{"id":36,"date":"2011-11-10T11:19:21","date_gmt":"2011-11-10T10:19:21","guid":{"rendered":"http:\/\/baupin.fr\/michel\/?p=36"},"modified":"2014-08-03T08:51:19","modified_gmt":"2014-08-03T06:51:19","slug":"epistemologie-du-nombre-comptable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/michel.baupin.fr\/?p=36","title":{"rendered":"Epist\u00e9mologie du nombre comptable"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00c9SUM\u00c9<\/span><\/strong>. Alors que l\u2019on croyait \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle des nombres comptables obtenus selon des principes et des m\u00e9thodes jug\u00e9s les plus pertinents pour leurs utilisateurs dans le cadre d\u2019une approche essentiellement normative de la comptabilit\u00e9, les tests de cette utilit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s au cours de nombreuses \u00e9tudes initi\u00e9es par Beaver (1968) ainsi que par Ball et Brown (1968) montr\u00e8rent que la publication du r\u00e9sultat comptable traditionnel avait un effet tr\u00e8s limit\u00e9 sur le comportement du march\u00e9 financier, celui-ci ayant d\u00e9j\u00e0 anticip\u00e9 les \u00e9volutions par d\u2019autres canaux informationnels. Le probl\u00e8me de la nature de l\u2019utilit\u00e9 des nombres comptables comme \u00e9l\u00e9ments de base du syst\u00e8me de production d\u2019information financi\u00e8re \u00e9tait pos\u00e9. En r\u00e9action, vers la fin des ann\u00e9es 1970, un paradigme fond\u00e9 sur l\u2019utilit\u00e9 contractuelle des nombres comptables a \u00e9merg\u00e9. En s\u2019inspirant de la d\u00e9marche positive de M.\u00a0Friedman et de l\u2019Ecole de Chicago (1953) en \u00e9conomie, R.\u00a0L.\u00a0Watts et J.\u00a0L.\u00a0 Zimmerman (1978, 1979 et 1986) de l\u2019Ecole de Rochester ont essay\u00e9 de d\u00e9placer l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle normative du nombre comptable disant \u00ab\u00a0ce qu\u2019il devait \u00eatre\u00a0\u00bb \u00e0 une utilit\u00e9 contractuelle positive expliquant \u00ab\u00a0pourquoi il \u00e9tait ce qu\u2019il \u00e9tait et quels effets il pouvait avoir sur les gens et sur l\u2019allocation des ressources\u00a0\u00bb (d\u2019apr\u00e8s Jensen et Meckling, 1976). D\u00e9veloppant l\u2019id\u00e9e, dans leurs articles de 1978 et 1979, que le nombre comptable n\u2019est pas neutre car il est le reflet des choix des dirigeants cherchant \u00e0 maximiser leur utilit\u00e9 personnelle, ils ont tent\u00e9 d\u2019\u00e9laborer les lois du comportement de ceux-ci. Leur analyse repose sur le concept de Market for Excuses qui exprime la production par les dirigeants de justifications ad hoc servant d\u2019alibis aux d\u00e9cisions qu\u2019ils prennent. Le nombre comptable est ainsi devenu sous la plume de ces auteurs un objet de nature subjective au service essentiellement des dirigeants. Nous cherchons \u00e0 montrer dans cet article qu\u2019une \u00e9tude \u00e9pist\u00e9mologique du nombre comptable renvoie celui-ci exclusivement \u00e0 un acte d\u2019\u00e9change sur un march\u00e9.<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">MOTS-CL\u00c9S<\/span><\/strong>\u00a0: \u00e9pist\u00e9mologie, nombre, violence, \u00e9change, valeur d\u2019\u00e9change, partie double.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Introduction<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019information financi\u00e8re, en devenant un objet de d\u00e9bat public depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, est fortement remise en question. La crise que nous traversons depuis 2008 n\u2019a fait qu\u2019accentuer la m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019encontre du monde de la finance. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clenchant est l\u2019abandon de la convertibilit\u00e9-or du dollar par Nixon en ao\u00fbt 2011 qui s\u2019est traduit par la lib\u00e9ralisation du march\u00e9 des changes puis par le d\u00e9veloppement du march\u00e9 obligataire, notamment public pour aboutir \u00e0 la financiarisation des march\u00e9s \u00e9mergents en passant par le d\u00e9veloppement exponentiel de celui des march\u00e9s d\u00e9riv\u00e9s et des actions de titrisation. Or, depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, de mani\u00e8re cyclique, l\u2019abondance de liquidit\u00e9s disponibles dans les \u00e9conomies g\u00e9n\u00e8re une inflation qui se trouve canalis\u00e9e dans les actifs financiers dont l\u2019augmentation du prix agit sur le comportement des acteurs \u00e9conomiques par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019effet de richesse qu\u2019elle provoque. A titre d\u2019exemple, William Donaldson, Pr\u00e9sident en 2003 de la Securities and Exchange Commission (SEC), a pr\u00e9sent\u00e9 lors d\u2019un d\u00e9bat le 29 avril de cette m\u00eame ann\u00e9e, une statistique indiquant qu\u2019en 1991, aux Etats-Unis, les clients recevaient de leurs banques six recommandations d\u2019achat de valeurs mobili\u00e8res pour une de vente alors qu\u2019en 2000, ce rapport \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 cent pour une, comme si la croyance s\u2019\u00e9tait enracin\u00e9e que le march\u00e9 ne pouvait \u00eatre qu\u2019acheteur. Il se forme ainsi des bulles dont l\u2019\u00e9closion am\u00e8ne l\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement de crises dont les plus r\u00e9centes concernent successivement l\u2019immobilier, la finance et les dettes souveraines. Cette \u00e9volution qui est issue de la transformation des pratiques financi\u00e8res depuis le milieu des ann\u00e9es 1970 marquent une mutation radicale du statut de l\u2019entreprise dans l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 qui est maintenant mise en \u0153uvre dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s. L\u2019entreprise, qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9manation de ses propri\u00e9taires, devient une entit\u00e9 autonome ind\u00e9pendante de ceux-ci dont le r\u00f4le est ramen\u00e9 \u00e0 celui de simples cr\u00e9anciers. C\u2019est sur cette base que la comptabilit\u00e9 de l\u2019entreprise a \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9e consacrant la primaut\u00e9 d\u2019une approche purement financi\u00e8re de son fonctionnement au d\u00e9triment de l\u2019approche \u00e9conomique traditionnelle et imposant comme \u00e9valuation comptable le prix instantan\u00e9 du march\u00e9<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> suppos\u00e9 int\u00e9grer la totalit\u00e9 des informations le concernant sur un march\u00e9 parfaitement efficient.<\/p>\n<p>Alors que la comptabilit\u00e9 traditionnelle devait r\u00e9pondre \u00e0 un besoin de reddition des comptes pour pouvoir exercer son r\u00f4le disciplinaire et de contr\u00f4le des d\u00e9cisions prises par les dirigeants de la soci\u00e9t\u00e9 dans la conservation de son capital, les nouvelles normes font de celui-ci une grandeur pouvant varier au gr\u00e9 des fluctuations des march\u00e9s. La comptabilit\u00e9 remplissait aussi un r\u00f4le d\u2019information fond\u00e9e sur l\u2019enregistrement des transactions pass\u00e9es connues ou cens\u00e9es l\u2019\u00eatre afin de fournir une \u00e9valuation \u00e9conomique de l\u2019entreprise \u00e0 un instant donn\u00e9 pouvant servir de base de r\u00e9flexion \u00e0 ses utilisateurs dans leurs prises de d\u00e9cisions. Pour cette raison, l\u2019utilit\u00e9 du nombre enregistr\u00e9 en comptabilit\u00e9 \u00e9tait alors per\u00e7ue comme d\u00e9cisionnelle. Sous l\u2019influence aux Etats-Unis du Financial Accounting Standards Board (FASB) et au plan international de l\u2019International Accounting Standards Committee (IASC), l\u2019approche des nouvelles normes IAS\/IFRS (International Accounting Standards \/ International Financial Reporting Standards) sous un angle financier a modifi\u00e9 cet \u00e9tat de fait en visant \u00e0 privil\u00e9gier une conception \u00e9conomique des actifs et des passifs de l\u2019entreprise<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> \u00e0 l\u2019usage de l\u2019investisseur boursier consid\u00e9r\u00e9 comme le destinataire privil\u00e9gi\u00e9 des informations comptables et financi\u00e8res. L\u2019objectif est de substituer leur \u00e9valuation en \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb \u00e0 celle de \u00ab\u00a0co\u00fbt historique\u00a0\u00bb critiqu\u00e9, notamment lors de la crise boursi\u00e8re du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, comme jouant un r\u00f4le procyclique par la diffusion et l\u2019amplification de la volatilit\u00e9 du march\u00e9 dans toute l\u2019\u00e9conomie. Mais cette critique peut aussi s\u2019appliquer au r\u00f4le de la juste valeur dans la temp\u00eate financi\u00e8re qui agitait les march\u00e9s en 2008 (Haas<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> 2011), ce que conteste d\u2019ailleurs Hoogervorst<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> (2011) qui estime que celle-ci n\u2019est en rien responsable de la crise car \u00ab\u00a0<em>La volatilit\u00e9 n\u2019a rien \u00e0 voir avec la normalisation comptable\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>A la suite des travaux de Beaver (1968) et de Ball et Brown (1968) montrant que la publication du r\u00e9sultat comptable traditionnel avait un effet tr\u00e8s limit\u00e9 sur le comportement du march\u00e9 financier, R.\u00a0L.\u00a0Watts et J.\u00a0L.\u00a0 Zimmerman (1978, 1979 et 1986) de l\u2019Ecole de Rochester, ont fond\u00e9 la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9 qui justifie le recours \u00e0 la juste valeur. Celle-ci \u00e9tant donn\u00e9e par le march\u00e9, contrairement au co\u00fbt historique, ne permettait plus la manipulation des comptes par les dirigeants, limitant ainsi les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats latents avec les actionnaires dans leurs relations contractuelles. Sous cette optique a \u00e9merg\u00e9 la notion d\u2019utilit\u00e9 contractuelle des nombres comptables permettant d\u2019expliquer \u00ab\u00a0positivement\u00a0\u00bb pourquoi la comptabilit\u00e9 \u00e9tait ce qu\u2019elle \u00e9tait en ne cherchant plus \u00e0 lui faire dire ce qu\u2019elle devrait \u00eatre.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9bats contradictoires entre le co\u00fbt historique et la juste valeur ont ouvert des interrogations et des perspectives sur des questions qui ont \u00e9t\u00e9 davantage envisag\u00e9es sous un angle pratique que sous leur fondement th\u00e9orique. Les cons\u00e9quences des propositions actuelles de l\u2019IASB, par nature n\u00e9cessairement concr\u00e8tes, montrent bien les inconv\u00e9nients de l\u2019information financi\u00e8re con\u00e7ue comme une finalit\u00e9 de la normalisation comptable en IAS\/IFRS. De plus, la mani\u00e8re de valoriser la juste valeur comme le co\u00fbt historique en unit\u00e9s mon\u00e9taires jette un doute sur les justifications de ces deux modes d\u2019\u00e9valuation en raison des ph\u00e9nom\u00e8nes inflationnistes et sp\u00e9culatifs qui ont pu se d\u00e9velopper en trompant, l\u00e0 aussi, l\u2019investisseur sur la performance r\u00e9elle de ses apports.