologues comme \u00e9tant la premi\u00e8re <a title=\"Civilisation\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Civilisation\">civilisation<\/a> v\u00e9ritablement urbaine marquant la fin de la <a title=\"Pr\u00e9histoire\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pr%C3%A9histoire\">Pr\u00e9histoire<\/a> au <a title=\"Moyen-Orient\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Moyen-Orient\">Moyen-Orient<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a>\u00a0Pour Eves Howard (1990), il existe des preuves arch\u00e9ologiques que les humains savaient d\u00e9j\u00e0 compter il y a 50\u00a0000 ans. Le premier objet reconnu attestant, de mani\u00e8re certaine, de comp\u00e9tences calculatoires est l\u2019os d\u2019Ishango datant de 20\u00a0000 ans avant J. C. Il pr\u00e9senterait la premi\u00e8re preuve de la connaissance de nombres et de la multiplication (Sitographies 4 et 5).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a>\u00a0Il s\u2019agit d\u2019un\u00a0 article qui a re\u00e7u le \u00ab prix du meilleur article \u00bb lors du Congr\u00e8s de l&rsquo;Association canadienne des professeurs de comptabilit\u00e9 en 1988 et a \u00e9t\u00e9 r\u00e9imprim\u00e9 en 1991 par l&rsquo;Academy of Accounting Historians dans un ouvrage intitul\u00e9 Collected Papers In Honor of Dean Emeritus Paul Garner.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a>\u00a0Le Pal\u00e9olithique est la p\u00e9riode qui s\u2019\u00e9tend de 5 millions d\u2019ann\u00e9es \u00e0 10\u00a0000 ans avant J\u00e9sus-Christ, lorsque, \u00e0 la fin de la derni\u00e8re grande glaciation, commence le N\u00e9olithique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref24\">[24]<\/a>\u00a0Le charognage est une pratique pr\u00e9historique qui consiste \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer de la viande sur des animaux morts. Ce terme se distingue de la chasse, parce que les animaux ne sont pas tu\u00e9s par ceux qui les r\u00e9cup\u00e8rent. Ils sont morts naturellement ou ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s par d\u2019autres.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref25\">[25]<\/a>\u00a0Il y a toutefois des exceptions\u00a0:\u00a0comme les Haida de la Colombie-Britannique qui ont pu se s\u00e9dentariser dans une r\u00e9gion suffisamment riche.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a>\u00a0Des restes de silex br\u00fbl\u00e9s, d&rsquo;outils en basalte et calcaire, de fragments de carapaces de crabes et d\u2019ar\u00eates de poissons, des restes de graines, de fruits, de c\u00e9r\u00e9ales et de bois, trouv\u00e9s \u00e0 <a title=\"Gesher Benot Ya-agov (page inexistante)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Gesher_Benot_Ya-agov&amp;action=edit&amp;redlink=1\">Gesher Benot Ya-agov<\/a>, au campement pr\u00e9historique de plein air sur les rives d&rsquo;un ancien lac (Childe, 1929) et datant au moins de 800\u00a0000 ans, indiquent cette organisation dans des grottes autour de foyers o\u00f9 \u00e9tait entretenu le feu.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref27\">[27]<\/a>\u00a0Tel est encore le cas au 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle dans certaines tribus amazoniennes ou australiennes.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref28\">[28]<\/a>\u00a0La richesse \u00e9conomique est consid\u00e9r\u00e9e sous l\u2019angle de sa valeur d\u2019usage, c\u2019est-\u00e0-dire form\u00e9e de biens utiles \u00e0 la consommation reproductive.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref29\">[29]<\/a>\u00a0Leur organisation sociale \u00e9tait de type \u00ab\u00a0horizontal\u00a0\u00bb et non hi\u00e9rarchique verticale comme ce sera le cas plus tard au cours du N\u00e9olithique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref30\">[30]<\/a>\u00a0La \u00ab\u00a0th\u00e9orie des oasis\u00a0\u00bb, aussi appel\u00e9e \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la proximit\u00e9\u00a0\u00bb, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e par plusieurs auteurs avant Childe (Gary A. Wright, 1971).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref31\">[31]<\/a>\u00a0Le Natoufien est le nom donn\u00e9 \u00e0 une culture du Proche-Orient attest\u00e9e entre 12\u00a0000 et 8\u00a0000 avant J\u00e9sus-Christ et caract\u00e9ris\u00e9e par les premi\u00e8res exp\u00e9riences de s\u00e9dentarisation. On trouve les premi\u00e8res traces de village \u00e0 A\u00efn Mallaha ou Eynane (Isra\u00ebl) o\u00f9 une vingtaine de \u00ab\u00a0maisons\u00a0\u00bb est dat\u00e9e de 10\u00a0000 ans avant J. C., ses habitants ne vivant encore que de chasse, de p\u00eache et de cueillette. Le site \u00e9ponyme est Ouadi en Natouf en Cisjordanie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref32\">[32]<\/a>\u00a0Le \u00ab\u00a0Croissant fertile\u00a0\u00bb correspond \u00e0 la r\u00e9gion qui s\u2019\u00e9tend depuis la Turquie du sud-est jusqu\u2019au nord de l\u2019Irak et le long de la M\u00e9diterran\u00e9e, c\u2019est \u00e0 dire vers la Syrie, le Liban, Isra\u00ebl et la Jordanie. Il est travers\u00e9 par trois fleuves\u00a0: le Nil en Egypte et le Tigre et l\u2019Euphrate qui draine une large vall\u00e9e baptis\u00e9e par le g\u00e9ographe grec Polybe \u00ab\u00a0M\u00e9sopotamie\u00a0\u00bb qui signifie \u00ab\u00a0le pays d\u2019entre les fleuves\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref33\">[33]<\/a>\u00a0En \u00e9tudiant des dizaines de cimeti\u00e8res datant de 600 \u00e0 800 ans apr\u00e8s l&rsquo;av\u00e8nement du N\u00e9olithique, Jean-Pierre Bocquet-Appel (2005), d\u2019une part, et Jean-Pierre Bocquet-Appel et Stephan Naji (2007), d\u2019autre part, ont montr\u00e9 que la proportion de squelettes d\u2019enfants et d\u2019adolescents en bas \u00e2ge atteint 30% du total, soit 10% de plus que pour la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente. Cette augmentation se retrouve dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref34\">[34]<\/a>\u00a0Il semble, en fait, que les origines de l&rsquo;agriculture soient multiples et \u00e9chelonn\u00e9es dans le temps. Les indices les plus anciens d&rsquo;utilisation de c\u00e9r\u00e9ales dateraient d&rsquo;environ 100\u00a0000\u00a0ans en Afrique dans une grotte du Niassa, au nord-ouest du Mozambique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref35\">[35]<\/a> Selon les commentaires de Jean\u00a0Margueron (directeur depuis 1980 de la mission \u00e9tudiant le site arch\u00e9ologique de Mari, importante cit\u00e9 m\u00e9sopotamienne d\u00e8s le III<sup>e<\/sup>\u00a0mill\u00e9naire av. J.-C.) dans les Annales de recherches interdisciplinaires.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref36\">[36]<\/a>\u00a0Le caract\u00e8re universel de l\u2019institution chez Malinowski (1970) est une activit\u00e9 sociale qui l\u00e9gitime les r\u00e8gles juridiques sur le syst\u00e8me de propri\u00e9t\u00e9 et les obligations r\u00e9ciproques, mais aussi sur les privil\u00e8ges honorifiques des chefs, etc.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref37\">[37]<\/a>\u00a0Voir l\u2019Annexe 1, sur la p\u00eache en cano\u00eb chez Malinowski (1968).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref38\">[38]<\/a> La Gr\u00e8ce antique mettait en pratique ce syst\u00e8me sous le nom de \u00ab\u00a0liturgie\u00a0\u00bb qui d\u00e9signe un service public mis en place par la cit\u00e9 et que les plus riches (citoyens ou m\u00e9t\u00e8ques), avec plus ou moins de bonne volont\u00e9, devaient financer et g\u00e9rer avec leur fortune personnelle. Elle trouve sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab\u00a0la richesse personnelle n&rsquo;est poss\u00e9d\u00e9e que par d\u00e9l\u00e9gation de la cit\u00e9\u00a0\u00bb (Michel Austin, Pierre Vidal-Naquet, 2007). Elle tombera en d\u00e9su\u00e9tude environ 350 ans avant J. C. face au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9verg\u00e9tisme\u00a0\u00bb qui consiste pour les notables, par obligation morale, \u00e0 faire profiter la collectivit\u00e9 de leurs richesses en finan\u00e7ant ponctuellement des \u00e9difices d\u2019utilit\u00e9 publique. Par contre, \u00ab\u00a0du pain et des jeux\u00a0\u00bb formaient l\u2019\u00e9verg\u00e9tisme du quotidien.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref39\">[39]<\/a>\u00a0Voir l\u2019Annexe 2, sur la Kula chez Malinowski (1922).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref40\">[40]<\/a>\u00a0En Europe, la forme de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re diff\u00e8re puisqu\u2019elle porte sur le fonds de terre, ind\u00e9pendamment de celui qui la met en valeur mais aussi du fait de savoir si elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 travaill\u00e9e. Cette forme de propri\u00e9t\u00e9 donne tout son sens \u00e0 la location de terre qui est la condition de la rente fonci\u00e8re et d\u2019une structure sociale comprenant les propri\u00e9taires des moyens de production et ceux qui ne le sont pas. Ni ce type de propri\u00e9t\u00e9, ni cette structuration sociale n\u2019existent chez les Trobriandais, les Indiens de Californie et, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les tribus primitives in\u00e9galitaires.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref41\">[41]<\/a>\u00a0La colonisation et l&rsquo;industrialisation ont poursuivi ensuite ce processus. Aujourd&rsquo;hui, certains peuples en Arctique et dans les for\u00eats tropicales humides o\u00f9 d\u2019autres formes de subsistance sont impossibles, vivent encore selon le mode \u00e9galitaire des chasseurs-cueilleurs. Il s\u2019agit des tribus am\u00e9rindiennes, des bochimans du Kalahari, des pygm\u00e9es des for\u00eats africaines, des aborig\u00e8nes australiens, des papous de Nouvelle-Guin\u00e9e, etc.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref42\">[42]<\/a> Un syst\u00e8me sexag\u00e9simal, \u00e0 base 60, \u00e9tait utilis\u00e9 pour la num\u00e9ration babylonienne ainsi que par les Indiens et les Arabes en trigonom\u00e9trie. Il sert actuellement dans la mesure du temps et des angles.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref43\">[43]<\/a> Par exemple, un animal sera repr\u00e9sent\u00e9 par une entaille sur une branche, un os \u00a0ou des bois de rennes. Dans d\u2019autres civilisations, comme chez les Incas, \u00e0 chaque objet \u00e0 d\u00e9nombrer \u00e9tait associ\u00e9 un n\u0153ud sur une corde. En \u00e9voluant, le syst\u00e8me finit par aboutir aux \u00ab\u00a0quipus\u00a0\u00bb qui signifient \u00e0 la fois \u00ab\u00a0n\u0153ud\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0compte\u00a0\u00bb (sitographie 6).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref44\">[44]<\/a> Le berger inculte saisit d\u2019un seul regard que son troupeau est ou n\u2019est pas au complet. Rodolphe T\u00f6pffer (sitographie 7), raconte que pour payer plusieurs d\u00e9jeuners pris chez une paysanne avec sa femme et ses pensionnaires au cours d\u2019une de ses excursions, empile des pi\u00e8ces de monnaie jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle lui dise\u00a0: \u00ab\u00a0Assez\u00a0\u00bb\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref45\">[45]<\/a> La forme des chiffres romains \u00e9voque clairement l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on comptait sur ses doigts (le chiffre V sugg\u00e8re la main ouverte et X les deux mains crois\u00e9es).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref46\">[46]<\/a> Certaines peuplades primitives limitent encore de nos jours leur vocabulaire num\u00e9rique \u00e0 ces trois mots : \u00ab\u00a0un, deux, plusieurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref47\">[47]<\/a> L&rsquo;abstraction op\u00e9ratoire se r\u00e9v\u00e8le d\u00e9j\u00e0 dans les proc\u00e9d\u00e9s les plus na\u00effs. Brunschvicg cite le cas d&rsquo;une vieille Andalouse qui, lorsqu&rsquo;on lui demandait son \u00e2ge, r\u00e9pondait \u00ab quatre douros et quatre r\u00e9aux, Monsieur ! \u00bb, soit quatre-vingt-quatre ans : \u00ab Pour s&rsquo;apercevoir que le compte des ann\u00e9es \u00e9tait le m\u00eame que le compte des r\u00e9aux et pour faire servir \u00e0 ses fins le syst\u00e8me mon\u00e9taire du peuple espagnol, il faut qu&rsquo;elle ait dissoci\u00e9 la relation de nombre et l&rsquo;image de la monnaie. \u00bb (Brunschvicg, 1972).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref48\">[48]<\/a>\u00a0Dans d\u2019autres r\u00e9gions du monde, d\u2019autres objets tels que des morceaux de porc, des dents de baleine, du cacao ou de certains types de coquillages, etc. ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme unit\u00e9 de compte mais l&rsquo;or a sans doute \u00e9t\u00e9 l&rsquo;unit\u00e9 la plus largement utilis\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref49\">[49]<\/a>\u00a0On situe l&rsquo;invention de la poterie entre 10 et 14\u00a0000 ans avant J. C. en Chine.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref50\">[50]<\/a>\u00a0En latin, \u00ab\u00a0caillou\u00a0\u00bb se dit \u00ab\u00a0calculus\u00a0\u00bb, mot qui a donn\u00e9 naissance celui de \u00ab\u00a0calculi\u00a0\u00bb et, en Fran\u00e7ais, de \u00ab\u00a0calcul\u00a0\u00bb, les cailloux \u00e9tant r\u00e9guli\u00e8rement utilis\u00e9s dans l\u2019apprentissage du calcul.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref51\">[51]<\/a>\u00a0Les pictogrammes sont des dessins plus ou moins r\u00e9alistes d\u2019animaux sauvages tels que le loup ou le renard, ou encore d\u2019objets repr\u00e9sentatifs d\u2019une technique d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9e comme le marteau. Ils ne sont pas fond\u00e9s sur le phon\u00e9tisme pur car ils ne transcrivent pas les sons de la langue. Il \u00e9tait admis parmi les chercheurs que ces pictogrammes venaient de Chine et d\u2019Am\u00e9rique Centrale.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref52\">[52]<\/a>\u00a0Il n&rsquo;y a pas de d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rique de la \u00ab comptabilit\u00e9 \u00bb dont les comptabilit\u00e9s de gestion, financi\u00e8re, matricielle, \u00e0 parties doubles, etc. qui ont \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9s \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9s\u00a0\u00bb parce qu\u2019elles partagent certaines propri\u00e9t\u00e9s abstraites avec des cat\u00e9gories d&rsquo;entit\u00e9s math\u00e9matiques plus famili\u00e8res, ne sont que des exemples particuliers, sinon sous l&rsquo;angle des propri\u00e9t\u00e9s formelles des op\u00e9rations telles que l\u2019addition, la soustraction, etc. Gr\u00e2ce \u00e0 ces propri\u00e9t\u00e9s, nous pouvons identifier cette autre cat\u00e9gorie sp\u00e9cifique de nombres que nous appelons \u00ab\u00a0nombres comptables\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref53\">[53]<\/a>\u00a0Pour Comte, la connaissance scientifique repr\u00e9sente la maturit\u00e9 de l\u2019esprit humain difficilement acquise au terme d\u2019une longue histoire qui commence avec les explications th\u00e9ologiques du monde pour se poursuivre par celles qui furent m\u00e9taphysiques et aboutir, au final, aux explications modernes, positives ou scientifiques.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref54\">[54]<\/a>\u00a0Voir l\u2019Annexe 2 sur la Kula chez Malinowski (1922).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref55\">[55]<\/a>\u00a0En r\u00e9alit\u00e9, parall\u00e8lement au syst\u00e8me Kula et en m\u00eame temps que lui, existe le \u00ab\u00a0gimwali\u00a0\u00bb qui est une forme de march\u00e9 dans laquelle le marchandage et la recherche du gain ne sont pas exclus. Sous son couvert, les individus s\u2019adonnent au commerce normal, troquant d\u2019une \u00eele \u00e0 l\u2019autre de multiples marchandises utiles et indispensables du fait qu\u2019elles ne sont pas produites dans les \u00eeles d\u2019o\u00f9 ils viennent.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref56\">[56]<\/a>\u00a0Au cours de la Kula, il arrive que certains individus enfreignent les r\u00e8gles en volant par exemple, mais, le, plus souvent, ils s\u2019y confortent, non pas seulement par crainte du ch\u00e2timent ou par \u00ab\u00a0inertie mentale\u00a0\u00bb, mais surtout \u00e0 cause du r\u00e9seau d\u2019obligations et de servitudes r\u00e9ciproques o\u00f9 ils se trouvent enserr\u00e9s et dont une certaine \u00ab\u00a0\u00e9lasticit\u00e9\u00a0\u00bb leur permet pourtant de r\u00e9aliser leurs ambitions personnelles.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref57\">[57]<\/a>\u00a0Si c\u2019\u00e9tait le cas, les soulavas et les mwalis ne permettraient pas aux partenaires de tirer une quelconque satisfaction dans l\u2019\u00e9change conform\u00e9ment au mod\u00e8le de l\u2019<em>homo \u0153conomicus<\/em><em>.<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref58\">[58]<\/a>\u00a0Pour Testart (2005), dans la grande majorit\u00e9 des groupements humains ant\u00e9-\u00e9tatiques o\u00f9 existe cette richesse, la principale redevance sociale due rev\u00eat la forme de prestations matrimoniales.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref59\">[59]<\/a>\u00a0Il en va diff\u00e9remment pour les altermondialistes et pour Karl Polanyi<em> <\/em>(1944, \u00e9dition de 1983) pour qui la <em>Kula<\/em> est une \u00e9conomie fond\u00e9e sur le don \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une \u00e9conomie marchande qui fait appara\u00eetre le march\u00e9 comme une institution artificielle, un d\u00e9sencastrement de l\u2019\u00e9conomie hors des r\u00e8gles sociales, culturelles et politiques qui r\u00e9gissent traditionnellement la production et l\u2019\u00e9change. Ils d\u00e9noncent l\u2019extension de la marchandisation en regrettant l\u2019extinction de cette r\u00e9ciprocit\u00e9 qu\u2019elle introduit dans les rapports humains [\u2026] la production et la distribution des biens n\u2019\u00e9tant plus sous le contr\u00f4le de la population, ni sous celui du politique et du social comme dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, mais apparaissant aux mains d\u2019int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s en concurrence.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref60\">[60]<\/a>\u00a0Les cauris ou Cypraea moneta, sont de petits coquillages import\u00e9s des \u00celes Maldives qui ont constitu\u00e9 la plus ancienne monnaie chinoise connue.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref61\">[61]<\/a>\u00a0Nous expliquerons th\u00e9oriquement au paragraphe suivant en quoi consiste exactement ce r\u00e9sultat de 10\u00a0000 \u20ac.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref62\">[62]<\/a>\u00a0La \u00ab\u00a0valeur commerciale\u00a0\u00bb est le prix du march\u00e9, la \u00ab\u00a0valeur d\u2019usage\u00a0\u00bb est ce que les clients auraient accept\u00e9 de payer, la \u00ab\u00a0valeur cible\u00a0\u00bb est le co\u00fbt \u00e0 atteindre lorsque le march\u00e9 impose le prix, la \u00ab\u00a0valeur marginale\u00a0\u00bb est celle d\u2019une unit\u00e9 suppl\u00e9mentaire produite, etc.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref63\">[63]<\/a>\u00a0La \u00ab\u00a0valeur de remplacement\u00a0\u00bb est le prix actuel d\u2019achat sur le march\u00e9 d\u2019un bien qui est remplac\u00e9 \u00e0 l\u2019identique, la \u00ab\u00a0valeur v\u00e9nale\u00a0\u00bb est le prix actuel de vente, la \u00ab\u00a0valeur \u00e9conomique\u00a0\u00bb est une valeur de remplacement modifi\u00e9 par la prise en compte du progr\u00e8s technique, etc.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref64\">[64]<\/a>\u00a0Cette affirmation doit \u00eatre modul\u00e9e par le fait qu\u2019il n\u2019y a gu\u00e8re de diff\u00e9rence entre la valeur comp\u00e9tence d\u2019une chose et son prix en monnaie lorsque la valeur de l&rsquo;\u00e9talon mon\u00e9taire renvoie \u00e9galement \u00e0 une comp\u00e9tence. Ce fut le cas tout au long du 19\u00e8me si\u00e8cle, ce qui justifie le fait que, pendant cette p\u00e9riode, les donn\u00e9es comptables ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es en \u00ab\u00a0prix de march\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref65\">[65]<\/a>\u00a0L\u2019\u00eele de Baffin est la plus grande \u00eele du Canada qui se situe dans l\u2019archipel arctique au sud-ouest du Groenland et au nord du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref66\">[66]<\/a>\u00a0L\u2019\u00eele de Vancouver se situe au nord-ouest du Canada.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref67\">[67]<\/a>\u00a0La conception que se font les indiens de la valeur de leurs objets n\u2019est pas la m\u00eame que celle que nous nous faisons actuellement C&rsquo;est pourquoi les premiers colons europ\u00e9ens ont pu consid\u00e9rablement spolier les indig\u00e8nes qui pratiquaient le potlatch car ils \u00e9changeaient de l&rsquo;or contre de la bimbeloterie qui, pour ces derniers, avaient valeur de potlatch.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref68\">[68]<\/a>\u00a0Le surintendant Fouquet voulant surpasser les fastes de Louis XIV en s\u00fbt quelque chose.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref69\">[69]<\/a>\u00a0L\u2019\u00e9change \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb est le principe de la Kula.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref70\">[70]<\/a>\u00a0Dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 potlatch, ce n\u2019est pas la puissance \u00e9conomique qui permet d\u2019acc\u00e9der au pouvoir politique. Le potlatch place ainsi une limite \u00e0 l&rsquo;accumulation ind\u00e9finie des richesses aux mains de quelques-uns et au d\u00e9veloppement des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref71\">[71]<\/a>\u00a0G. Hunt est un Indien\u00a0 Kwakiutl form\u00e9 par Boas aux techniques ethnographiques de l&rsquo;\u00e9poque (Boas et Hunt, 1921).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref72\">[72]<\/a>\u00a0Le mot \u00ab\u00a0hau\u00a0\u00bb est en quelque sorte, l&rsquo;\u00e9quivalent du mot latin \u00ab\u00a0spiritus\u00a0\u00bb, d\u00e9signant \u00e0 la fois vent, souffle et \u00e2me. C\u2019est un indig\u00e8ne maori, Tamati Ranaipiri, qui a donn\u00e9 \u00e0 Mauss l\u2019id\u00e9e du \u00ab\u00a0hau\u00a0\u00bb en lui exposant\u00a0 une croyance indig\u00e8ne\u00a0voulant que le hau est une force qui habite la chose donn\u00e9e et qui peut \u00eatre nuisible \u00e0 celui qui a re\u00e7u s&rsquo;il ne donne pas quelque chose en retour \u00e0 celui qui a donn\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref73\">[73]<\/a>\u00a0Ces tribus sont divis\u00e9es en p\u00eacheurs, agriculteurs et chasseurs et sont cens\u00e9es \u00e9changer constamment leurs produits. En donnant un objet \u00e0 quelqu&rsquo;un, on lui donne en m\u00eame temps ce pouvoir spirituel dont il est impr\u00e9gn\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref74\">[74]<\/a>\u00a0Ces pratiques peuvent s\u2019interpr\u00e9ter conform\u00e9ment \u00e0 la Loi de d\u00e9bouch\u00e9s de J. B. Say.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref75\">[75]<\/a>\u00a0Le trait\u00e9 de S\u00e9n\u00e8que, Les Bienfaits, repr\u00e9sente une prodigieuse anticipation de l&rsquo;Essai sur le don de Mauss. Denis Vidal a d\u00e9j\u00e0 fait remarquer que S\u00e9n\u00e8que, commentant le th\u00e8me des trois gr\u00e2ces, formule 2 000 ans avant Mauss la th\u00e9orie de la triple obligation de donner, recevoir et rendre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref76\">[76]<\/a> Par exemple, telle est l\u2019histoire que raconte le mot latin \u00ab hostis \u00bb \u00e0 travers les multiples phases de son \u00e9volution. \u00ab Hostis \u00bb, c&rsquo;est \u00e0 la fois \u00e9tranger, h\u00f4te, celui qui accueille et celui qui est accueilli, et aussi ennemi. \u00ab Hostio \u00bb, rendre \u00e9gal ou rendre la pareille, dissimule le sens de rivalit\u00e9, et \u00ab hostio \u00bb qui est trait\u00e9 comme un autre mot, implique le sens de destruction. \u00ab Hostimentum \u00bb c&rsquo;est \u00e0 la fois compensation, repr\u00e9sailles et revanche. \u00ab Hostia \u00bb, est offrande expiatoire. Aujourd&rsquo;hui on aurait beaucoup de peine \u00e0 croire que d&rsquo;une m\u00eame souche d\u00e9coulent des mots aussi dissemblables que h\u00f4te, h\u00f4tesse, h\u00f4tel, h\u00f4pital, hospitalit\u00e9, hostilit\u00e9, hostie, otage, ost (ancien fran\u00e7ais, arm\u00e9e), ostoier (ancien fran\u00e7ais, guerroyer).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref77\">[77]<\/a>\u00a0C&rsquo;est John Lubbock qui, le premier, employa en 1865 le terme de \u00ab\u00a0N\u00e9olithique\u00a0\u00bb, du grec \u00ab\u00a0neos\u00a0\u00bb, nouveau, et \u00ab\u00a0lithos\u00a0\u00bb, pierre. Il d\u00e9crivait une \u00e9poque marqu\u00e9e par la syst\u00e9matisation, \u00e0 la suite d\u2019une phase de fa\u00e7onnage par percussion, du polissage de certains outils de pierre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref78\">[78]<\/a> Cependant, cette hypoth\u00e8se d&rsquo;un changement rapide, si elle est encore largement discut\u00e9e par les pr\u00e9historiens, s&rsquo;oppose aujourd&rsquo;hui \u00e0 la th\u00e9orie d&rsquo;une \u00e9volution plus progressive fond\u00e9e sur l&rsquo;adoption d&rsquo;une \u00e9conomie de production et initi\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but du M\u00e9solithique (Dan Semenescu, 2008).