{"id":139,"date":"2016-03-15T08:53:52","date_gmt":"2016-03-15T07:53:52","guid":{"rendered":"http:\/\/baupin.fr\/michel\/?p=139"},"modified":"2016-10-26T08:56:18","modified_gmt":"2016-10-26T06:56:18","slug":"une-utopie-manageriale-fondee-sur-lechange-comme-critique-du-management","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/michel.baupin.fr\/?p=139","title":{"rendered":"Une utopie manag\u00e9riale fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9change comme critique du management"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00c9SUM\u00c9<\/span><\/b>. Les managers ont un r\u00f4le central \u00e0 jouer dans la mesure o\u00f9 les d\u00e9cisions qu\u2019ils prennent seront plus ou moins profitables aux personnes en relation avec les entreprises qu\u2019ils dirigent et, d\u2019une mani\u00e8re plus large, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re. Ces d\u00e9cisions sont relatives \u00e0 leurs visions du monde et s\u2019appuient sur ce vers quoi ils veulent tendre et qui, avant d\u2019\u00eatre r\u00e9alis\u00e9, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une utopie. A ce titre, nous pourrions dire qu\u2019il y a autant d\u2019utopies manag\u00e9riales qu\u2019il y a de managers, ce qui ne garantit pas d\u2019ailleurs que la dimension manag\u00e9riale dans l\u2019entreprise soit cruciale. Nous avons tous \u00e0 l\u2019esprit des \u00ab\u00a0managers de l\u2019ann\u00e9e\u00a0\u00bb dont l\u2019entreprise a coul\u00e9 peu de temps apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s comme tels. Nous avons tent\u00e9 dans notre communication d\u2019identifier les grandes tendances de pens\u00e9e sur lesquelles se sont appuy\u00e9s les managers et leurs modifications dans le temps. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 comme l\u2019id\u00e9e d\u2019entreprise s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir des ann\u00e9es 1900, nous avons ainsi mis en \u00e9vidence les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s sur son fonctionnement par le recours syst\u00e9matique \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb et son pendant en termes d\u2019effet de levier dans la mesure o\u00f9 elle provient d\u2019une erreur de raisonnement que produisirent Modigliani et Miller en 1958. Nous avons alors propos\u00e9 de construire une utopie manag\u00e9riale qui redonne au management la possibilit\u00e9 d\u2019inscrire le fonctionnement de l\u2019entreprise dans une dynamique autant favorable aux actionnaires qu\u2019aux salari\u00e9s sans oublier les clients sans lesquels nous ne pourrions nous interroger sur les utopies manag\u00e9riales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">MOTS-CLES<\/span><\/b>\u00a0:<strong> co\u00fbt du capital, effet de levier, management, valeur comp\u00e9tence, utopie manag\u00e9riale<\/strong><br \/>\n<b><i><span style=\"text-decoration: underline;\">ABSTRACT<\/span><\/i><\/b><i>. The managers have a central role to the extent that the decisions they make will be more or less beneficial to people in relation to the companies they lead and, more broadly, to the entire society. These decisions relate to their views of the world and are based on the direction in which they want to tend to and that can be considered a utopia before it is realized. As such, we might say that there are as many managerial utopias that there are managers, which does not guarantee that the managerial dimension in the company is crucial. We all have in mind \u00ab\u00a0Managers of the Year\u00a0\u00bb whose company sank shortly after being honored as such. We tried in our communication to identify the major trends of thought on which relied managers and their changes over time. After recalling how the business idea developed from the 1900s, we have highlighted the damages caused on its functioning, damages form the systematic use starting from the 1980s of the notion of \u00ab\u00a0cost of capital\u00a0\u00bb and its counterpart in terms of leverage to the extent that it comes from a fallacy that Modigliani and Miller produced in 1958. We then proposed to build a managerial utopia that gives management the opportunity to include the company operations in a dynamic favorable to shareholders as well as to employees and customers without whom we could not ask ourselves about managerial utopias.<\/i><\/p>\n<p><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p><b><i><span style=\"text-decoration: underline;\">KEYWORDS<\/span><\/i><\/b><i>: cost of capital, leverage effect, management, value competence, managerial utopia\u00a0<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><br clear=\"all\" \/><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">INTRODUCTION<\/span><\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il est difficile de remettre en cause la notion d\u2019entreprise tellement celle-ci est enracin\u00e9e dans l\u2019inconscient collectif, une \u00e9tude historique de son \u00e9mergence fait appara\u00eetre que ce mot fut tr\u00e8s peu utilis\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle (Segrestin B. et Hatchuel A., 2009). La raison en est que le syst\u00e8me de production n\u2019\u00e9tait pas organis\u00e9 par les dirigeants dans la mesure o\u00f9 il n\u2019existait pas de lien de subordination entre ceux-ci et les ouvriers, leur contrat portant sur un simple louage d\u2019ouvrage<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. L\u2019entreprise \u00e9tait alors con\u00e7ue \u00e0 travers la notion de soci\u00e9t\u00e9 telle qu\u2019elle est d\u00e9finie par le droit, les dirigeants cherchant \u00e0 satisfaire presque exclusivement une logique commerciale capable de g\u00e9n\u00e9rer des profits importants mis \u00e0 la disposition des administrateurs. De ce fait, le management posait souvent des probl\u00e8mes dans les soci\u00e9t\u00e9s de capitaux, les petits porteurs s\u2019estimant l\u00e9s\u00e9s par cette pratique<a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. Il a fallu la pers\u00e9v\u00e9rance de trois personnes dans la mise en \u0153uvre des id\u00e9es qu\u2019ils avaient imagin\u00e9es pour que l\u2019entreprise prenne rapidement droit de cit\u00e9 en tant que structure sociale organis\u00e9e. Tout d\u2019abord, la proposition par Ernest D\u00e9sir\u00e9 Glasson en 1886 devant l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise de compl\u00e9ter le code civil de 1804 en ajoutant le contrat de travail \u00e9tablissant un lien de subordination des ouvriers au management, obligeant ainsi celui-ci, de mani\u00e8re l\u00e9gale et obligatoire, \u00e0 organiser leur travail. Mais, pour cela, il fallait disposer de m\u00e9thodes d\u2019organisation. Les travaux de Taylor (1911) recherchant le \u00ab\u00a0one best way\u00a0\u00bb et de Fayol (1916) ont permis de penser l\u2019entreprise comme \u00e9tant un objet organis\u00e9 de management distinct de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9finie par le droit (Segrestin et Hatchuel, 2009). En proposant de cr\u00e9er de nouvelles ressources collectives qui, l\u00e0 encore, ne pr\u00e9existaient pas sur le march\u00e9 et pour lesquelles l\u2019entreprise devait s&rsquo;organiser, Taylor fonda des m\u00e9thodes d&rsquo;organisation du travail qui devinrent un objet de rationalisation, de m\u00e9thodes et de prescriptions (A. Hatchuel, 1997). De son c\u00f4t\u00e9, Fayol montra qu&rsquo;une usine n&rsquo;est pas en soi un actif rentable ou d\u00e9ficitaire. La rentabilit\u00e9 se construit, notamment par le d\u00e9veloppement d&rsquo;un nouveau savoir-faire qui permet de cr\u00e9er des comp\u00e9tences collectives de long terme. Ce faisant et sans remettre en cause l\u2019objet premier du management qui est de rentabiliser les capitaux investis, Glasson, Taylor et Fayol d\u00e9sign\u00e8rent l\u2019entreprise comme nouvel objet de management. La logique commerciale n&rsquo;\u00e9tait donc plus suffisante pour rendre compte de l&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;une entreprise car celle-ci devait construire des ressources qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, n&rsquo;existaient pas sur les march\u00e9s. Ces nouvelles pratiques, avant de devenir r\u00e9alit\u00e9s, n\u2019\u00e9taient que des projets qui n\u2019\u00e9taient pas pens\u00e9s comme participant \u00e0 l\u2019histoire en cours mais comme des ruptures par rapport \u00e0 celle-ci, inscrites dans la pens\u00e9e critique de leur \u00e9poque dans la volont\u00e9 de r\u00e9former l\u2019ordre existant.<\/p>\n<p>En reprenant la d\u00e9finition de l\u2019utopie propos\u00e9e par Thomas More (1478-1535, humaniste anglais) qui forgea ce mot en 1516 pour d\u00e9signer un \u00ab\u00a0lieu qui n\u2019est pas ici\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> permettant ainsi de penser qu\u2019elle reste r\u00e9alisable ou qu\u2019il est possible de tendre vers elle<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, ces nouvelles approches du management, avant de devenir r\u00e9alit\u00e9s, peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des utopies qui \u00e9mergent lorsque l&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s devient un principe de compr\u00e9hension de l&rsquo;histoire. L\u2019utopie appara\u00eet alors comme une fiction consistant \u00e0 d\u00e9crire une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale vers laquelle pourrait tendre le processus historique sans pour autant avoir l\u2019obligation de l\u2019atteindre. Ce recours \u00e0 la fiction est un proc\u00e9d\u00e9 permettant de prendre ses distances par rapport \u00e0 l\u2019histoire et au pr\u00e9sent pour mieux les relativiser tout en d\u00e9crivant, d&rsquo;une mani\u00e8re aussi concr\u00e8te que possible, ce qui pourrait \u00eatre.<\/p>\n<p>Le management \u00e9tant largement d\u00e9pendant du contexte culturel dans lequel il se d\u00e9veloppe, nous penserons dans notre communication l\u2019utopie comme une situation imaginaire vers laquelle la pratique manag\u00e9riale devrait tendre. De cette mani\u00e8re, nous pourrons appr\u00e9hender la succession des projets manag\u00e9riaux qui aboutissent \u00e0 la pratique actuelle du management fond\u00e9e sur la recherche de l\u2019effet de levier dans la croyance en l\u2019existence d\u2019un \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb et \u00e0 ses cons\u00e9quences sur le fonctionnement de l\u2019entreprise comme autant d\u2019\u00e9carts par rapport \u00e0 une utopie manag\u00e9riale vers laquelle le management devrait tendre.<\/p>\n<p>Pour cela, nous montrerons dans une premi\u00e8re partie comment le dernier projet manag\u00e9rial de cr\u00e9ation de valeur actionnariale a pris corps en se d\u00e9veloppant \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1980 sur la notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb. Celle-ci n\u2019est qu\u2019un mythe fond\u00e9 sur une erreur de raisonnement de Modigliani et Miller (1958) et dont la mise en application par la pratique de l\u2019effet de levier a modifi\u00e9 de fond en comble la relation de travail \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019entreprise dans la mesure o\u00f9 la masse salariale a remplac\u00e9 le b\u00e9n\u00e9fice distribuable comme variable d\u2019ajustement de l\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans une deuxi\u00e8me partie, nous pr\u00e9senterons une utopie manag\u00e9riale fond\u00e9e sur le concept d\u2019\u00e9change vers laquelle le management devrait tendre, soit spontan\u00e9ment, ce qui peut se r\u00e9v\u00e9ler difficile \u00e0 obtenir, soit au moyen de r\u00e8gles de comportement \u00e0 respecter qui soient g\u00e9n\u00e9rales et communes \u00e0 toutes les entreprises. Cette utopie manag\u00e9riale permettra d\u2019appr\u00e9cier le management r\u00e9el par comparaison entre les deux afin de d\u00e9celer ce qui serait utile d\u2019abandonner, de modifier ou de cr\u00e9er dans celui-ci.