<\/p>\n<p>C\u2019est pour lever ce doute que nous proposons une r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique sur le nombre comptable que nous distinguons du nombre inscrit en comptabilit\u00e9, lequel rel\u00e8ve de la pratique comptable et des conventions permettant d\u2019homog\u00e9n\u00e9iser celle-ci. Nous cherchons \u00e0 lui donner un statut scientifique afin de proposer une explication permettant de justifier le mode d\u2019\u00e9valuation \u00e0 retenir. Pour cela, nous allons montrer quelle est sa nature et \u00e0 quoi il sert dans la recherche de l\u2019ad\u00e9quation entre la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9changes sur le march\u00e9 et l\u2019objet apparent que constitue le mod\u00e8le comptable que l\u2019on cr\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pr\u00e9cis\u00e9 notre posture \u00e9pist\u00e9mologique (\u00a7 1), nous pr\u00e9senterons les caract\u00e9ristiques du nombre comptable en montrant qu\u2019il est universel et inconscient chez tous les individus. Les propositions de Ren\u00e9 Girard sur la violence et la mani\u00e8re de la canaliser serviront de fil directeur \u00e0 notre propos (\u00a7 2). Nous pourrons alors d\u00e9montrer que le nombre comptable peut \u00eatre associ\u00e9 au concept de \u00ab\u00a0valeur-comp\u00e9tence\u00a0\u00bb que nous d\u00e9finirons (\u00a7\u00a03). Nous verrons enfin (\u00a7 4) que l\u2019abandon de l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle du nombre comptable au profit d\u2019une utilit\u00e9 contractuelle par l\u2019Ecole de Rochester va \u00e0 l\u2019encontre de ce que cherche \u00e0 mesurer la comptabilit\u00e9. Le maintien d\u2019une valorisation au co\u00fbt historique est une n\u00e9cessit\u00e9 pour \u00e9viter que la violence sur les march\u00e9s ne se d\u00e9ploie sous forme de crises favorisant le d\u00e9veloppement d\u2019un capitalisme \u00ab\u00a0casino\u00a0\u00bb mais aussi des pratiques de gouvernance dans l\u2019entreprise dont l\u2019objectif est de flexibiliser le travail au d\u00e9triment des salari\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">1 \u2013 Posture \u00e9pist\u00e9mologique<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour donner un statut scientifique au nombre comptable qui permette de justifier le mode d\u2019\u00e9valuation \u00e0 retenir, nous formulons l\u2019id\u00e9e qu\u2019\u00e0 l\u2019instar des autres esp\u00e8ces, l\u2019organisation des soci\u00e9t\u00e9s humaines doit \u00eatre le reflet de lois relevant de la nature mais s\u2019exprimant \u00e0 travers la culture<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Elles forment un ordre naturel de relations n\u00e9cessaires et intelligibles r\u00e9gissant tous les ph\u00e9nom\u00e8nes que nous observons, la comptabilit\u00e9 \u00e9tant l\u2019un d\u2019eux. Cette hypoth\u00e8se d&rsquo;un ordre pr\u00e9existant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de toute soci\u00e9t\u00e9 revient \u00e0 consid\u00e9rer, selon la tradition platonicienne, que les id\u00e9es qui l\u2019organisent existent ind\u00e9pendamment de nous et que notre r\u00f4le est de les identifier. Ainsi, contrairement \u00e0 un courant de pens\u00e9e qui ne voit dans la comptabilit\u00e9 qu\u2019une simple bo\u00eete \u00e0 outils constitu\u00e9e par les diff\u00e9rentes m\u00e9thodes d\u2019enregistrement des relations marchandes, nous cherchons \u00e0 identifier ces lois comme des rapports n\u00e9cessaires fond\u00e9s sur le concept de nombre comptable et qui d\u00e9rivent de la nature des choses, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles sont transcendantes \u00e0 l\u2019homme individuel et existant avant lui. Les ph\u00e9nom\u00e8nes enregistr\u00e9s en comptabilit\u00e9 n\u2019\u00e9tant pas plus automoteurs que les autres ph\u00e9nom\u00e8nes de la nature, la connaissance que nous cherchons \u00e0 produire se veut \u00eatre l\u2019image objective d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui nous est ext\u00e9rieure et non celle subjective d\u2019une interpr\u00e9tation ou d\u2019une construction que nous pourrions en faire. C\u2019est cette ind\u00e9pendance de l\u2019objet observ\u00e9 par rapport \u00e0 notre attitude observante qui nous permet de nous pr\u00e9valoir de ce principe d\u2019objectivit\u00e9 selon lequel notre observation du ph\u00e9nom\u00e8ne ne modifie pas sa nature. Nous n\u2019avons pas retenu une posture empirique, plus conforme \u00e0 la tradition aristot\u00e9licienne, qui veut que les r\u00e8gles qui nous \u00e9laborons aient leur origine dans la seule nature humaine entendue comme essence de l\u2019homme capable de les construire par les exp\u00e9riences qu\u2019il m\u00e8ne. Trois raisons motivent notre refus d\u2019adopter cette d\u00e9marche exp\u00e9rimentale et constructiviste des ph\u00e9nom\u00e8nes comptables voulant que les id\u00e9es que nous utilisons soient des r\u00e9alit\u00e9s tangibles auxquelles nous participons pour en tirer des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>1)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En sciences sociales, au fur et \u00e0 mesure que les donn\u00e9es propres au temps de l\u2019exp\u00e9rimentation s\u2019\u00e9vanouissent, nous risquons de perdre le contact avec le r\u00e9el et de ne plus raisonner dans un champ homog\u00e8ne.<\/p>\n<p>2)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si la statistique sur laquelle s\u2019appuie la d\u00e9marche empirique semble \u00eatre une m\u00e9thode utilisable pour r\u00e9v\u00e9ler le fait comptable, la multiplicit\u00e9 des facteurs non retenus peut entra\u00eener la confusion d&rsquo;une co\u00efncidence avec un d\u00e9terminisme.<\/p>\n<p>3)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La comptabilit\u00e9 ayant comme point de d\u00e9part de rendre compte des \u00e9changes que nous engageons, il nous faut analyser, pour pouvoir constituer un raisonnement scientifique, le contenu de l\u2019\u00e9change, analyse qui ne peut \u00eatre men\u00e9e que si nous nous positionnons en dehors de l\u2019\u00e9change sans y prendre part afin de l\u2019examiner une fois qu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9. Adopter l\u2019attitude empirique consistant \u00e0 nous placer avant cet acte d\u2019\u00e9change reviendrait \u00e0 nous mettre \u00e0 la place du chef d\u2019entreprise pr\u00e9parant l\u2019\u00e9change sans savoir quel en sera le r\u00e9sultat. Nous serions alors oblig\u00e9s de construire celui-ci en l\u2019organisant et le modelant selon notre propre grille d\u2019interpr\u00e9tation au risque de perdre l\u2019objectivit\u00e9 dont nous nous r\u00e9clamons.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est au regard de ces trois limites que nous avons privil\u00e9gi\u00e9 une \u00e9pist\u00e9mologie positive mettant en \u0153uvre une m\u00e9thodologie interpr\u00e9tative qui inscrit notre article dans le courant de la recherche fondamentale en comptabilit\u00e9 dont le repr\u00e9sentant est\u00a0 R.\u00a0V.\u00a0Mattessich (1957). Notre m\u00e9thodologie s\u2019appuie sur une herm\u00e9neutique fond\u00e9e sur les \u00e9crits des anthropologues et ceux des historiens de la comptabilit\u00e9 qui d\u00e9finissent en m\u00eame temps notre champ exploratoire et dont notre interpr\u00e9tation montre qu\u2019il existe des structures mentales universelles d\u00e9terminant les comportements individuels sans que ceux qui y sont soumis en aient conscience. Nous nous inscrivons ainsi dans la tradition instaur\u00e9e par Montesquieu (1748) sur la transcendance des lois sociales qui suppose, comme le disait Platon, que celles-ci existent avant l&rsquo;homme et ind\u00e9pendamment de lui. Notre r\u00f4le de chercheur est d\u2019identifier les r\u00e8gles universelles et <em>a-historiques<\/em> relevant de l\u2019ordre naturel et existant en dehors de nous mais faisant partie, en tant qu\u2019\u00e9l\u00e9ment dans la nature, de notre inconscient collectif comme celles relatives \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de compter et qui devraient r\u00e9gir l\u2019activit\u00e9 comptable sans pour autant les figer dans leur contenu<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Pour cela, notre raisonnement ne peut s\u2019inscrire que dans la logique s\u2019appliquant sur un champ homog\u00e8ne de concepts qui garantissent que nous ne les confondons pas avec leur expression r\u00e9elle dans l\u2019histoire. Ainsi, l\u2019\u00e9valuation comptable n\u00e9cessite le recours au \u00ab\u00a0prix\u00a0\u00bb qui appartient \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 puisqu\u2019il r\u00e9sulte d\u2019un \u00e9quilibre entre le montant minimum inf\u00e9rieur qu\u2019accepterait l\u2019offreur pour vendre et celui maximum sup\u00e9rieur d\u2019acquisition pour l\u2019acheteur. Le prix de vente sera un montant interm\u00e9diaire entre les deux dont l\u2019accord par les co\u00e9changistes est une condition juridique n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation de la vente. Mais pour expliquer comment se forment et se structurent les prix sur les march\u00e9s, nous avons recours \u00e0 l\u2019id\u00e9e abstraite de \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb qui s\u2019inscrit dans le domaine th\u00e9orique conceptuel relevant de l\u2019ordre naturel. Par exemple, lorsque Littleton (1953) \u00e9voque l\u2019opposition entre la valeur de march\u00e9 et le co\u00fbt historique, il confond le concept de valeur avec la r\u00e9alit\u00e9 du prix sur le march\u00e9, le co\u00fbt historique \u00e9tant lui-m\u00eame \u00e9valu\u00e9 mon\u00e9tairement. Ce glissement s\u00e9mantique de la valeur au prix nuit \u00e0 la compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes que nous voulons expliquer. C\u2019est pourquoi nous avons introduit, dans notre champ th\u00e9orique, et non dans le domaine de la r\u00e9alit\u00e9, le concept de \u00ab\u00a0valeur-comp\u00e9tence\u00a0\u00bb qui ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un prix mais comme un co\u00fbt social th\u00e9orique d\u00e9pendant, pour chaque produit fabriqu\u00e9 et vendu, de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9veloppement scientifique de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"187\">\n<p align=\"center\"><strong>Domaine de la th\u00e9orie<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"59\">\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"99\">\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"145\">\n<p align=\"center\"><strong>Domaine de la r\u00e9alit\u00e9<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"187\">\n<p align=\"center\"><strong>Valeur-comp\u00e9tence th\u00e9orique<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"158\"><\/td>\n<td width=\"145\">\n<p align=\"center\"><strong>Prix<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"187\">\n<p align=\"center\"><strong>Co\u00fbt social th\u00e9orique<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"59\"><\/td>\n<td width=\"99\">\n<p align=\"center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"145\">\n<p align=\"center\"><strong>Co\u00fbt historique r\u00e9el<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ayant pos\u00e9 l\u2019existence de lois ext\u00e9rieures aux individus qui participent \u00e0 la vie \u00e9conomique et vers lesquelles les r\u00e9sultats de leurs comportements d\u2019\u00e9change devraient tendre, nous proposons pour identifier la nature scientifique du nombre comptable d\u2019en expliciter le contenu en nous appuyant sur le concept de valeur-comp\u00e9tence que nous d\u00e9velopperons au 3<sup>\u00e8me<\/sup> paragraphe. Auparavant, nous allons pr\u00e9ciser dans le paragraphe suivant les caract\u00e9ristiques du nombre comptable \u00e0 partir de l\u2019interpr\u00e9tation des travaux de Ren\u00e9 Girard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">2 \u2013 Caract\u00e9ristiques du nombre comptable<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019analyse du probl\u00e8me que posent les enfants sauvages par leur incapacit\u00e9 \u00e0 se socialiser montre \u00e0 contrario que l\u2019homme ne peut d\u00e9ployer ses qualit\u00e9s que dans un groupe social apr\u00e8s en avoir acquis les traits de fonctionnement par un mim\u00e9tisme d\u2019apprentissage. Pour Girard (1972), de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, le d\u00e9sir mim\u00e9tique d\u2019appropriation qui caract\u00e9rise le comportement humain, aussi loin que l\u2019on remonte dans le temps, peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en violence collective capable de d\u00e9truire la soci\u00e9t\u00e9. On arrive ici au fameux cauchemar de Hobbes (1651)\u00a0: \u00ab\u00a0la guerre de tous contre tous\u00a0\u00bb provenant du fait que plus le d\u00e9sir simultan\u00e9 de deux personnes pour un m\u00eame objet est fort, qu\u2019il s\u2019agisse de territoires, d\u2019aliments ou de n\u2019importe quoi dans tous les autres domaines de la vie sociale comme dans celui de la vie intellectuelle, plus l\u2019antagonisme entre elles se d\u00e9veloppe au point d\u2019oublier l\u2019objet de la querelle. A partir de ce moment l\u00e0, ils deviennent par la sym\u00e9trie de leur comportement des doubles l\u2019un de l\u2019autre et comme c\u2019est l\u2019antagonisme entre eux qui perdure, celui-ci peut prendre \u00e0 partie d\u2019autres personnes, r\u00e9pandant ainsi la violence entre elles de fa\u00e7on end\u00e9mique. Le probl\u00e8me qui se pose est alors de d\u00e9terminer comment la culture peut r\u00e9ussir \u00e0 utiliser l\u2019appropriation mim\u00e9tique dont elle ne peut se passer parce qu\u2019elle est n\u00e9cessaire dans certains domaines comme celui de l\u2019\u00e9ducation, tout en \u00e9vitant de provoquer les conflits qui risquent de surgir d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019appropriation d\u2019un objet\u00a0? Comment les communaut\u00e9s primitives et les soci\u00e9t\u00e9s qui leur ont succ\u00e9d\u00e9 sont-elles parvenues \u00e0 domestiquer cette force qui les a fait progresser\u00a0?