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref79\">[79]<\/a>\u00a0A la m\u00e9tallurgie du bronze succ\u00e9dera celle du fer dans l\u2019Antiquit\u00e9, environ 1\u00a0100 ans avant J. C.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref80\">[80]<\/a>\u00a0Mais aussi, dans une moindre mesure, la p\u00eache. La domestication et l\u2019\u00e9levage des animaux appara\u00eetront \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque. Comme les agriculteurs, les bergers se sont alors servis de petits cailloux pour compter les entr\u00e9es et les sorties de leurs moutons de la bergerie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref81\">[81]<\/a> Les premi\u00e8res maisons rondes isol\u00e9es datent de <strong>14\u00a0000<\/strong> ans <strong>avant J. C.<\/strong> Elles ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9es sur les territoires de l&rsquo;actuel Liban, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e, entre 19\u00a0000 \u00e0 11\u00a0000 avant J.\u00a0C., la culture K\u00e9barienne qui \u00e9tait celle de groupes de chasseurs-cueilleurs nomades. Par ailleurs, l&rsquo;un des plus ancien villages connu \u00e0 ce jour et datant d\u2019environ 10\u00a0000 ans avant J. C. est celui de J\u00e9richo.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref82\">[82]<\/a> La ch\u00e8vre en 10\u00a0000 avant J. C. suivie par le mouton, le b\u0153uf, le porc, etc. La lign\u00e9e du chien se serait s\u00e9par\u00e9e de celle du loup il y a entre 150\u00a0000 et 100\u00a0000 ans (Carles Vil\u00e0 et al., 1997). Il est possible que l&rsquo;anc\u00eatre du chien se soit \u00e0 cette \u00e9poque rapproch\u00e9 et associ\u00e9 aux groupes humains qu&rsquo;il suivait, pour les restes qu&rsquo;il pouvait obtenir, en ayant un r\u00f4le d&rsquo;alerte et de protection, voire d&rsquo;auxiliaire de chasse.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref83\">[83]<\/a>\u00a0Ne pr\u00e9sentaient pas de v\u00e9ritable plan urbanistique, elles ne pouvaient pas encore \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des villes ou des proto-villes<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref84\">[84]<\/a>\u00a0Il en fut de m\u00eame en Inde et en Chine avec, respectivement, l&rsquo;Indus et le fleuve Jaune.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref85\">[85]<\/a>\u00a0Tell el\u2018Oueili est situ\u00e9 dans le sud-est de l&rsquo;<a title=\"Iraq\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Iraq\">Iraq<\/a> pr\u00e8s de Larsa.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref86\">[86]<\/a>\u00a0Tepe Gawra est situ\u00e9 dans le nord-est de l&rsquo;<a title=\"Iraq\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Iraq\">Iraq<\/a> pr\u00e8s de <a title=\"Ninive\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ninive\">Ninive<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref87\">[87]<\/a>\u00a0Cette \u00e9lite constitue une sorte de \u00ab\u00a0chefferie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref88\">[88]<\/a>\u00a0Cette figure ne sera visible aux chercheurs qu\u2019\u00e0 la fin du 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement des repr\u00e9sentations figur\u00e9es.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref89\">[89]<\/a>\u00a0La r\u00e9colte annuelle \u00e9tait partag\u00e9e en trois\u00a0: une partie pour la subsistance des cultivateurs, une autre partie pour servir de semence l&rsquo;ann\u00e9e suivante et le reste pour la hi\u00e9rarchie sociale.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref90\">[90]<\/a>\u00a0Sa base de num\u00e9ration est le nombre 60.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref91\">[91]<\/a>\u00a0Le mot \u00ab\u00a0tribut\u00a0\u00bb vient du <a title=\"Latin\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Latin\">latin<\/a> \u00ab\u00a0tributum\u00a0\u00bb signifiant \u00ab\u00a0contribution\u00a0\u00bb. C\u2019est un patrimoine qu\u2019une partie donne \u00e0 une autre en signe de respect, de soumission ou d&rsquo;all\u00e9geance. Il est \u00e0 rapprocher de la notion de \u00ab\u00a0liturgie\u00a0\u00bb utilis\u00e9 dans la Gr\u00e8ce antique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref92\">[92]<\/a>\u00a0Selon Bouvier, l\u2019imp\u00f4t a aussi une origine religieuse, des offrandes \u00e9tant faites aux clercs puis aux souverains qui se pr\u00e9sentaient comme les interm\u00e9diaires entre les hommes et les dieux.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref93\">[93]<\/a>\u00a0L\u2019empire sargonide est attest\u00e9 par environ 5\u00a0000 tablettes administratives qui documentent essentiellement la gestion de domaines agricoles. Elles pr\u00e9sentent une activit\u00e9 de contr\u00f4le des ressources de ces patrimoines, enregistrant des mouvements de biens stock\u00e9s et redistribu\u00e9s, des concessions de terres, des bilans annuels de certaines exploitations ou d&rsquo;ateliers, parfois des actes de vente, de pr\u00eat, etc.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref94\">[94]<\/a>\u00a0Le site d&rsquo;Uruk a \u00e9t\u00e9 localis\u00e9 au milieu du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle par le g\u00e9ologue anglais William Kenneth Loftus qui entreprit les premi\u00e8res fouilles en 1849 et en 1853. De 1912 \u00e0 1913, elles sont reprises par Julius\u00a0Jordan sous la responsabilit\u00e9 de la <em>Deutsche Orient-Gesellschaft<\/em> (<em>DOG<\/em>). Il y revint de 1928 \u00e0 1938 o\u00f9 Il d\u00e9gagea les deux secteurs des temples principaux\u00a0: l&rsquo;Eanna et le B\u012bt Resh b\u00e2tis \u00e0 la fin du 2<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire avant J. C.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref95\">[95]<\/a>\u00a0L\u2019agglom\u00e9ration appel\u00e9e Uruk est dot\u00e9e d\u2019un v\u00e9ritable plan urbanistique qui permet de la consid\u00e9rer, non comme un grand village mais bien comme une proto-ville.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref96\">[96]<\/a>\u00a0Au sens que Fernand Braudel (1979) donne \u00e0 cette expression de \u00ab\u00a0ville-Etat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref97\">[97]<\/a>\u00a0Jarmo est un site villageois occup\u00e9 pour la premi\u00e8re fois 8\u00a0500 ans avant J. C.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref98\">[98]<\/a>\u00a0Le mot \u00ab\u00a0num\u00e9ral\u00a0\u00bb exprime une id\u00e9e de nombre ou de rang mais se dit des symboles servant \u00e0 repr\u00e9senter les nombres dans un syst\u00e8me de num\u00e9ration.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref99\">[99]<\/a>\u00a0Les id\u00e9ogrammes sont des symboles graphiques abstraits repr\u00e9sentant un mot ou une id\u00e9e et non plus une chose concr\u00e8te comme dans le cas du pictogramme. Par exemple, en Chine, l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb se repr\u00e9sente par un id\u00e9ogramme form\u00e9 d\u2019un rectangle travers\u00e9 par un trait vertical\u00a0: \u4e2d.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref100\">[100]<\/a> Le connaissement est le document mat\u00e9rialisant le <a title=\"Contrat de transport maritime\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Contrat_de_transport_maritime\">contrat de transport maritime<\/a> conclu entre le <a title=\"Chargeur (transport et logistique)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chargeur_%28transport_et_logistique%29\">chargeur<\/a> et le transporteur maritime. C\u2019est simultan\u00e9ment un bon de chargement et un titre repr\u00e9sentatif de la propri\u00e9t\u00e9 des marchandises.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref101\">[101]<\/a>\u00a0Ils \u00e9taient d\u00e9couverts dans les archives du palais de Nouzy. Ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par l\u2019administration du palais tenue par des scribes.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref102\">[102]<\/a> Le calame est un <a title=\"Roseau\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Roseau\">roseau<\/a> taill\u00e9 en pointe dont on se sert pour l&rsquo;<a title=\"\u00c9criture\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89criture\">\u00e9criture<\/a> \u00e0 sec sur les tablettes d&rsquo;argile tendre. Il a donn\u00e9 sa forme caract\u00e9ristique \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture cun\u00e9iforme form\u00e9e par des petits triangles, tremp\u00e9 dans une encre, sur un papyrus, un parchemin, un papier ou tout autre support.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref103\">[103]<\/a> Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, les fonctionnaires des finances de Grande-Bretagne utilisaient encore des jetons pour calculer les imp\u00f4ts. Aujourd&rsquo;hui, les bergers irakiens comptent les animaux de leurs troupeaux avec des cailloux et l&rsquo;abaque est toujours en usage sur les march\u00e9s d&rsquo;Asie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref104\">[104]<\/a>\u00a0Au total, six sites de la fin du quatri\u00e8me mill\u00e9naire avant J. C. contenaient des jetons qui pr\u00e9sentent toute la gamme des formes primitives\u00a0: Uruk, Tello et Fara en Irak, Suse et Chogha Mish en Iran, et Habouba Kabira en Syrie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref105\">[105]<\/a>\u00a0Bien que les causes du d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9criture ne soient pas, semble-t-il, accept\u00e9es par tous (H.\u00a0J.\u00a0Nissen, 1993 et J.-J. Glassner, 2001).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref106\">[106]<\/a>\u00a0Le mot \u00ab\u00a0compte\u00a0\u00bb fut introduit en France au 11<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J. C. \u00e0 partir du latin \u00ab\u00a0computus\u00a0\u00bb. D\u2019abord orthographi\u00e9 \u00ab\u00a0conte\u00a0\u00bb, il s\u2019est vu attribu\u00e9 un \u00ab\u00a0p\u00a0\u00bb au 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle pour le distinguer de \u00ab\u00a0conte\u00a0\u00bb au sens d\u2019histoire et de m\u00eame origine latine. Au milieu du 13<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, le compte d\u00e9signait un \u00e9tat contenant l\u2019\u00e9num\u00e9ration et le calcul des recettes et des d\u00e9penses.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref107\">[107]<\/a>\u00a0C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui est \u00e9crit dans la Bible qui nous montre que cet enregistrement des op\u00e9rations est n\u00e9 d&rsquo;un besoin d&rsquo;ordre et de s\u00e9curit\u00e9 : \u00ab Tout ce que tu donnes \u00e0 tes gens, compte-le et p\u00e8se-le. Et mets par \u00e9crit ce que tu donnes et ce que du re\u00e7ois. \u00bb (L&rsquo;Eccl\u00e9siastique, Ch. 42 &#8211; Verset 2).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref108\">[108]<\/a> Officiellement, ce sont les Sum\u00e9riens qui pos\u00e8rent les premi\u00e8res bases de l&rsquo;arithm\u00e9tique et de la g\u00e9om\u00e9trie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref109\">[109]<\/a> Nous faisons de m\u00eame de nos jours mais en utilisant des expressions de langage diff\u00e9rentes pour d\u00e9signer diff\u00e9rents comptes.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref110\">[110]<\/a>\u00a0Au 15<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J. C., ce syst\u00e8me d\u2019entr\u00e9es-sorties \u00e9tait interpr\u00e9t\u00e9 comme une comptabilit\u00e9 en partie double, ce qui est un abus de langage, la comptabilit\u00e9 ne reposant pas sur la technique de la partie double mais tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment sur la structure des entr\u00e9es-sorties.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref111\">[111]<\/a> La comptabilit\u00e9 est donc ant\u00e9rieure au d\u00e9nombrement abstrait qui, selon les math\u00e9maticiens, est la troisi\u00e8me et derni\u00e8re \u00e9tape dans l\u2019\u00e9volution du d\u00e9nombrement.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref112\">[112]<\/a>\u00a0Dans le langage moderne de la comptabilit\u00e9, nous dirions que ce probl\u00e8me est celui de \u00ab\u00a0l\u2019image fid\u00e8le\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref113\">[113]<\/a>\u00a0Comme nous le montrerons au chapitre 7, nous pensons, contrairement \u00e0 Mattessich, qu\u2019une th\u00e9orie, quelle qu\u2019elle soit, doit s\u2019affranchir des conditions de l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te pour pouvoir expliquer celle-ci et, ainsi, m\u00e9riter son statut.