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">I. LA NOION DE \u00ab\u00a0COUT DU CAPITAL\u00a0\u00bb ET SES CONSEQUENCES<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Alors que depuis le d\u00e9but de la r\u00e9volution industrielle les entreprises \u00e9taient dirig\u00e9es par leurs propri\u00e9taires, la crise \u00e9conomique de 1876, avec son lot de faillites et de concentration du capital, e\u00fbt comme cons\u00e9quence de faire appara\u00eetre dans les grandes soci\u00e9t\u00e9s par actions le besoin de managers salari\u00e9s ayant re\u00e7u une formation \u00e0 la direction. Progressivement, sous l\u2019influence des propositions mises en \u0153uvre avec succ\u00e8s par Taylor, Fayol et Glasson, les actionnaires d\u00e9l\u00e9gu\u00e8rent leur pouvoir de d\u00e9cision \u00e0 ces dirigeants.<\/p>\n<p>Taylor observa tr\u00e8s t\u00f4t dans sa d\u00e9marche la contradiction entre un syst\u00e8me de r\u00e9mun\u00e9ration traditionnel \u00e0 la pi\u00e8ce et le processus de sp\u00e9cialisation technique (A. Hatchuel, 1994). Il contesta l&rsquo;organisation marchande du travail qui se r\u00e9v\u00e9lait incompatible avec les exigences cr\u00e9atrices qu\u2019apportait le progr\u00e8s scientifique et technique. La conception de nouvelles machines posait un probl\u00e8me in\u00e9dit qui ne pouvait \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 une simple asym\u00e9trie d&rsquo;information car l&rsquo;enjeu \u00e9tait de construire de nouveaux savoirs pour am\u00e9liorer leur utilisation et produire des savoirs pour g\u00e9rer les interfaces entre activit\u00e9s et m\u00e9tiers. L&rsquo;entreprise avait besoin de fabriquer de nouvelles ressources collectives qui, l\u00e0 encore, ne pr\u00e9existaient pas sur le march\u00e9 et pour lesquelles elle devait s&rsquo;organiser. Par les propositions qu\u2019il fit, Taylor fonda des m\u00e9thodes d&rsquo;organisation du travail qui devinrent un objet de rationalisation et de prescriptions faisant basculer l&rsquo;action collective dans un espace organis\u00e9 (A. Hatchuel, 1997).<\/p>\n<p>En France, Fayol est l\u2019illustration m\u00eame de ce mouvement lorsqu\u2019il obtint les pleins pouvoirs de son conseil d\u2019administration apr\u00e8s avoir sauv\u00e9 de la faillite les mines de Commentry. En prenant la direction des usines m\u00e9tallurgiques de Fourchambault et Houill\u00e8res de Commentry qui \u00e9taient au bord du d\u00e9p\u00f4t de bilan, Fayol montra que si l&rsquo;administration d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 de capitaux devait viser la rentabilit\u00e9 de ceux-ci, la gestion de l&rsquo;entreprise devait chercher au contraire sa p\u00e9rennit\u00e9 et sa croissance en construisant de nouvelles ressources collectives comme le proposait Taylor. S&rsquo;il se donna pour contrainte d&rsquo;offrir un profit satisfaisant pour les actionnaires<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, il privil\u00e9gia toujours la croissance et les investissements sur la distribution de dividendes. En cela, sa conception n\u2019\u00e9tait pas court-termiste\u00a0: elle d\u00e9fendait une pratique manag\u00e9riale devant structurer une action collective \u00e0 l\u2019occasion de laquelle les int\u00e9r\u00eats des parties \u00e9taient momentan\u00e9ment suspendus au profit de l&rsquo;avenir de l&rsquo;entreprise. En s&rsquo;opposant au conseil d&rsquo;administration de la soci\u00e9t\u00e9 pour laquelle il travaillait, Fayol introduisit le \u00ab\u00a0directeur g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb comme une nouvelle figure de l&rsquo;autorit\u00e9 de gestion qui ne se confondait ni avec le marchand ou le capitaliste ni avec l&rsquo;inventeur ou l&rsquo;entrepreneur et qualifia la direction d&rsquo;entreprise comme une nouvelle science (Fayol, 1916).<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 la mise en \u0153uvre de ces deux projets, les d\u00e9bats en France sur le contrat de travail propos\u00e9 en 1886 par Ernest D\u00e9sir\u00e9 Glasson et fond\u00e9 sur la subordination et sur la gestion des ouvriers par la hi\u00e9rarchie vont faire appara\u00eetre progressivement une organisation nouvelle qui se constitue comme un collectif diff\u00e9rent de celui de la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 laquelle on donnera le nom ancien d\u2019\u00ab\u00a0entreprise\u00a0\u00bb. Alors que le mod\u00e8le juridique de la soci\u00e9t\u00e9 commerciale servait \u00e0 caract\u00e9riser l\u2019entreprise, celle-ci apparaissait maintenant \u00e0 la fois comme un objet de gestion diff\u00e9rent de la soci\u00e9t\u00e9 et comme un collectif distinct anim\u00e9 d\u2019une dynamique d\u2019action. Elle reposait sur une forte hi\u00e9rarchie alors que le fonctionnement ancien \u00e9tait fond\u00e9 sur l\u2019autonomie de l\u2019ouvrier dans une quasi-absence hi\u00e9rarchique. Contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;un bien, les produits du travail salari\u00e9 se trouv\u00e8rent prot\u00e9g\u00e9s des relations commerciales pour se fonder sur un paradigme coop\u00e9ratif. Les comp\u00e9tences ou le patrimoine des individus ne d\u00e9pendirent plus d\u2019eux et de leurs parcours personnels. Au contraire, leur destin se trouva confi\u00e9 aux d\u00e9cisions de gestion collective. La production de comp\u00e9tences fit partie int\u00e9grante du rapport salarial dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;individu laissa \u00e0 l&#8217;employeur le soin de construire, avec lui, ses ressources et ses capacit\u00e9s d&rsquo;action futures. Cette nouvelle repr\u00e9sentation de la relation salariale eut une port\u00e9e consid\u00e9rable (Daniel Nelson, 1992) caract\u00e9risant l\u2019entreprise comme un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 trois dimensions\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>une dynamique collective qui vise \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles ressources,<\/li>\n<li>un collectif organis\u00e9 de travail avec des relations diff\u00e9rentes qui, par la subordination, impliquent une participation des salari\u00e9s aux risques,<\/li>\n<li>une autorit\u00e9 de gestion qui prescrit et coordonne le travail mais qui dispose aussi de la l\u00e9gitimit\u00e9 pour d\u00e9fendre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La notion d&rsquo;entreprise allait servir d\u00e9sormais de r\u00e9f\u00e9rence incontournable et devenir une \u00e9vidence qui concerne tout le monde, des plus petites affaires aux plus grandes multinationales. Elle donna lieu \u00e0 des progr\u00e8s spectaculaires, \u00e0 des innovations techniques radicales et \u00e0 des transformations sociales profondes. L&rsquo;entreprise, capable de manier les sciences et l&rsquo;industrie, \u00e9merveilla et inqui\u00e8ta. Pour Segrestin et Hatchuel (2009), cette cr\u00e9ation historique aurait d\u00fb remettre en cause la soci\u00e9t\u00e9 commerciale comme cadre au mod\u00e8le de management de l\u2019entreprise moderne<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Pourtant, il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9 et l\u2019entreprise, tout en per\u00e7ant l\u2019\u00e9cran du droit par ses r\u00e9ussites, est rest\u00e9e invisible dans celui-ci, son fonctionnement se contentant de reposer sur de nombreux objets particuliers de droit, tels que la personnalit\u00e9 morale, la direction g\u00e9n\u00e9rale ou le contrat de travail, qui encadrent les relations internes et externes et structurent les logiques d\u2019action. L&rsquo;\u00c9tat se saisit d\u2019elle et lui permet de se d\u00e9ployer mais sans jamais lui reconna\u00eetre de qualification juridique particuli\u00e8re. Or, faute de la reconna\u00eetre, il alimente la confusion avec la soci\u00e9t\u00e9 commerciale. Comme le disait Georges Ripert (1951), l&rsquo;entreprise n&rsquo;a aucun droit puisqu\u2019elle n\u2019est pas reconnue juridiquement ce qui entra\u00eene comme cons\u00e9quence qu\u2019elle n\u2019a pas de patrimoine et, de ce fait, qu\u2019elle n\u2019existe pas \u00e9conomiquement la privant d\u2019un fonctionnement autonome par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Les normes des soci\u00e9t\u00e9s commerciales lui ont simplement \u00e9t\u00e9 \u00e9tendues et elle est rest\u00e9e \u00ab\u00a0cach\u00e9e\u00a0\u00bb sous l&rsquo;id\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9, les actionnaires des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9tant suppos\u00e9es en \u00eatre les propri\u00e9taires. Ce choix de l&rsquo;\u00c9tat peut s&rsquo;expliquer notamment par son souci de d\u00e9fendre constamment l&rsquo;\u00e9pargne des actionnaires vis-\u00e0-vis des soci\u00e9t\u00e9s frauduleuses, ceux-ci ayant abandonn\u00e9 leurs droits face \u00e0 l&rsquo;oligarchie des administrateurs (G. Ripert, 1951). Si le droit a ainsi masqu\u00e9 l&rsquo;apparition de l&rsquo;entreprise, rien n&rsquo;interdit pour autant de la penser autrement qu&rsquo;au travers des normes de la soci\u00e9t\u00e9 commerciale. Dans le mod\u00e8le de la soci\u00e9t\u00e9, les associ\u00e9s, qui fournissent le capital social, sont ceux qui dirigent (\u00e9ventuellement via un directeur \u00e0 qui ils d\u00e9l\u00e8guent leur pouvoir) l&rsquo;entreprise. Or, par la mani\u00e8re dont l\u2019entreprise s\u2019est constitu\u00e9e, la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;autorit\u00e9 de gestion devrait \u00eatre fond\u00e9e sur la n\u00e9cessit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rer des \u00ab potentiels \u00bb en tant que ressources \u00ab en puissance \u00bb qui lui permettront de prosp\u00e9rer et de se d\u00e9velopper. C&rsquo;est pour investir et cr\u00e9er de nouvelles ressources productives et de nouveaux savoirs collectifs qu&rsquo;il est apparu n\u00e9cessaire de coordonner les actions individuelles. La pr\u00e9sentation d\u2019une utopie manag\u00e9riale dans la deuxi\u00e8me partie montrera que cette cr\u00e9ation de ressources par l\u2019action collective doit valoriser les capitaux apport\u00e9s sous forme financi\u00e8re par les actionnaires et sous forme de comp\u00e9tences par les salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Si les individus, qu\u2019ils soient actionnaires ou salari\u00e9s, doivent \u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s de mani\u00e8re juste pour leur contribution individuelle, l&rsquo;objectif du management ne se r\u00e9duit pas \u00e0 cette r\u00e9mun\u00e9ration. Si les r\u00e9mun\u00e9rations individuelles des actionnaires et celles des salari\u00e9s apparaissent comme une condition de l&rsquo;action collective, les r\u00e9sultats de celle-ci ne peuvent relever que d\u2019une propri\u00e9t\u00e9 collective. En effet, si l&rsquo;entreprise est vue comme une dynamique collective de cr\u00e9ation, il est n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre la propri\u00e9t\u00e9 collective des biens qu&rsquo;elle produit et des r\u00e9sultats qu\u2019elle d\u00e9gage sous l&rsquo;autorit\u00e9 des managers, ce qui ne signifie pas qu\u2019il ne faille pas pour autant d\u00e9finir des r\u00e8gles de participation entre ses membres dans la mesure o\u00f9 elles suivent un principe d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 et de solidarit\u00e9. Or, cette conception \u00ab\u00a0utopique\u00a0\u00bb du management allait s\u2019opposer au milieu des ann\u00e9es 1980 \u00e0 la recherche d\u2019une maximisation de la valeur actionnariale fond\u00e9e l\u2019effet de levier justifi\u00e9 par le recours \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb. Nous allons montrer dans ce qui suit les \u00e9tapes importantes qui ont permis d\u2019aboutir \u00e0 cette situation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avec la crise de 1929 et la recherche des responsabilit\u00e9s impliqu\u00e9es dans celle-ci, allait na\u00eetre le besoin d\u2019un management caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019abandon progressif par les actionnaires de leur pouvoir en faveur des dirigeants. Un cadre explicatif permettant d&rsquo;appr\u00e9hender les syst\u00e8mes de management commen\u00e7a \u00e0 \u00e9merger avec Schumpeter (1911 et 1943) lorsqu\u2019il \u00e9tablit la relation entre l\u2019entrepreneur innovateur et le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0destruction cr\u00e9atrice\u00a0\u00bb de richesses \u00e9conomiques tout en estimant que le capitalisme \u00e9tait vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre pour des raisons techniques et sociales. Cependant, c\u2019est Berle et Means (1932) qui sont reconnus comme ayant pos\u00e9 les premiers jalons v\u00e9ritablement explicatifs sur les cons\u00e9quences n\u00e9fastes pour l\u2019entreprise de la s\u00e9paration du droit de propri\u00e9t\u00e9 et de la fonction de direction<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Pour eux, en laissant une latitude quasi totale d\u2019action aux managers, les soci\u00e9t\u00e9s allaient devenir inefficientes. C\u2019est sur cette id\u00e9e qu\u2019une nouvelle conception allait prendre corps et se d\u00e9velopper gr\u00e2ce aux travaux de J.