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, la r\u00e9ponse de Girard (1978) consiste \u00e0 dire que les repr\u00e9sentants de la fonction organisant le Sacr\u00e9 ont choisi une victime sur laquelle se trouve projet\u00e9e la violence de la communaut\u00e9 qui s\u2019apaisera lorsqu\u2019ils la sacrifieront, soit en la chassant, soit en la tuant. Comme le nombre d\u2019individus dans la communaut\u00e9 \u00e9tait souvent tr\u00e8s limit\u00e9, pour ne pas entamer l\u2019effectif, on a pens\u00e9 \u00e0 remplacer l\u2019homme que l\u2019on sacrifiait par un animal, ce qui suppose que l\u2019on domestique celui-ci afin qu\u2019il soit suffisamment \u00ab\u00a0humanis\u00e9\u00a0\u00bbpour que le sacrifice puisse fonctionner. C&rsquo;est le sacrifice qui a donn\u00e9 aux hommes le motif de garder des animaux dans la communaut\u00e9 et de les faire vivre dans leur intimit\u00e9. A partir de ce moment l\u00e0, il est devenu imp\u00e9ratif de compter le nombre d\u2019animaux disponibles afin de pr\u00e9voir le nombre de sacrifices qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019organiser de mani\u00e8re rituelle. Les r\u00e9sultats actuels des recherches arch\u00e9ologiques vont dans le sens de ces propositions de Girard sur la substitution du fait naturel fond\u00e9 sur des relations de domination entre les individus par le fait culturel charg\u00e9 de mettre en \u0153uvre les lois naturelles pour organiser et r\u00e9guler le fonctionnement des groupes humains.<\/p>\n<p>Or, depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, l&rsquo;une des premi\u00e8res d\u00e9couvertes faites par l\u2019homme pour produire une pens\u00e9e se d\u00e9tachant des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles a \u00e9t\u00e9 que deux fruits, deux personnes, deux animaux, etc., poss\u00e8dent un \u00e9l\u00e9ment commun qui est le chiffre \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Un\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9<em> <\/em>les premiers nombres<em> <\/em>invent\u00e9s comme semble le montrer le fait que, de nos jours, certaines peuplades primitives limitent encore leur vocabulaire num\u00e9rique \u00e0 ces trois mots\u00a0: \u00ab\u00a0un, deux, plusieurs\u00a0\u00bb. Ainsi, le comptage associ\u00e9 \u00e0 la pratique sacrificielle des animaux a donn\u00e9 progressivement l\u2019habitude de repr\u00e9senter les objets du monde r\u00e9el par des nombres et \u00e0 utiliser des supports pour les \u00e9crire. Les objets \u00e0 compter n\u2019\u00e9tant pas de m\u00eame nature physique, leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 a impos\u00e9 tr\u00e8s vite que l\u2019on utilise une unit\u00e9 de mesure interm\u00e9diaire telle que les cailloux en M\u00e9sopotamie<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Sans conna\u00eetre la notion abstraite de nombre, il \u00e9tait relativement ais\u00e9 au moyen d\u2019un r\u00e9cipient de compter les mouvements d\u2019entr\u00e9es et de sorties des exploitations et il en \u00e9tait de m\u00eame pour les animaux dont l\u2019\u00e9levage venait de commencer. Comme on ne trouvait pas toujours le caillou qu\u2019il fallait pour repr\u00e9senter l\u2019objet souhait\u00e9, l\u2019id\u00e9e vint progressivement de fabriquer des jetons d\u2019argile<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> ou \u00ab\u00a0calculi<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb dont le fa\u00e7onnage selon les besoins de tailles et de formes de leurs utilisateurs permettait d\u2019\u00e9tablir une correspondance plus fid\u00e8le avec les objets \u00e0 repr\u00e9senter. L\u2019arch\u00e9ologue Schmandt-Besserat (1983), dans les travaux qu\u2019elle entreprit \u00e0 partir de 1969 en analysant dans les mus\u00e9es du monde entier les collections d\u2019objets ouvr\u00e9s en argile, d\u00e9couvrit que des jetons \u00e9taient utilis\u00e9s depuis environ 10\u00a0000 ans avant J.\u00a0C. Ce sont ces jetons d\u2019argile qui furent \u00e0 l\u2019origine de l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture \u00e0 Uruk, dans la r\u00e9gion de Sumer, 3\u00a0500 ans avant J\u00e9sus-Christ. Cette \u00e9criture \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e par des scribes concentr\u00e9s dans un lieu sp\u00e9cifique tel un temple. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un hasard si ce sont les religieux qui utilis\u00e8rent principalement le comptage et l\u2019\u00e9criture puisqu\u2019ils ma\u00eetrisaient le rituel sacrificiel permettant d\u2019apaiser la violence entre les individus comme l\u2019a propos\u00e9 Girard.<\/p>\n<p>Bien que le nombre ne soit pas une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, comme un objet, il eut tr\u00e8s vite une signification tr\u00e8s concr\u00e8te et universelle par les quantit\u00e9s qu&rsquo;il d\u00e9signait : \u00ab\u00a0un\u00a0\u00bb b\u0153uf, \u00ab\u00a0deux\u00a0\u00bb ch\u00e8vres, etc. Autrement dit, le nombre et le comptage depuis les temps anciens, concernent l\u2019identification d\u2019une grandeur. Mais d\u2019autres caract\u00e9ristiques au cours du temps lui ont aussi \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es. Ainsi, le mode de vie in\u00e9galitaire qui se met progressivement en place un peu avant le N\u00e9olithique va inciter les hommes des tribus concern\u00e9es \u00e0 quitter leurs abris temporaires pour b\u00e2tir les premiers villages au bord des lacs et des rivi\u00e8res en tentant de transformer la nature pour mieux en contr\u00f4ler les ressources et am\u00e9liorer leur s\u00e9curit\u00e9 par le stockage. En permettant de nourrir une population beaucoup plus importante que ne le faisaient les tribus \u00e9galitaires nomades de chasseurs cueilleurs, leur production agricole va acc\u00e9l\u00e9rer leur d\u00e9veloppement. Leur s\u00e9dentarisation plus ou moins longue au cours de l\u2019ann\u00e9e va favoriser en interne des comportements fond\u00e9s sur une volont\u00e9 d\u2019appropriation par certains de ce que poss\u00e9daient les autres. Ce qui est vrai en interne l\u2019est aussi lors des rencontres inter-tribus qui d\u00e9bouchent en g\u00e9n\u00e9ral sur une multiplication de nouveaux conflits principalement g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, l\u00e0 aussi, par cette volont\u00e9 d\u2019appropriation. Pour ces raisons, d\u00e8s que les notions associ\u00e9es de richesse, d\u2019accumulation et de propri\u00e9t\u00e9 ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper dans ces tribus, les hommes ont utilis\u00e9 les nombres et le comptage pour mettre en place des m\u00e9canismes fond\u00e9s sur la codification des liens sociaux entre leurs membres, notamment par le contr\u00f4le de ce qui \u00e9tait poss\u00e9d\u00e9 et \u00e9chang\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 Uruk ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s 5\u00a0400 textes grav\u00e9s sur des tablettes d\u2019argile dont 1\u00a0900 \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 enregistrer des inventaires de biens repr\u00e9sentatifs des richesses existantes, mais aussi les \u00e9changes n\u00e9s du d\u00e9veloppement du commerce. Ces \u00e9tats n\u2019\u00e9taient pas encore des \u00ab\u00a0comptes\u00a0\u00bb dont le mot n\u2019\u00e9tait pas encore d\u00e9fini, mais des notes exactes et bien ordonn\u00e9es de toutes les affaires qu\u2019un n\u00e9gociant r\u00e9alise. Ils permettaient de d\u00e9crire le \u00ab\u00a0patrimoine\u00a0\u00bb disponible et de suivre son \u00e9volution dans le temps.<\/p>\n<p>La bijection associant chacun des objets \u00e0 compter \u00e0 un signe r\u00e9alis\u00e9 sur un support d\u00e9terminait en m\u00eame temps un syst\u00e8me de mesure entre ces objets et le r\u00e9sultat du comptage. A ce titre, il pouvait servir \u00e0 lutter contre la possibilit\u00e9 de manipulation de ce qui \u00e9tait compt\u00e9 et constituait en m\u00eame temps une r\u00e8gle pouvant comporter une sentence d\u2019exclusion de ceux qui ne la respectait pas. Ainsi, lentement au cours du temps, il est apparu d\u2019autres utilit\u00e9s au comptage que l\u2019identification d\u2019une grandeur de mani\u00e8re universelle et transcendantale. En rendant obligatoire l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 cette r\u00e8gle, le comptage participa efficacement \u00e0 la structuration d\u2019usages sociaux disciplinaires devant permettre de normaliser les pratiques humaines concernant la vie tribale et de pouvoir contr\u00f4ler que ces pratiques n\u2019\u00e9taient pas d\u00e9viantes.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, pour \u00e9viter si possible de se d\u00e9clarer la guerre au risque d\u2019aboutir \u00e0 leur destruction, les tribus ont mis au point \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9change\u00a0\u00bb comme autre m\u00e9canisme de d\u00e9veloppement des liens sociaux tout en r\u00e9gulant la violence qui na\u00eet du d\u00e9sir mim\u00e9tique de vouloir s\u2019approprier ce que poss\u00e8de l\u2019autre. La comptabilit\u00e9 doit donc pouvoir jouer sur l\u2019\u00e9change tout son r\u00f4le disciplinaire de contr\u00f4le des pratiques pour esp\u00e9rer que les relations entre les gens soient apais\u00e9es. L\u2019\u00e9change fut d\u2019abord structur\u00e9 en r\u00e9seaux sous forme d\u2019obligations r\u00e9ciproques imp\u00e9ratives pour ceux participant \u00e0 la Kula et au potlatch qui furent \u00e9tudi\u00e9s respectivement par Malinowski (1922) et par Boas (1921). Or, pour limiter le champ d\u2019action de l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel, la vie sociale intra et inter-tribale a con\u00e7u l\u2019acte d\u2019\u00e9change comme une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9. <strong>En effet, d\u00e8s qu\u2019un contractant peut recevoir durablement plus par les pratiques qu\u2019il met en \u0153uvre que ce que le march\u00e9 doit lui accorder, c\u2019est que l\u2019\u00e9conomie est mal organis\u00e9e car elle autorise \u00e0 une situation de monopole de perdurer. Cette relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 a <\/strong>n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019utilisation \u00e0 nouveau de nombres pour en mesurer les termes. Le concept de valeur permet alors de comprendre que toute transaction, souvent in\u00e9galitaire dans la r\u00e9alit\u00e9, doit tendre dans le domaine th\u00e9orique vers un \u00e9change devant se faire \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb. La Kula illustre bien ce m\u00e9canisme de m\u00eame que le potlatch pour celui du profit qui doit \u00eatre con\u00e7u comme la contre-partie d\u2019un investissement engag\u00e9 dans un \u00e9change \u00e9chelonn\u00e9 dans le temps. Cette relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 de valeurs est d\u2019autant plus exig\u00e9e qu\u2019\u00ab\u00a0il ne saurait y avoir de vie sociale sans \u00e9change social\u00a0; il n&rsquo;y aurait pas davantage d&rsquo;\u00e9changes sans \u00e9galit\u00e9, ni d&rsquo;\u00e9galit\u00e9<strong> sans commune mesure.\u00a0\u00bb<\/strong> (Aristote, 2008). De plus, en postulant cette \u00e9galit\u00e9 des valeurs \u00e9chang\u00e9es, nous dotons notre th\u00e9orie d\u2019un principe explicatif permanent quel que soit le moment que l\u2019on consid\u00e8re dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Sous peine de r\u00e9duire le r\u00f4le de la tribu et m\u00eame, parfois, de la d\u00e9truire, la plupart de ses membres respect\u00e8rent ces usages en ob\u00e9issant aux r\u00e8gles \u00e9mises et \u00e0 propos desquelles, du fait qu\u2019elles impliquaient l\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure que repr\u00e9sentait la tribu, ils se sentaient soumis. En structurant ainsi les pratiques tribales, le nombre permit \u00e0 la tribu de fonctionner en tant qu\u2019unit\u00e9 autonome parce qu\u2019il rendit visible son unit\u00e9 sociale en repr\u00e9sentant dans un m\u00eame cadre synth\u00e9tique l\u2019ensemble des op\u00e9rations li\u00e9es \u00e0 la constitution de stocks et \u00e0 leur utilisation. C\u2019est lorsqu\u2019il s\u2019appliqua \u00e0 ceux-ci que le nombre ordinaire devint plus sp\u00e9cifiquement un \u00ab\u00a0nombre comptable\u00a0\u00bb qui, par ses pouvoirs disciplinaire et de contr\u00f4le, permit de mesurer l\u2019accumulation des richesses par ceux qui ne consommaient pas improductivement tout ce qu\u2019ils produisaient. Ainsi, le nombre comptable se vit assigner comme objet d\u2019expliquer la reproduction de la richesse dans le temps \u00e0 travers le m\u00e9canisme de l\u2019\u00e9change. De ce fait, \u00e0 partir du N\u00e9olithique, le nombre comptable construisit progressivement une certaine vision de l\u2019homme dans la tribu tout en influen\u00e7ant en retour, par l\u2019interm\u00e9diaire de la mesure de la richesse cr\u00e9\u00e9e, les actions que celui-ci allait mettre en \u0153uvre pour modifier son environnement.