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref114\">[114]<\/a>\u00a0Lles Grecs appel\u00e8rent \u00ab\u00a0paradeisoi\u00a0\u00bb ces jardins persans, \u00e0 l\u2019origine du mot \u00ab\u00a0<a title=\"Paradis\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paradis\">paradis<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref115\">[115]<\/a>\u00a0Hammurabi, sixi\u00e8me roi de la premi\u00e8re dynastie de Babylone, de 1792 jusqu\u2019\u00e0 environ 1750 avant J. C., fut le v\u00e9ritable fondateur de la puissance babylonienne. Son Code est consid\u00e9r\u00e9 comme un recueil de r\u00e8gles comptables.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref116\">[116]<\/a>\u00a0Plus nous en apprenons sur les affaires et les activit\u00e9s sociales de Babylone, plus il est facile d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;accord avec le Professeur Lyon, enseignant \u00e0 Harvard, pour qui les tablettes babyloniennes r\u00e9v\u00e8lent \u00ab\u00a0une situation pas fondamentalement diff\u00e9rente de celle qui est la n\u00f4tre aujourd&rsquo;hui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref117\">[117]<\/a>\u00a0Le pr\u00e9teur proposait \u00e0 l\u2019agriculteur de lui pr\u00e9ter, par exemple, 10 kg de semences pour X unit\u00e9s mon\u00e9taires et se faisait rembourser une valeur de 10 X repr\u00e9sentant plus de 10 kg de semnces puisque le prix du kg de semences avait alors dilinu\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref118\">[118]<\/a>\u00a0Le mot \u00ab\u00a0norme\u00a0\u00bb vient du latin \u00ab\u00a0norma\u00a0\u00bb qui signifie \u00ab\u00a0\u00e9querre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e8gle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref119\">[119]<\/a>\u00a0Les normes comptables n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette obligation. Elles comportent des conventions, des principes, des r\u00e8gles, des m\u00e9thodes int\u00e9gr\u00e9s dans un r\u00e9f\u00e9rentiel comptable. Pour \u00eatre applicable, ce r\u00e9f\u00e9rentiel doit \u00eatre lui-m\u00eame int\u00e9gr\u00e9 au sein d&rsquo;un droit comptable.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref120\">[120]<\/a>\u00a0Si la recherche de conformit\u00e9 des pratiques \u00e0 la norme ne peut se concevoir que comme un acte volontaire par opposition \u00e0 fortuit ou allant de soi, la reconnaissance de cette conformit\u00e9 est un autre probl\u00e8me qui renvoie aux notions d\u2019audit et\/ou de contr\u00f4le exerc\u00e9 par des auditeurs.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref121\">[121]<\/a>\u00a0La p\u00e9riode ach\u00e9m\u00e9nide (648 \u00e0 330 ans avant J. C.) marque le r\u00e8gne du premier empire perse sur une grande partie du <a title=\"Moyen-Orient\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Moyen-Orient\">Moyen-Orient<\/a> int\u00e9grant, notamment, la M\u00e9sopotamie et Babylone.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref122\">[122]<\/a>\u00a0Le darique est fait d&rsquo;or tr\u00e8s pur \u00e0 23,25 carats et pesant environ 8,34\u00a0grammes. 3\u00a0000 dariques forment un <em>talent<\/em>, qui est la plus grosse unit\u00e9 de poids et mon\u00e9taire. La frappe des pi\u00e8ces d&rsquo;or est une pr\u00e9rogative du roi. Il existe aussi des pi\u00e8ces d&rsquo;argent, pur \u00e0 90\u00a0%, appel\u00e9es <em>shekels<\/em> ou <em>sicles<\/em> pesant environ 5,56\u00a0grammes. Vingt shekels ont la valeur d&rsquo;un darique. Les pi\u00e8ces d&rsquo;argent et de cuivre peuvent \u00eatre frapp\u00e9es occasionnellement par les satrapes.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref123\">[123]<\/a>\u00a0Les dirigeants s\u2019appelaient au 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle des \u00ab\u00a0administrateurs\u00a0\u00bb qui pouvaient \u00eatre propri\u00e9taires ou non d\u2019une part plus ou moins grande du capital de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref124\">[124]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Aliquote\u00a0\u00bb se dit d&rsquo;une quantit\u00e9 contenue un nombre exact de fois dans le tout. Deux, trois, quatre, six, sont des parties aliquotes de douze.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref125\">[125]<\/a>\u00a0Il s\u2019agit de caract\u00e8res \u00e9gyptiens anciens correspondant \u00e0 une \u00e9criture courante non sacr\u00e9e, issue de la simplification des hi\u00e9roglyphes. Le terme d\u00e9motique, signifiant \u00e9tymologiquement \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb, d\u00e9signe dans le contexte de l&rsquo;\u00e9gyptologie tout \u00e0 la fois une \u00e9criture et l&rsquo;\u00e9tat de la langue \u00e9gyptienne qu&rsquo;elle note, par opposition avec les formes hi\u00e9ratique et hi\u00e9roglyphique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref126\">[126]<\/a>\u00a0En Cr\u00e8te \u00e9galement, la d\u00e9couverte r\u00e9cente, au d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, par l&rsquo;arch\u00e9ologue anglais <a title=\"Arthur John Evans\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Arthur_John_Evans\">Arthur John Evans<\/a> de la civilisation minoenne datant de 2\u00a0700 \u00e0 <a title=\"XIIIe si\u00e8cle av. J.-C.\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/XIIIe_si%C3%A8cle_av._J.-C.\">1\u00a0200 av. J.-C.<\/a> a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 d\u2019importantes connaissances comptables dans des \u00e9tats ou des notes sp\u00e9cialement con\u00e7us \u00e0 cet effet (Federigo MELIS, 1948),<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref127\">[127]<\/a>\u00a0Le souvenir de ces premiers temps s&rsquo;est conserv\u00e9 dans notre <a title=\"Vocabulaire\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vocabulaire\">vocabulaire<\/a>. Toucher le pactole \u00e9voque le fleuve <a title=\"Pactole\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pactole\">Pactole<\/a> de <a title=\"Lydie\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Lydie\">Lydie<\/a>, qui charriait des <a title=\"P\u00e9pite (page inexistante)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=P%C3%A9pite&amp;action=edit&amp;redlink=1\">p\u00e9pites<\/a> faites d&rsquo;un m\u00e9lange d&rsquo;<a title=\"Or\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Or\">or<\/a> et d&rsquo;<a title=\"Argent\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Argent\">argent<\/a>, <a title=\"Alliage\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alliage\">alliage<\/a> nomm\u00e9 \u201c<a title=\"\u00c9lectrum\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectrum\">\u00e9lectrum<\/a>\u201d et dans lequel \u00e9taient frapp\u00e9es les pi\u00e8ces les plus anciennes.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref128\">[128]<\/a>\u00a0Vers 406, les sept statues d&rsquo;or du Parth\u00e9non sont monnay\u00e9es, sous forme de Stat\u00e8re et de T\u00e9tradrachme avec un ratio 1\/12 avec les \u00e9quivalents en argent. Il faudra attendre 267-265 avant J.\u00a0C. pour qu&rsquo;un second monnayage d&rsquo;or soit organis\u00e9. En revanche les mines d&rsquo;argent du <a title=\"Laurion\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Laurion\">Laurion<\/a> en Attique employaient en permanence entre 20\u00a0000 et 30\u00a0000 personnes, principalement des esclaves, ce qui donne une id\u00e9e de l&rsquo;importance de la monnaie dans le monde hell\u00e9nique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref129\">[129]<\/a>\u00a0D\u00e8s ses d\u00e9buts, la monnaie est le \u00ab\u00a0nerf de la guerre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref130\">[130]<\/a>\u00a0La monnaie m\u00e9tallique sera aussi un \u00e9l\u00e9ment central de la vie \u00e9conomique et politique de deux empires\u00a0: Rome et la Chine.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref131\">[131]<\/a>\u00a0Les mots monnaie, moneda, money&#8230; d\u00e9rivent de ce m\u00eame qualificatif \u00ab\u00a0Moneta\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref132\">[132]<\/a>\u00a0L&rsquo;<a title=\"Aureus\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aureus\">aureus<\/a> p\u00e8se environ 8 g d&rsquo;or, sa <a title=\"Parit\u00e9\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Parit%C3%A9\">parit\u00e9<\/a> avec le denier d&rsquo;argent est fix\u00e9e \u00e0 1\/25<sup>e<\/sup>. Le denier lui-m\u00eame \u00e9quivaut \u00e0 4 sesterces de <a title=\"Bronze\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bronze\">bronze<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref133\">[133]<\/a>\u00a0Francis\u00e9 en sol ou sou, le terme a travers\u00e9 les si\u00e8cles\u00a0; il a aussi donn\u00e9 \u00ab\u00a0solde\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0soldat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref134\">[134]<\/a>\u00a0Gaius est un c\u00e9l\u00e8bre jurisconsulte romain du 2<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J. C. Il avait compos\u00e9 des Institutes, c\u2019est-\u00e0-dire des manuels de droit qui ont beaucoup servi \u00e0 la r\u00e9daction, trois si\u00e8cles plus tard, de celles qui portent le nom de <a href=\"http:\/\/www.cosmovisions.com\/Justinien.htm\">Justinien<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref135\">[135]<\/a>\u00a0Les Institutes de <a href=\"http:\/\/www.cosmovisions.com\/Justinien.htm\">Justinien<\/a> publi\u00e9es le 22 novembre 533 servent d&rsquo;introduction \u00e0 trois manuels de droit\u00a0: le Code, le Digeste ou les Pandectes et les Novelles. Ils contiennent les \u00e9l\u00e9ments de la l\u00e9gislation romaine portant sur les personnes &#8211; les choses (propri\u00e9t\u00e9 et diverses mani\u00e8res d&rsquo;acqu\u00e9rir, servitudes, prescription, testaments) &#8211; les obligations et les contrats &#8211; les actions.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref136\">[136]<\/a>\u00a0L&rsquo;exemple-type est l&rsquo;adoption qui \u00e9tablit un lien de filiation entre deux \u00eatres g\u00e9n\u00e9tiquement \u00e9trangers l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref137\">[137]<\/a>\u00a0Le latin <em>communio<\/em> (d\u2019o\u00f9 d\u00e9rive le mot \u00ab\u00a0communion\u00a0\u00bb) d\u00e9signe l&rsquo;union d&rsquo;intention d&rsquo;individus, d\u2019un groupe de personnes ou d&rsquo;entit\u00e9s distinctes \u00e0 travers une harmonie d&rsquo;action et de sentiment au cours d&rsquo;une d\u00e9marche partag\u00e9e. Actuellement, des chefs d\u2019entreprise fran\u00e7ais participent \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de communion cherchant \u00e0 construire des relations humaines authentiques et profondes entre des personnes diff\u00e9rentes et \u00e9gales (http:\/\/focolari.fr\/?p=996).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref138\">[138]<\/a>\u00a0Le terme \u00ab\u00a0universitas\u00a0\u00bb d\u00e9signait dans la bulle \u00e9manant de la chancellerie du pape Gr\u00e9goire IX (1227-1241) en s&rsquo;intitulant \u00ab\u00a0Parens scientiarum universitas\u00a0\u00bb en date du 13 avril 1231\u00a0: \u00ab\u00a0tout groupe d&rsquo;hommes ayant un lien organique ou une commune appartenance\u00a0\u00bb comme un \u00ab\u00a0collegium\u00a0\u00bb qui suppose la personne morale (Sitographie n\u00b0\u00a012).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref139\">[139]<\/a> Le pater familias ou \u00ab\u00a0p\u00e8re de la famille\u00a0\u00bb en latin, \u00e9tait l&rsquo;homme de plus haut rang dans une maisonn\u00e9e romaine. Il d\u00e9tenait la puissance paternelle \u00ab\u00a0de vie ou de mort\u00a0\u00bb sur sa femme, ses enfants et ses esclaves. Elle \u00e9tait viag\u00e8re et ne s&rsquo;\u00e9teignait, sauf adoption, qu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref140\">[140]<\/a> Les soci\u00e9t\u00e9s de publicains, cr\u00e9\u00e9es par de puissants financiers, b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019adjudication de la perception des imp\u00f4ts dans telle ou telle province. Elles ne disparaissent pas au d\u00e9c\u00e8s ou au changement de leurs actionnaires, la situation de l\u2019h\u00e9ritier publicain faisant exception aux principes habituels de l\u2019intuitu personae gouvernant les soci\u00e9t\u00e9s ordinaires. L\u2019intuitu personae qualifie un contrat conclu par rapport \u00e0 la personne avec laquelle il a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 comme, par exemple, le contrat de travail, le mandat, le louage d&rsquo;ouvrage, etc. La personne du cocontractant ou ses caract\u00e9ristiques principales conditionnent la conclusion et l\u00b4ex\u00e9cution du contrat dans l&rsquo;intention des parties \u00e0 celui-ci.