\u00a0Burnham<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> (1941) qui furent diffus\u00e9s mondialement par J.\u00a0K.\u00a0Galbraith<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a> (1967) accr\u00e9ditant l\u2019id\u00e9e que les managers, formant la \u00ab\u00a0technostructure\u00a0\u00bb, s\u2019\u00e9taient install\u00e9s en ma\u00eetres dans les fauteuils autrefois occup\u00e9s par les propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>Cette conception qui fut d\u00e9mentie par les faits \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 permet cependant de comprendre pourquoi la nouvelle th\u00e9orie financi\u00e8re am\u00e9ricaine de Modigliani et Miller (1958), d\u2019abord vivement contest\u00e9e par les sp\u00e9cialistes, trouva un \u00e9cho tr\u00e8s favorable dans les milieux acad\u00e9miques et professionnels \u00e0 partir des ann\u00e9es 1975 qui suivirent l\u2019\u00e9clatement du syst\u00e8me mon\u00e9taire international. En se substituant progressivement aux m\u00e9canismes de la r\u00e9gulation mon\u00e9taire fond\u00e9e sur des taux de change fixes, la discipline des march\u00e9s financiers d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s construite sur le syst\u00e8me de taux de changes flottants r\u00e9sultant de la d\u00e9cision en ao\u00fbt 1971 de R. Nixon de supprimer la convertibilit\u00e9 or du dollar allait modifier de mani\u00e8re radicale le contexte dans lequel \u00e9voluaient les entreprises. Des quantit\u00e9s consid\u00e9rables de liquidit\u00e9s mon\u00e9taires furent disponibles sur le march\u00e9 et favoris\u00e8rent la financiarisation de l\u2019\u00e9conomie ainsi que l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019endettement. Pour les managers cherchant \u00e0 financer le d\u00e9veloppement de leurs entreprises se posa alors le choix entre faire appel au march\u00e9 financier afin d\u2019augmenter le capital ou s\u2019adresser aux banques en empruntant.<\/p>\n<p>En partant du th\u00e9or\u00e8me du capital-valeur formul\u00e9 par Irving Fischer (1930)<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a><sup>,<\/sup> la solution \u00e0 ce probl\u00e8me \u00e9mergea de la th\u00e9orie financi\u00e8re initi\u00e9e par les mod\u00e8les de Modigliani et Miller (1958) qui firent accepter l\u2019id\u00e9e que, dans un monde sans taxes, exon\u00e9r\u00e9 de co\u00fbts de transaction et sous l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;efficience des march\u00e9s, la valeur marchande de l&rsquo;actif \u00e9conomique d\u2019une entreprise n&rsquo;\u00e9tait pas affect\u00e9e par le choix d&rsquo;une structure de financement entre capitaux propres et dettes. Cela revenait \u00e0 dire que, par l\u2019acceptation de la notion d\u2019\u00ab\u00a0effet de levier\u00a0\u00bb, le capital appartenant aux propri\u00e9taires se trouvait mis sur le m\u00eame plan que celui de la dette provenant des apports des autres cr\u00e9anciers. Pour les dirigeants, ce capital poss\u00e9dait un \u00ab\u00a0co\u00fbt\u00a0\u00bb qu\u2019ils pouvaient comparer \u00e0 celui de l\u2019endettement afin de choisir la meilleure combinaison possible de ces deux sources de financement. C\u2019\u00e9tait donner un pouvoir consid\u00e9rable aux managers que le droit, pourtant, ne leur accordait pas. Ainsi, un dirigeant pouvait prendre des d\u00e9cisions d\u2019investissement non-conformes au meilleur int\u00e9r\u00eat des actionnaires parce qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e0 \u00ab\u00a0supporter\u00a0\u00bb le co\u00fbt des capitaux investis et parce qu\u2019il ne percevait aucune \u00ab\u00a0r\u00e9mun\u00e9ration\u00a0\u00bb en contrepartie de la valeur cr\u00e9\u00e9e pour eux. Pour \u00e9viter que cela se produise, les syst\u00e8mes de r\u00e9mun\u00e9ration des dirigeants furent align\u00e9s sur les m\u00e9thodes d\u2019affectation des capitaux, ce qui permit d\u2019adapter le fonctionnement de l&rsquo;entreprise sur la cr\u00e9ation de valeur.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie de Modigliani et Miller qui justifie cette pratique et qui fonde encore de nos jours la th\u00e9orie financi\u00e8re \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb nous semble \u00eatre une fiction contraire \u00e0 la logique de fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 dans la mesure o\u00f9 elle est construite sur une erreur de raisonnement. Il ne peut pas y avoir \u00e9quivalence \u00e9conomique entre les capitaux propres et les emprunts, ne serait-ce que parce qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ne peut emprunter aupr\u00e8s des banques que sur la base des capitaux propres dont elle dispose et des r\u00e9sultats qu&rsquo;elle d\u00e9gage, lesquels, ensemble, servant en quelque sorte de garanties. Cette pratique des banques impose qu&rsquo;il existe une priorit\u00e9 entre les capitaux propres et les emprunts, les seconds d\u00e9pendant des premiers. Modigliani et Miller ont con\u00e7u leur th\u00e9orie comme si le taux de profit des capitaux propres d\u00e9pendait du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat des emprunts puisqu\u2019il est l&rsquo;addition du taux sans risque et du taux correspondant au risque accept\u00e9. Il faut donc qu&rsquo;il y ait profit pour que l&rsquo;entreprise puisse payer les int\u00e9r\u00eats des emprunts<a title=\"\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>. Le profit doit alors \u00eatre con\u00e7u logiquement comme \u00e9tant premier par rapport aux int\u00e9r\u00eats, ce qui correspond \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que les capitaux propres sont premiers par rapport aux dettes et, donc, ne peuvent \u00eatre assimil\u00e9s \u00e0 celles-ci. Le profit est la contrepartie du capital que le propri\u00e9taire a investi dans la soci\u00e9t\u00e9 au service de l\u2019entreprise en connaissance du risque qu&rsquo;il prenait et de l&rsquo;incertitude d&rsquo;une rentabilit\u00e9 temporelle r\u00e9guli\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire en parfaite connaissance de son caract\u00e8re al\u00e9atoire. Par contre, s&rsquo;il se r\u00e9serve le droit de reprendre son \u00e9pargne d\u00e8s que le taux de rentabilit\u00e9 est inf\u00e9rieur au minimum qu&rsquo;il souhaite obtenir, celle-ci ne peut alors s&rsquo;analyser que comme un pr\u00eat remboursable dont l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance doit \u00eatre laiss\u00e9e \u00e0 la discr\u00e9tion du propri\u00e9taire qui se comporte alors comme un \u00ab\u00a0cr\u00e9ancier\u00a0\u00bb. Dans ces conditions, ce n&rsquo;est plus au march\u00e9 que revient le r\u00f4le de d\u00e9terminer le taux de profit dont d\u00e9pendent le niveau des investissements et la part qui revient au salariat. Dans l&rsquo;\u00e9conomie financi\u00e8re propos\u00e9e par Modigliani et Miller, les profits sont d\u00e9connect\u00e9s des donn\u00e9es du march\u00e9 puisqu&rsquo;ils sont con\u00e7us comme d\u00e9rivant du taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat. Tout se passe comme si le manager pouvait transf\u00e9rer \u00e0 sa guise les risques qu&rsquo;il prend sur le march\u00e9, l&rsquo;immensit\u00e9 suppos\u00e9e de celui-ci garantissant en quelque sorte qu&rsquo;il trouvera toujours un acheteur au prix qu&rsquo;il propose. Or, l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 ne peut fonctionner que sur la base des millions de contrats individuels qui, \u00e0 chaque instant, se nouent pour chacun d\u2019eux entre deux co\u00e9changistes et non pas parce ces deux personnes participaient \u00e0 un march\u00e9 global et efficient porteur des risques pris.<\/p>\n<p>Modigliani et Miller semblent avoir \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9s par la macro-\u00e9conomie et la comptabilit\u00e9 nationale pour concevoir leur th\u00e9orie de l&rsquo;endettement de l&rsquo;entreprise en assimilant les fonds propres \u00e0 de la dette. En effet, au d\u00e9but de leur d\u00e9monstration, ils consid\u00e8rent que la nation peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 une entreprise qui englobe toutes les autres et dont ils dressent un bilan simplifi\u00e9 par agr\u00e9gation des bilans particuliers. A l&rsquo;actif de ce bilan simplifi\u00e9 apparaissent les moyens de production et, au passif, l&rsquo;\u00e9pargne investie en actions des m\u00e9nages ainsi que les dettes que les entreprises leur doivent sous forme obligataire. Parall\u00e8lement, dans le bilan simplifi\u00e9 des m\u00e9nages sont inscrites \u00e0 l&rsquo;actif les actions repr\u00e9sentatives de leur \u00e9pargne et les cr\u00e9ances qu&rsquo;ils poss\u00e8dent sur les entreprises alors qu&rsquo;au passif est mise en \u00e9vidence leur \u00e9pargne. Si l\u2019on consolide maintenant les comptes des bilans simplifi\u00e9s de ces deux cat\u00e9gories d&rsquo;agents, il ne subsiste plus dans le bilan final que l&rsquo;actif constitu\u00e9 par les moyens de production et le passif par l&rsquo;\u00e9pargne des m\u00e9nages qu&rsquo;elle soit sous forme d&rsquo;actions ou d&rsquo;obligations. Actions et obligations figurant au passif du bilan des entreprises et \u00e0 l&rsquo;actif du bilan des m\u00e9nages disparaissent du compte consolid\u00e9 et il ne subsistent plus qu&rsquo;un actif compos\u00e9 des instruments de production et un passif constitu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9pargne des m\u00e9nages, quelle que soit la forme actionnaire ou obligataire rev\u00eatue par celle-ci. Or, cette pr\u00e9sentation propre \u00e0 la comptabilit\u00e9 nationale qui ignore les comptes de patrimoine puisque l&rsquo;\u00e9conomie publique fonctionne sans capital, est erron\u00e9e du point de vue de l&rsquo;entreprise\u00a0: les porteurs d&rsquo;obligations ont une cr\u00e9ance sur les actionnaires qui se trouve annul\u00e9e par la dette dans le bilan combin\u00e9, alors que le droit de propri\u00e9t\u00e9 de ceux-ci ne peut pas faire l&rsquo;objet d&rsquo;une quelconque compensation. C&rsquo;est lui qui doit figurer au passif du bilan consolid\u00e9 et non pas l&rsquo;\u00e9pargne des m\u00e9nages. Nous retrouvons ici la base m\u00eame de la th\u00e9orie de Modigliani et Miller assimilant l\u2019\u00e9conomie nationale \u00e0 une entreprise globale. Cependant, la comptabilit\u00e9 nationale n&rsquo;est en rien une comptabilit\u00e9 car elle ne s&rsquo;appuie pas sur la notion m\u00eame de valeur li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9change, la nation n\u2019\u00e9tant pas une entreprise. Elle correspond \u00e0 un inventaire \u00e9conomique et non \u00e0 une \u00e9valuation. Ce n\u2019et pas un hasard si, historiquement, la comptabilit\u00e9 nationale a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e au service de l&rsquo;\u00e9conomie de guerre afin de fournir rapidement une approximation statistique permettant \u00e0 l&rsquo;Etat dirigiste d&rsquo;intervenir en se substituant aux m\u00e9canismes de march\u00e9. Dans ce contexte, la notion m\u00eame de valeur li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9change n\u2019a plus de sens. Dans une \u00e9conomie d&rsquo;\u00e9changes, les soci\u00e9t\u00e9s qui sont en possession de leurs propres actifs parce que leurs dettes n&rsquo;ont pas absorb\u00e9 leur capital, ont une valeur sur le march\u00e9, ce que refl\u00e8te bien la nature contractuelle de la libre activit\u00e9 \u00e9conomique. La notion de d\u00e9lais de paiement et la difficult\u00e9 de trouver une harmonisation europ\u00e9enne les concernant pour \u00e9viter qu&rsquo;ils ne s&rsquo;allongent ind\u00e9finiment appara\u00eet comme \u00e9tant une des cons\u00e9quences de la confusion entre les capitaux propres et les dettes. La soci\u00e9t\u00e9 qui dispose des capitaux suffisants peut, sans probl\u00e8me, honorer ses dettes dans les d\u00e9lais pr\u00e9vus.<\/p>\n<p>A titre d\u2019exemple de ce changement de conception du capital et des dettes, le d\u00e9cret pris par E.