<\/p>\n<p>Cela est d\u2019autant plus vrai \u00e0 partir du premier auteur notable qu\u2019est le souverain Hammourabi, sixi\u00e8me roi de la premi\u00e8re dynastie de Babylone de 1792 \u00e0 1750 av. JC. De son r\u00e8gne subsistent de nombreuses tablettes cun\u00e9iformes qui, si elles ne sont pas aussi vielles que celles d\u2019Uruk, renferment des textes pr\u00e9cieux sur la tenue l\u00e9gale des op\u00e9rations r\u00e9alis\u00e9es. Les Sum\u00e9riens et les Babyloniens ont \u00e9t\u00e9 les pr\u00e9curseurs en mati\u00e8re d\u2019\u00e9critures et de normalisation comptables. Ainsi, le code d\u2019Hammourabi \u00e9tait plus qu\u2019un recueil de lois commerciales et sociales car il imposait l\u2019obligation d\u2019un plan comptable et d\u2019un manuel de comptabilit\u00e9, d\u00e9taillant les proc\u00e9dures de certaines transactions et permettant ainsi d\u2019\u00e9tablir des comptes r\u00e9capitulatifs et des comparaisons d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>A travers ces faits historiques, les nombres comptables apparaissent comme relatifs \u00e0 la vie des groupes en tant que tels et non \u00e0 la nature individuelle de chacun des participants. Chaque personne s\u2019y conforme pour continuer \u00e0 \u00eatre accept\u00e9e par la tribu. M\u00eame si la comptabilit\u00e9 donne \u00e0 voir un certain type de comportement de l\u2019\u00eatre humain, ce n\u2019est pas, contrairement aux hypoth\u00e8ses de travail pos\u00e9es par l\u2019Ecole de Rochester, dans celui-ci que nous pourrons trouver les causes d\u00e9terminantes qui permettraient de construire une \u00e9pist\u00e9mologie du nombre comptable et, fond\u00e9e sur elle, une th\u00e9orie positive comptable.<\/p>\n<p>Un dernier point important qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9 concernant les nombres est qu\u2019ils s&rsquo;enrichissent ais\u00e9ment de significations abstraites et acqui\u00e8rent des valeurs symboliques, de telle sorte qu&rsquo;ils peuvent devenir repr\u00e9sentatifs du monde et de l&rsquo;agencement des ph\u00e9nom\u00e8nes qui le composent. Dans les inscriptions archa\u00efques en Chine<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> par exemple, les nombres servent surtout \u00e0 indiquer une quantit\u00e9 ou un rang, m\u00eame si l&rsquo;on remarque aussi quelques s\u00e9ries num\u00e9riques, qui pourraient avoir \u00e9t\u00e9 li\u00e9es \u00e0 des indications de clan ou \u00e0 la divination. Si les nombres sont utilis\u00e9s pour leur valeur quantitative que permettent le calcul et le d\u00e9nombrement, ils rev\u00eatent aussi une valeur qualitative, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils sont utilis\u00e9s pour assigner \u00e0 chaque chose sa place dans l\u2019ordre du monde (Marcel Granet, 1934). Par cette repr\u00e9sentation, ils permettent aussi de construire l\u2019avenir que l\u2019on souhaite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">3 \u2013 Nombre comptable et valeur-comp\u00e9tence<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le nombre comptable \u00e9tant n\u00e9cessaire \u00e0 la mise en \u0153uvre des \u00e9changes entre les individus va prendre toute sa dimension scientifique \u00e0 travers le concept de valeur qui permet de l\u2019exprimer. Or, les classiques comme les marxistes font de la valeur une grandeur qui trouve son intelligibilit\u00e9 hors de l\u2019\u00e9change dans telle quantit\u00e9 de travail ou de force de travail selon les cas et consid\u00e9r\u00e9s comme des attributs des produits. Les n\u00e9o-classiques, sur la base de l\u2019utilit\u00e9 et non plus du travail, font aussi de celle-ci un attribut des produits. Conform\u00e9ment \u00e0 notre posture \u00e9pist\u00e9mologique, nous concevons la valeur comme un simple nombre inscriptible dans un compte et dont la notion de comp\u00e9tence qui permet de l\u2019utiliser pour expliquer les \u00e9changes ne sera jamais un attribut du produit. Nous postulons simplement que la valeur que nous d\u00e9finissons ne sert qu\u2019\u00e0 comparer les produits entre eux de mani\u00e8re \u00e0 en tirer des rapports d\u2019\u00e9change qui n\u2019ont aucune existence r\u00e9elle. Autrement dit, il y a des produits offerts et demand\u00e9s sur le march\u00e9 dont les rapports d\u2019\u00e9change ne proviennent pas de leur nature mais de la comparaison de leurs valeurs, celles-ci s\u2019exprimant dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers leurs prix qui repr\u00e9sentent un autre produit appel\u00e9 \u00ab\u00a0monnaie\u00a0\u00bb. Il pourrait \u00eatre alors tentant de confondre la valeur avec cette monnaie comme l\u2019a fait Marx en disant que \u00ab\u00a0la valeur, en devenant du capital subissant des changements continuels d\u2019aspects et de grandeur, doit poss\u00e9der une forme propre au moyen de laquelle son identit\u00e9 puisse \u00eatre constat\u00e9e. Et cette forme propre, elle ne la poss\u00e8de que dans l\u2019argent\u00a0\u00bb. Ce serait donc sous la forme d\u2019argent que le capital serait apparu dans l\u2019histoire au 16<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle selon Marx qui voit dans celui-ci une valeur d\u2019\u00e9change avant d\u2019y voir une valeur d\u2019usage, ce qui semble laisser entendre que cette valeur d\u2019\u00e9change puisse exister de mani\u00e8re ind\u00e9pendante alors qu\u2019il lui faut toujours comme support une valeur d\u2019usage pour appara\u00eetre. L\u00e0 encore, notre posture \u00e9pist\u00e9mologique ne nous autorise pas \u00e0 \u00e9pouser cette th\u00e8se empirique de Marx faisant de l\u2019argent l\u2019expression de la valeur d\u2019\u00e9change car nous d\u00e9ployons notre raisonnement dans un champ homog\u00e8ne qui ne m\u00e9lange pas le concept de valeur qui n\u2019est qu\u2019une id\u00e9e avec la r\u00e9alit\u00e9 historique de cet instrument cr\u00e9\u00e9 par l\u2019homme qu\u2019est l\u2019argent. Si l\u2019apparition de la monnaie est un \u00e9v\u00e9nement que l\u2019on peut dater dans l\u2019histoire, la valeur d\u2019\u00e9change est un concept qui n\u2019a, de par sa nature, aucune existence historique.<\/p>\n<p>Repartant de la d\u00e9finition de la valeur en fonction du temps de travail qui en a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par les fondateurs de l\u2019\u00e9conomie, nous l\u2019avons pr\u00e9cis\u00e9e en introduisant la notion de comp\u00e9tence\u00a0: dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, \u00e0 chaque instant, le temps de travail n\u00e9cessaire pour produire les biens est fonction du niveau de comp\u00e9tence qu\u2019elle a atteint, laquelle entretenant de son c\u00f4t\u00e9 des relations tr\u00e8s \u00e9troites avec le temps de travail n\u00e9cessaire pour l\u2019acqu\u00e9rir. Si nous privil\u00e9gions ainsi la comp\u00e9tence, c\u2019est parce qu\u2019elle nous permettra de g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019explication de la formation de la rente dont le calcul constitue un des principaux objectifs de la comptabilit\u00e9. C\u2019est aussi parce que le d\u00e9veloppement de l\u2019automatisation des processus de production et celui de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re sur les nouvelles technologies informatiques r\u00e9clament de la part des salari\u00e9s et des citoyens une capacit\u00e9 suffisante \u00e0 l\u2019abstraction des outils utilis\u00e9s qui ne rel\u00e8ve pas du travail fourni en tant que d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie comme c\u2019\u00e9tait le cas il y a deux si\u00e8cles. Notre conception de la valeur est ainsi id\u00e9elle et s\u2019appuie sur la comp\u00e9tence que requiert la production et la vente d\u2019une richesse \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Nous dirons ainsi que, dans le champ th\u00e9orique, un bien ou un service A est le \u00ab\u00a0produit d\u2019une comp\u00e9tence A\u00a0\u00bb dont la valeur VA est \u00e0 comparer avec celle VB du \u00ab\u00a0produit d\u2019une comp\u00e9tence B\u00a0\u00bb d\u2019un bien ou d\u2019un service B. Ces valeurs VA et VB prennent existence dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers les prix PA et PB qui les expriment sur le march\u00e9. Si celui-ci fonctionne dans de bonne conditions de concurrence<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>, l\u2019\u00e9chelle des prix, PB relativement \u00e0 PA, devrait \u00eatre le reflet de l\u2019\u00e9chelle des valeurs, VB par rapport \u00e0 VA. Dans ces conditions, le co\u00fbt historique qui est mesur\u00e9 par la somme des prix des \u00e9l\u00e9ments qui le composent pr\u00e9sente une nature sociale\u00a0: pour chaque \u00e9tat donn\u00e9 de la technique c\u2019est le niveau de comp\u00e9tence que la soci\u00e9t\u00e9 doit en moyenne mettre en \u0153uvre \u00e0 travers le temps de travail n\u00e9cessaire pour produire, stocker et distribuer tel bien ou tel service. Sous cette forme de construit social, le co\u00fbt historique ne peut pas faire l\u2019objet d\u2019une mesure directe tant que l\u2019on n\u2019a pas d\u00e9fini l\u2019unit\u00e9 de mesure sociale du travail relatif \u00e0 la comp\u00e9tence requise. C\u2019est pourquoi de nombreux chercheurs en comptabilit\u00e9 raisonnent sur la base du co\u00fbt mon\u00e9taire et non sur celle de son interpr\u00e9tation sociale, ce qui les am\u00e8ne \u00e0 le confondre avec la valeur, la cons\u00e9quence \u00e9tant qu\u2019il nous semble impossible d\u2019utiliser la valeur d\u00e9finie dans la th\u00e9orie pour ordonner les ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els exprim\u00e9s \u00e0 travers les prix. Nous pensons que ce n\u2019est pas la mesure du travail social dans le cadre d\u2019une comp\u00e9tence donn\u00e9e qui importe prioritairement pour pouvoir utiliser ce concept car notre raisonnement se fonde sur la valeur relative des biens et des services les uns par rapport aux autres et non sur leur valeur absolue. Sous cet aspect, l\u2019\u00e9chelle des prix donn\u00e9e par un march\u00e9 fonctionnant dans de bonnes conditions de concurrence constitue une approximation acceptable et suffisante de l\u2019\u00e9chelle des valeurs.<\/p>\n<p>Nous dirons ainsi qu\u2019un bien ou un service A dans le champ th\u00e9orique est le \u00ab\u00a0produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SCA\u00a0\u00bb dont la valeur VA est \u00e0 comparer avec celle VB du \u00ab\u00a0produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SCB\u00a0\u00bb d\u2019un bien ou d\u2019un service B. Ces valeurs VA et VB prennent existence dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers les prix PA et PB qui les expriment sur le march\u00e9. Si celui-ci fonctionne dans de bonne conditions de concurrence, l\u2019\u00e9chelle des prix, PB relativement \u00e0 PA, devrait \u00eatre le reflet de l\u2019\u00e9chelle des valeurs, VB par rapport \u00e0 VA.<\/p>\n<p>Par ailleurs, tant que la stabilit\u00e9 des pratiques sociales entra\u00eenait comme cons\u00e9quence une correspondance permanente entre l\u2019\u00e9chelle des prix et celle des co\u00fbts, le concept de valeur-comp\u00e9tence pouvait ne pas \u00eatre mesur\u00e9.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, le co\u00fbt historique r\u00e9el qui est mesur\u00e9 par la somme des prix des \u00e9l\u00e9ments qui le composent est l\u2019expression d\u2019un co\u00fbt social th\u00e9orique correspondant au niveau de comp\u00e9tence qu\u2019\u00e0 chaque \u00e9tat donn\u00e9 de la technique et de la science la soci\u00e9t\u00e9 accepte en moyenne de d\u00e9penser pour produire, stocker et distribuer tel bien ou tel service.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00ab\u00a0deux richesses \u00e9conomiques qui n\u00e9cessitent la m\u00eame structure de comp\u00e9tences pour \u00eatre produites et mises sur le march\u00e9 ont la m\u00eame valeur d\u2019\u00e9change, c\u2019est-\u00e0-dire dans la r\u00e9alit\u00e9 sensiblement le m\u00eame prix sur celui-ci\u00a0\u00bb <a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Si A est le produit d\u2019une comp\u00e9tence CA et que celle-ci s\u2019am\u00e9liore dans le temps en permettant de cr\u00e9er deux A l\u00e0 o\u00f9 on n\u2019en cr\u00e9ait qu\u2019un, la valeur unitaire comp\u00e9tence th\u00e9orique de A par rapport \u00e0 celle de B va \u00eatre divis\u00e9e par deux et il en sera de m\u00eame du prix sur le march\u00e9 si celui-ci fonctionne dans de bonnes conditions de concurrence. En cons\u00e9quence, pour reproduire la valeur-comp\u00e9tence th\u00e9orique initiale, il faudra produire deux A, ce qui sera b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re qui sera devenue deux fois plus riche en produit A. Mais le progr\u00e8s technique se diffusant dans toutes les branches d\u2019activit\u00e9, il arrivera un moment o\u00f9 on fabriquera aussi deux fois plus d\u2019objets dans celles-ci, ce qui r\u00e9tablira l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre la valeur-comp\u00e9tence th\u00e9orique d\u2019un A et celle d\u2019un B.