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref141\">[141]<\/a> L\u2019affectio societatis sera \u00e0 partir du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle en France une condition fondamentale \u00e9nonc\u00e9e par la loi dans la cr\u00e9ation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, personnalit\u00e9 morale.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref142\">[142]<\/a>\u00a0D\u2019autres auteurs tels que Pline le Jeune et Plaute ont aussi \u00e9crit de rares passages dans leurs \u0153uvres sur ce sujet.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref143\">[143]<\/a>\u00a0Seconde Action contre Verr\u00e8s, passim et aussi Pro Quinto Roscio Comcedo (Ed. Les Belles Lettres, 1921, pp. 135 et suiv.).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref144\">[144]<\/a>\u00a0L&rsquo;expression Tabulae est toujours au pluriel tandis que Tabula au singulier d\u00e9signe une tablette ou une planchette.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref145\">[145]<\/a>\u00a0Ll&rsquo;expression Expenso ferre, ou facere, ou habere, employ\u00e9e par plusieurs auteurs latins, signifie : porter au d\u00e9bit de quelqu&rsquo;un une chose qu&rsquo;on lui a remise, une somme qu&rsquo;on lui a vers\u00e9e, donc qui est sortie (expensa). Tandis que son antonyme Accepto ferre, ou facere, ou habere, signifie porter au cr\u00e9dit le paiement re\u00e7u, et, tout simplement, lui donner quittance. Mais c&rsquo;est aussi inscrire une dette au cr\u00e9dit du cr\u00e9ancier. Comme il s&rsquo;agit fr\u00e9quemment de remises de fonds, accepti est un peu synonyme de recettes et expensi de sorties de fonds.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref146\">[146]<\/a>\u00a0Les calendes du mois sont le premier jour de chaque mois dans le calendrier romain qui, selon la tradition, en comportait \u00e0 l&rsquo;origine 10 en commen\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;\u00e9quinoxe de printemps ou vernal aux alentours du 1<sup>er<\/sup>\u00a0mars pour un total de 304 jours. Les jours restants \u00e9taient ajout\u00e9s \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, entre d\u00e9cembre et mars. Le calendrier romain commen\u00e7ant en mars, le nom du mois de <em>sept<\/em>embre ne pouvait qu\u2019avoir la m\u00eame racine latine que le nombre <em>sept<\/em> alors qu&rsquo;il est de nos jours le neuvi\u00e8me mois, etc. Ce calendrier romain perdurera jusqu\u2019\u00e0 la cr\u00e9ation du calendrier julien en 45 av. J.-C.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref147\">[147]<\/a>\u00a0Par opposition, une op\u00e9ration telle que le r\u00e8glement d\u2019un Fournisseur par un ch\u00e8que de banque est une op\u00e9ration compens\u00e9e car elle est sans contrepartie alg\u00e9brique de variation de richesses.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref148\">[148]<\/a>\u00a0ll correspond sensiblement \u00e0 notre compte actuel de R\u00e9sultat form\u00e9 par les Produits et les Charges.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref149\">[149]<\/a>\u00a0Ce paragraphe 5-4 est inspir\u00e9 de Edouard Richard (2009).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref150\">[150]<\/a> La notion de mandat tacite ne sera reconnue en France qu\u2019au 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref151\">[151]<\/a> La soci\u00e9t\u00e9 en nom collectif (SNC) est toujours pr\u00e9sente actuellement.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref152\">[152]<\/a> Ginossar propose une doctrine personnaliste du domaine des droits r\u00e9els afin d\u2019exclure de celui-ci le droit de propri\u00e9t\u00e9. Sa d\u00e9monstration est simple\u00a0: en donnant acc\u00e8s aux utilit\u00e9s de la chose, ce qui le distingue du droit de propri\u00e9t\u00e9, le droit r\u00e9el est lui-m\u00eame une chose appropriable, c\u2019est-\u00e0-dire un bien. En cons\u00e9quence, si le droit de propri\u00e9t\u00e9 est un droit r\u00e9el, il est une chose qui doit \u00eatre elle-m\u00eame appropri\u00e9e par un droit de propri\u00e9t\u00e9, ce qui est un non sens logique. Il est donc n\u00e9cessaire de distinguer droit r\u00e9el et droit de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref153\">[153]<\/a> Parmi ces indices, par exemple, l\u2019impossibilit\u00e9 de compensation des cr\u00e9ances sociales du collectif form\u00e9 par les associ\u00e9s de celles d\u2019un associ\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 individuellement. L\u2019impossibilit\u00e9 pour un cr\u00e9ancier social, dans les statuts de Sienne de 1292, de pouvoir saisir autre chose que les biens sociaux et, dans ceux de Florence de 1301, l\u2019interdiction faite au cr\u00e9ancier personnel de se servir sur le patrimoine social\u2026<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref154\">[154]<\/a>\u00a0L\u2019intuitu personae signifie \u00ab\u00a0en consid\u00e9ration, en fonction de la personne\u00a0\u00bb. Ce qui veut dire qu\u2019en fait la personnalit\u00e9 du g\u00e9rant ou de l&rsquo;associ\u00e9 est \u00ab\u00a0essentielle\u00a0\u00bb, tout reposant sur elle. Ainsi, dans une op\u00e9ration contractuelle, son usage exprime le fait que, dans l&rsquo;intention des parties, la personne du cocontractant ou ses caract\u00e9ristiques principales conditionnent la conclusion et l\u00b4ex\u00e9cution du contrat.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref155\">[155]<\/a>\u00a0Confusion entre une commandite et une soci\u00e9t\u00e9 en nom collectif mais aussi sur l\u2019\u00e9tendue de la responsabilit\u00e9 des associ\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref156\">[156]<\/a>\u00a0Pourtant, un si\u00e8cle et demi plus tard, ce probl\u00e8me de la transmission de la propri\u00e9t\u00e9 du commanditaire vers la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est toujours pas quelque chose d\u2019\u00e9vident (P. B. Boucher, 1808).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref157\">[157]<\/a>\u00a0Les syndics sont les anc\u00eatres des commissaires aux comptes.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref158\">[158]<\/a>\u00a0Entre 1807 et 1867, seulement 651 soci\u00e9t\u00e9s anonymes ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9es en France. Il s&rsquo;agissait de soci\u00e9t\u00e9s de capitaux h\u00e9rit\u00e9es de l&rsquo;Ancien R\u00e9gime, comme la compagnie des mines d&rsquo;Anzin, la compagnie des mines d&rsquo;Aniche ou Saint-Gobain, ou de soci\u00e9t\u00e9s importantes o\u00f9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public \u00e9tait en cause, comme les soci\u00e9t\u00e9s de canaux et d&rsquo;assurances, puis de chemins de fer. Les soci\u00e9t\u00e9s anonymes industrielles \u00e9taient par ailleurs peu nombreuses, essentiellement dans la sid\u00e9rurgie et la construction m\u00e9canique. Elles r\u00e9sultaient de la transformation ou du regroupement de soci\u00e9t\u00e9s existantes qui avaient besoin d&rsquo;\u00e9largir leurs capitaux sociaux et qui avaient d\u00e9j\u00e0 fait la preuve de leur bonne gestion et de leur solidit\u00e9. La n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;autorisation du Conseil d&rsquo;\u00c9tat \u00e9tait en effet motiv\u00e9e par la crainte exprim\u00e9e par les milieux d&rsquo;affaires et les pouvoirs publics de voir se constituer de grandes entit\u00e9s anonymes susceptibles de mettre en p\u00e9ril l&rsquo;\u00e9pargne du public par une sp\u00e9culation non contr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref159\">[159]<\/a>\u00a0C\u2019est Clermont-Tonnerre qui d\u00e9fendit l\u2019id\u00e9e selon laquelle il fallait que la personne morale, r\u00e9alit\u00e9 spontan\u00e9e et g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la volont\u00e9 des associ\u00e9s dans un but commun, \u00e9chappe au contr\u00f4le de l\u2019Etat. Mais ce fut la conception oppos\u00e9e \u00e0 la personne morale, c\u2019est-\u00e0-dire la th\u00e9orie de la fiction l\u00e9gale de Thouret et Mirabeau, qui l\u2019emporta.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref160\">[160]<\/a>\u00a0En comparaison, les parts d\u2019associ\u00e9s dans les \u00ab\u00a0partnerships\u00a0\u00bb anglaises furent consid\u00e9r\u00e9es r\u00e9elles, c\u2019est-\u00e0-dire immobili\u00e8res jusqu\u2019en 1836. Chaque associ\u00e9 \u00e9tait personnellement responsable et, en cas de litige, les cr\u00e9anciers devaient poursuivre s\u00e9par\u00e9ment chacun d\u2019entre eux. Il fallut le \u00ab\u00a0joint stock company act\u00a0\u00bb de 1844 pour que l\u2019incorporation de tous les associ\u00e9s dans un seul ayant la personnalit\u00e9 morale se fasse par simple enregistrement.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref161\">[161]<\/a>\u00a0Le principe selon lequel le droit de l\u2019associ\u00e9 ne serait qu\u2019un droit de cr\u00e9ance a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 par la Cour de cassation dans un arr\u00eat en date du 20 f\u00e9vrier 2007.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref162\">[162]<\/a>\u00a0La s\u00e9paration du capital personnel de l&rsquo;investisseur de celui investi dans la soci\u00e9t\u00e9 anonyme est une garantie contre \u00ab\u00a0la loi des h\u00e9ritiers\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la volont\u00e9 d&rsquo;\u00e9viter que seuls les h\u00e9ritiers ne soient les propri\u00e9taires d&rsquo;entreprises sources de cr\u00e9ation de richesses.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref163\">[163]<\/a>\u00a0Nous verrons au chapitre 7 que la solution \u00e0 ce probl\u00e8me passe par une distinction imp\u00e9rative entre le profite et la rente.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref164\">[164]<\/a>\u00a0Par exemple, lors de la dissolution de la soci\u00e9t\u00e9, les associ\u00e9s peuvent reprendre les biens qu\u2019ils ont respectivement apport\u00e9s au fonds social, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un brevet, d\u2019un immeuble ou d\u2019un fonds de commerce, bien que le fonds social devrait \u00eatre partag\u00e9 sans distinction entre eux suivant leurs apports.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref165\">[165]<\/a>\u00a0En Allemagne, la \u00ab\u00a0main commune\u00a0\u00bb est le principe de l\u2019affectation exclusive du patrimoine commun au but social opposable aux tiers par le fait qu\u2019elle est rendue publique, les associ\u00e9s restant cependant copropri\u00e9taires des biens sociaux.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref166\">[166]<\/a>\u00a0En Allemagne, depuis le d\u00e9but du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, pr\u00e9vaut la primaut\u00e9 de la conception \u00e9conomique de l\u2019entreprise attribuant une sorte de personnalit\u00e9 juridique au fonds de commerce, lequel se d\u00e9tache alors du commer\u00e7ant en constituant un patrimoine distinct.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref167\">[167]<\/a> D. Barjot, L&rsquo;autofinancement, Entreprises et Histoire. n\u00b0 22, octobre 1999.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref168\">[168]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Le 3 juillet 1914, dans le conflit opposant Lucien Bailly \u2014 un ing\u00e9nieur des Mines devenu le d\u00e9fenseur des actionnaires m\u00e9contents \u2014 aux Forges et fonderies de Montataire, le Tribunal de commerce de la Seine prend la d\u00e9cision de confirmer la souverainet\u00e9 de fait des administrateurs de soci\u00e9t\u00e9s en mati\u00e8re de politique de dividendes\u00a0\u00bb (Yannick Lemarchand, 1993).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref169\">[169]<\/a>\u00a0Cette s\u00e9paration est \u00e0 l&rsquo;origine de la cr\u00e9ation de la Securities and Exchange Commission (SEC) aux \u00c9tats-Unis pour prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats des petits porteurs.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref170\">[170]<\/a>\u00a0Le manager, en rempla\u00e7ant le capitaliste, prend le pouvoir dans l\u2019entreprise.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref171\">[171]<\/a>\u00a0Avec les progr\u00e8s de la technologie, ce sont les managers constituant la technostructure qui prennent effectivement les d\u00e9cisions dans le cadre de la fili\u00e8re invers\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref172\">[172]<\/a>\u00a0Cela devait permettre au pays concern\u00e9 d\u2019adh\u00e9rer au FMI et de profiter de ses conseils.