\u00a0Balladur en d\u00e9cembre 1987 stipule qu\u2019une holding peut se mettre volontairement en d\u00e9ficit en enregistrant des charges financi\u00e8res d&#8217;emprunt exorbitantes qu&rsquo;elle pourra consolider avec les b\u00e9n\u00e9fices d&rsquo;une entreprise-cible qu&rsquo;elle aura acquise au moyen des fonds emprunt\u00e9s, supports de ces charges<a title=\"\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. C&rsquo;est sur cette technique qu&rsquo;\u00e0 partir de cette \u00e9poque, on a construit les LBO et, en m\u00eame temps, consacr\u00e9 fiscalement la pratique du capitalisme sans capital, ce qui n&rsquo;est pas sans cons\u00e9quence sur l&#8217;emploi dont les pertes se comptent en dizaines de milliers.<\/p>\n<p>Cette erreur conceptuelle qu\u2019est le \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb justifiant le pouvoir que se sont donn\u00e9 les managers par rapport aux actionnaires, allait \u00eatre utilis\u00e9 par ces derniers \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 par les fonds de pension et les investisseurs institutionnels. Etant jug\u00e9s chaque ann\u00e9e par leurs adh\u00e9rents et propri\u00e9taires sur le rendement de leurs op\u00e9rations, leur importance \u00e9conomique croissante vont leur permettre d\u2019\u00eatre beaucoup plus exigeants en termes d&rsquo;objectifs de rentabilit\u00e9 et plus actifs en termes d&rsquo;analyses strat\u00e9giques<a title=\"\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>, obligeant les managers \u00e0 optimiser en permanence la valeur des actions de l\u2019entreprise, ce qui les amena \u00e0 confondre leur strat\u00e9gie financi\u00e8re avec la gestion op\u00e9rationnelle des activit\u00e9s. Face \u00e0 la pression tr\u00e8s forte des march\u00e9s financiers, ces nouveaux actionnaires exerc\u00e8rent une contrainte \u00e9conomique sur l&rsquo;entreprise en l&rsquo;obligeant \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer les capitaux propres qu\u2019ils apportaient. Pour l\u2019entreprise, c\u2019est une nouvelle contrainte qui apparaissait dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9mun\u00e9ration des capitaux propres n&rsquo;\u00e9tait plus consid\u00e9r\u00e9e comme un revenu r\u00e9siduel mais comme un imp\u00e9ratif fondamental. Il ne s&rsquo;agissait plus de cr\u00e9er de la valeur pour l&rsquo;actionnaire de mani\u00e8re sporadique mais de mani\u00e8re constante en cherchant \u00e0 maximiser la valeur actionnariale. En exigeant un taux de rentabilit\u00e9 minimum, les investisseurs financiers ont incit\u00e9 les dirigeants \u00e0 faire jouer l\u2019effet de levier favorisant le recours \u00e0 l\u2019endettement.<\/p>\n<p>Un article de Merton (1973) fond\u00e9 sur l\u2019hypoth\u00e8se d&rsquo;une action qui ne donne aucun dividende entre le moment de l&rsquo;\u00e9valuation d\u2019une option sur celle-ci et l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance de celle-ci allait, de son c\u00f4t\u00e9, r\u00e9cuser l\u2019existence d&rsquo;un authentique march\u00e9 du capital et promouvoir comme crit\u00e8re d\u2019une bonne gestion la plus-value sp\u00e9culative sur le cours des titres.<\/p>\n<p>En souscrivant des produits d\u00e9riv\u00e9s, les managers ont pu d\u00e8s lors mettre en pratique les deux propositions fondamentales de la nouvelle th\u00e9orie financi\u00e8re am\u00e9ricaine, celle de l\u2019endettement et celle de la sp\u00e9culation. Dans ce nouveau contexte \u00e9conomique, ils durent \u00e9tablir une relation \u00e9troite entre les d\u00e9cisions d\u2019investissement et les d\u00e9cisions de financement en alignant le pilotage et l\u2019organisation de leurs entreprises sur l&rsquo;objectif de valeur actionnariale recherchant une rentabilit\u00e9 des capitaux investis sup\u00e9rieure au co\u00fbt de l\u2019ensemble des ressources financi\u00e8res mobilis\u00e9es<a title=\"\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>. La valeur actionnariale est devenue le nouveau credo des dirigeants des grandes entreprises. Elle est aujourd\u2019hui le crit\u00e8re essentiel du march\u00e9 financier.<\/p>\n<p>La notion de \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb est centrale dans la l\u00e9gitimation de celle de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb. Le capital et les dettes \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant de m\u00eame nature, la valeur marchande de l\u2019entreprise ne d\u00e9pend plus du tout de la composition des modes de financement, capitaux et emprunts, dont elle dispose, ce qui marque une rupture radicale avec la conception traditionnelle de la performance et modifie profond\u00e9ment la gouvernance, les dirigeants pouvant intervenir sur la structure du capital au moyen de l\u2019effet de levier.<\/p>\n<p>Cette probl\u00e9matique de la cr\u00e9ation de valeur actionnariale marque une rupture radicale avec la conception traditionnelle de la performance dont les indicateurs, qui pouvaient perdurer tant que les march\u00e9s financiers n&rsquo;exigeaient pas une certaine rentabilit\u00e9, furent frapp\u00e9s d&rsquo;obsolescence, ne r\u00e9pondant pleinement ni aux besoins des march\u00e9s financiers ni \u00e0 ceux du management<a title=\"\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>. De nombreuses m\u00e9thodes, telle que l\u2019EVA\u00ae popularis\u00e9e au milieu des ann\u00e9es 1990 par le cabinet Stern Stewart qui l\u2019a cr\u00e9\u00e9e, furent mises au point pour essayer de mesurer cette cr\u00e9ation de valeur dont elles ont d\u2019ailleurs permis la vulgarisation dans le monde entier, le \u00ab\u00a0co\u00fbt du capital\u00a0\u00bb \u00e9tant la pierre angulaire de leur construction.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une \u00e9conomie de march\u00e9 \u00e9tant, par nature, contractuelle au niveau de chaque \u00e9change, ne peut mettre en \u0153uvre une pratique financi\u00e8re fond\u00e9e sur l\u2019endettement, l\u2019effet de levier et la sp\u00e9culation. Sa justifi\u00e9e par l\u2019utilisation d\u2019agr\u00e9gats statistiques revient \u00e0 n\u00e9gliger totalement le r\u00f4le jou\u00e9 par le capital sans lequel il n\u2019y a pas d\u2019entreprise possible. Un bon manager ne peut donc pas \u00eatre celui qui fait une chasse permanente \u00e0 toutes les charges \u00e0 l\u2019exception de celles relatives aux pr\u00eateurs dans le souci de les persuader, pour attirer leurs faveurs, qu\u2019il faut se d\u00e9barrasser de ses salari\u00e9s. Il nous semble qu\u2019il serait souhaitable de revenir \u00e0 une pratique financi\u00e8re qui ne d\u00e9bouche pas sur une aggravation permanente du ch\u00f4mage en r\u00e9introduisant dans sa d\u00e9marche une utopie manag\u00e9riale fond\u00e9e sur le concept d\u2019\u00e9change marchand en supposant que celui-ci est premier dans la conception du management de l\u2019entreprise comme nous allons la pr\u00e9senter dans le paragraphe qui suit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">II. DE L\u2019UTOPIE MANAGERIALE FONDEE SUR L\u2019ECHANGE A LA CRITIQUE DU MANAGEMENT<\/span><\/strong><\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Construction d\u2019une utopie manag\u00e9riale<\/span><\/b><\/p>\n<p>Les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es dans la mise en pratique de la valeur actionnariale fond\u00e9e sur l\u2019effet de levier pour expliquer le management des entreprises nous semblent avoir comme origine une prise en compte insuffisante de ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019entreprise par rapport aux autres organisations\u00a0: elle est cr\u00e9\u00e9e et elle fonctionne pour r\u00e9aliser de la mani\u00e8re la plus efficace possible des \u00e9changes sur ses march\u00e9s. C\u2019est l\u2019\u00e9change marchand qui distingue l\u2019entreprise de toutes les autres formes d\u2019organisations et qui la rend irr\u00e9ductible \u00e0 celles-ci et c\u2019est son \u00e9tude qui doit nous permettre de proposer une explication coh\u00e9rente de son management \u00e0 travers la construction de cette utopie manag\u00e9riale que nous proposons dans ce paragraphe.<\/p>\n<p>Pour cela, nous devons d\u2019abord d\u00e9finir si nous nous pla\u00e7ons avant ou apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>Si le r\u00f4le des managers est de pr\u00e9parer l\u2019\u00e9change en prenant des d\u00e9cisions qui permettent \u00e0 leurs entreprise d\u2019\u00eatre la plus efficace possible sur ses march\u00e9s, nous pensons que le chercheur en management n\u2019a pas \u00e0 se pr\u00e9occuper en priorit\u00e9 de leurs motivations, mobiles, motifs et comportements en se pla\u00e7ant avant l\u2019acte d\u2019\u00e9change. Pourtant, traditionnellement en optimisant des fonctions d\u2019utilit\u00e9, c\u2019est ce qu\u2019il fait. Mais il lui est alors impossible d\u2019expliquer la dynamique manag\u00e9riale de l\u2019\u00e9change dans la mesure o\u00f9 celui-ci n\u2019ayant pas encore eu lieu, il ne conna\u00eet pas les \u00e9l\u00e9ments qu\u2019il contient ni les relations entre eux. Comme nous voulons construire une utopie manag\u00e9riale excluant l\u2019al\u00e9atoire et l\u2019incertain pour aider les managers \u00e0 prendre leurs d\u00e9cisions en leur indiquant, non pas de ce qu\u2019ils auraient d\u00fb faire mais les cons\u00e9quences possibles de ce qu\u2019ils font par rapport \u00e0 ce qu\u2019ils auraient d\u00fb faire, nous devons nous situer apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change. Nous pourrons ainsi identifier tout ce qui le concerne afin de fournir une explication coh\u00e9rente de la cr\u00e9ation de valeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"181\"><b>Avant l\u2019acte d\u2019\u00e9change<\/b><\/td>\n<td width=\"73\"><b>\u00a0<\/b><\/td>\n<td width=\"127\"><b>\u00a0<\/b><\/td>\n<td width=\"87\"><b>\u00a0<\/b><\/td>\n<td width=\"193\"><b>Apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change<\/b><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"181\">Le management pr\u00e9pare l\u2019acte d\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 pour qu\u2019il soit le plus efficace possible<\/td>\n<td width=\"73\"><\/td>\n<td width=\"127\">L\u2019acte d\u2019\u00e9change sur les march\u00e9s<\/td>\n<td width=\"87\"><\/td>\n<td width=\"193\">Construction d\u2019une utopie qui soit a-historique pour pouvoir expliquer le management des entreprises quels que soient le lieu et l\u2019\u00e9poque<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce positionnement apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change est fondamental dans la mesure o\u00f9 nous pourrons l\u2019observer du dehors sans y prendre part puisqu\u2019il a eu lieu, ce qui nous permettra de produire une utopie \u00e0 la fois explicative et normative du management\u00a0:<\/p>\n<p>v\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 explicative car nous pourrons alors identifier toutes les composantes de l\u2019\u00e9change dans sa totalit\u00e9 et dire quels crit\u00e8res il doit respecter<a title=\"\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a><sup>,<\/sup><\/p>\n<p>v\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 normative en comparant \u00e0 ces crit\u00e8res ce que font les managers dans la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019objectif n\u2019\u00e9tant pas de leur dire comment faire mais ce qui risque d\u2019arriver s\u2019ils continuent dans la voie o\u00f9 ils se sont engag\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En nous pla\u00e7ant apr\u00e8s l\u2019acte d\u2019\u00e9change nous constatons que la valeur trouve son origine, non pas avant mais au moment o\u00f9 il se produit quand la vente se r\u00e9alise. En cela, la notion de \u00ab\u00a0cha\u00eene de valeurs\u00a0\u00bb de Porter (1982) entretient la confusion sur cette origine. En effet, aucune entreprise n\u2019a jamais, \u00e0 proprement parler, cr\u00e9\u00e9 de la valeur puisque celle-ci n\u2019est qu\u2019un nombre enregistr\u00e9 dans un compte apr\u00e8s qu\u2019une vente ait eu lieu. En cons\u00e9quence, la valeur \u00ab\u00a0cr\u00e9\u00e9e\u00a0\u00bb par l\u2019entreprise ne peut provenir que de la valeur d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>Pour pr\u00e9ciser quelles sont les conditions d\u2019un management utopique fond\u00e9 sur un \u00e9change marchand, les recherches anthropologiques, notamment celles de Boas (1888) sur le \u00ab\u00a0potlatch\u00a0\u00bb (voir Annexe 1, page 21), de Malinowski (1922) sur la \u00ab\u00a0Kula\u00a0\u00bb (voir Annexe 2, page 22) et de Mauss (1923-1924) sur le \u00ab\u00a0don \/ contre-don\u00a0\u00bb comme synth\u00e8se de celles-ci nous fournissent des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse\u00a0: les hommes ne veulent pas \u00eatre l\u00e9s\u00e9s dans leurs \u00e9changes. Pour limiter le champ d\u2019action de l\u2019int\u00e9r\u00eat personnel, la vie sociale a con\u00e7u l\u2019acte d\u2019\u00e9change comme devant tendre vers une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 portant sur les valeurs \u00e9chang\u00e9es, comme le montre l\u2019\u00e9tude de la Kula. L\u2019\u00e9change dont le d\u00e9nouement est diff\u00e9r\u00e9 dans le temps doit \u00eatre producteur d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9mun\u00e9ration\u00a0\u00bb avec, au minimum, conservation de la valeur de ce qui est \u00e9chang\u00e9 \u00e0 l\u2019instar des pratiques de potlatch. <strong>En effet, d\u00e8s qu\u2019un contractant peut recevoir durablement plus par les pratiques qu\u2019il met en \u0153uvre que ce que l\u2019\u00e9change doit lui accorder, c\u2019est que celui-ci est mal organis\u00e9 car il autorise \u00e0 une situation de monopole de perdurer. Cette relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 a <\/strong>n\u00e9cessit\u00e9 l\u2019utilisation de nombres et de normes d\u00e9finissant ceux-ci pour en mesurer les termes dont celle de valeur.