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le profit que nous interpr\u00e9tons th\u00e9oriquement comme \u00e9tant la contre-partie d\u2019un \u00e9change diff\u00e9r\u00e9 dans le temps avec une \u00e9pargne investie appara\u00eet comme \u00e9tant l\u2019objet m\u00eame de l\u2019\u00e9change<a title=\"\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>. Si le profit \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb est sup\u00e9rieur \u00e0 ce profit th\u00e9orique, la diff\u00e9rence entre les deux n\u00e9cessite l\u2019utilisation d\u2019un autre mot pour bien les distinguer l\u2019un de l\u2019autre et qui n\u2019est autre que celui de \u00ab\u00a0rente\u00a0\u00bb. Ainsi, le surplus d\u00e9gag\u00e9 dans un \u00e9change doit comprendre au minimum le profit pour qu\u2019il n\u2019y ait pas de perte de richesses et peut-\u00eatre une rente. Celle-ci ne s\u2019explique pas par la dynamique de l\u2019\u00e9change mais par le fait que l\u2019entreprise qui l\u2019a per\u00e7oit est en mesure de vendre son produit un prix plus \u00e9lev\u00e9 que celui qui permettrait de refl\u00e9ter exactement sa valeur-comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>La notion de don \/ contre don d\u00e9velopp\u00e9e par Mauss qui synth\u00e9tise les apports de Malinowski et de Boas, permet de mettre en \u00e9vidence que l\u2019existence de ce profit est conditionn\u00e9e par la mise en \u0153uvre d\u2019une structure de comp\u00e9tence nouvelle pour fabriquer le produit qui permettra d\u2019engendrer la valeur du profit. Ainsi la valeur-comp\u00e9tence d\u2019un produit r\u00e9sulte bien d\u2019une structure de comp\u00e9tences associant une comp\u00e9tence ancienne utilis\u00e9e pour produire le capital technique qui sera utilis\u00e9 dans l\u2019acte de fabrication et une comp\u00e9tence nouvelle pour produire les biens sans lesquels le profit ne peut se mat\u00e9rialiser ni m\u00eame l\u2019\u00e9change se r\u00e9aliser. La logique de la th\u00e9orie comptable montre que le profit ne peut s\u2019exprimer que dans un compte r\u00e9el additif du passif puisqu\u2019il repr\u00e9sente la valeur nouvelle \u00e9chang\u00e9e contre l\u2019\u00e9pargne investie. Nous postulons que, logiquement, ce compte ne peut \u00eatre que celui utilis\u00e9 en comptabilit\u00e9 pour l\u2019amortissement puisque c\u2019est le seul dont le montant d\u00e9pende de la dur\u00e9e de vie que l\u2019on attribue aux investissements tout en \u00e9tant\u00a0 int\u00e9gr\u00e9 dans les capitaux propres.<\/p>\n<p>Ces m\u00e9canismes sont simples \u00e0 montrer lorsque, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9 ci-dessus, nous nous pla\u00e7ons apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change en construisant le bilan complet de celui-ci pour chaque co\u00e9changiste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous supposons d\u2019abord la cr\u00e9ation d\u2019une entreprise A au moyen d\u2019un capital dont la valeur est celle d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1) repr\u00e9sent\u00e9e par une somme de N \u20ac\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"473\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"473\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan de l\u2019entreprise A \u00e0 un instant t<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"141\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"332\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"69\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td width=\"72\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"50\">Capital<\/td>\n<td width=\"283\">Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"69\"><\/td>\n<td width=\"72\"><\/td>\n<td width=\"50\"><\/td>\n<td width=\"283\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au moyen d\u2019une structure de comp\u00e9tence identique SC(1) repr\u00e9sent\u00e9e par une somme de N \u20ac, une entreprise B construit une machine\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"477\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"477\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan de l\u2019entreprise B \u00e0 un instant t<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"145\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"333\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"61\">Machine<\/td>\n<td width=\"83\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"48\">Capital<\/td>\n<td width=\"285\">Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"61\"><\/td>\n<td width=\"83\"><\/td>\n<td width=\"49\"><\/td>\n<td width=\"284\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>B accepte alors d\u2019\u00e9changer sa machine contre la tr\u00e9sorerie\u00a0 que poss\u00e8de A. Le bilan comptable ordinaire de cet \u00e9change se pr\u00e9sentera de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"479\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"479\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan de l\u2019entreprise A apr\u00e8s l\u2019\u00e9change<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"145\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"333\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"63\">Machine<\/td>\n<td width=\"82\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"48\">Capital<\/td>\n<td width=\"285\">Droit sur l\u2019actif compos\u00e9 d\u2019une machine<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"63\"><\/td>\n<td width=\"82\"><\/td>\n<td width=\"49\"><\/td>\n<td width=\"284\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"478\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"478\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan de l\u2019entreprise B apr\u00e8s l\u2019\u00e9change<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"133\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"345\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"64\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td width=\"69\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"59\">Capital<\/td>\n<td width=\"286\">Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"64\"><\/td>\n<td width=\"69\"><\/td>\n<td width=\"59\"><\/td>\n<td width=\"286\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ces deux derniers bilans ne refl\u00e8tent qu\u2019une partie de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00e9change. En effet, il a fallu constituer ces capitaux qui ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s pour fabriquer une machine ou obtenir une tr\u00e9sorerie de N \u20ac. D\u00e8s que l\u2019entreprise A mettra en marche sa machine pour produire un bien \u00ab\u00a0pA\u00a0\u00bb, elle engagera son capital correspondant dans un \u00e9change diff\u00e9r\u00e9 dans le temps qui sera d\u00e9nou\u00e9 lorsque tous les produits fabriqu\u00e9s auront \u00e9t\u00e9 vendus. Et cet \u00e9change diff\u00e9r\u00e9 dans le temps doit \u00eatre porteur d\u2019un profit minimum qui se mat\u00e9rialisera dans la valeur d\u2019un produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SC(1). Autrement, l\u2019\u00e9change \u00e9conomique complet entre A et B se traduira dans les comptes de A de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"483\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan \u00e9conomique complet de l\u2019\u00e9change pour l\u2019entreprise A<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"201\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"282\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"154\">Machine<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"68\">Capital<\/td>\n<td width=\"214\">Droit sur l\u2019actif compos\u00e9 d\u2019une machine<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"154\"><em>Produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/em><\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\"><em>N \u20ac<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"68\"><em>Profit potentiel<\/em><\/td>\n<td width=\"214\">Valeur d\u2019une \u00e9pargne repr\u00e9sentant un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"154\">Total<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\">2 N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"68\">Total<\/td>\n<td width=\"214\">Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence 2 x SC(1)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le bilan complet de l\u2019\u00e9change pour B sera sym\u00e9trique de celui de A\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"483\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan \u00e9conomique complet de l\u2019\u00e9change pour l\u2019entreprise B<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"201\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"282\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"153\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"68\">Capital<\/td>\n<td width=\"214\">Droit sur l\u2019actif compos\u00e9 de N \u20ac<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"153\"><em>Produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/em><\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\"><em>N \u20ac<\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"68\"><em>Profit potentiel<\/em><\/td>\n<td width=\"214\">Valeur d\u2019une \u00e9pargne repr\u00e9sentant un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"153\">Total<\/td>\n<td width=\"48\">\n<p align=\"center\">2 N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"68\">Total<\/td>\n<td width=\"214\">Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence 2 x SC(1)<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette construction th\u00e9orique va nous aider \u00e0 comprendre ce qu\u2019est un \u00e9change dans la r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 il serait dangereux que A et B tiennent une comptabilit\u00e9 \u00ab\u00a0compl\u00e8te\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9change comme celle que nous venons de pr\u00e9senter. Par exemple, l\u2019entreprise A vient de prendre possession de sa machine et ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir utilis\u00e9e pour produire et vendre qu\u2019elle constatera l\u2019existence du profit et son niveau s\u2019il existe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le principe de prudence exige qu\u2019elle ne comptabilise pas ce profit potentiel. Mais cette situation est diff\u00e9rente pour le chercheur qui se place apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change en observant celui-ci sans y prendre part. Au contraire, il est sollicit\u00e9 pour le d\u00e9crire dans sa totalit\u00e9 afin de pouvoir expliquer au chef d\u2019entreprise ce qui risque de se produire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019entreprise A va commencer par d\u00e9gager le r\u00e9sultat de l\u2019exploitation de sa machine en dressant, par exemple, le tableau suivant\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"483\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"483\">\n<p align=\"center\"><strong>Compte de r\u00e9sultat de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"340\">\n<p align=\"center\"><strong>Charges<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"144\">\n<p align=\"center\"><strong>Produits<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"280\">Co\u00fbts historiques des facteurs consomm\u00e9s<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"106\">Produit des ventes<\/td>\n<td width=\"38\">\n<p align=\"center\">2N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"280\">Profit moyen minimum = dotation aux amortissements<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"106\"><\/td>\n<td width=\"38\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"280\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\"><strong>2N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"106\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"38\">\n<p align=\"center\"><strong>2N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A ce compte de r\u00e9sultat correspondra, par exemple, le bilan suivant (en supposant la machine hors d\u2019usage et mise au rebus)\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"482\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"482\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"171\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"311\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"87\">Cr\u00e9ances sur les clients<\/td>\n<td width=\"84\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"238\">Capital = droit sur l\u2019actif= Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<td width=\"73\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"87\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td