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref173\">[173]<\/a>\u00a0La FED refusait cat\u00e9goriquement de r\u00e9gler sa politique d\u2019\u00e9mission de monnaie sur le maintien de l\u2019\u00e9quilibre de la balance des paiements des Etats-unis.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref174\">[174]<\/a>\u00a0La pratique \u00e9tait la suivante\u00a0: les banques empruntaient de l\u2019argent \u00e0 court terme \u00e0 la FED \u00e0 un taux maximum de i\u00a0% et achetaient aussit\u00f4t, avec l\u2019argent ainsi obtenu, des obligations du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain qui, au d\u00e9but, rapportaient n fois plus que i\u00a0%. Cette pratique des placements bancaires en obligations publiques permettait de soutenir l\u2019appareil bancaire.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref175\">[175]<\/a>\u00a0Le Tr\u00e9sor am\u00e9ricain devrait normalement compter ces r\u00e9serves comme une dette des Etats-Unis vis-\u00e0-vis des autres pays, ce qui n\u2019est pas encore le cas, pr\u00e9f\u00e9rant que, par ce biais, les banques centrales du monde entier continuent \u00e0 mon\u00e9tiser la dette publique des Etats-Unis, lesquels peuvent ainsi financer ind\u00e9finiment une partie de leurs d\u00e9penses publiques.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref176\">[176]<\/a>\u00a0Daniel Bouton, ancien directeur du Budget mais aussi de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, d\u00e9clarait \u00e0 l\u2019AFP le 5 septembre 1994\u00a0que par leur masse consid\u00e9rable, sans \u00e9quivalent dans l&rsquo;histoire si l&rsquo;on excepte les p\u00e9riodes de guerre, les dettes des Etats offertes sur les march\u00e9s par les Tr\u00e9sors publics repr\u00e9sentaient tout d&rsquo;abord un gisement \u00e0 peu pr\u00e8s illimit\u00e9 d&rsquo;instruments de sp\u00e9culation.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref177\">[177]<\/a>\u00a0Ces march\u00e9s qui sont dits \u00ab\u00a0de produits d\u00e9riv\u00e9s\u00a0\u00bb \u00a0prennent souvent la forme d\u2019options pouvant s\u2019acheter et se vendre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref178\">[178]<\/a>\u00a0l\u2019EVA<sup>\u00ae<\/sup> (Economic Value Added ou \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur intrins\u00e8que\u00a0\u00bb, popularis\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 1990 par le cabinet Stern Stewart qui l\u2019a cr\u00e9\u00e9e), a \u00e9t\u00e9 mise au point pour mesurer cette cr\u00e9ation de valeur actionnariale dont elles ont d\u2019ailleurs permis la vulgarisation dans le monde entier. C\u2019est certainement dans la rigueur de l\u2019analyse tr\u00e8s fine des r\u00e9sultats comptables que r\u00e9side le principal int\u00e9r\u00eat de cette m\u00e9thode.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref179\">[179]<\/a>\u00a0Bien que la r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants li\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation de valeur ne soit pas encore tr\u00e8s r\u00e9pandue en Europe, elle constitue un pr\u00e9alable que les inventeurs de ces m\u00e9thodes estiment incontournable \u00e0 toute modification en profondeur des comportements des dirigeants.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref180\">[180]<\/a>\u00a0Cette notion de cr\u00e9ation de valeur ne fait que transposer au niveau global de l&rsquo;entreprise, les principes mis en \u0153uvre dans la th\u00e9orie financi\u00e8re classique de la valeur actuelle nette (VAN) dans les choix d&rsquo;investissements.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref181\">[181]<\/a>\u00a0Le th\u00e9or\u00e8me d\u2019I. Fischer s\u2019\u00e9nonce de la mani\u00e8re suivante\u00a0: \u00ab\u00a0 la valeur de tout bien de capital est \u00e9gale \u00e0 la somme des valeurs actualis\u00e9es des revenus mon\u00e9taires que la d\u00e9tention et la mise en \u0153uvre de ce bien capital permettent de r\u00e9aliser\u00a0\u00bb (Cobbaut, 1992).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref182\">[182]<\/a>\u00a0La comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des techniques utilis\u00e9es en comptabilit\u00e9 par une entreprise pour modifier l\u00e9galement la pr\u00e9sentation de ses comptes dans un sens plus favorable \u00e0 ses attentes. On parle \u00e9galement de \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9 imaginative\u00a0\u00bb, ou de \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9 d&rsquo;intention\u00a0\u00bb. Cette derni\u00e8re expression, plus p\u00e9jorative peut-\u00eatre, sugg\u00e8re toutefois que la pr\u00e9sentation des comptes n&rsquo;est pas une op\u00e9ration d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9es de la part de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref183\">[183]<\/a>\u00a0Le Goodwill est l\u2019\u00e9cart d&rsquo;acquisition sur la valeur des immobilisations incorporelles de l&rsquo;entreprise.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref184\">[184]<\/a>\u00a0Il n\u2019est pas s\u00fbr d\u2019ailleurs que tous les actionnaires soient conscients de ces cons\u00e9quences\u00a0!<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref185\">[185]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Un partenariat se d\u00e9finit, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rique, comme une association en vue de mener une action commune\u00a0\u00bb (G\u00e9rard Charreaux et Philippe Desbri\u00e8res, 1998). Ce concept, plut\u00f4t que le terme \u00ab\u00a0holiste\u00a0\u00bb, se trouve au c\u0153ur de diff\u00e9rentes analyses cherchant \u00e0 qualifier l\u2019essence de la firme.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref186\">[186]<\/a>\u00a0Lequel ne sera accept\u00e9 en France qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 tout en continuant de faire d\u00e9bat encore actuellement.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref187\">[187]<\/a>\u00a0Ce paragraphe 7-1 est inspir\u00e9 de Philippe Lefebvre (2009).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref188\">[188]<\/a>\u00a0L\u2019analyse pionni\u00e8re d\u2019Adam Smith sur la division du travail dans une fabrique d\u2019\u00e9pingles a favoris\u00e9 un consensus sans appel sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019il existe une hi\u00e9rarchie d\u2019usine, ce qui peut sembler normal dans des \u00e9tablissements d\u2019assez grande taille.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref189\">[189]<\/a>\u00a0Le louage d\u2019ouvrage repose sur l\u2019autonomie de l\u2019ouvrier dans son travail. Il est contr\u00f4l\u00e9 uniquement sur le r\u00e9sultat qu\u2019il s\u2019engage \u00e0 fournir apr\u00e8s marchandage de ses conditions d\u2019application et non par la surveillance de sa conduite pendant la r\u00e9alisation de son travail.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref190\">[190]<\/a>\u00a0Le louage de service repose sur la subordination du travailleur \u00e0 celui qui l\u2019emploie, lui \u00f4tant toute autonomie dans la r\u00e9alisation du travail.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref191\">[191]<\/a>\u00a0Ernest D\u00e9sir\u00e9 Glasson (1839 \u2013 1907) est \u00e9lu membre de l&rsquo;<a title=\"Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Acad%C3%A9mie_des_sciences_morales_et_politiques\">Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques<\/a> en <a title=\"1882\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1882\">1882<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref192\">[192]<\/a>\u00a0A l\u2019exception des articles 1780 et 1781 qui l\u2019assimilent \u00e0 un \u00ab\u00a0louage de services des domestiques et ouvriers\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un \u00e9tat de subordination. L\u2019article 1780 pr\u00e9cise \u00a0que l\u2019\u00ab\u00a0on ne peut engager ses services qu\u2019\u00e0 temps ou pour une entreprise d\u00e9termin\u00e9e\u00a0\u00bb, ce qui rend impossible le contrat \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. Avec l\u2019article 1781, \u00ab\u00a0Le ma\u00eetre est cru sur son affirmation\u00a0\u00bb, ce qui impose qu\u2019en cas de litige, par exemple sur le salaire, la parole du ma\u00eetre l\u2019emporte sur celle de l\u2019ouvrier devant les tribunaux. Cet article 1781 ne sera abrog\u00e9 que par la loi du 2 ao\u00fbt 1868.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref193\">[193]<\/a>\u00a0Apr\u00e8s la suppression des corps interm\u00e9diaires par l\u2019article 1<sup>er<\/sup> du d\u00e9cret d\u2019Allarde, le 2 mars 1791 qui \u00e9limine tous les niveaux de droits multiples et concurrents accumul\u00e9s au cours de l\u2019Ancien R\u00e9gime sur les choses, le Code civil de 1804 allait \u00e9noncer dans son article 544 une nouvelle d\u00e9finition du droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0La propri\u00e9t\u00e9 est le droit de jouir et disposer des choses de la mani\u00e8re la plus absolue, pourvu qu\u2019on n\u2019en fasse pas un usage prohib\u00e9 par les lois ou par les r\u00e8glements\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref194\">[194]<\/a>\u00a0Notamment par les r\u00e8glements d\u2019atelier qui deviendront plus tard les r\u00e8glements int\u00e9rieurs des entreprises. Ils \u00e9taient cens\u00e9s \u00eatre des conventions consenties du fait m\u00eame d\u2019\u00eatre embauch\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref195\">[195]<\/a>\u00a0Il partit de la question des retraites des agents de chemins de fer pour faire de l\u2019ouvrier de la grande industrie le personnage central de son allocution.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref196\">[196]<\/a>\u00a0A cet oubli des ouvriers par le droit correspond leur oubli par l\u2019Etat.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref197\">[197]<\/a> Les conseils de prud\u2019hommes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par la loi du 18 mars 1806.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref198\">[198]<\/a>\u00a0Des accords collectifs sur les tarifs sont valid\u00e9s et publi\u00e9s par la Ville de Paris, rapidement suivie en cela par de nombreuses autres municipalit\u00e9s (Cottereau, 2002).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref199\">[199]<\/a>\u00a0C\u2019est la raison pour laquelle fut vot\u00e9 le 22 juin 1854, apr\u00e8s la Commune de 1848 et les agitations ouvri\u00e8res qu\u2019elle engendra, le \u00ab\u00a0livret ouvrier g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9\u00a0\u00bb renfor\u00e7ant les mesures de restrictions de celui de 1803 avec pour objectif un contr\u00f4le beaucoup plus strict du travail et des d\u00e9placements des travailleurs, le maire ou le pr\u00e9fet \u00e9tant ma\u00eetres de son application.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref200\">[200]<\/a>\u00a0Certaines de ces caract\u00e9ristiques avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mises en \u00e9vidence par diff\u00e9rents auteurs tels que G\u00e9raldine Bloy (2000), Patrick Fridenson (2003), etc.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref201\">[201]<\/a>\u00a0Il s\u2019agit d\u2019actions s\u2019effectuant autour du travail, celles d\u2019interventions directes sur le travail que l\u2019on rencontre actuellement sont alors inexistantes. Nous pouvons ramener celles-ci au nombre de quatre\u00a0: \u00ab\u00a0allocation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0contr\u00f4le\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0orientation\u00a0\u00bb concernant la qualit\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cution ou les mani\u00e8res d\u2019op\u00e9rer et \u00ab\u00a0intensification\u00a0\u00bb du travail concernant la quantit\u00e9 de celui-ci.