<\/p>\n<p>Tout en acceptant l\u2019id\u00e9e que la valeur est un concept polys\u00e9mique, omnipr\u00e9sent en sciences de gestion, la seule notion de valeur qui permette de mesurer le profit d\u00e9gag\u00e9 par l\u2019entreprise est donc celle de valeur d\u2019\u00e9change fonction de la \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb n\u00e9cessaire pour produire et vendre sur les march\u00e9s, \u00e9tant entendu que celle-ci entretient des relations tr\u00e8s \u00e9troites avec le temps de travail qu\u2019il faut d\u00e9penser pour l\u2019acqu\u00e9rir. La comp\u00e9tence elle-m\u00eame est fonction de l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9veloppement historique et scientifique de la soci\u00e9t\u00e9. Dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, \u00e0 chaque instant, le temps de travail n\u00e9cessaire pour produire les biens est fonction du niveau de comp\u00e9tence qu\u2019elle a atteint, ce qui revient \u00e0 dire que la valeur comp\u00e9tence est un construit social prenant la forme d\u2019un co\u00fbt social th\u00e9orique correspondant au niveau de comp\u00e9tence qu\u2019\u00e0 chaque \u00e9tat donn\u00e9 de la technique et de la science, la soci\u00e9t\u00e9 accepte en moyenne de d\u00e9penser sous forme de temps de travail pour produire, stocker et distribuer tel bien ou tel service. La valeur d\u2019\u00e9change peut ainsi se comprendre comme \u00e9tant un co\u00fbt social. Si nous privil\u00e9gions ainsi la comp\u00e9tence, c\u2019est parce que le d\u00e9veloppement de l\u2019automatisation des processus de production et celui de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re sur les nouvelles technologies informatiques r\u00e9clame de la part des salari\u00e9s et des citoyens une capacit\u00e9 suffisante \u00e0 l\u2019abstraction des outils utilis\u00e9s qui ne rel\u00e8ve pas du travail fourni en tant que d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie comme c\u2019\u00e9tait le cas il y a deux si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Cette valeur d\u2019\u00e9change qui appartient au monde de l\u2019utopie a besoin du \u00ab\u00a0prix du march\u00e9\u00a0\u00bb pour pouvoir \u00eatre exprim\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9. Le prix du march\u00e9 est ce que nous constatons sur le march\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9. Le moment suivant, il peut \u00eatre diff\u00e9rent selon l\u2019intensit\u00e9 du jeu qui existe entre les vendeurs et les acheteurs. Pour que le prix du march\u00e9 soit le reflet, m\u00eame vacillant, de cette valeur d\u2019\u00e9change, il est n\u00e9cessaire que celle-ci pr\u00e9sente les caract\u00e9ristiques suivantes\u00a0:<\/p>\n<p>v\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 elle est insensible au jeu instantan\u00e9 entre l\u2019offre et la demande sur le march\u00e9, ce qui signifie que le jeu concurrentiel du march\u00e9 doit toujours ramener le prix du march\u00e9 vers la valeur d\u2019\u00e9change,<\/p>\n<p>v\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 n&rsquo;ayant pas d&rsquo;existence r\u00e9elle, elle ne peut pas \u00eatre un attribut du produit, ce qui signifie que la valeur d\u2019un produit n\u2019appara\u00eet qu\u2019au moment de l\u2019\u00e9change et qu\u2019en amont de celui-ci, au moment de sa production, de son stockage et de l\u2019organisation de sa vente, l\u2019entreprise engage des d\u00e9penses mais, en aucun cas, ne cr\u00e9e de la valeur,<\/p>\n<p>Ce concept de valeur d\u2019\u00e9change que nous proposons en la fondant sur la comp\u00e9tence est diff\u00e9rent de celui con\u00e7u par les classiques, les marxistes et les n\u00e9oclassiques. Les classiques comme les marxistes font de la valeur une grandeur qui trouve son intelligibilit\u00e9 hors de l\u2019\u00e9change dans telle quantit\u00e9 de travail ou de force de travail selon les cas et consid\u00e9r\u00e9s comme des attributs des produits. Les n\u00e9o-classiques, sur la base de l\u2019utilit\u00e9 et non plus du travail, font aussi de celle-ci un attribut des produits. Nous concevons la valeur comme un simple nombre inscriptible dans un compte et dont les notions de comp\u00e9tence et de temps de travail associ\u00e9 \u00e0 celle-ci qui permettent d\u2019expliquer les \u00e9changes ne seront jamais des attributs du produit. Nous postulons simplement que la valeur que nous d\u00e9finissons ne sert qu\u2019\u00e0 comparer les produits entre eux de mani\u00e8re \u00e0 en tirer des rapports d\u2019\u00e9change qui n\u2019ont aucune existence r\u00e9elle. Autrement dit, il y a des produits offerts et demand\u00e9s sur le march\u00e9 dont les rapports d\u2019\u00e9change ne proviennent pas de leur nature mais de la comparaison de leurs valeurs, celles-ci s\u2019exprimant dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers leurs prix.<\/p>\n<p>Nous sommes conscient que sous sa forme de construit social, le co\u00fbt ne peut pas faire l\u2019objet d\u2019une mesure directe tant que l\u2019on n\u2019a pas d\u00e9fini l\u2019unit\u00e9 de mesure de la comp\u00e9tence. C\u2019est pourquoi, par exemple, de nombreux chercheurs en comptabilit\u00e9 raisonnent sur la base du co\u00fbt historique mon\u00e9taire et non sur celle de son interpr\u00e9tation sociale, ce qui les am\u00e8ne \u00e0 le confondre avec la valeur avec comme cons\u00e9quence, nous semble-t-il, l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019utiliser la valeur d\u00e9finie dans la th\u00e9orie pour ordonner les ph\u00e9nom\u00e8nes r\u00e9els exprim\u00e9s \u00e0 travers les prix. Nous pensons que ce n\u2019est pas la mesure de la comp\u00e9tence qui importe prioritairement pour pouvoir utiliser ce concept car notre raisonnement se fonde sur la valeur relative des biens et des services les uns par rapport aux autres et non sur leur valeur absolue. Sous cet aspect, l\u2019\u00e9chelle des prix donn\u00e9e par un march\u00e9 fonctionnant dans de bonnes conditions de concurrence constitue une approximation acceptable et suffisante de l\u2019\u00e9chelle des valeurs.<\/p>\n<p>Notre conception de la valeur est donc id\u00e9elle et s\u2019appuie sur la comp\u00e9tence que requi\u00e8rent la production et la vente d\u2019une richesse \u00e9conomique. Nous dirons ainsi que dans le champ de notre utopie manag\u00e9riale un bien ou un service A est le \u00ab\u00a0produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SCA\u00a0\u00bb dont la valeur VA est \u00e0 comparer avec celle VB du \u00ab\u00a0produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SCB\u00a0\u00bb d\u2019un bien ou d\u2019un service B. Ces valeurs VA et VB prennent existence dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travers les prix PA et PB qui les expriment sur le march\u00e9. Si celui-ci fonctionne dans de bonnes conditions de concurrence, l\u2019\u00e9chelle des prix, PB relativement \u00e0 PA, devrait \u00eatre le reflet de l\u2019\u00e9chelle des valeurs, VB par rapport \u00e0 VA. Dans ces conditions, le co\u00fbt historique r\u00e9el qui est mesur\u00e9 par la somme des prix des \u00e9l\u00e9ments qui le composent est alors l\u2019expression du co\u00fbt social th\u00e9orique que nous avons \u00e9voqu\u00e9 ci-dessus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div align=\"center\">\n<table border=\"1\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"187\">\n<p align=\"center\"><b>Domaine de l\u2019utopie<\/b><\/p>\n<\/td>\n<td width=\"59\"><\/td>\n<td width=\"101\"><\/td>\n<td width=\"163\">\n<p align=\"center\"><b>Domaine de la r\u00e9alit\u00e9<\/b><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"187\">\n<p align=\"center\">Valeur-comp\u00e9tence th\u00e9orique<\/p>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"160\"><\/td>\n<td width=\"163\">\n<p align=\"center\">Prix<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"187\">\n<p align=\"center\">Co\u00fbt social th\u00e9orique<\/p>\n<\/td>\n<td width=\"59\"><\/td>\n<td width=\"101\"><\/td>\n<td width=\"163\">\n<p align=\"center\">Co\u00fbt r\u00e9el<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous parlons de structure de comp\u00e9tence car nous associons dans la production de biens et services, les produits accumul\u00e9s de la comp\u00e9tence ancienne utilis\u00e9e pour produire le capital technique qui sera utilis\u00e9 dans l\u2019acte de fabrication et les produits de la comp\u00e9tence nouvelle n\u00e9cessaire \u00e0 mettre en \u0153uvre sur les machines pour obtenir ces biens et ces services nouveaux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Deux richesses \u00e9conomiques qui n\u00e9cessitent la m\u00eame structure de comp\u00e9tences pour \u00eatre produites et mises sur le march\u00e9 ont la m\u00eame valeur d\u2019\u00e9change dans notre utopie manag\u00e9riale, c\u2019est-\u00e0-dire dans la r\u00e9alit\u00e9 sensiblement le m\u00eame prix. Toute transaction, souvent in\u00e9galitaire dans la r\u00e9alit\u00e9, doit tendre vers un \u00e9change \u00e9galitaire c\u2019est-\u00e0-dire devant se faire \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb. Cette relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 de valeurs entre les co-\u00e9changistes est d\u2019autant plus exig\u00e9e qu\u2019\u00ab\u00a0il ne saurait y avoir de vie sociale sans \u00e9change social\u00a0; il n&rsquo;y aurait pas davantage d&rsquo;\u00e9changes sans \u00e9galit\u00e9, ni d&rsquo;\u00e9galit\u00e9<strong> sans commune mesure.\u00a0\u00bb<\/strong> (Aristote, 2008). En effet, la violence ayant pour origine le d\u00e9sir mim\u00e9tique d\u2019appropriation de ce que poss\u00e8de l\u2019autre (GIRARD R., 1972), si les deux personnes s\u2019\u00e9changent des valeurs \u00e9gales, chacune d\u2019elles satisfait son d\u00e9sir d\u2019avoir ce que poss\u00e8de l\u2019autre et comme aucune des deux n\u2019est l\u00e9s\u00e9e, la violence n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre. De plus, en postulant cette \u00e9galit\u00e9 des valeurs \u00e9chang\u00e9es, nous dotons notre utopie manag\u00e9riale d\u2019un principe explicatif permanent a-historique et donc objectif, permettant d\u2019expliquer l\u2019\u00e9change. Ainsi, si A est le produit d\u2019une structure de comp\u00e9tence SCA et que celle-ci s\u2019am\u00e9liore dans le temps en permettant de cr\u00e9er deux A l\u00e0 o\u00f9 on n\u2019en cr\u00e9ait qu\u2019un, la valeur comp\u00e9tence unitaire th\u00e9orique de A par rapport \u00e0 celle d\u2019un autre produit B dont la technologie de fabrication est rest\u00e9e inchang\u00e9e va \u00eatre divis\u00e9e par deux et il en sera de m\u00eame du prix sur le march\u00e9 si celui-ci fonctionne dans de bonnes conditions de concurrence. En cons\u00e9quence, pour reproduire la valeur-comp\u00e9tence th\u00e9orique initiale, il faudra produire deux A, ce qui sera b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re qui sera devenue deux fois plus riche en produit A. Mais le progr\u00e8s technique se diffusant dans toutes les branches d\u2019activit\u00e9, il arrivera un moment o\u00f9 on fabriquera aussi deux fois plus d\u2019objets dans celles-ci, ce qui r\u00e9tablira l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre la valeur-comp\u00e9tence th\u00e9orique d\u2019un A et celle d\u2019un B.