width=\"84\">\n<p align=\"center\">1,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"238\">Profit moyen minimum = amortissement<\/td>\n<td width=\"73\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"87\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"84\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"238\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"73\">\n<p align=\"center\"><strong>2 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comme nous pouvons le constater, la comptabilit\u00e9 met en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont la valeur se reproduit (dans notre exemple, \u00e0 l\u2019identique) dans le temps gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019existence du profit qui est l\u2019objet de l\u2019acte d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>Mais il est possible aussi que la vente de ses produits soit plus favorable \u00e0 l\u2019entreprise A parce qu\u2019elle poss\u00e8de un avantage concurrentiel sur ses concurrents lui permettant de vendre sa production, non pas 2N \u20ac mais 2,5N \u20ac. Dans ce cas, le compte de r\u00e9sultat se pr\u00e9sentera de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"480\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"480\">\n<p align=\"center\"><strong>Compte de r\u00e9sultat de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"325\">\n<p align=\"center\"><strong>Charges<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"155\">\n<p align=\"center\"><strong>Produits<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"278\">Co\u00fbts historiques des facteurs consomm\u00e9s<\/td>\n<td width=\"47\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"108\">Produit des ventes<\/td>\n<td width=\"47\">\n<p align=\"center\">2,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"278\"><em>Profit moyen minimum = dotation aux amortissements<\/em><\/td>\n<td width=\"47\">\n<p align=\"center\">N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"108\"><\/td>\n<td width=\"47\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"278\"><strong>R\u00e9sultat b\u00e9n\u00e9ficiaire = rente \u00ab\u00a0commerciale\u00a0\u00bb r\u00e9elle<\/strong><\/td>\n<td width=\"47\">\n<p align=\"center\"><strong>0,5N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"108\"><\/td>\n<td width=\"47\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"278\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"47\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"108\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"47\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>A ce compte de r\u00e9sultat correspondra le bilan\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"478\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"478\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"181\">\n<p align=\"center\"><strong>Actif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"297\">\n<p align=\"center\"><strong>Passif<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"123\">Cr\u00e9ances sur les clients (0,5&#215;2,5\/2)<\/td>\n<td width=\"58\">\n<p align=\"center\">0,625N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"235\">Capital = droit sur l\u2019actif= Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<td width=\"62\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"123\">Tr\u00e9sorerie<\/td>\n<td rowspan=\"2\" width=\"58\">\n<p align=\"center\">1,875N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"235\"><em>Profit moyen minimum = amortissement<\/em><\/td>\n<td width=\"62\">\n<p align=\"center\"><em>N \u20ac<\/em><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"235\">R\u00e9sultat comptable = Rente commerciale r\u00e9elle<\/td>\n<td width=\"62\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"123\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"58\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"235\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"62\">\n<p align=\"center\"><strong>2,5 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voyons appara\u00eetre un surplus de 0,5 \u20ac par rapport \u00e0 la situation ant\u00e9rieure qui n\u2019est pas autre chose qu\u2019une rente pour l\u2019entreprise A. Cette rente ne peut pas se justifier par la th\u00e9orie de la valeur-comp\u00e9tence puisqu\u2019elle est \u00ab\u00a0hors \u00e9change\u00a0\u00bb, celui-ci ne concernant, stricto sensu, que l\u2019\u00e9pargne investie et le profit qu\u2019elle doit rapporter. Cette rente existe r\u00e9ellement et est de nature \u00ab\u00a0commerciale\u00a0\u00bb puisqu\u2019elle est relative \u00e0 l\u2019\u00e9change des produits fabriqu\u00e9s et vendus sur le march\u00e9 par l\u2019entreprise A. Plus son niveau est \u00e9lev\u00e9 plus elle constituera un signe de bonne sant\u00e9 de l\u2019entreprise (si nous ne sommes pas en situation de comptabilit\u00e9 cr\u00e9ative) et plus elle donnera confiance aux investisseurs.<\/p>\n<p>Ce raisonnement n\u2019est possible que parce que nous avons valoris\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019actif et du passif au co\u00fbt historique qui fournit la base de calcul par rapport \u00e0 laquelle la transmission de la valeur dans le temps pourra \u00eatre mise en \u00e9vidence. Par ailleurs, si l\u2019entreprise A veut distribuer la rente d\u00e9gag\u00e9e, elle le pourra parce que celle-ci est \u00ab\u00a0r\u00e9elle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si les actifs et les passifs, notamment financiers, sont valoris\u00e9s en juste valeur correspondant \u00e0 leur prix de march\u00e9 lorsque celui-ci est efficient et, donc, \u00e0 leur valeur fondamentale, nous verrons appara\u00eetre au bilan une perte ou une rente \u00ab\u00a0financi\u00e8re\u00a0\u00bb correspondant respectivement \u00e0 la moins-value ou \u00e0 la plus-value potentielle qui serait g\u00e9n\u00e9r\u00e9e si les actifs et les passifs \u00e9taient vendus sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>Si nous supposons l\u2019existence d\u2019une plus-value potentielle de 1,5 \u20ac sur des actions que l\u2019entreprise A poss\u00e8de sur une autre entreprise, nous obtiendrons le bilan suivant\u00a0:<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table width=\"481\" border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"4\" width=\"481\">\n<p align=\"center\"><strong>Bilan de l\u2019entreprise A apr\u00e8s avoir vendus les produits fabriqu\u00e9s avec la machine B<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"170\">\n<p align=\"center\">Actif<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"311\">\n<p align=\"center\">Passif<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"108\">Cr\u00e9ances sur les clients (0,5&#215;2,5\/2)<\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\">0,625N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"251\">Capital = droit sur l\u2019actif= Valeur d\u2019un produit de structure de comp\u00e9tence SC(1)<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td rowspan=\"2\" width=\"108\">Tr\u00e9sorerie r\u00e9elle<\/td>\n<td rowspan=\"2\" width=\"63\">\n<p align=\"center\">1,875N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"251\"><em>Profit moyen minimum = amortissement<\/em><\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">N \u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"251\">R\u00e9sultat comptable = Rente commerciale r\u00e9elle<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\">0,5N\u00a0\u20ac<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"108\"><strong>Ecart sur actifs financiers<\/strong><\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\"><strong>1,5 \u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"251\"><strong>Rente financi\u00e8re potentielle<\/strong><\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\"><strong>1,5 \u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"108\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"63\">\n<p align=\"center\"><strong>4 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"251\">\n<p align=\"center\"><strong>TOTAL<\/strong><em><\/em><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"60\">\n<p align=\"center\"><strong>4 N\u00a0\u20ac<\/strong><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous voyons sur ce bilan que cette rente financi\u00e8re ne correspond \u00e0 aucun produit de structure de comp\u00e9tence SC(\u00a0?) puisqu\u2019elle a pour origine l\u2019activit\u00e9 sp\u00e9culative de certains op\u00e9rateurs. Elle n\u2019a aucune consistance r\u00e9elle or, telle qu\u2019elle appara\u00eet dans le bilan, elle est susceptible d\u2019\u00eatre distribu\u00e9e, ce qui ne va pas sans poser des probl\u00e8mes \u00e9ventuellement de tr\u00e9sorerie \u00e0 l\u2019entreprise consid\u00e9r\u00e9e dans son r\u00f4le \u00e9conomique et commercial.<\/p>\n<p>Il nous semble que ce soit un abus de langage que de parler de cr\u00e9ation de valeur dans la mesure o\u00f9 aucune valeur n\u2019est r\u00e9ellement cr\u00e9\u00e9e. Elle correspond simplement \u00e0 la distribution d\u2019un pouvoir d\u2019achat sur les biens et services existants qu\u2019elle n\u2019a pas contribu\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 produire. Ce pouvoir d\u2019achat consid\u00e9rable destin\u00e9 \u00e0 un petit groupe de personnes creuse les in\u00e9galit\u00e9s comme jamais ce fut le cas avant le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Le jeu de bascule entre ceux qui profite de ce pouvoir d\u2019achat suppl\u00e9mentaire et les autres qui ne per\u00e7oivent pratiquement rien de plus s\u2019op\u00e8re essentiellement via l\u2019inflation du prix d\u2019achat et de la location de l\u2019immobilier.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la volont\u00e9 d\u2019\u00e9tendre la juste valeur \u00e0 tous les actifs et passifs risque d\u2019amener des distorsions de valeurs dans ceux-ci dont la coh\u00e9rence d\u2019ensemble dans la construction et le maintien de l\u2019organisation de l\u2019entreprise sera remise en question.<\/p>\n<p>Enfin, nous pouvons constater que l\u2019existence de cette rente financi\u00e8re potentielle est une incitation permanente \u00e0 utiliser la tr\u00e9sorerie pour racheter les actions de la soci\u00e9t\u00e9 qui porte juridiquement l\u2019entreprise afin que l\u2019augmentation de la demande fasse augmenter le cours et que la diminution du nombre d\u2019actions en fasse augmenter le dividende. Or, la tr\u00e9sorerie serait plus judicieusement utilis\u00e9e \u00e0 investir pour cr\u00e9er des richesses et des emplois.<\/p>\n<p>Du point de vue th\u00e9orique que nous avons adopt\u00e9 sur la valeur-comp\u00e9tence, cette rente financi\u00e8re potentielle qui s\u2019assimile \u00e0 une valeur actionnariale permet d\u2019augmenter le RoE (return on equity) qui mesure la rentabilit\u00e9 des fonds propres en \u00e9tant form\u00e9 par l\u2019addition du dividende et des plus-values annuelles des titres ramen\u00e9e fonds propres tels qu\u2019ils apparaissent au bilan. Or, le RoE peut durablement augmenter beaucoup plus vite que la rentabilit\u00e9 \u00e9conomique proprement dite en jouant sur le levier d\u2019endettement qui correspond au ratio des dettes ramen\u00e9es aux fonds propres, dans la mesure o\u00f9 le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat des pr\u00eats est inf\u00e9rieur au taux de rentabilit\u00e9 exig\u00e9 des investisseurs. Certains d\u2019entre eux tr\u00e8s puissants sur les march\u00e9s, les fonds de pension notamment, profit\u00e8rent de la globalisation des march\u00e9s mon\u00e9taires et financiers \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1990 pour provoquer sur les places financi\u00e8res du monde entier l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la valeur actionnariale, celle-ci ayant besoin de la juste valeur et de la comptabilit\u00e9 associ\u00e9e pour pouvoir s\u2019octroyer des plus-values sp\u00e9culatives consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">4 \u2013 Cons\u00e9quences pour l\u2019entreprise<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les march\u00e9s financiers ont pris un tournant brutal \u00e0 la charni\u00e8re des ann\u00e9es 1970 et 1980 en recherchant des plus-values importantes \u00e0 court terme alors que, traditionnellement, leur comportement \u00e9tait m\u00fb par l\u2019attrait de dividendes r\u00e9guliers augmentant sensiblement au rythme du d\u00e9veloppement de l\u2019entreprise concern\u00e9e et de la croissance \u00e9conomique ambiante.