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref202\">[202]<\/a>\u00a0Une tr\u00e8s forte proportion des travaux individuels rel\u00e8ve de l\u2019apprentissage d\u2019un m\u00e9tier qui permet \u00e0 l\u2019ouvrier de faire face seul \u00e0 la plupart des situations rencontr\u00e9es dans le travail sans avoir besoin de recourir \u00e0 l\u2019intervention d\u2019un contrema\u00eetre. Selon le vocabulaire de Henry Mintzberg (1982), il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0standardisation des qualifications\u00a0\u00bb qui l\u2019emporte sur la \u00ab\u00a0supervision directe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref203\">[203]<\/a>\u00a0Une \u00e9quipe se forme lorsque l\u2019activit\u00e9 concern\u00e9e requiert l\u2019interaction continue d\u2019un petit nombre d\u2019ouvriers. Elles sont autonomes dans un sens diff\u00e9rent de celui utilis\u00e9 actuellement car elles ne sont pas constitu\u00e9es de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e pour am\u00e9liorer certains crit\u00e8res \u00e9conomiques de performance mais en raison uniquement des caract\u00e9ristiques de l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref204\">[204]<\/a>\u00a0Le caract\u00e8re routinier des travaux r\u00e9alis\u00e9s d\u00e9termine leur prix qui est un salaire aux pi\u00e8ces directement proportionnel \u00e0 la quantit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e. Le salaire aux pi\u00e8ces se distingue du salaire au rendement qui n\u2019est pas directement proportionnel aux nombre d\u2019unit\u00e9s produites en se calculant de mani\u00e8re diff\u00e9rentielle comme chez Taylor, avec ou sans seuil, et qui n\u2019appara\u00eet dans les entreprises qu\u2019apr\u00e8s 1870.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref205\">[205]<\/a>\u00a0Il porte sur des fabrications peu courantes ou de r\u00e9alisation incertaine qui n\u00e9cessitent de faire preuve d\u2019astuce et de savoir-faire. Selon les cas, il y a mise en concurrence ou non d\u2019ouvriers. La premi\u00e8re forme est le t\u00e2cheronnat dans lequel un ouvrier-t\u00e2cheron n\u00e9gocie le montant du service \u00e0 rendre puis embauche et r\u00e9mun\u00e8re directement des ouvriers. Sous la deuxi\u00e8me forme, le t\u00e2cheron n\u2019intervient pas, les ouvriers qui r\u00e9alisent le travail n\u00e9gociant directement et pour eux-m\u00eames, soit individuellement, soit collectivement.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref206\">[206]<\/a>\u00a0La plus saillante de ces questions est la contestation ouvri\u00e8re sur les retraites dans les compagnies de chemin de fer bien qu\u2019elle ne constitue qu\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9 dans l\u2019ensemble des questions.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref207\">[207]<\/a>\u00a0L\u2019expression \u00ab\u00a0Grande D\u00e9pression\u00a0\u00bb qui, apr\u00e8s <a title=\"Grande D\u00e9pression\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Grande_D%C3%A9pression\">la crise de 1929<\/a>, se transforma en \u00ab\u00a0Longue D\u00e9pression\u00a0\u00bb est impropre dans la mesure o\u00f9 il s\u2019est agi plut\u00f4t d&rsquo;un <a title=\"Ralentissement \u00e9conomique\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ralentissement_%C3%A9conomique\">ralentissement \u00e9conomique<\/a> ou d&rsquo;une <a title=\"Stagnation \u00e9conomique\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stagnation_%C3%A9conomique\">stagnation \u00e9conomique<\/a>, et non d&rsquo;une v\u00e9ritable <a title=\"D\u00e9pression (\u00e9conomie)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9pression_%28%C3%A9conomie%29\">d\u00e9pression<\/a> puisque le <a title=\"Produit national brut\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Produit_national_brut\">PNB<\/a> a continu\u00e9 \u00e0 cro\u00eetre sur la p\u00e9riode dans tous les pays, l\u2019\u00e9conomie mondiale doublant largement de 1870 \u00e0 1913.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref208\">[208]<\/a>\u00a0Ces oppositions tr\u00e8s vives \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 apparues d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1870, la proposition du contrat de travail ne faisant que les cristalliser.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref209\">[209]<\/a>\u00a0Delecroix est l\u2019inspirateur de Glasson qui lui empruntera l\u2019expression \u00ab\u00a0contrat de travail\u00a0\u00bb qui figurait dans son article de 1885.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref210\">[210]<\/a>\u00a0Emile Cheysson est un ancien directeur des usines du Creusot et un futur membre de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences morales et politiques comme l\u2019\u00e9tait Glasson.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref211\">[211]<\/a>\u00a0Ce comportement malheureux serait li\u00e9 \u00e0 son pass\u00e9 d\u2019ouvrier qui, sorti du rang, se situe \u00e0 la hauteur des parvenus.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref212\">[212]<\/a>\u00a0La subordination juridique implique la protection de l\u2019ouvrier par le patron au moyen de l\u2019autorit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 sa fonction. Celle-ci semble \u00eatre devenue une \u00e9vidence pour tous dans sa fa\u00e7on de diriger le travail vers un but pr\u00e9cis et dans la discipline qu\u2019il fait respecter par la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref213\">[213]<\/a>\u00a0Si la notion de contrat de travail est stabilis\u00e9e d\u00e8s 1932 avec les interpr\u00e9tations restrictives de la Cour de cassation, elle ne devient r\u00e9ellement op\u00e9rationnelle qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 sont extraites du droit du travail les lois du droit de la protection sociale (1935 \u2013 1936) applicables \u00e0 tous les travailleurs, qu\u2019ils soient salari\u00e9s ou ind\u00e9pendant (Jean-Pierre Le Crom, 2001).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref214\">[214]<\/a>\u00a0Si, dans la loi du 18 juillet 1901 destin\u00e9e \u00e0 garantir le travail aux r\u00e9servistes, le premier emploi de l\u2019expression \u00ab\u00a0contrat de travail\u00a0\u00bb est relativement pr\u00e9coce, ce sera le seul jusqu\u2019au nouveau Code du travail promulgu\u00e9 par la loi du <a title=\"2 janvier\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/2_janvier\">2<\/a>\u00a0<a title=\"Janvier 1973\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Janvier_1973\">janvier<\/a>\u00a0<a title=\"1973 en droit\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1973_en_droit\">1973<\/a> qui substitue cette expression \u00e0 celle de \u00ab\u00a0contrat de louage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref215\">[215]<\/a>\u00a0Ce nouveau r\u00f4le concerne l\u2019orientation, l\u2019intensification du travail, l\u2019allocation du travail, le contr\u00f4le ex post, la gestion de la main-d\u2019\u0153uvre, la pr\u00e9paration avanc\u00e9e des conditions de r\u00e9alisation du travail ouvrier.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref216\">[216]<\/a>\u00a0Lorsque le code du commerce introduit la soci\u00e9t\u00e9 anonyme en 1807 dans le droit, l&rsquo;entreprise moderne n&rsquo;existe pas. Pas plus qu&rsquo;elle n&rsquo;existe lorsque la SA est lib\u00e9ralis\u00e9e avec la loi de 1867. A cette \u00e9poque, le contrat de travail n&rsquo;existe d&rsquo;ailleurs pas non plus.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref217\">[217]<\/a>\u00a0Selon Fayol, ce profit doit \u00eatre doit \u00eatre du m\u00eame niveau que ce que rapporte un placement tel une rente ou une obligation.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref218\">[218]<\/a>\u00a0Dans la mesure o\u00f9 le principe de fixit\u00e9 de sa valeur, selon la r\u00e8gle fondamentale instaur\u00e9e le 11 juillet 1818, n\u2019est plus respect\u00e9<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref219\">[219]<\/a>\u00a0Les investisseurs institutionnels ne s\u2019impliquent pas davantage dans la strat\u00e9gie de l\u2019entreprise : leur seul crit\u00e8re de choix est la rentabilit\u00e9 financi\u00e8re au regard du risque pris.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref220\">[220]<\/a> R. GIRARD, membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie Am\u00e9ricaine des Arts et des Sciences depuis 1979 et de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise depuis 2005, est Professeur de litt\u00e9rature et d\u2019anthropologie dans plusieurs universit\u00e9s am\u00e9ricaines dont celles de Buffalo, John Hopkins de Baltimore et Stanford en Californie. Il se d\u00e9finit lui-m\u00eame comme un anthropologue de la violence et du religieux pour expliquer la constitution des ph\u00e9nom\u00e8nes culturels de toute soci\u00e9t\u00e9. Le point de d\u00e9part de sa r\u00e9flexion se situe dans l\u2019analyse des rapports de d\u00e9sir dans les grands romans \u00e9crits au cours de l\u2019histoire et par laquelle il mettra en \u00e9vidence la notion de \u00ab\u00a0d\u00e9sir mim\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref221\">[221]<\/a>\u00a0Nous pouvons d\u2019ailleurs constater, encore actuellement, que l&rsquo;accent est mis sur les techniques, les proc\u00e9dures et les m\u00e9thodes de pr\u00e9paration des \u00e9tats financiers dans l&rsquo;enseignement de la comptabilit\u00e9 ce qui comporte des lacunes importantes car il est simplement demand\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tudiant d\u2019acqu\u00e9rir la capacit\u00e9 et l\u2019habilet\u00e9 se r\u00e9sumant \u00e0 la pratique des comptables, au lieu de l\u2019inciter \u00e0 s\u2019approprier les connaissances lui permettant d\u2019acqu\u00e9rir une compr\u00e9hension appropri\u00e9e des techniques mises en \u0153uvre par les comptables pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qu\u2019ils rencontrent quotidiennement.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref222\">[222]<\/a>\u00a0Le mot \u00ab\u00a0comptable\u00a0\u00bb est un d\u00e9riv\u00e9 du mot \u00ab\u00a0compte\u00a0\u00bb,<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref223\">[223]<\/a>\u00a0Le mot \u00ab\u00a0comptabilit\u00e9\u00a0\u00bb qui semble remonter \u00e0 1579 fut d\u00e9fini pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019Encyclop\u00e9die en 1753.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref224\">[224]<\/a>\u00a0La th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9 de Dumarchey n\u2019a rien \u00e0 voir avec celle de Watt et Zimmerman (1978)<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref225\">[225]<\/a>\u00a0Gabriel Faure \u00e9crit \u00e0 propos du livre de Penglaou<em> Introduction \u00e0 la technique comptable<\/em> que, \u00ab\u00a0sans \u00eatre tax\u00e9 d\u2019exag\u00e9ration\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0marque une date dans notre histoire professionnelle\u00a0\u00bb<em>. (L\u2019\u00e9volution de l\u2019esprit comptable. Ses cons\u00e9quences<\/em>, conf\u00e9rence faite \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 de comptabilit\u00e9 de France, 26 octobre 1929). A l\u2019oppos\u00e9, Ren\u00e9 Delaporte \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La comptabilit\u00e9 est la science des comptes appliqu\u00e9e aux mouvements des cycles d\u2019op\u00e9rations quelconques, pour en recenser, grouper et classer leur objet et en tirer les raisonnements chiffr\u00e9s.\u00a0\u00bb (<em>Concepts raisonn\u00e9s de la comptabilit\u00e9 \u00e9conomique<\/em>, Neuilly, 1930, p. 3).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref226\">[226]<\/a> Penglaou (1963)\u00a0: \u00ab\u00a0Ceci pos\u00e9\u2026 \u00e9cartons d\u00e8s maintenant l\u2019acception du mot \u00ab\u00a0epistemology\u00a0\u00bb, qui signifie dans les pays anglo-saxons \u00ab\u00a0th\u00e9orie de la connaissance\u00a0\u00bb, th\u00e8me qui n\u2019a rien \u00e0 faire ici. C\u2019est essentiellement l\u2019\u00e9tude critique des principes, des hypoth\u00e8ses des r\u00e9sultats des diverses sciences (qu\u2019il soit permis d\u2019ajouter \u00ab\u00a0technique\u00a0\u00bb), destin\u00e9s \u00e0 d\u00e9terminer la valeur et la port\u00e9e objective\u00a0\u00bb, cit\u00e9 par Augustin (1995).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref227\">[227]<\/a>\u00a0Par exemple, elle traite diff\u00e9remment un terrain ou une machine en vertu d\u2019un raisonnement \u00e9conomique montrant que, contrairement \u00e0 celle de la machine, la valeur du terrain n\u2019est pas diminu\u00e9e par l\u2019utilisation que l\u2019on en fait.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref228\">[228]<\/a> Celle de 1942 ayant \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e en 1945 en raison de la participation active du gouvernement de Vichy dans son \u00e9laboration.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref229\">[229]<\/a> Arr\u00eat\u00e9 du 18 septembre 1947, d\u00e9crets du 5 f\u00e9vrier 1946, du 29 juin 1948 et du 28 octobre 1952.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref230\">[230]<\/a> Arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel du 11 mai 1957.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref231\">[231]<\/a> Arr\u00eat\u00e9 du ministre de l\u2019\u00c9conomie et des Finances en date du 8 juin 1979.