<\/p>\n<p>Dans le respect de notre raisonnement pr\u00e9c\u00e9dent, l\u2019\u00e9change diff\u00e9r\u00e9 dans le temps doit \u00eatre producteur d\u2019un surplus que nous appelons \u00ab\u00a0profit\u00a0\u00bb dans notre univers utopique, avec, au minimum, la conservation de la valeur de ce qui est \u00e9chang\u00e9 et qui s\u2019est form\u00e9e progressivement pendant le temps de constitution de l\u2019\u00e9pargne investie. Le sch\u00e9ma suivant repr\u00e9sente cette conservation de la valeur de l\u2019\u00e9pargne dans le temps \u00e0 travers le profit moyen minimum.<\/p>\n<p>Ce profit minimum est l\u2019\u00e9l\u00e9ment central de l\u2019\u00e9change lui-m\u00eame et non une condition qui serait en dehors de celui-ci. Il r\u00e9sulte de l\u2019\u00e9galit\u00e9 th\u00e9orique des valeurs \u00e9chang\u00e9es. En effet, pour pouvoir \u00e9changer un bien, il faut au pr\u00e9alable constituer l\u2019\u00e9pargne qui sera investie pour produire les biens constituant le profit. Celui-ci est donc n\u00e9cessaire pour que soit respect\u00e9e l\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs \u00e9chang\u00e9es lorsque l\u2019\u00e9change est diff\u00e9r\u00e9 dans le temps. Le profit n\u2019est pas autre chose que l\u2019\u00e9pargne consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 un instant ult\u00e9rieur dans la dur\u00e9e. Les travaux de Boas permettent de mettre en \u00e9vidence que l\u2019existence de ce profit est conditionn\u00e9e par la mise en \u0153uvre d\u2019une structure de comp\u00e9tence nouvelle pour fabriquer le produit qui permettra d\u2019engendrer la valeur du profit et sans lequel celui-ci ne pourrait pas se mat\u00e9rialiser ni m\u00eame l\u2019\u00e9change se r\u00e9aliser. La rentabilit\u00e9 mesur\u00e9e par ce profit rapport\u00e9 au capital investi est l\u2019\u00e9l\u00e9ment crucial qui constitue dans notre univers utopique l\u2019objet principal du management.<\/p>\n<p>Il s\u2019ensuit que le management de l\u2019entreprise doit s\u2019appliquer, avant tout et surtout, \u00e0 pr\u00e9parer au mieux l\u2019acte d\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 en optimisant l\u2019utilisation des comp\u00e9tences dont ils disposent afin de d\u00e9gager au minimum le profit moyen.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Utilisation de cette utopie manag\u00e9riale<\/span><\/b><\/p>\n<p>Nous allons aborder quelques probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019oubli de l\u2019utopie manag\u00e9riale que nous venons de pr\u00e9senter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Profit et rente, valeur et richesse<\/span><\/b><\/p>\n<p>Chaque fois que l\u2019\u00e9change ne tend pas \u00e0 se d\u00e9rouler de mani\u00e8re utopique valeur pour valeur, c\u2019est que l\u2019un des deux co\u00e9changistes est l\u00e9s\u00e9 par l\u2019autre. Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une entreprise qui arrive \u00e0 vendre en permanence son produit \u00e0 un prix de march\u00e9 sup\u00e9rieur \u00e0 sa valeur d\u2019\u00e9change, c\u2019est que le march\u00e9 sur lequel elle intervient ne fonctionne pas dans de bonnes conditions de concurrence. La distinction que nous faisons entre le prix de march\u00e9 et la valeur d\u2019\u00e9change nous oblige \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019\u00e9mergence d\u2019un glissement s\u00e9mantique de la \u00ab\u00a0maximisation de la richesse\u00a0\u00bb pour les actionnaires vers la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur actionnariale\u00a0\u00bb, expression reconnue maintenant comme \u00e9quivalente \u00e0 la premi\u00e8re. Cette substitution de sens nous semble r\u00e9sulter d\u2019une double confusion, d\u2019une part, sur l\u2019origine de la cr\u00e9ation de la valeur (ou \u00ab\u00a0rente\u00a0\u00bb) et, d\u2019autre part, entre la valeur et la richesse.<\/p>\n<p>En transf\u00e9rant l\u2019origine de la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb de l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019entreprise, au moment de l\u2019acte d\u2019\u00e9change sur le march\u00e9 clients, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celle-ci en agissant sur les flux de charges, la conception actionnariale du management en a modifi\u00e9 le sens au point que pour obtenir la stabilisation, voire l\u2019augmentation permanente des profits, les managers ne peuvent qu\u2019agir sur les r\u00e9mun\u00e9rations du personnel. La nature de l\u2019entreprise se trouve modifi\u00e9e lorsque les profits d\u00e9gag\u00e9s ne sont plus \u00e9troitement li\u00e9s au fonctionnement du march\u00e9 parce qu\u2019ils r\u00e9sultent d\u2019une volont\u00e9 d\u2019obtention d\u2019un taux de rentabilit\u00e9 par les actionnaires. En effet, puisque la rentabilit\u00e9 correspond \u00e0 un taux exig\u00e9 par les actionnaires, elle ne plus \u00eatre associ\u00e9e au risque qu\u2019ils prennent, risque qui peut aussi se traduire par des pertes et sans lequel il n\u2019y a plus d\u2019entreprise possible. En concevant le capital investi comme \u00e9tant engag\u00e9 dans un processus d\u2019\u00e9change \u00e9chelonn\u00e9 dans le temps avec le profit futur, nous disposons d\u2019un crit\u00e8re objectif de distinction entre le profit et la rente et de partage de la richesse cr\u00e9\u00e9e. Le profit qui d\u00e9pend de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un moment donn\u00e9 revient aux actionnaires puisqu\u2019il fait partie int\u00e9grante \u00e0 l\u2019\u00e9change \u00ab\u00a0valeur pour valeur\u00a0\u00bb alors que la rente est un surplus qui n\u2019est pas explicable par l\u2019\u00e9change et qui provient de l\u2019efficacit\u00e9 des facteurs de production. Ce profit moyen ne correspond pas \u00e0 la notion de co\u00fbt du capital indispensable pour justifier le management actionnarial\u00a0: il est produit par le comportement de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble et ne doit rien \u00e0 la volont\u00e9 subjective des actionnaires d\u2019obtenir un certain niveau de r\u00e9mun\u00e9ration. En ce sens, ce n\u2019est qu\u2019en fondant l\u2019utopie manag\u00e9riale sur l\u2019\u00e9change qu\u2019elle pourra \u00e9ventuellement devenir une utopie scientifique sociale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, La confusion entre la valeur et la richesse rejoint celle entre la valeur et le produit, la conception actionnariale \u00e9tant alors amen\u00e9e \u00e0 assimiler tout accroissement du nombre de produits destin\u00e9s \u00e0 satisfaire les besoins des consommateurs \u00e0 un accroissement de valeur, alors que ces deux \u00e9l\u00e9ments varient en sens inverse. Cette confusion les emp\u00eache de poser correctement le probl\u00e8me de la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation\u00a0\u00bb de la valeur. En effet, au fur et \u00e0 mesure que le nombre de produits vendus augmente pour un m\u00eame niveau de comp\u00e9tences utilis\u00e9es, la valeur unitaire de chacun d\u2019eux diminue. Pour maintenir et, si possible, augmenter leur valeur globale, il faut donc en vendre de plus en plus alors que la pr\u00e9occupation principale des managers devrait concerner la mani\u00e8re dont l\u2019entreprise va r\u00e9aliser l\u2019\u00e9change sur ses march\u00e9s car cela conditionne la \u00ab\u00a0valeur qu\u2019elle va cr\u00e9er\u00a0\u00bb. Cette \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb qui permet l&rsquo;augmentation de la valeur d\u2019\u00e9change de l&rsquo;action ne peut provenir que d&rsquo;une augmentation des richesses produites et vendues par l&rsquo;entreprise. Si cette augmentation provient de la sp\u00e9culation, aucune richesse suppl\u00e9mentaire ne sera associ\u00e9e \u00e0 celle-ci et il ne nous sera pas possible de dire qu&rsquo;il y a \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb. Il ne peut y avoir de v\u00e9ritable cr\u00e9ation de valeur d\u2019\u00e9change que si les profits distribu\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 qui porte juridiquement l\u2019entreprise r\u00e9sultent de son d\u00e9veloppement. L\u2019existence d\u2019une rente est alors le signe que les managers de l\u2019entreprise font \u00ab\u00a0mieux que le march\u00e9\u00a0\u00bb. Or, assigner comme objectif prioritaire et quasi unique \u00e0 ceux-ci de \u00ab faire mieux que le march\u00e9 \u00bb, comme le font souvent les actionnaires, revient \u00e0 \u00e9riger en norme de comportement la recherche de cette rente qui est interpr\u00e9t\u00e9e comme un signe distinctif fort d\u2019un bon management alors qu\u2019elle correspond \u00e0 un contr\u00f4le du march\u00e9 pr\u00e9judiciable \u00e0 son bon fonctionnement<a title=\"\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>. Cette distinction entre le profit et la rente est illustr\u00e9e par le sch\u00e9ma page suivante.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il est de bonne pratique qu\u2019une entreprise cherche \u00e0 trouver une niche o\u00f9 la concurrence est faible pour ne pas dire inexistante, ce qui lui permet de vendre \u00e0 des prix tels qu\u2019elle puisse d\u00e9gager r\u00e9guli\u00e8rement des rentes. Mais, t\u00f4t ou tard, la concurrence devrait appara\u00eetre et risquer de lui faire perdre son avantage comp\u00e9titif si elle a trop compt\u00e9 sur l\u2019exclusivit\u00e9 qu\u2019il lui procurait. L\u2019utopie manag\u00e9riale que nous avons d\u00e9velopp\u00e9e permet de comprendre que la concurrence ne peut exister sur un march\u00e9 qui s\u2019il permet aux entreprises de d\u00e9gager des rentes susceptibles d\u2019attirer de nouveaux capitaux, ce qui pr\u00e9sente un caract\u00e8re paradoxal dans la mesure o\u00f9 l\u2019existence de ces rentes est toujours l\u2019expression d\u2019une situation de monopole dont il est souhaitable qu\u2019elle ne soit que temporaire.<\/p>\n<p>Par ailleurs, puisque l\u2019entreprise ne poss\u00e8de rien en propre, elle ne peut jamais \u00eatre, \u00e0 proprement parler, b\u00e9n\u00e9ficiaire ou d\u00e9ficitaire. De ce fait, il n\u2019y a aucune \u00ab\u00a0loi \u00e9conomique\u00a0\u00bb qui puisse assigner au travailleur que le salaire et au capitaliste le profit et la rente, ce qui ne veut pas dire pour autant que la r\u00e9partition de la rente puisse \u00eatre, sans dommage pour la soci\u00e9t\u00e9, livr\u00e9e \u00e0 l\u2019arbitraire. Pour \u00e9viter que cela ne se produise, il est n\u00e9cessaire de tenir compte, d\u2019une part, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 qui devrait exister entre le salaire et le capital reconstitu\u00e9 par la comp\u00e9tence et, d\u2019autre part, de l\u2019\u00e9change \u00e0 travers le temps du capital contre le profit.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Marge sur ventes ou rentabilit\u00e9 du capital<\/span><\/b><\/p>\n<p>Cr\u00e9er de la valeur d&rsquo;une p\u00e9riode \u00e0 l&rsquo;autre dans la r\u00e9alit\u00e9 signifie ne pas perdre de valeur dans l\u2019utopie. C&rsquo;est un des r\u00f4les fondamentaux du management que de mettre en \u0153uvre les conditions pour que cette valeur se reproduise dans le temps, notamment par la cr\u00e9ation de nouvelles comp\u00e9tences collectives. Cela suppose, entre autres, que l&rsquo;\u00e9pargne investie soit r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e au minimum au taux de profit moyen en vigueur dans la soci\u00e9t\u00e9 et que ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 cette condition qu&rsquo;elle pourra devenir un \u00ab\u00a0capital\u00a0\u00bb. Cette cr\u00e9ation suppl\u00e9mentaire de biens et leurs ventes associ\u00e9es se traduisent par des enregistrements de prix et\/ou de co\u00fbts dans la comptabilit\u00e9. Celle-ci, pour fournir une aide informationnelle au management, doit donc \u00eatre d\u00e9finie et organis\u00e9e afin de permettre de calculer le niveau de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0\u00bb correspondant. Or, l\u2019accent mis en comptabilit\u00e9 analytique sur les flux de charges et de produits fait passer au premier plan de l\u2019action manag\u00e9riale la notion de marge sur ventes qu\u2019il faut maximiser alors que l\u2019\u00e9l\u00e9ment crucial pour le management est la rentabilit\u00e9 du capital. Il en r\u00e9sulte un changement de perspective manag\u00e9riale obs\u00e9d\u00e9e par le chiffre d\u2019affaires qui est un flux dans l\u2019oubli du capital qui est un stock. Nous retrouvons l\u00e0 ce que nous avons \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment sur l\u2019influence de la comptabilit\u00e9 nationale qui ignore le stock de patrimoine puisqu\u2019elle fonctionne sans capital pour ne prendre en compte que les flux entre les agents.