<\/p>\n<p>En consid\u00e9rant que l\u2019entreprise est une entit\u00e9 ext\u00e9rieure aux propri\u00e9taires, les dirigeants ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 penser que le capital pr\u00e9sentait un co\u00fbt et, dans le but de faire jouer l\u2019effet de levier, \u00e0 comparer celui-ci \u00e0 celui de l\u2019endettement afin de choisir la meilleure combinaison possible de ces deux sources de financement. Dans ces conditions, un dirigeant pouvait prendre des d\u00e9cisions d\u2019investissement non-conformes au meilleur int\u00e9r\u00eat des actionnaires parce qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e0 \u00ab\u00a0supporter\u00a0\u00bb le co\u00fbt des capitaux investis et parce qu\u2019il ne percevait aucune \u00ab\u00a0r\u00e9mun\u00e9ration\u00a0\u00bb en contrepartie de la valeur cr\u00e9\u00e9e pour eux. Pour \u00e9viter que cela se produise, les syst\u00e8mes de r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants furent align\u00e9s sur les m\u00e9thodes d\u2019affectation des capitaux, ce qui permit d\u2019adapter le fonctionnement de l&rsquo;entreprise sur la cr\u00e9ation de valeur actionnariale et, ainsi, \u00e0 passer d\u2019une gouvernance partenariale \u00e0 une gouvernance actionnariale. Pour satisfaire les objectifs des actionnaires, les dirigeants ont \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 utiliser la masse salariale comme variable d&rsquo;ajustement. Les fonds d&rsquo;investissement et, a fortiori, les fonds de pension, exig\u00e8rent des gestionnaires un rendement non seulement \u00e9lev\u00e9 mais stable, sinon croissant. La seule solution pour les dirigeants d&rsquo;entreprise en cas de fluctuations cycliques fut de r\u00e9duire les co\u00fbts, c&rsquo;est-\u00e0-dire les salaires et, par voie de cons\u00e9quence, l&#8217;emploi. Les cons\u00e9quences n\u00e9fastes pour les salari\u00e9s de cette situation furent amplifi\u00e9es par l\u2019utilisation de la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb rempla\u00e7ant celle du co\u00fbt historique. Avec la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb, correspondant \u00e0 des prix fournis par des march\u00e9s volatils, se dilue la notion m\u00eame de capital sans lequel l\u2019entreprise comme organisation sociologique cr\u00e9atrice de richesses risque de dispara\u00eetre. A cette ind\u00e9termination du capital correspond une insuffisance de fonds de roulement alors que celui-ci devrait garantir un paiement r\u00e9gulier des salaires quel que soit le niveau d\u2019activit\u00e9. C\u2019est toute la pratique sociale des contrats de travail qui se trouve ici remise en cause. En effet, la valorisation au co\u00fbt historique et la distinction entre les capitaux propres et les dettes permettent de pouvoir calculer un fonds de roulement qui soit fiable. Or celui-ci est la garantie derni\u00e8re du paiement des salaires si les affaires ont tendance \u00e0 r\u00e9gresser. Cette garantie est n\u00e9cessaire si l\u2019on veut rassurer les salari\u00e9s en leur proposant des contrats de travail \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e. En cas d\u2019un fonds de roulement insuffisamment garni en fonds propres, le paiement r\u00e9gulier des salaires n\u2019est plus garanti et l\u2019on voit alors se d\u00e9velopper dans l\u2019entreprise des contrats \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e et des \u00ab\u00a0int\u00e9rimaires\u00a0\u00bb. Beaucoup de chefs d\u2019entreprises pensent que c\u2019est par ces derniers contrats qu\u2019ils obtiendront de la \u00ab\u00a0flexibilit\u00e9\u00a0\u00bb. L\u2019analyse de l\u2019acte d\u2019\u00e9change nous indique que c\u2019est certainement une erreur d\u2019interpr\u00e9tation car ce qui devrait \u00eatre flexible au regard de l\u2019\u00e9change, c\u2019est l\u2019entreprise et non le salari\u00e9. Celui-ci est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant une des parties prenantes. Or, l\u2019invention de l\u2019entreprise \u00e0 travers l\u2019identification et l\u2019autonomisation des parties prenantes qui \u00e9tait justifi\u00e9e socialement par la cr\u00e9ation du contrat de travail et comptablement par la mise en \u00e9vidence de la continuit\u00e9 de l\u2019exploitation n\u00e9cessitant le recours au co\u00fbt historique, s\u2019est trouv\u00e9e modifi\u00e9e par la prise en compte il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es de la notion de risque. Pour l\u2019IASB, la continuit\u00e9 de l\u2019exploitation se pose prioritairement par rapport aux apporteurs de capitaux, leur satisfaction de l\u2019information fournie face aux risques \u00e9tant garante de la satisfaction des autres parties prenantes. La question centrale concernant les parties prenantes est alors de savoir si les \u00e9tats comptables et financiers peuvent rendre compte de l\u2019exposition au risque de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces probl\u00e8mes, la prise en compte de la cr\u00e9ation de valeur au moment de la r\u00e9alisation de l\u2019acte d\u2019\u00e9change du bien vendu sur le march\u00e9 client ram\u00e8ne la question de l\u2019origine de la rente \u00e0 un arrangement efficient des comp\u00e9tences dont l\u2019entreprise dispose et qui lui donne un avantage concurrentiel sur ses march\u00e9s. L\u2019\u00e9valuation comptable en co\u00fbt historique fond\u00e9 sur la valeur-comp\u00e9tence joue alors un r\u00f4le fondamental dans la construction de la mesure comptable pour fournir \u00e0 l\u2019ensemble des parties prenantes de l\u2019entreprise une information qui soit fiable sur les risques pris mais aussi pour redonner au \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb son sens \u00e9conomique d\u2019\u00e9pargne investie sous risque de profit ou de perte lui permettant de favoriser des pratiques dont l\u2019objectif n\u2019est pas de flexibiliser le travail mais de permettre \u00e0 celui-ci de se d\u00e9velopper dans un climat social minimisant les tensions entre les salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet ainsi que l\u2019adoption de la \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb comme crit\u00e8re permettant de justifier la recherche d\u2019une valeur actionnariale maximale \u00e0 court terme, n\u2019est pas conforme au respect des conditions d\u00e9velopp\u00e9e par la th\u00e9orie de la valeur-comp\u00e9tence et, de ce fait, ne peut \u00eatre que productrice de crises et de d\u00e9sordres sociaux. Face \u00e0 celles-ci et au risque de violence qu\u2019elles portent, la th\u00e9orie girardienne propose une grille de lecture permettant de comprendre leurs d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Conclusion<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous avons voulu montrer dans notre article qu\u2019il existe des lois a-historiques et universelles, ext\u00e9rieures \u00e0 nous, qui peuvent permettre de normaliser les pratiques comptables, ce qui les rend susceptibles de faire l\u2019objet d\u2019une science. En remontant aux origines de la comptabilit\u00e9 et en interpr\u00e9tant les pratiques des tribus primitives telles que l\u2019on peut les observer encore de nos jours, nous avons propos\u00e9 le concept de valeur-comp\u00e9tence que nous avons con\u00e7u comme un construit social fonction de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9, ce qui nous a permis de produire une explication th\u00e9orique de l\u2019\u00e9change valeur pour valeur \u00e0 partir de la Kula mais aussi de la distinction \u00e0 faire entre le profit et la rente tel que le potlatch la fait appara\u00eetre. Il appara\u00eet alors que c\u2019est le profit qui s\u2019\u00e9change \u00e0 travers le temps contre l\u2019\u00e9pargne initiale investie dans l\u2019activit\u00e9 productive. L\u2019existence d\u2019une rente est le signe que l\u2019entreprise correspondante \u00ab\u00a0fait mieux\u00a0\u00bb que le march\u00e9 puisque, sur celui-ci, les entreprises ne devraient d\u00e9gager que le profit moyen social, lequel est le v\u00e9ritable r\u00e9gulateur des \u00e9changes dans l\u2019\u00e9conomie. Il s\u2019ensuit qu\u2019en r\u00e9alisant ce surprofit, l\u2019entreprise se soustrait, au moins temporairement, \u00e0 la loi du march\u00e9. Assigner comme objectif prioritaire et quasi unique aux dirigeants de \u00ab faire mieux que le march\u00e9 \u00bb comme dans le cas de la gouvernance actionnariale revient \u00e0 \u00e9riger en norme de comportement la recherche de cet exc\u00e9dent comme un signe distinctif fort d\u2019un bon management. Ceci nous para\u00eet tr\u00e8s contestable dans la mesure o\u00f9 ce \u00ab\u00a0bon management\u00a0\u00bb ne peut perdurer qu\u2019au d\u00e9triment des salari\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Nous avons alors con\u00e7u le nombre comptable comme \u00e9tant cette valeur-comp\u00e9tence, ce qui nous a permis de construire une explication de la dynamique des \u00e9changes fond\u00e9e sur la n\u00e9cessaire \u00e9galit\u00e9 th\u00e9orique entre les valeurs \u00e9chang\u00e9es, laquelle fournit en m\u00eame temps un principe permanent, a-historique et universel, sans lequel les ph\u00e9nom\u00e8nes comptables n\u2019entretiendraient plus entre eux aucune relation n\u00e9cessaire. La comptabilit\u00e9 n\u2019aurait pas d\u2019objet si elle s\u2019en rapportait exclusivement \u00e0 la seule subjectivit\u00e9 des co\u00e9changistes lorsqu\u2019elle enregistre un contrat dont les termes seraient alors ind\u00e9termin\u00e9s. <\/strong>Cette \u00e9pist\u00e9mologie du nombre comptable que nous avons propos\u00e9e permet d\u2019expliquer ce qu\u2019est un \u00e9change sur un march\u00e9 tout en indiquant ce qui emp\u00eache parfois celui-ci de fonctionner normalement. En ce sens, elle est \u00e0 la fois explicative et normative puisqu\u2019elle propose un mod\u00e8le de fonctionnement parfait du march\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Il y a bien un \u00e9quilibre subjectif sur le march\u00e9 r\u00e9el entre les co\u00e9changistes parce que chacun s\u2019en rapporte \u00e0 la propre id\u00e9e qu\u2019il se fait de la valeur de l\u2019objet qu\u2019il d\u00e9sire, cette valeur \u00e9tant mise en relation avec l\u2019usage qu\u2019il compte en tirer. Ainsi, sur le march\u00e9 r\u00e9el, loin de reposer sur l\u2019\u00e9galit\u00e9, l\u2019\u00e9change suppose l\u2019in\u00e9galit\u00e9 car si, pour chaque contractant, l\u2019objet qu\u2019il acquiert ne valait pas plus que celui qu\u2019il c\u00e8de, il n\u2019aurait aucun motif de participer \u00e0 l\u2019\u00e9change. Or cet \u00e9quilibre entre les participants rel\u00e8ve de la valeur d\u2019usage des objets et non de leur valeur d\u2019\u00e9change, laquelle est fonction de la structure de comp\u00e9tences qui a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire pour produire, stocker et distribuer les biens, ce qui renvoie au domaine th\u00e9orique dans lequel les valeurs sont \u00e9gales. En disant cela, nous saisissons l\u2019acte d\u2019\u00e9change de l\u2019ext\u00e9rieur sans l\u2019examiner successivement sous l\u2019angle de vue particulier d\u2019un des contractants. Cela garantit l\u2019objectivit\u00e9 de notre d\u00e9marche.<\/strong><\/p>\n<p>Les dysfonctionnements qui affectent les march\u00e9s financiers depuis 25 ans sont des d\u00e9rives associ\u00e9es \u00e0 la recherche syst\u00e9matique de \u00ab\u00a0la cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb fond\u00e9e sur la juste valeur qui s\u2019est progressivement impos\u00e9e comme nouveau ressort de la croissance mondiale au fur et \u00e0 mesure que s&rsquo;instaurait le nouveau rapport de forces favorable aux actionnaires. Or, malgr\u00e9 leurs modifications financi\u00e8res et comptables sans pr\u00e9c\u00e9dent, les march\u00e9s financiers n\u2019ont toujours pas retrouv\u00e9 de nos jours la confiance des investisseurs qui se m\u00e9fient de l\u2019information financi\u00e8re qui leur est transmise. Ils ont besoin qu\u2019elle soit pertinente pour pouvoir appr\u00e9cier l\u2019utilisation des instruments financiers qui leur sont propos\u00e9s. Elle est construite \u00e0 partir de la comptabilit\u00e9 con\u00e7ue comme un langage commun charg\u00e9 de rendre homog\u00e8ne la description des activit\u00e9s \u00e9conomiques afin de pouvoir les comparer entre elles. Le rejet actuel de l\u2019information financi\u00e8re peut donc s\u2019interpr\u00e9ter comme une remise en cause de la r\u00e9forme comptable dont les nouvelles r\u00e8gles produisent une information qui, par son manque de pertinence par rapport aux attentes des parties prenantes dont, bien s\u00fbr, les investisseurs, favorise les tr\u00e8s graves dysfonctionnements du syst\u00e8me \u00e9conomique et financier. Dans ce cadre, il nous semble important de bien distinguer les notions de \u00ab\u00a0valeur\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0prix\u00a0\u00bb sauf \u00e0 r\u00e9server un sens particulier \u00e0 l\u2019expression valeur financi\u00e8re qui serait diff\u00e9rent de celui que nous avons d\u00e9velopp\u00e9 en pr\u00e9sentant la valeur-comp\u00e9tence. Par rapport \u00e0 celle-ci, les plus-values financi\u00e8res assimil\u00e9es \u00e0 une \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb alors qu\u2019elles ne sont que des sortes de \u00ab\u00a0bons d\u2019achats\u00a0\u00bb de biens et de services qui creusent les in\u00e9galit\u00e9s sociales.