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref232\">[232]<\/a> Approuv\u00e9 par l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 du 27 avril 1982 et compl\u00e9t\u00e9 par celui du 9 d\u00e9cembre 1986.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref233\">[233]<\/a> Entr\u00e9e en application \u00e0 compter du 1er janvier 2004 par le d\u00e9cret du 29 novembre 1983.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref234\">[234]<\/a> Entr\u00e9e en application par le d\u00e9cret du 17 f\u00e9vrier 1986.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref235\">[235]<\/a> Par \u00ab droit constant ou quasi constant \u00bb, il faut comprendre que le sens des r\u00e8gles est respect\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref236\">[236]<\/a> R\u00e8glement 99-03 du Comit\u00e9 de la r\u00e9glementation comptable en date du 29 avril 1999, tel que le pr\u00e9sente le P.C.G. 1999 &#8211; Article 120-1. Ce r\u00e8glement, homologu\u00e9 par arr\u00eat\u00e9 conjoint du Garde des sceaux, Ministre de la justice, du Ministre de l&rsquo;\u00e9conomie, des finances et de l&rsquo;industrie et du Secr\u00e9taire d&rsquo;Etat au budget en date du 22 juin 1999 (J.O. du 21 septembre 1999, p. 14107), a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli \u00e0 partir de l&rsquo;avis 98-13 du Conseil national de la comptabilit\u00e9 du 18 d\u00e9cembre 1998.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref237\">[237]<\/a>\u00a0Posner (1974) dans le cadre de l\u2019Ecole du Public Choice.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref238\"><sup><sup>[238]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0Il en est ainsi de la comptabilit\u00e9 de gestion.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref239\"><sup><sup>[239]<\/sup><\/sup><\/a>\u00a0Les Standards of Financial Accounting Concepts (SFAC\u2019S en abr\u00e9g\u00e9) constituent un ensemble de six normes d\u00e9finissant le cadre conceptuel am\u00e9ricain.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref240\">[240]<\/a>\u00a0Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, pour Sombart\u00a0: \u00ab\u00a0Le capitalisme et la comptabilit\u00e9 en parties doubles ne peuvent absolument pas \u00eatre dissoci\u00e9s : ils se comportent l&rsquo;un vis-\u00e0-vis de l&rsquo;autre comme la forme et le contenu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref241\">[241]<\/a>\u00a0Organon en grec signifie \u00ab\u00a0outil\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref242\">[242]<\/a>\u00a0En proc\u00e9dant de cette mani\u00e8re, notre d\u00e9marche s\u2019inscrit dans la logique et non dans l\u2019histoire.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref243\">[243]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Il y a un ph\u00e9nom\u00e8ne Girard. De par le monde, nombreux sont ceux qui le tiennent pour l&rsquo;un des plus grands penseurs de notre temps, de la stature d&rsquo;un Freud ou d&rsquo;un Marx, avec la v\u00e9rit\u00e9 en plus. Dans le petit cercle des sp\u00e9cialistes des sciences de l&rsquo;homme, en revanche, il n&rsquo;est pas rare de le voir traiter d&rsquo;imposteur. Jamais sans doute un tel ostracisme de la part de ses pairs n&rsquo;aura frapp\u00e9 un intellectuel. [\u2026] Le plus fort, c&rsquo;est que la th\u00e9orie girardienne se paie le luxe supr\u00eame d&rsquo;expliquer et de pr\u00e9voir la violence m\u00eame du rejet dont elle fait l&rsquo;objet\u00a0\u00bb. (Jean-Pierre\u00a0Dupuy, Le Nouvel Observateur du 18\/ 08\/ 94).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref244\">[244]<\/a> Mim\u00e9sis est un mot Grec, utilis\u00e9 par Platon et Aristote, signifiant \u00ab\u00a0imitation\u00a0\u00bb et donnant naissance \u00e0 l\u2019adjectif \u00ab\u00a0mim\u00e9tique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref245\">[245]<\/a>\u00a0N\u00e9ot\u00e9nie provient de la juxtaposition du pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0<em>neo\u00a0\u00bb<\/em>, signifiant nouveau, et du grec \u00ab\u00a0<em>teinein\u00a0\u00bb<\/em>, signifiant \u00e9tendre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref246\">[246]<\/a> Konrad Lorenz prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1973.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref247\">[247]<\/a> Jean ITARD, m\u00e9decin fran\u00e7ais du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref248\">[248]<\/a>\u00a0C\u2019est cette libert\u00e9 de choix qui donne \u00e0 l\u2019homme son humanit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref249\">[249]<\/a>\u00a0Il y a actuellement en France plusieurs villes et villages dont le conseil municipal a \u00e9t\u00e9 dissout pour \u00eatre mis sous tutelle pr\u00e9fectorale et dont les gens ne peuvent plus se dire bonjour dans la rue sans devoir affirmer \u00e0 quel clan ils appartiennent.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref250\">[250]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Dominance patterns\u00a0\u00bb que l\u2019on peut traduire par \u00ab\u00a0rapports de domination\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref251\">[251]<\/a>\u00a0Chez les singes bonobos apparaissent des tensions aux moments des repas, \u00ab\u00a0des tensions concernant la nourriture plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la nourriture elle-m\u00eame\u00a0\u00bb \u00e9crit De Waal qui pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0Initialement, c&rsquo;est l&rsquo;individu le plus dominant du groupe qui r\u00e9clame la nourriture, les autres s&rsquo;assemblent autour de lui pour obtenir leur part. Ils rapprochent leur visage de celui du dominant, suivant de pr\u00e8s la consommation de chaque feuille. Ils peuvent tellement s&rsquo;absorber dans ce spectacle qu&rsquo;ils finissent par imiter les mouvements de mastication du dominant. (&#8230;) Les subordonn\u00e9s expriment aussi leur d\u00e9sir en \u00e9mettant des geignements assourdis et en faisant la moue. Ce signal pitoyable est particuli\u00e8rement utilis\u00e9 lorsque les dominants refusent de l\u00e2cher une feuille que l&rsquo;un des qu\u00e9mandeurs a envieusement touch\u00e9e ou renifl\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref252\">[252]<\/a>\u00a0C\u2019est aussi le cas dans les soci\u00e9t\u00e9s animales qui ont r\u00e9solu le probl\u00e8me par l\u2019instauration des \u00ab\u00a0dominance patterns\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref253\">[253]<\/a>\u00a0L\u2019expression \u00ab\u00a0cr\u00e9ation proth\u00e9tique\u00a0\u00bb est utilis\u00e9e pour d\u00e9signer la technique qui permet \u00e0 l\u2019homme de se cr\u00e9er des \u00ab\u00a0proth\u00e8ses\u00a0\u00bb capables de l\u2019aider dans la mise en \u0153uvre de ses activit\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref254\">[254]<\/a>\u00a0C\u2019est ce que dit aussi Cauvin (1978) lorsqu\u2019il parle de modification de la religiosit\u00e9 (voir page 109).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref255\">[255]<\/a>\u00a0Par exemple, le proc\u00e8s de l&rsquo;ex-Premier ministre islandais, Geir Haarde, pour \u00e9tudier sa responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me financier de l&rsquo;Islande en 2008 vient de s\u2019ouvrir devant un tribunal sp\u00e9cial. Les accusations port\u00e9es contre lui nous semblent significatives de ce processus du bouc \u00e9missaire. Nous pourrions aussi citer la faillite de Lehman-Brother comme repr\u00e9sentative de la notion de bouc \u00e9missaire aux yeux du public.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref256\">[256]<\/a> Un dicton ancestral illustre ce ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0: \u00ab\u00a0quand les hommes ne s\u2019entendent plus les r\u00e9coltes s\u2019en ressentent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref257\">[257]<\/a>\u00a0Ce qui permet de comprendre pourquoi certains interdits sont prononc\u00e9s alors qu\u2019ils pourraient sembler insens\u00e9s, comme celui portant sur les jumeaux qui doivent \u00eatre tu\u00e9s ou exclus de la tribu d\u00e8s qu\u2019ils naissent.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref258\">[258]<\/a>\u00a0On retrouve dans le Carnaval tous les \u00e9l\u00e9ments de la crise mim\u00e9tique\u00a0: l&rsquo;indiff\u00e9renciation par les masques, le d\u00e9foulement par la f\u00eate, la transgression des normes conventionnelles. A la fin, on br\u00fble \u00ab\u00a0Carnaval\u00a0\u00bb. La \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb ayant \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9e, tout rentre dans l&rsquo;ordre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref259\">[259]<\/a> Ainsi la mythologie grecque garde-t-elle en m\u00e9moire le passage du sacrifice de la b\u00eate enti\u00e8re \u00e0 seulement les parties les moins utiles (la peau et les os).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref260\">[260]<\/a>\u00a0L\u2019article 544 du Code civil d\u00e9finit ainsi le droit de propri\u00e9t\u00e9 comme \u00ab\u00a0le droit de jouir et disposer des choses de la mani\u00e8re la plus absolue, pourvu qu\u2019on n\u2019en fasse pas un usage prohib\u00e9 par les lois ou par les r\u00e8glements\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref261\">[261]<\/a>\u00a0Une bonne part de ce que nous appelons la politesse consiste pour chacun \u00e0 s&rsquo;effacer devant l&rsquo;autre pour \u00e9viter les occasions de rivalit\u00e9 mim\u00e9tique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref262\">[262]<\/a>\u00a0Dont celui de chercher \u00e0 supprimer la concurrence afin pouvoir faire la \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb sur le march\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref263\">[263]<\/a>. Il s\u2019agit ici de valeur \u00e9conomique et non de valeur financi\u00e8re ou actualis\u00e9e qui est son sens dans l\u2019expression \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb. Pourtant, le recours \u00e0 cette juste valeur n\u2019est pas sans cons\u00e9quences sur le monde r\u00e9el.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref264\">[264]<\/a>\u00a0Il est vrai que ce d\u00e9cret r\u00e9glait aussi le probl\u00e8me des droits de succession tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s dans notre pays depuis 1984 en permettant la conservation du patrimoine familial\u00a0: la famille cr\u00e9e la holding qui va racheter l\u2019entreprise familiale. L\u2019op\u00e9ration revient \u00e0 substituer aux droits de succession une charge financi\u00e8re que sera vers\u00e9e aux banques pr\u00eateuses.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref265\">[265]<\/a>\u00a0Il nous semble d\u2019ailleurs que ce soit le sens qu\u2019il faille donner \u00e0 la notion de concurrence parfaite dans la th\u00e9orie n\u00e9o-classique standard.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref266\">[266]<\/a>\u00a0Ainsi, \u00e0 un taux de profit de 10 % correspond une dur\u00e9e de 10 ans de constitution de l\u2019\u00e9pargne qui a permis de le d\u00e9gager et \u00e0 un taux de 20 %, une dur\u00e9e de 5 ans, etc. Le taux de profit moyen d\u2019une entreprise est relativement bien mesur\u00e9 par le montant moyen des dotations aux amortissements pond\u00e9r\u00e9es par les montants investis, supports de ces dotations. Si le profit revient int\u00e9gralement aux propri\u00e9taires, il n\u2019en est pas de m\u00eame de la rente dont les salari\u00e9s peuvent en recevoir une partie.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Introduction g\u00e9n\u00e9rale L\u2019information financi\u00e8re, en devenant un objet de d\u00e9bat public depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, est fortement remise en question. La crise que nous traversons depuis 2008 n\u2019a fait qu\u2019accentuer la m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019encontre du monde de la finance. &hellip; <a href=\"https:\/\/michel.baupin.fr\/?p=48\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[29,28,24,27,5,25,26],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/48"}],"collection":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=48"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/48\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":95,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/48\/revisions\/95"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=48"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=48"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/michel.baupin.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=48"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}