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">CONCLUSION<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Nous avons montr\u00e9 dans la premi\u00e8re partie de notre communication que l\u2019utilisation de la notion de co\u00fbt du capital favorisait un management fond\u00e9 sur la recherche de l\u2019effet de levier au d\u00e9triment de la s\u00e9curit\u00e9 minimale \u00e0 laquelle les salari\u00e9s peuvent pr\u00e9tendre. Le management des entreprises con\u00e7ues comme des parties distinctes pouvant faire l\u2019objet de transactions ind\u00e9pendantes sur le march\u00e9 financier est \u00e0 l\u2019origine de nombreux dysfonctionnements et de crises qui remettent en cause la notion m\u00eame d\u2019entreprise. Dans la deuxi\u00e8me partie nous avons construit, une utopie manag\u00e9riale vers laquelle le management r\u00e9el devrait tendre pour que l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 redevienne ce qu\u2019elle a progressivement cess\u00e9 d\u2019\u00eatre apr\u00e8s la suppression par R. Nixon de la convertibilit\u00e9 or du dollar le 15 ao\u00fbt 1971. Les quelques \u00e9l\u00e9ments utopiques que nous avons propos\u00e9s permettent de concevoir un management de l\u2019entreprise au service de la rentabilit\u00e9 du capital investi dans le respect d\u2019une recherche permanente de nouvelles comp\u00e9tences collectives associant les propri\u00e9taires de la soci\u00e9t\u00e9 et les salari\u00e9s de l\u2019entreprise. Cette conception peut devenir une r\u00e9alit\u00e9 si les r\u00e8gles de la finance sont d\u00e9termin\u00e9es par l\u2019acte d\u2019\u00e9change tendant \u00e0 se r\u00e9aliser valeur pour valeur et non par les principes issus des th\u00e9ories de l\u2019endettement, de l\u2019effet de levier et de la sp\u00e9culation.<\/p>\n<p>Cependant, dans la r\u00e9alit\u00e9, chaque participant, qu\u2019il soit personne physique ou morale, cherchera plus ou moins \u00e0 tourner \u00e0 son avantage la r\u00e8gle d\u2019\u00e9galit\u00e9 des valeurs dans l\u2019\u00e9change. Cela peut avoir un effet b\u00e9n\u00e9fique quand se trouve ainsi favoris\u00e9e la mobilit\u00e9 des capitaux d\u2019un secteur d\u2019activit\u00e9 \u00e0 un autre mais, pour \u00e9viter qu\u2019un des participants puisse bloquer le d\u00e9veloppement du secteur en emp\u00eachant la concurrence de s\u2019exprimer \u00e0 l\u2019instar de ce que Microsoft a fait entre les ann\u00e9es 1980 et 2005 pour garder le monopole sur ses march\u00e9s, le respect des normes d\u00e9finies pour faire tendre l\u2019\u00e9change valeur pour valeur doit permettre de mettre en \u00e9chec cette situation.<\/p>\n<p>Dire que le management r\u00e9el devrait tendre vers la situation utopique que nous avons construite ne signifie qu\u2019il doive \u00e0 un moment donn\u00e9 l\u2019atteindre. Si cela devait se produire, la rente dispara\u00eetrait et avec elle la mobilit\u00e9 des capitaux si n\u00e9cessaire au d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9. Il ne resterait plus que le profit moyen minimum qui, pr\u00e9sentant le m\u00eame taux dans tous les secteurs d\u2019activit\u00e9, ne donnerait pas \u00e0 un investisseur l\u2019envie de transf\u00e9rer son capital d\u2019un secteur \u00e0 un autre qu\u2019il aurait jug\u00e9 plus rentable.<\/p>\n<p>Pour prolonger notre analyse du management r\u00e9el \u00e0 partir de notre utopie manag\u00e9riale, nous pouvons constater que le plus grand d\u00e9bat auquel nous sommes confront\u00e9s aujourd\u2019hui est certainement de d\u00e9finir jusqu\u2019o\u00f9 il convient de garantir la s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle des individus. Nous ne pouvons le r\u00e9gler par des solutions uniques car il est form\u00e9 par deux plans interf\u00e9rant entre eux et gouvern\u00e9s par des principes contradictoires.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a le plan de la production et de la vente des biens qui rel\u00e8vent des normes concurrentielles de march\u00e9s permettant de tendre vers des \u00e9changes valeur pour valeur garantissant une relation d\u2019\u00e9galit\u00e9 qui porte sur les produits. Pour cela, le march\u00e9 doit fonctionner dans de bonnes conditions de concurrence, ce qui entra\u00eene comme cons\u00e9quence que ceux qui y participent soient \u00ab\u00a0prot\u00e9g\u00e9s\u00a0\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a> dans la mesure o\u00f9 le management r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles comp\u00e9tences collectives g\u00e9n\u00e9ratrices de cr\u00e9ation de nouvelles richesses. L\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat dans ce domaine n\u2019est alors pas justifi\u00e9e s\u2019il s\u2019agit de garantir le maintien de salari\u00e9s dans leur emploi ind\u00e9pendamment de la performance de l\u2019outil de production. Elle est justifi\u00e9e, par contre, s\u2019il s\u2019agit de faire respecter la concurrence par l\u2019interdiction de la non-limitation volontaire de l\u2019offre quand celle-ci est rentable par les entreprises intervenant sur ce march\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a le plan de l\u2019utilisation d\u2019une partie des richesses cr\u00e9\u00e9es \u00e0 des fins non directement productives comme la justice, l\u2019enseignement, la sant\u00e9, etc. qui devrait \u00eatre fond\u00e9e sur un rapport d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les hommes. Il concerne la redistribution du surplus cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s reconstitution de tous les produits consomm\u00e9s dans le processus de production. Il rel\u00e8ve d\u2019une organisation sociale tr\u00e8s diff\u00e9rente puisque son objectif est de corriger l\u2019in\u00e9galit\u00e9 qui r\u00e9sulte de la r\u00e9partition des revenus, tout le monde devant normalement avoir droit \u00e0 la m\u00eame justice, aux m\u00eames soins, \u00e0 la m\u00eame \u00e9ducation, etc. Or, pour un m\u00eame niveau de richesses cr\u00e9\u00e9es, cette redistribution sera d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9e que la part consomm\u00e9e et reproduite aura \u00e9t\u00e9 comprim\u00e9e, ce qui n\u2019est possible que par une r\u00e9duction de la consommation. Notre utopie manag\u00e9riale montre ici que la croissance financ\u00e9e par le surplus cr\u00e9\u00e9 serait d\u2019autant plus forte que la consommation serait r\u00e9duite, c\u2019est-\u00e0-dire que celle-ci ne devrait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le moteur de celle-l\u00e0.<\/p>\n<p>Ainsi, il serait possible d\u2019augmenter la s\u00e9curit\u00e9 de tous pour une redistribution accrue de la richesse cr\u00e9\u00e9e, ce qui suppose, toutes choses \u00e9gales par ailleurs, une r\u00e9duction de la consommation\u2026 difficile \u00e0 accepter comme le montre les r\u00e9actions des populations des pays ayant mis actuellement en \u0153uvre des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><b><span style=\"text-decoration: underline;\">ANNEXE 1\u00a0:\u00a0LE POTLATCH<\/span><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9change diff\u00e9r\u00e9 dans le temps est illustr\u00e9 par le potlatch mis en \u00e9vidence par Boas (1898, 1921) qui constate que chez les Indiens Kwakiutl de l\u2019\u00eele de Vancouver<a title=\"\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a><sup>\u00a0<\/sup>de grandes f\u00eates rituelles entre clans rivaux \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement organis\u00e9es sous la forme d\u2019un somptueux festin pendant lequel avaient lieu d&rsquo;importantes distributions de cadeaux. Chaque f\u00eate constituait un \u00ab\u00a0potlatch\u00a0\u00bb, la personne qui invitait \u00e9tant en m\u00eame temps le donateur de cadeaux, les invit\u00e9s en \u00e9tant les donataires. Le potlatch \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 au moins un an \u00e0 l&rsquo;avance par le chef donateur qui incitait ses subalternes et sa famille mais aussi, parfois, la tribu tout enti\u00e8re, \u00e0 stocker des quantit\u00e9s \u00e9normes de nourriture et \u00e0 rassembler diverses sortes d&rsquo;objets utiles et pr\u00e9cieux, les plus prestigieux \u00e9tant de grands ouvrages de cuivre blasonn\u00e9 dont la valeur \u00e9galait celle de dizaines de couvertures<a title=\"\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>. A l&rsquo;apog\u00e9e de la c\u00e9r\u00e9monie, il arrivait que le donateur saisisse un ou plusieurs de ses boucliers en cuivre et les pr\u00e9cipite \u00e0 la mer pour manifester \u00e0 la foule des Indiens son profond d\u00e9dain des richesses mat\u00e9rielles. Cette fastueuse manifestation recelait en fait un dangereux pi\u00e8ge\u00a0: le chef invit\u00e9 et son clan savaient qu\u2019au bout d\u2019une p\u00e9riode ils devraient rendre l\u2019\u00e9quivalent de tout ce qu&rsquo;ils avaient re\u00e7u ce jour l\u00e0, la coutume voulant que les cadeaux donn\u00e9s en retour soient plus prestigieux et de plus haute valeur que ceux initialement re\u00e7us. Si tel n&rsquo;est pas le cas, le nouvel invitant donateur et son clan perdaient honneur et prestige<a title=\"\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>. Ainsi, un chef ne pouvait acc\u00e9der au pouvoir politique que s\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux (Clastres, 1974). Pour justifier cette pratique contraignante du suppl\u00e9ment de valeur \u00e0 apporter d\u2019un potlatch \u00e0 l\u2019autre, <a title=\"FRANZ BOAS\" href=\"http:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/franz-boas\/\">Boas<\/a> (1897) fournit d&rsquo;abondants mat\u00e9riaux ethnographiques qui lui permirent de dire que\u00a0: \u00ab\u00a0Le principe sous-jacent est celui du placement \u00e0 int\u00e9r\u00eat de biens\u00a0\u00bb. Cette hypoth\u00e8se provoqua chez ses confr\u00e8res des discussions tr\u00e8s critiques lui reprochant principalement le fait que, dans un syst\u00e8me de cr\u00e9dit, les int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s sont fonction du temps. Ils sont proportionnels \u00e0 la dur\u00e9e \u00e9coul\u00e9e entre le moment de l\u2019emprunt et celui de son remboursement. Cette critique est tr\u00e8s int\u00e9ressante car elle renvoie, non pas \u00e0 la pratique du potlatch, mais \u00e0 notre mode de pens\u00e9e actuel qui con\u00e7oit le temps comme \u00e9tant de \u00ab\u00a0l\u2019argent\u00a0\u00bb afin de justifier que l\u2019int\u00e9r\u00eat pay\u00e9 soit fonction de la dur\u00e9e de remboursement. Or, Boas a montr\u00e9 que les objets \u00e9chang\u00e9s pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme la mat\u00e9rialisation du lien social unissant les membres de la soci\u00e9t\u00e9 autour de ses mythes, de ses anc\u00eatres, de ses valeurs et de ses croyances. Plus longue \u00e9tait leur histoire, plus prestigieux \u00e9taient leurs possesseurs et plus ils avaient de valeur dans le potlatch. Ainsi, les valeurs d\u2019usage et d\u2019\u00e9change de chaque objet \u00e9taient fonction de la totalit\u00e9 des rapports sociaux qui s\u2019\u00e9taient nou\u00e9s par lui et autour de lui, les objets en cuivre \u00e9tant les plus valoris\u00e9s. Nous d\u00e9duisons de cette pratique que l\u2019activit\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e pendant un certain temps permet de rassembler les biens qui ne sont pas consomm\u00e9s improductivement