<\/p>\n<p>Il est alors n\u00e9cessaire que nous prenions en consid\u00e9ration le fait que l\u2019ordre social peut s\u2019\u00e9loigner de l\u2019ordre naturel vers lequel l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 devrait le faire tendre en permanence, les hommes ayant la possibilit\u00e9 de modifier les pratiques par rapport \u00e0 celle qui devraient tendre vers ce qu\u2019indique la th\u00e9orie. Ainsi, la th\u00e9orie comptable que nous avons d\u00e9velopp\u00e9e peut d\u00e9terminer ou non la pratique comptable dans la mesure o\u00f9 celle-ci ressort de la volont\u00e9 des individus. Elle se veut normative en ce sens qu\u2019elle indique la mani\u00e8re dont la comptabilit\u00e9 doit \u00eatre tenue. Ce n\u2019est pas pour autant qu\u2019il en ira ainsi comme le montre l\u2019adoption de la juste valeur devant se substituer au co\u00fbt historique alors que la th\u00e9orie indique que l\u2019entreprise et l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 sont construites sur le co\u00fbt historique.<\/p>\n<p>Nous avons voulu montrer qu\u2019en fondant les relations \u00e9conomiques entre les individus sur des rapports de force, l\u2019utilit\u00e9 contractuelle du nombre comptable propos\u00e9e par la th\u00e9orie positive de la comptabilit\u00e9 transforme l\u2019entreprise pour en faire une juxtaposition d\u2019\u00e9l\u00e9ments pouvant \u00eatre vendus s\u00e9par\u00e9ment sur les march\u00e9s financiers au d\u00e9triment des autres parties prenantes dont, bien s\u00fbr, les salari\u00e9s. La conception du nombre comptable fond\u00e9 sur son utilit\u00e9 d\u00e9cisionnelle correspond \u00e0 l\u2019approche latine de l\u2019entreprise dont l\u2019objectif est de conserver et, si possible, de d\u00e9velopper dans la dur\u00e9e un capital \u00e0 travers des \u00e9changes valeur pour valeur sur les march\u00e9s. Dans un cadre concurrentiel, le nombre comptable historique joue un r\u00f4le fondamental pour fournir \u00e0 l\u2019ensemble des parties prenantes de l\u2019entreprise une information qui soit sinc\u00e8re et r\u00e9guli\u00e8re. Il permet aussi de redonner au \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb son sens \u00e9conomique d\u2019\u00e9pargne investie sous risque de profit ou de perte, ce qui favorise des pratiques de gouvernance dont l\u2019objectif n\u2019est pas de flexibiliser le travail mais de permettre \u00e0 celui-ci de se d\u00e9velopper dans un climat social minimisant les tensions entre les salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Au nombre comptable est ainsi assign\u00e9e la t\u00e2che de substituer l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique susceptible de limiter la violence entre les individus au d\u00e9sir mim\u00e9tique, source de cette violence. Pour cela, il doit repr\u00e9senter une valeur de telle sorte qu\u2019aucun des deux co\u00e9changistes ne se sente l\u00e9ser dans l\u2019op\u00e9ration d\u2019\u00e9change par l\u2019autre. Le nombre comptable doit donc \u00eatre fond\u00e9 sur une grandeur qui permette \u00e0 chaque personne de pouvoir comparer les biens entre eux ind\u00e9pendant de leur volont\u00e9 \u00e0 chercher \u00e0 prendre plus \u00e0 l\u2019autre qu\u2019elle ne doit. Cette grandeur est la \u00ab\u00a0valeur d\u2019\u00e9change\u00a0\u00bb qui ne peut fluctuer dans le temps pour ne pas que des tensions entre les co\u00e9changistes puissent prendre corps m\u00eame si le prix de march\u00e9 dans lequel elle s\u2019exprime \u00e9volue en fonction de l\u2019offre et de la demande. En cons\u00e9quence, les biens inscrits dans les documents comptables doivent l\u2019\u00eatre \u00e0 leur valeur d\u2019origine qui permet des comparaisons dans le temps et de d\u00e9crire la mani\u00e8re dont la valeur se reconstitue de p\u00e9riodes en p\u00e9riodes. Selon cette approche prenant la canalisation de la violence comme fil directeur, l\u2019utilit\u00e9 du nombre comptable est d\u00e9cisionnelle.<\/p>\n<h1><span style=\"text-decoration: underline;\">Bibliographie<\/span><\/h1>\n<p>Aristote (2008), Ethique \u00e0 Nicomaque, Livre V\u00a0: La vertu de justice, Chapitre 8\u00a0: La justice et la r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0 R\u00f4le \u00e9conomique de la monnaie, traduit par Richard Bod\u00e9\u00fcs, Hachette Livre, Livre de Poche, Classique, Paris.<\/p>\n<p>Ball et Brown (1968), Journal of Accounting Research, University of Chicago Press, Chicago, Vol 6, n\u00b0 2.<\/p>\n<p>Beaver W. H. (1968), \u201cInformation Content of Annual Earnings Announcements\u201d, Journal of Accounting Research, University of Chicago Press, Chicago, Vol 6, n\u00b0 3.<\/p>\n<p>Boas F. (1921), <em>Ethnology of the Kwakiutl<\/em>, Bureau of American Ethnology.<\/p>\n<p>Friedman M. (1953), \u201cEssays in Positive Economics\u201d, University of Chicago Press, Chicago.<\/p>\n<p>Girard R. (1972), \u201cLa violence et le sacr\u00e9\u201d, Grasset, Paris. L&rsquo;ouvrage a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 par l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise (Fondation Broquette-Gonin) en mai 1973.<\/p>\n<p>Girard R. (1978), \u201cDes choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde\u201d, avec Jean-Michel Oughourlian et Guy Lefort, Grasset, Paris.<\/p>\n<p>Granet M. (1934), \u201cLa Pens\u00e9e chinoise\u201d, Albin Michel, Paris.<\/p>\n<p>Haas J. (2011), <em>Les comptes doivent s\u2019ancrer dans ce qu\u2019il y a de plus robuste<\/em>, entretien avec Marion Leblanc-Wohrer et Antoine Landrot \u00e0 l\u2019AGEFI le 15 septembre 2011.<\/p>\n<p>Hobbes T. (1651 \u00e9dition de 2005), <em>L\u00e9viathan. Trait\u00e9 de la mati\u00e8re, de la forme et du pouvoir eccl\u00e9siastique et civil, <\/em>version fran\u00e7aise sous le titre \u00ab\u00a0L\u00e9viathan\u00a0\u00bb, Vrin, Paris).<\/p>\n<p>Hoogervorst H. (2011), <em>La crise ravive le d\u00e9bat sur l&rsquo;application des IFRS<\/em>, L\u2019AGEFI Quotidien par Solenn Poullennec le 13\/10\/2011.<\/p>\n<p>Littleton A. C. (1953), <em>Structure of Accounting Theory<\/em>, Monograph n\u00b0 5, American Accounting Association, New-York.<\/p>\n<p>Keynes J. N. (1891), \u201cThe Scope and Method of Political Economy\u201d, University of Cambridge, Cambridge.<\/p>\n<p>Jensen M.C. et Meckling W.H. (1976), \u201cTheory of the Firm: Managerial, Behavior, Agency Costs, and Ownership Structure\u201d, Journal of Financial Economics, Vol 3.<\/p>\n<p>Malinowski B. (1922), <em>Les argonautes du Pacifique occidental<\/em>, Gallimard 1963, Paris, p. 139-141.<\/p>\n<p>Mattessich R. V. (1957), Towards a General and Axiomatic Foundation of Accountancy, Accounting Research, 8, n\u00b0 4.<\/p>\n<p>Montesquieu (1748), \u00ab\u00a0De L\u2019esprit des Lois\u00a0\u00bb, Le Livre de Poche 1997, KERVIGNAC 56700.<\/p>\n<p>Schmandt-Besserat D. (1983), <em>Tokens and counting<\/em>, Biblical Archeologist.<\/p>\n<p>Watts R. L. et Zimmerman J. L. (1978), \u201cTowards a positive theory of the determination of accounting standards\u201d, The accounting review, Vol. 53, january, pp. 112-134.<\/p>\n<p>Watts R. L. et Zimmerman J. L. (1979), \u201cThe Demand for and Supply of Accounting Theories : the Market for Excuses\u201d, The accounting review, Vol. 54, april, pp. 273-305.<\/p>\n<p>Watts R. L. et Zimmerman J. L. (1986), \u201cPositive Accounting Theory\u201d, Englewood Cliffs, Printice-Hall.<\/p>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0Appel\u00e9 \u00ab\u00a0fair value\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0valeur juste\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0juste valeur\u00a0\u00bb obtenue selon la r\u00e8gle\u00a0: \u00ab\u00a0marked to market\u00a0\u00bb, ce qui la d\u00e9tourne de son sens originel selon lequel une \u00ab\u00a0valeur juste\u00a0\u00bb correspondait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que l\u2019on se faisait sur celle-ci selon que l\u2019on en avait ou non \u00ab\u00a0pour son argent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0Selon le principe\u00a0: \u00ab\u00a0Substance over form\u00a0\u00bb donnant la primaut\u00e9 \u00e0 la valeur \u00e9conomique des op\u00e9rations sur leur valeur patrimoniale (pr\u00e9\u00e9minence de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique sur l&rsquo;apparence m\u00eame si la forme juridique exigerait un traitement diff\u00e9rent).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0J\u00e9r\u00f4me Haas est le Pr\u00e9sident de l\u2019Autorit\u00e9 des Normes Comptables (ANC) en France.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a>\u00a0Hans Hoogervorst, Pr\u00e9sident actuel de l\u2019International Accounting Standards Board (IASB).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0Comme toutes les esp\u00e8ces, nous vivons dans la nature et, de ce fait, nous sommes soumis \u00e0 ses lois. Les relations de domination naturelles qui r\u00e8glent le fonctionnement des autres esp\u00e8ces disparaissant au fur et \u00e0 mesure que nous avons pris conscience de nous-m\u00eames au cours des si\u00e8cles, nous avons d\u00fb inventer des r\u00e8gles sociales et culturelles adaptant les lois naturelles pour limiter notre capacit\u00e9 \u00e0 nous auto-d\u00e9truire. L\u2019histoire nous montre que nous avons parfois d\u00e9velopp\u00e9 des formes culturelles qui ne s\u2019inscrivent pas dans l\u2019ordre naturel, provoquant des crises qui favorisent le d\u00e9veloppement de la violence. C\u2019est dans le respect de cet ordre naturel que nous inscrivons notre concept de \u00ab\u00a0nombre comptable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0Ainsi, la m\u00e9canique de Newton qui r\u00e9duit \u00e0 quelques lois tr\u00e8s simples le chaos apparent des ph\u00e9nom\u00e8nes en expliquant parfaitement la dynamique des mouvements \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans une explication plus large avec la relativit\u00e9 d\u2019Einstein se pla\u00e7ant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la vitesse de la lumi\u00e8re et celle-ci semble bien devoir \u00e0 son tour \u00eatre englob\u00e9e dans une explication encore plus large si l\u2019on en croit les r\u00e9sultats des travaux de Fritz Swicki datant de 1933 et de ceux de Stacy\u00a0Mac\u00a0Gaugh en 2011.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0Dans d\u2019autres r\u00e9gions du monde, d\u2019autres objets tels que des morceaux de porc, des dents de baleine, du cacao ou de certains types de coquillages, etc. ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s comme unit\u00e9 de compte mais l&rsquo;or a sans doute \u00e9t\u00e9 l&rsquo;unit\u00e9 la plus largement utilis\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0On situe l&rsquo;invention de la poterie entre 10\u00a0000 et 14\u00a0000 ans avant J. C. en Chine.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0En latin, \u00ab\u00a0caillou\u00a0\u00bb se dit \u00ab\u00a0calculus\u00a0\u00bb, mot qui a donn\u00e9 naissance celui de \u00ab\u00a0calculi\u00a0\u00bb et, en Fran\u00e7ais, de \u00ab\u00a0calcul\u00a0\u00bb, les cailloux \u00e9tant r\u00e9guli\u00e8rement utilis\u00e9s dans l\u2019apprentissage du calcul.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0Ces inscriptions remontent aux environs du 14<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. Elles apparaissent sur des carapaces de tortue ou des omoplates de b\u0153uf, qui servaient \u00e0 la divination ; d&rsquo;o\u00f9 leur nom usuel d&rsquo;inscriptions oraculaires.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a>\u00a0Les conditions de la concurrence sont suppos\u00e9es \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb lorsque le march\u00e9 ne comporte pas de barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e et lorsqu\u2019il n\u2019est pas domin\u00e9 par une entreprise ayant une strat\u00e9gie cherchant \u00e0 en \u00ab\u00a0gripper\u00a0\u00bb les m\u00e9canismes afin de se constituer une rente permanente (Vernimmen, 2010, p. 663, exprime l\u2019opinion contraire\u00a0!).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a>\u00a0La pratique de la Kula correspond \u00e0 ce m\u00e9canisme.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a>\u00a0Nous retrouvons cette notion de profit dans la pratique du potlatch.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00c9SUM\u00c9. 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