et qui seront \u00ab\u00a0investis\u00a0\u00bb au cours d\u2019un potlatch mais que le surplus attendu de cet apport ne se mat\u00e9rialisera qu\u2019au cours d\u2019un potlatch ult\u00e9rieur. Autrement dit, ce n\u2019est pas la dur\u00e9e entre deux potlatchs qui d\u00e9termine le surplus \u00e0 rendre mais la dur\u00e9e de constitution de ce qui est offert au cours d\u2019un potlatch qui justifiera le surplus devant \u00eatre rendu au potlatch suivant<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\"><b><span style=\"text-decoration: underline;\">ANNEXE 2\u00a0:\u00a0LA KULA<\/span><\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La Kula illustre bien le m\u00e9canisme de l\u2019\u00e9change instantan\u00e9 dans le temps. Elle est une institution situ\u00e9e aux \u00eeles Trobriand \u00e0 l\u2019est de la Nouvelle-Guin\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9e par un double cercle de transactions rituelles dont l\u2019\u00e9tude a fait la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de Malinowski (1922). Elle s\u2019effectue entre une vingtaine d\u2019archipels dispos\u00e9s en larges cercles constituant un circuit ferm\u00e9. Sur chaque \u00eele, un nombre plus ou moins restreint d\u2019individus y participe p\u00e9riodiquement, mais non r\u00e9guli\u00e8rement, l\u2019enjeu principal \u00e9tant d\u2019acqu\u00e9rir prestige social et renomm\u00e9e en se liant de fa\u00e7on statutaire et durable \u00e0 des partenaires reconnus comme prestigieux. Ce lien social est un \u00e9change, aux r\u00e8gles complexes fix\u00e9es et r\u00e9gl\u00e9es par un ensemble de conventions et de principes traditionnels constituant autant de normes comportementales, entre deux sortes d\u2019articles et deux seulement, confectionn\u00e9s \u00e0 partir de coquillages servant de monnaie en forme de colliers appel\u00e9s \u00ab\u00a0soulava\u00a0\u00bb circulant dans le sens des aiguilles d\u2019une montre et de bracelets appel\u00e9s \u00ab\u00a0mwali\u00a0\u00bb circulant dans l\u2019autre sens<a title=\"\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>. Les habitants de toute la r\u00e9gion sont incit\u00e9s \u00e0 entreprendre des voyages p\u00e9rilleux pour les obtenir, l\u2019\u00e9change ayant lieu lorsqu\u2019ils se rencontrent au cours de leur circuit. L\u2019\u00e9tude de cet \u00e9change montre qu\u2019il ne concerne pas des biens \u00e9conomiques de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 tels que la nourriture puisque chaque Trobriandais poss\u00e8de et cultive ses champs, pas plus que la terre puisque celle-ci n\u2019est pas \u00e0 vendre. Les soulavas et les mwalis ne sont recherch\u00e9s et \u00e9chang\u00e9s que pour la gloire que leur obtention procure \u00e0 celui qui respecte les normes tr\u00e8s pr\u00e9cises c\u00e9r\u00e9monielles et symboliques d\u00e9finissant les d\u00e9tails des transactions par lesquels chaque co\u00e9changistes re\u00e7oit autant qu\u2019il donne. Cette caract\u00e9ristique permet d\u2019interpr\u00e9ter la Kula comme un syst\u00e8me d\u2019\u00e9change de biens, valeur pour valeur, se r\u00e9alisant sous une forme pacifique qui interdit la rivalit\u00e9, le combat et la destruction<a title=\"\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b><span style=\"text-decoration: underline;\">Bibliographie<\/span><\/b><\/p>\n<ul>\n<li><a title=\"Armen Alchian (page inexistante)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Armen_Alchian&amp;action=edit&amp;redlink=1\">Alchian<\/a> A. A. (1969), \u201cCorporate Management and Property Rights\u201d, Economic Policy and the Regulation of Corporate Securities, Washington D-C.<\/li>\n<li>Beaver W. H. 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(1986), \u201cCreating Shareholder Value\u00a0: the new standart of business performance\u201d, Free Press, New-York.<\/li>\n<li>Saussois J.-M. (1994), \u201cHenri Fayol ou l\u2019invention du directeur g\u00e9n\u00e9ral\u201d, cit\u00e9 dans Les Grands Auteurs en Contr\u00f4le de Gestion, sous la direction d\u2019Henry Bouquin, EMS, Colombelles, p. 23.<\/li>\n<li><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Joseph_Schumpeter\">Schumpeter<\/a> J. (1943 et 1951 pour la traduction fran\u00e7aise), \u201cCapitalisme, socialisme et d\u00e9mocratie\u201d, Payot, Paris.<\/li>\n<li>Segrestin B. et Hatcheul A., \u201cL\u2019entreprise, une invention moderne en attente de droit\u00a0?\u201d, Eska, Entreprises et Histoire, 2009, n\u00b0 57, p. 218-233.<\/li>\n<li>Taylor F. W., \u201cThe Principles of Scientific Management\u201d, New York, Harper Bros, 1911.<\/li>\n<\/ul>\n<div><br clear=\"all\" \/><\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0Le louage d\u2019ouvrage repose sur l\u2019autonomie de l\u2019ouvrier dans son travail. Il est contr\u00f4l\u00e9 sur le r\u00e9sultat qu\u2019il s\u2019engage \u00e0 fournir et non par la surveillance de sa conduite pendant la r\u00e9alisation de son travail.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Le 3 juillet 1914, dans le conflit opposant Lucien Bailly \u2014 un ing\u00e9nieur des Mines devenu le d\u00e9fenseur des actionnaires m\u00e9contents \u2014 aux Forges et fonderies de Montataire, le Tribunal de commerce de la Seine prend la d\u00e9cision de confirmer la souverainet\u00e9 de fait des administrateurs de soci\u00e9t\u00e9s en mati\u00e8re de politique de dividendes\u00a0\u00bb (Yannick Lemarchand, 1993).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Cette n\u00e9gation est ambigu\u00eb dans la mesure o\u00f9 elle semble signifier que ce lieu est imaginaire ou encore impossible alors que More le localise aux confins du nouveau monde et donc, de ce fait, qu\u2019il est atteignable\u00a0!<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Le Larousse donne comme d\u00e9finition de l\u2019utopie une \u00ab\u00a0Construction imaginaire et rigoureuse d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, qui constitue, par rapport \u00e0 celui qui la r\u00e9alise, un id\u00e9al ou un contre-id\u00e9al\u00a0\u00bb, mais c\u2019est aussi un \u00ab\u00a0Projet dont la r\u00e9alisation est impossible, une conception imaginaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0Selon Fayol, ce profit doit \u00eatre doit \u00eatre du m\u00eame niveau que ce que rapporte un placement tel une rente ou une obligation.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0Lorsque le code du commerce introduit la soci\u00e9t\u00e9 anonyme en 1807 dans le droit, l&rsquo;entreprise moderne n&rsquo;existe pas. Pas plus qu&rsquo;elle n&rsquo;existe lorsque la SA est lib\u00e9ralis\u00e9e avec la loi de 1867. A cette \u00e9poque, le contrat de travail n&rsquo;existe d&rsquo;ailleurs pas non plus.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0Elle est \u00e0 l&rsquo;origine de la cr\u00e9ation de la Securities and Exchange Commission (SEC) aux \u00c9tats-Unis pour prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats des petits porteurs.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0Le manager, en rempla\u00e7ant le capitaliste, prend le pouvoir dans l\u2019entreprise.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0Avec les progr\u00e8s de la <a title=\"Technologie\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Technologie\">technologie<\/a>, ce sont les managers constituant la technostructure qui prennent effectivement les d\u00e9cisions dans le cadre de la fili\u00e8re invers\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0Le th\u00e9or\u00e8me d\u2019I. Fischer s\u2019\u00e9nonce de la mani\u00e8re suivante\u00a0: \u00ab\u00a0 la valeur de tout bien de capital est \u00e9gale \u00e0 la somme des valeurs actualis\u00e9es des revenus mon\u00e9taires que la d\u00e9tention et la mise en \u0153uvre de ce bien capital permettent de r\u00e9aliser\u00a0\u00bb (Cobbaut, 1992).<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> ce qui est conforme \u00e0 la pratique comptable qui traite ces int\u00e9r\u00eats comme des charges d\u00e9ductibles du r\u00e9sultat.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a>\u00a0Il est vrai que ce d\u00e9cret r\u00e9glait aussi le probl\u00e8me des droits de succession tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s dans notre pays depuis 1984 en permettant la conservation du patrimoine familial\u00a0: la famille cr\u00e9e la holding qui va racheter l\u2019entreprise familiale. L\u2019op\u00e9ration revient \u00e0 substituer aux droits de succession une charge financi\u00e8re que sera vers\u00e9e aux banques pr\u00eateuses.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Fran\u00e7ois Mitterrand avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit en 1972 dans la pr\u00e9face du manifeste du parti socialiste \u00ab\u00a0Changer la vie\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0L\u00e0 o\u00f9 est la propri\u00e9t\u00e9, l\u00e0 est le pouvoir\u00a0\u00bb, ce que confirme un examen attentif de la vie \u00e9conomique.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Ce co\u00fbt est estim\u00e9 habituellement par le mod\u00e8le d\u2019\u00e9quilibre des actifs financiers (MEDAF) \u00e0 condition de supposer que le march\u00e9 des capitaux soit efficient. Cette notion de cr\u00e9ation de valeur ne fait que transposer au niveau global de l&rsquo;entreprise, les principes mis en \u0153uvre dans la th\u00e9orie financi\u00e8re classique de la valeur actuelle nette (VAN) dans les choix d&rsquo;investissements.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Le plaidoyer majeur d\u00e9velopp\u00e9 par le professeur de finance am\u00e9ricain Alfred\u00a0Rappaport (1986), l&rsquo;un des p\u00e8res du renouveau de la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation de valeur pour les actionnaires\u00a0\u00bb affirma que les indicateurs comptables et autres ratios traditionnels n&rsquo;offraient qu&rsquo;un tableau de bord volum\u00e9trique, peu propice aux extrapolations qualitatives en termes de strat\u00e9gie \u00e0 suivre.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0En proc\u00e9dant de cette mani\u00e8re, notre d\u00e9marche s\u2019inscrit dans la logique et non dans l\u2019histoire.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> ce qui\u00a0 ne veut pas dire pour autant qu\u2019il faille r\u00e9mun\u00e9rer les actionnaires avec des dividendes inf\u00e9rieurs au taux du march\u00e9<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> au moyen de CDI par exemple<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a>\u00a0L\u2019\u00eele de Vancouver se situe au nord-ouest du Canada.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a>\u00a0La conception que se font les indiens de la valeur de leurs objets n\u2019est pas la m\u00eame que celle que nous nous faisons actuellement C&rsquo;est pourquoi les premiers colons europ\u00e9ens ont pu consid\u00e9rablement spolier les indig\u00e8nes qui pratiquaient le potlatch car ils \u00e9changeaient de l&rsquo;or contre de la bimbeloterie qui, pour ces derniers, avaient valeur de potlatch.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a>\u00a0Le surintendant Fouquet voulant surpasser les fastes de Louis XIV en s\u00fbt quelque chose.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a>\u00a0En r\u00e9alit\u00e9, parall\u00e8lement au syst\u00e8me Kula et en m\u00eame temps que lui, existe le \u00ab\u00a0gimwali\u00a0\u00bb qui est une forme de march\u00e9 dans lequel le marchandage et la recherche du gain ne sont pas exclus. Sous son couvert, les individus s\u2019adonnent au commerce normal, troquant d\u2019une \u00eele \u00e0 l\u2019autre de multiples marchandises.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a>\u00a0Au cours de la Kula, il arrive que certains individus enfreignent les r\u00e8gles en volant par exemple, mais, le, plus souvent, ils s\u2019y confortent, non pas seulement par crainte du ch\u00e2timent ou par \u00ab\u00a0inertie mentale\u00a0\u00bb, mais surtout \u00e0 cause du r\u00e9seau d\u2019obligations et de servitudes r\u00e9ciproques o\u00f9 ils se trouvent enserr\u00e9s et dont une certaine \u00ab\u00a0\u00e9lasticit\u00e9\u00a0\u00bb leur permet pourtant de r\u00e9aliser leurs ambitions personnelles.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00c9SUM\u00c9. 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